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 War of hearts

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Faust
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: War of hearts   Lun 21 Mai 2018 - 17:57




War Of Hearts

Rhaenys & Faust

Even if it hurts. Even if it makes me bleed. I’m gonna carry you. Pushing through with the dirt on my sleeves. Even if it hurts. Even if it’s razor deep. I’m not giving up, not gonna run. I’ll be there when you need me. Even if it hurts...

Nobody’s heart is perfect


       

Le trait siffla dans l’air avant de se ficher tout près du centre de la cible, à proximité de quatre flèches enfoncées dans la paille. Je baissais mon bras, observant la banale prouesse d’un air peu convaincu. J’avais passé cette époque où je me contentais d’une mire immobile pour m’entrainer. Il n’y avait plus de difficulté et encore moins de pertinence à cet exercice, si ce n’était celle de m’occuper l’esprit. C’était dans les bois du roi qu’il me fallait me rendre. Quelques jours à l’écart du tumulte gardé précieusement entre les mains des influents, troquant le foin pour une bête me donnant plus de fil à retordre. Un court périple de chasse, retrouvant l’essence de ce talent laissé à l’abandon. Pendant une seconde je m’étais laissé convaincre à l’idée d’en informer Alys. Une proposition ambitieuse et certainement une gaffe. La nordienne s’offusquerait à tous gestes mortels et trépignerait d’impatience. Je voulais rehausser le défi, mais à ce point? Peut-être pas. J’arrachais les projectiles de leur atteinte, avant d’observer la place s’offrant à la pratique des arts de la guerre. Le soleil avait quitté son point le plus haut depuis un moment, mais rare avait été ceux venu braver le climat pour quelques passes d’armes. Je remarquais plus loin, un jeune observateur. Olyvar. De l’âge de ce roi imposteur, il s’approchait pour me tendre une chope d’eau fraiche, mais son geste serviable ne parvenait pas à masquer son intérêt pour l’occupation qui maintenant m’ennuyait. D’un geste naturel, je lui avais tendu mon arc – fait de bois d’If teint d’un marron foncé, renforcé de cuir de daim noir. Il était court, comme ceux utilisé par les cavaliers, mais si peu simple à manier. Je plantais au sol, à la ligne de tire, les cinq flèches qui avaient fait mouches. Le garçon ne s’était pas fait prier, prenant le relais, s’imaginant soldat plutôt que domestique. Je me reculais, vidant le tiers de ce gobelet d’étain. La première manqua de peu, mais la deuxième se ficha très honorablement.   «Ce n’est certainement pas la première fois qu’un arc tombe entre tes mains. Tu es plutôt doué.»  Il cherchait à ne rien démontrer, mais se fut plus fort que lui. Sa poitrine vint se gonfler d’un égo rarement flatté et ses yeux brillèrent à l’énoncé de cette bonne impression. Un petit triomphe dans un quotidien que je savais bien morne – surtout lorsque tout ce qui nous entourait appelait à ces rêves ambitieux réservés à d’autres. Il saisissait une autre flèche, encouragé par cet élan de confiance. «Mon père en avait un. Il ne s’en servait plus. La guerre l’a estropié de deux doigts.» Dit-il en agitant son pouce et son index pour en appuyer l’ironie. «La Bataille d’Herpivoie-ville. Cela fait six ans.» À cette mention, je me trouvais bien peu renseigné sur les épreuves de la région. De tout combat ayant sévit dans le Conflans, seul celui d’Harrenhal m’était familier. Le Nord avait été appelé à prendre les armes, forçant le siège de celui qui était aujourd’hui main du roi. Dire qu’il en avait fallut de peu pour que je sois contraint de joindre ces hommes ayant risqués leur vie pour une cause relevant des pires intentions. Théon Stark avait vu en moi une valeur martiale dont j’étais si peu disposé à confier. Non pas à l’encontre du Nord et des loups m’ayant accueillit dans leur demeure, mais bien contre une cause favorisant un roi despote et cruel. La dragonne enneigée m’avait trop bien renseignée sur cette histoire qui soulevait bien des conflits avec cet époux devenu nuisible. Ils n’obtinrent pas mon appui. Je m’étais cantonné à ce rôle ingrat plutôt qu’aux promesses d’exploits militaires. J’avais déjà choisi mon camps et ce n’était pas celui du Loup ascétique, ni celui de la Vouivre folle. «Après la guerre, il se contentait de le glisser jalousement sous son lit. Je crois bien qu’il le savait, mais mes frères et moi le lui empruntions lorsqu’il n’était pas présent. Je n’ai pas beaucoup pratiqué. Cela fait même très longtemps que j’ai pu le faire.» La corde vint se détendre et la flèche se planta tout en haut de la cible. Le manque de concentration avait joué en sa défaveur. Je n’émis aucun commentaire. Je devinais dans son regard insatisfait, son autocritique. Il connaissait son erreur. «Comment un garçon de Viergétang en est-il venu à servir la couronne?» Dis-je sans trop réfléchir, renchérissant simplement l’échange de menus propos. «Comment un homme du Nord a pu en faire autant?»  Touché. Le jeune homme d’apparence si commune était vif et irrévérencieux. Sans méchanceté, ni manque de respect - un fin sourire perlant au coin de ses lèvres pour éviter tout mal entendu pouvant lui porter préjudice. Observateur, il s’était risqué à confronter l’homme affable d’un humour pince-sans-rire. Il me rappelait ma propre audace, voir l’arrogance de la jeunesse dont était également détentrice la jeune Manderly. Je m’amusais de sa nargue, faisant mine d’avoir été atteint sans ménagement. Je lui concédais la victoire, le laissant profiter de sa petite gloire, encourageant un franc-parler trop rare entre ces murs. On le héla. Un homme des cuisines, les manches d’une chemise couleur miel roulées aux coudes et un tablier crasse à la taille. Il venait de rappeler gentiment au travail, mais avec une certaine autorité, celui qui avait pu profiter de mon laxisme. Son regard avait soudain changé, passant de l’espièglerie à l’embarras. Il vint me rendre l’objet de son enthousiasme, regrettant de devoir partir si tôt. Il souriait, manifestement incapable de laisser cet homme mécontent venir obscurcir ce moment privilégié. «Cela a été fort agréable, j’vous remercie de cette faveur messire.» Avait-il dit aimablement avant de partir d’un pas pressé. Messire. Cette reconnaissance étrange et injustifié me laissait pantois et un brin égayé. «Je ne suis pas...» Trop tard. La précision n’avait pas su parvenir jusqu’à celui s’étant empressé de retourner à sa besogne. L’aristocratie, elle,  ne se méprenait jamais. Pas même par étourderie. C’était là, la toute première fois que ce terme poli m’était accordé. Le garçon s’était laissé prendre au jeu, par habitude sans doute, cela n’avait pas d’importance. Une part de moi s’en découvrait une certaine fierté, mais avec le recul je m’en trouvais bien ridicule.

☩☩☩

Il faisait noir depuis longtemps. Le feu des braseros posés dans la cour, miroitait un semblant de vie dans un endroit pourtant désert. J’étais seul, m’accommodant de ce fait qui me poursuivait continuellement dans cet endroit maudit. Il y avait un certain temps que j’avais abandonné mes intentions de me tenir occupé. Combien? Je n’en avais pour ainsi dire, aucune idée. Je ne comptais plus les heures, repoussant ce moment qui me rappellerait à mes affaires. Je me prélassais sur le dos, sur un des longs bancs de bois, à scruter le ciel. Peu importe où je m’étais retrouvé, ce spectacle étoilé était le même. À traquer un cerf au delà du mur, voguant sur les mers à l’Ouest ou me prélassant dans les bois sacré du Nord. Il y avait là quelque chose de rassurant, d’apaisant. Il n’y avait qu’à lever les yeux pour oublier les paysages inhospitaliers, les inconnus vaniteux et cette pesante solitude. Tout semblait futile lorsque les cieux s’illuminaient. Et l’idée toute simple de savoir que ce tableau merveilleux serait vu, par celle qui s’était éloignée de moi, était ma seule consolation. Mes mains se distrayaient de la douceur d’une plume immaculée, rescapée de l’œuvre de l’empennage délicat, auquel je m’étais afféré plus tôt. Je me redressais péniblement, rajustant ce gambison léger dont les manches furent retirées. Cendré, piqué en losanges, des boucles en laitons, le col relevé. Sans fioriture, sans symbole pouvant relier à une quelconque allégeance. La chemise bourgogne sans éclat était le seul indice rappelant les couleurs du blason royal. Un compromis élégant, mais diablement simple. Pouvait-on en attendre plus d’un homme habitué à la rudesse et si peu enclin à l’extravagance? Je m’échappais de la noirceur extérieure pour rejoindre les coursives du château qui me mèneraient au confort de mes appartements.

Le loquet cédait dans un bref cliquetis provoqué par le soulèvement de la clenche. Il semblait que jamais le verrou de cet endroit ne fut usé et l’intention d’y remédier ne m’avait pas même traversé l’esprit. Il était entendu chez les servants, dont le rang m’était trop familier, que les appartements de l’homme, venu choquer de sa présence illégitime, n’était pour ainsi dire jamais verrouillé. Une porte ouverte sur cette intimité qui ne souffrait d’aucune attache matérielle. Qu’ils volent donc ces fruits, ce vin et cet or! Comme si cela fut le seul danger pouvant guetter la suite privilégiée de la reine. Je poussais le battant d’une main, frappé par le passage de l’air chaud, dont la douce brise n’avait rien de désagréable. Le ciel s’était couvert d’encre, noyant l’ardeur de l’astre incandescent, offrant un répit tempéré et agréable. Entre mes doigts agités roulait le rachis de la plume opaline dont je m’étais fait gardien, mais cette prise se relâchait abruptement. Saisi, je laissais se dérober de mon emprise légère, l’objet qui virevoltait bien bas, dans  une valse courte. Elle vint alors se choir gracieusement sur le sol à deux pas de l’entrée que je n’avais pas encore su franchir. Je m’étais figé, mes iris d’un bleu glacial s’étourdissant dans l’admiration de ce profil dont j’étais le fin idolâtre. Le portrait délicat balayé par le chatoiement de l’âtre brûlant, remuait tant de désir interdit. J’étais contemplatif. L’indécence de ce regard souffrant de convoitise se glissait sur le maintien parfait de celle qui m’avait assujetti à l’ivresse. J’étais envouté par ce cœur tendre capable de fureur et conquis par le feu noble et souverain.  Et alors que mon œil avare mirait sur la commissure de ses lèvres roses, une douleur vint s’éprendre de mon palpitant. Ma paume glissa contre ma poitrine, réagissant de stupeur au souvenir douloureux de cet adieu. Cette main venue m’effleurer, caressant mon visage avec affection, m’avait enjôlée d’un plaisir gâché par les circonstances. Inerte et choqué. J’avais tenté faiblement de la garder près de moi, pour en retarder l’instant fatal et aujourd’hui je regrettais ce corps vulnérable s’accrochant au mien. Je regrettais ce baisé fade auquel je n’avais pas répondu. Je regrettais ce silence. Comme je regrettais...

Mes yeux ne vinrent jamais affronter les siens, se détournant dès lors que ses prunelles améthyste menaçaient de se tourner vers moi. Mon cœur, gorgé de sentiments trop violents, manqua un battement. «...Ma confiance t’est entièrement acquise, toi et toi seul. » Cette déclaration appartenait au passé - à une toute autre vie. Je n’étais plus le seul à me vouer, mais j’étais convaincu d’être le seul audacieux prêt à tout risquer pour elle. Je ne partageais peut-être pas son sang, mais nous étions dotés de la même véhémence. Tel le protecteur transit d’amour, je n’avais d’autre intérêt que son contentement. Que le royaume tout entier se consume en un gigantesque brasier si pour cela elle devait me survivre.  La porte claqua. L’envie la plus viscérale m’appelait auprès d’elle, mais cette déraison ne m’avait pas conduite à sa proximité. J’avais puisé des efforts surhumains pour ne pas succomber à cette vicieuse tentation, effrayé par l’idée d’être blessé de nouveau. Je m’étais écarté en silence, d’une démarche droite et faussement assuré. J’étais hésitant. Malgré tout, ma dégaine reflétait cette attitude humble et digne propre à ce Nord que j’avais abandonné. Dans ce monde d’artifices où la délicatesse et l’élégance étaient choses courantes, j’avais l’air d’un rustre. D’autant qu’être un fils de l’hiver n’avait rien d’élogieux quand les tensions sévissaient entre Winterfell et la Couronne étaient évoquées. Être authentique n’était pas une valeur encensée par les esprits malins de la cour et à trop vouloir apprendre à me confondre parmi la masse, je souffrais de ma propre maladresse. Cette table encombrée que je venais de rejoindre était le parlant témoignage de cette confusion. Si le reste de la pièce était immaculé, cet étal était chaotique. Un amas varié où se succédait cartes, encre, plume, parchemins vierges, recueil sur les grandes familles de Westeros et même un jeu de cyvosse aux figures mal positionnées. Mon arc vint rejoindre le désordre, percutant un destrier couleur d’ébène qui vacilla avant toquer contre la planche de jeu. Je lui faisais maintenant dos. Mes mains s’évertuaient à défaire les boucles du carquois fixé à ma ceinture. Il était évident que cet exercice était le prétexte pour me dissocier de l’ambigüité de cette relation   -  ruinant mes envies dans un silence désagréable. Je n’étais en rien à l’aise, tremblant d’inconfort et balançant nerveusement entre l’amertume et la béatitude de cette précieuse entrevue.  Nous n’avions pas eut l’occasion de nous retrouver suite à ces vœux échangés. Un calvaire achevé au terme de ce renouvellement de mon allégeance, heurtant sans le moindre scrupule l’autorité de ce prétendu roi - mais surtout, surtout, de ces allusions idylliques s’armant d’une simple rose blanche.

Les sangles de cuir se libéraient et l’étui vint lourdement rejoindre le fouillis. Ma tête s’inclinait légèrement sous le poids trop lourd des préoccupations. «Je t’ai attendu. J’ai tant espéré. Et maintenant que tu es là...» Je m’interrompais, fermant un instant les yeux, dans une mimique cherchant à se lester de son chagrin. Ce n’était pas d’elle dont je devais me prémunir, mais de moi-même; de ces mots brûlants ma gorge, de ces gestes contraints de leurs impulsivités. Immobile, l’allure fière mais affectée. Je n’avais toujours pas acquis le courage de la confronter. Je craignais de succomber à la vue de cet être cher, m’interdisant l’apitoiement. Je lui avais offert ma vie, mon cœur et mon âme et pourtant les paroles de la vierge des eaux résonnaient en ma mémoire : Ce n’était pas suffisant. Étais-je encore en droit d’exiger quoique ce soit de cette femme que je comparais sans honte à la plus belle déité? Le crépitement des flammes s’était chargé de répondre pour moi. Ce destin, peut-être, nous liait-il encore.  J’inspirais profondément, soulevant ce buste propice à s’écraser sous les contres-coups, m’armant d’un aplomb fragilisé. Un sentiment de déjà-vu me happait. Du coin de l’œil, le foyer irradiant de toute sa chaleur était l’objet de mon attention évasive, alors que je me revoyais secouer les braises pour insuffler leurs renaissances - les genoux érodés sur le sol de pierres dures de la tanière austère du loup. Volontaire et fasciné, j’avais répondu comme je l’avais fait à ce banquet funeste. Cette rencontre s’apparentait à un hommage involontaire, de cette fois parfaite qui m’avait unie au dragon et à sa conquête légitime. Cependant, la naïveté des premiers instants, n’était plus. Ce couronnement, ce mariage, ce lien auprès duquel je ne pouvais rivaliser. Quelque chose s’était irrémédiablement brisée. Et après que la réalité m’eu ruée de coups, j’avais rassemblé le peu de force qui subsistait – livrant mes derniers efforts aux pieds de cette souveraine tenue au silence. Tout ce que j’avais à offrir, elle le possédait...jusqu’au dernier souffle ponctuant une phrase qui resterait incomplète.



(c) naehra & DΛNDELION.



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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: War of hearts   Mar 28 Aoû 2018 - 18:26




War Of Hearts

Rhaenys & Faust

Even if it hurts. Even if it makes me bleed. I’m gonna carry you. Pushing through with the dirt on my sleeves. Even if it hurts. Even if it’s razor deep. I’m not giving up, not gonna run. I’ll be there when you need me. Even if it hurts...

Nobody’s heart is perfect


       

LLe feu… Il n’y avait plus que cela. L’atmosphère lourde semblait se remplir bien plus encore à mesure que les flammes consumaient tout ce qui m’entourait. Il n’y avait pourtant pas un bruit. Je me tenais droite, debout, au cœur des flammes qui ravageaient tout… tout sauf moi. Qu’il était étrange de se retrouver spectateur intouchable jeté au cœur de l’horreur. Comme engluée dans le sol que je foulais, j’avais longuement tenté de me mouvoir, de sortir de cet état d’immobilisme insupportable alors qu’autour de moi des rues, des maisons, des êtres brulaient et se consumaient comme de vulgaires morceaux de parchemins. Quelle force pouvait donc me retenir ainsi ? Quel sorcier pouvait être assez cruel pour faire de moi le témoin de la destruction de l’humanité ? Autour de moi, palais et tavernes tombaient, l’eau se mettait à bouillir alors qu’il semblait que la terre se muait en feu solide. Hommes, femmes, enfants… dragons… Tous ne faisaient que se consumer, un par un, dans un silence assourdissant. Je tentais de parler, de crier, mais ma voix n’était qu’un souffle et je n’étais qu’une poussière au cœur de l’immensité en ruines.
Bientôt, le silence fut remplacé par le souffle du vent. Mes pieds étaient libérés de leur prison de terre, et il me semblait retrouver liberté de mes mouvements. Je marchais parmi les décombres, accompagnée du seul vent et du bruit de mes pas, faisant craquer les quelques matériaux qui ne s’étaient pas transformés en poussière. A mesure que j’observais ce qui m’entourait, je parvenais à distinguer une silhouette. Se pouvait-il que cette silhouette ne me soit pas étrangère ? L’individu restait un instant immobile, il ou elle était encapuchonné mais je pouvais sentir son regard sur moi. Je pouvais sentir une curieuse chaleur s’emparer de moi, comme si mon âme me criait de me fier à cet être obscur qui ne prononçait pas un mot, semblait même ne pas respirer. Sans prévenir, il fit volteface et repris son cheminement, m’invitant silencieusement à en faire de même.
Nous marchâmes en silence, pour ce qui me parut être des jours entiers, puis il s’arrêtait enfin et se retournait pour me faire face. Levant ses mains doucement vers son visage, il abaissait son capuchon avec un geste maîtrisé.

« Faust ? »

Pour la première fois, ma voix résonnait. Elle résonnait à la manière de l’écho d’un septuaire. Le visage familier sourit et contre toute attente ce fut de délicats flocons qui se déposèrent sur mes épaules à mesure que le ciel les déversait. Ce monde apocalyptique, détruit par le feu, était bientôt recouvert d’une délicate couche de neige fraîche. Je me précipitais vers le jeune homme et l’enlaçait de toutes mes forces. Etait-il seulement possible d’expliquer la paix intérieure que m’apportait la vision de ce visage bienveillant, doux et aimant ? Alors que je décollais mon visage de sa poitrine pour plonger mon regard dans le sien, je constatais que celui-ci s’était rempli de larmes. Les larmes de sang qui s’échappaient de ses yeux semblaient ne pouvoir se tarir, et je me reculais afin de comprendre ce qui pouvait bien les provoquer.

« Faust ? Que… »

A peine avais-je repris la parole qu’une lame avait parcouru le corps du jeune homme, de part en part.

« Non ! »

La main qui l’avait transpercé prenait déjà la fuite, alarmée par mon cri. Je m’étais jetée sur le corps sans vie de Faust et je me lançais à présent à la poursuite d’ôter la vie à cet homme qui m’était si cher. Je courais et il me semblait que les paysages qui défilaient autour de nous changeaient à chaque seconde. Nous n’étions plus au cœur des ruines fumantes, il n’y avait plus non plus de neige, il n’y avait… qu’un trône. Il ne m’aurait fallu qu’une seconde pour reconnaître la salle du trône à la simple odeur qui était la sienne. Elle était vide, inquiétante car plongée dans une obscurité presque complète, et le trône semblait plus haut et immense qu’il ne l’était d’ordinaire. Il était plus écrasant que jamais.

« Arrêtez-vous, c’est un ordre ! »

La figure s’arrêtait aux pieds du trône, me tournant le dos et encapuchonnée pour que je ne puisse la reconnaître.

« Un ordre ? Tu penses pouvoir me donner des ordres, petite idiote ? »

Cette voix. Maegor. Non… il était mort. Il était bien mort je l’avais vu de mes propres yeux. Et cette figure était si petite, si menue, comment pouvait-elle être ce monstre ? Il ne se retournait pas pour me faire face, se contentant de gravir les marches avec lenteur et nonchalance, progressant doucement vers ce trône qui l’avait tué. Il se retournait, le visage dissimulé par le capuchon. Décidée à en découdre j’avançais vers le trône et alors que j’en atteignais les premières marches, il baissait son capuchon. Maegor n’était plus. La figure qui me faisait face ne lui ressemblait en rien. En rien. Le visage qui me regardait de haut n’était guère celui d’un ennemi… C’était le mien. Le sourire que ce moi venu d’un autre monde m’adressait était tendre, et pourtant il n’était pas assez convainquant pour m’empêcher de remarquer le sang qui maculait les mains de la Rhaenys juchée sur le trône. Son regard ne lâchait pas le mien alors qu’elle portait sa main à sa bouche pour en lécher le sang encore frais. Les pas discrets qui emplissaient la salle n’attiraient pas mon attention immédiatement, mais j’étais bientôt entourée de figures pâles et ensanglantées que je reconnaissais au bout d’une petite seconde.

« Non… non non non pitié pas ça »

Je me précipitais vers le corps d’Alys, mort et pourtant bien vivant, me fixant tout en tenant la dague furieusement plantée au creux de son abdomen. Je tentais de la toucher mais elle reculait, sans cesse. Il y avait Alys, à ses côtés se tenait un jeune enfant aux traits nordiens mais aux pupilles améthyste. Il donnait la main à Jorah Stark. Aux côtés du seigneur du Nord se tenait mon frère, ma sœur, Robart Baratheon et son épouse, Daenys Targaryen, Aemon et Faust, tous tenaient fermement la lame qui était encore logée en eux et avait été le messager de la mort. Un par un je tentais de les toucher, de les secouer afin de pouvoir déloger la lame qui les tuait.

« S’il vous plait… »

Je criais. Le cri du désespoir. Je tentais d’atteindre la petite fille qui n’avait toujours pas lâché la main du seigneur Stark, mais elle aussi se dérobait. Il y avait dans leurs visages, à tous, la lourde souffrance d’une vie arrachée trop tôt, et le regard accusateur de la victime scrutant son bourreau.

« Ce n’est pas moi… Ce n’est pas moi… Jaehaerys, par les Sept Jaehaerys ! »

La figure de mon jeune frère était la seule à n’être pas poignardée, mais elle se dérobait au même titre que toutes les autres. Pire encore, se détournant de moi pour éviter tout contact, il se dirigeait vers le trône, gravissant les marches une à une. Je me jetais sur lui, aveuglée par les larmes et la peur de voir mon jeune frère subir le même sort que ceux qui m’entouraient.

« Tu ne les a pas protégé, Rhaenys Targaryen. »

Je m’arrêtais net, fixant mon propre regard tandis que Jaehaerys arrivait enfin au trône.

« Tu nous as abandonné, Rhaenys. Je déposais ma vie aux pieds du feu, et celui-ci m’a consumé. Tu m’as abandonné. »

En une fraction de seconde, la dague logée au creux du ventre de Faust le quittait, et se plongeait en mon sein comme manœuvré par une force invisible.

Je me réveillais en sursaut, le souffle coupé.

« Majesté ? Majesté tout va bien ? Gardes ! »

La jeune femme qui dormait sur le lit non loin du mien avait été réveillée en sursaut par les sons caractéristiques de mon étouffement. Les gardes entraient à l’instant, alarmés par les cris affolés de la servante et l’impression terrible que leur souveraine était sur le point de périr. Ils tombaient sur un tableau bien peu royal, car je n’étais en cet instant qu’une figure plus blanche d’un cadavre, dont les larmes silencieuses avaient rougi les yeux et les joues, et que la sueur avait maculé.

« Tout… tout va bien. »

Je me redressais, m’asseyant sur le rebord du lit pour déposer mon visage dans le creux de mes mains et reprendre mon souffle. D’instinct je me touchais le ventre, comme pour m’assurer une fois pour toute qu’il n’y avait là aucune dague.

Un rêve. Cela n’avait été qu’un mauvais rêve.

Un instant, à la fois soulagée et perturbée, je me laissais aller à pleurer en silence. La jeune servante invitait alors les gardes à reprendre leur poste, et me versait un verre d’eau aromatisée. Elle ne disait rien, là n’était pas son rôle, mais sa simple présence aidait à éloigner les fantômes qui avaient hanté mes rêves.

D’un bond je me relevais, ne prenant pas même le temps pour sécher les larmes qui continuaient à affluer sur mes joues alors que les visages qui avaient hanté mes rêves refusaient de me quitter. Vivants, morts, ils étaient tous mélangés dans une dance macabre. Je me précipitais à l’extérieur de mes appartements, vêtue d’une robe relativement simple et enfilée à la va vite, mais suffisante pour me montrer aux yeux des potentiels oiseaux de nuit qui arpentaient les couloirs. J’allais d’abord à la chambre qui se trouvait la plus proche de la mienne, et la porte qui s’ouvrait en silence me permettait de trouver le petit corps endormi de Lady Alys, je n’osais entrer de peur de la réveiller, mais la voir ainsi endormie, paisible et en vie, suffisait à desserrer quelque peu l’étau qui m’étouffait depuis mon réveil. Je menais ainsi une ronde simple, passant par les appartements de tous ceux qui avaient hanté mes rêves pour vérifier auprès des gardes et serviteurs qu’ils étaient tous sains et saufs. Le dernier appartement était dépourvu de garde et le couloir qui y menait était plongé dans l’obscurité. Je frappais simplement après avoir demandé à ma garde rapprochée d’attendre dans la pénombre, puis j’entrais, l’angoisse au ventre, effrayée que ce rêve soit finalement prémonitoire et que la porte qui s’ouvrait me laisserait entrevoir le corps sans vie de cet homme auquel je tenais tant.

« Faust ? »

J’entrais et constatais rapidement qu’il n’y avait personne. Sans doute aurais-je du me douter qu’il ne s’agissait là que d’un rêve et non pas de l’annonce de morts futures, mais le simple fait de les savoir en vie, tous, me libérait enfin et je me laissais aller à m’asseoir pour reprendre mes esprits et mon souffle. De longues minutes s’écoulaient et bientôt je retrouvais un souffle normal et mon esprit cessait d’être pétrifié par une peur irrationnel. Je me laissais aller à observer ce qui m’entourait. Je me levais pour parcourir du regard et effleurer du bout des doigts les parchemins, plumes et autres pièces de cyvosse qui ornaient une des tables de la pièce. Celle-ci semblait être le lieu favori de Faust, car elle était la seule qui ne fut pas d’un ordre impeccable, la seule qui laissait entrevoir qu’une vie habitait ces lieux.

Je me détournais finalement de la table pour me diriger vers l’âtre qui crépitait ardemment. Je m’y attardait un instant et seul le bruit d’un objet qui heurte le sol fut capable de me sortir de mes rêveries. Je me retournais et rencontrait le regard visiblement surpris – consterné peut-être même ? – du propriétaire des lieux. Faust restait un instant interdit, ne pénétrant même pas dans ses propres appartements, et je soutenais son regard avec un visage doux. J’allais parler lorsqu’il entra d’un pas assuré, laissant claquer la porte derrière lui et déposant son arc. Ce ne fut que lorsqu’il tentait de défaire une boucle de ceinture que j’entrevoyais le tremblement de ses mains, et qu’il trahissait cette assurance qu’il venait de feindre. Il me tournait le dos, et pourtant je ne pouvais m’en offusquer, car il se dégageait de sa présence à mes côtés une chaleur incomparable. J’avais juré sur les Sept de ne plus douter de lui, et comment pouvais-je seulement douter alors que son être tout entier était la preuve de sa loyauté envers moi et de son attachement ? Il y avait eu des faux pas, des quiproquos, la capitale nous avait éloignés, et pourtant je n’avais jamais pu douter des raisons qui guidaient les actions de Faust… Et je ne pouvais douter de sa loyauté envers moi. Lui, cependant, avait sans doute eu l’occasion de trouver de nombreuses raisons de douter de mon amitié à son égard.

«Je t’ai attendu. J’ai tant espéré. Et maintenant que tu es là...»
« Je sais… »

Je baissais les yeux un instant, laissant le temps à ces deux simples mots de prendre leur ampleur et toute leur signification. Il avait souffert. Faust avait souffert de cette vie. J’avais conduit un homme des contrées les plus au Nord de notre continent à évoluer au sein d’une cour habitée de serpents et autres êtres cruels. Il n’y avait sans doute rien de commun entre le monde de Faust et le mien, et pourtant j’avais eu l’égoïsme de l’y amener. A l’image d’Alys il était devenu un être essentiel à ma vie, et je n’avais pas pu résister à leur envie de me suivre, ni au besoin irrépressible que j’avais d’être à leurs côtés.

« Je t’ai cru mort ce soir… J’ai vu… j’ai cru voir… »

Je prenais le temps de retrouver mon souffle tant le souvenir même de cette vision me transperçait le cœur.

« Je suis désolée, Faust. »

Je restais ainsi, ébranlée et déstabilisée que ce rêve ait été si lourd de significations, qu’il ait réveillé en moi tant de craintes. Je l’avais délaissé, et alors que j’avais cru le perdre à jamais je réalisais à quel point son existence avait été malmenée par mes choix et mes actes. Il ne répondait pas, et toujours le dos tourné il semblait ne pas même souhaiter réagir à mes paroles.

« Peut-être n’aurais-je pas dû venir troubler ta quiétude… Je… »

Le voyant ainsi, de dos et fermé, il me semblait voir luire le pommeau de cette dague qui, quelques minutes plus tôt et dans un rêve, lui avait ôté la vie. Prise d’un nouveau sentiment d’étouffement je décidais de quitter la pièce sans parvenir à finir cette phrase. Je fonçais comme pour fuir une réalité que je savais trop dure. Mais il se retournait, et cette main qu’il déposait sur la porte, délicatement, l’effleurant presque seulement, m’indiquait qu’il ne voulait pas que je parte sans pour autant me contraindre à rester… Je prenais un instant pour reprendre mon souffle et plongeais mon regard dans le sien sans un mot. Nous restions ainsi de longues minutes, apprenant à nouveau à nous connaître sans un mot.

« Il se murmure que tu es un excellent archer... J'aimerais beaucoup pouvoir constater tous ces progrès dont tu dois être si fier. »

Je lui souriais, un sourire timide, attristé, mais tendre.


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I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Faust
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MessageSujet: Re: War of hearts   Sam 13 Oct 2018 - 15:18




War Of Hearts

Rhaenys & Faust

Even if it hurts. Even if it makes me bleed. I’m gonna carry you. Pushing through with the dirt on my sleeves. Even if it hurts. Even if it’s razor deep. I’m not giving up, not gonna run. I’ll be there when you need me. Even if it hurts...

Nobody’s heart is perfect


       

L’harmonie élégante, atténuée par le regret, n’avait pas tardée à embaumer la pièce. Une riposte blessée qui ne s’était pas fait attendre, cherchant humblement à compatir à une peine  dont elle ignorait l’étendue. Ce n’est pour autant qu’elle hésitait  à user de ces mots faciles prétendant l’inverse. « Je sais… »  Le ton enveloppant avait été si spontané, qu’il me fallut un instant pour le croire réel. La délicatesse m’opprimait d’un souffle suspendu, attentif aux syllabes offertes en un rare présent. La torture outrageusement bonne, mais douloureuse m’était apparue trop brève. J’étais avare; suspendu à ses lèvres pour m’abreuver de tragédies, mais le silence s’interposait, dès lors qu’elle ne su comment couvrir les plaies béantes laissées par le temps et les épreuves. Elle se prosternait, impuissante. Elle succombait, tout comme je l’avais fait, à la violence muette d’un blâme que nous partagions - unis dans l’errance de nos remords et de nos envies. Cette rencontre revêtait les allures de scénario mille fois répétés, par quelques fantasmes lestes, inconvenants, mais surtout désespérés. Ces retrouvailles n’arrivaient pourtant pas à émerger de ces trop nombreux non-dits. Nous étions tout deux essoufflés par le malaise d’une relation maladroite, ne s’avouant que du bout des lèvres notre attachement. Un attachement qui était peut-être desservit par des nuances trop vastes pour s’accorder ou qui au contraire souffrait d’une tendresse aveugle, inconcevable mais fabuleuse. Nous n’en étions plus à se fasciner simplement par le timbre de nos voix. Émue par la présence de l’autre dans sa sobriété, s’apprivoisant au delà les frontières érigées par ce nouveau monde. L’élan rompu me laissait néanmoins avec l’unique certitude que j’étais perdant. La distance avait grandit entre nous, jusqu’à nous perdre dans la foulé du chaos de la cour. Cet endroit avait asphyxié nos passions, jusqu’à en assourdir la porté de mes déclarations enflammés. Je dérangeais. Roturier désinvolte et discourtois; beaucoup protestaient à mi-voix le désagrément de mes privilèges. Cela ne s’était pas amélioré face au scandale de me voir m’avancer à ce mariage, au bras de la pupille de la couronne ou lors de ma bravade furieuse à l’encontre du roi. Je n’étais pas la bienvenue. Je ne l’avais jamais été. Ils me détestaient pour ce que j’étais et je les haïssais d’avoir voulu faire de nous des étrangers. « Je t’ai cru mort ce soir… J’ai vu… j’ai cru voir… »  Désarçonné par l’aveu insolite,  mon regard se fronçait sombrement.  Mon corps se tint plus droit, initiant un léger mouvement indiquant une attention  prise d’incrédulité.  Les questions soulevées par la déclaration inusitée ne s’acquitteraient d’aucune explication. Y en avait-il seulement une? La phrase décousue, témoignait d’une résignation presque honteuse, comme si à cet instant la jeune femme se rendait compte de son absurdité. Mais la fantaisie n’était pas bien loin de la vérité. J’étais éteint, condamné à trainer ma dépouille  dans les ombres. L’espoir malmené, j’existais sans vivre. Elle avait vu juste. Mais pourquoi maintenant. Pourquoi ce soir. « Je suis désolée, Faust. »  J’eu l’impression de tanguer, vacillant avec un équilibre précaire, sur la corde raide sur laquelle nous marchions. Mes pieds étaient pourtant bien enracinés au sol, pétrifié par cette incapacité d’agir. Elle était peinée, mais tout cela me paraissait dérisoire face aux épreuves invalidant toutes volontés. Ses repentances ne suffisaient pas à balayer le torrent qui me rompait les entrailles. Certes, elle était navrée, mais au-delà de la désolation la complainte s’avérait fataliste.  Elle s’était repliée, fragile, laissant croire à une impuissance qui ne lui était pas naturelle. Était-elle désolée d’avoir laissée son frère prendre la place qui lui revenait ou de s’être offerte à lui? Non.  Ce qui l’affligeait n’était pas tant le geste, que la conséquence de me voir blessé.  Ce qui était fait pouvait être défait et ce qui avait été brisé pouvait être reforgé, mais elle avait baissée les bras . « Peut-être n’aurais-je pas dû venir troubler ta quiétude… Je… »  L’air s’insinuait dans mes poumons, inondé par l’odeur du bois sec léché par les flammes et des notes de jasmin trainant derrière des pas fuyants. Mon cœur ratait un battement, opprimé par l’impression désagréable de l’abandon. J’étais convaincu qu’au moment où elle franchirait cette porte, il serait trop tard. Peut-être l’était-il déjà . J’entretenais des discours pessimistes, plus réalistes que toutes ambitions chimériques comblés à deux. Je me laissais convaincre par les opinions néfastes, affamant mon estime jusqu’à douter de ma place. Ce pacte signé auprès de son frère avait mis à mal celui fait de conquêtes ardentes, mais était-ce suffisant pour anéantir l’union tendre et dévote? Cette main tendue était arrivé tardivement, si bien que je ne savais plus comment m’en saisir. Je n’attendais plus qu’elle se porte vers moi et c’est dans l’œuvre ardue d’un deuil douloureux qu’elle se manifestait. Une voix chétive, la portée maladroite, le motif inusité. Cette visite n’avait pas été réfléchie. Je n’étais pas qu’un nom noyé dans le vaste de ses occupations. Ce n’était pas par devoir, ni par désir d’alléger sa conscience qu’elle était venu à moi. C’était le souhait spontané du dragon indocile s’évadant des bienséances, par quelques allégations colorées. Et maintenant qu’elle faisait face à la balourdise d’un homme confus, elle reculait. Non, je t’en pris. Le malaise grandissant à mesure que la distance se creusait, je me tendis, possédé par l’urgence d’agir.

Ma botte pivota et je me précipitais en laissant s’échoir tout mon flegme. Mon bras s’étirait, glissant ma paume contre la porte, avant qu’elle ne puisse l’entrouvrir. Je m’étais interposé, craignant que cette fuite ne soit la dernière et que mon orgueil n’ait terminé d’achever ce qui subsistait entre nous. Mon ascendance sur la décision trop hâtive était audacieuse; étourdit par l’avidité de cette présence qui éveillait la furie du cœur. Ne me quitte pas. Mes doigts râpaient le pan de bois avec délicatesse, abaissant ma main qui se laissait tomber, souffrant de devoir se contenter. Je me laissais enfin tenté par la finesse d’un visage parfait. Celui que mes yeux avaient évité, craignant la déraison. Cette fois pourtant, je me laissais succomber à ce regard améthyste. Grisé par la proximité de mon essentielle, sensible à la douce effluence floral, je perdais pied au péril de tout discernement...de toute morale. J’inspirais, cherchant à calmer un pouls affolé par cet échange sincère qu’aucun verbe n’aurait su exprimer avec exactitude. Mais alors que je ne pensais qu’à tirer son corps contre le mien pour en effleurer la riche mousseline et deviner son derme laiteux, risquant même un demi pas, elle vint rompre mes élucubrations passionnées. « Il se murmure que tu es un excellent archer... J'aimerais beaucoup pouvoir constater tous ces progrès dont tu dois être si fier. »  Cette phrase ne dictait rien de ce qu’elle semblait être, comme si les mots étaient dressés en un code précis, ponctué de sourires frêles et de regrets indicibles. Je n’avais pas bronché, esquivant ses iris quelques secondes - dérouté. Est-ce tout ce qui t’es parvenue à mon sujet au court de la dernière année? Est-ce de cela dont tu aimerais parler?  De la fierté d’un homme pour ses capacités à tirer une flèche au cœur d’une cible? Je doutais de son intérêt pour les talents d’un parvenu. Ce n’était que la conséquence banale de plus grands maux et c’est à tâtons qu’elle s’engageait sur la voie trouble. Sans doute avait-elle vu le voile indécent frôler ma rétine, préférant se risquer à l’insipide, plutôt que d’y faire face. Peut-être était-ce justement les raisons de ces distances prises à contrecœur. Or, je ne craignais plus de m’ouvrir à mes sentiments, qu’importe le danger qu’ils puissent représenter.  Déterminé, je plongeais mon regard dans le sien, verbalisant la fureur d’un cœur que l’on contraignait. « Si il te faut un prétexte pour venir à ma rencontre, je t’en citerais mille et un, même si pour cela il me faudrait les forger de mensonges. Et soit certaine que si il m’était accordé de passer du temps auprès de toi, je n’en ruinerais pas l’occasion en posant les yeux sur autre chose. »  Je lui renvoyais un sourire terne, mais sincère, convaincu que cet échange serait, sans doute, le contact le plus intime qui me serait offert. « On ne devrait pourtant pas exiger de toi la moindre explication...ni la moindre excuse. Si la reine doit justifier chacune de ses envies, alors c’est qu’elle n’est rien. Mais je n’ai pas offert ma vie pour une âme éteinte, préférant l’ombre d’un frère à l’éclat de son propre règne.»   À première vue, mes conclusions paraissaient durent, faisant d’elle la coupable du sort malheureux nous ayant écarté l’un de l’autre. Après tout, aucun motif n’était suffisant pour qu’on lui prête la moindre valeur, car en définitive Rhaenys Targaryen était et resterait l’unique souveraine, insoumise à la volonté d’autrui. Mais cela elle semblait l’avoir oubliée, se révélant aussi égaré que je l’étais. Mais pour la première fois depuis longtemps, il me semblait retrouver la femme qui avait survécue au Nord. Tout compte fait, cette tirade n’était pas un reproche. Je n’en étais plus là. Je ne voulais plus de ces moments gênants, je ne voulais plus entendre parler de cet enfant-roi, ni de ce désastre qu’il eut engendré lors de son ascension. Je ne voulais qu’elle. Je ne voulais que cette reine capable de remettre ce royaume à l’image de ses envies. Je voulais le véritable dragon... mais la bête-noire s’interposait . « Sais-tu ce que les murmures m’ont annoncés à moi? »  Bien sûre qu’elle le savait, mais savait-elle combien cela était douloureux? Le ton était morose et la rhétorique trainait les blessures comme un lourd fardeau. Mon sourire triste mua en un trait désolant et au contraire de ce que je venais d’énoncer, ma vue se dérobait. Misérable. Il y avait tout un univers s’interposant entre ce que je souhaitais et ce qui m’était permis. Les aveux étaient honnis, la proximité était éconduite et les sentiments prohibés. Il ne me restait que l’espoir et l’infinie dévotion, mais cela aussi on voulait me l’interdire. « Tu as eu raison de me croire mort; tes yeux ne t’ont pas trompée. Mais tu arrive bien trop tard pour le constater. »



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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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Rhaenys Targaryen
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MessageSujet: Re: War of hearts   Ven 2 Nov 2018 - 14:47




War Of Hearts

Rhaenys & Faust

Even if it hurts. Even if it makes me bleed. I’m gonna carry you. Pushing through with the dirt on my sleeves. Even if it hurts. Even if it’s razor deep. I’m not giving up, not gonna run. I’ll be there when you need me. Even if it hurts...

Nobody’s heart is perfect


       

Il avait déposé sa main sur la porte pour l’empêcher de s’ouvrir. Il n’y avait eu là aucune violence, il l’avait fait avec douceur, presque retenue, et pourtant tout dans ce regard qui croisait le mien était contraire à cette douceur. Point de violence au fond de ces pupilles, mais une intensité encore inédite. Alors qu’il s’était approché de moi, je constatais qu’il était très rare pour moi d’être dans une telle proximité physique avec qui que ce soit. Être reine avait cela de terrible que cela instaurait une distance naturelle avec tout être environnant. Il y avait Jaehaerys, bien sûr, Robb et Alys. Eux seuls étaient de ceux qui entraient dans les contacts intimes, de ceux qui s’approchaient encore de moi à distance humaine, de ceux qui pouvaient encore prendre ma main ou me serrer dans leurs bras car de ceux qui ne me voyaient pas d’abord comme une reine sinon comme une amie, une cousine, une épouse.

Durant un court instant, mon corps avait été emprisonné entre le bois solide d’une porte refermée avec hâte, et le corps de Faust. J’avais eu un moment de recul instinctif, peu habituée à une telle proximité, et peu habituée à sembler si petite. La distance avait cela d’illusoire qu’elle nous faisait nous sentir plus grands. Illusion s’il en était une. A force de révérences et de trône j’en avais presque occulté les faits physiques que me rappelait la stature que Faust qui semblait me recouvrir entièrement. Grand de taille, il avait toujours été un homme de stature impressionnante, sans doute due à un mode de vie rude au-delà du Mur et peut-être plus rude encore au service de la famille Stark. Il avait quitté le Nord mais les entraînements auxquels il se rendait avec assiduité n’avaient fait que le renforcer. Il s’était approché, et jamais encore n’avais-je été témoin d’une telle expression sur son visage, jamais encore n’avais-je perçu une telle intensité dans son regard. J’avais du parler, interrompre ce dialogue silencieux qui s’était instauré entre nous tant son issue me semblait incertaine. J’avais constaté avec peur la ferveur qu’il mettait à me soutenir, peur car je n’imaginais pas que je puisse être à la hauteur de celle-ci. Il y avait eu là quelque chose de nouveau, quelque chose d’interdit que je n’avais pu me résoudre à interrompre avant de craindre que cela ne se matérialise en paroles ou en gestes qui nous auraient tous deux contraints à la retraite. A peine ma voix avait-elle rompu le silence qu’il s’était éloigné, légèrement, d’un pas, avant de prendre la parole à son tour.

« Si il te faut un prétexte pour venir à ma rencontre, je t’en citerais mille et un, même si pour cela il me faudrait les forger de mensonges. Et soit certaine que si il m’était accordé de passer du temps auprès de toi, je n’en ruinerais pas l’occasion en posant les yeux sur autre chose. »  

J’en avais le souffle coupé, car je ne m’étais guère attendue à cela. Il faisait suivre en effet ses paroles d’actes, car pas une seconde il ne détournait le regard du mien. Son sourire était empreint d’une tristesse terrible, celle d’un homme qui avait été blessé tant par la vie que par celle qui se tenait face à lui. Je restais silencieuse, interdite et incapable de trouver une réponse qui soit à la hauteur de la sienne. Il y avait dans ses mots une ferveur renouvelée, mais celle-ci n’allait pas sans le regret de ces visites devenues trop rare, et de cette vie livré à lui-même au sein d’un palais qui n’était guère accoutumé à celui qu’il était. Il m’avait suivi sans hésiter, quittant ce Nord qui avait été sa maison depuis toujours, s’éloignant de la terre de ses ancêtres, s’éloignant un peu plus à chaque pas de ses coutumes, de ce qu’il connaissait et aimait. J’avais été contrainte de quitter mon foyer pour épouser le Nord, lui, au contraire, avait choisi de me suivre sans assurance de réussite, prenant le risque de perdre la vie sur l’autel de mon destin.

Il n’y avait pas eu d’échec, il n’avait pas perdu la vie, et pourtant il se retrouvait propulsé dans un monde qui n’avait rien à voir avec le sien. Il se retrouvait dans la position difficile d’être à la fois un sauvageon à la cour, et l’ami de la reine. Jugé et montré du doigt, mais toujours secrètement car on ne voulait risquer l’opprobre royale. Et que pouvais-je faire en retour ? Que pouvais-je faire pour améliorer son existence au Donjon Rouge ? Les entraînements avaient pour but de l’aguerrir aux techniques de combat Westerosi, et Faust était un excellent combattant. Cependant il voulait plus, il attendait plus, et comment m’en étonner lorsqu’il avait tant sacrifié en mon nom ?  

« On ne devrait pourtant pas exiger de toi la moindre explication...ni la moindre excuse. Si la reine doit justifier chacune de ses envies, alors c’est qu’elle n’est rien. Mais je n’ai pas offert ma vie pour une âme éteinte, préférant l’ombre d’un frère à l’éclat de son propre règne. »

L’attaque était ciblée et violente. J’en restais abasourdie. Alors qu’il s’était éloigné davantage j’avais voulu faire quelques pas en sa direction, trouver les mots pour apaiser la souffrance qui obstruait sa gorge et le malheur qui courbait son dos. J’avais souhaité être capable d’être pour lui ce qu’il avait été pour moi à Winterfell. Alors qu’il prononçait le fond de sa pensée je n’en étais que plus glacée. Je restais alors immobile, contre la porte à présent fermée, prenant appui sur celle là le temps de réaliser les paroles qu’il venait de prononcer. Sans doute un être extérieur y aurait-il vu des paroles traîtres, pour moi il s’agissait du symbole même de la déception de Faust à mon égard.

« Faust. »

Ma voix s’était faite plus forte, plus affirmée, plus tranchante. Il n’était guère question de m’excuser de l’état de fait qu’il rejetait. Il m’avait imaginée reine de pleins pouvoirs, unique souveraine des Sept Couronnes. Là était sans doute la preuve la plus intense de la foi que Faust avait en moi, mais également de ce décalage avec la société westerosi qui le rendait si différent des autres hommes de la cour. Il voyait une femme à la tête du royaume, il voyait la légitimité d’une sœur comme supérieure à celle d’un frère cadet… Une ignominie au regard des seigneurs de westeros qui n’imaginaient déjà pas devoir accepter une femme à la régence du royaume et avaient du s’en accommoder.

« Les choses ne sont guère ainsi en ce royaume… »

Je m’approchais à présent, remise du coup asséné quelques minutes auparavant.

« Jaehaerys sur le trône, nous avons une chance d’envisager un avenir… Il m’écoute, considère mon avis, chose que bon nombre d’autres seigneurs n’auraient pas fait. Nous régnons à deux n’en doute pas… Mais s’il ne s’agissait que de moi, combien de temps faudrait-il, à ton avis, pour ces bons seigneurs pour se soulever et dénoncer le règne d’une femme ? »

« Sais-tu ce que les murmures m’ont annoncés à moi? Tu as eu raison de me croire mort; tes yeux ne t’ont pas trompée. Mais tu arrives bien trop tard pour le constater. »

Je le fixais, silencieuse, un long instant, alors que pour la première fois depuis de longues minutes il déviait le regard, évitant le mien. Que pouvais-je répondre à cela alors qu’il m’affirmait déjà que j’arrivais trop tard ? Alors je restais silencieuse, lorsque les mots semblaient ne plus suffire pour apaiser une âme en souffrance. Je me contentais de marcher dans la pièce, examinant les objets qui avaient été déposés distraitement sur une table, un arc déposé à la va vite contre un mur, quelques épées dans leur fourreau, d’autres simplement déposées contre le mur, dénudée, en attente d’être affutées.  J’en prenais une la soulevant avec beaucoup de difficultés, la lame de l’arme était très clairement émoussée et avait du servir à de nombreux entraînements. Je la soulevais, pointant la lame vers le ciel et la faisant s’incliner de gauche à droite pour observer le reflet du feu sur le métal abîmé.

« Cette pièce, des parchemins, ces armes… rien de toute cela ne semble appartenir à un mort. Il me semble au contraire qu’il s’agit là des appartements d’un homme libre par essence, né d’un peuple indompté. Un homme élevé au cœur de la glace mais qui avait choisi le feu, comme élément vital. »

Je pointais à présent l’épée à bout de bras, en direction de Faust et du feu qui brûlait encore dans le foyer auquel il tournait le dos pour me faire face.

« Ce feu brûle toujours. »

Je laissais la lame retomber rapidement, heurtant le sol avec fracas. Mes bras étaient à présent douloureux, très clairement peu entraînés au maniement d’armes si grandes et lourdes. J’avais choisi une lame de taille moyenne sans m’imaginer le poids qu’elle pourrait représenter pour mon frêle bras, certaines, plus grandes encore, semblaient peser l’équivalent de mon poids, et mesurer plus de la moitié de ma taille. Quelques secondes après le premier fracas, je lâchais carrément le pommeau pour faire tomber l’arme à terre dans un bruit plus assourdissant encore. Puis, je m’accroupissais afin de donner une impulsion de la main et faire glisser l’épée sur le sol jusqu’à ce qu’elle atteigne les pieds de Faust. Je me relevais, fixant mon regard dans celui du sauvageon. Je ne disais rien, me contentant de le laisser se questionner sur les raisons de ce geste. Finalement je tournais les talons, retrouvant le mur contre lequel des lames et j’attrapais la plus petite. Elle n’était guère si petite mais son poids était inférieur à celui de celle que j’avais sélectionnée en premier. J’éprouvais toujours des difficultés à la soulever, il me fallait utiliser les deux bras, mais je parvenais à la manier avec moins de douleur.

« Apprends-moi. »

Quelle était donc cette folie qui me poussait à engager un entrainement à l’épée, dans un appartement, en pleine nuit ? Peut-être était-ce une manière pour moi de renouer avec Faust. Peut-être était-ce aussi la conscience de plus en plus forte que le danger approchait et qu’il me faudrait bientôt apprendre à me défendre par moi-même. Peut-être était-ce simplement une tentative de faire diversion, de nous libérer tous deux de la sensation étouffante que plus aucun mot ne serait capable de réparer ce qui avait été brisé en son âme et en la mienne. Peut-être était-ce seulement folie finalement, ou un besoin impérieux de faire quelque chose d’inattendu, de non-convenable alors que ma vie n’était plus que protocole. Peut-être même n’y avait-il là aucune raison valable pour justifier ma demande incongrue, et peut-être était-ce en cela qu’elle avait du sens.

(c) naehra & DΛNDELION.



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Faust
COURONNE
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MessageSujet: Re: War of hearts   Ven 7 Déc 2018 - 21:01




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Rhaenys & Faust

Even if it hurts. Even if it makes me bleed. I’m gonna carry you. Pushing through with the dirt on my sleeves. Even if it hurts. Even if it’s razor deep. I’m not giving up, not gonna run. I’ll be there when you need me. Even if it hurts...

Nobody’s heart is perfect


       

Mon prénom venait d’écorcher sa voix, indisposée de voyelles évoquant l’étranger, anémié de chagrins et de désillusions. Ce n’était pas la douce mélodie de l’affabilité qui s’extirpait de sa gorge, mais l’assurance écœurée de devoir contredire celui qui ne pouvait comprendre.  Elle s’était adossée contre la porte, issue qui avait menacée de s’ouvrir pour laisser la hâte me priver de cette muse que je croyais déité. L’appui s’avérait nécessaire pour contrer le dépit de commentaires francs, heurtant nos vues contraires sur ce monde impitoyable.  Son corps ainsi reculé contre le bois, elle avait oubliée la fuite, pour affronter les ravages d’un esprit blessé - soumise à cette volonté partagée, d’être là.  Enfin. L’ingénu s’opposait à la résilience. Je gardais le silence, agacé par le ton dont l’emprunte farouche m’avait désigné avec déplaisir. Et alors que le nom de l’ingrat s’était tût, je devinais la recherche de ces mots qui feraient suite,  soutenant mon erreur de faits avérés.  

« Les choses ne sont guère ainsi en ce royaume… »  

Finit-elle par conclure, relevant mon opinion comme s’il ne s’agissait que d’une sottise.  Interloqué, un voile de confusion glissait sur mes iris céruléens. Il était beaucoup trop facile de blâmer l’ignorance d’un nordien aux origines barbares, pour en légitimer les règles folles d’un royaume immoral. Mais ce fatalisme ne m’avait pas atteint, contrairement à celle qui se recroquevillait dans son apathie. Une passivité qui me renversait, peinant à croire que des paroles aussi contrites aient pu être articulées. Cette couronne posée sur sa tête avait-elle écrasé son esprit revêche? Le bras de l’enfant usurpateur l’avait-il enchainé à cette mentalité déficiente? Je la dévisageais, effaré de cette prosternation atone – me demandant où s’était envolée cette justicière de principes. Ce diadème qu’on lui avait octroyé n’était qu’un gage d’oppression;  une corde autour de son cou. Et en l’acceptant, elle avait ployée le genou dans la disgrâce. Les remembrances du Nord évoquaient la fougue d’une suzeraine n’ayant jamais crainte les crocs du loup. La femme qui partageait les récits de son enfance comme le joyau le plus précieux qu’elle eut possédé n’avait jamais abandonnée son appétit fait de vertu et de bonté. Dressant sa superbe, faisant de son corps l’obstacle infranchissable, elle n’avait jamais pliée. Elle n’écoutait que son intuition, cette force bouillant jusque dans ses entrailles et qui ne nécessitait aucune justification. Le charisme du dragon ne pouvait lui être arraché, mais une part d’elle-même s’était dérobée. Devais-je blâmer le sacrifice de cet animal majestueux, dont le cœur avait battu au même rythme que le sien et dont les os n’étaient plus qu’un souvenir, prenant place dans la salle du trône? Ou bien était-ce la faute de cet enfant;  l’héritier des loups qui avait périt avant de naitre, forçant le chagrin à s’emparer du vide qu’il eut provoqué? Rhaenys avait beaucoup perdue et toujours je regretterais de n’avoir pu être là. N’aurait-ce été que pour lui tenir la main pour attester de mon soutien. Soutien qui arriva bien trop tard, car à l’image des paroles qu’elle avait prononcée, ce royaume ne le permettait pas. Mais au-delà de ces épreuves dont le temps adoucirait la mémoire, il n’y avait rien de plus catastrophique que l’altération de sa combativité la plus fondamentale. Elle s’approche. Mon corps se paralyse. Ses paroles blessent.

« Jaehaerys sur le trône, nous avons une chance d’envisager un avenir… Il m’écoute, considère mon avis, chose que bon nombre d’autres seigneurs n’auraient pas fait. Nous régnons à deux n’en doute pas… Mais s’il ne s’agissait que de moi, combien de temps faudrait-il, à ton avis, pour ces bons seigneurs pour se soulever et dénoncer le règne d’une femme ? »

Le nom qu’elle prononce m’irrite les tympans. Les insultes fusent dans mon esprit. Je serre les dents. Je maudissais ce roi dont je voulais taire l’existence, dans ce refuge qui m’appartenait. Mais cette faveur ne m’avait pas été offerte, comme si elle ne pouvait se dissocier de ce frère-époux. Elle temporisait, évoquant les qualités de ce règne, s’évertuant à me convaincre vainement. L’évidence se traduisait sans qu’aucun mot ne soit prononcé. Je ne lui reconnaissais aucune aptitude, me fermant dans une expression inamicale  adressée en pensé à ce frère absent. Le respect que j’avais pour la femme qui c’était avancée, était la seule chose ayant su taire les paroles qui se mourraient d’envie de racler ma gorge. Le tact me forçait à entendre chaque ponctuation, jusqu’à ce que ses propos s’évanouissent dans cette interrogation, bousculant les perspectives. Le souverain imposteur était selon elle,  l’unique alternative - un mal dont nous devions nous accommoder. Le souhait de préserver la pérennité du dragon était-il tout ce qui liait ces deux âmes? Cette union était-elle donc l’œuvre de la raison? En définitive elle s’oubliait, mais j’avais le sentiment étrange que cette rhétorique souffrait de la réponse tenue muette.  Je n’avais pas eu la force de soutenir son regard, alors que je sentais le sien brûler mon profil. L’air s’élevait dans la brise de ses mouvements, dont la proximité ébauchait la sensation d’un effleurement. Elle dépassait ma hauteur et ce n’est qu’à cet instant que je choisis de contempler à nouveau l’attrait de mon idéale.  Je m’étais doucement tourné vers elle, laissant mes yeux se reporter sur les objets qui avaient attirés les siens. Puis je m’attardais de nouveau sur la jeune femme dont je sondais les gestes avec l’attention du courtisan, dont l’intrigue suffisait à attiser.  Le silence s’éternisait, comme la réflexion qu’il provoquait. Le caractère placide du dragon qui m’avait habitué à plus d’emportement, me laissait circonspect. Cette scission imposant son propre rythme, apportait avec elle une aura dont l’appesantissement était enveloppant. Une part de moi s’en trouvait apaisé. Je balayais les questions, laissant le temps agir au gré de celle qui en était devenue maitresse. Mais lorsque son bras s’étirait vers l’acier, une lueur bien naïve lorgnait de sa poigne jusqu’aux traits curieux qui s’attardaient sur le tranchant.

« Cette pièce, des parchemins, ces armes… rien de toute cela ne semble appartenir à un mort. Il me semble au contraire qu’il s’agit là des appartements d’un homme libre par essence, né d’un peuple indompté. Un homme élevé au cœur de la glace mais qui avait choisi le feu, comme élément vital. Ce feu brûle toujours.»

 Dit-elle en brandissant l’arme trop lourde pour son bras. Sa force s’évanouie, laissant tomber cet objet de mort au sol, dans un éclat terrible. Elle s’abaissait gracieusement afin de riper la lame au sol et de m’en offrir l’héritage. L’entrain qui la possédait soudainement me déconcertait, cherchant à traduire le message qu’elle cherchait à passer. Lorsqu’elle se saisit d’une nouvelle épée, le brouillard induit aux manières théâtrales s’évanouie.

« Apprends-moi. »

Ma tête s’incline, mon regard mire vers le sol. Mes doigts grattes distraitement le tranchant de ma mâchoire, râpant  le piquant de ma barbe. Le candide, enjôlé par le portrait déterminé, ne pu réprimer un sourire. Je succombais à cet ordre, me saisissant de l’arme dont la pointe restait rivée vers le bas. Mon intention s’avouait moins claire que ce qu’elle l’exigeait. Chaque chose en son temps...




Le trait provoqué par le charme s’était évanouit pour me rendre mon amertume. Il y avait quelques choses de dérangeant dans le contraste d’une détermination spontanée et les paroles résignées qu’elle avait employée. J’avais cette désagréable impression que ce sacrifice instillé par ces mœurs discutables, livrait combat contre cette personnalité flamboyante aux allures guerrières. La raison m’avait confrontée de sa verve. Mais son cœur lui, n’avait pas besoin de mots pour se manifester dans toute sa fureur.Le trait provoqué par le charme s’était évanouit pour me rendre mon amertume. Il y avait quelques choses de dérangeant dans le contraste d’une détermination spontanée et les paroles résignées qu’elle avait employée. J’avais cette désagréable impression que ce sacrifice instillé par ces mœurs discutables, livrait combat contre cette personnalité flamboyante aux allures guerrières. La raison m’avait confrontée de sa verve. Mais son cœur lui, n’avait pas besoin de mots pour se manifester dans toute sa fureur. Comme je regrettais cette femme qui décida un jour d’être maitre de son destin. Je la regrettais, car aujourd’hui elle s’accommodait d’un règne qui n’était pas le sien...parce qu’elle avait peur.  Cela ne lui ressemblait pas. Pour s’en convaincre, il ne suffisait que d’admirer la flamme brillant dans ses améthystes, alors qu’elle souhaitait apprendre à croiser le fer. Il n’y avait que la peur pour justifier un tel repli. Quel avenir Jaehaerys Targaryen pouvait-il nous offrir qui méritait qu’on lui cède un pouvoir qui était le sien? Lorsqu’il prendrait ses aises, croyait-elle qu’il l’écouterait encore? Le croyait-elle capable de risquer sa couronne pour elle?  La grogne s’élève. Je la sentais reprendre possession de moi, captant au vol les dernières préoccupations dont les menaces se murmuraient déjà. Que croyait-elle qu’il ferait lorsque les bruits de couloirs se feraient plus forts, accusant ma présence entre ces murs? Le roturier se gavant à la même table que ces seigneurs dont elle craignait l’opprobre, dérangeait et à une époque où tous ce disputaient une place à la cours, il était révoltant de constater celle conquise par cet homme de peu. J’étais l’infiltré opportuniste, celui qu’on avait  gratifié d’un rang de parure, celui qui attisait la mesquinerie.  Il n’y avait que la reine pour en réduire l’écho, mais le roi lui ne risquerait rien pour celui dont les origines ingrates suffiraient à achever son indulgence.  Je m’avançais vers la table qui avait été source de démonstration pour celle qui en avait dénombrée les objets. Sur le revers du meuble, j’y appuyais l’épée qu’elle m’avait confiée dans son élan audacieux. À l’image de l’optimiste, mon attention s’attardait sur le fouillis, souhaitant y percevoir la même vitalité. Sans grand succès.  Tout ce qui trainait sur le bois n’était qu’un étalage de pierres, dans l’édification de cet autel gravé du nom de la convoitise.  

«Je ne suis pas des vôtres et j’aimerais dire que tout cela ne sert qu’à leurs prouver à tous, qu’ils ont tords. En vérité, je le fais pour toi. Je veux être digne de toi. Et maintenant que je m’entends le dire de vive-voix, je me trouve bien ridicule. »

Ma main se saisit d’un parchemin souillé d’encre, dont les traits trop nets et grossiers rappelaient les caractères runiques dont j’étais seul gardien. La calligraphie approximative, copiant les mots d’un livre déchiffré par déduction, n’avait rien de comparable. Les noms des grandes maisons avaient été manuscrits sans finesse et c’est avec difficulté que je parvenais à deviner leurs sonorités – d’avantage grâce à la mémorisation de l’illustration de leurs blasons. Je m’attardais sur l’un d’entre eux :  Targaryen. Critique, je dédaignais la maladresse ruinant la majesté de la renommé, dont la plume gorgée avait été arme plus dévastatrice qu’un couperet.

« Tu es ce feu, Rhaenys. Mais à quoi puis-je prétendre si tu n’es pas auprès de moi? Cela mérite-t-il encore d’être sauvé...»

Plus que de l’apitoiement, c’était l’égarement qui  faisait état de cette force que je méprenais pour de la faiblesse. Ce n’était pas ma fidélité que je remettais en cause, mes les efforts toujours insuffisants. Cette table qui en recueillait les vestiges débordait de bonnes intentions, mais ce n’était pas assez. Je rejetais mes écrits avec l’embarras de celui qui se déçoit, retournant ma botte pour faire face au dragon.

« Ils ne voient que la femme, je vois la légende. »

Cette phrase biaisée par mon ravissement cachait cette déclaration qui m’était impossible de prononcer. La silhouette de la reine prenant des teintes de conquérante, m’avait fait fléchir. Il me semblait retrouver les raisons de cet amour excessif.

« Je peux t’apprendre à manier l’épée, mais te battre tu sais déjà le faire. »

Je m’approchais, sensible à l’impétuosité qui la gouvernait, laissant l’épée là où je l’avais déposé. La courtoisie se muait en opportunité aux convenances fragiles. J’avais réduit les distances dont l’indécence guettait dangereusement. Je me glissais derrière elle, frôlant l’étoffe légère d’une robe dont la simplicité mettait en valeur sa beauté toute naturelle. Je me sens capituler, défaillir, mais tout mes gestes sont justes et d’une assurance piochée dans l’inconscient. Je m’abaisse à peine, devinant la douceur de la cascade argentée ruisselant dans son dos, jusqu’à en percevoir l’effluve d’un parfum aux notes capiteuses, me faisant perdre la raison. C’est alors que mon souffle caresse la conque de son oreille.  

« meiða kvennalið vaxa inn jǫru-fægir »

La poésie d’un dialecte oublié prenait son envol, alignant les syllabes brutes dont l’ensemble résonnait harmonieusement. Cette ode en était une entièrement éprise et son mystère n’était que plus envoutant. Ma jambe vint alors s’appuyer à la sienne, forçant son déplacement sans que la commande ne soit verbalisée. Je l’avais forcé à fléchir la jambe, abaissant son centre de gravité, lui offrant l’appui solide qui lui était nécessaire.  Il ne servait à rien d’élever le glaive si nos pas n’étaient pas assurés. Cette danse en était une audacieuse.

« S'il ne s’agissait que de toi que changerais-tu? Que ferais-tu de ce royaume?... Sans s'attarder, ma main gauche vint se perdre sur la courbe de ses reins jusqu'à sa hanche. Un geste qui pour moi s’apparentait à une caresse de nature prohibée. Délicatement, je m'assurai de la justesse de sa posture. ...Que ferais-tu de nous? »

Ma main libre vint se perdre dans son dos, l’obligeant à se tenir droite d’un geste aussi sensible qu'il m'était douloureux. Ces contacts, bien que furtifs, n’étaient pas aussi innocents qu’ils auraient pu l’être, car c'était de la main d'un homme amoureux qu'ils provenaient. Jumelés à mes paroles, l’instruction prenait alors les traits de la séduction, comme si aucun de mes gestes à son endroit ne pouvaient revêtir qu'une infinie tendresse. La pulpe de mes doigts se posait alors sur sa poigne, l’aidant à relever l’épée dans ce qui s’apparentait à une métaphore parfaite de mon inconditionnel soutien.

« Montre-moi les couleurs de feu et de sang qui esquissent ton blason. Prononce les mots que tu n’ose extirper de ton cœur. Confie-moi tes souhaits les plus déments. Et je t’offrirais tout ce que tu crois impossible. »




(c) naehra & DΛNDELION.



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I AM ONE MAN
BUT I'LL STAND LIKE AN ARMY OF SOLDIERS

SWORN SWORD ‡ I'll be the shield that blocks every sword. I'll be the steal the fires will forge. To bring you peace, I'll will go in to war. Ain't afraid of the rain, I trained in a storm.

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