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 We are buried in broken dreams

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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: We are buried in broken dreams   Mer 9 Mai 2018 - 0:12


We are buried in broken dreams
Wash the sorrow from off my skin and show me how to be whole again. 'Cause I'm only a crack in this castle of glass. Hardly anything there for you to see. Linkin Park - Castle of Glass


Mes jointures frappèrent contre le battant de bois. Deux coups distincts, lourds et précipités. Le bruit vint ricocher contre la pierre, dérangeant le silence d’un couloir animé par les discrètes allées et venues des serviteurs. Elle ne répondrait pas. Je l’imaginais se recroqueviller dans son lit, écrasant sur sa tête l’oreiller qui étoufferait mon vacarme. J’étais l’indésirable venu troublé sa solitude, la forçant à renouer avec l’extérieur. Et avec moi, j’apportais le rappel d’une réalité trop indigeste. Quel qu’il fut, celui qui rôdait devant cette porte serait ignoré. À l’image de tout ceux si étant risqués, je m’étais plié aux bonnes manières, accordant à la sirène de Blancport la démonstration poli qu’elle ne m’octroyait jamais. Combien de fois s’était-elle introduite dans mes appartements, comme si ils étaient les siens, hurlant ses joies trop rares et ses nombreuses contrariétés. Au dépend de mes occupations, elle s’accaparait mon temps et mon espace. Jouant d’excès sentimentaux où les sujets variés trouvaient une écoute souvent distraite. J’avais beau ronchonner, je m’avouais vaincu, laissant l’attitude désinvolte s’emparer de mes biens et de mes lendemains. Cet enjeu m’apparaissait bien dérisoire face à tout ce qui me faisait souffrance, alors que pour ce petit brin de femme sans filtre, il était essentiel. Les réveils tapageurs, bafouant toute intimité, n’étaient que le prétexte pour retrouver cette proximité capable d’encaisser les propos sonores, virulents ou emportés. Trouvant dans cette chambre un peu de son chez-soi, je ne pouvais pas l’en blâmer et plus souvent qu’autrement je ne disais rien. Je ne pouvais rejeter l’honnêteté affectueuse de celle, trouvant encore intérêt dans la compagnie d’un nordien abêti par les manières de la cour. Elle était le dernier visage familier osant encore se tourner vers moi, alors que j’étais pour elle, le dernier souvenir d’une région injustement qualifié. Je baissais le poing impatient, conscient qu’elle ne se lèverait pas pour accueillir celui qui avait la témérité de la déranger. Tout cela était bien ridicule. Je me détournais, saisissant à la dérobé le regard d’une jeune domestique figeant sa curiosité sur mon obstination. J’avais attendu que sa progression l’amène à emprunter un détour, avant de forcer la porte à s’éventrer. La clenche cédait, me permettant de m’introduire à la manière de la jeune effrontée, avant de refermer la porte avec fracas. Plongé dans l’obscurité, c’était à croire que la nuit était tombée dès ce début d’après-midi. Mes pupilles mirent quelques secondent pour s’ajuster aux ténèbres, révélant des lieux identiques à ceux que j’avais quitté il y avait de cela deux jours, mis à part peut-être, que le confinement de courte durée avait suffit à rendre l’air saturé, lourd et suffoquant. Mes sourcils se froncèrent. Comment pouvait-elle endurer pareille chaleur, elle qui était de nature si capricieuse. « Ne dit rien, je suis au courant. Tu souhaite être seule, te morfondre dans le noir et pleurer tout ton soûl, mais si tu désirais te noyer de larmes, peut-être aurait-il fallut arborer un autre blason. » Dis-je sarcastique, en traversant la pièce à grand pas. Je ne me faisais pas moralisateur, mais compréhensif. Elle avait succombé. Ce jour là nous avait meurtris de blessures profondes, visibles que dans nos mimiques crispées et nos regards fuyants. Sa peine faisait scrupuleusement écho à la mienne. Affligé d’une amertume que cette force d’agir ne pouvait masquer, me découvrant hypocrite d’exiger qu’elle se ressaisisse. Pouvait-on m’en faire le reproche? Qui d’autre s’était assuré de son bien-être, veillant à connaitre les revers de ce masque pénible? Personne. Sans doute ne comprenaient-ils pas la léthargie d’un cœur brisé au lendemain de festivités dont on reprenait le cours, aujourd’hui.

Ma poigne s’agrippait au pan de tissu, dont le textile riche et opaque bloquait toute lumière pouvant jaillir des larges fenêtres. Je le tirais d’un trait et la violence des rayons prirent d’assaut le visage apathique de la jeune femme. L’endroit baignait enfin d’une clarté dont s’était privée cette amie qui n’hésiterait pas à grommeler son désagrément. L’air frais vint souffler faiblement, balayant d’une fraicheur agréable, l’atmosphère vicié. Enfin. Il me semblait déjà plus facile de respirer dans ce repère empreint de mélancolie. « N’attend pas que je t’extirpe de force de ton lit, pour en sortir.» La menace était railleuse. Une taquinerie morne, s’apparentant plus à une gifle mentale qui la sommait de se montrer plus combative. J’attendais, le regard rivé sur la vue vaste d’un royaume peinant à renaitre de ses cendres; une réplique mordante, un soupire agacé, le bruit du froissement des draps...Mais il n'eut rien. « Alys...! » J’avais élevé le ton, maudissant le silence qui s’éternisait. Impatient, frôlant l’agressivité. Il en était fait de cette assurance qui s’était élevé dans l’antre de la pupille royale. Cette contenance était morcelé dans un mal être que j’avais délibérément tenté d’enfouir, mais c’était trop tôt, trop douloureux. J’eus envie de lui hurler d’arrêter d’agir en enfant qu’elle n’était plus, de rompre à jamais avec ses rêves de bonheur ne pouvant exister que dans un esprit naïf et de repartir chez-elle. Je m’en mordis la langue. Cette grogne m’était avant tout destinée. Ici ce n’est pas le Nord. Ici ils te briseront. Voilà les mots qui me brûlaient la gorge, mais cette mise en garde était tardive. Il était déjà bien trop tard. Nous étions les victimes banales de nos furieuses envies. L’exclamation emportée était le réflex maladroit pour provoquer un chamboulement dont je n’étais pas capable de profiter. Je tiquais avant de me tourner vers elle, mirant le désarroi que mon âme cherchait à expier, sous le couvert d’une main tendue. Mes traits durs, ne résistèrent pas. Une peau blanche...non livide, contrastait avec les couleurs franches d’une robe si froissée et défraichie qu’il était impossible d’en discerner la coupe. Un amas de tissus et de dentelles, sans éclat, utile qu’à préserver une pudeur sans orgueil. La même qu’elle avait portée à ce mariage funeste et qui lui collait à la peau comme un rappel désagréable. Je rencontrais ses iris azurés que l’épuisement avait soulignés de noir, creusant dans leurs orbites ces joyaux larmoyants. Les sillons de larmes avaient marqué de rouge ses joues, comme les peintures d’une guerre que nous avions tout deux perdu. Elle était vidée de toute la vitalité que je lui reconnaissais, peinant à croire à cette extrême croupissant sur le lit. Elle était éplorée. Je relâchais ce coup d’œil détaillant l’abattement, glissant rapidement mon attention vers le sol, comme je l’avais fait ce soir là, assis à sa proximité. « Je sais... » Deux mots. Si fragiles que ma voix cassa aussitôt qu’ils furent prononcés. Preuve que je connaissais trop bien cette douleur trouvant naissance dans le rejet et le mépris. Alys avait le sentiment d’avoir perdu celle qu’elle n’hésitait pas à comparer à une sœur, se faisant une fierté à tromper ceux qui avait l’outrecuidance de les confondre. Et moi celui d’avoir perdu à jamais celle qui m’avait séduit de ses ambitions souveraines et légitimes – avant d’en ravir mon cœur. Il n’y avait rien à ajouter de plus à cette compréhension mutuelle de nos malheurs. Qu’aurais-je pu dire de plus...? Quel mot que je ne craignais pas méritait d’être prononcé? J’inspirais, voyant que mes moyens m’échappaient et que mes efforts pour inciter la jeune lady à rompre avec ses ressentiments, étaient réduits à néant. Comme si il s’avérait plus simple pour elle d’en réchapper. Mais les choses étaient loin d’être aussi faciles. J’eu l’impression de revenir à l’instant même où nous avions quitté le banquet, me confrontant à la conversation qui aurait dû avoir lieu, mais qui avait laissé place aux sanglots.


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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Alys Manderly
COURONNE
■ Localisation : Port Réal
MessageSujet: Re: We are buried in broken dreams   Lun 21 Mai 2018 - 16:17




Broken dreams
Comme lorsque l’on se réveille d’un cauchemar. Alys était si lasse, si fatiguée que ce fut à peine si elle parvint à ouvrir les paupières. Les larmes versées sans retenue de ces derniers jours n’aidaient guère, rendant ses joues collantes à tel point que chaque grimace semblait lui tirer la peau. Lâchant un gémissement, elle eut soudainement envie de disparaître, de ne plus se lever, jamais, pour mieux se laisser mourir de désespoir et de tristesse. L’image de cette Reine adorée qui ne la voyait même plus hantait ses pensées depuis deux jours, forçant la jeune sirène de Blancport à repousser serviteurs et nourriture, se laissant dépérir, s’assécher comme un poisson ayant décidé de s’échouer sur une plage. Elle ne voulait voir personne, ne souhaitait plus paraître nulle part. Les festivités étaient terminées pour la jeune enfant, bien trop amère de ces noces et de ces cérémonies pour oser pointer le nez au dehors de sa chambre. La solitude était sa seule amie alors, elle l’avait laissée la draper de mélancolie. Elle portait toujours cette robe aux reflets nacrés, rappelant son statut dans le Nord, la sirène qui sommeillait en elle. Elle n’avait guère trouvé la force de l’enlever, malgré le fait que le tissu la dégoutait, la dérangeait. Le diadème argenté aux motifs aquatiques était tombé sur le sol, jeté là par une enfant capricieuse qui n’avait eu ce qu’elle souhaitait. Quel jour était-il ? Quelle heure ? L’opacité des rideaux la rendait imperméable au monde extérieur, incapable de savoir ce qu’il se tramait. Quelqu’un était peut-être mort. A moins que ce ne soit elle…

Deux coups furent donnés sur le battant de la porte. Bruts, durs, annonciateurs d’une tempête nouvelle. Pourtant, nul garde n’annonça qui que ce soit. Gardant le silence, la petite sirène eut espoir d’entendre cet inopportun s’enfuir devant la froideur de la blonde mais cela ne vint pas. Pire encore, la porte finit par s’ouvrir. La native de Blancport ne bougea pas, statue de cire endormie, ses yeux demeuraient fermés et sa respiration maîtrisée. Venait-on vérifier si elle était encore en vie ? Dans les ténèbres qu’étaient devenus ses appartements, pourtant, une voix ne tarda pas à s’élever. Faust… Elle eut envie de murmurer son nom mes sa gorge serrée ne lui permit que de lâcher un nouveau gémissement. L’envie de lui hurler qu’elle n’était pas visible tandis qu’il prenait les devant à grand renfort de vérités qui ne sauraient être aisément devinée se fit sentir mais, là encore, la sirène était bien trop faible pour protester ouvertement. La référence à la noyade et à son blason l’aurait amusée. Là, elle eut envie de maudire sa famille, d’être née dans les terres hostiles et glaciales du Nord pour ensuite avoir vécu tout ce que le Destin lui avait offert de vivre. Et si… Elle aurait pu refaire son existence même à coup d’interrogations, se demandant si les choses se seraient passées de la même manière dans d’autres circonstances. Peut-être, alors, serait-elle au Conflans, mariée à un homme qu’elle détestait par conviction plus que par sentiment. Peut-être serait-elle encore à Winterfell, soutenant le seigneur de la maison Stark et sa famille après la fuite de la dragonne. Ou bien, encore, peut être y serait-elle encore avec Rhaenys si elle n’avait pas poussé la jeune femme à reprendre la place qui était sienne. Tant de culpabilité pour une âme si fragile…

D’un bruit, il tira les rideaux. La lumière vint brûler sa peau, ses yeux pourtant clos, la poussant à protester d’un gémissement désabusé tandis qu’elle bougeait enfin dans ce lit pour mieux échapper aux flammes du soleil. Pourtant, l’air assaini qui prit place dans la pièce était désagréable. Il empestait cette vie dont elle ne souhaitait plus. Faust reprit la parole, menaçant de devoir l’extirper lui-même de ses draps qu’elle n’avait que trop gardé contre elle. Mais, là encore, seul le silence lui répondit, Alys n’étant pas d’humeur à se montrer acide ou ne serait-ce que rebelle à l’idée qu’il puisse réellement agir. Et le silence, pesant, mortel, finit par achever les convictions de Faust qui finit par aboyer son prénom, cessant ses railleries, cessant de se moquer, souhaitant simplement la voir réagir. Ses yeux océans s’ouvrirent alors, lui adressant des éclairs de cette colère sourde qui faisait écho à son chagrin. Et Faust dut sentir que ses propres convictions ne tenaient plus qu’à un fil car dès lors qu’ils échangèrent un regard, il fut soudainement plus calme, plus tendre avec elle. Et dans ses yeux à lui, malgré la lumière aveuglante qui remplissait la pièce, elle lut la même peine, la même colère, le même chagrin. Alors, quand il ne lui offrit que deux maigres mots signifiants qu’il la comprenait, sa voix se brisant au moment même où il les prononçait. Pourtant, ils furent suffisants pour la pousser à se redresser, à user de ses maigres forces pour se laisser aller à sa hauteur. Lui avait pris place sur les draps et elle se laissa aller dans ses bras, une nouvelle fois, seul réconfort de ces derniers jours.

Les secondes s’égrainèrent tandis que l’étreinte durait, chaste, simple réconfort échangé par deux être brisés. « Tu sais… Et tu ignores en même temps le déluge qui sommeille en mon cœur. » Relevant le regard vers Faust, elle se détacha de lui, s’asseyant à ses côtés sans se soucier de la bienséance que sa robe malmenée pouvait ne plus offrir en couvrant l’entièreté de son corps. Ses jambes étaient dénudées jusqu’aux genoux, le tissu étant coincé sous les cuisses de la jeune fille. Mais cela lui importait peu. Elle et Faust avait parcourut le pays tout entier pour venir à Port-Réal, réduisant leur intimité à peu de chose. Faust était un sauvageon et pourtant, il détournait les yeux quand cela devenait dérangeant. Il y avait cette noblesse en lui qui n’existait pas en d’autres hommes qui, pourtant, avaient la jouissance d’être nés avec un nom. « Si tu savais comme j’aimerais revenir à ce que nous vivions à Winterfell… Ou bien à ce jour où nous sommes arrivés à Port Réal, quand elle n’avait confiance qu’en nous… Et aujourd’hui… Aujourd’hui… » Sa voix se brisa. Elle n’avait ni la force ni l’envie de prononcer ses mots. Les yeux azurés de la sirène se posèrent sur la robe qu’elle portait toujours. Artifice abimé pour la sublimer, elle ne la supportait plus. Ses doigts s’agrippèrent au tissu commençant à tirer dessus avec rage, se débattant en gémissant de cette prison de soie et de satin. « Aide-moi… Il faut… L’enlever, j’étouffe. » Le laçage de la robe se trouvait dans son dos et la sirène ne pouvait l’atteindre, se débattant simplement de ce filet qui la retenait prisonnière.


© Belzébuth

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The Little Mermaid
Oh Alys, dear, where have you been ? So near, so far or in between ? What hav you heard, what have you seen? Alys, Alys, please, Alys.
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