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 We are buried in broken dreams

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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: We are buried in broken dreams   Mer 9 Mai 2018 - 0:12


We are buried in broken dreams
Wash the sorrow from off my skin and show me how to be whole again. 'Cause I'm only a crack in this castle of glass. Hardly anything there for you to see. Linkin Park - Castle of Glass


Mes jointures frappèrent contre le battant de bois. Deux coups distincts, lourds et précipités. Le bruit vint ricocher contre la pierre, dérangeant le silence d’un couloir animé par les discrètes allées et venues des serviteurs. Elle ne répondrait pas. Je l’imaginais se recroqueviller dans son lit, écrasant sur sa tête l’oreiller qui étoufferait mon vacarme. J’étais l’indésirable venu troublé sa solitude, la forçant à renouer avec l’extérieur. Et avec moi, j’apportais le rappel d’une réalité trop indigeste. Quel qu’il fut, celui qui rôdait devant cette porte serait ignoré. À l’image de tout ceux si étant risqués, je m’étais plié aux bonnes manières, accordant à la sirène de Blancport la démonstration poli qu’elle ne m’octroyait jamais. Combien de fois s’était-elle introduite dans mes appartements, comme si ils étaient les siens, hurlant ses joies trop rares et ses nombreuses contrariétés. Au dépend de mes occupations, elle s’accaparait mon temps et mon espace.  Jouant d’excès sentimentaux où les sujets variés trouvaient une écoute souvent distraite. J’avais beau ronchonner, je m’avouais vaincu, laissant l’attitude désinvolte s’emparer de mes biens et de mes lendemains. Cet enjeu m’apparaissait bien dérisoire face à tout ce qui me faisait souffrance, alors que pour ce petit brin de femme sans filtre, il était essentiel. Les réveils tapageurs, bafouant toute intimité, n’étaient que le prétexte pour retrouver cette proximité capable d’encaisser les propos sonores, virulents ou emportés. Trouvant dans cette chambre un peu de son chez-soi, je ne pouvais pas l’en blâmer et plus souvent qu’autrement je ne disais rien. Je ne pouvais rejeter l’honnêteté affectueuse de celle, trouvant encore intérêt dans la compagnie d’un nordien abêti par les manières de la cour. Elle était le dernier visage familier osant encore se tourner vers moi, alors que j’étais pour elle, le dernier souvenir d’une région injustement qualifié. Je baissais le poing impatient, conscient qu’elle ne se lèverait pas pour accueillir celui qui avait la témérité de la déranger. Tout cela était bien ridicule.  Je me détournais, saisissant à la dérobé le regard d’une jeune domestique figeant sa curiosité sur mon obstination. J’avais attendu que sa progression l’amène à emprunter un détour, avant de forcer la porte à s’éventrer. La clenche cédait, me permettant de m’introduire à la manière de la jeune effrontée, avant de refermer la porte avec fracas. Plongé dans l’obscurité, c’était à croire que la nuit était tombée dès ce début d’après-midi. Mes pupilles mirent quelques secondent pour s’ajuster aux ténèbres, révélant des lieux identiques à ceux que j’avais quitté il y avait de cela deux jours, mis à part peut-être, que le confinement de courte durée avait suffit à rendre l’air saturé, lourd et suffoquant. Mes sourcils se froncèrent. Comment pouvait-elle endurer pareille chaleur, elle qui était de nature si capricieuse. « Ne dit rien, je suis au courant. Tu souhaite être seule, te morfondre dans le noir et pleurer tout ton soûl, mais si tu désirais te noyer de larmes, peut-être aurait-il fallut arborer un autre blason. » Dis-je sarcastique, en traversant la pièce à grand pas. Je ne me faisais pas moralisateur, mais compréhensif. Elle avait succombé. Ce jour là nous avait meurtris de blessures profondes, visibles que dans nos mimiques crispées et nos regards fuyants. Sa peine faisait scrupuleusement écho à la mienne. Affligé d’une amertume que cette force d’agir ne pouvait masquer, me découvrant hypocrite d’exiger qu’elle se ressaisisse. Pouvait-on m’en faire le reproche? Qui d’autre s’était assuré de son bien-être, veillant à connaitre les revers de ce masque pénible? Personne. Sans doute ne comprenaient-ils pas la léthargie d’un cœur brisé au lendemain de festivités dont on reprenait le cours, aujourd’hui.

Ma poigne s’agrippait au pan de tissu, dont le textile riche et opaque bloquait toute lumière pouvant jaillir des larges fenêtres. Je le tirais d’un trait et la violence des rayons prirent d’assaut le visage apathique de la jeune femme. L’endroit baignait enfin d’une clarté dont s’était privée cette amie qui n’hésiterait pas à grommeler son désagrément.  L’air frais vint souffler faiblement, balayant d’une fraicheur agréable, l’atmosphère vicié. Enfin. Il me semblait déjà plus facile de respirer dans ce repère empreint de mélancolie. « N’attend pas que je t’extirpe de force de ton lit, pour en sortir.» La menace était railleuse. Une taquinerie morne, s’apparentant plus à une gifle mentale qui la sommait de se montrer plus combative. J’attendais, le regard rivé sur la vue vaste d’un royaume peinant à renaitre de ses cendres; une réplique mordante, un soupire agacé, le bruit du froissement des draps...Mais il n'eut rien. « Alys...! » J’avais élevé le ton, maudissant le silence qui s’éternisait. Impatient, frôlant l’agressivité. Il en était fait de cette assurance qui s’était élevé dans l’antre de la pupille royale. Cette contenance était morcelé dans un mal être que j’avais délibérément tenté d’enfouir, mais c’était trop tôt, trop douloureux. J’eus envie de lui hurler d’arrêter d’agir en enfant qu’elle n’était plus, de rompre à jamais avec ses rêves de bonheur ne pouvant exister que dans un esprit naïf et de repartir chez-elle. Je m’en mordis la langue. Cette grogne m’était avant tout destinée. Ici ce n’est pas le Nord. Ici ils te briseront. Voilà les mots qui me brûlaient la gorge, mais cette mise en garde était tardive. Il était déjà bien trop tard. Nous étions les victimes banales de nos furieuses envies. L’exclamation emportée était le réflex maladroit pour provoquer un chamboulement dont je n’étais pas capable de profiter. Je tiquais avant de me tourner vers elle, mirant le désarroi que mon âme cherchait à expier, sous le couvert d’une main tendue. Mes traits durs, ne résistèrent pas. Une peau blanche...non livide, contrastait avec les couleurs franches d’une robe si froissée et défraichie qu’il était impossible d’en discerner la coupe. Un amas de tissus et de dentelles, sans éclat, utile qu’à préserver une pudeur sans orgueil. La même qu’elle avait portée à ce mariage funeste et qui lui collait à la peau comme un rappel désagréable. Je rencontrais ses iris azurés que l’épuisement avait soulignés de noir, creusant dans leurs orbites ces joyaux larmoyants. Les sillons de larmes avaient marqué de rouge ses joues, comme les peintures d’une guerre que nous avions tout deux perdu. Elle était vidée de toute la vitalité que je lui reconnaissais, peinant à croire à cette extrême croupissant sur le lit. Elle était éplorée. Je relâchais ce coup d’œil détaillant l’abattement, glissant rapidement mon attention vers le sol, comme je l’avais fait ce soir là, assis à sa proximité. « Je sais... » Deux mots. Si fragiles que ma voix cassa aussitôt qu’ils furent prononcés. Preuve que je connaissais trop bien cette douleur trouvant naissance dans le rejet et le mépris. Alys avait le sentiment d’avoir perdu celle qu’elle n’hésitait pas à comparer à une sœur, se faisant une fierté à tromper ceux qui avait l’outrecuidance de les confondre. Et moi celui d’avoir perdu à jamais celle qui m’avait séduit de ses ambitions souveraines et légitimes – avant d’en ravir mon cœur.  Il n’y avait rien à ajouter de plus à cette compréhension mutuelle de nos malheurs. Qu’aurais-je pu dire de plus...? Quel mot que je ne craignais pas méritait d’être prononcé? J’inspirais, voyant que mes moyens m’échappaient et que mes efforts pour inciter la jeune lady à rompre avec ses ressentiments, étaient réduits à néant. Comme si il s’avérait plus simple pour elle d’en réchapper. Mais les choses étaient loin d’être aussi faciles. J’eu l’impression de revenir à l’instant même où nous avions quitté le banquet, me confrontant à la conversation qui aurait dû avoir lieu, mais qui avait laissé place aux sanglots.


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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Lun 21 Mai 2018 - 16:17




Broken dreams
Comme lorsque l’on se réveille d’un cauchemar. Alys était si lasse, si fatiguée que ce fut à peine si elle parvint à ouvrir les paupières. Les larmes versées sans retenue de ces derniers jours n’aidaient guère, rendant ses joues collantes à tel point que chaque grimace semblait lui tirer la peau. Lâchant un gémissement, elle eut soudainement envie de disparaître, de ne plus se lever, jamais, pour mieux se laisser mourir de désespoir et de tristesse. L’image de cette Reine adorée qui ne la voyait même plus hantait ses pensées depuis deux jours, forçant la jeune sirène de Blancport à repousser serviteurs et nourriture, se laissant dépérir, s’assécher comme un poisson ayant décidé de s’échouer sur une plage. Elle ne voulait voir personne, ne souhaitait plus paraître nulle part. Les festivités étaient terminées pour la jeune enfant, bien trop amère de ces noces et de ces cérémonies pour oser pointer le nez au dehors de sa chambre. La solitude était sa seule amie alors, elle l’avait laissée la draper de mélancolie. Elle portait toujours cette robe aux reflets nacrés, rappelant son statut dans le Nord, la sirène qui sommeillait en elle. Elle n’avait guère trouvé la force de l’enlever, malgré le fait que le tissu la dégoutait, la dérangeait. Le diadème argenté aux motifs aquatiques était tombé sur le sol, jeté là par une enfant capricieuse qui n’avait eu ce qu’elle souhaitait. Quel jour était-il ? Quelle heure ? L’opacité des rideaux la rendait imperméable au monde extérieur, incapable de savoir ce qu’il se tramait. Quelqu’un était peut-être mort. A moins que ce ne soit elle…

Deux coups furent donnés sur le battant de la porte. Bruts, durs, annonciateurs d’une tempête nouvelle. Pourtant, nul garde n’annonça qui que ce soit. Gardant le silence, la petite sirène eut espoir d’entendre cet inopportun s’enfuir devant la froideur de la blonde mais cela ne vint pas. Pire encore, la porte finit par s’ouvrir. La native de Blancport ne bougea pas, statue de cire endormie, ses yeux demeuraient fermés et sa respiration maîtrisée. Venait-on vérifier si elle était encore en vie ? Dans les ténèbres qu’étaient devenus ses appartements, pourtant, une voix ne tarda pas à s’élever. Faust… Elle eut envie de murmurer son nom mes sa gorge serrée ne lui permit que de lâcher un nouveau gémissement. L’envie de lui hurler qu’elle n’était pas visible tandis qu’il prenait les devant à grand renfort de vérités qui ne sauraient être aisément devinée se fit sentir mais, là encore, la sirène était bien trop faible pour protester ouvertement. La référence à la noyade et à son blason l’aurait amusée. Là, elle eut envie de maudire sa famille, d’être née dans les terres hostiles et glaciales du Nord pour ensuite avoir vécu tout ce que le Destin lui avait offert de vivre. Et si… Elle aurait pu refaire son existence même à coup d’interrogations, se demandant si les choses se seraient passées de la même manière dans d’autres circonstances. Peut-être, alors, serait-elle au Conflans, mariée à un homme qu’elle détestait par conviction plus que par sentiment. Peut-être serait-elle encore à Winterfell, soutenant le seigneur de la maison Stark et sa famille après la fuite de la dragonne. Ou bien, encore, peut être y serait-elle encore avec Rhaenys si elle n’avait pas poussé la jeune femme à reprendre la place qui était sienne. Tant de culpabilité pour une âme si fragile…

D’un bruit, il tira les rideaux. La lumière vint brûler sa peau, ses yeux pourtant clos, la poussant à protester d’un gémissement désabusé tandis qu’elle bougeait enfin dans ce lit pour mieux échapper aux flammes du soleil. Pourtant, l’air assaini qui prit place dans la pièce était désagréable. Il empestait cette vie dont elle ne souhaitait plus. Faust reprit la parole, menaçant de devoir l’extirper lui-même de ses draps qu’elle n’avait que trop gardé contre elle. Mais, là encore, seul le silence lui répondit, Alys n’étant pas d’humeur à se montrer acide ou ne serait-ce que rebelle à l’idée qu’il puisse réellement agir. Et le silence, pesant, mortel, finit par achever les convictions de Faust qui finit par aboyer son prénom, cessant ses railleries, cessant de se moquer, souhaitant simplement la voir réagir. Ses yeux océans s’ouvrirent alors, lui adressant des éclairs de cette colère sourde qui faisait écho à son chagrin. Et Faust dut sentir que ses propres convictions ne tenaient plus qu’à un fil car dès lors qu’ils échangèrent un regard, il fut soudainement plus calme, plus tendre avec elle. Et dans ses yeux à lui, malgré la lumière aveuglante qui remplissait la pièce, elle lut la même peine, la même colère, le même chagrin. Alors, quand il ne lui offrit que deux maigres mots signifiants qu’il la comprenait, sa voix se brisant au moment même où il les prononçait. Pourtant, ils furent suffisants pour la pousser à se redresser, à user de ses maigres forces pour se laisser aller à sa hauteur. Lui avait pris place sur les draps et elle se laissa aller dans ses bras, une nouvelle fois, seul réconfort de ces derniers jours.

Les secondes s’égrainèrent tandis que l’étreinte durait, chaste, simple réconfort échangé par deux être brisés. « Tu sais… Et tu ignores en même temps le déluge qui sommeille en mon cœur. » Relevant le regard vers Faust, elle se détacha de lui, s’asseyant à ses côtés sans se soucier de la bienséance que sa robe malmenée pouvait ne plus offrir en couvrant l’entièreté de son corps. Ses jambes étaient dénudées jusqu’aux genoux, le tissu étant coincé sous les cuisses de la jeune fille. Mais cela lui importait peu. Elle et Faust avait parcourut le pays tout entier pour venir à Port-Réal, réduisant leur intimité à peu de chose. Faust était un sauvageon et pourtant, il détournait les yeux quand cela devenait dérangeant. Il y avait cette noblesse en lui qui n’existait pas en d’autres hommes qui, pourtant, avaient la jouissance d’être nés avec un nom. « Si tu savais comme j’aimerais revenir à ce que nous vivions à Winterfell… Ou bien à ce jour où nous sommes arrivés à Port Réal, quand elle n’avait confiance qu’en nous… Et aujourd’hui… Aujourd’hui… » Sa voix se brisa. Elle n’avait ni la force ni l’envie de prononcer ses mots. Les yeux azurés de la sirène se posèrent sur la robe qu’elle portait toujours. Artifice abimé pour la sublimer, elle ne la supportait plus. Ses doigts s’agrippèrent au tissu commençant à tirer dessus avec rage, se débattant en gémissant de cette prison de soie et de satin. « Aide-moi… Il faut… L’enlever, j’étouffe. » Le laçage de la robe se trouvait dans son dos et la sirène ne pouvait l’atteindre, se débattant simplement de ce filet qui la retenait prisonnière.


© Belzébuth

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Mar 29 Mai 2018 - 0:15


We are buried in broken dreams
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Les distances s’accourcirent. J’abandonnais la tenue impérieuse qui regardait d’un air farouche le résultat navrant de nombreuses désillusions. La joliesse de la sirène s’était flétrie; à l’image de ces bouquets venus enjoliver ses appartements, la tête courbée mollement, carencés d’eau et de lumière. Les charmes qui avaient inspirés le nord de sa fraiche délicatesse étaient ruinés. Ma mémoire me rappelait à meilleure comparaison, traçant la fragilité revêche d’une femme venue s’imposer à moi avec furie, avant de se dévoiler sincère. Wendy Piper. Aussi tranchante qu’avisée. Elle possédait la maturité qui manquait à celle ne voulant pas sortir de l’enfance, mais caché derrière les tignasses folles et les fripes de soie, j’en décelais le même désespoir. Je me posais au bord de ce lit occupé par les idées noires et la désespérance; acceptant la compagnie de cette laideur s’extirpant de nos cœurs fragiles. Le dos courbé, la tête basse, navré d’être à court de mots. Je n’étais pas capable de sagesse, trop impliqué dans ce désastre induit par cet endroit maudit. Comment étais-je seulement parvenu jusqu’ici, armé de vigueur, convaincu de ranimer hypocritement celle qui se laissait dépérir; alors que tout m’appelait à cette même douleur? Je n’étais pas plus fort, ni plus convaincu. Je m’aveuglais, m’accrochant à l’impératif qui repêcherait la seule qui m’était encore familière; jusqu’à ce que le masque ne se fissure. Cette peine muette, parée d’orgueil, avait été la seule chose étant parvenue à remuer le corps fatigué de la jeune femme. Se hissant sur ces bras, glissant sur les draps avant d’agripper cette grisaille venue lui tenir compagnie. L’emprise fraternelle était la réponse toute naturelle, attestant de son caractère unique. Elle avait tournée le dos à son frère qui devait composer avec l’audacieuse décision de sa cadette. Tout quitter pour des idéaux fragilisés; pour une femme qu’elle avait confondue pour une sœur. Aujourd’hui elle s’en blâmerait, rejoignant les opinions dérangeantes de son propre sang. Mais dans cette étreinte à laquelle je ne répondis que d’une main pesante sur son épaule, elle s’assurait d’un soutien rare. J’étais le complice, suppléant à ce vide incommensurable, membre de cette famille improvisée qui souffrait de son déchirement. L’accolade se rompit dans la critique, appuyant sur une ignorance dont je ne croyais pas être la victime. Je ne méconnaissais pas les tourments qui l’avaient soumise à la léthargie, après qu’elle eut tombé dans mes bras lors de ce banquet. Accourant d’un élan presque désespéré, elle avait choisit de rompre les distances, après qu’elle fut témoin de mes aveux. Car elle-même savait quelles horreurs avaient pu traverser mon esprit ce jour là. Cette tempête avait soufflée mes espoirs dès que les rumeurs de la cour s’étaient envolées et l’orage grondait depuis sans trouver de répit. Sa douleur portait le nom de mon obsession. Comment pouvait-elle me croire si peu empathique pour que je ne sois en mesure d’en prendre le pouls. J’avais néanmoins choisi de ne pas rétorquer, préférant mon silence aux confessions qui me forceraient à mettre des mots sur une situation déjà suffisamment compliquée. Elle choisit de rester auprès de moi, m’accompagnant dans cette lassitude que j’avais voulu troqué pour une hardiesse malheureusement trop lâche. Ses jambes se libérèrent dans un froissement de tissu. Une tenue négligée qui ne pouvait  souffrir d’aucune ambiguïté. L’apanage de notre affection toute amicale, sincère et un brin puéril. Ce qui aurait eu mauvaise réception en d’autre compagnie, remuant quelques ragots indécents, n’avait pas même attiré mon regard. Son souhait de revenir à l’essence de notre rencontre, à ce gage loyal nous désignant comme les seuls véritables alliés d’une reine négligente, me préoccupait largement plus. Mon premier réflexe avait été de me sentir interpelé par cet état de fait, mais en vérité, il m’était impossible de partager cette vision trop parfaite d’une époque qui ne m’était pas plus profitable. Je n’étais pas choyé par les mêmes privilèges. Il ne m’avait pas été permis de profiter de la proximité du sang feu et cette époque tenue pour référence n’avait été pour moi qu’un séjour terrible dans les catacombes de la demeure des loups, à attendre une sentence mortelle. Alors que la sirène de Blancport s’égayait de son nouveau statu, j’avais été oublié. Et que dire de notre arrivé à Port-Réal. Les regards de la noblesse sur un roturier venu briguer une part du butin, n’avait pas été le même que celui s’étant attardé sur la nordienne. L’avait-elle remarquée? Surement pas. À ce jour je m’étais dévoilé bien peu utile, m’effaçant au fil du temps pour ne plus être que le spectateur d’une histoire où je ne figurais nulle part.  J’avais voulu répliquer succinctement à ces regrets, mais cette phrase rompue par la peine haletante me forçait plutôt à mirer un œil inquiet vers ma jeune amie.

L’affolement l’étranglait, dévorée par les peines trop lourdes qui vinrent lui couper le souffle. Le malaise pénible fourmillait dans chacun de ses membres. Les spasmes rageurs et paniqués griffaient les revers de sa robe. Ses doigts se tortillaient autour du corsage, incapables, s’agrippant avec désespoir. Émue jusqu’à la suffocation, elle en avait attribuée la cause à l’entrave d’une simple robe. Il était trop évident qu’elle déversait son mal dans une colère qui transpirait dans chacun de ses pores, ruisselant dans le sang qui tapait contre ses tempes et tempêtant dans son cœur brisé. Le contrôle lui échappait, lui arrachant les complaintes raclant sa gorge d’un râle pénible. «Attend. Non...» Ordonnais-je ombrageux. Ma poigne se saisit de ses mains, l’entravant dans son acharnement plus pénible que salvateur. Je m’efforçais à capter ses prunelles, insistant pour faire taire cette crise avant qu’elle ne la submerge entièrement. Mon ton avait été autoritaire, presque colérique. Une réponse excédée à une réaction excessive. «...Laisse-moi faire» J’appuyais l’intimation d’un léger hochement de tête, laissant entendre que je ne pouvais l’aider qu’à cette unique condition. Le calme. Bien sûre, je ne l’obtins pas. Pas immédiatement, ni entièrement, mais suffisamment. Mes doigts glissèrent sur les liens qui comprimaient ses inspirations, dénouant ce prétexte pour l’alléger. Les cordons de satins s’assouplirent, offrant l’amplitude de leurs relâchement. Je n’avais pas encore délaissé les attaches légères, que j’avais élevé la voix. Flegmatique, mais réprobateur.   «Que croyais-tu? Qu’elle te serait éternellement reconnaissante, jouissant de ta compagnie en laissant aux autres le monopole d’un pouvoir qui lui appartient? Qu’elle se cloisonnerait et s’astreindrait à notre présence, se fermant au monde et à sa politique?» J’exagérais, perdant de vue les intentions de celle que je consolais d’une bien drôle de façon. C’était plus simple de se laisser mener par cette mauvaise foi, m’appliquant à omettre les arguments pouvant m’être jetés à la figure. J’avais été le premier à me couvrir d’illusions, consolidés par toute mon ignorance. Preuve en était cette réaction confuse, lorsque l’annonce de ce mariage était venue me happer violemment, me blessant plus que ce couronnement grotesque. Une part de moi s’était aveuglée, oubliant qu’il ne m’était pas permis de croire, ni de rêver. «Tout ne tourne pas autour de toi Alys.»  Je détournais l’attention, piquant la demoiselle d’une remarque inutile, refoulant ma propre peine derrière ma gronde.  Je laissais retomber les lacets de la robe s’ouvrant sur son dos laiteux, reprenant appuis sur mes jambes pour quitter notre contiguïté. Je tournais désormais le dos à celle que je n’étais pas parvenu à conforter. Je soupirais, déjà agacé par une conversation que j’avais voulu noyer sous les banalités. «Elle était malheureuse... » Ma voix était basse, osant à peine prononcer les mots qui prenaient ascendance sur des faits tout aussi évidents mais qui passèrent sous silence;  Nous étions à notre tour bien malheureux. «...Devons-nous nous blâmer d’avoir contribué à son épanouissement? Ne ferais-tu pas la même chose, si on t’offrait la chance de recommencer?» Le loup l’avait dépouillé, cherchant à éteindre la flamme que nous nous efforcions de maintenir vive de toute sa splendeur. Nous avions escorté cette force brûlante jusqu’aux portes de son royaume, sans envisager la distance qui s’immiscerait entre nous. Nous avions cru. Tout n’avait toujours été qu’en son nom et pour son bien. Et aujourd’hui... nous avions été bernés . Mes doigts frôlèrent l’une des pivoines blanches coincées dans l’un des tristes bouquets, faisant volontairement tomber quelques pétales fragiles. «Je ne regrette pas Winterfell.  Je ne regrette ni son seigneur, ni ses cachots, ni cette force d’âme menacée par les crocs de la bête. Je regrette seulement de ne pas être suffisamment utile, pour qu’elle me concède une place auprès d’elle. » J’avais souffert de cette humiliation inhérente à l’insouciance d’Alys, lors de cette cérémonie. J’avais également pâti à ce banquet me reléguant à l’opposé, avant d’être repoussé par la garde alors que mon regard inquiet se blessait sur la main d’un frère s'attardant sur celle de mon aimée. Il aurait été mentir d’affirmer que je ne m’étais pas demandé si les choses avaient pu être différentes. Si ma décision avait été la bonne. S’il me fallait porter le nom d’un grand seigneur pour obtenir son intérêt. Si...

Mais j’étais le molosse fidèle. Celui ayant rejoins le sud sans craindre d’être confronté aux difficultés; surpuissant de ses sentiments. Mais cela elle l’avait trouvée ailleurs...



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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Mer 6 Juin 2018 - 0:21




Broken dreams

Elle se débattait, suffoquant, tel un dauphin pris dans un filet de pêche, se noyant dans un océan qui lui était pourtant son milieu naturel. Sa robe semblait se resserre une peu plus sur elle tandis qu’elle essayait de lui échapper, provoquant plus encore sa panique, la forçant à gémir. Mais finalement, ses cris de désespoirs moururent dans sa gorge avant de pouvoir sortir, bloqués par cet ordre presque crié par Faust. Attendre ? mais que devait-elle attendre ? Son regard humide et désespéré se posa sur lui, l’implorant de mettre un terme à ses souffrances. Ses mains s’étaient refermées sur les poignets graciles de la jeune jouvencelle, l’empêchant de se débattre davantage, forçant ses pupilles océanes à croiser son regard. Laisse-moi faire. La sirène retint sa respiration tandis qu’il relâchait cette poigne d’acier autour de ses membres, la libérant de sa prison. Il désirait le calme, la fin d’une tempête qui n’avait fait que s’annoncer et, tandis qu’Alys lui présentait son dos, son souffle lui échappa, reprenant une respiration chaotique. Elle déglutit avec difficulté tandis que les doigts timides du jeune homme commencèrent leur besogne.

Bien vite, elle sentit le laçage se détendre, la libérer de ce fardeau, l’aidant à mieux reprendre son souffle, à vivre un peu plus. Ses mains tremblaient, posées sur son ventre, canalisant sa respiration afin de mieux insuffler son corps de cet air pur que le sauvageon avait fait entrer dans la pièce. Le silence les accompagnait, bercé par les halètements plus calmés de la jeune enfant qui n’aspirait plus qu’à arracher le vêtement de son corps pour enterrer définitivement le chagrin qu’il représentait. Mais finalement, le silence ne fut que de courte durée. La voix du jeune Nordien empli l’habitacle de cette autorité qui semblait être là pour la réprimander.

Alys n’avait jamais cru en quoi que ce soit si ce n’était une vie plus légère, à la Cour. Rhaenys aurait, certes, été occupée mais lui aurait montré tous les secrets de ce Donjon Rouge dont elle lui avait tant parlé quand elles vivaient dans le Nord. Elle lui aurait appris l’Art et la manière de dire et faire les choses auprès de ces Sudistes qui n’avaient rien en commun avec les gens du Nord et leur honneur si louable. Elle l’aurait protégée des vipères, de toutes les morsures probables qu’elle ait à subir quand une lady lui aurait voulu du mal et chercherait à porter atteinte à sa réputation en ayant recours à de sordides rumeurs infondées. Le rêve éveillé, utopie paradisiaque, d’Alys s’était transformé en cauchemar. Rhaenys n’est guère là autant qu’elle le souhaitait et les rares fois où cela arrivait, elles n’étaient guère seules, accompagnées de toutes ces demoiselles qui lui lançaient des regard de travers signifiant que sa place ne tenait qu’à un fil. Aucun prince n’était venu lui signifier son amour sincère pour elle, comme dans ces histoires d’enfant que les jeunes filles espéraient trouver. Et enfin, elle se sentait prisonnière d’un château dont elle n’était pas encore familière, n’ayant plus le droit de sortir à sa guise sans devoir être accompagné. Alys était un animal en cage qui commençait à ronger ses barreaux dans l’espoir de les voir céder. Tous les actes capricieux et enfantins n’étaient plus que des appels à l’aide désespérés mené à bien dans le but de voir quelqu’un y répondre. Et aujourd’hui, c’était Faust, attentif à elle malgré tout ce qu’elle avait pu lui faire subir, qui y répondait… A sa manière.

Tout ne tourne pas autour de toi, Alys. Pour le coup, l’envie de faire volteface pour le gifler lui parcourut l’esprit. Mais alors, comment aurait-elle retiré sa robe ? Elle serra les dents, les forçant à grincer afin de marquer son mécontentement. « Tais-toi… » C’était la seule claque qu’elle pouvait lui offrir pour le moment, serrant de nouveau ses doigts sur le tissu qui se faisait plus ample. La caresse de l’air vint chatouiller son dos, signe de l’achèvement à venir du travail de Faust. Si quiconque entrait en cet instant, il était certain que leurs réputations à tous deux serait entamée. Mais Alys n’y songeait pas, trop préoccupée par ce qui lui donnait le tournis, ce qui lui faisait perdre la tête et la rendait folle en même temps. Les mains de Faust se détachèrent d’elle et Alys comprit que c’en était fini. Il s’écarta, rendant la distance plus honorable pour eux d’eux et d’un regard noir lancé par-dessus son épaule, elle remarqua qu’il lui tournait le dos, respectant une certaine pudeur malgré les circonstances… Insolites ?

Alys se dirigea alors vers le paravent qui trônait dans sa chambre et derrière lequel les servantes l’aidaient habituellement à se changer. Pourtant, à mi-chemin, elle s’arrêta net devant de nouvelles paroles de Faust. Elle était malheureuse. Oh que oui, elle le savait, se souvenant des larmes de la dragonne qui s’écrasaient douloureusement dans la neige d’une citadelle hivernale. Mais aujourd’hui, les larmes coulaient à nouveaux sur les joues de la sirène tout comme sur celles du jeune homme. Elle ne se retourna pas, ravalant cette pensée aussi rapidement que possible, essuyant sa joue d’un revers de la main tandis que sa robe glissait de l’une de ses épaules. Ne ferais-tu pas la même chose si si on t’offrait la chance de recommencer ? La rage accompagna Alys dans sa réponse. « Non. » Et alors, tirant sur ses manches, espérant presque arracher le tissu, elle je ta à terre l’ouvrage pourtant si précieux et si cher qu’elle avait été si heureuse de porter. Nue comme à son premier jour, elle poursuivit alors sa route jusqu’au paravent, se soustrayant au regard de tous.

Faust parlait toujours. Elle aurait aimé lui ordonner de partir, de se taire, de la laisser seule… Mais alors quoi ? Serait-elle retournée se coucher, tout simplement, lasse et exténuée, énervée et contrariée, forcée d’attendre que la concernée ne réagisse à ses absences, à ses bouderies ? « Crois-tu vraiment qu’elle songe encore à trouver une place pour nous auprès d’elle ? » A son tour, ses mots se faisaient poignards lancés en plein cœur de Faust. Elle aurait pu le regarder, elle lui aurait lancé des éclairs. Attrapant une robe des plus simples d’un blanc immaculé, elle poursuivit. « Ouvre donc tes yeux, Faust… Tu es venu, non elle. Cela en dit déjà suffisamment long sur la situation dans laquelle nous sommes. Il n’y a désormais plus que le royaume, les guerres… Et Jaehaerys. » Elle avait prononcé ce nom d’un ton si mielleux qu’elle en eut la nausée. Elle avait passé le vêtement par la tête, ajustant le tissu sur son corps. Ainsi, il ressemblait à une tunique mais elle attrapa une corde joliment tressée qu’elle vint nouer autour de sa taille. « Ce que tu insinues, c’est que notre malheur vaut moins que le sien… Comment… Comment peux-tu dire cela ? Ce nouveau royaume devait nous apporter joies et bonheur. Je n’y trouve que tristesse et désespoir. » Elle tira sur la corde avec rage, achevant le nœud. Sortant de derrière le paravent, elle se dirigea vers la coiffeuse devant laquelle elle avait ses habitudes, s’asseyant sur le petit tabouret matelassé et couvert de velours.

Elle poussa un long soupir en voyant son visage. Sa peau pâle lui conférait un air fantomatique, absent. Ses cheveux étaient emmêlés, reflétant le manque de soin de ces derniers jours. « Je ne regrette pas Winterfell non plus, je regrette sa présence… Et de m’être tant bercée de ces illusions qui ne demeureront que des rêves qu’une enfant ne peut faire la nuit… Cet endroit n’est pas pour nous Faust… Que sommes-nous venus chercher, ici ? Qu’espères-tu de cette vie à Port-Réal ? »


© Belzébuth

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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We are buried in broken dreams

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