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 We are buried in broken dreams

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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: We are buried in broken dreams   Mer 9 Mai 2018 - 0:12


We are buried in broken dreams
Wash the sorrow from off my skin and show me how to be whole again. 'Cause I'm only a crack in this castle of glass. Hardly anything there for you to see. Linkin Park - Castle of Glass


Mes jointures frappèrent contre le battant de bois. Deux coups distincts, lourds et précipités. Le bruit vint ricocher contre la pierre, dérangeant le silence d’un couloir animé par les discrètes allées et venues des serviteurs. Elle ne répondrait pas. Je l’imaginais se recroqueviller dans son lit, écrasant sur sa tête l’oreiller qui étoufferait mon vacarme. J’étais l’indésirable venu troublé sa solitude, la forçant à renouer avec l’extérieur. Et avec moi, j’apportais le rappel d’une réalité trop indigeste. Quel qu’il fut, celui qui rôdait devant cette porte serait ignoré. À l’image de tout ceux si étant risqués, je m’étais plié aux bonnes manières, accordant à la sirène de Blancport la démonstration poli qu’elle ne m’octroyait jamais. Combien de fois s’était-elle introduite dans mes appartements, comme si ils étaient les siens, hurlant ses joies trop rares et ses nombreuses contrariétés. Au dépend de mes occupations, elle s’accaparait mon temps et mon espace.  Jouant d’excès sentimentaux où les sujets variés trouvaient une écoute souvent distraite. J’avais beau ronchonner, je m’avouais vaincu, laissant l’attitude désinvolte s’emparer de mes biens et de mes lendemains. Cet enjeu m’apparaissait bien dérisoire face à tout ce qui me faisait souffrance, alors que pour ce petit brin de femme sans filtre, il était essentiel. Les réveils tapageurs, bafouant toute intimité, n’étaient que le prétexte pour retrouver cette proximité capable d’encaisser les propos sonores, virulents ou emportés. Trouvant dans cette chambre un peu de son chez-soi, je ne pouvais pas l’en blâmer et plus souvent qu’autrement je ne disais rien. Je ne pouvais rejeter l’honnêteté affectueuse de celle, trouvant encore intérêt dans la compagnie d’un nordien abêti par les manières de la cour. Elle était le dernier visage familier osant encore se tourner vers moi, alors que j’étais pour elle, le dernier souvenir d’une région injustement qualifié. Je baissais le poing impatient, conscient qu’elle ne se lèverait pas pour accueillir celui qui avait la témérité de la déranger. Tout cela était bien ridicule.  Je me détournais, saisissant à la dérobé le regard d’une jeune domestique figeant sa curiosité sur mon obstination. J’avais attendu que sa progression l’amène à emprunter un détour, avant de forcer la porte à s’éventrer. La clenche cédait, me permettant de m’introduire à la manière de la jeune effrontée, avant de refermer la porte avec fracas. Plongé dans l’obscurité, c’était à croire que la nuit était tombée dès ce début d’après-midi. Mes pupilles mirent quelques secondent pour s’ajuster aux ténèbres, révélant des lieux identiques à ceux que j’avais quitté il y avait de cela deux jours, mis à part peut-être, que le confinement de courte durée avait suffit à rendre l’air saturé, lourd et suffoquant. Mes sourcils se froncèrent. Comment pouvait-elle endurer pareille chaleur, elle qui était de nature si capricieuse. « Ne dit rien, je suis au courant. Tu souhaite être seule, te morfondre dans le noir et pleurer tout ton soûl, mais si tu désirais te noyer de larmes, peut-être aurait-il fallut arborer un autre blason. » Dis-je sarcastique, en traversant la pièce à grand pas. Je ne me faisais pas moralisateur, mais compréhensif. Elle avait succombé. Ce jour là nous avait meurtris de blessures profondes, visibles que dans nos mimiques crispées et nos regards fuyants. Sa peine faisait scrupuleusement écho à la mienne. Affligé d’une amertume que cette force d’agir ne pouvait masquer, me découvrant hypocrite d’exiger qu’elle se ressaisisse. Pouvait-on m’en faire le reproche? Qui d’autre s’était assuré de son bien-être, veillant à connaitre les revers de ce masque pénible? Personne. Sans doute ne comprenaient-ils pas la léthargie d’un cœur brisé au lendemain de festivités dont on reprenait le cours, aujourd’hui.

Ma poigne s’agrippait au pan de tissu, dont le textile riche et opaque bloquait toute lumière pouvant jaillir des larges fenêtres. Je le tirais d’un trait et la violence des rayons prirent d’assaut le visage apathique de la jeune femme. L’endroit baignait enfin d’une clarté dont s’était privée cette amie qui n’hésiterait pas à grommeler son désagrément.  L’air frais vint souffler faiblement, balayant d’une fraicheur agréable, l’atmosphère vicié. Enfin. Il me semblait déjà plus facile de respirer dans ce repère empreint de mélancolie. « N’attend pas que je t’extirpe de force de ton lit, pour en sortir.» La menace était railleuse. Une taquinerie morne, s’apparentant plus à une gifle mentale qui la sommait de se montrer plus combative. J’attendais, le regard rivé sur la vue vaste d’un royaume peinant à renaitre de ses cendres; une réplique mordante, un soupire agacé, le bruit du froissement des draps...Mais il n'eut rien. « Alys...! » J’avais élevé le ton, maudissant le silence qui s’éternisait. Impatient, frôlant l’agressivité. Il en était fait de cette assurance qui s’était élevé dans l’antre de la pupille royale. Cette contenance était morcelé dans un mal être que j’avais délibérément tenté d’enfouir, mais c’était trop tôt, trop douloureux. J’eus envie de lui hurler d’arrêter d’agir en enfant qu’elle n’était plus, de rompre à jamais avec ses rêves de bonheur ne pouvant exister que dans un esprit naïf et de repartir chez-elle. Je m’en mordis la langue. Cette grogne m’était avant tout destinée. Ici ce n’est pas le Nord. Ici ils te briseront. Voilà les mots qui me brûlaient la gorge, mais cette mise en garde était tardive. Il était déjà bien trop tard. Nous étions les victimes banales de nos furieuses envies. L’exclamation emportée était le réflex maladroit pour provoquer un chamboulement dont je n’étais pas capable de profiter. Je tiquais avant de me tourner vers elle, mirant le désarroi que mon âme cherchait à expier, sous le couvert d’une main tendue. Mes traits durs, ne résistèrent pas. Une peau blanche...non livide, contrastait avec les couleurs franches d’une robe si froissée et défraichie qu’il était impossible d’en discerner la coupe. Un amas de tissus et de dentelles, sans éclat, utile qu’à préserver une pudeur sans orgueil. La même qu’elle avait portée à ce mariage funeste et qui lui collait à la peau comme un rappel désagréable. Je rencontrais ses iris azurés que l’épuisement avait soulignés de noir, creusant dans leurs orbites ces joyaux larmoyants. Les sillons de larmes avaient marqué de rouge ses joues, comme les peintures d’une guerre que nous avions tout deux perdu. Elle était vidée de toute la vitalité que je lui reconnaissais, peinant à croire à cette extrême croupissant sur le lit. Elle était éplorée. Je relâchais ce coup d’œil détaillant l’abattement, glissant rapidement mon attention vers le sol, comme je l’avais fait ce soir là, assis à sa proximité. « Je sais... » Deux mots. Si fragiles que ma voix cassa aussitôt qu’ils furent prononcés. Preuve que je connaissais trop bien cette douleur trouvant naissance dans le rejet et le mépris. Alys avait le sentiment d’avoir perdu celle qu’elle n’hésitait pas à comparer à une sœur, se faisant une fierté à tromper ceux qui avait l’outrecuidance de les confondre. Et moi celui d’avoir perdu à jamais celle qui m’avait séduit de ses ambitions souveraines et légitimes – avant d’en ravir mon cœur.  Il n’y avait rien à ajouter de plus à cette compréhension mutuelle de nos malheurs. Qu’aurais-je pu dire de plus...? Quel mot que je ne craignais pas méritait d’être prononcé? J’inspirais, voyant que mes moyens m’échappaient et que mes efforts pour inciter la jeune lady à rompre avec ses ressentiments, étaient réduits à néant. Comme si il s’avérait plus simple pour elle d’en réchapper. Mais les choses étaient loin d’être aussi faciles. J’eu l’impression de revenir à l’instant même où nous avions quitté le banquet, me confrontant à la conversation qui aurait dû avoir lieu, mais qui avait laissé place aux sanglots.


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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Lun 21 Mai 2018 - 16:17




Broken dreams
Comme lorsque l’on se réveille d’un cauchemar. Alys était si lasse, si fatiguée que ce fut à peine si elle parvint à ouvrir les paupières. Les larmes versées sans retenue de ces derniers jours n’aidaient guère, rendant ses joues collantes à tel point que chaque grimace semblait lui tirer la peau. Lâchant un gémissement, elle eut soudainement envie de disparaître, de ne plus se lever, jamais, pour mieux se laisser mourir de désespoir et de tristesse. L’image de cette Reine adorée qui ne la voyait même plus hantait ses pensées depuis deux jours, forçant la jeune sirène de Blancport à repousser serviteurs et nourriture, se laissant dépérir, s’assécher comme un poisson ayant décidé de s’échouer sur une plage. Elle ne voulait voir personne, ne souhaitait plus paraître nulle part. Les festivités étaient terminées pour la jeune enfant, bien trop amère de ces noces et de ces cérémonies pour oser pointer le nez au dehors de sa chambre. La solitude était sa seule amie alors, elle l’avait laissée la draper de mélancolie. Elle portait toujours cette robe aux reflets nacrés, rappelant son statut dans le Nord, la sirène qui sommeillait en elle. Elle n’avait guère trouvé la force de l’enlever, malgré le fait que le tissu la dégoutait, la dérangeait. Le diadème argenté aux motifs aquatiques était tombé sur le sol, jeté là par une enfant capricieuse qui n’avait eu ce qu’elle souhaitait. Quel jour était-il ? Quelle heure ? L’opacité des rideaux la rendait imperméable au monde extérieur, incapable de savoir ce qu’il se tramait. Quelqu’un était peut-être mort. A moins que ce ne soit elle…

Deux coups furent donnés sur le battant de la porte. Bruts, durs, annonciateurs d’une tempête nouvelle. Pourtant, nul garde n’annonça qui que ce soit. Gardant le silence, la petite sirène eut espoir d’entendre cet inopportun s’enfuir devant la froideur de la blonde mais cela ne vint pas. Pire encore, la porte finit par s’ouvrir. La native de Blancport ne bougea pas, statue de cire endormie, ses yeux demeuraient fermés et sa respiration maîtrisée. Venait-on vérifier si elle était encore en vie ? Dans les ténèbres qu’étaient devenus ses appartements, pourtant, une voix ne tarda pas à s’élever. Faust… Elle eut envie de murmurer son nom mes sa gorge serrée ne lui permit que de lâcher un nouveau gémissement. L’envie de lui hurler qu’elle n’était pas visible tandis qu’il prenait les devant à grand renfort de vérités qui ne sauraient être aisément devinée se fit sentir mais, là encore, la sirène était bien trop faible pour protester ouvertement. La référence à la noyade et à son blason l’aurait amusée. Là, elle eut envie de maudire sa famille, d’être née dans les terres hostiles et glaciales du Nord pour ensuite avoir vécu tout ce que le Destin lui avait offert de vivre. Et si… Elle aurait pu refaire son existence même à coup d’interrogations, se demandant si les choses se seraient passées de la même manière dans d’autres circonstances. Peut-être, alors, serait-elle au Conflans, mariée à un homme qu’elle détestait par conviction plus que par sentiment. Peut-être serait-elle encore à Winterfell, soutenant le seigneur de la maison Stark et sa famille après la fuite de la dragonne. Ou bien, encore, peut être y serait-elle encore avec Rhaenys si elle n’avait pas poussé la jeune femme à reprendre la place qui était sienne. Tant de culpabilité pour une âme si fragile…

D’un bruit, il tira les rideaux. La lumière vint brûler sa peau, ses yeux pourtant clos, la poussant à protester d’un gémissement désabusé tandis qu’elle bougeait enfin dans ce lit pour mieux échapper aux flammes du soleil. Pourtant, l’air assaini qui prit place dans la pièce était désagréable. Il empestait cette vie dont elle ne souhaitait plus. Faust reprit la parole, menaçant de devoir l’extirper lui-même de ses draps qu’elle n’avait que trop gardé contre elle. Mais, là encore, seul le silence lui répondit, Alys n’étant pas d’humeur à se montrer acide ou ne serait-ce que rebelle à l’idée qu’il puisse réellement agir. Et le silence, pesant, mortel, finit par achever les convictions de Faust qui finit par aboyer son prénom, cessant ses railleries, cessant de se moquer, souhaitant simplement la voir réagir. Ses yeux océans s’ouvrirent alors, lui adressant des éclairs de cette colère sourde qui faisait écho à son chagrin. Et Faust dut sentir que ses propres convictions ne tenaient plus qu’à un fil car dès lors qu’ils échangèrent un regard, il fut soudainement plus calme, plus tendre avec elle. Et dans ses yeux à lui, malgré la lumière aveuglante qui remplissait la pièce, elle lut la même peine, la même colère, le même chagrin. Alors, quand il ne lui offrit que deux maigres mots signifiants qu’il la comprenait, sa voix se brisant au moment même où il les prononçait. Pourtant, ils furent suffisants pour la pousser à se redresser, à user de ses maigres forces pour se laisser aller à sa hauteur. Lui avait pris place sur les draps et elle se laissa aller dans ses bras, une nouvelle fois, seul réconfort de ces derniers jours.

Les secondes s’égrainèrent tandis que l’étreinte durait, chaste, simple réconfort échangé par deux être brisés. « Tu sais… Et tu ignores en même temps le déluge qui sommeille en mon cœur. » Relevant le regard vers Faust, elle se détacha de lui, s’asseyant à ses côtés sans se soucier de la bienséance que sa robe malmenée pouvait ne plus offrir en couvrant l’entièreté de son corps. Ses jambes étaient dénudées jusqu’aux genoux, le tissu étant coincé sous les cuisses de la jeune fille. Mais cela lui importait peu. Elle et Faust avait parcourut le pays tout entier pour venir à Port-Réal, réduisant leur intimité à peu de chose. Faust était un sauvageon et pourtant, il détournait les yeux quand cela devenait dérangeant. Il y avait cette noblesse en lui qui n’existait pas en d’autres hommes qui, pourtant, avaient la jouissance d’être nés avec un nom. « Si tu savais comme j’aimerais revenir à ce que nous vivions à Winterfell… Ou bien à ce jour où nous sommes arrivés à Port Réal, quand elle n’avait confiance qu’en nous… Et aujourd’hui… Aujourd’hui… » Sa voix se brisa. Elle n’avait ni la force ni l’envie de prononcer ses mots. Les yeux azurés de la sirène se posèrent sur la robe qu’elle portait toujours. Artifice abimé pour la sublimer, elle ne la supportait plus. Ses doigts s’agrippèrent au tissu commençant à tirer dessus avec rage, se débattant en gémissant de cette prison de soie et de satin. « Aide-moi… Il faut… L’enlever, j’étouffe. » Le laçage de la robe se trouvait dans son dos et la sirène ne pouvait l’atteindre, se débattant simplement de ce filet qui la retenait prisonnière.


© Belzébuth

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Mar 29 Mai 2018 - 0:15


We are buried in broken dreams
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Les distances s’accourcirent. J’abandonnais la tenue impérieuse qui regardait d’un air farouche le résultat navrant de nombreuses désillusions. La joliesse de la sirène s’était flétrie; à l’image de ces bouquets venus enjoliver ses appartements, la tête courbée mollement, carencés d’eau et de lumière. Les charmes qui avaient inspirés le nord de sa fraiche délicatesse étaient ruinés. Ma mémoire me rappelait à meilleure comparaison, traçant la fragilité revêche d’une femme venue s’imposer à moi avec furie, avant de se dévoiler sincère. Wendy Piper. Aussi tranchante qu’avisée. Elle possédait la maturité qui manquait à celle ne voulant pas sortir de l’enfance, mais caché derrière les tignasses folles et les fripes de soie, j’en décelais le même désespoir. Je me posais au bord de ce lit occupé par les idées noires et la désespérance; acceptant la compagnie de cette laideur s’extirpant de nos cœurs fragiles. Le dos courbé, la tête basse, navré d’être à court de mots. Je n’étais pas capable de sagesse, trop impliqué dans ce désastre induit par cet endroit maudit. Comment étais-je seulement parvenu jusqu’ici, armé de vigueur, convaincu de ranimer hypocritement celle qui se laissait dépérir; alors que tout m’appelait à cette même douleur? Je n’étais pas plus fort, ni plus convaincu. Je m’aveuglais, m’accrochant à l’impératif qui repêcherait la seule qui m’était encore familière; jusqu’à ce que le masque ne se fissure. Cette peine muette, parée d’orgueil, avait été la seule chose étant parvenue à remuer le corps fatigué de la jeune femme. Se hissant sur ces bras, glissant sur les draps avant d’agripper cette grisaille venue lui tenir compagnie. L’emprise fraternelle était la réponse toute naturelle, attestant de son caractère unique. Elle avait tournée le dos à son frère qui devait composer avec l’audacieuse décision de sa cadette. Tout quitter pour des idéaux fragilisés; pour une femme qu’elle avait confondue pour une sœur. Aujourd’hui elle s’en blâmerait, rejoignant les opinions dérangeantes de son propre sang. Mais dans cette étreinte à laquelle je ne répondis que d’une main pesante sur son épaule, elle s’assurait d’un soutien rare. J’étais le complice, suppléant à ce vide incommensurable, membre de cette famille improvisée qui souffrait de son déchirement. L’accolade se rompit dans la critique, appuyant sur une ignorance dont je ne croyais pas être la victime. Je ne méconnaissais pas les tourments qui l’avaient soumise à la léthargie, après qu’elle eut tombé dans mes bras lors de ce banquet. Accourant d’un élan presque désespéré, elle avait choisit de rompre les distances, après qu’elle fut témoin de mes aveux. Car elle-même savait quelles horreurs avaient pu traverser mon esprit ce jour là. Cette tempête avait soufflée mes espoirs dès que les rumeurs de la cour s’étaient envolées et l’orage grondait depuis sans trouver de répit. Sa douleur portait le nom de mon obsession. Comment pouvait-elle me croire si peu empathique pour que je ne sois en mesure d’en prendre le pouls. J’avais néanmoins choisi de ne pas rétorquer, préférant mon silence aux confessions qui me forceraient à mettre des mots sur une situation déjà suffisamment compliquée. Elle choisit de rester auprès de moi, m’accompagnant dans cette lassitude que j’avais voulu troqué pour une hardiesse malheureusement trop lâche. Ses jambes se libérèrent dans un froissement de tissu. Une tenue négligée qui ne pouvait  souffrir d’aucune ambiguïté. L’apanage de notre affection toute amicale, sincère et un brin puéril. Ce qui aurait eu mauvaise réception en d’autre compagnie, remuant quelques ragots indécents, n’avait pas même attiré mon regard. Son souhait de revenir à l’essence de notre rencontre, à ce gage loyal nous désignant comme les seuls véritables alliés d’une reine négligente, me préoccupait largement plus. Mon premier réflexe avait été de me sentir interpelé par cet état de fait, mais en vérité, il m’était impossible de partager cette vision trop parfaite d’une époque qui ne m’était pas plus profitable. Je n’étais pas choyé par les mêmes privilèges. Il ne m’avait pas été permis de profiter de la proximité du sang feu et cette époque tenue pour référence n’avait été pour moi qu’un séjour terrible dans les catacombes de la demeure des loups, à attendre une sentence mortelle. Alors que la sirène de Blancport s’égayait de son nouveau statu, j’avais été oublié. Et que dire de notre arrivé à Port-Réal. Les regards de la noblesse sur un roturier venu briguer une part du butin, n’avait pas été le même que celui s’étant attardé sur la nordienne. L’avait-elle remarquée? Surement pas. À ce jour je m’étais dévoilé bien peu utile, m’effaçant au fil du temps pour ne plus être que le spectateur d’une histoire où je ne figurais nulle part.  J’avais voulu répliquer succinctement à ces regrets, mais cette phrase rompue par la peine haletante me forçait plutôt à mirer un œil inquiet vers ma jeune amie.

L’affolement l’étranglait, dévorée par les peines trop lourdes qui vinrent lui couper le souffle. Le malaise pénible fourmillait dans chacun de ses membres. Les spasmes rageurs et paniqués griffaient les revers de sa robe. Ses doigts se tortillaient autour du corsage, incapables, s’agrippant avec désespoir. Émue jusqu’à la suffocation, elle en avait attribuée la cause à l’entrave d’une simple robe. Il était trop évident qu’elle déversait son mal dans une colère qui transpirait dans chacun de ses pores, ruisselant dans le sang qui tapait contre ses tempes et tempêtant dans son cœur brisé. Le contrôle lui échappait, lui arrachant les complaintes raclant sa gorge d’un râle pénible. «Attend. Non...» Ordonnais-je ombrageux. Ma poigne se saisit de ses mains, l’entravant dans son acharnement plus pénible que salvateur. Je m’efforçais à capter ses prunelles, insistant pour faire taire cette crise avant qu’elle ne la submerge entièrement. Mon ton avait été autoritaire, presque colérique. Une réponse excédée à une réaction excessive. «...Laisse-moi faire» J’appuyais l’intimation d’un léger hochement de tête, laissant entendre que je ne pouvais l’aider qu’à cette unique condition. Le calme. Bien sûre, je ne l’obtins pas. Pas immédiatement, ni entièrement, mais suffisamment. Mes doigts glissèrent sur les liens qui comprimaient ses inspirations, dénouant ce prétexte pour l’alléger. Les cordons de satins s’assouplirent, offrant l’amplitude de leurs relâchement. Je n’avais pas encore délaissé les attaches légères, que j’avais élevé la voix. Flegmatique, mais réprobateur.   «Que croyais-tu? Qu’elle te serait éternellement reconnaissante, jouissant de ta compagnie en laissant aux autres le monopole d’un pouvoir qui lui appartient? Qu’elle se cloisonnerait et s’astreindrait à notre présence, se fermant au monde et à sa politique?» J’exagérais, perdant de vue les intentions de celle que je consolais d’une bien drôle de façon. C’était plus simple de se laisser mener par cette mauvaise foi, m’appliquant à omettre les arguments pouvant m’être jetés à la figure. J’avais été le premier à me couvrir d’illusions, consolidés par toute mon ignorance. Preuve en était cette réaction confuse, lorsque l’annonce de ce mariage était venue me happer violemment, me blessant plus que ce couronnement grotesque. Une part de moi s’était aveuglée, oubliant qu’il ne m’était pas permis de croire, ni de rêver. «Tout ne tourne pas autour de toi Alys.»  Je détournais l’attention, piquant la demoiselle d’une remarque inutile, refoulant ma propre peine derrière ma gronde.  Je laissais retomber les lacets de la robe s’ouvrant sur son dos laiteux, reprenant appuis sur mes jambes pour quitter notre contiguïté. Je tournais désormais le dos à celle que je n’étais pas parvenu à conforter. Je soupirais, déjà agacé par une conversation que j’avais voulu noyer sous les banalités. «Elle était malheureuse... » Ma voix était basse, osant à peine prononcer les mots qui prenaient ascendance sur des faits tout aussi évidents mais qui passèrent sous silence;  Nous étions à notre tour bien malheureux. «...Devons-nous nous blâmer d’avoir contribué à son épanouissement? Ne ferais-tu pas la même chose, si on t’offrait la chance de recommencer?» Le loup l’avait dépouillé, cherchant à éteindre la flamme que nous nous efforcions de maintenir vive de toute sa splendeur. Nous avions escorté cette force brûlante jusqu’aux portes de son royaume, sans envisager la distance qui s’immiscerait entre nous. Nous avions cru. Tout n’avait toujours été qu’en son nom et pour son bien. Et aujourd’hui... nous avions été bernés . Mes doigts frôlèrent l’une des pivoines blanches coincées dans l’un des tristes bouquets, faisant volontairement tomber quelques pétales fragiles. «Je ne regrette pas Winterfell.  Je ne regrette ni son seigneur, ni ses cachots, ni cette force d’âme menacée par les crocs de la bête. Je regrette seulement de ne pas être suffisamment utile, pour qu’elle me concède une place auprès d’elle. » J’avais souffert de cette humiliation inhérente à l’insouciance d’Alys, lors de cette cérémonie. J’avais également pâti à ce banquet me reléguant à l’opposé, avant d’être repoussé par la garde alors que mon regard inquiet se blessait sur la main d’un frère s'attardant sur celle de mon aimée. Il aurait été mentir d’affirmer que je ne m’étais pas demandé si les choses avaient pu être différentes. Si ma décision avait été la bonne. S’il me fallait porter le nom d’un grand seigneur pour obtenir son intérêt. Si...

Mais j’étais le molosse fidèle. Celui ayant rejoins le sud sans craindre d’être confronté aux difficultés; surpuissant de ses sentiments. Mais cela elle l’avait trouvée ailleurs...



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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Mer 6 Juin 2018 - 0:21




Broken dreams

Elle se débattait, suffoquant, tel un dauphin pris dans un filet de pêche, se noyant dans un océan qui lui était pourtant son milieu naturel. Sa robe semblait se resserre une peu plus sur elle tandis qu’elle essayait de lui échapper, provoquant plus encore sa panique, la forçant à gémir. Mais finalement, ses cris de désespoirs moururent dans sa gorge avant de pouvoir sortir, bloqués par cet ordre presque crié par Faust. Attendre ? mais que devait-elle attendre ? Son regard humide et désespéré se posa sur lui, l’implorant de mettre un terme à ses souffrances. Ses mains s’étaient refermées sur les poignets graciles de la jeune jouvencelle, l’empêchant de se débattre davantage, forçant ses pupilles océanes à croiser son regard. Laisse-moi faire. La sirène retint sa respiration tandis qu’il relâchait cette poigne d’acier autour de ses membres, la libérant de sa prison. Il désirait le calme, la fin d’une tempête qui n’avait fait que s’annoncer et, tandis qu’Alys lui présentait son dos, son souffle lui échappa, reprenant une respiration chaotique. Elle déglutit avec difficulté tandis que les doigts timides du jeune homme commencèrent leur besogne.

Bien vite, elle sentit le laçage se détendre, la libérer de ce fardeau, l’aidant à mieux reprendre son souffle, à vivre un peu plus. Ses mains tremblaient, posées sur son ventre, canalisant sa respiration afin de mieux insuffler son corps de cet air pur que le sauvageon avait fait entrer dans la pièce. Le silence les accompagnait, bercé par les halètements plus calmés de la jeune enfant qui n’aspirait plus qu’à arracher le vêtement de son corps pour enterrer définitivement le chagrin qu’il représentait. Mais finalement, le silence ne fut que de courte durée. La voix du jeune Nordien empli l’habitacle de cette autorité qui semblait être là pour la réprimander.

Alys n’avait jamais cru en quoi que ce soit si ce n’était une vie plus légère, à la Cour. Rhaenys aurait, certes, été occupée mais lui aurait montré tous les secrets de ce Donjon Rouge dont elle lui avait tant parlé quand elles vivaient dans le Nord. Elle lui aurait appris l’Art et la manière de dire et faire les choses auprès de ces Sudistes qui n’avaient rien en commun avec les gens du Nord et leur honneur si louable. Elle l’aurait protégée des vipères, de toutes les morsures probables qu’elle ait à subir quand une lady lui aurait voulu du mal et chercherait à porter atteinte à sa réputation en ayant recours à de sordides rumeurs infondées. Le rêve éveillé, utopie paradisiaque, d’Alys s’était transformé en cauchemar. Rhaenys n’est guère là autant qu’elle le souhaitait et les rares fois où cela arrivait, elles n’étaient guère seules, accompagnées de toutes ces demoiselles qui lui lançaient des regard de travers signifiant que sa place ne tenait qu’à un fil. Aucun prince n’était venu lui signifier son amour sincère pour elle, comme dans ces histoires d’enfant que les jeunes filles espéraient trouver. Et enfin, elle se sentait prisonnière d’un château dont elle n’était pas encore familière, n’ayant plus le droit de sortir à sa guise sans devoir être accompagné. Alys était un animal en cage qui commençait à ronger ses barreaux dans l’espoir de les voir céder. Tous les actes capricieux et enfantins n’étaient plus que des appels à l’aide désespérés mené à bien dans le but de voir quelqu’un y répondre. Et aujourd’hui, c’était Faust, attentif à elle malgré tout ce qu’elle avait pu lui faire subir, qui y répondait… A sa manière.

Tout ne tourne pas autour de toi, Alys. Pour le coup, l’envie de faire volteface pour le gifler lui parcourut l’esprit. Mais alors, comment aurait-elle retiré sa robe ? Elle serra les dents, les forçant à grincer afin de marquer son mécontentement. « Tais-toi… » C’était la seule claque qu’elle pouvait lui offrir pour le moment, serrant de nouveau ses doigts sur le tissu qui se faisait plus ample. La caresse de l’air vint chatouiller son dos, signe de l’achèvement à venir du travail de Faust. Si quiconque entrait en cet instant, il était certain que leurs réputations à tous deux serait entamée. Mais Alys n’y songeait pas, trop préoccupée par ce qui lui donnait le tournis, ce qui lui faisait perdre la tête et la rendait folle en même temps. Les mains de Faust se détachèrent d’elle et Alys comprit que c’en était fini. Il s’écarta, rendant la distance plus honorable pour eux d’eux et d’un regard noir lancé par-dessus son épaule, elle remarqua qu’il lui tournait le dos, respectant une certaine pudeur malgré les circonstances… Insolites ?

Alys se dirigea alors vers le paravent qui trônait dans sa chambre et derrière lequel les servantes l’aidaient habituellement à se changer. Pourtant, à mi-chemin, elle s’arrêta net devant de nouvelles paroles de Faust. Elle était malheureuse. Oh que oui, elle le savait, se souvenant des larmes de la dragonne qui s’écrasaient douloureusement dans la neige d’une citadelle hivernale. Mais aujourd’hui, les larmes coulaient à nouveaux sur les joues de la sirène tout comme sur celles du jeune homme. Elle ne se retourna pas, ravalant cette pensée aussi rapidement que possible, essuyant sa joue d’un revers de la main tandis que sa robe glissait de l’une de ses épaules. Ne ferais-tu pas la même chose si si on t’offrait la chance de recommencer ? La rage accompagna Alys dans sa réponse. « Non. » Et alors, tirant sur ses manches, espérant presque arracher le tissu, elle je ta à terre l’ouvrage pourtant si précieux et si cher qu’elle avait été si heureuse de porter. Nue comme à son premier jour, elle poursuivit alors sa route jusqu’au paravent, se soustrayant au regard de tous.

Faust parlait toujours. Elle aurait aimé lui ordonner de partir, de se taire, de la laisser seule… Mais alors quoi ? Serait-elle retournée se coucher, tout simplement, lasse et exténuée, énervée et contrariée, forcée d’attendre que la concernée ne réagisse à ses absences, à ses bouderies ? « Crois-tu vraiment qu’elle songe encore à trouver une place pour nous auprès d’elle ? » A son tour, ses mots se faisaient poignards lancés en plein cœur de Faust. Elle aurait pu le regarder, elle lui aurait lancé des éclairs. Attrapant une robe des plus simples d’un blanc immaculé, elle poursuivit. « Ouvre donc tes yeux, Faust… Tu es venu, non elle. Cela en dit déjà suffisamment long sur la situation dans laquelle nous sommes. Il n’y a désormais plus que le royaume, les guerres… Et Jaehaerys. » Elle avait prononcé ce nom d’un ton si mielleux qu’elle en eut la nausée. Elle avait passé le vêtement par la tête, ajustant le tissu sur son corps. Ainsi, il ressemblait à une tunique mais elle attrapa une corde joliment tressée qu’elle vint nouer autour de sa taille. « Ce que tu insinues, c’est que notre malheur vaut moins que le sien… Comment… Comment peux-tu dire cela ? Ce nouveau royaume devait nous apporter joies et bonheur. Je n’y trouve que tristesse et désespoir. » Elle tira sur la corde avec rage, achevant le nœud. Sortant de derrière le paravent, elle se dirigea vers la coiffeuse devant laquelle elle avait ses habitudes, s’asseyant sur le petit tabouret matelassé et couvert de velours.

Elle poussa un long soupir en voyant son visage. Sa peau pâle lui conférait un air fantomatique, absent. Ses cheveux étaient emmêlés, reflétant le manque de soin de ces derniers jours. « Je ne regrette pas Winterfell non plus, je regrette sa présence… Et de m’être tant bercée de ces illusions qui ne demeureront que des rêves qu’une enfant ne peut faire la nuit… Cet endroit n’est pas pour nous Faust… Que sommes-nous venus chercher, ici ? Qu’espères-tu de cette vie à Port-Réal ? »


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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Dim 23 Sep 2018 - 14:09


We are buried in broken dreams
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Le caractère grondeur de la demoiselle, puisant sa source dans ses caprices juvéniles, fut craché avec dédain. Elle voulu me faire taire, me cinglant d’une réprimande aussi rétive qu’inutile. L’éveil de sa personnalité difficile m’était si familier qu’il ne causait aucune commotion susceptible d’arrêter l’articulation d’une opinion amère. Qui donc aurait osé prononcer des mots pareils à la protégée de la couronne, si ce n’est ce sauvageon cherchant à entretenir une amitié souvent mise à l’épreuve.  À son timbre grommelant derrière ses dents scellées, je devinais sa déception de me savoir si peu perméable aux manières de la cour et à ses directives rageuses me dictant une conduite que je ne savais suivre. Elle payait le prix ingrat de ma franchise, manquant de délicatesse et encore plus de tact. Je ne craignais pas de secouer l’orgueil de celle qui se percevait encore comme une enfant et je ne m’étais pas caché derrière les détours enjolivés de parades pour le lui faire comprendre. Alys était aussi détestable que vulnérable et je n’attendais pas d’elle un comportement différent. Derrière son faciès terne, plissé par les traits mécontents et fatigués, je la savais contentée de cette douce libération, acquise par mes doigts agiles. De quoi pardonner ma brusquerie. Elle inspirait de nouveau librement, emplissant ses poumons tantôt comprimés, profitant de cet air frais ravivant les appartements d’une brise agréable. D’agréable, il n’y avait rien d’autre... Il n’avait suffit que d’une négation pour venir m’abêtir de confusion. Ma question était rhétorique, convaincu qu’elle partageait les mêmes sentiments. Et pourtant, je dû me raviser. Lorsque le tranchant de ce « Non » s’était élevé là où je ne l’attendais pas, je compris mon erreur et elle me laissait pantois. Ma tête s’était laissé porter d’instinct vers la source de cette réplique controversé, outré par ce qui ne laissait place à aucune ambigüité, prêt à la confronter de toute ma grogne. Je me ravisai bien assez tôt, alors que du coin de l’œil je vis la sirène s’apprêter à se départir de ses fripes. Même si mon regard revint se poser vers les pétales molasses, tombées sur la table, je n’étais pas parvenu à effacer l’expression de ma désorientation. Comment pouvait-elle affirmer aussi aisément, sans la moindre nuance, le regret d’une décision prise par la conscience du cœur? Elle ne pensait pas ce qu’elle affirmait; elle ne le pouvait pas. Son égard pour Rhaenys n’avait jamais pu être feint. Ce voyage ne pouvait pas être une quête égoïste à l’issue désastreuse. Elle ne le pensait pas. La colère avait prononcée ce mot qui avait mis à mal l’image d’une loyauté indéfectible; voilà ce que je préférais croire en dépit de toute vérité.

Depuis le paravent, derrière lequel elle s’était réfugiée, sa voix s’imposait avec la rancœur de celle qui se préoccupait avec dédain. La bourrasque de ses lamentions commençait tout juste à souffler, exposant des regrets qui m’assiégeait depuis longtemps. Alys avait cependant usée de brimades, ouvertement encline à me croire aveugle aux conséquences de notre présence indésirable. J’en étais au contraire, bien trop conscient. Depuis le couronnement, cela s’avérait bien pire, mais j’esquivais cette douleur qui éprouvait la jeune Manderly. Elle blâmait mon affabilité, dans une situation qui appelait à la révolte, préférant me trainer avec elle vers ce dangereux précipice, plutôt que de s’accrocher à ma main tendue. Elle savait comment me faire ployer et elle n’hésitait pas à le faire, cherchant à remettre à vif, une plaie béante. Jaehaerys. Cet enfant du malheur. Son nom prononcé du haut des remparts de Winterfell n’avait jamais résonné comme la menace qu’il représentait aujourd’hui. De frère, il était devenu roi et époux. Il était devenu mon rival, mon ennemi. En d’autre temps, j’aurais pu sourire au ton hypocrite employé par cette amie; solidaire de ce ressentiment à l’égard de ce nuisible. Plus maintenant. La dame de Blancport avait adroitement glissée les images que je cherchais à chasser de mon esprit, ébréchant volontairement mon allure déterminé. À défaut de pouvoir malmener la source de son malheur, elle s’acharnait à blesser celui qui veillait sur elle. J’avais le rôle ingrat, même si je m’armais des meilleures intentions, car en ma présence elle n’y voyait que l’absence d’une autre. J’hochais la tête, contrarié et hostile aux intentions malfaisantes de la sirène qui dépeignait ce cirque absurde qu’était le donjon rouge. Port-Réal ne serait pas le berceau de ces rêves que nous étions désireux de caresser. Ce n’était pas le havre de bonheurs acquis que nous espérions. Cela n’existait pas. Ce royaume n’était qu’une autre arène dans laquelle il nous faudrait survivre et le sang royal ne viendrait pas à notre secours. Cela n’avait jamais été son intention, ni même son devoir. Tout ce temps désespéré à regarder nos convoitises s’autodétruire dans un scénario horrifiant n’avait été qu’un calvaire insoutenable et cela devait cesser. Nous avions fait d’elle notre idole et notre place à ses côtés ne survivrait pas à ces morales contraires. Une décision devait être prise. Y prendre part ou abandonner.

L’air frais trainant derrière les pas fluets de la triste lady, laissait deviner par son mouvement qu’elle avait quitté le refuge qui préservait son intimité. Ce n’est pour autant que mon œil s’éleva vers elle, durement confronté aux questions pour lesquelles je n’avais aucune véritable réponse. Je ne m’étais jamais penché sur ces choses là, avant notre arrivé sur ce territoire, comme si la solution viendrait naïvement d’elle-même. Nous avions eu le privilège de mener une femme d’exception jusqu’aux portes de son empire, mais le récit de légende mua en un cauchemar éveillé. « J’ai accompagné une femme pour qu’elle règne sur ce monde; qu’elle le façonne à son image sans craintes ni souffrance. Elle a dominée du haut des airs, confrontée la terreur noire et libérée un peuple maudit par les tortures d’un sanguinaire. Elle s’est élevée en reine. Pourquoi? Pour mieux s’effacer dans l’ombre d’un autre homme?  Avons-nous fait tout ce chemin pour témoigner du même sacrilège? » Maegor Targaryen, Jorah Stark, Jaehaerys Targaryen. On évoquait leurs noms comme les maitres d’une histoire usurpé au dépend d’une femme méritant seule les éloges. Mais au-delà ce cette injustice que je cherchais à défendre, il y avait beaucoup plus. «Tu me demande ce que j’espère de cette vie, mais je n’ai pas d’autre réponse que de l’évoquer.» Le timbre est honteux, conscient que cette faiblesse faisait de moi la bête docile voulant trop plaire. Il me semblait n’avoir rien d’autre. Mes ambitions ne faisaient écho qu’à ce seul prénom et si une part de moi s’en trouvait frustrée, une autre parvenait à s’en contenter. D’un souffle coléreux, la menace glisse dans un esprit de confidence imprudente. « Il n’y a plus une heure qui passe sans que je ne souhaite la mort de son frère. » J’étais consumé par la jalousie, au point d’en espérer le trépas de cet être trop cher aux yeux de ma reine. Ces mots là, elle ne me pardonnerait jamais de les avoir prononcés, mais elle-même avait appuyée les paroles de mon anéantissement,  lorsqu’elle consentie au mariage avec son propre sang.  Alys le verrait peut-être du même œil, accueillant ces pulsions meurtrières avec la mesure nécessaire pour comprendre la détresse se réfugiant derrière.   « Jorah Stark n’a jamais eu le flair pour discerner la grandeur d’une femme née dans le prestige souverain et promise à un destin qui le surpassait largement. Il a voulu enchainer un dragon. Maintenant qu’elle m’échappe, je fais face aux mêmes envies. Je ne peux faire la même erreur. Comprends-tu? » Le suzerain avait commis là sa plus grande erreur en soustrayant à la dragonne des glaces, toute considération. Enchainant ses poings lorsqu’elle démontrait les signes d’oppositions, muselant sans vergogne une proie qui s’avérait prédatrice. Comme il aurait été facile de me commettre à l’égoïsme que j’avais autrefois dénoncé; bafouant tout cet amour vain.  Nos différents ne méritaient pas ce châtiment. Mon estime s’avérait inconditionnel, aussi cela impliquait de saboter mes propres envies, m’offrant en un sacrifice malheureux. Voilà ce qu’était le prix à payer pour oser s’éprendre de la mauvaise personne. Si je ne voulais pas assister à cet éloignement duquel je souffrais déjà suffisamment, je ne pouvais me résigner à me détourner définitivement. Je doutais qu’Alys soit en mesure de le comprendre. « Cet endroit n’est pas pour nous, tu as raison et si ton souhait est de retourner au Nord, alors je t’aiderais à le réaliser, sans qu’aucun mal ne te soit fait... » Si cela impliquait de tenir tête à cette famille m’ayant accueillit sous son toit, la sirène savait forcément que je m’y appliquerais pour en assurer sa sécurité. Or, je doutais que c’était ce qu’elle voulait véritablement, mais en la confrontant avec cette possibilité j’espérais l’acculer au mur dans un ultimatum ne laissant que peu de place aux lamentations. Il lui faudrait tôt ou tard prendre une décision. « ...Mais te défiler serait d’offrir bien peu d’importance à notre promesse. Ce serait une erreur.» Fini-je par dire, croisant les bras, fermé à toute opposition risquant de geindre sous peu.  Que sa fuite la mène au Nord ou derrière les murs de ses appartements, il ne lui fallait pas se dérober. Cela ne menait à rien de bon. Elle le regretterait et moi également.  Mon pied glissait, me tournant vers celle qui avait prise place devant le petit meuble me renvoyant l’image désolante de la langueur. C’est ce reflet livide que je confrontais à bonne distance. « Même le plus féroce des dragons succomberait aux chants de la sirène. » J’ornais ma phrase d’un clin d’œil complice mais fade, avant de poursuivre. « Tu n’es pas une enfant fragile. Tu es le joyau de Blancport que les vassaux du loup sont venus acclamer lors de ce banquet. Avant que le drame ne le mène au désastre, crois-tu que je n’ai pas remarqué ce jeu violent de l’éconduite, auquel tu t’adonnais déjà? Tu portes des crocs aussi tranchants que ces nobles menant une éternelle guerre d’égo, mais tu les dissimules sous les apparats d’une innocence tâchée depuis longtemps. La cour nous est hostile, mais tu n’es pas sans défense. Il te faut trouver cette place qui t’es refusée, même si pour cela tu dois t’imposer de force pour y graver tes initiales. Cette place qui était la nôtre ne nous sera peut-être plus jamais concédée, mais cet échec ne viendra pas de nous. » Nous. C’était sans doute la chose à retenir de toute cette tirade galvanisant le peu d’amour propre qui lui restait. En dépit de cette présence négligée et quoiqu’il advienne il resterait tout de même un « Nous ». Ce n’était qu’une maigre consolation qui ne solutionnait en aucune façon la pénible situation dans laquelle nous nous trouvions, mais elle n’avait pas à le vivre dans la solitude. « Je n’attends plus d’elle qu’elle m’ouvre ses bras. Tu devrais en faire autant. » Mes prunelles s’efforçaient de garder contactent, cillant sous la lourdeur du vocable s’abattant tel un couperet sur ma nuque. J’avais mal, sans doute plus que n’aurait pu le supporter la jeune femme.  Je n’en montrais rien ou plutôt, je ne m’y attardais pas. Je n’aurais pu hisser des abysses celle qui se laissait atteindre les bas-fonds, si je me laissais couler à mon tour.



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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Mar 30 Oct 2018 - 23:40




Broken dreams

Ses doigts s’étaient refermés sur ses mèches claires avec rage, griffes dévastatrices tirant sur sa crinière, venant irriter son crâne de picotement tant la tension était violente. Mais cette douleur était salvatrice quand le cœur de la sirène saignait de cette solitude que lui imposait la dragonne. Etait-ce si dur de constater le désarroi de la jeune fille, la manière dont elle était attristée, la nostalgie de son regard ? Faust l’avait lue en elle, alors Rhaenys ? Se pouvait-il qu’elle soit tant devenue aveugle, l’or de sa couronne posée sur la tête se reflétant dans ses pupilles améthyste, l’empêchant de voir ceux qu’elle aimait. Ceux qu’elle avait bernés. Les sourcils d’Alys se froncèrent, chose qu’elle put constater dans le reflet que lui renvoyait son miroir. Assise sur le petit tabouret de velours, elle attendait que Faust ne lui réponde, observant le dos tourné du jeune homme dans cette glace qui semblait offrir les gens sous leur véritable visage. La petite sirène arrachait une à une les attaches demeurant dans ses cheveux, travail bâclé d’une journée gâchée de laquelle elle s’était enfuie sans mot dire et de laquelle elle se dissimulait au mieux. Seul le diadème d’argent demeurerait dans ses affaire, trésor précieux venu des profondeurs et soulignant la noirceur de l’âme de la créature marine.

Il rompit le silence, ne l’empêchant pas pour autant de malmener sa chevelure, arrachant les fils d’argent par poignées quand cela était nécessaire. Et pourtant, elle ricana avec sarcasme devant sa phrase. « Ainsi va le monde, Faust. Les hommes contrôlent, les femmes enfantent. Les tuer serait notre seul salut pour la liberté. » Le souvenir de son père vint ranimer les pulsions meurtrières de la jeune enfant, ses désirs de liberté, de contrôle de sa propre existence ne cessant jamais plus d’animer ce petit corps frêle et délicat. Alys s’était battue pour vivre et elle n’hésiterait nullement à recommencer quand d’autres se seraient soumises, respectant cette dynastie patriarcale où les femmes n’étaient que de vulgaires apparats que ces messieurs pouvaient se vanter d’avoir à leur bras. Jamais elle ne serait qu’une parure chargée de rendre un homme plus appréciable, plus beau grâce à son épouse. La petite sirène souhaitait exister pour et par elle-même et s’efforcerait de le faire, quoi qu’il puisse en coûter. C’était d’ailleurs là que divergeait son opinion avec toutes ces autres femmes de la Cour qui ne souhaitaient que plaire à celui qui serait plus à même de lui offrir le bonheur, autrement dit, des richesses et un titre respectable. Pauvres folles.

Elle se saisit de sa brosse d’un geste rageur, la plongeant dans la masse capillaire pour mieux la démêler. Faust, lui poursuivait ses paroles, forçant la jeune fille à l’écouter. Et alors, il prononça ces mots terribles qui la forcèrent à s’immobiliser, à se retourner pour le confronter. Tuer Jaehaerys. Pouvait-elle dire qu’elle ne l’avait nullement envisagé, elle aussi ? Ces deux derniers jours lui faisaient du tort car, dans son sommeil, elle avait espéré voir ce Roi s’effondrer plutôt que l’épouse du Cerf. Elle avait cru pouvoir être celle qui consolerait Rhaenys alors démunie et seule. Et pourtant, ces parles traitresses ainsi prononcées la rendait autant coupable que lui quand elle ne les balaya aucunement, quand elle garda le silence. Elle était complice de ces mots par son silence, ne souhaitant pas voir Faust être arrêté si cela devait arriver. Alys ne serait pas celle qui stopperait le sauvageon avant même qu’il n’essaie de mettre en œuvre son geste. S’en retournant à sa coiffure, elle fit mine de rien.

Qu’il parle ainsi de son suzerain n’aida pas Alys dans son réconfort, au contraire. Un soupir lui échappa alors tandis que sa voix de glace reprit possession des lieux. « Jorah Stark est un homme qui se veut trop honorable pour pouvoir s’apercevoir qu’il est en tort sur bien des points. Et même si tes envies sont semblables aux siennes, il a ce pouvoir que tu n’auras jamais pour le faire. Tu ne saurais l’enchaîner comme il l’a fait car tu n’es que Faust, nul suzerain époux de la dragonne. » Elle était dure dans ses propos et pourtant, elle savait qu’elle voyait juste. Faust pouvait fantasmer bien des choses, elles ne resteraient que rêves d’un désœuvré devant la réalité du monde.

Alors non, cet endroit n’avait rien de sûr pour eux mais quand il évoqua le Nord et sa fuite possible, Alys demeura interdite. Reposant la brosse sur la coiffeuse, elle acheva de plaquer sa chevelure blonde sur son crâne tout en venant placer la cascade argentée au-devant de l’une de ses épaules. Alors, elle baissa le regard quand il évoqua cette promesse qu’ils avaient fait de demeurer auprès de Rhaenys, quoiqu’il en coûte. Lui croisait les bras derrière son dos, lui offrant nulle possibilité de répliquer, de s’opposer à cela sans passer pour cette enfant qui ne tenait pas ses promesses, qui ne respectait pas ses propres mots. Et alors, il fit une nouvelle métaphore. Lui faisant finalement face dans ce reflet argenté, il reprit son monologue, soulignant dès lors les atouts de la jeune native du nord qui garda les yeux baissés. Oui, elle avait été cela, jadis, loin de cette Cour toxique et de ces faux-semblants nécessaires quand son cœur lui dictait une toute autre conduite, lui ordonnait de se montrer sous son vrai jour.

La blonde ferma les yeux, se fermant à ce monde extérieur, respirant avec profondeur et se contentant de ne penser qu’à cet air qui entrait dans son corps pour mieux en sortir. Que te dit ton cœur, jolie sirène ? Quelle est ta place au milieu des Serpents ? La question tourna dans son esprit, encore et encore, sans que nulle réponse ne vienne faire surface dans cette mer déchainée. Et pourtant, une pensée vint calmer l’océan de son âme. Aemon. Il était cette ancre qui la retenait ici, la douceur de ses traits venant lui faire oublier sa rancune pour l’autre dragonne, pour ce couple royal qu’elle méprisait intérieurement. Il te faut trouver cette place qui t’es refusée. Et si cette dernière se trouvait en réalité aux côtés d’un autre dragon ? Alys ouvrit les yeux, redévoilant ses pupilles océanes, tournant de nouveau son regard vers un Faust désœuvré. Les choses seraient plus difficiles pour lui, c’était une évidence tant le regard de ces gens qui composaient cette Cour étaient méprisant à l’égard de celui qui venait d’au-delà du Mur.

Elle se leva, laissant la simplicité se sa robe l’habiller de cette innocence dans laquelle elle se drapait. Doucement, elle s’avança vers lui, se saisissant de sa main, la serrant avec douceur, le forçant à la regarder dans ses yeux, à constater cette tempête qui se levait, qu’il venait d’amorcer. Et sa voix vint remplir l’habitacle, ultime avertissement pour une capitale qui se pensait intouchable. « Alors préserves-toi des vagues, mon ami. Car si c’est là ton souhait, elles viendront s’écraser contre la pierre rouge de ce Donjon dans le but d’en voir les murs tomber. » Le sourire de la jeune enfant s’étira en coin, dévoilant à demi ces crocs qu’il lui avait offert, qu’il lui avait rendu. Relevant le menton, elle s’avança vers la fenêtre, observant ce monde qui se trouvait bien bas à ses pieds. « Je ne peux rejoindre le Nord. Joyau de Blancport, je ne suis plus que par le titre car la cité blanche me fermerait ses portes en hurlant ma traîtrise à l’égard des Loups. Tu as raison… C’est ici que ma place doit se faire et j’ai été bien sotte de croire qu’elle me serait offerte simplement parce que je fus l’amie de sa Majesté la Reine… » Elle soupira longuement avant de se retourner vers lui. «Il en va de même pour toi, Faust… Ce n’est pas rompre notre promesse que de prendre un peu de temps pour toi. Si je me relève de tout cela, ce ne sera qu’avec toi. Et je t’y aiderais du mieux qu’il me sera permis de le faire. » Le regard aiguisé de la jeune fille ne laissait nullement place au refus. Evidemment, elle ne commettrait pas l’erreur de mettre le jeune homme à nouveau en lumière, comme au jour du Couronnement. Mais si elle était armée pour se défendre contre ces monstres, alors elle l’aiderait à s’en sortir, comme il l’avait aidée en ce jour.


© Belzébuth

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Faust
COURONNE
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MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Sam 10 Nov 2018 - 4:48


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J’hochais la tête, dérangé par le sarcasme venu interrompre l’épreuve de ce qui s’apparentait à une trahison. L’immaturité d’Alys n’avait rien d’aimable. Elle cherchait désespérément les prétextes qui accueilleraient son insolence, s’accrochant aux opportunités pour faire entendre sa voix. Fataliste. La réponse venu ponctuer ce grondement, raclant ma colère devant la plus grande des injustices, n’avait rien pour en taire l’élan furieux. Ce non-sens m’apparaissait encore plus abject lorsqu’il fut peint des mots les plus simples. Celui qui livrait sa propre fille à un destin aussi méprisable n’avait rien d’un homme bon et la noblesse qu’il s’évertuait à clamer n’était qu’un manteau tissé de mensonges. Paré de leurs titres pompeux dont-ils s’emparaient au sacrifice de leur propre héritage, ces hommes aux valeurs discutables n’avaient rien pour attirer l’envie, que le luxe repu de honte. Ce royaume était peuplé de fous usant des femmes pour conclure quelques tractations avantageuses. Et lorsqu’elle était hors de prix, un frère pouvait se permettre de la garder pour lui. Ainsi va le monde; Avait-elle crachée avec dédain comme si cela relevait d’une évidence. Non, le monde n’était pas fait ainsi. Pas le mien. Peut-être fallait-il être immergé dans la précarité et être cerné par les dangers pour être conscient de la valeur d’autrui sans s’empêtrer de détails aussi bêtes et rétrogrades. Westeros aurait tout à gagner à faire tomber ces nobliaux de leur tour d’ivoire et de les jeter au-delà de ces frontières qu’ils ont eux-mêmes érigées. L’obstination aurait tôt fait de les achever avec leurs idées phallocrates. La gueule grande ouverte, une pique dans la trachée tenue par la main délicate d’une femme. L’œuvre de la sélection naturelle...Voilà où les mèneraient ces encouragements, préférant l’ascension d’un enfant à celui de leur libératrice. Et cette vision malsaine s’imposait encore, jusqu’à ce que les traits de l’enfant usurpateur glissent sur cette ombre flou d’un vœu malveillant. Un souhait prononcé de vive voix, tombant dans le creux d’une oreille attentive, faisant de ce trait de folie une intention complice. Elle qui était de nature si prompte n’avait rien ajoutée. Elle communiait en silence, encaissant l’impact d’une franchise s’appuyant sur une confiance trop grande. Aucune riposte scandalisée. Aucune gifle verbale remettant à l’ordre le personnage grossier et horrible qu’il me semblait être. J’avais laissé cette idée germer dans un esprit en détresse, presque embarrassé de ce mutisme rare. Le son rêche parcourant sa chevelure d’argent avait reprit son rythme, cassant le silence avec froideur. La sirène me connaissait suffisamment pour déceler cette faim de vengeance, mais peut-être n’était-elle pas apte à comprendre l’orage que j’abritais. J’étais fait de feu et de glace. Ces deux forces complémentaires s’entre-déchiraient. Deux éléments se faisant bataille jusque dans mes souhaits les plus inavouables. J’étais avide de violence et d’amour.

Il a ce pouvoir que tu n’auras jamais...
Tais-toi.
Tu n’es que Faust...
Tais-toi!


Mes dents s’entrechoquèrent, grinçant leur émail jusqu’à ce que les muscles de ma mâchoire ne souffre de spasmes douloureux.  Comme je regrettais le silence de l’ingrate, qui n’était pas sans me rappeler le caractère hargneux et cruel de la vierge des eaux. Or, s’il était convenu qu’une inconnue puisse agir avec autant d’hostilité, je n’attendais pas autant d’insensibilité de la part de la nordienne. La remarque inutile était acharnée. Les mains fourmillant de colère, il aurait été si facile de me saisir de ce vase, tombeau de pivoines desséchées et de l’éclater sur le mur sans ménagement. De ruiner la table de bois aux ornements finement taillés en la renversant d’un coup de pied agressif. Au lieu de quoi, je serrais les poings. « Tout n’es pas toujours une question de rang et de pouvoir, Alys! » Avais-je répondu aigri pour couper court à cette mise au point aussi futile que désagréable. Qu’il était aisé de me rappeler que j’avais si peu de valeur ici.  Qu’importe si la jeune lady avait raison, l’orgueil ne voulait plus souffrir de ces discours réducteurs. Aussi je préférais rassembler ma fierté avec la morgue d’un homme du Nord. J’inspirais, me mordant la langue pour ne pas prononcer des mots que je regretterais, me rappelant les raisons de cette confrontation.

La patience vint à bout de l’impertinence et de l’abattement. La raison s’était emparée des bons mots. Sans excès, sans zèle, ni sarcasme. Le miroir me revoyait l’image d’une jeune femme moins fragile. Ses larmes miroitant dans ses prunelles océanes s’étaient asséchées, ne gardant que l’éclat déterminé d’une furie s’éveillant à peine. Elle se levait, quittant le confort de son tabouret, venant m’affronter avec délicatesse. S’agrippant à ma main elle renouait avec ce lien d’apparence si frêle, mais dont les remarques les plus cinglantes n’avaient su rompre. Elle était épuisante. Me surpris-je à commenter intérieurement. Un constat  sans méchanceté, qui m’extirpait un soupire apaisé. Je la retrouvais tel que je la connaissais. Une menace plus tard et elle se détournait, marchant à pas feutré vers la fenêtre, un sourire aux lèvres. La suite ne manqua pas de me rassurer. Alys ne commettrait pas l’erreur de fuir vers le Nord et de ruiner cet engagement que nous avions tout deux pris à l’endroit de la reine. Elle se tenait enfin debout, rejetant le rôle de victime qui s’était accroché à elle, comme cette robe froissée à sa chaire. Elle reprenait le timbre de la pupille capricieuse que j’avais croisé au Nord, galvanisé par les possibilités qui se déroulaient à ses pieds. Mais elle se retournait pour me faire de nouveau face, les poumons emplit d’air frais et de nouveaux espoirs, s’emportant dans les promesses laborieuses. Le scepticisme voilait mes iris marins et elle n’en manqua pas l’occasion d’insister d’un air doublement déterminé, prête à mordre lorsque les premières consonnes que j’alignerais feraient échos. « Je sais trop bien ce qu’il en coûte de profiter de ton aide... » J’avais tenté, avec malice, de me soustraire à cette main tendue qui m’enchainait de force. L’humiliation encore fraiche de cette marche vers l’avant d’une assemblé choqué, suivit de la poigne de la garde royale, n’avait rien pour en apaiser le doute. Les meilleures intentions, n’était pas gage de bonnes décisions. La moue crispée de la jeune sirène, me forçait à me raviser. Peut-être avait-elle eut sa leçon. « Bien. D’accord...mais ne fait rien que je ne ferais pas. » Faire confiance et éviter une nouvelle montée d’insatisfaction, voilà qui était le mot d’ordre pour sortir indemne de cette pièce. Mon regard s’évertuait à se perdre ailleurs que sur les traits résolus de la jeune femme, regrettant d’avoir prononcé ces mots avec autant de facilité. « Lorsque tu auras meilleure mine, nous sortirons loin de ce cloitre. Qu’importe l’endroit, tant que celui-ci ne considère pas le cyvosse comme une activité amusante. »  Prendre nos distances avec cette vie nous enclavant avec nos complexes, voilà ce qu’impliquait la moquerie revêtant des allures conditionnelles. Une mauvaise interprétation de ce conseil avisé qui me fut donné. Prendre un peu de temps pour moi... n’avais-je pas eu tout le loisir de me retrouver seul avec moi-même, à espérer qu’il en soit autrement? Ma place, contrairement à celle qui savait attiser le bonheur des foules, n’était peut-être pas à la cour. Ils étaient nombreux à vouloir m’évincer. Le simple fait d’être toujours présent était un acte acharné à l’encontre de ces opinions que même Alys alimentait. N’y pense pas...pas maintenant. La douleur commençait à frapper contre mes tempes. « Je vais demander à ce qu’on t’apporte de quoi manger.» Las, je me détournais, me dirigeant vers la porte que j’avais forcée un instant plus tôt. Égal à moi-même, j’usais de l’humour effronté pour m’éclipser. « Repose-toi...et préviens-moi si tu compte déclencher une rébellion en assassinant le premier malheureux qui aura croisé ton chemin. »  



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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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We are buried in broken dreams

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