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 And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Dim 6 Mai 2018 - 0:55




My heart beats with yours
Les derniers jours avaient été éprouvant. Tout le Donjon Rouge semblait encore trembler des sinistres événements qui avaient secoué le mariage royal et le couronnement officiel du jeune souverain des Sept Couronnes. L’empoisonnement de la suzeraine de l’Orage et la perte des héritiers de la Main du Roi, récemment élu au statut de Régent avait plongé la capitale dans le deuil. Une journée entière avait été marquée par le respect, de silence et le recueillement en l’honneur de cette lady éprouvé par un acte d’une barbarie incomprise. Alys s’était pliée à ce protocole, n’ayant pourtant ni l’envie de le faire, ni le courage d’y résister. Elle s’était enfermée dans ses appartements depuis l’instant où Faust l’y avait amenée, fatiguée, lasse, pas même affamée. Elle s’était laissé aller dans son lit, avait longuement pleuré avant de s’assoupir d’une fatigue poignante, oubliant même d’ôter la robe magnifique qu’elle avait porté en ce jour sacré.

Les célébrations avaient pourtant fini par reprendre, soirées après soirées. En ce troisième jour, Alys s’était réveillé dans un long soupir ennuyé. Elle ne s’était pas rendue, la veille au soir, aux festivités. L’idée de croiser à nouveau le regard de Rhaenys lui serrait le cœur autant qu’elle n’avait pas l’envie de discuter avec son nouveau Roi. Pas encore. Pas alors qu’il venait de lui arracher celle qu’elle voyait comme cette sœur qu’elle n’avait plus, ce modèle en tout temps. Alys ne souhaitait voir personne et encore moins discuter avec qui que ce soit. Alors, quand on lui rappela que les demoiselles de l’entourage de la reine étaient attendues dans les jardins pour discuter en début d’après-midi, le soupir avait été plus long encore qu’à son réveil. Et pourtant, la jeune native du Nord se pliait à ses devoirs de dame de compagnie, même si ceux si pesaient bien plus qu’elle ne l’imaginait. Elle aurait donné tout ce qu’elle avait pour éviter cela et se retrouver plutôt en compagnie de Faust à pouvoir cracher sur ces noces ou bien du Prince Aemon qui aurait peut-être pu la réconforter de mots sagement trouvés.

Se pliant au protocole, la jeune femme avait laissé ses domestiques la vêtir d’une robe blanche, rappelant l’innocence de la jeune enfant. Ses cheveux blonds, tant similaires à ceux des Targaryen, avaient été remontés dans un joli chignon orné d’une couronne de fleurs toutes aussi pures, un lys venant trouver place dans la composition. Alys n’était nullement princesse mais son statut de pupille royale lui permettait de porter des couronnes et des diadèmes en tout temps sans paraître présomptueuse. La création qu’elle préférait était, d’ailleurs, celle qu’elle avait porté lors du mariage, diadème d’argents aux plantes aquatiques rappelant avec grâce son statut de sirène. Puis, quittant ses appartements, elle rejoignit les autres jeunes filles de son âge si ce n’était un peu plus vieilles qui accompagnaient partout Rhaenys à ses côtés.

Assises dans les jardins, elles formaient une ronde, une place libre étant déjà toute désignée pour elle. Prenant place, elle salua ses pairs qui ne tardèrent pas à lui faire remarquer son absence lors des célébrations de la veille. « Je me sentais mal… J’imagine que tous ces événements m’ont éreintée et que le repos était le seul remède dont j’avais besoin. » Pourtant, à peine eut-elle achevé sa phrase que le sujet de conversation dévia de but en blanc, revenant sur la robe de la Reine le jour de son mariage. Des futilités qu’elle devait considérer, se contentant de hocher la tête, d’approuver lorsque son avis était demandé ou encore de sourire quand l’une d’elle lâchait quelque chose qui méritait une hilarité feinte. En vérité, la jeune femme était perdue dans ses pensées. Depuis son arrivée, il y avait de cela un an, sa vision toute entière de la cour avait changé. Elle avait imaginé Port-Réal et le Donjon Rouge comme des lieux d’une beauté incroyable dans lesquels les gens évoluaient tous avec un large sourire, emplis d’un bonheur dû à leur simple présence entre ces murs, reconnaissants envers la famille royale de leur offrir cette opportunité, cet avantage. Elle avait crut que tous souhaiteraient devenir son ami, non pas par intérêt mais bien parce qu’ils se seraient intéressés à elle, à sa personnalité et à son esprit. Pire encore, elle avait poussé le vice jusqu’à penser qu’elle finirait par trouver une place plus durable dans les rangs de la famille Targaryen qu’en demeurant leur pupille. Etait-ce pour cela que son cœur, aussi emballé et sauvage pouvait-il être, tremblait dès que ses yeux se posaient sur un dragon bien particulier ?

Les rêves d’Alys s’étaient mués en cauchemar. Les vipères de la cour cherchaient à la mordre quand les moins venimeuses espéraient l’étreindre dans leurs anneaux, la faire prisonnière de leur corps et de leur rang. Les jeunes hommes l’agaçaient, les demoiselles n’étaient que d’hypocrites enfants cherchant à plaire quitte à tuer leur sœur pour cela. Rien de tout ce qu’elle avait pu imaginer n’était vrai. Bien au contraire. L’ennui s’était emparé d’elle quand ses folles envies de liberté semblaient se battre dans une cage aux barreaux dorés. Ses occupations étaient bien loin de ce qu’elle avait espéré et elle aurait pu se morfondre de ne pas agir à sa guise comme elle le souhaitait. Perdue dans ses pensées, la jeune sirène hocha négligemment la tête quand on lui demanda quelque chose, ne sachant même à quoi elle acquiesçait. Une autre fille pouffa, mais elle s’en moqua.

Soudain, comme un ballet orchestré avec minutie, toutes se levèrent de concert avant de s’incliner vers Alys… ou plutôt, vers la personne qui se trouvait derrière elle. Cillant un instant, ce ne fut que lorsque l’une des demoiselles qui lui tenait compagnie prononça le nom du prince qu’elle écarquilla les yeux, faisant volte-face, toujours assise dans le jardin. Relevant le regard, elle tomba rapidement sur le jeune dragon avant de bondir sur ses pieds, manquant de perdre l’équilibre. Elle improvisa alors une révérence bien bancale qui, elle le savait, ferait jaser ses « amies » dès le prince parti. « Prince Aemon… Veuillez me pardonner, je ne vous ai pas vu arriver. » Le rose monta à ses joues autant qu’elle sentit son cœur battre un peu plus fort contre sa poitrine. Une autre lady osa poser une question au jeune Targaryen. Cherchait-il Rhaenys ? Dans ce cas, il serait fort déçu de constater qu’elle devait affronter la crise qui secouait le Donjon tout entier… Alys déglutit avec difficulté avant de prendre une longue inspiration, cherchant presque un prétexte pour forcer le prince à rester auprès d’elle.


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Aemon Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Mar 8 Mai 2018 - 13:34

Aemon avait dormi jusque tard dans la matinée, comme il en avait la mauvaise habitude. Il n'avait aucune excuse, non que quiconque n'ose lui demander des comptes. Il n'était pas fatigué de la veille, car encore affecté des horreurs et des vexations du Couronnement, il n'arrivait pas à fêter dignement. Ses rêves n'avaient pas non plus perturbé son sommeil ; depuis la paix, Aemon n'en avait presque plus, et en arrivait, aujourd'hui, à la regretter. Il aurait aimé voir ce malheur qui s'annonçait : une attaque sanglante à leur nom frappant la chair Baratheon. Aemon était peiné pour la Biche ; il avait demandé à Rhaenys de lui transmettre ses condoléances, ses vœux de rétablissement, l'assurance de son amitié qui n'existait pas vraiment ; il avait fait porter dans sa chambre une brassée de fleurs blanches, que la sécheresse rendait précieuses, mais qui paraîtraient sans doute ridicules à la mère endeuillée. Mais plus encore que peiné, le Dragon était en colère ; un sentiment qui jusqu'alors, lui était presque étranger, même pendant le règne cruel de Maegor. Naïvement, Aemon avait cru que tout irait mieux. Que l'union de Rhaenys et son frère serait dignement célébrée, que sa beauté rayonnerait sur le Royaume entier. Mais sitôt sortis du Septuaire, il n'y avait eu que laideurs. La torture de la Biche. Puis, comme si l'horreur donnait le ton, le spectacle des allégeances, avec ses demi-révérences, ses absences criantes, et le crâne sec de son aïeule roulant sur le sol. A y repenser, Aemon en avait encore la respiration coupée. Il ne rêvait que d'avoir un Dornien à torturer, même s'il savait qu'il n'en serait pas capable, ni même de regarder.

Allons, il fallait - non pas oublier - mais penser à autre chose. Faire bonne figure. Célébrer ! L'union était belle, elle le méritait. Malgré son amour jadis pour Rhaenys, qui trouvait là son terme naturel bien que ne mourrait jamais tout à fait, Aemon en était persuadé. Peut-être était-il l'un des rares dans ce Royaume semi-civilisé, à comprendre ce qu'avait de pur l'union d'un frère et d'une sœur Targaryen. Cette union si pure que lui, ne pourrait pas avoir. Aemon en avait le vague à l'âme. Il devrait se contenter de prendre celle qu'on lui donnerait. Que pouvait-il espérer d'une telle union marchande ? Sans doute pas grand chose de plus qu'une descendance, et, s'il embrassait l'importance de perpétuer son nom, sa lignée, même abâtardie, Aemon n'était guère à l'aise avec l'idée de paternité. Il avait déjà suffisamment de mal à s'occuper de lui-même.

A cela non plus, ne pas penser ! Il avait encore du temps, son mariage avec la jeune Rose étant encore en "négociation". En attendant, le Prince Dragon avait la faiblesse de chercher la compagnie d'une certaine Alys Manderly. Si on lui avait dit, un an auparavant, qu'enfin libéré de la Nordienne à laquelle on le promettait, il s'enticherait d'une autre, Aemon ne l'aurait pas cru. C'est qu'il s'imaginait les Nordiens comme les citoyens les plus sauvages des Sept Couronnes, ce que ne démentait pas leur grossière absence au Couronnement. Sauvage, Alys l'était un peu, à moins que cela ne tienne à son jeune âge ; mais grossière, certainement pas. Elle était même ce qui se rapprochait le plus d'un Targaryen en terme d'apparence. Avec ses cheveux pâles et sa robe admirable, elle n'avait fait au premier rang royal nulle tache d'ombre - à l'inverse de son pauvre ami, Nordien lui aussi. A la Sirène, Aemon avait offert son bras, Aemon s'était assis à côté d'elle, rendant la cour discrète qu'il lui faisait un peu trop officielle, comme lui avaient reproché les yeux de sa mère. Il ne voulait pas lui faire la cour à proprement parler, se sachant ailleurs engagé ; le Prince jouissait seulement, sagement, de la compagnie charmante de la jouvencelle, qui lui faisait oublier les regards habituels qu'on posait sur lui.

Avec les femmes, Aemon était vite fixé. Soit elles le méprisaient, soit elles étaient séduites par les mêmes choses, relevant de sa prétendue "féminité" : sa discrétion, sa sensibilité, sa coquetterie qui en ces jours de faste, trouvait libre cour. Si elles n'en étaient directement témoins, il y avait toujours ces rumeurs qu'elles avaient entendues et qui d'emblée, se superposait aux regards. En Alys, Aemon avait trouvé un regard presque vierge et une langue surprenante, bien qu'il ne l'eut jamais embrassée ; il n'eut pas osé, et d'ailleurs il n'osa pas même toucher de ses lèvres la paume qu'il lui prit en un baise-main tout conventionnel. Mais au milieu de ce groupe de demoiselles, c'était sa main à elle, qu'il avait prise ; elle, qu'il regardait avec un sourire amusé par cette gêne que la Sirène ne témoignait pas, ou plus, lorsqu'ils n'étaient que tous les deux - sans doute l'effet du groupe. Aemon détestait les groupes, ils le faisaient disparaître ou comme à l'instant, exister trop fort, et il était mal à l'aise de tous ces jolis yeux posés sur lui. Il aurait pu attendre qu'Alys soit seule, mais il ne voulait plus attendre : cela faisait deux jours qu'il la guettait sans oser aller la chercher, depuis qu'elle avait quitté la cérémonie sans qu'il puisse vraiment le lui reprocher.

- Mesdemoiselles... les salua-t-il après la Sirène, son mal-être disparaissant derrière son impeccable courtoisie. Vous êtes les joyaux de la couronne de la Reine, et j'espère que vous profitez pleinement des festivités.
Elles n'avaient pas l'air malheureuses. Les derniers jours alimentaient à pleines eaux le moulin à ragots, qui reprendrait de plus belle, Aemon n'en doutait pas, dès qu'ils auraient le dos tourné. Il secoua sobrement la tête. Non, il ne cherchait pas Rhaenys. Sa cousine, il n'avait pas besoin de ses demoiselles de compagnie pour la trouver. Ils avaient grandi ensemble dans ce château, même si, c'est vrai, les choses avaient changé...
- Je vous emprunte Dame Manderly... veuillez me pardonner, murmura-t-il avec un regard complice vers Alys, dont il singeait sans méchanceté les excuses.
Le Prince salua les jouvencelles une dernière fois. Et, avant de leur laisser le temps de poser d'autres questions, il entraîna Alys par cette main qu'il avait gardée, peu soucieux de cette familiarité qui, il le savait, ne serait pas mal accueillie.

La Sirène et le Dragon s'éloignèrent dans les jardins, à la recherche d'un coin tranquille où ils pourraient converser, non sans détours par les allées fleuries où les efforts d'irrigation avaient été concentrés. Aemon regardait devant lui, autour de lui, mais bien sûr il posait des regards sur celle qui marchait à ses côtés, au rythme paisible qu'il avait adopté. Alys avait l'air plus jeune, avec sa robe virginale, mais plus âgée aussi, avec son air soucieux qu'il s'imaginait peut-être, supposant que la petite Sirène devait être affectée des récents événements.
- Allez-vous mieux ? demanda-t-il innocemment, laissant à la jeune fille le loisir de se confier à lui.
Aemon espérait jouir de sa confiance. Il avait toujours été doué pour écouter.
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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Sam 12 Mai 2018 - 10:11




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Manquant de tomber à cause de la précipitation dans laquelle elle avait exécuté tous ces gestes, il vint à nouveau la secourir. La main du Targaryen vint se saisir de la sienne, délicate, douce et aussi raffinée qu’Aemon pouvait être, la portant à ses lèvres dans un geste qui suffit à la jeune sirène pour que son visage s’empourpre doucement. Ses iris azurés se relevèrent, croisant celles améthystes du prince, lui adressant un sourire tout en retenue. Elle ne pouvait pas simplement laisser les autres jeunes filles comprendre la nature de ses sentiments sans avoir à répondre de ceux-ci par la suite, des heures durant. Mieux valait qu’elles l’ignorent, que les rumeurs suffisent à apaiser leur soif de savoir mondain. Puis, l’instant se brisa tandis que le dragon offrait enfin son attention à toutes ces autres jeunes filles qui menaçaient de glousser sous tant de compliments. Les joyaux de la Couronne de la Reine. Fallait-il en faire autant ? D’un regard périphérique, Alys comprit que d’une phrase, il venait de toutes les faire chavirer et en aurait volontiers ri si cela n’avait pas été outrageux.

Laissant une autre jeune fille parler, son attention se reporta sur le blond qui lui tenait toujours la main, ses doigts longs est fins accrochés à cette dernière, ceux de l’enfant ne sachant pas s’ils devaient venir se nouer autour d’eux également. Mais il secoua la tête, en signe de dénégation, assurant alors qu’il ne cherchait nullement la Reine nouvellement couronnée. De quelques mots, il réchauffa pourtant l’âme d’une sirène qui se noyait dans des eaux glaciales. C’était elle qu’il souhaitait voir et avec elle qu’il souhaitait s’entretenir. Elle haussa les sourcils, soudainement curieuse et envieuse de connaître le propos même de cette nouvelle rencontre, et, en même temps, soulagée d’échapper à ces commérages de cour qui l’épuisaient. Les conversations qu’elle avait avec Aemon étaient de loin ses préférées tant pour leur contenu que pour la présence à ses côtés du prince pour qui son cœur s’emballait furieusement dès que ses pensées se tournaient vers lui.

Les excuses qu’il formula n’étaient là que pour la forme et son regard suffisait pour qu’elle comprenne qu’il n’était pas le moins du monde navré de l’enlever ainsi à ses occupations – devait-on parler de devoirs ? Coupant court à la situation, il salua rapidement celles qui partageaient la vie d’Alys avant de l’entraîner à sa suite, n’ayant pas lâché cette main qu’il avait emprunté quelques instants plus tôt. Docile, entièrement dévouée à ce jeune homme, la jeune femme ne se fit pas prier pour le suivre, pour se laisser guider par le dragon, suivant la cadence en refermant ses doigts sur les siens. Traversant les jardins côte à côte, ils laissèrent un léger silence les accompagner, cherchant cet endroit qui leur offrirait intimité sans défier les règles de la bienséance qui aurait pu mettre l’honneur de l’un ou de l’autre en péril.

Le tissu fluide et blanc glissait contre les jambes de la jeune fille qui, de sa main libre, prit la peine de s’assurer que la couronne de fleurs demeurait bien en place sur sa tête. Tout n’était plus que légèreté alors et, déjà, elle se sentit s’envoler à chaque nouveau pas, la situation pesante qu’elle était forcée de vivre auparavant étant bien derrière elle. Si elle avait su qu’être dame de compagnie de la Reine nécessitait tant de sacrifices, alors il y avait fort à parier qu’elle aurait demandé à Rhaenys de la placer ailleurs. Aemon vint alors rompre le silence qui les avait enveloppés, forçant les yeux clairs de la sirène à venir se poser sur lui. Si elle allait mieux ? Force était de constater qu’elle devait aller mieux mais qu’elle ne savait pas réellement si c’était le cas. Faust avait déjà pris soin d’essayer de crever l’abcès mais avec Aemon… Lui mentir était chose impossible et le sourire de la jeune fille s’effaça peu à peu de ses lèvres rosées. « Je… J’essaie. Tous ces évènements ont été terribles et m’ont véritablement épuisée… Je suis navrée de vous avoir abandonné peu après que tout ça ne se soit passé… Mais je crains avoir senti mes forces se vider entièrement et il aurait été indélicat de ma part de vous faire subir ma fatigue. A vous tous. » Et de ses humeurs mélancoliques, surtout. Se sentir rejetée par Rhaenys, admirer son jeune frère la relever et obtenir son attention en quelques secondes… La jalousie avait dévoré le cœur de l’enfant du Nord, le baignant d’amertume qu’elle n’avait pu repousser.

Faisant quelques pas, à nouveau, elle poussa un long soupir. Lasse, elle l’était de tout ceci. Si elle s’était réjouie des festivités, du mariage et de tout ce qu’elle avait pu imaginer de la vie de cour, la réalité n’en était pas moins désillusion et déception. « Enfin, dans mon malheur, j’aurai évité la cérémonie du coucher… Savez-vous si Rhaenys va bien ? Je n’ai pas eu l’occasion de lui parler depuis… Bien trop longtemps. » Ses lèvres se pincèrent, irritée comme elle pouvait l’être dès que ce sujet revenait sur la table. La Reine avait des occupations bien plus importantes qu’une enfant capricieuse qui n’avait pas le moindre lien de sang avec elle, c’était chose certaine. Mais Alys avait vu en son choix de rester une promesse de la part de celle qui avait partagé bien plus avec elle que de simples discussions vides. Et cette promesse lui semblait brisée depuis quelques lunes, à présent.

Relevant son regard, un timide sourire se dessina sur ses lèvres tandis que ses doigts se resserraient un peu plus sur les siens. « Merci… D’être venu me secourir de ces harpies. Je crois bien avoir de plus en plus de mal à les supporter, toutes autant qu’elles sont, à se plaindre d’untel pour ensuite raconter que je ne sais quelle lady a obtenu les faveurs d’un lord qui m’est entièrement inconnu… Comment peut-on être friand de ce genre de ragots ? »


© Belzébuth

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Aemon Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Mer 16 Mai 2018 - 12:16

Aemon acquiesça silencieusement, lorsqu'Alys avoua son épuisement. Bien sûr, la Sirène avait été chamboulée par les événements. Quelle jeune fille ne l'aurait pas été en voyant la Biche saigner ? Aemon ne songea pas qu'autre chose en fut la cause. Alys s'était éclipsée, elle n'avait pas voulu ajouter son poids plume à celui du malheur qui frappait déjà les Targaryens ; c'était louable de sa part. Pour les Dragons, les offenses s'étaient succédées. Aemon avait regretté le départ précipité de la blonde ; mais sans doute n'aurait-il pas trouvé la ressource de la consoler. Il était trop ébranlé lui-même, et s'inquiétait plutôt pour ses cousins dont le mariage et le règne avait été insulté ; pour Rhaenys.

Il réalisa qu'Alys n'avait pas été là pour Rhaenys. Cela le troubla, tout comme ses paroles suivantes. La jeune fille se réjouissait d'avoir évité la cérémonie du coucher, et juste après, s'inquiétait pour son amie. Croyait-elle que sa nuit de noce l'avait éprouvée ? Aemon s'efforça d'y voir une inquiétude de pucelle plutôt que de la répugnance pour l'union charnelle du frère et de la sœur. Lui-même y avait à peine pensé. La chair n'était qu'un détail dans une union totale, presque une formalité. Rhaenys et Jaehaerys n'avaient pas besoin de s'accoupler pour être au plus intime. Ils le feraient si et quand cela leur plairait.

Alys n'avait pas parlé de tout cela avec la Reine. Alys n'était pas convaincue. Alys les méprisait-elle, Dragons incestueux, comme ces dames de compagnie dont elle parlait avec légèreté ? Méritaient-elles vraiment le nom de harpies ? La martyrisaient-elles ? Mieux que personne, Aemon connaissait les cruautés de Cour ; il en avait longtemps souffert. Il y avait des coups qui ne laissaient pas de marques.

Il ne voulut pas apporter un nouveau coup à la jeune fille en lâchant sa main, pourtant il le fallait, maintenant qu'il ne la guidait plus, qu'ils déambulaient seul à seul. Ses doigts glissèrent de ceux de la Sirène et, charmante parade, cueillirent une fleur qu'ils lui tendirent. Une fleur rose, non plus blanche, car il voulait apporter un peu couleur aux joues de la Nordienne. Le Prince la soupçonnait capricieuse, et cela aurait pu paraître indécent face aux malheurs qui les secouaient tous. Alys avait des peines de jeune fille, mais c'est ce qu'elle était, une jeune fille, loin de chez elle. Elle ne semblait plus aussi proche de Rhaenys qu'il l'avait cru, et cela l'inquiétait pour l'une comme pour l'autre. Mais à présent, Rhaenys avait Jaehaerys. Peut-être pour Alys, devait-il être cet ami. Il regretta d'avoir lâché sa main.

- Peut-être cherchent-elles à tromper l'ennui, en attendant de trouver ce qui saura les rendre heureuses. Ou celui.
L'objectif explicite de la plupart de ces jeunes filles était de trouver un bon parti. Ces fleurs là ne craignaient que la sécheresse du cœur.
- Vous ne me ferez pas croire que vous n'avez pas obtenu quelques faveurs, vous aussi, dit-il sur le ton de la plaisanterie.
Mais ses yeux étaient curieux. Il voulait et ne voulait pas cette réponse. Il poursuivit.
- Peut-être devriez-vous faire comme elles. Après toutes ces aventures, vous avez bien mérité un peu de futilité.
Quel mal y avait-il à badiner ? Oui, quel mal ? et il vola une petite fleur à ses cheveux.
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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Mar 29 Mai 2018 - 13:11




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Les doigts du jeune prince échappèrent au siens, elle qui aurait tant aimé pouvoir les retenir d’une légère étreinte. Mais il le fallait. Qu’auraient pensé ceux qui les auraient croisés, si leurs mains étaient restées jointes ? Quelle indécence aurait-elle à nouveau commise, sauvage sirène qui arpentait les flots au pied du Donjon Rouge dans de simples tuniques de coton qui devenaient transparentes dès qu’elles étaient trempées ? L’enfant ne connaissait nullement la Cour et la médisance de ces Hommes qui la faisait. Blancport et le temps de cette innocence passée à plonger dans les eaux de la Blanchedague avec d’autres enfants était bien loin mais l’appel de l’océan ne pouvait être repoussé. La main du dragon, pourtant, s’envola jusqu’à une fleur à la couleur que devait prendre les joues de la jeune fille dès lors qu’elle se trouvait en présence de ce jeune homme qu’elle admirait autant qu’elle désirait demeurer à ses côtés. La saisissant de ses doigts timides, elle sourit légèrement, les yeux pétillant de cette joie qu’elle ressentait dès lors qu’Aemon lui accordait une attention. « Merci. Elle est magnifique. »

Portant la fragile beauté offerte tant par le Prince que par la nature à ses narines, elle en huma le doux parfum, se délectant de cette fragrance, douce et délicate qui vint apaiser les maux de son esprit. Peut-être lui suffirait-il de sentir à nouveau ce parfum si tendre à l’avenir pour se rappeler que le dragon lui avait offert cette fleur, ce doux souvenir. Ses doigts effleurèrent les pétales, doux, soyeux, contact réconfortant dans un moment où les doutes s’emparaient d’elle de toutes part et où la présence du jeune dragon à ses côtés était un réconfort des plus important. Il reprit d’ailleurs la parole, essayant de trouver des réponses à ces comportements futiles des amies de la jeune sirène. Les ragots ne l’intéressaient guère elle qui s’était toujours évertuée à trouver des réponses sûres à rapporter à qui de droit ou à garder pour elle. Les rumeurs étaient bien souvent infondées, lancées par la jalousie d’une femme bafouée ou d’un damoiseau éconduit par une lady. Les Hommes faisaient bien des choses par amour et pourtant, la vengeance semblait être le jeu préféré de tous ces membres de Cour.

Pourtant, Aemon releva un détail qui força les joues de la jeune sirène à rosir. Celui. Celui qui saurait tromper leur ennui. Ne l’avait-elle pas déjà trouvé, elle dont le cœur faisait de joyeux bonds dans la poitrine. N’osant relever le regard, elle fit mine de se perdre dans la contemplation de ces pétales tendrement rosis par la Nature, s’humectant délicatement les lèvres, manquant de les mordre tant les quelques mots du Prince avait secoué ses sentiments véritables à son égard. Sur un ton tout autre, il poursuivit d’ailleurs en ce sens, essayant de faire dire à la jeune fille qu’elle aussi était courtisée par bien des gentilshommes de la Cour. Les pupilles océanes de la Nordienne se relevèrent alors vers le Dragon et un léger sourire vint se peindre sur ses lèvres tandis qu’elle hochait les épaules avec une négligence feinte. « Les compliments prononcés dans un but purement politique ne m’intéressent guère réellement, vous savez. Des faveurs, des attentions, j’en ai eu, en effet et je pense pouvoir dire au moins autant que mes semblables… Mais ces présents et ces mots sont bien creux quand le cœur des hommes n’est guidé que par le pouvoir et l’envie de mieux se placer auprès de votre famille. » Son sourire s’étira un peu plus dans un coin. « Malheureusement pour eux, je pense ne pas être assez sotte pour tomber si aisément dans des illusions bercées d’intentions dissimulées… Alors ces faveurs, quand bien même ils me les offrent, je ne puis les accepter si leur cœur n’est nullement sincère. » Alys était de celles qui croyaient en l’Amour, en cette opportunité de pouvoir lier sa vie autant que son cœur à un être qu’elle pourrait avoir choisi. Si Adéric lui avait laissé penser qu’elle le pourrait, elle avait fini par comprendre que son statut de Pupille Royale finirait par la rattraper et qu’elle n’aurait nullement cette opportunité à l’avenir.

Ajoutant une dernière phrase, le jeune homme la surprit, la forçant à hausser les sourcils. Le pouvait-elle vraiment, s’abandonner à de telles futilités ? Elle n’y croyait nullement, loin de là. L’avait-elle seulement déjà fait ? A quand remontait la dernière fois où elle avait agi de telle manière ? Cela devait revenir à ces moments de bonheur passés à Blancport avant que le merveilleux tableau familial ne vole en éclats. Elle le laissa faire quand il tendit une main pour venir déranger sa couronne, dérobant alors devant son regard l’une des petites fleurs blanches qui ornait sa chevelure. Elle sourit avec tendresse, le laissant faire sans opposer une once de résistance. « Je crois simplement que je n’ai nullement envie de ces futilités… Mes pensées sont encore trop froides pour jouer de choses aussi peu importantes que les rumeurs… » Elle soupira légèrement, observant devant elle avant de reprendre. « Mais votre présence balaye déjà toute la terreur de ces jours passés. Je vous remercie, vraiment, de la considération que vous me portez, prince Aemon. Bien d’autres ne se soucient nullement de savoir comment je me porte quand vous vous présentez à moi, me sauvez de ces demoiselles… Je crois que vous êtes mon héros, finalement. » La chose aurait pu paraître moqueuse mais Alys était sincère. Qu’importe s’il ne brandissait pas une épée pour la sauver d’un horrible danger, il demeurait présent, à ses côtés, et la rassurait. N’était-ce pas cela le véritable rôle du héros.

Tendant la fleur rosée qu’elle avait en main au Prince Aemon, elle sourit. « Peut-être pourriez-vous l’ajouter à ma collection ? Une nuance de couleur ne détonnera nullement dans cette couronne immaculée. Et puis, ce sera la plus belle façon d’honorer ce présent… »


© Belzébuth

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Aemon Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Jeu 31 Mai 2018 - 20:11

- Merci. Elle est magnifique, sourit Alys, et Aemon dut se retenir de lui retourner le compliment – mots faciles que par élégance et par principe, il s'interdisait.
Pourtant, il était sensible à la beauté juvénile de la Sirène, surtout lorsqu'elle le regardait ainsi. Alys était jeune, trop sans doute, bien qu'en âge de se marier ; fraîche comme cette rose qu'elle respirait, et cette virginité qui attirait le Prince n'était pas celle du corps, mais celle des manières. Alys était vierge de la Cour, c'était ce qui plaisait à Aemon mais qui, elle, la rendait malheureuse. Contradiction qui eut dû arrêter le Dragon : leur semblant d'amitié ne menait nulle part. Tôt ou tard, le Donjon Rouge dépucellerait la Sirène, et elle ne le regarderait plus avec ces yeux dont la clarté ne tenait pas qu'à l'iris ; peut-être était-ce déjà fait, peut-être cela expliquait-il son mal-être ? La Biche avait saigné, Alys aussi ? Ce jour avait chaviré tant d'illusions. Aemon gardait celle de cette amitié innocente : un homme et une femme libres de tout engagement, déambulant dans les jardins brûlants ; la femme plongeait ses doigts dans une rose et l'homme regardait les rougeurs qui s’épanouissaient sur ses joues, oubliant dans sa contemplation les doutes qu'il nourrissait.

Alys, elle, ne voulait pas d'illusions, pas d'amour drapé d'ambition. Elle ne cita pas de noms, et Aemon ne sut s'il devait s'en réjouir, ou non. Il ignorait comment il réagirait. Le Dragon serait un peu jaloux, certainement, même s'il savait pertinemment que la Sirène ne lui appartiendrait jamais. Mieux valait sans doute qu'il ignore ces ambitieux qui la courtisaient. Aemon sourit, satisfait, admiratif, pourtant il aurait dû détromper la jeune fille pour son propre intérêt. Lui dire que c'était ainsi que les choses dites « du cœur » fonctionnaient. Lui dire de moissonner ce que les Terres de la Couronne lui apportaient. Mais il ne pouvait pas lui conseiller de se marier au plus offrant, il ne pouvait pas l'inciter à renoncer à ses sentiments. Pas lui. Il devait déjà se réjouir de ces confidences intimes, de la confiance que la jeune fille lui accordait. Cette confiance, il devait l'honorer par sa retenue et son honnêteté.
- Vous devez profiter de notre famille autant que nous profitons de vous, Alys, murmura-t-il.
Rhaenys ne pourrait apporter à la pupille ce qu'un époux lui apporterait. Lui encore moins.

Pendant un moment, Aemon, gêné, évita de la regarder. Il joua avec la petite fleur qu'il lui avait volée. Elle, lui avait volé son cœur, bien que la Sirène ne semblât nullement en avoir conscience. Sans quoi elle ne le remercierait pas pour sa « considération ». Le Prince eut un rire sans joie lorsqu'elle l’appela son « héro ». C'était bien la première fois qu'on l’appelait ainsi, et décidément, ce titre ne lui seyait pas. Alys se trompait sur la pureté de ses intentions ; malgré et peut-être à cause de cela, il ne pouvait rien lui refuser. Du bout des doigts, Aemon prit la rose et s'approcha d'elle. Il leva les bras à hauteur de sa tête, ses deux mains se rejoignant sur la couronne. C'était un peu comme s'il l'enlaçait, même s'il ne touchait que ses cheveux. Leurs corps n'avaient jamais été si proches. Il pouvait sentir son parfum, à moins que ce ne soient les fleurs de sa coiffure. Alys gardait la tête sagement baissée. Ainsi, il lui fut plus facile de se confesser.
- Vous n'avez pas à me remercier, Alys. C'est moi... j'abuse de votre compagnie. Vous devriez m'éconduire moi aussi... Peut-être que ce cœur sincère que vous attendez, nous regarde...

Avant qu'il ait terminé de fixer la rose, la Sirène avait relevé la tête. Elle était si petite entre ses bras, et pourtant, Aemon se sentait fragile face à ces yeux auxquels il s'était dévoilé. La fleur lui échappa mais il ne fit pas un geste pour la rattraper. Figé. En dépit de ses bonnes paroles, il ne songeait qu'à l'embrasser.
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Alys Manderly
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Dim 10 Juin 2018 - 22:09




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Le sourire d’Aemon était une chose que la sirène pouvait contempler des heures durant. Lors de leurs premières rencontres, elle avait remarqué cet étirement de lèvres discrets, espérant un jour pouvoir réussir à le faire rire aux éclats, d’une manière ou d’une autre quand la réserve qui habitait le dragon semblait bien grande. Nulle démonstration en public liée au prince n’avait été à remarquer sans quoi, il y avait fort à parier que les commérages ne parleraient plus que de cela des jours durant. Non, la discrétion du jeune homme venait faire de l’ombre à celle que la petite sirène avait longuement travaillé et utilisé dans le Nord. Chaque sourire amené par Alys était une victoire pour elle. Quand elle parla de ce que le cœur méritait et qu’elle vit poindre ce sourire, elle fut soudain plus enjouée, plus enchantée, oubliant tout le reste, toute cette mélancolie sinistre qui collait à sa peau. Pourtant, elle ne comprit nullement le sens de cette phrase. « Me servir de votre famille ? Comment cela ? » Et comment cette famille se servait d’elle, exactement ? Etait-ce un rapport avec ce qu’il s’était passé, avec le Nord ? Elle ne comprenait pas, fronçant délicatement ses sourcils joliment tracés. Parlait-il seulement de sa présence et de la compagnie qu’elle apportait à Rhaenys ? Si c’était cela, alors elle ne pouvait plus tant se servir de ce que les Targaryen pouvaient lui offrir, la Reine ayant légèrement écarté sa voie de celle de la Pupille des Dragons.

Pourtant, il n’avait nullement nié les mots de la jeune fille, n’allant pas à l’encontre de ces sentiments qu’elle espérait obtenir dans un mariage qui serait, elle l’espérait, heureux et approuvé par tous les partis. Oh oui, elle le souhaitait. Alys avait trop longtemps lutté contre cette alliance qu’elle voyait comme une corde passée autour de son cou et dont l’extrémité serait tenue par son mari. Longtemps, elle s’était refusé l’envie de s’unir éternellement à un autre, à une autre âme, ayant peur que sa liberté ne soit bafouée. Mais si elle aimait l’être auquel elle s’unissait devant les Dieux, pourquoi y aurait-il nécessité d’une corde ? Pourquoi lui nuirait-il en souhaitant la voir soumise à son obéissance si ce qui lui avait plu en elle était cette fraîcheur et cette liberté qui animait la sirène ?

Un doux rire, un peu gêné, échappa aux lèvres du Prince, nouvelle satisfaction pour la petite sirène qui sentait ses démons et les ombres qui la guettaient s’éloigner un peu plus dès lors que la conversation avançait. Il l’avait arrachée aux harpies, oui, mais il avait fait finalement plus que cela en offrant à la douce enfant ce temps si précieux, cette importance qu’elle désirait lui voir être accordée par les Targaryen. Son Héros. Oui, il l’était pour la délivrer de bien des chaînes qu’elle s’imposait ou qu’elle se voyait imposées. Il aurait pu se méprendre, la trouver moqueuse, mais la jeune Alys n’était nullement munie de mauvaises intentions, surtout pas concernant Aemon. Accédant à sa requête, il prit la rose de ses mains, effleurant ses doigts dans un doux contact qui venait réveiller la chaleur de l’âme de la native de Blancport. Elle baissa alors la tête, le laissant faire, sentant ses mains se prendre doucement dans sa chevelure pour essayer de fixer cette rose à sa couronne, apportant quelques nuances rosées à l’ensemble de sa tenue. Relevant ses yeux, elle put voir la proximité de leurs corps, rougissant plus encore qu’elle ne l’avait fait jusque-là. Elle avait envie de tendre la main pour le toucher.

Il vint rompre le léger silence qui s’était installé entre eux, osant lui parler tant qu’aucun regard échangé n’était possible. J’abuse de votre compagnie. A quelques minutes près, elle aurait certainement pu être celle qui aurait dit cette phrase tant elle avait l’impression de profiter d’un avantage que peu de jeune fille pouvait se vanter d’avoir. Alors comment pourrait-elle éconduire le Prince quand tout son être réclamer plus de temps à ses côtés ? Comment pouvait-elle le renvoyer loin, le laisser partir ? Son excuse était plus bête encore quand on connaissait les pensées d’Alys. Comment celui qui ferait chavirer son cœur pourrait-il les voir… Puisqu’il participait à la scène ? Relevant alors la tête, prête à lui offrir le fond de sa pensée, elle sentit les mains du dragon glisser de la couronne pour finir leur course sur sa nuque…. Ou ses épaules ? Elle s’en moquait. Ses pupilles océanes, elles, venaient de se planter dans celles améthystes du timide dragon. Tous deux se figèrent alors, incapable de bouger, de rompre l’instant présent. L’une des mains d’Alys vint, machinalement, se poser sur celle d’Aemon, retrouvant ce contact qu’il avait rompu. Si quiconque les voyait, il y avait fort à parier qu’un scandale éclaterait. Mais, finalement, la pupille pouvait très bien être en train d’être consolée par le jeune homme, rien de plus. Pas pour l’instant. Alors, il fallait qu’elle ose. « Le seul cœur sincère qu’il m’ait été de rencontrer entre ces murs, prince Aemon… C’est le vôtre. » Baissant légèrement le regard, elle toussota doucement, essayant de masquer cette audace. « Je m’estime heureuse d’obtenir votre compagnie si régulièrement… Et vous vous souciez de moi pour ce que je suis, non pour ce que je représente parce que, finalement, il est impossible pour une Manderly telle que moi d’obtenir davantage d’un Prince que de la curiosité et une affection fraternelle. Comme Rhaenys essaie de me l’offrir. »


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Aemon Targaryen
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Dim 17 Juin 2018 - 12:54

Le Prince fut marqué plus qu'il ne l'aurait avoué par les paroles de la jeune fille. A ce qui pouvait passer pour un compliment, il se sentit ridicule. "Cœur sincère" mais bien naïf que croire que ses attentions pour la Sirène étaient passées inaperçues ! A sa confession, certes pauvrement exprimée, Alys n'avait montré aucune surprise. Elle savait déjà que le Dragon l'aimait et, malgré sa main consolatrice, la Sirène ne partageait pas ses sentiments, pas plus que ceux de ses autres soupirants. Voilà pourquoi elle le remerciait, à tous les sens du terme. Les mots dans la bouche qu'il avait voulu embrasser étaient durs, définitifs ; ils exprimaient la même vérité derrière laquelle il avait voulu se cacher. Un Prince Targaryen ne pouvait honorablement fréquenter une Manderly, surtout avec le conflit qui s'annonçait, surtout quand ce Prince était promis à une autre Rose ; et quand bien même elle l'eut voulu ! C'était impossible.

Aemon ravala sa salive et sa rancoeur. De quoi se plaignait-il ? Alys venait de l'éconduire comme il le lui avait demandé. Elle semblait gênée de le faire, elle n'y prenait aucun plaisir ; alors pourquoi se sentait-il si humilié ? Il n'avait fait que montrer une faiblesse de plus. Ses doigts glissèrent de ceux de la Sirène pour se nouer derrière son dos alors qu'il reprenait sa marche, d'un pas lent qui ne trahissait nulle intention de distancer la demoiselle. Par mégarde, il écrasa la rose. Il était silencieux. Il réfléchissait. Qu'était-il pour Alys ? Un "frère" ? Un ami ? Celui qui la divertissait de ses harpies et l'exhibait à son bras ? Pourquoi Alys l'avait-elle laissé faire ? Pourquoi avait-elle minaudé avec sa couronne de fleurs ? Si tout cela ne signifiait rien pour elle ? Peut-être pensait-elle en tirer quelque honneur, quelque intérêt ?
- Vous avez raison : c'est impossible, concéda le Dragon, avant de revenir à leur conversation précédente, comme si de rien n'était, comme s'il ne se sentait pas triste et trahi.

- Vous servir de notre famille : ce que je veux dire par là, c'est que si le prestige de la Couronne peut vous attirer des faveurs inespérées, soient-elles intéressées, saisissez-les, Alys. Ce n'est qu'une juste rétribution pour le soutien que vous avez toujours apporté à Rhaenys. Et pour l'affection fraternelle que vous montrez pour moi.
Et ces mots blessants le blessaient lui aussi. Mais il n'y avait sans doute rien d'autre à espérer de l'amour. Autant changer de sujet.
- Aujourd'hui plus que jamais, votre amitié est précieuse à Rhaenys. Les récents événements l'ont ébranlée elle aussi, plus que sa couronne ne lui permet de le montrer. C'est parfois dans l’intimité que nous avons le plus besoin d'alliés.
Or, il avait perçu une distance à l'égard de la Reine dans les mots de la Sirène. Aemon se concentra dessus pour oublier celle qui s'était installée entre la jeune fille et lui. Cette brèche là pouvait peut-être être réparée. Ça n'était pas impossible.
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Alys Manderly
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Lun 2 Juil 2018 - 23:56




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Les mains d’Aemon s’échappèrent des siennes sans qu’elle ne puisse essayer de les retenir, déchirement dans le cœur de l’enfant venue du nord qui ne sut quels mots avaient pu blesser à ce point le dragon. Comme elle aurait aimé, tout simplement, lui ouvrir son cœur, le laisser s’en saisir pour mieux l’aider à battre dans cette frêle poitrine. Comme elle espérait, au fond d’elle, que le premier à poser ses lèvres contre les siennes ne soit lui et nul autre homme. Alys voulait l’étreindre, le rattraper, se saisir de son corps pour mieux se blottir dans ses bras et apprécier sa chaleur, lui offrant son corps froid de sirène vivant dans les abysses marines. Mais tout ceci, elle ne faisait que le fantasmer, qu’en rêver, incapable d’agir dans cette réalité qui était bien plus dure. Elle sentit la fleur s’échapper, rebondissant sur son épaule pour venir s’écraser au sol, finissant sa course sous l’un des pieds fuyard d’Aemon qui se détournait d’elle, reprenant la marche, mettant fin à cet instant d’une intimité sans pareille aux yeux de la sirène.

Le silence qui enveloppait cette fuite était blessant, Alys ne comprenant pas où elle avait fauté, où elle avait trahi ce qui, doucement, semblait se créer. Elle n’avait fait, à ses yeux, que relever des vérités que l’un comme l’autre devait connaître. Reprenant machinalement la marche pour ne pas le laisser la distancer, elle eut un dernier regard pour cette rose abimée qui avait trouvé le petit chemin dessiné dans les jardins. Les mots du prince furent alors bien durs. Impossible. L’était-ce vraiment ou espérait-il le lui faire comprendre, à elle ? Elle aurait aimé pouvoir lui répondre que rien n’était si Impossible qu’il le prétendait, rien n’était aussi défini et surtout, définitif. Tout pouvait arriver et si le dragon lui accordait un peu d’attention, alors peut être que la sirène saurait oser l’approcher pour mieux le séduire. Mais parler aurait été trahir ses plus intimes pensées et désirs alors, elle se contenta de garder ce lourd silence comme pénitence, laissant le prince reprendre la conversation là où elle s’était arrêtée.

Il lui expliqua alors de quelle manière elle pouvait bien se servir de ce rang qu’elle avait et de la manière dont les Targaryen lui avaient ouvert les bras. Les faveurs inespérées de certains fils de très bon rang pourraient l’atteindre, en effet. Mais alors, Alys agirait comme elle l’avait toujours fait : en les éconduisant avec tact et fermeté. Nul autre ne trouvait grâce à ses yeux si son esprit était toujours tourné vers le Dragon qui se trouvait à ses côtés. Il aurait pu s’agir de Jaehaerys en personne, elle aurait essayé de le repousser avec sympathie, trop désireuse de voir cet avenir rêvé aux côtés d’Aemon arriver, exister. Et si elle aurait pu se contenter d’acquiescer simplement, les mots suivants furent plus durs qu’une simple impossibilité d’agir. Reprenant les dires de la sirène, il la harponna avec en plein cœur. Voilà donc où elle avait fauté, là où elle avait dit les choses, espérant agir correctement mais mécontentant le jeune homme. Cela le blessait-il réellement ? Pour quelles raisons ? ne souhaitait-il tant pas de cet amour qu’il l’accueillait avec sarcasme, ou bien, au contraire, le dérangeait-il, ce geste fraternel ? Alys esquissa alors un sourire gêné avant de parler. « Oh… Ne vous méprenez pas, Prince Aemon. Si vous ne souhaitez guère de cette fraternité entre nous, je ne m’en offusquerai guère. C’est juste que… Vous tous Targaryen m’avaient accueillie à bras ouverts… Je ne sais comment prendre toute cette affection émanant de chacun de vous. » Exception faite de Daenys, la mère de ce dragon qu’elle appréciait plus que de rigueur, évidemment. Mais elle espérait bien finir par charmer la mère si elle obtenait le droit de fréquenter son fils.

La discussion fut de nouveau recadrée, s’éloignant de cela pour en revenir à Rhaenys, poussant Alys à soupirer avec une mélancolie palpable. « Mais si les choses m’ont, moi-aussi, ébranlée… Si je peux apaiser Rhaenys, aura-t-elle le temps et la préoccupation d’agir de même avec moi ? Je n’ai que peu d’amis dans la Capitale, les filles avec qui je passe le plus clair de mes journées ne se souciant guère de mes émois, ne cherchant qu’à me ridiculiser davantage, à me montrer les différences qui subsistent entre nous… » Combien de fois lui avaient-elles joué un mauvais tour, lui signalant que les usages du Sud ou de la Cour demandaient une certaine manière de faire, se moquant ensuite de ses erreurs. Candide, Alys s’était laissée guider avant de se refermer dans cette solide carapace qui la rendait maintenant bien peu accessible. « Qui ai-je à part elle ? Faust, évidemment, bien que les mœurs nous intiment d’éviter de nous croiser au plus… Et sinon… Vous ? Mais je ne souhaite nullement vous ennuyer avec tout ceci, à vous parler de mes tracas quand es sujets bien plus intéressants doivent vous attendre ailleurs… » Cette fois, elle espérait au plus profond d’elle qu’il ne la repousserait pas, qu’il serait là, à ses côtés, lui affirmant qu’il l’écouterait, qu’il se souciait d’elle. Qu’il l’aimait ? Elle eut envie de reposer sa main contre la sienne, de serrer ses doigts entre les siens mais elle l’avait déjà fait fuir, ne souhaitant pas commettre à nouveau une telle erreur.


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Aemon Targaryen
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Sam 21 Juil 2018 - 23:36

Vous tous Targaryens. Aemon en eut presque ricané. Comme s'il y avait dans cette famille une telle harmonie ! Sans doute le Dragon aurait-il dû se réjouir que les siens aient la force de montrer au monde, à la Sirène, un visage uni. Rhaenys et Jaehaerys y oeuvraient beaucoup. Mais Aemon ne pouvait pas oublier celui qui, sur le trône avant Jaehaerys, avait meurtri son propre sang. Même avant Maegor, Aemon ne s'était jamais vraiment senti accepté dans cette famille. Pourtant, pour Alys il n'était qu'un Targaryen comme les autres. Un Targaryen accueillant. Un frère d'adoption. Et cette amitié, Aemon la prenait, même s'il aurait voulu plus. Il s'en voulut de ses paroles blessantes qui amenaient la Sirène à en douter. Refoulant sa déception amoureuse, il écouta avec attention ses confidences de jeune fille, qui suscitaient sa perplexité. Alys semblait attendre de Rhaenys une réciprocité qui relevait davantage de l'amitié que de la loyauté. Une part de lui condamnait cette inconséquence : la jeune fille attendait-elle réellement que la Reine s'occupe d'elle ? Le Dragon choisit la voie de l'empathie. La Sirène se sentait seule, c'était ce qu'elle lui confessait. A nouveau, Aemon eut un léger sourire d'ironie lorsqu'elle lui fit part de ses inquiétudes quant à son ami Nordien, comme si sa mâle compagnie risquait de nuire à sa réputation, ce qui était vrai mais que pas une seconde, Alys ne semblait envisager avec lui. Etait-il si peu homme à ses yeux ? Etait-elle en train de le congédier ?

Aemon s'arrêta et chercha dans ses yeux pâles quelque certitude. Les paroles de la jeune fille semblaient lui donner congé mais rien dans son attitude n'y transparaissait, au contraire : Alys semblait s'accrocher à lui avec ces yeux-là, et il y lut un certaine détresse. La Sirène était esseulée, mise à nue. Comment pouvait-elle vouloir retourner à ces filles dont elle se plaignait, vouloir qu'il la quitte ? Etait-elle gênée de ces confessions qu'elle venait de lui faire ? Croyait-elle encore que faute de mieux, il dédaignait son amitié ? Etait-il cet homme méprisable à ses yeux ? Aemon voulut redevenir son "héros", du moins son ami. L'aider, puisque Rhaenys ne le pouvait pas ; mais comment ? Impuissant même à prendre ses mains, il avoua :
- Je ne sais comment vous aider, Alys. Je serais volontiers ce frère pour vous. Mais je reste un homme et si nous nous côtoyons davantage, votre vie va devenir compliquée. Vous savez comme moi ce que peuvent les mauvaises langues.
Il soupira, résigné.
- Je crains de ne pouvoir vous offrir d'autre soulagement que ces brefs moments.
Son regard fuit vers les fleurs et son corps se remit en branle. En marchant, Aemon réfléchissait mieux. Quelle jeune fille de bonne compagnie pouvait-il introduire auprès de la Sirène ? Laissée à la solitude, elle risquait de disparaître à nouveau dans ses appartements, ou pire, de partir rejoindre sa vraie famille.
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Alys Manderly
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Sam 15 Sep 2018 - 19:23




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Il semblait… Las. Epuisé. Était-ce la discussion qui l’ennuyait à ce point ? Alys n’aurait su donner des raisons à ce comportement, se demandant si ses jérémiades étaient si agaçantes, si fatigantes. Oserait-elle encore se plaindre après cela ? Pourtant, quand il reprit la parole, elle pinça doucement les lèvres, se rendant compte de sa propre erreur. Les mots avaient bien plus de conséquences qu’elle ne pouvait l’estimer et elle ne les mesurait pas toujours ces derniers avant de les prononcer. Faire d’Aemon un frère et l’entendre le souligner était blessant, frustrant pour elle. La petite voix au fond d’elle avait beau essayer de lui rappeler que les Targaryen épousaient leur sœur, elle n’arrivait pas à relativiser de la sorte. Et puis, comme il le soulignait si bien, il n’en était pas moins un homme et sa compagnie répétitive serait néfaste à la sirène et à sa popularité au sein du monde. Alors elle soupira longuement, réfléchissant à une solution quand lui n’en avait pas, quand lui n’avait plus de réponse à lui offrir que ces quelques moments volés passé en public, au-devant de tous et sans possibilité d’une quelconque confession.

Il reprit le pas, s’éloignant d’elle doucement tandis que l’instant se faisait plus pensif. Les pupilles océanes de la sirène trouvèrent le sol, observant le petit chemin qu’ils empruntaient depuis plusieurs minutes maintenant. Que veux-tu, Alys ? La question rebondissait dans son esprit, ne trouvant nulle réponse que le jeune homme qui s’éloignait doucement d’elle. C’était sa seule certitude. Si elle devait rester à Port-Réal, alors elle espérait pouvoir rester au plus aux côtés d’Aemon. Mais, que diraient les gens ? Elle s’en moquait. Alys n’était pas une fille du sud, Alys n’était pas une fille de Cour. Elle était née dans la région la plus hostile et la plus glaciale du continent, avait grandi au rythme des vagues qui s’écrasait contre les pierres blanches de Blancport, avait plongé son corps dans les eaux sombres et gelées de la Blanchedague. Alors pourquoi des rumeurs, des racontars l’effrayaient tant désormais ?

Relevant le regard, elle s’élança à la suite du prince, le rattrapant d’un pas vif, sa main venant chercher la sienne, ses doigts forçant les siens à une étreinte, le poussant à lui offrir à nouveau toute son attention. L’océan de ses yeux se leva vers lui, dévisageant les traits de son visage tandis qu’un sourire doux se dessinait sur ses lèvres. « Ces brefs moments, comme vous le dites, sont certainement les plus agréables qu’il m’ait été d’avoir depuis que je suis ici. » La petite sirène avait envie de nager dans les eaux troubles, de défier le reste du monde et de leur amener la tempête s’ils la cherchaient. Son sourire s’élargit un peu plus. « Vous seul vous inquiétez de mon bien-être… Voilà la seule chose de fraternelle que vous m’offrez et qui m’apaise… » Elle ne relâcha pas l’étreinte de ses doigts sur les siens, au contraire, avant de rire doucement. « Ma vie est déjà bien compliquée, mon Prince. Je doute que nos rencontres ne l’affectent de ce point de vue, au contraire. Vous me soulagez l’existence quand vous me faites rire, quand vous passez du temps avec moi à essayer de m’apprendre toutes ces choses sur la capitale… Je n’ai pas peur de ce que les gens pourraient dire. Que l’on nous voit ensemble voudrait plutôt dire que nous n’avons rien à cacher, n’est-ce pas ? » Elle l’aimait tellement qu’elle préférait se cacher derrière cette fausse excuse plutôt que de le voir s’enfuir. Et pourtant, elle demeurait jeune enfant méconnaissant les premiers émois, n’ayant jamais senti son cœur se tordre de la sorte pour quiconque auparavant. « Je préfère être avec vous plutôt que d’avoir à éconduire tous les jeunes hommes qui espèrent bien obtenir de moi… Ma main ? Ma place ? S’ils me voient avec vous, cela les dissuadera et comme je ne souhaite pas être courtisée par eux… » Le sourire mutin de la sirène s’étira dans un coin tandis que son regard s’accrochait toujours aux améthystes d’Aemon.


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Aemon Targaryen
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Dim 23 Sep 2018 - 19:45

Alys le rattrapa et lui prit la main, comme une petite fille, une soeur, celle qu'Aemon n'avait jamais eue. Le Dragon s'arrêta, lui concédant volontiers l'attention que ses yeux pâles requéraient. Son sourire le fit sourire, ses mots naïfs étaient une caresse ; il plaisait au Dragon d'entendre qu'il comptait tant pour la Sirène, même si elle était seule, même si elle ne nourrissait pas pour lui les mêmes sentiments.

- Que l’on nous voit ensemble voudrait plutôt dire que nous n’avons rien à cacher, n’est-ce pas ?

Rien à cacher, vraiment ? Aemon ne dit rien, écoutant la Sirène se contredire, affirmer ne pas craindre les rumeurs, puis avouer vouloir les susciter... Ce ne pouvait être qu'une plaisanterie !
- Est-ce ainsi que vous voulez vous servir de moi, jeune fille ? rit-il en jouant avec sa main.
Mieux valait en rire qu'en pleurer. Mais le Dragon revint vite aux choses sérieuses, ne voulant pas encourager Alys dans ses excentricités.
- C'est précisément parce que je m'inquiète de votre bien-être que je refuse de vous exposer.
Alys disait vouloir affronter la rumeur, mais n'avouait-elle pas souffrir déjà des langues fourchues de ses amies ? La jeune fille n'avait aucune idée du tranchant d'une vertu mise en doute, d'une réputation brisée. Aemon ne serait pas la cause de cet éclat ; pourtant, il n'était pas facile de refuser à la Sirène, son aide et sa compagnie. Il n'avait pas lâché sa main, qu'il pressait doucement. Et ses yeux étaient tendres alors qu'il lui promettait des jours heureux, auxquels il semblait vraiment croire.

- Les choses ne seront pas toujours ainsi, Alys... Un jour, vous vous sentirez dans cette ville qui vous est étrangère comme un poisson dans l'eau. Un jour, vous aurez de l'amitié pour ces filles que vous méprisez - celles-ci, ou d'autres. Un jour, vous apprécierez la cour de ces jeunes hommes qui vous indisposent ; vous désirerez leur attention, les mots qu'ils sauront prononcer, leurs mains sur votre visage et leurs lèvres...
Le Dragon s'interrompit, réalisant l'inconvenance de ces propos qui le faisaient ployer vers elle. Il se redressa et relâcha la pression de ses doigts, pour reprendre plus dignement :
- Un jour, vous souhaiterez être épouse et mère, et ce jour ne saurait tarder. Alors, vous n'aurez pas à regretter d'avoir sacrifié votre réputation à un frère qui n'a rien à offrir qui ne soit déjà promis à une autre, pour quelques distractions.

Ses paroles étaient dures, mais comment ne l'eussent-elles pas été ? Le Dragon ne laissa ni le regard ni la main de la Sirène lui échapper, la retenant contre son coeur affligé.
- J'espère être le témoin de ce bonheur. Pour vous, je chercherai ces amies ; je chercherai cet homme, si vous me le demandez, finit-il dans un murmure qui lui coûta plus qu'un cri.
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Alys Manderly
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Jeu 27 Sep 2018 - 0:09




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Alys rougit, se mordillant la lèvre inférieure devant la petite phrase d’Aemon. Il y avait bien des manières dont elle espérait pouvoir se servir de lui et, en effet, le prendre comme bouclier pour repousser les jeunes hommes qu’elle n’aurait fait qu’éconduire était une stratégie de plus pour espérer passer bien des heures en sa compagnie. Qu’il en rît était plaisant et Alys espérait même, un air taquin fièrement affiché sur son visage, qu’il se prenne à ce jeu et qu’il ne la contredise pas. Mais c’était oublier le sens de l’honneur du jeune homme qui s’inquiétait grandement pour la jeune sirène et sa réputation. Il ne souhaitait pas l’exposer, il ne voulait pas qu’elle soit la risée de la Cour, la raison de toutes les moqueries à cause de quelques murmures mal placés qui viendraient entacher la pureté de cette innocence encore intacte.

Son regard demeurait absorbé par le sien et ses doigts restaient au contact, espérant largement qu’il change d’avis, qu’il se reprenne, qu’il fasse battre son cœur en écho de celui de la blondinette. Mais non. Au contraire. Aemon reprit la parole, commençant par lui faire entendre que son malaise n’était que passager et qu’un jour, elle se trouverait à sa place dans la Capitale. Qu’il fasse cette métaphore, lui offrant le rang d’un poisson dans l’eau, à l’aise, la fit sourire et elle manqua de lui répondre qu’elle se sentait déjà bien assez à l’aise dans les eaux, surement plus que sur terre. Sirène, elle était née, sirène, elle resterait. Si jusque-là, elle pouvait lui accorder raison, qu’il aille jusqu’à lui faire entendre qu’elle deviendrait l’amie de ces jeunes filles qu’elle avait en horreur la fit douter. Comment pourrait-elle accorder confiance et amitié à ces enfants superficielles qui ne comprenaient rien à elle et son monde ?

Puis, il en vint à un autre sujet, à ces jeunes jouvenceaux qui espéraient tous obtenir la main et le cœur de la petite sirène, de la sœur de cœur de la Reine, de la pupille Royale de la famille Targaryen. Elle allait répliquer quand il enchaîna. Ses propos se firent plus osés au fur et à mesure que sa langue se mouvait, laissant l’imagination de la jeune fille mettre des images sur ses propos, la faisant piquer un fard quand il aborda les lèvres. Elle ne put réprimer un frisson, l’image du jeune homme plongeant ses lèvres dans son cou étant trop belle pour être ignorée froidement. Non, il venait de réchauffer Alys qui eut pourtant une mine faussement outrée par ces mots qu’il avait stoppé à la va-vite. Pouvait-elle agir autrement pour maintenir les apparences quand, au fond d’elle, elle aurait aimé savoir ce qu’ils auraient pu faire de leurs lèvres… Ce qu’il aurait pu faire des siennes…

Mais il ne s’arrêta pas après cet incident, allant plus loin, au-delà de ce qu’Alys pouvait entendre. Epouse. Le poids lourd d’un enchainement éternel. Mère. Porteuse d’un héritage, seul souhait d’un homme dans ce monde qu’ils dirigeaient égoïstement. « Ne dites plus un mot, je vous en conjure. » Elle préférait mourir qu’être mariée de force, par intérêt ou autrement. Sa liberté chérie était la seule chose qu’elle souhaitait préserver jusqu’à la fin. Elle n’aspirait pas à ces vies qui attendaient pourtant toutes les jeunes femmes de son âge et de son rang et savait au fond d’elle que ce serait inévitable. Alors elle luttait, manquant d’avoir la nausée à la simple pensée d’un mariage. Qu’importaient les distractions dont il pouvait être l’objet alors, non ? Mais le plus douloureux fut ce terrible retour à la réalité quand il mentionna son engagement. Les larmes montèrent à ses yeux, elle qui avait chassé de son esprit la Bieffoise qui risquait de lui voler celui qui faisait battre son cœur. Elle lui en voulait d’avoir abordé ce sujet. Alors, quand il lui fit entendre qu’il essaierait de trouver tout ce dont elle aurait besoin pour s’épanouir, elle serra les dents. La sirène se mua en créature ténébreuse dès lors et ses mots furent aussi sifflants que ceux d’un serpent. « Commencerez-vous par votre fiancée ? » Elle la détestait. Son allure, sa prestance… Tout la différenciait de la Nordienne qui n’avait qu’envie de lui faire avaler ses jupons. Récupérant ses doigts sans violence, simplement en les faisant glisser entre les siens, sa langue claqua telle un fouet. « Vous risquez de chercher longtemps un homme qui n’apparaîtra que dans votre miroir. » L’avait-il agacée à ce point pour qu’elle soit si directe, si dure dans ses mots ? Alys semblait à bout de souffle, les émotions traversant son corps, menaçant de la faire exploser. Prenant conscience de ses propos, elle écarquilla les yeux, faisant un pas, puis deux en arrière.


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Aemon Targaryen
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Sam 29 Sep 2018 - 11:51

Ses propos semblèrent choquer la Sirène. Etait-il si difficile pour elle de s'imaginer femme mariée ? Etait-elle encore trop jeune ? Mais non, à l'âge qui était le sien d'autres avaient déjà enfanté. Aemon soupçonna chez Alys cette immaturité qu'il ne pouvait lui reprocher, se sentant lui-même, trop souvent, encore adolescent malgré ses vingt-sept ans. Ou bien était-ce autre chose ? Le Dragon s'étonna de ces larmes qu'il vit border les yeux de la Sirène, et de sa colère soudaine.

- Commencerez-vous par votre fiancée ?

La Rose n'avait jamais été un sujet de conversation entre eux, pourquoi l'eut-elle été ? Rien n'était officiel encore, même si la Cour parlait. Aemon n'avait rien à dire sur cette union, à tous les sens du terme. Bientôt il n'eut rien à dire du tout, soufflé par les mots de la Sirène. Elle s'était dérobée, lâchant sa main, reculant d'un pas, suspendue à ses yeux incrédules. Aemon retourna sa phrase dans tous les sens, mais vraiment, il n'y avait rien d'autre à comprendre. Il ne pouvait se tromper comme il venait de se tromper tout au long de leur promenade, sur le sens des compliments que lui faisait la jeune fille. Il comprenait désormais pourquoi elle appréciait tant sa compagnie : pour la même raison que lui, appréciait la sienne. Il n'était plus question de frère ou de héros. Pourtant, cela ne changeait rien à ce qu'il avait dit.

- Je suis navré, Alys, souffla-t-il, mais il n'avait pas l'air navré du tout, avec ce sourire qui lui mangeait le visage.

Le Dragon tenta de le contrôler, mais il n'y arriva pas, alors il renonça, laissant se diffuser en lui les sensations nouvelles de l'amour partagé. Que cet amour ne puisse se réaliser ne changeait rien : Aemon était aimé avec sincérité et c'était un joyau entre ses côtes. Mais il ne pouvait s'écouter, jouir de cet amour nouveau, quand celle qui lui en avait fait cadeau restait figée, à le dévisager.

- Venez, dit-il en tendant la main, et il souffla dans ces mots l'autorité dont il était capable, car il craignait que la jeune fille ne déguerpisse.

Après un temps qui lui parut infini, Alys la saisit et ils reprirent leur déambulation muette dans le jardin, comme s'il ne s'était rien passé. Et pourtant, la chaleur était plus enveloppante, la brise plus parfumée, les roses plus belles. Aemon se délectait du silence, mais elle, le trouvait gênant peut-être ? Il la regarda, le haut de sa tête blonde piquée de fleurs, et il regretta de n'y avoir pas piqué la sienne, mais qu'importe, puisqu'elle l'aimait.

- Venez, répéta-t-il. Je vais vous montrer quelque chose.

Ils s'enfoncèrent loin dans les jardins et sous un bosquet dont le feuillage touffu ne laissait pas deviner l'étroit chemin qu'il dissimulait. Cela faisait si longtemps, pourtant Aemon se souvenait de ce passage secret où il avait souvent suivi ses cousins en cachette. Bien que les rochers soient plus petits que dans son souvenir, le chemin restait accidenté, et il se fit un plaisir d'aider la jeune fille dans cette escalade improvisée. A l'arrivée, la terrasse abandonnée, grignotée par les broussailles, léchée par la marée, offrait un panorama inédit sur l'horizon.

- Peut-être Rhaenys vous a-t-elle déjà emmenée ici, réalisa Aemon avec déception.

Ce lieu faisait remonter tant de souvenirs, couronnés par celui de sa jeune cousine, qu'il regretta presque d'y avoir emmenée Alys. Il avait voulu partager quelque chose avec elle. Quelque chose de secret, dont il réalisait seulement à présent, l'intimité.
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Alys Manderly
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Jeu 4 Oct 2018 - 17:26




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Elle demeurait immobile, incapable de parler, de bouger, ses propres mots jouant d’un écho contre les parois de son crâne. Alys avait envie de fuir, du hurler, de disparaître dès à présent tant la gêne lui dévorait l’âme. Pouvait-elle être sotte à ce point pour ne pas savoir garder sa langue sagement derrière ses dents ? Sa bêtise et sa naïveté venaient de la pousser à révéler ce que son cœur tentait de dissimuler depuis maintenant des semaines, pour ne pas dire des lunes entières. Ses sentiments à l’égard du Prince étaient bien plus fort que quiconque pouvait l’imaginer et il était honteux pour une jeune fille d’avoir des pensées aussi surréalistes que celles qui traînaient parfois dans sa tête. Il était Prince. Elle n’était rien de plus qu’une jeune fille de la maison Manderly. Ni fille de Suzerain, ni celle d’un Roi alors comment pouvait-elle espérer le voir s’attendrir devant de tels mots ?

Je suis navré. Alys eut envie de pleurer, les larmes qui bordaient ses yeux manquant de glisser le long de ses joues pâles pour mieux laisser parler son désarroi, son désespoir. De quoi était-il navré ? D’apprendre une telle chose que ces sentiments enfantins qu’elle devrait faire taire rapidement pour éviter à tous un scandale ? Pourtant, alors que la sirène souhaitait à tout prix ne plus avoir à se confronter à son regard, ses yeux azurés lui offrir l’image de ce sourire. Un sourire incompréhensible qui n’allait nullement de pair avec ses propos, perdant un peu plus la jeune fille dans cette réflexion qu’elle avait eu. Aemon n’avait pas l’air désolé, bien qu’il l’affirmât. Mais, pour autant, il ne fit aucun commentaire sur les dires de la blonde, la laissant là, avec si peu d’informations à traduire pour mieux savoir ce qu’il pensait. Elle aurait dû tourner les talons et partir plutôt que de subir cette humiliation, malgré l’absence de gens à leurs côtés.

Alors, il lui proposa de la suivre, tendant une main qu’Alys regarda sans comprendre, toujours fermement décidée à s’échapper, à mourir de honte quitte à s’enfermer dans ses appartements et se cacher sous ses draps pour le restant de ses jours. Mais le sourire du Targaryen l’encouragea à faire tout l’inverse, la poussant doucement à refermer à nouveau ses doigts sur les siens, dans une étreinte qui n’avait plus rien de fraternelle. Devait-elle encore masquer ses envies maintenant qu’elle les lui avait révélées ? L’autorité se lisant en lui, elle se laissa guider en silence à travers les jardins, le pas légèrement plus pressé que lors de leurs déambulations précédentes. Ses yeux s’étaient posés sur ses pieds qui foulaient le sol, soudainement trop lourds pour elle, l’effort de la marche lui paraissant insurmontable. Mais le jeune prince l’encouragea encore à la suivre, la conduisant bien assez vite sous un bosquet qui dissimulait un étroit passage. Les yeux ronds d’Alys observaient les alentours, ne connaissant pas ces lieux. Au Nord, elle avait eu cette réputation de gardienne des secrets, prenant soin de connaître tous les passages pour mieux écouter certaines conversations, pour mieux se rendre compte de tout ce qu’il se tramait. A Port-Réal, et malgré le fait qu’elle soit entre ces murs depuis plus d’une année, des surprises l’attendaient toujours et Aemon lui en avait réservé une de taille. Resserrant sa prise sur sa main pour mieux se frayer un chemin à travers la roche, elle finit par déboucher sur ce qui fut jadis une terrasse, aujourd’hui mordu par les eaux, possédée par la végétation. Les vagues venaient s’écraser contre les rochers, éclaboussant doucement l’endroit, le vent laissant quelques fines gouttelettes venir sur son visage. Elle n’avait que quelques pas à faire pour trouver l’eau, son élément.

Malgré son état d’esprit perturbé, elle ne put s’empêcher de trouver cela merveilleusement beau et quand il s’interrogea sur le fait que Rhaenys pouvait lui avoir déjà montré cet endroit auparavant, la voix de la sirène se fit à nouveau entendre. « Non… Une question de temps, certainement… » Sa main glissa de celle d’Aemon, s’emparant du tissu de sa robe pour le remonter légèrement alors que la sirène retrouvait son élément. D’un jeu de pieds habile, elle se débarrassa de ses chaussures avant de glisser ses pieds dans l’eau, prenant soin de ne pas mouiller sa robe. Elle resta là, toisant l’horizon, ayant comme l’impression de marcher sur cette étendue miroitante qui se mouvait sous elle. Pour sûr, elle y reviendrait, sur cette terrasse. Au fond d’elle, elle sut que ce serait là un endroit où elle saurait trouver solitude et réconfort. Et pourtant, poussant un long soupir, le dos tourné au jeune homme, elle prononça d’une voix faible. « Peut être devriez-vous partir… La honte est déjà si grande, j’ai peur que votre présence ne soit là que pour me rappeler ma bêtise… »


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Aemon Targaryen
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Sam 6 Oct 2018 - 13:53

Aemon fut heureux d'être le premier, bien qu'il doutât aussi, d'avoir bien fait d'emmener la Sirène ici. Cet endroit était hanté par le passé. Cet endroit ne lui appartenait pas. Etait-ce vraiment le temps qui avait empêché Rhaenys de le partager ? Ou bien était-ce un territoire Targaryen, emprunt du souvenir de leurs enfances mortes ? Aemon ne s'était jamais senti légitime ici, tout comme il ne s'était jamais senti légitime dans cette famille, jusqu'à peut-être aujourd'hui. Aujourd'hui pouvait-il clamer cet endroit que tous avaient déserté ? Aujourd'hui pouvait-il y fabriquer de nouveaux souvenirs ? La nostalgie le frappait, à moins que ce ne soit la tristesse de voir Alys s'éloigner de lui, les pieds dans l'eau, le regard perdu. Cet horizon l’appelait peut-être, cette eau, mais lui, ne désirait être nulle part ailleurs : le Dragon était ici chez lui, il voulait y rester, avec elle. Même si elle n'était pas Targaryen, ne semblait-elle pas dans son élément ? face à la mer, sa blondeur au soleil... et puis, n'était-ce pas Rhaenys qui l'avait d'abord accueillie dans leur famille ? Pourquoi aurait-il eut honte de l'avoir emmenée ici ? Pourquoi aurait-il eut honte de l'aimer ? Fantasmait-il ces interdits, ou bien, avait-il juste peur de les braver ?

Aemon avait toujours été lâche, et cette fois encore, il n'osa pas rejoindre la Sirène, il resta en retrait, derrière elle. Pourtant il ne pouvait laisser s'écouler ces mots, laisser la Sirène se noyer dans une erreur si profonde. Comment pouvait-elle croire encore qu'il était indifférent, pire, moqueur, après toutes les attentions qu'il avait eues pour elle ? Après qu'il l'eut emmenée ici ?
- Si honte il y a, alors je la partage, tout comme je partage... commença-t-il, mais il s'interrompit, car une déclaration n'était pas dans l'intérêt de la jeune fille.
Elle devait se détourner de cet amour infertile ; elle le ferait sans doute, rapidement, car ce n'était qu'un amour d'enfant. Le Dragon ne devait pas l'encourager ; pour autant, il ne pouvait la laisser se sentir honteuse et bête. Sans ôter ses bottes, il entra dans l'eau et chercha son regard, à défaut de prendre sa main.

- C'est un présent unique que vous venez de m'offrir, Alys. Les coeurs sincères sont si rares à la Cour, vous l'avez dit vous-même... Soyez assurée que je l'apprécie à sa juste valeur.
Ces mots étaient tellement en dessous de ce qu'il ressentait. Lui, le mal aimé, était béni de l'amour si pur d'une jeune fille. Et cet amour rayonnait en lui, peut-être Alys voyait-elle ? le Prince paraissait si lumineux, à moins que ce ne soit le soleil qui se réfléchissait sur sa peau et à la surface de la mer. Sa peau à elle rougissait un peu, brûlée par le soleil ou par la honte, cette honte qu'Aemon ne voulait plus voir, et sans réfléchir, il prit sa joue dans sa main, cette joue d'enfant qu'il voulait voir heureuse, pour continuer à jouir, lui aussi, de ce bonheur nouveau.
- Ne m'enlevez pas votre amitié, Alys, quand je ne peux accepter davantage... C'est déjà tant, de savoir... Je suis si heureux... Je vous en prie, restez avec moi...
Il avait peur qu'elle s'enfuie ou n'ose plus le regarder avec ces yeux là, ces yeux qui brouillaient complètement ses propos et faisaient battre son coeur, et l'attiraient vers ces lèvres qu'il s'était promis de ne pas embrasser. Il voulait être son héros, son ami, son amant, et il serait son frère si elle le laissait l'être.
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Alys Manderly
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Ven 12 Oct 2018 - 20:46




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Son cœur espérait le voir partir autant qu’il désirait le savoir près d’elle. Elle songeait inlassablement à la manière dont elle lui avait jeté ses sentiments à ses pieds, quelques minutes plus tôt, à la façon dont elle avait déshonoré son nom et sa personne avec quelques paroles échappées sous un agacement fugace. Ses doigts jouaient avec le tissu qu’elle tenait entre ses mains, dévoilant ses chevilles, empêchant l’eau d’alourdir le vêtement en trempant l’entièreté de celui-ci par capillarité. La nervosité était toujours présente en la sirène qui ne savait plus quelle fuite serait la meilleure entre celle qui la forçait à rebrousser le chemin ou celle qui la poussait à courir pour mieux se jeter à l’eau.

Finalement, la voix du Prince fit écho à la sienne, lui affirmant qu’il partageait sa honte… La fin de sa phrase fut interrompue par une retenue qu’Alys n’avait su avoir. Mais elle avait compris, cette fois, que ce que partageait le jeune homme dépassait ce qu’elle pouvait imaginer et une simple affection forcée par sa cousine. Elle eut envie de se retourner, de lui faire face pour mieux le voir, pour mieux lire en lui ce qu’il ne pouvait dire à voix haute. Mais la Sirène affrontait toujours l’océan, son regard se perdant dans les vagues qui venaient doucement mordre ses pieds, l’esprit emmené au large par la douceur de ce mouvement. Elle n’osait plus le regarder, lui qui se refusait de lui céder ce qu’elle rêvait depuis des semaines, quelques mots qui sonneraient délicieusement à ses oreilles. Mais il ne le pouvait car s’il le faisait, ils seraient tous deux en danger. Les alliances seraient peut-être brisées car lui était fiancé et elle finirait par l’être.

Ses pas la sortir de sa contemplation, la forçant à se tourner vers lui, à croiser son regard de ses pupilles océanes encore apeurées de cette situation dans laquelle elle s’était jetée toute seule. Il appréciait ses paroles, la poussant à baisser le regard. Et pourtant, ses paroles firent écho à d’autres que lui avait offert le seigneur Cerf un jour où ils avaient pris le temps de discuter. On gagnait plus à apprécier un Targaryen en devenant son ami, qu’en les adulant comme le reste des Hommes de ce bas monde. C’était si vrai à présent, qu’Alys se rendit compte qu’elle avait su, elle aussi, prendre le cœur du jeune Dragon. Elle sentit le rouge lui monter aux joues, brasier lent qui fut bien vite arrêté par un nouveau contact, la main du Prince venant trouver l’une des pommettes de l’enfant du Nord pour l’étreindre de ses doigts, la poussant à relever son regard vers lui. Il craignait qu’elle ne se rétracte, qu’elle reprenne ce qu’elle avait donné, qu’elle ne lui ferme son cœur si merveilleusement ouvert. Je suis si heureux. Sa main vint alors se poser sur la sienne avec douceur, caressant du bout des doigts ceux du dragon. « Je ne sais que dire… » Mais elle savait quoi faire. Ses yeux étaient attirés par les siens, son visage n’ayant alors qu’envie de venir plus près encore de celui du Prince, attraction si puissante qu’elle se sentait céder à lui.

Alys n’avait jamais embrassé personne auparavant. Ses lèvres étaient chastes, tout comme le reste de son corps. Qu’était-ce, un baiser ? En quoi cela consistait-il ? Elle en avait bien reçu, de sa mère, de ses frères, sur les joues ou le front, signe d’une affection particulière. Mais jamais au grand jamais elle n’avait pensé à poser ses lèvres sur celles d’un autre. Pourtant, là, devant le prince, sachant ses sentiments, lui ayant révélé les siens, Alys sentit que l’instant était bien choisi. Que l’envie de découvrir cela pouvait la titiller quand, quelques minutes plus tôt, il l’avait presque outrée à évoquer vaguement la chose. Alors, furtivement, elle se hissa sur la pointe des pieds, réduisant l’espace entre leurs corps, entre leurs visages. Et alors, elle lui offrit ce que les Sirènes se gardaient bien de donner. Ses lèvres entrèrent en contact avec les siennes, douces, chaudes, les effleurant plus que leur offrant un véritable baiser, mais c’était déjà beaucoup pour la blondinette qui reprit sa place, ne fuyant plus, libérant la main d’Aemon de la sienne avant de piquer un nouveau fard, souriant telle l’enfant malicieuse qu’elle était et qui venait simplement de cueillir le fruit de cet amour pour son Prince.


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Aemon Targaryen
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MessageSujet: Re: And the little mermaid tamed the shy dragon • Aemon & Alys   Dim 14 Oct 2018 - 11:41

Les mots manquaient aux lèvres d'Alys. Peut-être était-ce pour cela, qu'elle les lui offrit. A peine. Un souffle d'air, une caresse, une aile d'oiseau. Le Dragon ferma les yeux pour retenir ce moment qui déjà était terminé. Il les rouvrit, ébloui par ces couleurs trop vives - le soleil, jaune, enveloppant ; la mer, bleue, dont les eaux froides infiltraient ses bottes ; Alys, blanche et rose, le sourire faussement modeste. Les sensations étaient exacerbées, pourtant il n'y eu pas d'élan du corps. Le coeur d'Aemon était lourd, gonflé d'espérances ; son corps était tranquille et ne réclama pas davantage. Le Prince sourit, timide lui aussi, reconnaissant de ce nouveau présent qui ne faisait que confirmer ces mots qu'il avait deviné, ces mots qu'il aurait tant voulu entendre, mais qui pour ne bien de tous, devaient rester derrière les lèvres charmantes de celle qu'il aimait - ces lèvres qui ne lui étaient plus tout à fait étrangères, mais dont jamais, il ne saurait véritablement le goût.

Le Dragon recula d'un pas, puis deux, puis trois ; et, ne pouvant se résoudre à quitter tout à fait la Sirène, s'assit au ras de l'eau, enlevant ses bottes mouillées, livrant frileusement ses orteils à la marée, comme si l'eau qu'il n'affectionnait guère, la reliait à elle.
- Alors ne dites rien, et laissez-moi vous conter l'histoire de cet endroit, dit-il, conscient de son propos décousu, qu'avait décousu le baiser ; mais puisqu'il ne pourrait y avoir d'autres caresses, il fallait bien les mots, une autre intimité.

Aemon commença à parler de ces souvenirs qui peu à peu l'emportaient. Alys vint s'assoir à côté de lui. Il lui parla de ces jeux d'enfants qui n'étaient plus, ses cousins, les enfants royaux, les jeunes Targaryens. Lui n'était qu'observateur derrière une broussaille, mais ses mots ne le laissaient pas deviner ; seule, l'admiration qu'il avait pour ces jeunes dragons. Désireux de renforcer cette amitié qu'il sentait vaciller, Aemon parla beaucoup de Rhaenys, princesse rayonnante qu'elle était alors, sans se douter que de cet éloge, la Sirène pourrait prendre ombrage. Comment l'eut-elle pu alors qu'elle venait de découvrir ses sentiments, que leurs épaules se touchaient et qu'il lui livrait des souvenirs intimes ?

Aemon se prit à rêver qu'Alys était une Targaryen et qu'ensemble ils pouvaient jouer, réécrivant l'histoire de son enfance solitaire, jusqu'à ce que la bulle des souvenirs réels ou fantasmés, soit balayée par une vague qui lui mouilla les chausses. Le Dragon bondit sur ses pieds, mordu par la surprise et le froid. Il tendit une main galante à la jeune fille pour l'aider à se relever. Le bas de sa robe était trempé, mais la brise marine avait échappé quelques mèches de sa couronne fleurie. Elle était charmante ; le Prince sourit, avant d'ajouter avec une gêne mal dissimulée :

- Peut-être vaut-il mieux ne pas dire à la Reine que je vous ai emmenée ici.
Il avait l'impression désagréable, et délicieuse à la fois, d'avoir violé un secret.
- Ce sera notre secret... n'est-ce pas ? dit-il en enroulant ces mèches autour de son doigt, n'osant affronter son regard, ni celui de Rhaenys.
Aemon imaginait déjà les yeux réprobateurs de sa cousine si elle apprenait qu'il mettait ainsi en péril la réputation de son amie, même s'il n'avait rien fait de mal... qu'il ne ferait rien de mal... n'est-ce pas ?
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