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 I'm gonna lose you like I'm gonna love you

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Lun 28 Mai 2018 - 20:49


 Robb & Rohanna

 I'm gonna lose you
like I'm gonna love you

 

  Que la pluie te garde. Un rire s’échappe. Puis un autre. Le temps est un murmure. Au loin, une voix tourmente les rieurs printaniers : attendez-moi ! attendez-moi vous dis-je ! Elle trébuche sur sa robe trop longue, celle qu’on ne veut pas couper puisque sa propriétaire grandira bien trop vite. La relevant au-dessus de ses genoux, la portant sur ses bras courts, elle s’insurge de ces rires qu’elle ne peut pas partager. Le temps est un murmure. A cet air heureux, il fredonne. Que la pluie vous garde ! chantent encore les nuages. Perdus dans leurs jeux, les enfants se confondent en des danseurs mystérieux. Indolents à la vie, ils tourbillonnent sur eux-mêmes. De toutes ces secondes perdues, celles qui passent et qui se meurent, ils n’en ont pas conscience. Ils courent. Ils reviennent sur leur pas, sautant quelques souches égarées, pour ramasser des affaires égarées. Derrière, la voix s’insurge encore. Et, eux, rient de plus belle. Vite ! Vite qu’ils arrivent à la rive avant elle ! Sans annonce, la pluie vient pénétrer les tissus de leurs habits. Leurs corps robustes et jeunes deviennent transparents. Sylphide, ses mains viennent caresser son visage. La pluie, soudain, la brûle. Elle est mordante ; elle est acide. Décimés dans la plaine tous commencent à crier. Hurlements déchirants.



« Lady Rohanna? » Deux mains secouent avec délicatesse les épaules de l’endormie. Son visage tout entier semble appartenir à des rêves troubles. Sa peau est fissurée de maux que ses mains tentent d’attraper ; « ils veulent m’enlever mon image… » « Ma Dame c’était… » Nébuleux, des yeux bruns larmoyants s’entrouvrent. Dans la pénombre de la nuit, ils observent la figure bienveillante de la veilleuse. Sa respiration est bruyante, comme altérée. Elle est au Donjon-Rouge. A nouveau, le bout de ses doigts vient toucher sa peau, elle est toujours là. Elle ne brûle plus. Retombant sur ses oreillers, elle fixe le dais. Il est aux couleurs des Baratheon. Une Main couronnée au-dessus d’eux, un Cerf et une Biche se font face. « … un nouveau cauchemar. » Du haut du lit, la servante se laisse glisser au sol, elle acquiesce silencieusement. A travers la baie les rayons lugubres de la lune embrassent la pièce. La stature figée de la dame de l’Orage apparait livide, sans chaleur aucune. Elle sait qu’elle ne pourra plus se rendormir. Elle sait que, si elle ferme les yeux, elle sentira à nouveau ces mains qui viennent lui arracher la peau. Ces mains sorties des Cieux qui lui ordonnent de laisser la place à une plus jeune et mieux faite qu’elle. Que l’orage t’emporte fille Trant ! « De l’eau. » instinctivement, déjà, elle tend une main tremblante. Le regard toujours fixé vers les rayons lunaires, importuns. Plus tôt, dans l’après-midi, avait eu lieu le Conseil Restreint. Si personne n’était encore venu la trouver, elle ne doutait pas que l’aurore rectifie ce fait. Elle savait. Elle savait les propos du Mantaryen en sa faveur. Une répudiation. En soi, elle aurait du s’y attendre et probablement s’y était elle attendue. N’était-elle pas allée voir mestre Banneth pour cette raison? Néanmoins… Néanmoins, la douleur était vive. « Votre Seigneurie. » Ses doigts se referment sur le godet et elle boit avec avidité. Fureur. La Tour était haute, les rumeurs, elles, se portaient dans les particules de l’air. Bientôt, toutes avaient chuchoté sans ne plus vouloir regarder leur maitresse. Difficile avait été d’accepter de dîner, sans prendre ombrage de ces cachoteries. Robb n’était pas revenu et elle s’était convaincue qu’il viendrait demain. Lui aussi. Une dernière nuit de repos pour la mère esseulée. Elle avait déjà préparé la robe dans laquelle elle attendrait son jugement, décidée de se plier à son choix. Dieux, que ces rayons lunaires sont pénétrants ! On dirait que la Arryn, par quelques sorts anciens, vient la moquer jusque dans son baldaquin ! N’y tenant plus, elle rejète le fin drap qui recouvre son corps. Il est trempé, souillé de sa sueur angoissée.

Noctambule, elle tourne en rond. Confuse et égarée dans ses pensées ; combien de temps reste-t-elle ainsi? La brise vient souffler dans sa longue chevelure, éparse et indocile. L’image étrange d’une femme-enfant. « Amène-moi à lui. » « Ma lady? » « Mon époux, amène-moi à lui. » Déjà, sans avoir attendu une réponse de la servante, ses doigts s’empressent d’allumer une bougie. La flamme crépite dans la nuit. Un instant incertain elle vacille. Elle imite ce corps hésitant qui lui donne vie. « A cette heure? dans cette tenue? Ma Dame, si on vous voyez ainsi… » Rohanna aimerait lui rétorquer que cela ne changerait pas grand chose à sa situation. Si elle ne le dit pas, ses yeux doivent être bien plus virulents car l’accusée s’oblige à baisser le regard. Fautive. Glissant ses pieds dans des souliers fins et plats, la dame de la tour est décidée. Il lui fallait le voir. « Tu vas m’emmener par les passages des serviteurs, maintenant. »





***


D’une main frêle, Rohanna entrouvre l’étroite porte. Sur son passage, les gongs grincent fortement. La faute à la Nuit qui se dort en silence. Ici, les baies sont sombres et, dans l’obscurité, ses yeux doivent attendre un instant pour en délimiter les contours. La pièce est vaste, d’apparence peu meublée. Elle ne sait pas exactement dans quelle aile de la forteresse elle se trouve, mais proche des appartements royaux. Probablement. Son coeur tente de retrouver cette colère qui a obligé Robart à se replier ici. Tout cela lui semble bien lointain… Remerciant du menton sa servante, elle faufile le reste de son maigre corps et referme la pièce sur elle. Personne ne serait témoin de ce qui se passe ici. Ces murs seraient leur sanctuaire. Protégeant la flamme de sa paume, doucement, elle s’avance vers le large lit. Des tentures closent lui cachent le Cerf. Un instant long, qui lui semble durer une éternité, les pires idées lui traversent l’esprit. Et, si elle le trouvait en compagnie d’une femme? De cette dame Piètre qui ne vient que trop souvent dans son bureau depuis ces derniers jours? Pis, d’Eleneï? Oui, un instant supplémentaire elle craint que Robb grogne ou émette un son plaintif qui appelle une amante. Alors que sa main prend son courage pour écarter les voilages, son oeil est attiré par une masse sombre. Un large bureau où s’amoncelle des parchemins ordonnés, des chandeliers éteints… et un grand corps. Il dort. Il dort d’un sommeil profond, la respiration chuchotée, n’entendant pas même ce corps qui traine à ses chevilles des milliers de souffrances. Un ancien sourire trémousse ses lèvres, combien de fois ne l’avait-elle pas vu ainsi, surpris par le sommeil même? A la lumière de sa bougie, se déchaussant calmement, ecce s’approche avec délicatesse. Les questions qui lui cognent au corps attendront, elle ne veut pas le réveiller. Qu’il vogue encore sur ces mers calmes et lointaines, elle l’attendrait… Sans le toucher, lointaine, sa main imite le geste familier de lui ranger une mèche rebelle.



Sur la table ouvragée, complètement consumés, les chandeliers fument encore. Ses narines dilatées aspirent avec difficulté la forte combustion. Olfaction néfaste qui ruine tout espoir de sentir l’odeur de son époux, celle qui savait tant la rassurer. Ses lèvres se pincent étouffant un soupir et ses yeux continuent leur observation criminelle. Des parchemins griffés d’écritures différentes jonchent le bois poli. Elle pourrait risquer un pas de plus pour tenter de les lire, mais elle garde son corps immobile. Une plume royale est restée sur un vélin, une signature qui attendra le petit jour. Perdue dans la contemplation des rouages de la politique secrète de Westeros, elle ne voit que trop tard la dangereuse goutte de cire qui vient s’écraser, coupable, sur un manuscrit. Alors, n’obéissants qu’à eux-mêmes, ses doigts le tirent à elle. Son coeur se déchire d’un cri qui ne lui est pas permis. Il tambourine contre les parois d’une cage thoracique trop étroite, trop étouffante. Ses pupilles observent les nobles noms rivaux, toutes ces dames… La main accrochée, ferme, elle se recule vers le centre de la pièce. Elle recule avec une lenteur mortuaire, le visage déformé par les émotions qui se jouent en son âme. Elle ne s’arrête que quand ses jambes trouvent le baldaquin. Des larmes de désespoir viennent perler en ses yeux, le voir couché sur papier était autre chose… Sa répudiation souhaitée par tous ces gens qu’elle côtoyait… Tous ces singes qui lui avaient témoigné leurs sincères respects et condoléances pour sa perte, ô comme elle les avait cru sincères ! Un nouveau coup du coeur, mordant et elle se recroqueville. Elle ne connaissait pas toutes ces Dames, mais certains noms ne lui étaient que trop familiers comme Wendy Piper. Cette jouvencelle qu’elle avait recueilli auprès d’elle comme une soeur, qui lui avait tenu la main tout au long de cette épreuve mortelle… pour quoi? Pour mieux lui prendre sa place? Un râle sec et furibond émane de sa gorge. Elle méprisait les Dieux qui avaient ordonné que, sur ces terres, naître fille était un crime. Ces hommes, lourds de leur sexe pendant, se croyaient mieux à même de savoir. Aaaah ! Aaaaaaaaaaah, parce que femme… parce que femme était coupable si elle n’était pas la mère tant attendue ! La voilà, elle, la victime d’une main assassine, accusée de ne pas avoir fait son devoir. Incriminée à cause de son entre-jambe qui n’avait pas été assez fort pour ne pas déverser la mort une seconde fois ! Alors que le vélin se froisse sous une main colèrique, ses yeux s’injectent de sang. La farce ne prendrait donc jamais fin, jamais. Qu’on lui donne l’honneur d’une flèche pour la décocher dans le coeur corrompu et putride de ces hommes ! Ces hommes qui se targuant de mieux savoir, mieux connaitre, mieux à même de juger, réduisaient toute sa personne à un simple objet de reproduction. Qu’exigeraient-ils si Robb la gardait à ses côtés : assister à leurs ébats pour évaluer la manière dont ils procédaient à la copulation? Ecoeurée, ses ongles transpercent le parchemin plissé dans sa paume. Que l’orage les emporte tous ! Pourquoi ne venait-il pas, maintenant, les transpercer de ses tentacules jaunes apocalyptiques?



La faim de faire la guerre dévore son grand corps. Sous sa robe éthérée, elle incante une mise à mort contre tout ces fot en cul. Petite, tout le monde dort et pourquoi pas toi? La mort est en elle comme une vengeance terrible, en son coeur et à ses pieds. Criminelle puisqu’ils le désiraient si ardemment, elle le deviendrait. Dans le silence de la nuit, le sel de ses larmes vient creuser des sillons sur joues fanées. Elle ne peut détacher son regard de l’homme qui se dort, et lui que pensait-il? Avait-il, dans le secret des murs, prononcé le mot d’une favorite? De la Harpie du Val à la Sirène de Blancport : quelle femme, utile cette fois, pour consolider le royaume? Le mestre avait dit que son corps était en train de guérir, en train de retrouver sa force d’antan… mais elle n’avait pas la force de parcourir à nouveau les quelques mètres qui la séparaient de son époux. Pourtant, elle aurait aimé pouvoir le réveiller et lui promettre que le futur serait étincellement ! Autour de sa nuque; elle aurait aimé serrer ses bras et ne jamais les enlever. D’une verve fiévreuse elle aurait conté un futur brillant et sans bévues aucune, or elle reste figée dans la peur et la colère. Elle n’était plus la même, cette fois si la mélancolie, à jamais, ne l’avait pas emportée, elle lui avait laissé des stigmates sombres et ensorcelants. Ses épaules se redressent, de toutes ces promesses qu’ils s’étaient faites elle ne voulait pas les abandonner. Un pas, puis un autre, elle déambule sur le gouffre de leur avenir incertain. Cette vie qu’ils ne vivraient plus, ils se l’étaient pourtant promise… Le parchemin meurtrier vole vers le sol et sa main se tend vers le visage de l’être aimé. A la haine et au mépris des imbus, elle voulait répondre. Et quand ses doigts viennent se perdre dans les cheveux de son bourreau, et que ses lèvres viennent frémir près de sa tempe, amoureuse transie elle murmure ; « ô mon aimé, rappelez-vous ce qui faisait de nous l’un et l’autre… Robb, rappelle-toi ce qu’on vivait si fort. »

AVENGEDINCHAINS
 

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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Mer 30 Mai 2018 - 18:22




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

De l’une des cours intérieures du Donjon Rouge, on ne pouvait entendre que le tintement sourd du métal s’entrechoquant. Aucun courtisan n’allait ou ne venait, les gardes placés aux points d’accès y veillaient avec une ferveur quasi religieuse, et peu importait que le détour qu’ils devraient prendre leur coûterait presque une heure de leur temps si précieux. Le Seigneur Régent s’entraînait, leur disait-on, et il ne voulait pas être dérangé. Mais d’entrainement, les échanges n’avaient que le nom, au vu des cris poussés.

« Encore. »

D’un geste sec, le Seigneur de l’Orage aida son partenaire à se relever. Ni Robb ni le capitaine de sa garde n’avaient très fière allure, pas après les plusieurs heures d’échanges martiaux que le premier avait infligé au second. Theodan disait toujours que le meilleur des gardes du corps était celui qui avait une chance de vaincre son seigneur en combat singulier, mais qui était trop fidèle pour ne fut-ce qu’y penser, et Ser Dondarrion incarnait parfaitement cette sagesse pour son seigneur-lige, comme en témoignaient les zébrures et ecchymoses qui marquaient tant un combattant que l’autre. Le soleil allait couchant, et la violence avait régné sur la cour depuis la fin du Conseil Restreint, quand il était encore haut dans le ciel. A défaut de Lord Tyvaros, Robb avait trouvé un autre moyen de passer sa rage. Des faux-semblants, il fallait en avoir à foison dans le domaine des Targaryen, il ne l’avait que trop appris.

« Monseigneur, nous avons tous les deux besoins de repos, et je... »

« Encore, j’ai dit.»

Le Seigneur de l’Orage n’avait pas haussé la voix, il n’en éprouvait pas le besoin avec cet homme habitué à lui obéir en toute circonstance, et sa colère n’était pas dirigée contre lui. Si ses coups étaient violents, s’il exigeait la même force de la part de son adversaire, c’était parce qu’il aurait aimé en avoir un autre en face de lui. Ce serpent mantaryen imbu de sa personne ! Il n’était rien de plus qu’un paria anobli pour sa trahison, et déjà il se croyait égal aux plus grands de ce Royaume ?! Il se croyait en droit de se mêler des affaires maritales d’un Seigneur Suzerain, de son Régent, pire, cette vipère n’avait pas avancé dans son enquête, mais avait pris le soin de dresser une liste de prétendantes potentielles au remplacement de son épouse. Pour le bien du Royaume, avait-il dit. Cet idiot… Il paierait pour son inconséquence, un jour où l’autre. En attendant, qu’il se gausse de ses idées brillantes seul, il aurait tout le temps de les regretter en temps voulu. Torse nu, Robb reprit une position de garde, haletant, l’épée émoussée qui lui servait d’arme maintenue fermement entre ses mains.

L’échange ne dura pas longtemps, se soldant par un violent coup de plat d’épée sur les côtes du suzerain, qui laissa échapper un cri de douleur en lâchant son épée, à bout de souffle. Il allait ramasser son arme, réclamer un nouvel échange, toute la douleur du monde plutôt que de s’avouer vaincu, quand la main du vainqueur vint se poser sur son épaule, calme et posée.

« Vous devez être en forme pour vous battre, monseigneur. Comment voulez-vous leur tenir tête si vous ne pouvez pas quitter le lit à cause d’os brisés et de muscles endoloris ? Comment puis-je vous protéger si je ne suis plus capable de porter l’épée ? Pour le bien de votre épouse, si ce n’est pour le vôtre, allez vous reposer »


La nuit était belle, rafraichissante comme toujours depuis que l’Eté s’était installé, sans vouloir s’arrêter. Elle était un répit, une parenthèse durant laquelle il était presque possible d’oublier les malheurs qu’infligeait ce ciel bleu ininterrompu à une bonne partie du continent. De la même manière, Robb trouvait son répit dans le travail, dans la lecture sans fin de ces rapports et demandes formulées chaque jour à l’attention du Roi, et donc la sienne. Tour à tour depuis le mariage royal, cette façon de faire avait servi de rempart face à sa culpabilité, à sa colère, à ses envies d’abandonner. Comment s’abandonner à ses pulsions quand il y avait tant à faire, tant de gens qui avaient besoin qu’il les guide ? Qui mieux que lui pourrait mener une armée sur le sol nordien, s’assurer que plus jamais les hommes du Nord ne se soulèveraient contre leur souverain légitime, faire ravaler son orgueil et sa folie à l’homme qui menait ses vassaux, son peuple à une mort certaine ? Et surtout, qui d’autre pourrait s’assurer que le Roi hérite d’un Royaume plein et entier au moment de prendre sa place ? Les autres Maisons n’en avaient que pour leur pouvoir personnel, leurs objectifs, leur influence. Ils n’étaient pas liés aux Dragons comme les Cerfs, ils n’avaient pas cette loyauté que seule la famille pouvait avoir… Même si elle ne semblait pas inconditionnelle, comme il l’avait douloureusement appris dernièrement.

Aujourd’hui, cette tâche qui semblait n’avoir pas de limites était un échappatoire, un moyen d’oublier que malgré tout le pouvoir du Royaume entre ses mains, il était impuissant pour ce qui concernait les choses qui comptaient vraiment. Bien sûr, il avait tempêté, remis Tyvaros à sa place quand il avait osé proposer qu’il répudie sa femme au profit d’une dame plus jeune, plus haut placée sur l’échiquier du Royaume, capable de lui donner un héritier, mais combien de temps pourrait-il continuer à le faire ? Combien de temps avant que le Roi ne prenne position contre lui, combien de temps avant qu’il doive choisir entre son allégeance et l’amour de sa vie ? Ce choix, il ne l’aurait peut-être même pas, les mots qu’il avait prononcé ce soir là, au moment où il avait quitté la Tour de la Main étaient gravés dans son esprit.

Rohanna lui avait demandé de la répudier, écho de ce qui avait été dit quelques heures plus tôt, mais il ne pouvait pas se résoudre à le faire. Alors par lâcheté peut-être, mais certainement parce qu’il était incapable de savoir si c’était ce qu’elle voulait vraiment, il lui avait laissé le choix, pars et vis une vie loin du danger, loin des malheurs qui s’abattent sur toi, loin de moi, ou reste, et bats toi. Il ne l’avait plus revue depuis, croisée de loin au détour d’un couloir tout au plus, il n’avait fait qu’attendre, attendre une réponse qui ne venait jamais, une sentence qui chaque jour qui passait semblait de plus en plus insupportable. Elle était sa seule chance au bonheur, la seule raison pour laquelle tous ces sacrifices qu’il avait subi pouvaient valoir la peine, et même elle risquait de lui être enlevée. Que ferait-il si elle disparaissait de sa vie… C’était une interrogation qu’il ne valait mieux pas soulever, car aucune réponse ne serait plaisante à entendre, pour personne.

Posée au dessus d’une pile de parchemin, la liste qui lui avait été fournie comportant les noms évoqués pour remplacer la Biche trônait comme une provocation à son être. Faudrait-il qu’il choisisse un jour parmi ces noms celle qui remplacerait, par la raison et l’impératif politique toujours plus présent dans sa vie, l’amour de sa vie, celle que son père lui avait choisie avec plus de sagesse que le plus érudit des mestres ? Il aurait voulu le déchirer, ce morceau de parchemin, le brûler et l’oublier définitivement. Mais c’était une arme, un moyen de contrer les projets que d’autres pouvaient avoir pour son mariage s’il devait durer, et un outil… Un outil, si Rohanna décidait de quitter Port-Réal, et lui, pour de bon.

Le corps toujours endolori par les coups de l’après-midi se frotta les côtes tandis qu’il s’étirait, réprimant un baillement. La raison voudrait qu’il aille se coucher, qu’il laisse son travail jusqu’à l’aube, mais la raison n’avait plus son amour ou son attention, plus depuis qu’elle lui hurlait qu’il devait renoncer à son coeur, à son âme, à ce qui faisait de lui ce qu’il était. Non, il n’obéirait pas, il fermerait les yeux une seconde, et il reprendrait le travail…


La nuit était noire, le sommeil lourd et inviolable. Le Suzerain de l’Orage dormait trop peu pour voir le peu d’heures accordées au repos hantées par les événements, son esprit s’accordant avec son corps pour prendre son énergie où il le pouvait. Il n’était pas rare que rien ne puisse le tirer de son sommeil avant l’aube quand cela arrivait, ni les bruits de la ville ou du château, ni les portes dérobées qui s’ouvraient discrètement. Il fallait bien plus que ça, il fallait une raison que seul le coeur pouvait dicter. Une main familière, un contact trop longtemps attendu que pour être ignoré, par exemple.

Il crut d’abord à un rêve, de ceux qu’il avait souvent fait les premiers jours, tentatives de prétendre que rien n’était arrivé, que Rohanna était toujours près de lui, qu’il n’avait jamais quitté la Tour, que ses enfants n’avaient pas été sacrifiés sur l’autel de la bassesse humaine. Que sa mère ne l’avait pas trahi, qu’il n’avait pas douté de celle qui partageait sa vie. Un temps, ils avaient aidé, ces songes, puis ils étaient vite devenus insupportables, car pour leur douceur, c’était l’amertume et la déception des réveils, du retour à la cruelle réalité qui suivait. Cette fois, pourtant, il y avait autre chose, une notion de mouvement plus réelle, trop palpable pour appartenir au Royaume des songes. Et c’est un murmure, empli de ces sentiments si proches et si lointains qui définitivement, le tire de son sommeil.

« Ô mon aimé, rappelez-vous ce qui faisait de nous l’un et l’autre… Robb, rappelle-toi ce qu’on vivait si fort. »

C’est un réflexe plus qu’un acte réfléchi, une résurgence des habitudes passées, quand elle le réveillait -parfois sans le vouloir- au milieu de la nuit, en proie aux démons qui la hantaient depuis qu’elle avait perdu leurs premiers enfants. Sans ouvrir les yeux, encore alourdis par cette interruption inattendue, le Cerf tourne son visage pour embrasser la joue de celle dont il devine la présence à ses côtés, il n’y avait qu’un visage, qu’une chevelure presque mêlée à la sienne pour réveiller ses sens si facilement. Et oublier, comment pourrait-il oublier cette relation disséminée entre les mois de guerre, avec ses joies, ses peines, mais surtout, avec la certitude, depuis les premiers mots qu’ils avaient pu s’échanger seuls sur les murs d’Accalmie, qu’il avait trouvé son âme sœur. C’était parce qu’il ne pourrait jamais oublier que Robb craignait autant ce qui se jouait en ce moment, entre les murs du Donjon Rouge, c’était pour cette raison qu’au moment où enfin, la Biche était à ses côtés, il comprit que peut-être, elle était là pour la dernière fois. Alors seulement, lui qui avait voulu cette réponse depuis des jours, comprit qu’il aurait préféré mille ans d’attente à la certitude d’un départ.

Il finit par ouvrir les yeux, se redressant dans un geste mécanique. Il s’habituait à la pénombre ambiante, posant les yeux sur son épouse à ses cotés, et même dans une telle obscurité, il pouvait voir qu’elle n’aurait pas du être debout, pas à cette heure, pas si loin de sa chambre. Son empoisonnement l’avait amaigrie, et si la Biche avait déjà un peu récupéré, elle n’avait pas encore retrouvé les couleurs de son teint, ni la certitude de son pas, un œil de guerrier ne repérait que trop facilement ceux qui avaient du mal à tenir debout. Malgré cela, malgré ses cheveux négligés, et sa tenue de nuit, elle était belle, plus que n’importe laquelle des jeune filles et dames qui parcouraient les couloirs du château, plus que celles qui passaient des heures à se préparer pour donner l’illusion d’une perfection qui n’existait jamais réellement. Robb n’avait que faire de ces atours, aussi attreyants qu’ils puissent être, ils n’arriveraient jamais à la cheville de son épouse, même si elle devait ne porter qu’haillons et guenilles.

« Tu ne devrais pas être ici… Tu devrais dormir, te reposer à cette heure... »

Joignant le geste à la parole, il quitta son siège pour y asseoir la Biche, trop inquiet de son état que pour permettre qu’elle reste debout plus que nécessaire. Ce ne fut qu’une fois l’urgence accomplie que le détail mineur de sa tenue s’imposa à lui, avec toutes la conséquences qu’il pouvait avoir. Si Tyvaros apprenait qu’elle avait ainsi traversé une bonne partie du château, il userait sûrement de l’information contre elle, cherchant à la faire passer pour folle, ou autre chose… Mais Rohanna ignorait probablement que son destin s’était joué au Conseil Restreint aujourd’hui, elle n’avait pas du penser à cela. D’un geste peu assuré, il posa ses doigts sur la joue de la jeune femme, la fixant dans les yeux, cherchant à ne pas s’y perdre. Quoi qu’elle ait à dire, il devait rester digne, il se l’était promis.

« Qu’y avait-il de si urgent pour que tu quittes ton lit ? Si tu voulais me voir, il te suffisait d’envoyer un serviteur me chercher… Ta santé est encore fragile. »

Il savait pourtant, le grand seigneur, ce qui était si urgent. Quelle qu’ait été sa décision, Rohanna n’était pas de celles qui attendaient le bon moment pour annoncer quelque chose une fois qu’elle s’était faite une idée. Et si les rapports qu’il recevait régulièrement du mestre lui indiquaient que son état devait encore s’améliorer, elle était suffisamment forte pour quitter la capitale sans plus attendre, si c’était son désir. Les dés étaient jetés, donc, et il faudrait à l’homme qui commandait à Sept Couronnes se plier à la décision d’une seule femme. C’était là un pouvoir que nul autre sur ces terres ne posséderait probablement jamais, que beaucoup auraient été prêtes à tuer pour l’obtenir, et il savait pertinemment qu’elle-même n’en avait probablement pas conscience, pas comme ça, en tout cas.

Détournant un instant les yeux, il aperçut dans un regard le parchemin sur le sol, reconnaissant immédiatement les traits tracés par l’écriture vipérine de Tyvaros. Les questions que Rohanna devait se poser si elle avait pris connaissance de son contenu pendant son sommeil… Le Cerf se pencha pour le ramasser, et le posa sur le bureau, avant de lui demander, une certaine appréhension dans la voix, comme un enfant qui aurait été pris en train de cacher une bêtise :

« Tu l’as lu ? »

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Ven 15 Juin 2018 - 23:23


 Le Cerf & La Biche

 I'm gonna love you
like I'm gonna loose you

 

  Il lui embrasse la joue. Doucement, du bout des lèvres, comme il avait l’habitude de le faire il y a encore quelques mois. Avant que son ventre s’arrondisse à nouveau et que les démons de la nuit disparaissent. Certaine, désormais, d’une vie meilleure. Avant, cette seule présence, chaude et rassurante, lui aurait permise de se calmer. Se rendormir, blottissant son corps contre le rempart de ce corps développé par de longues années de guerre. Un chasseur de rêves néfastes. Or, ce soir, dans la noirceur de la nuit, ces lèvre ne lui laissent d’un frisson d’amertume. Une crevasse scintillante de tout ce qu’elle allait perdre. Ses doigts se referment atour d’une large mèche brune, elle ne sait pas si elle veut réellement qu’il se réveille ou qu’il somnole entre le chimère et le présent. Les pores de sa joue, non avares de leur présent, laisse sa peau se muer d’un souvenir ancien. Un appel silencieux et il ouvre les yeux. La bougie est faible, lointaine sur le bureau, mais ils pétillent de cette sève de vie typique aux Baratheon. L’apex de ses phalanges tremblantes frôle ses tempes endormies, elle veut voir ce regard. Elle veut se nourrir de cette sève, encore et pour toujours.  Vif, prompt à la réaction, il se redresse sur sa chaise. Un moment qui courre comme un instant, il la dévisage. Elle y lit de la peur, une angoisse, un refus étrange et elle inspire avec difficulté. Privée de ressources nécessaires, elle halète. Un sifflement de l’air. « Tu ne devrais pas être ici… » Nouveau sifflement de l’air. Non, elle de ne devrait pas être ici mais elle se tenait devant lui. Offerte, l’âme empreinte d’un brassage de désarroi et de colère. « Tu devais dormir, te reposer à cette heure… » Ses mains larges et dures, portent ses épaules, échangeant en un instant leurs places. Il l’assied à la place du dormeur et il se relève, les membres engourdis d’une mauvaise position. A son silence, elle comprends qu’il juge sa tenue. Ses maigres épaules, sous sa robe de nuit immaculée, s’haussent vers le plafond. Elles se recroquevillent sur vers son cou, il n’avait jamais été homme à réellement juger sa manière de s’apprêter. Bien sûr, son oeil était un habitué des courbures féminines et nul doute qu’il appréciait les belles matières et coupes mettant en valeur les formes. Quel homme n’y aurait pas été sensible? Pourtant, jamais il n’avait baissé le visage de cette manière… comme par gêne, ou pire, comme par honte. Etait-il écoeuré, maintenant qu’il avait touché ses os, de sa dangereuse maigreur? Qu’importe ce que son époux dirait… elle devrait restée digne. Ne pas geindre, ne pas crier, ne pas se laisser tomber dans les trépas de ses peurs. Si Robart le voulait, elle serait Soeur du Silence. Ha, elle n’oubliait pas que ce soir, terrible soir, il lui avait laissé le choix de partir ou rester. Non elle n’oubliait pas, mais ce choix il le lui avait laissé avant la tempête tumultueuse des Lords. Si Westeros s’était déchiré pour un enfant, il ne le ferait pas pour une femme. Une femme qui n’était pas une princesse ou une reine s’entend, elle, a contrario, n’était qu’une petite provinciale.



« Qu’y avait-il de si urgent pour que tu quittes ton lit? » « Un cauchemar. » « Si tu voulais me voir, il te suffisait d’envoyer un serviteur me chercher… ta santé est encore fragile. » A la fin, tous deux avaient parlé en même temps et le souffle de sa réponse n’avait probablement pas été entendu par le dormeur éveillé. Ses épaules se pointent un peu plus vers sa mâchoire, il n’avait pas besoin de le lui rappeler. Dans l’indifférence feinte que les époux s’étaient obligés ces derniers jours, presque semaines, Rohanna avait omis l’idée que Mestre Banneth puisse tenir Robb au courant de sa maladie. C’était idiot, mais elle n’y avait pas pensé. Maintenant, ainsi prostrée sur cette chaise, chauffée de songes encore frais, elle se souvenait combien il lui avait été difficile de ne pas questionner sa maisonnée sur les agissements de son époux. La fureur terrible de son altercation avec Eleneï quand elle avait compris tout ce qu’elle allait perdre, si elle continuait dans sa stupidité revêche. Un cauchemar avait été nécessaire, pour qu’elle brave les vents de la fierté et vienne le trouver. Lui. Lui qui arrivait à articuler calmement : « il te suffisait d’envoyer un serviteur me chercher ». Elle aurait pu. Elle aurait pu, mais toute la Cour était au courant qu’ils faisaient couches à part. Les hypothèses avaient la côte haute : un Cerf avait besoin d’assouvir ses besoins quand sa femme n’était pas disponible, la déception trop grande du Régent face à cette nouvelle perte, la peur de la contagion de quelques sortilèges endormis dans la Tour de la Main, une dispute terrible en pleine nuit alors que Dame Rohanna aurait été nue contre un mur, et d’autres, toujours de nouvelles hypothèses plus croustillantes. Personne ne savait de qui elles émanaient, mais elles étaient toujours plus nombreuses. Son index et son majeur sont sur sa joue, peu assurés ils lui demandent de le regarder. Ce qu’elle fait. Malgré la pénombre, elle tente de trouver son regard qu’elle ne sait pas déchiffrer. En venant, elle avait préparé beaucoup de phrases. Des phrases plus belles et plus intelligents les unes que les autres. Alors, dans ces pensées elle était vive et forte… mais tout était différent dans l’instant présent. Il semblait qu’elle avait oublié tout ce qu’elle désirait, si ardemment, dire. Comme par enchantement, Robb baisse la tête et ses doigts disparaissent dans les ténèbres. Son corps se relâche quelque peu et la Biche s’accorde de souffler doucement. La peur et l’angoisse lui tiraillent les entrailles. Il se penche, ramasse le parchemin que, dans sa fièvre, elle a laissé choir au sol. Vulgaire vecteur de malheur, là était sa place. Elle ne voit pas réellement les gestes de son corps fort, elle le sent bouger à quelque pas d’elle. Se retourner et un bruit de feuilles qu’on touche. « Tu as lu? » Sa voix est peu audible, à mi-timbre, honteuse. « Non. » Elle répond immédiatement, dans la même verve. La voix menteuse. La voix menteuse qui voudrait, par ce simple mot, le rassurer. Le rassurer pour ne plus entendre cette attitude qui ne lui convient pas. Elle voudrait qu’il soit fort. Elle voudrait qu’il soit fort et tant pis si il doit se montrer dur. Comme le soir de leur mariage… elle aurait préféré lui souffler : « je veux que tu t’emportes. » Robb, fils de l’Orage, était plus rassurant que cet homme peu certain. Un homme qu’elle n’avait jamais rencontré. Un homme dont elle n’avait pas la force de faire la connaissance. « Oui. »



Finalement, pourquoi mentir? Il pourrait décerner le mensonge aisément, si elle se souvenait bien, elle avait froissé le vélin avec une jalouse dextérité. La chair de sa paume gauche était encore marquée de ses ongles pénétrants.  Elle le sentait comme une marque présomptueuse et insolente à son malheur. Et puis que dire? Que pouvait-elle ajouter? Y avait-il seulement autre chose à dire de sa part? Ne devait-elle pas se lever et tirer sa révérence? Pourquoi ne la prenait-il pas dans ses bras, la secouant quitte à la blesser, en lui promettant qu’il la garderai prêt d’elle? Ne t’inquiètes pas, ne t’inquiètes pas… mais nulle trace de ce genre de pensées dans l’attitude de Robb. « Je suis venue ce soir parce que je voulais savoir… elle ne cherche pas à trouver son regard, perdu dans la nuit. A la place, elle observe ses mains dont les pouces se chassent sans que chacun ne veuille se rendre en premier. Un geste, d’ordinaire amusant, mais qui ne savait que traduire son émoi intérieur. … j’ai toujours su que ce moment viendrait. » Ses pieds nus, glissent sur le dallage tiède, ils esquissent des pas de danse peu gracieux. Avant de se replier sur le bord de la siège royale,  ils inondent le sol de leurs doutes. Sa tête se tourne, se laissant aller contre le dossier, vers ce qui doit être le large lit. Une ombre large et un peu plus tenue. « Que de noms illustres… » si elle avait souhaité continuer, les mots se meurent avant. Sa phrase reste en suspension et ils demandent : « pourquoi n’es-tu pas me voir tout à l’heure? C’était à toi de le faire, par à moi de quémander un serviteur pour que mon époux devant les Dieux ne m’oublie pas. » Une once de vieille colère s’insurge en elle, elle se souvient de cette nuit terrible où il a fracassé son poing à quelques centimètres de son visage. Elle peut encore ressentir la folie meurtrière de son corps, cette envie de mort instantanée accrochée au corps comme un diable sanguinaire. Noli me tangere. L’instant était passé, mais parfois, en s’endormant le plus souvent, elle fixait cette baie malheureuse. Alors, ses orbites étaient vides de toute vie, absentes et lointaines. Rohanna, perdue dans les limbes de son esprit, questionnait l’Etranger et lui demandait pourquoi ils n’avaient pas tendus un peu plus les bras cette nuit là. Juste un peu plus pour qu’elle puisse s’y recueillir. Il ne l’avait pas fait et elle s’était retournée vers ceux de Robb. Et aujourd’hui, ils étaient là. Interdits l’un à l’autre, le poids du monde trop grand pour eux. De cette nuit là, si elle était morte, ils porteraient encore son deuil et Robb serait probablement le plus triste des chevaliers de cette terre. Il serait en train d’errer dans des envies de vengeances ou de profonde perditions, mais il n’aurait pas ce choix à faire. Il n’y aurait pas ce silence pesant qui ne veut pas se dissiper. Se lever.

Le fauteuil grince, elle n’est pourtant pas bien lourde. Rohanna Baratheon, arrivait ici avec plein de morgue, ne savait réellement plus quoi dire. Peut-être qu’il n’y avait plus rien à dire… d’ailleurs quand le savait-on? Elle savait juste qu’elle l’aimait encore. Non pas encore. Elle savait juste qu’elle l’aimait. Cet amour n’aurait jamais de fin, pas même avec leurs morts. Nombreuses preuves de tendresses, d’affections et d’amours, mais jamais elle ne lui avait dit ce que les bardes chantonnaient dans leurs poèmes idylliques. Jamais elle ne lui avait dit « je vous aime, d’un amour pur et sincère » car, alors, cela ne lui avait jamais semblé nécessaire. Quelque peu embarrassant et honteux même, maintenant, là, tout de suite, elle regrettait. Elle regrettait les matins où elle s’était réveillée le corps trop endolori d’avoir pensé à lui et de ne pas lui avoir dit. Elle regrettait ces instants où, quand il comprenait qu’elle l’observait et qu’il chassait l’importune d’un sourire solaire, elle réfugiait un sourire sous son coude. Puis ces autres instants, quand il l’attrapait et qu’elle s’empêchait de rire, se mordant le pouce, pour ne pas que Kyra les entendent. Et tant d’autres moments… Dans la nuit noire, à la candeur de la flamme vaillante, elle revoit la jeune femme farouche qu’elle avait pu être se glisser dans les eaux de l’amour pour rejoindre le Cerf, sans honte, ni appréhension, fière de leurs désirs mutuels. Ils étaient pourtant des inconnus alors… mais plus proches qu’en cet instant, qui pourtant avait vu de longues et périlleuses années s’écouler. Elle peut entendre leurs éclats rauques et sensuels comme un écho à travers le temps. Nage entre eux, arrogant et sorcier, celui de la Lionne de l’Orage. Romane sursaute, tirée de ces rêveries fantasques. « Comment as-tu pu croire que… que… je m’étais dressée contre toi? Robart, Comment? » Savoir si il la répudierait, reprenant sa parole donnée, et pour qui, serait remis à plus tard. Demeurait le spectre de cette question sans réponse, ce n’était pas la faute d’avoir tenté de comprendre. Longues avaient été les heureuse, sombres et solitaires, où elle s’était demandée ce simple mot : comment? L’inimité de la mère et la fille était pourtant illustre à Accalmie. Robb, mieux que quiconque, le savait. Il en avait été le témoin, masqué, mais le témoin. « Dis-le moi. Je t’en prie. » Car là résidait la faiblesse qui avait tout fait vaciller, la certitude de la solidité de leur relation. La solidité de la confiance qu’elle croyait, dont elle était persuadée, qu’il avait en elle. La méfiance de la Trant était têtue, il lui fallait du temps pour appréhender une personne. De sa nature, la plus souvent sauvage, son coeur avait du mal à accorder confiance aveugle. Pourtant, elle l’avait fait avec Wendy Piper et Alérie Lannister. Un sentiment de bienêtre avec ces deux soeurs, qu’elle s’était tout de suite sentie en symbiose. Convaincue de cette amitié fraternelle, vibrante et forte ! Quelle petite morte que de voir le nom de l’amie sur cette liste, et autant elle essayait de s’attacher à l’idée que ce n’était jamais la femme qui décidait, autant elle sentait les flammes de la jalousie la dévorer. La confiance entachée, la méfiance nourrie. Que Robb puisse l’accuser d’une telle conspiration avait été un coup de grâce terrible. D’ailleurs, si Oriane lui avait avoué à mi-mots l’ampleur de la trahison, elle ne l’avait pas fait complètement. Sous le serment fait à son frère, elle était restée évasive. Peu encline à coopérer. Edric n’avait rien dit, enfermé dans sa colère frémissante. Il n’avait pas été difficile de comprendre que Kyra avait bougé des pions en défaveur de son aîné, ses plus puissantes alliées étant Allya et Eleneï. Eleneï n’avait rien montré, presque rien, mais parfois, dans leurs altercations, elle avait senti le belle Ouestérienne sur le qui-vive. Chasseuse expérimentée, elle avait traqué ces coup de sang selon ses réponses… mais le mystère demeurait grand, les faits tout au moins. Tout comme les faits qui avaient poussé son époux, son plus proche ami et compagnon, à l’acculer de la sorte. « Tu ne peux pas croire… comme certains que… j’ai assassiné nos enfants, n’est-ce pas? » Non, elle ne le croyait pas. Elle ne le croyait pas un seul instant et la voix l’exprimait. Ce n’était simplement qu’une peur, l’ombre d’une angoisse qu’elle devait expulser. Après-tout, il n’y aurait peut-être pas de jours prochains…

AVENGEDINCHAINS
 

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SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Dim 17 Juin 2018 - 17:17




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

Evidemment, qu’elle l’avait lu. Bien sûr qu’elle avait compris ce que signifiait cette liste. Rohanna n’avait jamais été une idiote, contrairement à ce que certains pouvaient croire, méprenant son désamour de la politique et des jeux de pouvoir pour une tare de petite noblesse provinciale, tout juste bonne à superviser le labour de quelques champs et à décider de ce qui serait servi au repas du soir. Ils ne savaient pas, ceux-là, qu’il n’avait fallu que peu de temps à la Trant pour devenir une vraie Baratheon, pour assumer des responsabilités qu’elle n’avait jamais voulue, des responsabilités que rien ne l’avait préparée à devoir ne fut-ce qu’un jour imaginer. Ils ne connaissaient rien de l’énergie qu’elle avait du déployer pour être à la hauteur des noms illustres qui la précédaient sur le devant de la scène orageoise, ou de ceux qu’elle cotoyait. Robb lui-même n’en avait qu’une idée vague, floue, conscient de ce qu’il fallait faire pour arriver à tenir la comparaison face à son père alors que toute sa vie il avait été présenté son héritier. Rohanna, elle, avait dû succéder à Kyra, princesse de la Maison Lannister, suzeraine aimée et respectée, et gagner les mêmes sentiments alors que celle à qui elle avait succédé était toujours présente dans l’ombre, à juger cette bru dont elle n’avait jamais voulu.

« Je suis venue ce soir parce que je voulais savoir… J’ai toujours su que ce moment viendrait. »

Elle ne le regarde pas, murée dans ses certitudes que sans doute, il avait déjà pu choisir celle qui la remplacerait à ses côtés devant les Dieux, celle qui porterait le nom que la Biche avait longtemps porté, qui partagerait sa couche à sa place. Etait-il à ce point simple pour elle d’imaginer qu’il renoncerait si facilement à ses vœux, à ses promesses ? Ces derniers jours l’avaient changé, c’était chose certaine, source d’une réjouissance relative pour certains, qui voyaient à travers les souffrances que le Cerf avait traversées le moyen pour lui de s’affirmer, de sortir de la simple imitation de son illustre père pour devenir ce qu’il était réellement, là où d’autres le pensaient sombrer un peu plus dans la folie, obnubilé simplement par le sang de sa vengeance, quel qu’en soit le prix. Qui avait raison, qui avait tort ? Tous. Aucuns. Comme toujours, la vérité n’était pas blanche, ou noire. Elle était un mélange des deux. Mais elle, son âme sœur, celle avec qui il partageait sa peine, celle qui connaissait ses joies, ses peurs les plus profondes, comment pouvait-elle douter ? Croire qu’une épreuve, aussi terrible soit-elle, puisse suffire pour ébranler le dernier pilier encore debout des fondations de son être ? Famille, amour, pouvoir. Le premier l’avait trahi, en partie du moins, et le dernier… Le dernier se révélait n’être qu’un monstre qui réclamait sans cesse plus en offrant de moins en moins. Le Cerf avait été élevé pour servir, pour guider une famille qui aujourd’hui se retournait contre lui, au moment où il aurait eu besoin de son soutien à son tour, on lui avait appris à prendre le pouvoir, pour éviter que les indignes ne s’en emparent, pour s’assurer qu’il soit toujours utilisé à bon escient. L’éducation, les armes, l’honneur et la chevalerie même, n’étaient que les prolongements de ces concepts, autant de choses qui lui avaient été imposées et qu’il avait fait siennes, à force de temps, de patience toute relative et de persévérance.

Mais l’amour, l’amour il l’avait choisi. Ou il s’était imposé comme une évidence, douloureuse mais trop douce pour tenter de s’en échapper. Elle avait été son premier sentiment d’impuissance, le vrai en tout cas, celui contre lequel il est vain de lutter. Sa fierté, son orgueil de savoir qu’elle n’était qu’à lui, et peu lui importait ce qu’on disait sur son extraction trop basse, sur son sang pas assez noble pour être mêlée à une dynastie qui avait su allier le sang de la Conquête à celui, légendaire, des Rois de l’Orage. Et malgré cela, elle pensait qu’il suffirait d’un serpent à la langue venimeuse pour qu’il l’abandonne sans se battre ? Qu’un parvenu dont le seul accomplissement avait été de survivre à plusieurs trahisons et une bande de nobles avides de plus de pouvoir écrivent une poignée de noms sur un parchemin pour qu’il se décide à abandonner celle qui avait fait son bonheur ? Il faudrait infiniment plus, il faudrait tellement moins. Il faudrait qu’elle le veuille. Il n’y avait que Rohanna qui pourrait le faire renoncer à tout cela, il n’y avait que Rohanna qui pouvait lui enlever ce qui restait encore de ce qu’il était.

« Que de noms illustres… »

« Ces noms ne sont rien. »

Arraché à son sommeil, Robb ne contrôlait pas le timbre de sa voix, et sa réponse se veut sèche, dédaigneuse presque pour toutes ces femmes que ses pairs voudraient le voir épouser, pour toutes ces prétendantes de haute naissance qui offraient sur un plateau les meilleures alliances au seigneur de l’Orage. Sa première réaction quand il les avait vus avait été de se demander si Theodan aurait encore choisi Rohanna, devant tant de choix, de possibilités pour son héritier d’étendre l’influence de son nom bien au-delà des frontières de leurs terres tempétueuses. Peut-être, il avait bien refusé Eleneï quand elle aurait pu sceller dans le marbre ce que Kyra avait déjà construit. Peut-être pas, le promesse d’un Val allié aurait pu être trop tentante. Mais finalement il s’en moquait, au diable ce que pourrait penser son père en cet instant, au diable ce que dictait la politique et ses exigences, un Baratheon suivait son coeur avant toute chose, et son coeur il suivrait. Pas son père, pas son devoir, pas ce qui était le mieux pour le Royaume. Il s’écouterait lui, et qu’importent les conséquences.

Recroquevillée sur ce siège qui semble bien trop grand pour sa silhouette frêle, Rohanna semblait perdue dans ses pensées. Il aurait pu lui dire plus que ces simples mots, qu’il se battrait jusqu’à la mort s’il le fallait pour la garder à ses cotés, qu’il taillerait un chemin jusqu’aux portes de la ville à coups d’épée jusqu’aux portes de la ville, qu’il se dresserait contre ce même Roi que son père avait couronné se celui-ci venait à tenter de lui forcer la main. Mais faire ça, c’était lui avouer ce qu’il voulait entendre d’elle, c’était influencer ce choix qu’elle avait à faire, et le Cerf ne voulait pas douter pour le restant de son existence du fait que la présence de son amour à ses cotés n’était pas son propre choix. Sa frustration, alors, il la fait passer dans ses jambes, quelques pas nerveux pour apaiser ce que sa langue ne peut pas dire. Elle, pourtant, aborde l’inabordable.

« Comment as-tu pu croire que… que… je m’étais dressée contre toi? Robart, Comment? Dis-le moi. Je t’en prie. »

De cette soirée où il avait quitté la Tour de la Main pour s’installer dans les quartiers où ils étaient à présent réunis, Robb gardait un souvenir brûlant, une cicatrice rouge marquant ses souvenirs de cette colère sourde, cette haine soudaine pour la femme qu’il aimait plus que lui-même. Les mots qui l’avaient provoquée résonnaient encore dans sa tête quand il y repensait, aussi clairs que la lame d’une dague s’apprêtant à frapper au clair de lune. Avec le temps, avec la réflexion, il avait pu penser que peut-être elle ne les avait dit que parce qu’elle savait qu’ils le blesseraient, que peut-être la Biche ne savait rien des complots de sa belle-mère contre son aîné. C’était sûrement ça, ce ne pouvait être que ça. Et pourtant, ce murmure sournois était toujours là, lui susurrant que peut-être elle savait, ne disait-elle pas elle-même, cette épouse aimante, que les choses seraient plus simple si son mari n’avait pas entre ses mains le pouvoir inhérent à sa position ? Peut-être qu’elle ne pensait pas à mal, qu’elle se disait qu’une fois qu’il serait débarassé de ce poids, ils pourraient se concentrer sur eux-mêmes, qu’il finirait par comprendre… Sombres, sournoises, malveillantes pensées, et pourtant il ne parvenait jamais vraiment à les chasser.

A peine a-t-elle terminé sa phrase que Robb s’immobilise, observant les légers rideaux soulevés par la brise nocturne. Cette question, il l’avait attendue, et il n’était pas sûr de vouloir entendre ce qu’elle aurait à répondre à ce qu’il dirait. Mais si ce devait être leur dernière discussion, elle méritait de savoir, si vraiment elle ignorait tout des raisons de sa réaction. Sur un ton calme, il énonce alors ces mots, cet écho sur ce moment de cris, de haine, de douleur.

« A quoi peut-il servir, ton héritage, quand ta propre mère veut te voir tomber ? Ce sont tes mots, exactement. Ma mère ne t’a jamais acceptée, encore moins appréciée, ce n’était pas un secret, et toute la bonne volonté du monde ne pouvait rien y changer. Pourtant, j’étais… Je suis son fils, son aîné, et elle n’aurait jamais cherché à me trahir, peu importait à quel point elle désapprouvait mon mariage. Du moins c’est ce que je pensais, jusqu’au mariage royal. »

Poussant un soupir, il termina ce qu’il avait à dire sur le sujet. Ce n’était pas la première fois que Robb parlait des révélations de sa sœur, pourtant c’était la même douleur qui revenait à chaque fois, celle de se sentir trahi jusque dans sa propre chair.

« Avant que tu ne dises ça, j’ai appris qu’elle cherchait du soutien auprès des seigneurs de l’Orage pour usurper la suzeraineté au profit de Jasper. Mon propre sang se retourne contre moi, au moment même où j’ai besoin d’eux. »

Le Baratheon ne sut pas si elle avait entendu sa réponse, il avait gardé les yeux posés sur l’horizon, se disant que si Rohanna devait clamer son innocence, il la croirait. Il ne pourrait pas voir le mensonge dans ses yeux si vraiment elle l’avait su, et il pourrait faire comme si c’était la vérité, peu  lui importait que ce soit une illusion ou non. Mais ce fut une autre question qui suivit ces révélations, une question dont l’incongruité le força à se retourner, à affronter ce regard contre lequel il ne pouvait rien.

« Tu ne peux pas croire… comme certains que… j’ai assassiné nos enfants, n’est-ce pas? »

Les sourcils froncés, il parcourut les quelques pas qui le séparaient de la Biche d’une traite, rapidement, avant de s’accroupir pour se mettre à sa hauteur, lui relevant le menton pour la regarder dans les yeux. La petitesse de la noblesse et de la courtisanerie locale n’avait donc aucune limite… Aucune barrière qui ne les empêche de se servir du malheur des autres pour tenter de se hisser à leur hauteur, ou au moins de les rabaisser à leur niveau. Ces gens dont elle parlait, il n’avait aucune idée de qui ils pouvaient être, ils n’étaient pas suffisamment stupides pour parler ainsi à ceux qui auraient pu rapporter leurs propos au seingeur de l’Orage et s’attirer son courroux. Car dire ce genre de chose leur aurait valu un sort comparable au pire des criminels, la mort, ou le Mur, au moins. Plus près de Rohanna, la voix du Cerf se fait murmure, rassurante puisqu’elle ne peut pas être autre chose. Non, jamais il ne pourrait croire ces calomnies.

« Peu importe ce qu’il s’est passé, peu importe ce qu’il se passera, ce que tu as pu faire ou ne pas faire, les erreurs que j’ai commises, jamais, jamais, tu m’entends, je ne croirai que tu as tué nos enfants. Je ne le croyais pas hier, je ne le crois pas aujourd’hui, et je ne le croirai pas demain. Et s’il se trouve quelqu’un d’assez fou pour t’accuser en public, je m’assurerai que ce soit la dernière chose qu’il fasse de son vivant. Quoi que réserve l’aube, et quoiqu’il arrive. »

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Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Jeu 26 Juil 2018 - 23:13


Le Cerf & La Biche

I'm gonna love you
like I'm gonna loose you


Elles claquent rapidement. D’une lieue, elles enjambent les quelques centimètres qui les sépare. Et, alors qu’il s’accroupit vers elle, la Biche laisse un sourire atrabile épaissir ses lèvres. Douce mélancolie que ces chausses endormies. A l’ordinaire, Robb s’était donné à corps et âme dans ses nouvelles fonctions. Il avait oublié, n’avait pas pris le temps, de se débotter. L’écho d’un instant les choses n’ont pas changées. Les Sept, l’écho de cet instant précis, lui permettent de se réveiller dans la chambre seigneuriale d’Accalmie, grise et terne, carnée et éclatante. Dénombrables, quoique peu assez nombreuses, avaient été les soirs où Rohanna avait pu voir les devoirs qui incombaient à la Main. Elles les avaient entrevus, elle les avaient vécus. Ce soir, ceux du Régent lui sont inconnus. Fermement invisibles, précautionneusement arrachés. L’idée que l’homme le plus puissant du royaume, s’accroupisse devant elle ne lui frôle pas l’esprit. Elle ne sent que la chaleur de ses mains, si proche de sa peau. Ses pieds nus frissonnent, sans chaleur, sans froideur. Ce bruissement la picote de milliers de petites consciences, il l’adonne à un seul émoi. Malgré ça, cette convulsion des sens, elle ne peut détourner sa tête de l’obscurité. Epars sur le dos brocardé du siège princier, ses cheveux auréolent sa tête. Ô auguste tristesse ainsi couronnée ! Vision carmélite elle s’abandonne au bras de la nuit, dans cette noirceur réconfortante. Les bras d’un aïeul, vieille amie et accointance, sage et bienveillante. « Peu importe ce qu’il s’est passé, peu importe ce qu’il se passera, ce que tu as pu faire ou ne pas faire, les erreurs que j’ai commises, jamais, jamais, tu m’entends, je ne croirai que tu as tué nos enfants. Je ne le croyais pas hier, je ne le crois pas aujourd’hui, et je ne le croirai pas demain. Et s’il se trouve quelqu’un d’assez fou pour t’accuser en public, je m’assurerai que ce soit la dernière chose qu’il fasse de son vivant. Quoi que réserve l’aube, et quoiqu’il arrive. » Quoi que réserve l’aube. Et quoiqu’il arrive. Contredanse entre ses longs cils une marée saline. Elle vient former un barrage pour ses deux pupilles apeurées, dont un sel maculé retient les tragiques pulsations. Ces enfants… ces deux fils de l’Orage, elle les avait tué. Elle ne l’avait pas désiré, ni n’en avait eu réelle conscience, mais l’acte restait le même. A nouveau, de son entrejambe maléfique, elle avait expulsé la mort. Et si les rumeurs disaient vraies? Et si son père avait commandé un sort à quelques sorcières de Ville-en-Pleurs? Elle l’avait vu de ses yeux bruns maudire Tess, profaner des mots sanscrits et interdits, jusqu’où sa fureur aurait-elle pu aller? Incessants poisons, toutes ces questions martèlent son crâne. Elle ne pouvait expliquer autrement la mort de deux mâles, de deux héritiers. Elle s’était gardée de le dire au mestre, elle ne lui faisait pas assez confiance pour le faire entrer dans cette partie de son esprit. Oui, elle s’était gardée d’en parler à quiconque et même de laisse ces pensées trop affluer à elle. Pourtant, ce funeste, pathétique, effroyable, tragique, coup du sort avait laissé bien plus qu’une seule cicatrice visible. Instantanément, elle y porte son coude. L’enfonçant dans son ventre comme pour dissimuler la preuve béante de ses troubles et doutes. L’entrée du maléfice. Elle en était certaine, les dieux avaient permis que l’ombre d’une magie noire plane sur eux. D’abord il y avait eu Tess, la Biche Noire, dont tous les foetus étaient morts. Un à un. Tour à tour. Danse macabre dont les enfants Trant avaient été les témoins silencieux. Des bras lourds qui portent un linceul sanguinaire, mortuaire, un pied qui claque une porte grincheuse, les sanglots longs et étouffés d’une femme effacée. Ces derniers jours, ces images n’avaient eu de cesse de refaire surface. Aussi impatientes et furieuses que les vagues venant s’écraser dans la baie des Naufragés. Attaquants la roche sans aucun répit. Et, au creux de cette tempête incontrôlable, Rohanna se tenait sur le récif de ses cauchemars. Un équilibre précaire, hypnotisant. Dans ce tourbillon infernal, le visage de Boremund venait y rire avec sarcasme. Enfant de malheur, l’innocence envolée. Non, la lignée des Baratheon ne pouvait avoir été maudite par ses pairs, autrement lui, qui de ses quelques étés savaient déjà la faire jalouser avec fièvre, aurait trépassé. 


Avec douceur, avec lenteur, son coude se détache de l’antre démoniaque de ses pensées. Boursouflure aux affres mortels. Il hésite un instant, avance un peu plus, et permet à ses doigts de venir se poser sur la tempe droite de Robart. Du bout de leurs phalanges, ils tracent des cillons aimants, protecteurs de dangers futurs, chasseurs de haine. Si elle en avait eu la force, la faiblesse égoïste, elle se serait laissée glisser tout contre son corps. Haletant de toutes ses horreurs nichée en elle, ouvrant une âme nourrie à l’encre noire, elle aurait posé ses lèvres sur son torse. Ici. Juste ici, sur cette cicatrice logée sur son muscle dentelé. Celle qui lui avait fait si peur et pour laquelle, en orante suppliante, avait veillé de nombreuses nuits. Oui, une faiblesse égoïste et elle se serait offerte cette impulsion d’aspirer toute la force du Cerf. A la place, ses doigts continuent leur étrangeté, ne répondant qu’aux pensées de son esprit comme autant de runes anciennes et indéchiffrables. « Quoi que réserve l’aube, et quoiqu’il arrive… » Une répétition susurrée, inquiétante. Ses yeux se ferment, ils écrasent des larmes contenues. L’aube prochaine que leur réserverait-elle, elle? Elle n'aurait aucune clémence, aucune pitié. « J’avais tant de fureur… tant de fureur. Je crois qu’elle était là depuis des années, coincée quelque part. Ce soir là, j’aurais aimé mourir. J’aurais aimé mourir cent fois si cela m’avait été permis. Je t’en voulais de m’avoir recueillie en tes bras si aimants. Trop aimants. » Ces aveux déchirants, elle les chuchote comme pour mieux les fuir. Sa main tremble, sans arriver à se détacher de la tempe du Cerf. Elle veut le sentir sous ses doigts, elle veut le sentir sous cette incandescence des maux. Cette incandescence qui ne veut que s'embraser. « J’étais faible. Trop faible pour la mort, mais pas assez pour ne pas la donner. A nouveau. Seule, j’ai ardemment désiré te faire du mal. Je voulais te violenter, te pousser à bout. Je voulais que tu dises ces mots que je voulais entendre. Moi, je voulais souffrir. Sentir mon corps se déchirer, encore m’infliger cette brutalité pour me punir, pour oublier. » De son autre main, du creux de son poignet veineux, elle se martèle le front. Il n’y a pas vraiment de violence, plutôt une indifférence. Elle pouvait bien avoir l’air d’une folle, atteinte de froides hallucinations, mais elle ne pouvait plus garder tout cela pour elle. Elle voulait expier et arracher toutes ces sangsues qui venaient se coller sur ses pores, aspirant toutes ses joies et toute sa vivacité. Ces sangsues qui ne la laisseraient bientôt que d’un corps vide duquel répondre. Alors, oui, elle pouvait bien avoir l’air d’une folle perdue à jamais. Portant du bout de ses lèvres ces vérités terribles, elle les confiait à la seule personne sur terre possible. Robart Baratheon. Jamais elle n’aurait cru qu’un homme pourrait être plus important qu’Eliot, sa moitié, son double, sa continuité. Lui, il pouvait terminer ses phrases, prédire ses envies et la rendre folle en un seul clignement d’oeil. Pourtant, désormais il était comme un personnage fictif appartenant au passé, flottant dans sa mémoire comme une relique précieuse. Seul Robart, son époux, avait de l’importance. Les autres pouvaient bien tous brûler dans le feu de Balerion, elle les aurait regardé avec un sourire sincère si promesse lui été faite de ne jamais être séparé de lui. Elle ne savait pas l’expliquer. Parfois il était encore comme un inconnu et quand ils s’étaient disputés… elle avait eu peur. Terriblement peur qu’elle l’avait haï pendant un moment. Jamais, jamais, elle n’avait eu ces sentiments envers son frère. Malgré ça, elle acceptait de ne plus jamais le voir, lui, ni avoir de ses nouvelles, si elle avait cette promesse qu’elle ne serait pas séparée de Robart. En contradiction, sa main s’élève dans l’air. Elle s’éloigne du visage de Robb pour se poser sur l’accoudoir incurvé. « Je ne savais pas pour … notre mère. Je me souviens t’entendre bramer : ‘‘avec ces enfants, c’est mon sang, mon nom, mon héritage qui est mort encore une fois’’ et j’ai su, en cet instant méchant, que le doute de l’amour de Kyra était la seule chose qui pouvait te détruire. Te faire autant de mal que moi. Te faire subir la même petite mort. » Son front s’arrête, il s’écrase dans son poignet bleuté, elle avait utilisé les peurs de son époux contre lui. Elle avait pris ses confessions pour mieux le torpiller. Destruction, c’était son mot. Comment pourrait-il lui pardonner? Comment pourrait-il oublier? « Pour reprendre, et effacer, ces mots, je donnerai la dernière chose que je possède. L’ultime chose qu’il me reste en ma possession et que personne ne pourra jamais m’arracher. Jamais. »

L’inspiration est longue, profonde elle ne voudrait jamais se terminer. Ses jambes se contractent puis, bientôt, tout son corps. Il se fige comme une statue de pierre noire, les traits tirés. Tous ces jours à fuir ce moment, tous ces jours à fuir ces instants fugaces... Désormais, il était trop tard pour faire le chemin arrière. Trop tard pour espérer que le temps s’avale. Trop tard pour prier les Sept de sceller son coeur dans un mutisme éternel. Trop tard pour ravaler le temps, faire le chemin inverse, redonner à la nuit ses lèvres endormies sur sa joue, voir ce parchemin damné voler, se défroisser et se remettre sur les autres, trop tard pour que ses pieds retrouvent ses mules, reculent jusqu’à la porte, la referme dans son grincement affreux, trop tard pour redescendre toutes ces marches anguleuses et pour ne pas faire ce cauchemar. Trop tard. Trop tard pour vouloir être encore Soeur du Silence. Et l’inspiration dure tout ce temps. Toutes ces dernières minutes se peignent dans l’atmosphère, avec cette idée terrible qu'il est trop tard. Elle va l’entraîner avec lui dans les méandres de leur fatum. Ils en mourraient. Ils en mourront, nul besoin de chiromancie pour le lire. C’est inscrit dans chacune des parties de son corps. Alors, finalement, elle se donne l’élan, cette faiblesse de l’égoïsme. Sa tête se tourne, sa main vient trouver la sienne. Elle ne lui demande pas de trouver la force de lui pardonner, il ne l’aurait pas. Elle n’avait pas non plus celle de le faire sur cette nuit affreuse, ni de l’avoir laissée à son sort -quand bien même elle le lui avait demandé. Et ses doigts enlacent les siens, les tordent d’une capacité insoupçonnée. « Mon amour pour toi. » Ils se serrent un peu plus, si bien qu'elle ne sait plus si c’est lui qui vient trouver son corps, ou si c’est elle qui vient s'y écraser. Invisibles, venant baigner ses commisurs, les larmes pleurent sur ses joues. « Je t’aime. » Elle expire et, sans ne plus pouvoir arrêter cet affolement du coeur, sa cage thoracique s’ébranle. Jamais elle ne le lui avait dit, c’était parmi les choses qu’une Dame, lors des proses de bardes, réservait à ses oreilles. Mots fait pour être entendus, rêvés, mais proscrit à la diction. « Je t’aime Robart Baratheon. » Une rancoeur vient avec cette phrase. La rancoeur de devoir déposer à ses pieds sa seule détention, d'avouer sa cruelle faiblesse.

Assise devant lui, les corps tombés au sol, impostures maudites, elle le défie du regard. Elle entend une voix familiale qui avait l'habitude de répéter, sans cesse ; « Fils, ramasse ton courage, récupères ton destrier et prie. Prie pour ne plus jamais avoir les mêmes remords. » L’ivoire de ses dents vient mordre l’intérieur de ses joues. Ramasse ton courage fille des bois et prie, prie pour que tout, tes vices et pêchés, te sois pardonnés. « Ce que tu m’as demandé de choisir, je ne peux le faire seule. Que veux-tu Robart? »

AVENGEDINCHAINS

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Ven 27 Juil 2018 - 15:45




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

« Je ne savais pas pour … notre mère. Je me souviens t’entendre bramer : ‘‘avec ces enfants, c’est mon sang, mon nom, mon héritage qui est mort encore une fois’’ et j’ai su, en cet instant méchant, que le doute de l’amour de Kyra était la seule chose qui pouvait te détruire. Te faire autant de mal que moi. Te faire subir la même petite mort. »

Encore une fois, à travers les mots de la Biche, cette même vérité qui depuis des jours semble régir sa vie fait surface. De ceux qui te sont proches, viendront les déceptions les plus amères, de ceux que tu aimes naîtront les blessures les plus profondes. D’entre tous, Rohanna était celle qui connaissait tout de son mari, ses forces et ses faiblesses, ses peurs, ses craintes, et par dessus tout, où frapper pour le mettre à terre avec plus de certitude qu’un millier de flèches visant le coeur. Aux yeux du monde, la relation entre Robb et sa mère était cordiale, mais aucun importun n’aurait pensé à l’utiliser contre lui, inconscients qu’ils étaient tous de l’importance de la Lionne de l’Orage pour son fils. Rohanna, elle, savait.

Elle savait que si son époux était aussi orgueilleux, c’était d’avoir passé des années à tenter d’arracher un sourire à sa mère en accomplissant tous les hauts-faits auxquels il pouvait penser. Que si l’amour de Theodan avait toujours été acquis à son aîné, à chacun de ses enfants, il avait fallu au jeune Cerf mériter celui de sa génitrice, du moins l’avait-il toujours vu ainsi. Aucun enfant ne devrait avoir à douter de l’amour de sa mère, et pourtant, il avait toujours semblé aux aînés de la fratrie, et à Oriane, que seul Jasper trouvait grâce naturellement aux yeux de Kyra. Eux, ils étaient trop impulsifs, pas assez empreints du port et de la distance presque froide des Lannister, eux voyaient dans le terme de noblesse celle de l’âme et des actes, là où elle aurait souvent préféré qu’ils accordent plus d’importance à celle de l’apparence, comme leurs cousins de l’Ouest. Sa force, sa bravoure, sons sens tactique, Robb les devait à son père et à ses enseignements, mais l’envie de toujours se dépasser quitte à en souffrir, le besoin de toujours se sentir au dessus de ses pairs qui l’avait amené aussi loin, c’était à sa mère qu’il les devait. Fallait-il la maudire pour cela, ou au contraire la bénir ? C’était une question qu’il ne s’était jamais posé, il n’avait jamais voulu qu’une chose de Kyra, qu’au-delà de ses manières trop princières pour lui, elle le considère digne d’elle, que derrière son masque impassible, elle l’aime pour ce qu’il était. Pour cet idéal, elle avait été la seule à qui Robb passait son hostilité ouverte contre son épouse, la seule qui n’avait jamais eu à subir ses colères quand ses mots allaient trop loin. Le Destin était cruel pourtant, et comme tant de serments aujourd’hui brisés, le Seigneur de l’Orage semblait avoir échoué à obtenir ce que même les plus petites gens parvenaient à obtenir sans peine.

Savait-elle en cet instant fatidique, cette épouse aimante, que ses mots trouveraient un écho à des révélations qu’elle ne pouvait pas avoir entendues ? Pas consciemment, ce ne pouvait pas être. En face de lui, à chercher les mots justes pour en expliquer d’autres, la Biche était trop bouleversée que pour pouvoir mentir, pas à lui. Il existait des choses que l’on ne pouvait expliquer pourtant, et il en était persuadé, leurs âmes étaient liées au-delà ce que les hommes pouvaient ne fut-ce qu’entrevoir. Ce lien, ni les Dieux, ni la sorcellerie ne pouvaient l’expliquer, pas de façon convaincante, mais c’était lui, ce ne pouvait être que lui qui avait soufflé ses mots à la mère endeuillée, à celle qui ne voulait pas être la seule moitié d’un tout à souffrir. Le visage baissé, les yeux posés sur ces jambes amaigries mas qui par un sortilège de nostalgie n’étaient à ces yeux que celles de la femme dont il attendait avec impatience de la voir dévaler les escaliers de leur forteresse pour l’accueillir quand il rentrait, celles dont la remembrance de leur étau autour de sa taille suffisait à lui faire oublier les pires atrocités du champ de bataille, Robb ne dit pas un mot.

Qu’elle s’excuse, et il la pardonnerait s’était-il promis, mais pouvait-il pardonner que celle qu’il aimait aie voulu le blesser, que, même si ce n’était que pour un instant, elle ait rejoint la foule de ceux qui aimeraient tant le voir tomber ? Fallait-il seulement pardonner ce qui était l’élan d’un coeur en deuil, aveuglé par sa propre douleur ? Etait-ce nécessaire quand il savait déjà que tout ce qu’elle avait pu dire cette nuit là n’était rien en face de ce qu’elle représentait pour lui, de tout ce que sa présence lui avait apporté de beau, de réellement inoubliable ? Comme une réponse à ses interrogations, ce sont les mots de sa belle qui rompent ce court silence, là où peut-être, pour le salut de son âme, pour le bien d’un Royaume tout entier, il aurait dû lui intimer de se taire, de retourner à sa chambre, et de ne jamais revenir. Mais aucun titre, aucune terre, aucune allégeance ne valait un tel sacrifice aux yeux de celui qui commandait à tout un continent, et que le serpent tente de le mordre si c’était là le prix à payer.

« Pour reprendre, et effacer, ces mots, je donnerai la dernière chose que je possède. L’ultime chose qu’il me reste en ma possession et que personne ne pourra jamais m’arracher. Jamais. »

Elle se tend toute entière, pendant qu’il relève les yeux pour la fixer, interrogatif. Les mots semblent peiner à lui venir, l’effort de les prononcer presque insurmontable. Rohanna n’avait jamais été une grande oratrice, quand ses devoirs lui imposaient de prendre la parole devant un public auquel elle n’était pas habituée, elle cachait ce malaise derrière un air et des mots bien trop cérémonieux pour leurs terres. C’était une constante, source de moqueries attendries glissées à demi mot par son époux, certainement incapable de comprendre les difficultés qu’elle pouvait éprouver devant une épreuve qui lui avait toujours parue naturelle, aussi simple que de respirer.

Avec lui pourtant, la Biche n’avait jamais éprouvé ce besoin. Ensemble, il était facile pour elle de lui dire ce qu’elle voulait exprimer d’une façon ou d’une autre, et il n’avait pas besoin de se cacher derrière les masques de la bienséance qu’il se devait de respecter en public. Enfant déjà elle n’avait pas manqué d’audace ou d’imagination pour l’insulter copieusement depuis la mare d’où elle était tombée, plus tard elle avait surmonté la pression d’un mariage arrangé pour lui tenir tête, et ensuite… Ensuite, elle avait toujours trouvé le moyen d’exprimer ce qu’elle éprouvait le moyen de faire comprendre, par les gestes ou par les mots. Il y avait quelque chose de terrifiant que de voir ainsi Rohanna peiner à se confier à lui, présage de quelque chose de pire, indicateur que peut-être, entre eux, quelque chose de bien plus important que leur fierté avait été brisé.

Robb ne sent pas tout de suite les doigts de son amante se mêler aux siens, comme une supplique de celle qui cherche à retrouver cette proximité qui semble à jamais perdue. Encore, toujours, il n’y a que ses mots pour le sortir de sa torpeur, tocsin sonnant la fin de toutes ses interrogations. Trois mots souvent compris, trois mots qui avaient été un doute, une certitude, parfois une absence trop douloureuse, mais qui n’avaient jamais été prononcés. Aucune formule magique, et pourtant suffisamment puissants pour faire vaciller le plus grand des Royaumes, le plus puissant des hommes. Suffisants pour raviver les braises d’une volonté par trop mise à mal, pour que le brasier des certitudes du Seigneur de l’Orage alimentées uniquement par sa fierté, se fassent plus vives encore que le feu des dragons, dont le sang coulait encore dans ses veines. Parce qu’ils n’avaient pas le droit d’interférer avec sa vie, Robb avait tenu tête au Serpent et à ceux qui avaient tenté de le convaincre de prendre une autre femme. Pour l’amour de celle qu’il aimait, il mettrait fin à leur existence s’ils devaient persévérer dans leurs tentatives.

La main dans la sienne, il ne faut pas beaucoup plus qu’une impulsion au Cerf pour attirer ce corps dont l’absence avait laissé un vide trop douloureux contre le sien. Les larmes sur le visage de la jeune femme, il les sent sans les voir pendant que sa main libre se perd dans ses cheveux défaits. Cette délivrance, il aurait voulu qu’elle dure éternellement, qu’il ne soit plus jamais nécessaire de penser à autre chose qu’à ces mots qu’elle avait eu le courage de prononcer, mais il ne savait que trop que ce qui était fixé dans le temps ne pouvait jamais durer. Dans un murmure, dernière pudeur qu’il devait encore lui rester, sans savoir si elle l’entendrait ou non, il lui dit ce qu’un homme, un seigneur plus que les autres encore ne devrait jamais dire, cela signifierait un attachement plus grand à une femme qu’à ses terres et ses responsabilités, et pourtant ce n’était que la plus pure des vérités. La raison pour laquelle aucun des noms sur la liste froissée n’aurait jamais droit à ses attentions comme elle y avait droit, la raison pour laquelle il n’offrirait jamais la place de Rohanna à une autre, pas s’il avait le moindre choix à ce sujet.

« Je t’aime, Rohanna. »

Et qu’importe si pour ça je perds tout le reste. C’était Theodan qui avait arrangé leur union, pour le bien de la politique interne de l’Orage. C’étaient les Dieux qui étaient témoins de cette union, rendant de facto toute intervention simplement humaine pour interférer avec cette union hérétique. S’il n’y avait eu que ces deux éléments, s’il n’y avait eu que la main du Père et celle des Dieux, le Seigneur de l’Orage aurait pu se plier aux impératifs du Royaume, il aurait pu écouter le sifflement de de Mantarys. Il aurait pu en choisir une autre, consolider son alliance avec les Lions en prenant la cadette Piper comme épouse, ou s’assurer du silence du Val en s’adjoignant Etaine Arryn à ses côtés. Mais il y avait son coeur, son âme, ceux qui lui criaient que consentir, c’était non seulement trahir les Dieux et son père, mais c’était aussi se trahir lui-même, que renoncer à Rohanna c’était renoncer à ce qu’il était, c’était dénaturer jusqu’à son propre nom. C’était donner raison à Kyra, et ne plus être digne des honneurs qu’il portait, d’être l’héritier de Theodan, de manière irrévocable. C’était faire taire un coeur qui était l’essence même de ce que représentaient les siens.

« Ce que tu m’as demandé de choisir, je ne peux le faire seule. Que veux-tu Robart? »

Il y avait presque une provocation dans le regard de la Biche. Renvoie-moi, et sauve ton existence. Renvoie-moi, et fais ce qui doit être fait. Mais avant ça, elle lui demandait ce qu’il ne voulait pas lui dire. Ne l’avait-il pas fait quelques secondes à peine plus tôt cependant ? Sans doute était-il idiot de penser qu’elle aurait pu faire un choix sans savoir ce qu’il voulait, et puis… Cette faveur, cette aide qu’elle lui demandait à mots cachés, il ne pouvait pas, il ne pouvait plus lui refuser, pas après ce qu’elle avait dit.

« Ce que je veux... »


Soutenant son regard, Robb passa une main sur la joue de la Biche pour chasser une larme qui s’y était attardée. C’était elle qu’il voulait, nulle autre, pas de nobles noms, de grandes richesses ou de hautes naissances. Pas d’alliances présentées à demi mot, ou de promesses de stabilité politique. Rohanna, simplement.

« Je veux que tu dormes ici, cette nuit. Je veux ne me lever demain que quand nous l’aurons décidé, et pas parce qu’une affaire urgente réclame une attention qu’elle ne mérité pas. Alors seulement, je veux que nous quittions cette pièce pour ne plus y revenir, je veux qu’ils voient tous que peu importe l’épreuve que l’on nous inflige, aucun homme, aucun Roi, aucun Dieu ne peut nous séparer. Je veux que tu te battes avec moi pour qu’ils comprennent qu’aucun nom qu’ils peuvent proposer ne sera en mesure de rivaliser avec le tien. Et quand ils l’auront compris, je veux retourner me coucher dans notre lit, avec toi, et ne plus le quitter pendant des jours. Oublier au moins pour quelques temps ce pouvoir si égoïste et destructeur. »

Serrant une dernière fois la main de l’orageoise dans la sienne, il finit par la lâcher pour se relever, avant de lui tendre sans la quitter du regard.

« Mais je ne te retire pas ce choix que je t’ai offert. Ce que je veux, j’y renonce, si ce n’est pas ce que tu veux toi aussi. »

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Rohanna Baratheon
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MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Dim 5 Aoû 2018 - 20:33


Le Cerf & La Biche

I'm gonna love you
like I'm gonna loose you


Ramasse ton courage fille des bois et prie. Ses paumes s’aventurent sur le torse du Cerf. Doucement, elles viennent s’y apposer. Elle voudrait ne pas avoir cette angoisse, teintée de rancoeur, qui vient déformer son bas-ventre. Ainsi sur son souffle de vie, ses mains aimeraient puiser sa force diluvienne. Cette force nécessaire pour la renvoyer, la chasser et offrir à Westeros une paix durable. Puisque son époux lui demeure secret, qu’il possède encore ses ombres opaques, elle craint un instant qu’il exécute cette sentence. C’est insensé, irrationnel : il l’aimait. Il venait de lui murmurer… Tous ces malheurs nécessaires pour entendre ces simples mots : je t’aime Rohanna. « Ce que je veux… » Obligée de soutenir son regard, elle tord la nuque. Les cervicales rejetées en arrière. Le souffle en alerte. Sur sa joue la main de Robb est violente d’incertitudes. Ce qu’il voulait et ce qu’il devait faire étaient différents désormais. Les Lords avaient parlé. Ils n’étaient pas assez forts, pas assez puissants pour les défier. Ce n’était pas comme dans les légendes et les contes : l’amour n’était pas vainqueur. On ne s’aime jamais comme dans ces histoires tout nu et pour toujours. Au contraire de ce que peut crépiter le feu lors des veillées nocturnes, s’aimer c’est se heurter continuellement à des vents contraires. Personne n’essaierai de les comprendre, personne. Et, il est trop tard. Si son coeur s’évertue à battre une mesure incertaine, elle sait ce qu’il répondra. Peau contre peau, ils n’y pourraient plus rien. « Je veux que tu dormes ici, cette nuit. Je veux ne me lever demain que quand nous l’aurons décidé, et pas parce qu’une affaire urgente réclame une attention qu’elle ne méritait pas. » Monde chimérique qui n’existerait jamais ; pour l’Aurore toujours il faudrait accepter de délacer leurs corps enlacés. Ironiquement, pour le plus grand malheur de leurs existences, un royaume de la conscience. Accueillant une larme de sel, ses lèvres souhaitent sourire. S’il l’aimait, Robart aimait tout autant le pouvoir qui lui incombait. Et si elle osait dire que ce pouvoir lui était indifférent, c'était un mensonge. Cette facette de son caractère, de son aura l’avait hypnotisée dès le premier jour. Elle pouvait prétendre que c’était faux et s’en défendre, mais la vérité était là. Cruelle. Sans appel. « Alors seulement, je veux que nous quittions cette pièce pour ne plus y revenir, je veux qu’ils voient tous que peu importe l’épreuve que l’on nous inflige, aucun homme, aucun Roi, aucun Dieu ne peut nous séparer. » Se faisant, ils se prendraient pour les dieux eux-mêmes. Se défiant au-dessus d’elle, ils détruiraient l’harmonie humaine. « Je veux que tu te battes avec moi pour qu’ils comprennent qu’aucun nom qu’ils peuvent proposer ne sera en mesure de rivaliser avec le tien. Et quand ils l’auront compris, je veux retourner me coucher dans notre lit, avec toi, et ne plus le quitter pendant des jours. Oublier au moins pour quelques temps ce pouvoir si égoïste et destructeur. » « Ce pouvoir est égoïste et destructeur seulement si tu le décides… » Perdu dans ses pensées ravageuses, l’avait-il seulement entendu? Elle se refusait à écouter que ce pouvoir était destructeur. C’était nécessaire pour continuer d’avancer. Alors, dans sa tête, il prenait beaucoup, il prenait trop, mais il ne détruisait pas. Il ne détruirait que si Robart perdait la foi. Pour les Six couronnes de Westeros il était le meilleur homme. Bien meilleur que Jaehearys ne le serait avant de longues années ! Si elle n’était pas morte, si elle avait réussi à se relever, jamais lui ne devait s’abandonner à cette morne pensée. Il serre sa main jusqu’à la broyer. Si elle grimace, elle ne rejète pas cette poigne. Car, pour tout ce qu’elle promettait, elle acceptait. Souffrir un instant n’était rien pour tous les combats qu’elle devrait désormais mener. Ceux-ci ne s’arrêteraient que sur son lit de mort, se fanant avec les narcisses infernaux de sa dernière couche nuptiale. Elle acceptait, elle était prête.



Alors que Robb se relève, ses dents s’entrechoquent en guise d’acquiescement. Assise sur ses jambes, Rohanna est à ses pieds les bras pendants. Son corps est mou, il n’est qu’une enveloppe de fatigue et de lassitude. Sour le joug de la décision, ses dents s’entrechoquent encore. Elle acceptait, elle était prête, mais elle avait peur. L’angoisse paralysante de ceux qui ont déjà vécu des horreurs sans mots. « Mais je ne te retire pas ce choix que je t’ai offert. Ce que je veux, j’y renonce, si ce n’est pas ce que tu veux toi aussi. » La nuit venait de recevoir une confiance dangereuse : tous les deux étaient capables de renoncer à ce qu’il avait de plus cher pour l’autre. Une partie intrinsèque de leur âme. De ce qu’elle voulait, la Biche Pendue n’en était pas réellement certaine… En cet instant, elle sait seulement qu’elle souhaite se relever à ses côtés. Déchaîner les pluies foudroyantes de l’orage et sentir leurs coeurs collés et épuisés. Quand elle glisse sa main dans la sienne, elle jure qu’elle peut l’entendre au loin résonner de promesses et de parjures. Elle jure qu’elle voit un éclair mauve sur le visage de Robb, brillant. Une jambe après l’autre, elle se déplie jusqu’à lui. « Car personne ne pourra nous voler ces instants inexistants, car le Donjon-Rouge nous croit séparé de ses murs interminables : je veux rester ici cette nuit… mais, demain matin, je préférerai que personne ne me voit dans cette tenue. » Son visage pleure comme il rit. Longtemps, elle avait été persuadée que la maison étaient une terre, les murs d’une forteresse, d’un petit château ou d’une chaumière. Une construction solide, protectrice, dans laquelle on se retrouvait et on s’aimait. Une vision fausse et édulcorée. Les murs tout le monde pouvaient les détruire. Pierre par pierre pouvait être démantelée. La maison c’était autre chose. Sa maison c’étaient ces bras qu’elle enroule autour de son corps. Ces bras auxquels elle susurre de les porter jusqu’au baldaquin. Tant de jours et tant de nuits qu’elle désire le sentir à ses côtés. Tant de jours et tant de nuits qu’elle désire qu’il soit simplement à ses côtés. Silencieux, s’il le faut, mais à ses côtés. Elle avait beaucoup réfléchit, de longues heures, de longues minutes ruisselantes, il y avait un mot pour tout. On ne manquait pas de mots, c’était quelque chose d’impossible. Quand on parle, quand on réfléchit, quand on écrit, quand on pense : on n’est jamais à court de mots. Pourtant, elle avait cherché, encore et encore, mais elle n’avait rien trouvé pour les parents qui perdent un de leur enfant. Aucun mot assez puissant, ayant assez de verve, pour décrire la douleur. L’infamie. Régente, suite à la mort de Théodan, et aux lendemains de la guerre des six ans, elle avait reçu de nombreuses femmes meurtries par la disparition de leurs enfants. Alors, elle s’était targuée de comprendre. Elle aussi avait perdu ses enfants lors d’une fausse couche. Malheureusement, elle ne comprenait que maintenant ce que ça voulait dire. Aucun mot pour accompagner le deuil. Logée dans ses bras forts et puissants, elle laisse sa tête se perdre sur son épaule. Oui, la maison était une chose invisible, ce moment, ce lien, que personne ne pourrait jamais lui prendre. Ah !, ils pourraient essayer de lui arracher les entrailles, de la saigner à l’os, de la coiffer de hontes et de peines : jamais, jamais, jamais ils ne lui reprendraient cette chose invisible. Cette construction que seules les âmes partagées savent percevoir. Sa bouche vient happer un baiser. Un baiser perdu, qu’elle vole à elle. Celui d’une jeunesse révolue, vierge de toutes désillusions. Une promesse que les jours à venir seraient à nouveau clément. « On ne peut pas être en chemise quand le monde nous attends. » Demain, qu’ils viennent avec leurs doléances : le monde avait toujours des excuses pour pardonner ! Oui, qu’ils viennent donc demain avec leurs belles condescendances ravalées !



Un instant, celui où les bras de Robb la hissent sur la couche, le temps s’oublie. Dans un mouvement léger, les courtines se referment sur eux. Si elle l’entend, si elle le sent à ses côtés, il lui faut porter ses doigts sur son visage. De mémoire elle le dessine, elle le module comme si elle avait pu oublier chaque parcelle. On n’entends que leurs respirations. Désormais, Rohanna savait qu’elle était en mesure de le détruire, de l’anéantir et le conduire à sa perte. Sur ce fil invisible qui les relie, il y avait le sort de toute un peuple. Une masse considérable d’être humains évoluaient à l’intérieur de ce fil. Si jamais elle ne devait donner d’héritiers, si les Lords et le Conseil Restreint devaient encore montrer leurs mécontentements, les dieux les préservent des tous les malheurs qui en découlerait ! « Robb… » laissant sa phrase en suspens, elle se blottit contre lui. Sa peau frissonne de milliers de sentiments froids et chauds, il y avait tant de choses à dire. Il y avait tant de choses dont elle se devait de lui parler maintenant. Là, ce soir. Pourtant, simplement expliquer à quel point cette présence lui avait manqué : elle en était incapable. Cette phrase n’aurait aucune suite et elle plane entre eux. Un sentiment tragique qui l’émeut. Il n’y aurait pas de mots pour expliquer tout ce qui c’était passé ces derniers jours. Chacun devrait vivre avec leurs secrets et leurs blessures. Il était trop tard pour tenter maladroitement de les panser à deux. Tous deux savaient, tous deux partageaient les mêmes passions. Rien ne serait plus apaisant que ce silence entre eux, leurs paupières closes sûres de leur amour mutuel. « Ne laissons pas la pointe du jour nous surprendre... » L’âme apaisée, son cauchemar éloigné, le sommeil revenait rôder. Elle savait pertinemment que ses sens s’y rendraient, son esprit le désirant ou non. La candeur de cette question lui fit cacher un sourire dans le creux de sa carrure. « Robb? Voudrais-tu lui donner un nom? » Sans prononcer son nom, car elle ne veut pas laisser les autres venir détruire leur intimité, l’image d’Alérie lors du dîner lui revient en tête. Elle se superpose à celle où elle demande à Robart de rester à la cérémonie. Leurs doigts qui se séparent et s’éloignent. Cet abandon qui n’en était pas un. Puis, une dernière vient miroiter sur les autres : celle de ce petit être chétif. « Pour écouter ses inspirations, j’ai retenu les miennes autant que j'ai pu… Quand il a bramé pour la dernière fois… j’ai su qu’il avait vécu. Je suis reconnaissante que tu n’aies pas été présent. » Si Robb avait été présent pendant l’opération, elle savait qu’elle ce moment n’existerait pas. Cette absence la préservait d’un regard qu'elle n'aurait jamais pu supporter chez lui. Un regard qu’elle aurait fui, quitte à s’en donner elle-même la sentence irrévocable. « Je ne peux me convaincre de ne pas lui offrir un prénom et j’aimerais que tu le fasses… » Ils n’auraient plus à parler de cette affreuse nuit, ils n'auraient plus à y faire référence s’il le voulait, mais ce serait leur moyen de réunir leur deuil, leur perte. Ne pas l’oublier afin de pouvoir lever sur les lueurs matinales rougeoyantes un regard duelliste. « … pour nous. »

AVENGEDINCHAINS

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Dim 5 Aoû 2018 - 22:48




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

Avait-il cru que Rohanna déciderait de partir ? Qu’elle rentrerait à Gallowsgrey, où la vie était moins grandiose, mais tellement plus sûre, un havre où elle n’aurait plus eu à craindre les machinations politiques, pas plus qu’elle n’aurait dû passer son existence à regarder dans son dos, à tenter de voir derrière les sourires qui lui étaient adressés la dague que l’on s’apprêterait à planter dans son dos. Elle aurait sans doute retrouvé la joie de vivre là-bas, à nouveau autorisée à vivre sans faux semblants, sans demi mots et insinuations, sans intrigues, sans lui. Robb avait cru qu’elle partirait, oui, une part de lui l’avait même sans doute espéré. Celle qui savait que si elle restait, peu importeraient les moyens qu’il mettrait en place, il se trouverait toujours quelqu’un pour tenter de la blesser, de la malmener, ne fut-ce que dans l’espoir de l’atteindre lui, si ce n’était pour autre chose. Celle qui savait que garder la Biche auprès de lui était un acte d’égoïsme, et qu’un jour, les Dieux trouveraient sans doute un nouveau moyen de lui rappeler que de ses malheurs il était seul responsable, pour avoir cherché son intérêt personnel au-delà des devoirs qui lui avaient été confiés. Pour cela, il n’avait pas voulu influencer son choix, il n’aurait pas du sans doute, car les mots qu’il avait prononcés les condamnaient tous les deux aussi sûrement qu’une déclaration de guerre, à vivre dans la tempête jusqu’à la vaincre, si c’était seulement possible, ou jusqu’à en mourir.

Mais sa main, pourtant, elle la prend, quittant le sol pour se relever, à ses cotés, acceptant ses mots comme une universelle vérité, mêlant le rire aux larmes. Alors il l’attire contre lui, accueille ce déchaînement de passion pour ce qu’il était, la plus pure expression de ce qui s’était désormais décidé. Robb n’aurait pas le luxe de savoir que la décision de son épouse n’était pas due à ses mots, mais peut-être étaient-ils réellement nécessaires, il n’en savait plus rien. La seule certitude désormais, était qu’au devoir que les hommes voulaient imposer, à la félicité de la sagesse humaine, à la force du destin que les Dieux eux-mêmes semblaient vouloir forcer, c’était le danger, l’ombre de la damnation de ses sentiments, de ses envies, qu’il avait choisi. Qu’ils avaient choisis. Aux autres désormais il faudrait résister, il faudrait prouver sa place, une fois encore, il faudrait montrer les armes, probablement. Mais tant qu’ils seraient ensemble, rien ne serait impossible, de cela il avait toujours été convaincu.

Peut-être était-ce de l’orgueil mal placé, mais il était le Suzerain de l’Orage, il commandait à la meilleure force armée de Westeros, aucun autre ne pouvait rivaliser avec ses hommes, ou avec lui, sur le champ de bataille. Tyrell, Arryn, Lannister, Stark, aucun d’eux n’avait la moindre chance s’ils voulaient s’opposer à lui, et s’il prenait à ces importuns de se liguer contre la Maison Baratheon pour prouver qu’ils pouvaient lui faire plier l’échine… Rohanna serait là. Elle avait toujours été la force qu’il lui avait manqué pour affronter les menaces qui auraient pu paraître infranchissables, l’incarnation d’une volonté qu’aucun autre n’aurait jamais. Pour elle, il les vaincrait tous, il imposerait sa présence à ses cotés s’il le fallait. Seul, il se serait dressé contre ceux qui oseraient affirmer qu’elle n’était pas légitime, que sa place était ailleurs, mais il n’aurait pas à l’être. Elle serait là, il pourrait compter sur ceux qui lui étaient toujours fidèles pour l’appuyer, qu’il s’agisse d’Edric, d’Oriane et de son mari, des seigneurs de ses terres dont la fidélité ne faillirait pas par les mots d’une mère indigne, ou de la Reine elle-même, qui avait déjà su prouver qu’elle se tiendrait à ses cotés, quoi qu’il advienne. Le jour où ces indignes ennemis vaincraient viendrait peut-être, mais il n’était pas encore venu, il était encore temps de se battre, de faire de leur volonté d’être ensemble force de loi, d’asseoir une fois de plus son nom aux cotés de ceux qui avaient pu changer la face de l’histoire comme bon leur semblait.

La sagesse populaire disait que l’on ne pouvait pas savoir à quel point une chose nous avait manqué avant d’être à nouveau mis en sa présence, et une fois encore le Cerf pouvait éprouver ces dictons. Rohanna lui avait manqué, c’était un fait, mais sa présence à ses cotés, allongée contre lui, ses doigts sur son visage. Pensée fugace, il se dit en cet instant que le bonheur était là, pas dans la gloire de son nom, ou dans les faveurs apportées par le pouvoir. Un jour, peut-être, la seule présence de celle qu’il aimait à ses cotés serait suffisante, mais il savait très bien que les feux de l’ambition brûlaient encore trop fort en lui pour qu’il se contente uniquement de cela, pour qu’il abandonne le reste, définitivement. On avait besoin de lui, mais lui avait besoin de cette importance qu’il pouvait ressentir, de se savoir au-delà de ce que d’autres ne pouvaient que rêver d’atteindre. Fruit d’années entières d’éducation, Robb ne pouvait pas si facilement renoncer à ce qu’on lui avait appris à prendre, à exiger, pas si vite en tout cas. Il savait que la Biche ne lui demanderait jamais de renoncer au pouvoir non plus, elle savait qu’il faisait partie intégrante de son existence, et pourtant… Si elle lui demandait, si elle lui avait ordonné de choisir entre l’un et l’autre, le choix aurait été rapide, et fait sans l’ombre d’une hésitation. Alors, ces quelques heures de répit, cette illusion dans laquelle il n’avait d’autres préoccupations que d’éviter à son souffle d’être trop fort et de causer de l’inconfort au corps lové contre le sien, le Seigneur de l’Orage en gouterait chaque seconde, chaque instant avant que ses yeux ne doivent à nouveau s’ouvrir, et contempler la tâche immense qui l’attendait encore. Cette nuit, ou ce qu’il en restait, il n’y aurait qu’elle, lui, et le silence d’une réunion que personne ne soupçonnait.

L’instant aurait pu durer, la félicité n’avoir de fin que le lever de l’astre du jour, mais Rohanna en avait décidé autrement. Elle n’avait pas à parler fort, elle était trop proche pour qu’il n’entende pas le moindre de ses murmures, et trop heureux pour que même le sommeil l’empêche de prêter attention à ses mots. Si Robb la serre un peu plus fort pour lui signaler qu’il ne s’est pas endormi, pas encore quand elle prononce ses premiers mots, ceux qui suivent sont autant de coups de poignards éraflant les cicatrices encore béantes des événements passés.

« Robb? Voudrais-tu lui donner un nom? Pour écouter ses inspirations, j’ai retenu les miennes autant que j'ai pu… Quand il a bramé pour la dernière fois… j’ai su qu’il avait vécu. Je suis reconnaissante que tu n’aies pas été présent.»

Le Baratheon s’était attendu à ce qu’elle veuille parler encore de cet empoisonnement, de cet assassinat, mais pas si tôt, et le choc est dur, le retour à la réalité un seau d’eau froide jeté au visage de ses illusions. Symptôme de sa sérénité envolée, il ouvre grand les yeux, conscient que son répit est terminé. Il ne dit pas un mot, pourtant, mais ses muscles se tendent à nouveau, dans l’expectative de ce qui va suivre, de ce qu’il devrait faire.

« Je ne peux me convaincre de ne pas lui offrir un prénom et j’aimerais que tu le fasses… pour nous. »

Ce n’est pas un soupir de lassitude qu’il pousse tandis qu’il se redresse pour appuyer son dos contre la tête du lit, simplement l’expression d’une décision impossible à prendre, mais qui doit pourtant l’être malgré tout. Longtemps déjà, il avait réfléchi à la question de nommer ses enfants morts-nés, même si l’un d’eux avait vécu quelques secondes, sans parvenir à s’y résoudre pour autant. Il aurait voulu que l’un d’eux porte le nom de son père, l’homme qui aurait tant voulu voir son aîné devenir père à son tour, mais il n’avait pas le coeur de voir la mort porter à nouveau le même prénom. Et puis, il y avait la politique, toujours la politique. Qu’il donne un nom à ces enfants, et c’était admettre à la face du monde que ceux qui avaient attenté à sa famille avaient réussi à le blesser, leur donner ce qu’ils voulaient, les laisser savoir qu’il avait été atteint, qu’il y avait désormais une faiblesse à exploiter chez le Régent des Sept Couronnes. Et faible, il ne pouvait pas le paraître, pas quand la guerre était aux portes du Royaume, pas quand il faudrait presque certainement qu’il prenne les armes pour punir le loup présomptueux qui voulait se faire appeler Roi. Si Rohanna ne lui avait pas demandé, ç’aurait sans doute été la fin de ses réflexions, et le sujet n’aurait pas été plus loin. Elle en avait visiblement besoin, pourtant, et pour elle, il devrait encore une fois faire ce qu’il ne se serait pas résolu à faire pour quiconque d’autre. Passant une maindans les cheveux de la jeune femme, il resta silencieux un long moment, avant de finalement prendre une décision.

« Cet enfant n’a pas vécu longtemps, mais son existence, aussi brève soit-elle, va changer énormément, que ce soit pour l’Orage, ou même pour tout le Royaume. Parce que certains s’en sont pris à lui, à toi, le sang coulera, les têtes tomberont. Parce qu’on ne l’a pas laissé vivre, notre Maison connaît sa première trahison, notre famille sa première fracture, dont il faudra gérer les conséquences. Plus rien ne sera jamais pareil pour personne, pas tant que je n’aurai pas trouvé et châtié les responsables. En cela, et même s’il n’a respiré que quelques instants, son existence aura déjà plus de sens que celle de la plupart des gens qui foulent le sol de ce palais, sa vie et sa mort seront plus puissantes que celle même de mon père, parce qu’en son nom, ce sont des dynasties entières que je ferai tomber si c’est nécessaire pour obtenir justice et vengeance.

Mais ce pouvoir, il ne l’a pas acquis par lui-même, les effets qu’auront sa mort sur ce monde ne lui viennent pas de son existence, ou de ses compétences. Il lui vient de sa famille, du nom auquel il aurait du apporter la gloire, s’il en avait eu le temps. Seul, il n’aurait été qu’un bébé, mais avec toi, avec moi, avec notre famille, il deviendra un symbole. Par sa mort, l’Orage renait, pour le meilleur comme pour le pire de ce qu’il adviendra, mais il renaît. Pour cela, il portera le nom de son arrière grand-père. Parce qu’à leur manière, ils ont tous les deux changé à jamais le visage de leurs terres. Orys Baratheon. »


Le ton de sa voix était grave, sans appel, une promesse de mort et de destruction pour ceux qui se dresseraient entre lui et sa vengeance, une promesse de renouveau pour ceux qui décideraient de se ranger à ses cotés. Il n’était plus question de demi mesure en la matière, il n’y avait que deux possibilités, et tous devraient faire un choix le moment venu. Sa voix était grave, parce qu’un Seigneur de l’Orage ne pouvait pas pleurer, au chagrin il ne pouvait répondre que par la colère et la rage, ou par le pardon, mais il lui était interdit de vaciller, de douter, son père lui avait appris cela bien des années auparavant, quand le malheur avait frappé son lit pour la première fois.

« Mais, parce que nous ne pouvons pas nous permettre de paraître faibles, d’offrir la victoire de l’affliction à ceux qui nous ont frappé, ce nom ne sera connu que de nous deux, et des Dieux. Tu le comprends ? »

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Merci à rawr & (c) FreeSpirit
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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Dim 5 Aoû 2018 - 23:44


 Le Cerf & La Biche

 I'm gonna love you
like I'm gonna loose you

 

  Dans l'expiration de son soupir, Robb s’est relevé. Massif, il regarde au loin comme si la courtine n’existait pas, comme si l’obscurité était un leurre. Sous leurs corps, le bois grince dans un son trop neuf. Avec les dégâts de la Grande Guerre, la précipitation du Couronnement, ce bois n’a probablement pas séché assez longtemps. Ils ne lui ont pas laissé assez de temps pour se faire, se durcir, perdre sa verdeur. Ce grincement sonore, peu aimé d’ordinaire, est pour Rohanna la preuve invisible que son époux n’a pas passé beaucoup de nuits ici. Trop occupé à ses nouvelles charges, il s’est probablement endormi plus d’une fois sur sa chaise. Elle, elle ne doit plus grincer, habituée aux formes de son maitre et de ses exigences. Le sentant loin d’elle, elle se réfugie un peu plus contre sa large cuisse, sa tête contre sa hanche. Son silence est long, assez pour laisser un doute envahir son esprit. Cette requête, elle n’aurait peut-être pas du. Que pouvait-il décider d’un nom pour un enfant mort qu’il n’avait, du reste, jamais vu? N’était-ce pas le mettre dans une impasse difficile et douloureuse que d’exiger une chose trop féminine, trop sensible et sentimentale? Ses doigts se perdent dans sa chevelure, et elle regrette de ne pas les avoir fait mieux brosser. Amère, elle pleure leur douceur et brillance d’il y a quelques jours. Si elle n’avait jamais été coquette de sa condition, peu encline à aimer choisir des heures durant étoffes, passementeries et broderies, elle chérissait sa longue chevelure brune. Dessous, nymphe d’une cascade de boucles sensuelles, et au creux des bras de Robart elle s’était toujours sentie désirée. Désirable. La matrone Trant avait toujours pris grand soin d’éduquer ses filles de la dangerosité d’un cheveu libre. Toujours, elle leur avait fait tresser avec soin toutes leurs longueurs, allant les cacher jusque sous un voile pudique lors des visites officielles. Plus particulièrement avec son aînée qu’elle disait possédée de cette sauvagerie furibonde et dont la crinière, toujours en pagaille, renvoyait à une jeune fille trop indomptable. C’est pour cette raison qu’elle avait fait exécuter une coiffure particulièrement complexe pour ses épousailles avec l’héritier de l’Orage. Pourtant, avec les années Rohanna avait compris que certaines coiffures pouvaient être bien plus dangereuses que des cheveux libres, un atout de séduction majeur. Pour chaque retour prodige du fils acclamé, de l’époux soupiré, elle en avait fait l’expérience. Un artifice d'une construction savante et impudique, pour mieux jouer de la bestialité mâle. Elle avait aussi appris à mettre des onguents de santal, mais ce soir aucun parfum ne viendrait parfumer les mains du héros. Frissonnant de quelques heureux souvenirs, elle laisse ses doigts se perdent sur son crâne.

« Cet enfant n’a pas vécu longtemps, mais son existence, aussi brève soit-elle, va changer énormément, que ce soit pour l’Orage, ou même pour tout le Royaume. Parce que certains s’en sont pris à lui, à toi, le sang coulera, les têtes tomberont. Parce qu’on ne l’a pas laissé vivre, notre Maison connaît sa première trahison, notre famille sa première fracture, dont il faudra gérer les conséquences. Plus rien ne sera jamais pareil pour personne, pas tant que je n’aurai pas trouvé et châtié les responsables. En cela, et même s’il n’a respiré que quelques instants, son existence aura déjà plus de sens que celle de la plupart des gens qui foulent le sol de ce palais, sa vie et sa mort seront plus puissantes que celle même de mon père, parce qu’en son nom, ce sont des dynasties entières que je ferai tomber si c’est nécessaire pour obtenir justice et vengeance. » Dès l’instant où Robb avait commencé à parler, le corps de l’épouse c’était légèrement tendu. Il se tenait sur le qui-vive d’un quelque refus à sa requête. A chacune de ses phrases, et de toute évidence, il était impossible de déterminer où il souhaitait l’amener. Car elle n’aurait su s’y tromper : il voulait l’amener quelque part. Leur entourage pouvait bien prétendre que Robb accordait tout à sa parvenue d’épouse, devenant laxiste là où il était d’ordinaire intransigeant, mais la vérité était bien plus sinueuse. Rohanna savait pertinemment qu’il était avec elle comme avec les autres, soit charismatique et foutrement intelligent. A sa façon il savait la manipuler pour obtenir ce qu’il souhaitait. C’était dans sa nature d’héritier orgueilleux et gâté, mais, au contraire des autres, elle avait su y répondre. On pouvait souvent la voir s’amuser de la gravité de son époux, il la disait trop cérémonielle alors qu'il était toute une cérémonie ! Si cet instant n’avait pas été si grave, si son coeur n’avait pas longuement pleuré pour lui, il est probable qu’elle aurait sourit, les yeux légèrement haussés, en écoutant cette ribambelle de mots ne se finissant pas. Or, elle est là dans l’attente d’un courroux qui ne vient pas, frêle et tendue, le long de la cuisse du guerrier. « Mais ce pouvoir, il ne l’a pas acquis par lui-même, les effets qu’auront sa mort sur ce monde ne lui viennent pas de son existence, ou de ses compétences. Il lui vient de sa famille, du nom auquel il aurait du apporter la gloire, s’il en avait eu le temps. Seul, il n’aurait été qu’un bébé, mais avec toi, avec moi, avec notre famille, il deviendra un symbole. Par sa mort, l’Orage renait, pour le meilleur comme pour le pire de ce qu’il adviendra, mais il renaît. Pour cela, il portera le nom de son arrière grand-père. Parce qu’à leur manière, ils ont tous les deux changé à jamais le visage de leurs terres. Orys Baratheon. » Il deviendra un symbole. Haletante, Rohanna se retourne brutalement vers lui. Ses coudes, enfoncés dans l’épaisseur des plumes du matelas, la haussent vers son torse assis et figé. Orys Baratheon. Dans son regard ondule une lumière nouvelle, peu déchiffrable. S’asseyant devant lui, les jambes croisées tout près des siennes, elle laisse ses doigts attraper son fier menton. Avec infime douceur, elle l’oblige à la regarder. Devant elle, ce n’était pas l’homme ou le père, mais le Seigneur-suzerain. Machinalement, les lèvres entrouvertes de mots qui n’auront jamais de formes audible, elle hoche la tête. Non parce qu’elle comprenait ou qu’elle le remerciait, mais pour elle-même. De Robb elle devait apprendre ; elle non plus, dès l’aurore prochaine, ne devrait plus montrer sa souffrance. Elle serait son diptyque royal. Avec l’Orage elle renaitrait, pour le meilleur comme pour le pire. Suzeraine, épouse du Régent du Royaume, femme de la Main, personne n’aurait plus aucun doute en la voyant. Pour lui, pour eux deux, elle s’en faisait la lourde promesse. « Orys… » …un jour je te donnerai des frères et tu vivras à travers leur grandeur, je t’en fais le serment. 


« Mais, parce que nous ne pouvons pas nous permettre de paraître faibles, d’offrir la victoire de l’affliction à ceux qui nous ont frappé, ce nom ne sera connu que de nous deux, et des Dieux. Tu le comprends? » Une de ses mains, glaciale, vient enserrer sa cheville. Violemment, elle la serre comme un étau brulant emprisonne celle d’un condamné. Il ne pouvait pas lui demander cela. Non. Elle voulait qu’ils sachent tous que ce fils avait vécu, qu’elle était capable dé féconder jusqu’à terme. Une vraie femme, celle capable de donner la vie ! Elle pouvait bien dire et se répéter qu’il y avait d’autres moyens, pour le beau sexe, de se rendre indispensable... elle voulait quand même que tous le sache. Si sa bouche s’ouvre, sa gorge se ferme. Autour de sa cheville, sa poigne se fait un peu plus ferme tant qu’elle croit bientôt la broyer. Pourquoi vivre à ses côtés demandait tant de sacrifices? Comprenait-il seulement ce qu’il était en train de lui  d’exiger? Ce garçon, qui pourtant avait respiré, n’aurait aucune mémoire. Eux morts, son âme n’aurait plus jamais accès à cette terre. Difficilement, elle hoche imperceptiblement son front. Un assentiment. Maintenant, elle comprenait où il avait voulu l’amener. Et, elle se pliait à sa volonté. Sans défenses aucunes. « Non. » Sa gorge émet un son rauque et désabusé, apreté d’une déglutition difficile. « Non, je ne comprends pas. Seulement, je l’accepte pour l’Orage, pour toi. » A nouveau, les intérêts de leur région venaient s’immiscer dans leur couple. Elle lui en voulait de ne pas lui montrer son visage intime, celui de l’amant et du confident. Elle lui en voulait de pas avoir partager ses larmes, elle aurait aimé le voir pleurer comme il l’avait fait lors de la mort de Theodan. Cette nuit où elle avait entendu un seul sanglot étouffé, un seul. Pieds nus, elle s’était approchée du déserteur de la couche et avait ardemment le serrer tout contre son corps. Elle ne l’avait pas fait, apeurée à l'idée qu’il la chasse plein de colère et de honte. Doucement, à force de secondes lentes et hésitantes, derrière lui, elle avait placée ses deux mains sur ses épaules. Puis, plus doucement encore, elle les avait laissées glisser jusqu’autour de son cou find de poser sa tête sur la sienne. Ils n’en n’avaient jamais parlé. Au petit matin, toute trace coupable avait disparu de son auguste visage. Un nouveau Suzerain venait d’embrasser le jour.

Inspirant profondément elle ne lâche pas son regard, elle voulait qu’il comprenne. Dans cette vengeance, il ne serait pas seul. Elle le seconderait et s’il fallait qu’ils deviennent ces êtres hybrides des légendes démoniaques, ils le seraient. Ce n'était pas seulement l’Orage qui allait renaître, mais eux deux. Ils s’étaient déchirés, s’accablant des pires maux, et en porteraient toujours les cicatrices indélébiles. Aucun onguent ne viendrait rien y faire. Ils en seraient plus forts, certainement, mais les dangers et obstacles qui les attendaient étaient si grands, si périlleux, qu’il faudrait toujours veiller à ce qu’elles ne se rouvrent pas. « Nous n’aurons plus jamais à en parler… je… » Non, rien. Elle n’ajouterait rien car déjà son esprit pense à autre chose. Elle voulait lui dire tant de choses qu’elle aurait aimé ne jamais dormir. « Ta cousine est enceinte. » Impossible de prononcer le prénom d’Eleneï. Impossible de s’autoflageller de cette manière. Quatre mots et tant de jalousie grondante. A soi, elle pouvait l’avouer, sans crainte de jugement : savoir Eleneï le ventre creux avait été jouissif. Toutes les années de son mariage où la chatte du Roc avait été libre, elle avait été une ombre menaçante et, surtout, la femme qui aurait tout mieux fait qu’elle. A part une bâtarde -mais à une princesse on passait sous silence ce genre de détails, trop minutieux. Alors, savoir la Maison Connington sans héritier avait toujours été une petite victoire personnelle. Malsaine, cruelle envers Oswell certes, mais une victoire envers tous ceux qui avaient trop longtemps pensé que la Lannister aurait été plus apte qu’elle. « C’est ce qu’elle m’a chuchoté lors de … notre promenade. » Promenade, promenade, il y avait peu de chances pour que Robb croit à cette dernière information. A vrai dire, Rohanna avait été bien plus proche de lui lacérer le visage ou, maladroitement, laisser son pieds vers ses jupes. Et puis, Eleneï ne lui avait pas réellement chuchoté qu’elle attendait un événement anoblissant. Très bientôt tu viendras à m’envier cet embonpoint disgracieux avaient été ses exacts mots. Jalousie, colère et injustice se brassaient en elle. « Je veux que tu le saches ce soir parce que quand la nouvelle sera publique, je ne suis pas sûre d’avoir assez de bonté pour ne pas nourrir les pires pensées. » Souhaitait-elle la mort de ce futur nourrisson? Non bien sûr, jamais elle ne pourrait désirer cette mort innocente. Jamais elle ne pourrait infliger à autrui ce qu’elle avait par deux fois vécue. Les feux de sa jalousie, eux, c’étaient bien différents... « Dis-moi qu’elle ne connaissait pas les agissements de notre mère… dis-moi que tout cela est sa seule oeuvre et non une volonté du Roc ! » Cette fois, sa main vient se placer à plat sur son torse. Sous sa chemise, sa paume recueille les battements du coeur seigneurial. Ses commissures lèchent une larme évadée. « Je sais que nous n’irons plus à Gallowsgrey… mais j’aimerais que ma soeur vienne ici. Je veux que Victory vienne vivre à nos côtés, ici au Donjon-Rouge. Ai-je ta bénédiction? »

AVENGEDINCHAINS
 


AVENGEDINCHAINS
 

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Jeu 9 Aoû 2018 - 17:37




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

« Non. »

Et comment aurait-elle pu comprendre ce qu’il lui demandait ? Ensemble, ils avaiant souvent parlé de guerre, de batailles, mais elle ne l’avait pas vécue, pas réellement. Des inimitiés, Rohanna ne connaissait que celles propre à une femme, des querelles qui se jouaient en interne, des batailles, elle n’avait vécu que celles des couloirs d’un palais, plus insidieuses mais également bien moins sanglantes, en règle générale. Elle n’approuvait pas sa décision, il suffisait pour cela au Cerf de voir le regard qui s’était durci de son épouse, de sentir sa poigne affaiblie qui lui serrait la cheville avec une force insoupçonnée. Non, la Biche ne pouvait pas comprendre la leçon que lui avait apprise son père, qu’il suffisait que les soldats qu’il enverrait bientôt au combat doutent un instant de leur seigneur pour renverser le cours d’une bataille, que ses vassaux le croient trop affligé pour ne pas suivre précisément ce qu’il leur ordonnerait. La guerre au Nord ne serait que la première, et l’Orage avait besoin de la colère du Suzerain de l’Orage, ils avaient besoin, plus que d’un visage sûr de lui, de croire en l’image implacable qu’il devrait leur renvoyer, Robb se devrait d’être l’avatar de la force brute, de la violence même, pour qu’ils aient la certitude que rien ne viendrait se dresser entre lui et ses objectifs. Un Suzerain n’avait pas droit au doute, il n’avait pas droit au deuil, pas quand il fallait mener des hommes à leur mort, et à la victoire. L’Orage tout entier chercherait vengeance, mais pas parce qu’il avait souffert, uniquement parce que l’on ne pouvait pas l’attaquer, de quelque manière que ce soit, sans en payer le prix fort.

Robb aurait pu lui expliquer, de long en large, les tenants et aboutissants de ce à quoi il lui demandait de renoncer, officiellement du moins. Peut-être aurait-elle compris, peut-être Rohanna l’aurait-elle traité d’égoïste, ou peut-être se serait-elle rendu compte que ceux qui avaient attenté à sa vie, ceux qui avaient tué leurs enfants avaient réussi ce que des années de guerre, de mort et de souffrances n’avaient pu faire. Car là reposait toute la nuisance de l’acte, l’infamie qui l’avait touchée était parvenue à réveiller en lui ce que le Cruel et ses actions n’étaient jamais parvenus ne fut-ce qu’à toucher. Jamais, pas même quand il avait appris la mort de son père, Robb n’avait cessé de croire que le monde avait quelque chose de bon en lui, quelque chose qui méritait d’être défendu. Les tyrans, qu’ils portent le nom de Maegor ou d’un autre, n’étaient qu’une exception dans l’ordre de l’existence, une tumeur qu’il fallait exciser pour s’assurer que le monde continue d’exister sur le droit chemin, que là était le devoir des justes, que le sacrifice de Theodan avait un sens, qu’à présent c’était à son tour, à lui, de reprendre la charge de son père pour s’assurer que toujours, le bien et l’honneur triomphent. Oh, comme il avait eu tort, et comme il avait payé cher de faire l’erreur de croire que ceux qui marchaient dans la lumière seraient toujours plus forts et plus nombreux que les autres.

Le monde n’était pas bon, c’était un immense charnier, peuplé de gens à qui la moindre once de pouvoir leur faisait tourner la tête. Souvent même, c’était la simple perspective du pouvoir qui y parvenait. Les hommes de bien n’étaient pas la norme, non, ils étaient cette exception, ceux qui faisaient le choix de lutter toute une vie pour tenter de limiter les dégats des autres. Des idéalistes, des fous, un groupe dont le Cerf ne ferait plus jamais vraiment partie. Il était fatigué de se battre pour des ingrats incapables de voir qu’il leur avait sauvé la vie, pour ces gens qui ne voyaient que leur fierté entâchée là où ils auraient pu perdre bien plus. Longtemps, il avait pensé à la première personne qui lui avait fait se rendre compte de cet état de fait. Martyn Arryn avait-il seulement compris que c’était sa propre tête, et pas les apparences, que Robb avait sauvé en le forçant à prêter à nouveau serment ? Bien sûr que non. Il avait préféré voir là l’oeuvre d’un homme gorgé de pouvoir à ne plus savoir qu’en faire, et il n’avait été que le premier sur la liste… Une liste aussi longue que celle des courtisans du Donjon Rouge. Et que dire d’une mère trahissant son fils au profit d’un autre ? Le monde était égoïsme, le monde ne méritait pas qu’on se batte pour lui, pas dans son ensemble. Alors, Robb avait fait un choix, qu’ils aillent tous au diable, il en avait terminé avec ses vaines tentatives de tous les sauver. Qu’ils s’égorgent eux-mêmes devant lui, il ne ferait plus un geste pour les sauver, ils auraient été capables de l’accuser de leur avoir fait mal en garrottant la plaie. Non, sa protection n’irait désormais qu’à ceux qu’il aimait, qu’à ceux qui lui étaient fidèles, qu’à ceux qui méritaient sa loyauté. Sa famille, ses vassaux,ses amis, son peuple. A eux il offrirait son aide, sa bonté, il offrirait tout ce qu’il avait un jour voulu offrir à tous. Aux autres, il serait au mieux indifférent, et à ceux qui s’opposaient à lui… Il deviendrait la raison pour laquelle ils auraient du mal à s’endormir la nuit.

« Non, je ne comprends pas. Seulement, je l’accepte pour l’Orage, pour toi. »

Sobrement, il acquiesca, reconnaissant de ne pas avoir à lui expliquer, de ne pas avoir à lui forcer la main sur le sujet. Un jour, quand tout serait terminé, quand ceux qui avaient tué leurs enfants auraient payé pour leurs actes, ce jour là il autoriserait peut-être que ce nom soit divulgué, il se laisserait peut-être aller au deuil, mais pas avant. Avant, il n’offrirait cette victoire de voir la souffrance du Seigneur de l’Orage à personne. Rohanna soutient son regard, à moins que ce ne soit lui qui soutienne le sien, la chose est difficile à établir. Le Cerf sait ce qu’il lui demande, ce à quoi il lui ordonne presque de renoncer, simplement il espère qu’elle n’a besoin que de savoir que lui sait qu’elle peut enfanter, et que peu importent les autres. Et même, si elle n’en avait pas été capable, cela aurait-il changé quelque chose ? Aurait-il pu renoncer à son amour pour elle au nom de la perpétuation de leur lignée ? La question n’aurait jamais à être posée, pas sérieusement en tout cas, et le Baratheon en était soulagé, car la réponse l’effrayait autant qu’elle aurait pu horrifier les autres.

« Nous n’aurons plus jamais à en parler… je… »

« Nous en reparlerons. Autant de fois que nécessaire, si tu en as besoin. Inutile d’ajouter le silence à ce qu’il faudra endurer. »

Robb avait vécu sa première fausse couche, de loin d’abord, puis plus directement, quand Theodan l’avait renvoyé à Accalmie. Rohanna n’avait jamais été de celles qui s’épanchaient sur leur douleur, sauf en de rares moments, et il soupçonnait que c’était ce silence qui avait longtemps gardé sa bien-aimée dans les ombres, peut-être même plus que le traumatisme lui-même et la culpabilité. Alors non, Robb ne prétendrait pas que rien n’était arrivé, pas avec elle. S’il le fallait, il affronterait les mêmes démons, encore et encore. Parce que Rohanna, elle, le méritait. La Biche ne termina pas sa phrase, peut-être parce qu’elle n’avait plus réellement quelque chose à dire sur le sujet, ou parce qu’elle jugeait que ce n’était pas nécessaire. Au lieu de cela, elle changea de sujet, abordant quelque chose de bien plus trivial.

« Ta cousine est enceinte. C’est ce qu’elle m’a chuchoté lors de … notre promenade. »

S’il ne connaissait pas autant son épouse, Robb aurait pu lui demander de quelle cousine elle parlait. Mais il le voyait dans son regard, autant que dans la jalousie et la haine qu’elle dissimulait à peine dans ses mots, et il lui paraissait évident qu’elle parlait d’Eleneï. Amour d’enfance, Rohanna n’avait jamais pu supporter la Lionne, même après que Garett l’ait mariée au Connington, pourtant son ami. La Biche savait pourtant, elle devait savoir que cela faisait bien longtemps qu’il l’avait oubliée, et que s’il avait encore quelqu’affection pour elle, ce n’était dû qu’au fait qu’ils avaient presque grandi ensemble, et qu’elle avait toujours fait partie, d’une façon ou d’une autre, de ceux que Robb considérait comme étant de sa famille. A dire vrai, il éprouvait une certaine pitié pour elle, qui avait du épouser un homme dont les conquêtes amoureuses étaient connues de tous, et la volubilité en matière de femmes presque légendaire dans l’Orage. Qu’elle soit enceinte était une bonne nouvelle en soi, cela assurait le futur d’une Maison importante sur ses terres, mais pour autant il comprenait que Rohanna en prenne ombrage, d’autant que connaissant Eleneï, elle ne devait pas avoir manqué de retourner le couteau de la perte de ses propres enfants dans le coeur de sa suzeraine. C’était là tout le problème avec la princesse du Roc, elle pouvait être adorable autant que détestable, selon son humeur et à qui elle s’adressait. Peut-être faudrait-il qu’il la réprimande lui-même sur le sujet, pour s’assurer qu’elle ne tourmente pas plus celle qu’il aimait.

« Je veux que tu le saches ce soir parce que quand la nouvelle sera publique, je ne suis pas sûre d’avoir assez de bonté pour ne pas nourrir les pires pensées. »

Masquant un sourire en coin, Robb se contenta d’acquiescer. Personne ne lui demanderait de rester au chevet de la dame de la Griffonnière engrossée, ou de la couvrir de cadeaux pour cette heureuse nouvelle. Dans le pire des cas, il faudrait qu’elle soit présente quand l’héritier serait présenté au couple suzerain, et même là alors Robb ne serait pas celui qui la forcerait à féliciter la mère, ne connaissant que trop bien le passif entre elles. Ce n’était que du protocole, et il pourrait très bien s’en charger seul.

« Si c’est le cas, je doute que son mari ne la laisse rester longtemps à Port-Réal. Elle rentrera bientôt à la Griffonnière, et tu n’auras plus à la subir, elle ou ses mots mal intentionnés. Et, avec de la chance, les Connington se tiendront tranquilles pendant un bon moment. »


Robb avait reçu Oswell quelques jours plus tôt. Agréablement surpris, celui-ci n’avait pas passé des heures à tenter de récupérer la place qu’il avait eue auprès de son père, ou à obtenir les Dieux savaient quelle faveur auprès de son suzerain. Non, il s’était contenté de lui offrir son soutien dans l’épreuve qu’il traversait, de l’assurer que les Connington se tiendraient prêts à venger l’attentat aux cotés de leur suzerain, et d’affirmer que l’unité de l’Orage valait bien plus que des querelles à propos de postes. Robb s’était même pris à penser qu’il était peut-être temps d’accorder une chance à ce seigneur beaucoup trop proche de sa femme à son goût, mais il n’en était pas encore certain. Au moins jusqu’à ce que le cas de Kyra soit réglé, il resterait là où il était, ensuite il serait temps d’aviser. Mais la suite de ce que Rohanna avait à lui dire lui ôta l’esquisse de sourire sur son visage, ce qu’elle voulait impliquer était autrement plus grave, et bien plus lourd de conséquences.

« Dis-moi qu’elle ne connaissait pas les agissements de notre mère… Dis-moi que tout cela est sa seule oeuvre et non une volonté du Roc ! »

La vérité, la seule vérité à ce sujet, était que Robb n’en savait rien. Kyra était restée très attachée à sa Maison d’origine, et il était possible que les Lannister eux-mêmes lui aient demandé d’agir ainsi, vexés par l’importance du fils de Theodan quand il était de notoriété publique que Rhaenys se méfiait de l’Ouest comme d’un ami cachant une dague dans son dos. Il était aussi possible qu’elle ait cherché le soutien de sa nièce, mais si c’était le cas, alors Oswell pouvait très bien faire partie de ceux qui avaient juré de le destituer de son titre… Et ni l’un ni l’autre ne lui avaient parlé de ce complot, que Robb avait veillé à maintenir secret, connu uniquement de quelques initiés. Ils ne savaient pas qu’il était au courant, et ils n’avaient rien dit. Soit ils ignoraient tout des agissements de Kyra, soit ils étaient avec elle, ou au mieux attendaient-ils de voir ce qui se passerait. Et il y avait également Garett. Un homme qui s’appuyait sur lui pour récupérer son fils était-il capable de préparer la chute de son allié dans le même temps ? C’étaient des accusations graves, qu’il ne formulerait pas sans avoir de preuve, mais il était certain que la prudence et la méfiance étaient de mise. Les Lannister pouvaient très bien ne pas être les alliés inconditionnels qu’ils prétendaient être.

« Te dire qu’elle est innocente, ou que les Lannister n’ont rien à voir dans cette affaire pourrait aussi bien être la vérité que le pire des mensonges. Les seules personnes dont je sais avec certitude qu’elles ne sont pas impliquées sont les membres de notre famille qui n’ont rien à voir avec ce complot, Edric et Oriane, et toi. De mes vassaux, je ne suis assuré que d’une chose, Aglahad ne sait rien, il m’est trop fidèle et Kyra n’aura pas pris le risque de le mêler à ça, ou elle serait probablement déjà morte. Le fait qu’il soit à Accalmie joue pour nous, elle ne pourra rien tenter tant qu’il commandera à la garnison, et aux hommes qu’il a emmené avec lui. L’implication des autres, il faudra la découvrir après, ou choisir de ne pas le faire, et d’oublier qu’une mère a pu un jour trahir son propre fils. Mais elle a perdu, et ses tentatives étaient vouées à échouer au moment même où Oriane m’en a parlé. Me frapper quand je ne m’y attends pas est une chose, mais personne ne voudra s’opposer ouvertement à son Suzerain s’il vient à exposer la pire des trahisons. Pas même Eleneï, ou les Lannister. »

Se voulant rassurant, il prit la main qu’elle avait posé sur son torse dans la sienne. Qu’Eleneï soit au courant ou non, il n’y avait plus rien à craindre d’elle, la vérité éclaterait bien assez vite, de cela Robb s’assurerait en temps voulu. Quand à savoir ce qu’il ferait de cette information… Même lui n’en était pas encore certain. Il aurait voulu être plus assuré sur la question, mais même du châtiment de Kyra il doutait encore. Sa famille et ses terres avaient toujours été son point faible, et elle le savait, sa Lionne de mère. Pire, elle en jouait.

« Je sais que nous n’irons plus à Gallowsgrey… mais j’aimerais que ma soeur vienne ici. Je veux que Victory vienne vivre à nos côtés, ici au Donjon-Rouge. Ai-je ta bénédiction? »

S’il n’avait pas été éreinté, et s’il n’en avait pas déjà beaucoup demandé à Rohanna ce soir, Robb aurait probablement accueilli cette demande aussi froidement et brutalement que son père l’aurait fait autrefois. Les Trant étaient un sujet tabou pour la famille suzeraine, et ils le resteraient probablement encore longtemps. Si Robb comprenait que sa famille manque à la Biche, il savait aussi qu’il ne pouvait rien y faire. Ils étaient allés trop loin, ils avaient conspué une tante qui n’avait déjà que trop souffert, l’avaient accusée de sorcellerie. Tess était peut-être froide en apparence, mais comme Theodan avant lui, Robb savait à quel point elle avait souffert de ces mots, et avait toujours considéré que le simple bannissement d’Accalmie dont ils faisaient l’objet était le plus doux des chatiments pour avoir ainsi maltraité une femme qui avait toujours été droite et bonne. Rohanna devait au moins le comprendre, comprendre la douleur de cette tante qui avait aussi perdu ses enfants de nombreuses fois, elle qui devait maintenant parfois faire face aux mêmes accusations que celle que les Trant avaient désigné comme la plus malfaisante des femmes. Et pourtant, elle lui demandait cela, c’était incompréhensible pour lui. Ne pouvait-elle pas se satisfaire de savoir que sa famille vivait paisiblement chez eux ?

« Tu en demandes trop. Tu sais comme moi pourquoi ta sœur, comme les autres membres de ta famille n’ont pas le droit d’approcher un Baratheon. Tess est probablement la dernière de notre Maison qui me soutient à Accalmie, elle a fait énormément pour toi, et pour moi, et tu me demandes de lui cracher au visage en levant l’interdit qui la protège ? Je ne peux pas, et je ne veux pas faire ça. Elle mérite de savoir que ceux qui ont conspué son nom en paient les conséquences, et l’Orage tout entier doit comprendre qu’on ne peut pas impunément insulter un Baratheon. Surtout maintenant. »

Robb ne savait pas si c’était la perte de ses enfants qui avait rendu cette volonté de voir sa sœur auprès d’elle à Rohanna, ou le contact avec l’épouse de Garett, dont la sœur était la suivante, qui lui avait donné cette idée, mais il ne pouvait pas l’accepter. Rohanna était la deuxième femme la plus importante du Royaume, la plus importante pour lui, mais il y avait des choses qu’il ne pouvait pas lui céder, et la question des Trant était probablement la principale. Il soupira, avant de poursuivre :

« Si vraiment tu veux la revoir, elle ou ton frère, tu peux aller jusqu’à Gallowsgrey, y passer une semaine ou deux. Je te donnerai une escorte, et ils s’assureront de ta sécurité là bas. Tess pourra comprendre que tu veuilles les voir, les autres seigneurs aussi, après ce que tu as vécu, ils accepteront cette entorse là. Mais faire venir ta sœur ici, ils ne le comprendront pas. »

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Jeu 9 Aoû 2018 - 19:56


 Le Cerf & La Biche

 I'm gonna love you
like I'm gonna loose you

 

  Sa main est sur la sienne, protectrice. Onctuosité de cet instant qui laisse le prénom de Victory pénétrer leur intimité. Rares étaient les fois où Rohanna se laissait à parler de sa famille, mais depuis leur dispute dans la Tour cette dernière était omniprésente. Elle comprenait les enjeux que les siens pouvaient représenter. En son père, elle avait peu confiance. Sa haine pour les Baratheon ne pâlirait  jamais : elle était en son coeur comme une épine d’encre noire. Aucune prière, même la plus pieuse, ne changerait jamais cela. Or, pour la jeune milady les choses étaient différentes. Robb ne la connaissait pas, elle non plus d’ailleurs. La Biche ne connaissait pas sa soeur cadette, pas réellement, et elle avait décidé que, pour cette triste vérité, il ne se passerait pas une lune supplémentaire. Ai-je ta bénédiction? « Tu en demandes trop. » Ses sourcils se rejoignent, la candeur soudaine évaporée. Qu’est-ce que cette phrase qui résonne sous le baldaquin? Elle en demandait trop? Il lui semblait pourtant faire partie de ces épouses qui ne demandaient rien, allant parfois jusqu’à s’effacer en public pour la paix filiale. Demander trop, n’était pas dans ses cordes. Ne pouvait-il pas avoir la sagesse, la délicatesse infime, de lui offrir cette même phrase qu’elle venait de prononcer : « je ne comprends pas, miasme l'accepte pour toi. »?Lui, il en demandait trop. Certainement. « Tu sais comme moi pourquoi ta sœur, comme les autres membres de ta famille n’ont pas le droit d’approcher un Baratheon. Tess est probablement la dernière de notre Maison qui me soutient à Accalmie, elle a fait énormément pour toi, et pour moi, et tu me demandes de lui cracher au visage en levant l’interdit qui la protège? Je ne peux pas, et je ne veux pas faire ça. Elle mérite de savoir que ceux qui ont conspué son nom en paient les conséquences, et l’Orage tout entier doit comprendre qu’on ne peut pas impunément insulter un Baratheon. Surtout maintenant. » Autant qu’elle peut, elle écoute ses paroles. Non, elle ne savait pas pourquoi sa soeur n’avait pas le droit d’approcher d’Accalmie. Pour elle, dans ses souvenirs, elle était une ingénue pétillante, pleine de sagesse et de douceur. Une fleur des champs de Gallowsgrey où elle avait été une garçonne, inlassable souillure. Violente est la mâchoire de Robb, elle se contient de ne pas parler plus fort. Combien il devait l’aimer pour ne pas s’emporter dans un ouragan tempétueux et destructeur ! « Si vraiment tu veux la revoir, elle ou ton frère, tu peux aller jusqu’à Gallowsgrey, y passer une semaine ou deux. Je te donnerai une escorte, et ils s’assureront de ta sécurité là bas. Tess pourra comprendre que tu veuilles les voir, les autres seigneurs aussi, après ce que tu as vécu, ils accepteront cette entorse là. Mais faire venir ta sœur ici, ils ne le comprendront pas. » « Elle se nomme Victory et ce frère se nomme Eliott. » Neutre, placide, sa voix ne lui laisse pas le temps de continuer. Cette litanie sur les siens, elle ne voulait pas l’entendre. Tess était une excuse désuète, il ne pouvait réellement y croire. Sur son torse, sa main tremble. Il lui est difficile de contenir toutes les émotions qui chargent en elle, contradictoires, guerrières et revanchardes. Pourtant, elle avait accepté de rester. Non, elle avait désiré rester car elle ne pouvait pas vivre sans Robart… aussi se plierait-t-elle à toutes ses volontés. Oui, toutes. Juste pas celle là. S’il avait été plus attentionné, il aurait remarqué qu’elle lui avait demandé sa bénédiction et non sa permission. Rohanna avait connaissance du monde, ces derniers mois elle avait pris la charge de la régence d’Accalmie. Il était inutile de la sous-estimer en lui expliquant les enjeux de cette décision. Elle n’irait pas à Galloswgrey car elle ne pouvait plus se montrer faible. Y aller maintenant, dans ce climat difficile, était grotesque. Elle ne quitterait pas Robb, pas quand des individus espéraient la voir évincer, sa place vacante. Elle ne le quitterait plus, tout simplement. 


Pour calmer ses ardeurs, elle referme sa main en une poigne féminine. Son insensibilité était une façade, l'ultime défense du Seigneur de l’Orage. Heureusement pour lui, elle savait tempérer ces moments où il oubliait ses autres devoirs. Elle ne s’énerverait pas, elle resterait douce et déterminée. Sa bénédiction, ce soir ou un autre, elle l’obtiendrait. « Je ne veux pas aller à Gallowsgrey, ce que j’ai vécu ne concerne pas plus les Trant que les autres seigneurs. Tess ne comprendrait pas ce voyage. » Robb avait peut-être été très proche de sa tante, Théodan et elle se vouant une affection particulièrement forte. Néanmoins, les deux femmes partageaient bien plus qu’il ne pourrait jamais le comprendre. Grandissant, devenant l’homme qu’il était aujourd’hui, il avait perdu un certain lien qui l’unissait avec le Biche Noire. Une aura féminine, cruelle et désespérée dont il ne pouvait se douter. Tess avait un mentor pour Rohanna, et bien plus…  « Robb… tu ne peux pas parler à la place de notre tante. Elle… de tout mon coeur, je crois qu’elle préférerait savoir Victory à mes côtés plutôt qu’un voyage officiel sur mes terres natales. J’accepte de ne jamais y retourner pour toi, pour elle, pour notre peuple, mais ma soeur n’est pas mon père. » Cela resterait à observer. Si elle était honnête avec elle, la peur que Victory la déteste était omniprésente dans ses pensées. C’était une éventualité probable, celle qu’elle déteste les hommes Baratheon encore plus. Il faudrait probablement de lentes et pénibles semaines, voire des mois, pour que la jeune demoiselle se sente en sécurité et dans un foyer aimant. Or, elle était prête à relever ce défi de la Providence. « Donne une chance à l’un des miens. Une seule. J’en ai donné bien plus aux tiens, bien plus. » Théodan lui même n’avait pas eu un aussi grand coeur à son égard que pour tant d’autres, le fils avait bien du le remarquer. La majorité de ces chances, ce soir, étaient vouées à d’immenses blessures : Kyra, Jasper, Allya… Rapide, ne lui laissant pas le temps de s’emporter dans une tourmente sans fin ou de la contrer dans sa volonté, elle porte sa large main à ses lèvres. Docile, elle baise ses phalanges une à une. Contre ce monde, ils étaient seuls. Il pouvait bien avoir confiance en Oriane, Edric et Tess… ils n’en étaient pas moins seuls. Ils devaient former un poids unique désormais, il ne pouvait y avoir la moindre fissure entre eux. « Que désires-tu mon aimé? Bientôt, le tout Westeros comprendra qu’on ne peut attaquer un Baratheon sans sentir se déchainer la fureur du Cerf orageux. Ce que tu veux, je le veux. Cependant, n’oublie pas qu’à l’heure actuelle nous ne savons pas qui a conspiré avec ta mère… Notre suzeraineté ne pourra pas éviter les tensions, ni les secousses, à venir. N’est-il pas sage de montrer que nous sommes prêts à donner une chance à la jeune génération? Elle pourrait être une alliée, une importante alliée. Ton père te l’a dit bien avant moi : le plus petit homme peut faire pencher la balance. Or, cette balance, doit pencher inévitablement vers nous. Tu es peut-être le Régent, l’homme le plus aimé de notre continent, mais nous n’avons pas d’héritiers. Nous en aurons… » Elle n’avait pas encore eu le temps de lui parler de sa conversation avec le mestre Banneth. Un choix peu judicieux, car après ça Robb serait irascible et peu enclin à accueillir les manigances de son épouse. « … mais en attendant il faut que toutes les Maisons de l’Orage nous soutiennent. Je ne peux pas faire le serment que mon père se ralliera à toi parce que je suis ton épouse, il est assez dément pour vouloir me faire tomber avec vous s’il le faut. Pas Eliott, et Victory en est la clef. » D’abord il y aurait Victory, elle en ferait une parfaite Dame de la Cour et lui arrangerait un mariage enviable et solide. Quand elle serait aimée et les rancoeurs oubliées, Eliott et son épouse, Elana, pourraient revenir vers elle sans ombrage. Plus que la Maison Trant, la Maison Torth s’allierait à eux. Ils en avaient besoin. Tout comme elle avait besoin d’avoir son propre sang à ses côtés. « Tu n’as pas dit que tu étais certain que Tess ne soit pas impliquée… » C’était impossible à penser et pourtant il n’avait pas prononcé son nom. Or, Robb ne laissait rien au hasard, jamais. « … et moi je ne te demande pas la permission pour que ma soeur vienne à la Cour. »



Elle aurait pu se taire et mettre ainsi un point à cette discussion. Elle aurait pu, si son index ne venait pas appuyer sur la commissure du seigneur, l’obligeant à lui sourire. Rohanna serait à ses côtés, pour toujours et à jamais. Désormais, rien ne pourrait les séparer. En voulant les détruire, du moins en voulant porter préjudice à l’image du Roi, la main assassine n’avait fait que renforcer le lien étroit et peu commun établis entre eux. Les bardes en parleraient pendant des millénaires, tous deux deviendraient des amants légendaires. Ils seraient bientôt l'image d'un nouveau culte et le synonyme d'un conte victorieux. « Lord Elderick ne sera jamais reçu à la Cour et toujours il restera un parjure pour Accalmie. De son vivant, nous ne nous rendrons jamais sur ses terres, quand bien même un héritier mâle, son petit-fils, devrait bramer entre mes bras. Quant à Victory, elle viendra à Port-Réal en qualité de dame d’atour. En guise de bienvenue, il n'y aura aucune festivités ou aucune rencontre officielle avec Ses Majestés. Elle restera effacée jusqu’au jour où tu l’accepteras comme une de tes soeurs. Et, j’aurais ta bénédiction. » C’était décidé et personne ne pourrait venir la faire changer d’avis. Victory ferait ses preuves et tous devraient apprendre à se faire confiance, s’accepter et vivre ensemble. Audacieuse elle ne l'était pas assez pour imposer à son auguste époux un ultimatum mal placé. Elle ne lui demandait pas non plus l'introduction de son jumeau à la Cour. Il était clair, pourtant, qu’elle ne se laisserait plus dicter une conduite dirigée par la haine et la méfiance envers autrui. Pas quand la propre mère de Robb leur enfonçait une dague dans le dos. L’Orage gagnerait bien plus de cette discrète faveur que d’une perpétuelle calomnie envers l’une de ses Maison vassale. Robb était trop emporté pour le voir maintenant, un jour il la remercierait. « Sais-tu qu'elle avait pour habitude de se mettre sur les genoux de Tess? » Loin dans ses souvenirs, Rohanna sourit aux images qui se superposent dans les yeux de Robb. Elle peut tous les revoir à Gallowsgrey, les temps étaient-ils moins graves ou est-ce la primeur de l'enfance qui en offre l’illusion? « Un matin très tôt, Eliott et moi s'étions faufilés dans les bois pour relever nos pièges à lapin. Sûr de ses grandes idées, il m’avait coupé les cheveux comme lui. Il avait du s'y reprendre à plusieurs fois car la dague qu'il avait volé n'était pas assez aiguisée. Nous sommes restés des heures dans les bois, j’étais bienheureuse car j'étais certaine que personne ne pourrait nous différencier. Quand nous sommes revenus, crottés jusqu’au menton, Victory était dans les bras de Tess à nous attendre. Mère était furieuse et on a du lui servir quelques gorgées de gnôle pour lui calmer les nerfs. Victory, loin de pleurer comme notre matrone, a regardé très sérieusement la Biche pour lui demander : ‘‘ Dame ma tante comment fera ma soeur pour être comme vous maintenant? ’’ Et Tess l’a relâchée au sol, s’est mise à côté de ma mère et a bu avec elle. Nous ne l’avions jamais vu sourire de la sorte, jamais… » L’histoire était décousue, évidemment, mais sans réellement savoir pourquoi elle avait ce souvenir qui dansait devant elle. Elle pouvait presque sentir le coude de son frère sur le sien, celui qui lui disait que c’est bon ils étaient sauvés pour la journée. Bien sûr, la journée ne s’était pas terminée avec autant de joie… mais dans cette vieille forteresse si une personne avait jamais su faire sourire l’épouse du terrible Lord Trant c’était bien la petite Victory. Celle qui avait toujours rêvé, à voix haute, de ressembler à sa majestueuse tante. Souvent, quand on ne la trouvait pas c’est qu'elle avait gambadé jusque dans la chambre seigneuriale et s’amusait à toucher toutes les étoffes de son idole. Rohanna ne pouvait s’empêcher de se demander à quoi ressemblait sa soeur désormais, si elle était toujours aussi coquette ou au contraire s'était assagie. Finalement, en pensant à elle il n'y avait aucun véritable visage. Il changeait tout le temps, jamais fixe. Elle devait sortir sa soeur du trou qu’était leur domaine familial, là-bas elle n'aurait aucun avenir. Personne ne souhaitait cela pour un membre innocent de sa famille. Personne. Les Dieux l’avaient choisie, elle, pour être Suzeraine et elle entendait bien user de ce privilège pour aider ceux qu'elle chérissait le plus. L’âge n’était plus à l’oubli, mais à la reconquête. Elle appuie une dernière fois sur sa commissure avant d’y déposer un baiser de paix. Robb s’y plierait, elle aussi pouvait l’amener où elle le souhaitait.

AVENGEDINCHAINS
 


AVENGEDINCHAINS
 

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Jeu 16 Aoû 2018 - 19:54




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

Sans dire un mot, Robb écoutait la Biche lui exposer ses arguments, les sourcils froncés. Il n’aimait pas la tournure que les choses prenaient, pas plus qu’à chaque fois que quiconque tentait de lui imposer quelque chose. Héritier de sa Maison, élevé pour décider et non suivre, le seul homme qui lui ait jamais donné des ordres, le seul dont il avait accepté les directives sans discuter avait été Theodan. Plus tard, après la guerre, celle qui aurait encore pu lui donner des ordres, sa cousine Rhaenys, avait choisi de coopérer avec lui plutôt que de lui imposer ses vues. Ceux qui avaient tenté de lui forcer la main étaient nombreux, bien sûr, allant du courtisan sûr de ses manigances au seigneur suzerain trop fier, mais jamais, jamais Rohanna ne s’y était risquée, pas jusqu’à présent.

Elle ne lui demandait pas son accord, c’étaient ses mots, de ceux qu’il n’aurait jamais pensé entendre de la part de sa Biche. D’entre tous, n’était-il pas en droit d’attendre que ce soit elle qui fasse des plans, des idées de son époux les siens, au-delà de son envie de rédemption familiale ? Cette époque était visiblement révolue, morte en même temps que leurs enfants, et la pensée que désormais les luttes d’influence et les manœuvres politiques le suivraient jusque dans sa couche laissèrent au Cerf un goût amer dans la bouche. Et puis, avait-elle la moindre idée de ce qu’impliquait la venue de sa sœur à Port-Réal ? Même dans les conditions énoncées, même si elle n’était pas officiellement présentée, ce ne serait qu’une cible de plus pour ceux qui voulaient nuire à leur Maison, à leur famille, ou simplement à Rohanna.

Et quel bien pouvait faire une enfant élevée sans aucun doute dans la haine de ce que représentait la famille suzeraine, une jeune femme qui n’avait pas été élevée pour un jour s’adonner aux jeux dangereux d’une Cour aussi mortelle que celle des Targaryen ? Au mieux, elle serait un poids, au pire, un outil dans les mains de leurs ennemis. Elle voulait le faire sourire, lui faire comprendre qu’avoir sa sœur à leur coté serait bénéfique pour eux, mais Robb ne parvenait à voir que la nouvelle charge qu’elle représenterait. Il faudrait la faire protéger, s’assurer qu’elle ne commette pas d’impair, et pire, il faudrait la faire surveiller. Car si son aînée avait été enlevée à sa famille pour épouser l’héritier de l’Orage quand les griefs des Trant à l’égard de leurs suzerains devenaient trop forts, Victory, elle, avait grandi dans ceux-ci, elle avait passé les dernières années à écouter son père se plaindre de leur mauvais traitement, sans aucun doute… Robb ne savait pas s’il préférait savoir cette cadette inapte à évoluer au-delà de ce à quoi son destin l’avait destinée, ou pareille à Rohanna, et capable de se faire à ce nouveau monde. Alors, non, il ne souriait pas.

« Je n’ai pas dit que Tess n’était pas impliquée parce qu’il est impossible de savoir ce qu’elle sait, ou ne sait pas, de ce qui se trame à Accalmie. Et parce qu’il a toujours été difficile de savoir si elle plaçait son allégeance en l’héritier de son frère ou à sa Maison toute entière depuis la mort de mon père. Visiblement, certains commencent à penser que ces deux idées ne sont plus liées, et il reste possible que ce soit son cas. »

Le Cerf restait calme, mais la pensée même que sa tante, qui en bien des manières avait été une figure maternelle autant que Kyra, pouvait avoir décidé qu’il était préférable pour les Baratheon de changer de seigneur avait pour lui quelque chose de plus terrible encore que la trahison de Kyra. Car si la Lionne manigançait pour son influence propre, et celle de sa famille d’origine, la Biche noire avait toujours mis les intérêts du Cerf Couronné avant les siens. Et si elle considérait qu’il n’était plus apte à diriger les Terres de l’Orage, alors peut-être était-il préférable qu’il laisse les choses se faire… D’une certaine façon, savoir que Tess ne le soutenait plus changerait probablement profondément les choses.

Mais le problème n’était pas là, pas encore du moins, et il n’avait pas encore de raisons de croire que Tess s’était tournée contre lui, pas plus qu’il ne pouvait être assuré du contraire. Peut-être ignorait-elle simplement les actions de sa belle-sœur, après tout, ou bien avait-elle décidé de gérer la chose par elle-même. Aussi le Baratheon ne poussa-t-il pas la réflexion plus loin, se contentant de laisser sa belle poursuivre, tandis qu’elle avançait que Victory n’était qu’une exception, que pour les autres Trant rien ne changerait. Pour le moment. Combien de temps faudrait-il avant que cette épouse aux nouvelles ambitions ne veuille qu’il fasse de son jumeau un des commandants des armées de l’Orage, un conseiller, ou qu’il le place à un autre poste prestigieux ? Si Robb pouvait lui faire confiance sur la question de Victory, s’il pouvait admettre de laisser une chance à la jeune femme, en espérant que Rohanna puisse faire d’elle ce qu’elle semblait assurée de pouvoir accomplir, pousser le vice plus loin, et ôter définitivement la marque d’infamie des Trant lui était inconcevable, pas avant de nombreuses années au moins. Cette nuit, elle l’avait surpris, ces derniers jours elle avait trop perdu pour qu’il ne lui refuse cette faveur à laquelle elle avait l’air de tant tenir, et qui serait facile à corriger s’il s’avérait que c’était une erreur, mais les choses n’iraient pas plus loin, c’était une certitude. Des conseillers talentueux, ou des hommes qui avaient l’expérience pour commander, il en avait à foison, des frères, qu’ils soient de sang ou liés par le temps et l’affection, Robb en avait suffisamment, et il avait été assez blessé par certains pour n’avoir aucune envie d’étendre ce cercle restreint.

Rohanna finit par s’interrompre, déposant un baiser sur ses lèvres après lui avoir raconté cette anecdote destinée à lui prouver que, peut-être, Tess ne prendrait pas ombrage de la venue d’une autre Trant dans le giron des Baratheon. Peut-être, oui, Robb n’en savait rien à vrai dire, de sa vie à Gallowsgrey la Biche Noire ne parlait que très peu, et rarement en bons termes. La Maison du Pendu n’avait jamais été des plus tendres avec elle, pas même avant qu’ils ne se décident à la calomnier et à la pousser à rentrer chez elle. C’était là la seule chose dont Robb était certain à propos de ces années qui avaient vu sa tante un peu trop froide quitter Accalmie, de cette époque où elle n’avait pas encore été souillée d’accusations de sorcelleries, pour dissimuler une cause tout aussi noire.

Puisque Rohanna tenait tellement à cette victoire, il lui offrirait, même s’il ne pouvait s’empêcher de penser que ce ne serait qu’une erreur que l’un comme l’autre finiraient par regretter. Sans parler de Victory elle-même. Le regard sombre, il la dévisagea, avant de lui répondre :

« Puisque tu y tiens tant que ça… Qu’elle vienne à Port-Réal. Mais tu ne lui fais pas une faveur, pas plus que mon père ne t’en avait fait une en te faisant venir à Accalmie sans y être préparée. Il t’a fallu des semaines, des mois pour te faire à un nouveau mode de vie, et les manières de la Cour de l’Orage ne sont rien en comparaison de celles du Donjon Rouge. Tu as eu l’occasion d’apprendre de tes erreurs, de te faire à tout ça, on te pardonnait ce que tu ne pouvais faire parce que tu étais mon épouse, et même si ce fut difficile et si elle t’a toujours conspué pour ce que tu étais, Kyra ne pouvait rien faire de définitif contre toi, même si elle a sans doute essayé. Mais Port-Réal ne pardonne pas, une erreur ici a bien plus de conséquences, et Victory n’aura que toi et ton statut pour la protéger. Quand elle viendra ici, elle deviendra partie d’un jeu qu’elle ne pourra pas réellement comprendre avant des années, au mieux. Un jeu dont les règles sont sans pitié, et qui n’en aura aucune sous prétexte qu’elle est ta sœur bien-aimée. Appelle la si tu veux, mais demande toi avant cela si c’est bien la vie que tu veux qu’elle vive. »

Robb aurait aussi pu lui rappeler que les actions de sa sœur auraient autant de conséquences sur la Biche elle-même, que son statut, justement, était déjà fragilisé et que la prudence aurait du lui dicter de ne pas prendre davantage de risque que nécessaire au nom d’une envie, ou d’une dette qu’elle se sentait obligée d’honorer, quelles que soient ses raisons, mais il se doutait qu’elle le savait déjà. Restait seulement à énoncer ses conditions, qui ne sauraient pas être discutées si Rohanna voulait vraiment aller plus en avant dans ses projets.

« Je n’aurai pas le temps de m’assurer qu’elle ne cause pas de vagues, alors elle sera ta responsabilité, pleine et entière. Et si elle est autorisée à venir à Port-Réal, les portes d’Accalmie lui restent fermées jusqu’à ce que j’en décide autrement. Et j’enverrai des hommes la chercher, aucune personne portant le blason des Trant ne pourra poser les pieds ici, c’est une simple question d’apparences. Pour les mêmes raisons, elle ne portera pas ostensiblement les couleurs de sa Maison, il est de toutes façons préférable pour elle qu’elle ne le fasse pas. Elle aura sa chance, oui, mais qu’elle ne la gâche pas, et certainement pas pour de mauvais prétextes. »

Il n’y avait plus rien à ajouter, pas sur ce sujet là en tout cas. Partagé entre une certaine déception de savoir que Rohanna ne lui était plus entièrement acquise, que ses objectifs allaient au-delà des siens, et la fierté de la voir ainsi vouloir devenir autre chose que son ombre sur le plan politique. Un sentiment doux-amer, qui comme le reste, annonçait la fin d’une ère, et un nouveau plongeon dans l’inconnu, une ignorance qu’il était loin d’être impatient de découvrir. Quittant son appui, Robb passa une main dans ses cheveux avant de reposer la tête sur son coussin, fixant l’étoffe qui surplombait le lit, neutre, sans aucun rappel à une quelconque Maison. Un moment, il se demanda ce qu’aurait été sa vie s’il n’avait pas été appelé à représenter le Cerf Couronné devant le monde. C’était une question qu’il ne s’était jamais vraiment posée avant le couronnement royal, avant l’empoisonnement, tant il lui avait toujours semblé evident que c’était là son destin, et que les choses n’auraient jamais pu exister d’une autre manière. Puis il y avait eu les révélations d’Oriane, la colère, la lassitude, et cette possibilité. Celle de laisser faire, d’attendre que Jasper prenne sa place, et être libéré du reste. Vivre une vie simple, sans gloire aucune, et mourir tout aussi simplement.

Il n’en avait pas envie, pas réellement, Robb existait dans les hautes sphères du pouvoir depuis trop longtemps que pour vouloir ôter cette partie bien trop importante de sa vie. Il était le fils de Theodan, petit fils d’Orys Baratheon, descendant de la lignée royale de l’Orage et du sang du dragon, préparé à être un jour un grand dirigeant, il ne pouvait pas exister autrement, c’était chose certaine. Pourtant, ces certitudes n’enlevaient rien à l’impossible tentation de n’être, pour un jour seulement, ou deux, que lui-même, et de ne pas vivre sous le regard de ces ancêtres desquels il se devait d’être digne. Elles n’enlevaient rien à la douleur de savoir ce qu’il devrait se résigner à faire s’il voulait conserver son pouvoir… Ses songes avaient trouvés bon de superposer aux horreurs déjà passées celles, futures, de voir l’épée de son père couverte du sang de la femme qui l’avait mis au monde, celle que Theodan avait aimée toutes ces années. Il en avait tué des centaines, mais ce meurtre là, pour la première fois, il ne s’en sentait pas capable, alors qu’il était peut-être plus important que tous les autres. Dans un murmure, destiné uniquement à être entendu par la seule personne avec qui il pouvait partager ce doute là. Peut-être Rohanna ne pourrait-elle pas comprendre, il n’en savait rien, mais elle serait la seule qui ne verrait pas cette interrogation comme un signe de faiblesse.

« C’est une traitresse, de la pire espèce puisqu’elle agit contre son propre fils… Je devrais me considérer heureux d’avoir eu connaissance de ses plans avant qu’il soit trop tard, et pourtant une partie de moi aurait voulu qu’elle ait eu sa chance. Qu’elle ait eu une occasion de m’abattre, ou de se battre simplement. Parce qu’il aurait été plus facile alors de faire ce que je devrai faire. Je ne crois pas que je pourrai la tuer, ni elle, ni mon frère. Et pourtant, c’est ce qu’on attend de moi… Oui, il aurait été plus simple qu’elle ait eu le temps de se soulever. »

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Hier à 20:20


 Le Cerf & La Biche

 I'm gonna love you
like I'm gonna loose you

 

  « Puisque tu y tiens tant que ça… » Ces premiers mots auraient pu sonner comme une victoire, mais il faut que ses yeux, sombres et opaques, se posent sur elle. Onyx noirs, ternes de sentiments tus, ils n’offrent aucun soutien à la rêveuse. Rêveuse elle l’était, et jamais ce trait de caractère ne s’était éteint. Ce n’était pas faute d’avoir tenter de l’étouffer, à plusieurs reprises, mais toujours il était revenu à grands pas. C’est pour cette raison, cette immense raison, que les yeux de la Biche continuent de briller avec vaillance. « Qu’elle vienne à Port-Réal. Mais tu ne lui fais pas une faveur, pas plus que mon père ne t’en avait fait une en te faisant venir à Accalmie sans y être préparée. Il t’a fallu des semaines, des mois pour te faire à un nouveau mode de vie, et les manières de la Cour de l’Orage ne sont rien en comparaison de celles du Donjon Rouge. Tu as eu l’occasion d’apprendre de tes erreurs, de te faire à tout ça, on te pardonnait ce que tu ne pouvais faire parce que tu étais mon épouse, et même si ce fut difficile et si elle t’a toujours conspué pour ce que tu étais, Kyra ne pouvait rien faire de définitif contre toi, même si elle a sans doute essayé. Mais Port-Réal ne pardonne pas, une erreur ici a bien plus de conséquences, et Victory n’aura que toi et ton statut pour la protéger. Quand elle viendra ici, elle deviendra partie d’un jeu qu’elle ne pourra pas réellement comprendre avant des années, au mieux. Un jeu dont les règles sont sans pitié, et qui n’en aura aucune sous prétexte qu’elle est ta sœur bien-aimée. Appelle la si tu veux, mais demande toi avant cela si c’est bien la vie que tu veux qu’elle vive. » La vie que tu veux qu’elle vive. Qu’en savait-t-il de la vie qu’elle vivait à Gallowsgrey? Qu’en savaient-ils tous deux, ici dans leur riche lit à baldaquin, ce que cette petite pouvait bien vivre et ressentir? La vie sur les terres reculées des Trant n’était pas tendre. Aujourd’hui, Rohanna possédait tous les honneurs mais elle, cette enfant du malheur, si son aînée de faisait rien, elle serait mariée à un chevalier fieffé bien plus âgé qu’elle. Un remariage probablement. Victory deviendrait la mère d’une marmaille criarde et famélique, chaque soir la verge flétrie de son vieil et gras époux entre les jambes jusqu’à ce qu’elle en meure d’épuisement. Robb était un homme, qui plus est parmi les plus puissants de ce monde, il ne pouvait avoir la vulgaire connaissance de ces tristes faits. Jamais il n’avait du réellement s’intéresser au sort des femmes des petites familles, trop pauvres pour avoir une dot solide. Heureusement pour sa soeur, leur oncle était mort sans héritier et leur soeur, elle, d’une maladie inconnue. Malgré ces deux décès prématurés, rien d’autre ne viendrait sauver la jeune femme d’un avenir tragique. De ce petit monde, Robb était trop détaché pour, ne serait-ce, tenter de comprendre… Non son épouse. Cette épouse qui venait de la terre fertile de leur région, elle, se souvenait. Si elle s’était tue toutes ces années, acceptant les jougs tour à tour, elle n’en avait pas pour autant oublié les siens. Et cette ardeur pour les plus petits, les moins mis en avant, c’est ce qui l’avait rendue populaire ces dernières années. Où Kyra n’avait su toucher le peuple orageois, la Biche Pendue l’avais conquis ! Si son époux était populaire, une partie en revenait également à sa douce et déterminée épouse qui n’avait pas failli à ses oeuvres pendant toute la durée de la Grande Guerre. Le peuple l’aimait ; il chantait d’heureuses mélodies au sujet de la belle dame d’Accalmie. Le jour où elle était partie pour Port-Réal, ils s’étaient pressés sur les chemins pour l’acclamer. Leurs voeux et paroles étaient encore en son coeur, amères et nostalgiques. Alors non, jamais Victory ne serait oubliée. Rohanna avait bien conscience qu’elle ne pouvait sauver sa famille de sa propre bêtise, surtout son père, mais elle ferait tout pour réduire les dégâts. Et il avait tord ! Théodan aurait pu exiger qu’elle se prépare à son devoir qu’elle s’y serait farouchement dérobée ! Comme si c’était hier, elle pouvait encore sentir les copeaux de faïences sur ses pieds nus, cette colère qui l’habitait alors : rien n’aurait pu la faire taire. Il avait fallu qu’elle voit Robart pour l’oublier. Il avait fallu qu’elle croise son regard pour que le silence, enfin, se fasse en elle. Il en serait de même pour sa soeur, elle en était certaine. Autant qu’elle s’en souvenait, cette dernière avait toujours rêvée de la Cour, de ces couleurs chatoyantes et ces festivités. Tant pis si elle achetait son pardon de cette manière, mais elle lui offrirait tout cela ! Et, Victory serait bien plus douée qu’elle, c’était une certitude. Peut-être même serait-ce Rohanna qui apprendrait d’elle, qui pouvait se targuer de savoir? Le souvenir de Wendy Piper est figé en elle, le vide qu’elle avait créé en elle encore plus… Victory viendrait, c’était décidé depuis des jours déjà. Le danger était partout, ici ou là-bas, et si son époux ne le concevait pas elle le faisait pour deux. « Ton père m’a fait une faveur immense, c’est à mon tour de la transmettre. » Son ton est dur, mais parce qu’il ne lui laisse pas le choix. Rarement il l’a regardé de cette manière, ce n’est pas quelque chose qu’elle aime. Si, un peu plus tôt, il ne lui avait pas avoué sa passion… qui sait ce qu’elle aurait pensé à ce moment?



« Je n’aurai pas le temps de m’assurer qu’elle ne cause pas de vagues, alors elle sera ta responsabilité, pleine et entière. Et si elle est autorisée à venir à Port-Réal, les portes d’Accalmie lui restent fermées jusqu’à ce que j’en décide autrement. Et j’enverrai des hommes la chercher, aucune personne portant le blason des Trant ne pourra poser les pieds ici, c’est une simple question d’apparences. Pour les mêmes raisons, elle ne portera pas ostensiblement les couleurs de sa Maison, il est de toutes façons préférable pour elle qu’elle ne le fasse pas. Elle aura sa chance, oui, mais qu’elle ne la gâche pas, et certainement pas pour de mauvais prétextes. » Plus durs encore sont ses yeux, pétris d’avertissements et réticences. Une partie de lui ne pouvait lui pardonner de l’avoir mis dans cette position, elle le pressentait. Sa main retombe sur le matelas et se perd dans le drap. Robb l’aimait, mais il ne voulait toujours pas voir en elle la Trant qu’elle était. Jamais il n’accepterait cette partie d’elle… et c’est un coup dans la poitrine, interne et violent. Par faiblesse, elle baisse son regard, le pose vers le coin du lit. Etait-il en train de menacer sa propre soeur? Et, si oui, pouvait-elle lui en vouloir? Toutes ces contradictions nouent son estomac d’une acidité nouvelle. Elle aurait pu user de sa position pour bravacher sur ce discours coupant, mais c’était vain. S’il lui avait posé un ultimatum, elle savait qu’elle l’aurait choisi lui. Elle l’avait déjà choisi lui et, le lit de son coeur le savait, sa famille avait eu sept années pour le comprendre. Rohanna et Robb étaient heureux, si heureux que leur bonheur avait traversé les frontières. Ils étaient leur plus grande faiblesse, mais c’étaient les derniers à l’avoir compris. Probablement que les Trant en avait eu vent depuis des années. Pour eux elle devait les avoir abandonné. Faire venir sa soeur à Port-Réal était peut-être une folie, fantaisie d’une femme meurtrie, mais cette décision valait bien plus que le risque pris.



Loin d’obtenir la réaction qu’elle avait souhaité, la Biche reste loin du corps de son royal époux. Dans le silence de la nuit, elle l’observe. Il était si lointain, tant lointain qu’une main tendue n’aurait pas suffit à les réunir. Son corps frissonne, sur son échine court un souffle glacial. Il ne la regarde plus, comme si aussi rapidement qu’il s’était réveillé il pouvait l’oublier. Elle connait ce visage et se refuse à quelques gestes d’apaisements. Elle l’avait déçu, et c’était bien la première fois. Alors, sans rien ajouter, elle aussi se perd dans ses pensées. Et ses pensées étaient nombreuses car, dès demain, un nouveau chapitre s’ouvrirait. Rohanna, qu’elle y aspire ou non, devrait devenir la femme du Protecteur du Royaume et agir en tant que tel. Sans pouvoir officiel, elle devrait apprendre à user de cette incroyable influence. Il lui semblait que c’était un poids insurmontable, bien plus que la perte de ses enfants, mais elle n’avait plus le choix. C’était sa décision, leur décision commune. Il lui faudrait mettre à exécution les conseils d’Alérie en matière d’apparence et s’entourer d’un mystère éloquent. Elle ne pourrait plus laisser sa sauvagerie l’enfermer dans la Tour, loin des regards indiscrets. Non, il faudrait vivre une vie d’apparence, éreintante et épuisante. Jusqu’à sa prochaine grossesse, sa vie ne serait qu’une parade pour consolider le pouvoir de son époux et de la Couronne. Aucune faille supplémentaire à celle qu’elle n’avait déjà que trop offert. A sa grande horreur, elle userait l’image de martyre dont elle était désormais affublée. La pitié des autres, elle en ferait une arme. Les journées seraient longues, ennuyantes, dangereuses, mais c’était sa propre volonté. Quelque part en elle, Rohanna savait posséder les forces nécessaires pour incarner cette partie plus sombre d’elle-même et elle n’attendrait pas le prochain coup pour le montrer. « C’est une traitresse, de la pire espèce puisqu’elle agit contre son propre fils… Je devrais me considérer heureux d’avoir eu connaissance de ses plans avant qu’il soit trop tard, et pourtant une partie de moi aurait voulu qu’elle ait eu sa chance. Qu’elle ait eu une occasion de m’abattre, ou de se battre simplement. Parce qu’il aurait été plus facile alors de faire ce que je devrai faire. Je ne crois pas que je pourrai la tuer, ni elle, ni mon frère. Et pourtant, c’est ce qu’on attend de moi… Oui, il aurait été plus simple qu’elle ait eu le temps de se soulever. »



Un instant, sa respiration se suspens. Tout comme son corps, qui s’immobilise dans une posture anxieuse. Ses paupières se closent et se plissent de fureur. Bien évidemment, elle aurait du savoir. Elle aurait du prévoir que cette femme leur enfoncerait une dague, un jour ou l’autre. Si Kyra avait profondément aimait son défunt époux, elle n’avait jamais aimé que Jasper. Peut-être, oui peut-être, que lorsqu’ils étaient enfants elle les avait aimé de la même manière… mais son coeur avait fini par flancher vers le timide benjamin. Ce garçon que Rohanna imaginait sans mal à l’ombre de ces deux turbulents et bruyants aînés : au milieu de la harde jamais assez de place pour le petit lion. La mère avait du avoir pitié. Malheureusement pour la veuve, sa bru n’était pas mère et elle ne pouvait pas comprendre. Ne lui avait-elle pas souvent répétée cette phrase : « Rohanna quand vous serez mère, vous comprendrez bien des choses mais jusque là… »? Non, elle ne pouvait pas comprendre. Dans son coeur fragile, aucune place pour sa belle-mère. Il n’y a que sa souffrance, à lui, qui coule en elle. Gardienne de ses secrets les plus altérables, ses grands yeux s’ouvrent, déterminés. « Pourquoi n’es-tu pas venu? » Sa main, tremblante, s’empare de la sienne avec empressement. Il aurait du venir à elle, il aurait du venir et l’obliger à écouter ces malheurs qu’il portait sur lui comme des fardeaux trop lourds. Le monde le croyait imperturbable, fort et brave, mais il était un être comme les autres. Non pas comme les autres, il était unique, trop unique pour que les autres puissent le comprendre. « Pourquoi? » c’est un murmure qui n’attends aucune claire réponse. Ses doigts s’enroulent dans les siens, ils les pressent avec fièvre. Silencieuse, elle laisse le murmure planer entre eux. Comme toujours, il lui était difficile de porter un réconfort à son époux. Quoique chaque parcelle de son corps et son âme était entièrement dévouée à lui, il y avait toujours cette angoisse que soudain il revête son fier manteau et la chasse d’un coup de bras. « Robart… » Son regard est toujours au ciel, il doit faire un effort insurmontable pour ne pas le redescendre. « Robart, personne n’attend de toi de tuer les tiens. Seul toi t’imposes cette épée d’Argilac. » Sa main gauche fermement dans la sienne, la droite vient s’accoler contre sa joue. Personne, aucun Orageois, ne lui demanderait de venir tuer son propre sang. Ce n’était pas ce que l’honneur réclamait, pas à ses yeux. Sa peau contre la sienne elle frissonne à nouveau, pouvait-elle le laissé commettre un matricide? Les âges lui affublerait ce surnom, on en oublierait bientôt la cause. Tôt ou tard, il paierait pour le crime de sa mère. De son tombeau, elle gagnerait alors tout ce qu’elle avait désirée de son vivant. Que dirait Theodan si ils pouvaient les voir? Un nouveau frisson, parfois il lui semblait que le fils d’Orys l’avait choisie, elle, en prévoyance de toutes ces épreuves. Oui, parfois il lui semblait que Theodan avait pu prévoir qu’elle serait la seule à pouvoir être un pilier pour son fils prodige. Elle devait réfléchir vite, et bien. Il lui fallait apporter un soulagement à ses maux, panser ses plaies et apporter des réponses à ses peurs. Jamais elle ne le laisserait se perdre dans ces démons et ces doutes, jamais ! « Si tu lui en laisse la possibilité, elle aurait encore le temps de se soulever… n’est-ce pas? Oui, pour mieux la déjouer au grand jour, tu pourrais encore la laisser avancer ces pions… » La douleur de Robb est la sienne et il lui faut inspirer pour ne pas perdre la face. Elle ne le pouvait pas, pas quand lui était toujours si fort à ses côtés. « Une part de toi ne le veux pas, la trahison ne serait que plus grande, plus amère. Alors ne te cache pas derrière un mensonge de ‘‘ce serait plus simple ainsi’’, c’est faux. Je t’en prie, ne t’infliges pas cette peine supplémentaire. »

Sa paume est brulante et l’intime à quitter sa contemplation de ce dais sans blason. Il lui semblait que tous les chemins qu’elle avait arpenté n’avaient fait que l’amener à ce moment précis. S’il n’était pas prêt, elle l’était pour deux. « Regarde-moi. Kyra est ta mère et même l’être le plus déloyal mérite d’être entendu. Aucun de tes sujets ne t’obligera à lui rendre son dernier souffle. Aucun et toi le premier. De ce parjure perfide, elle devrait répondre de nos Seigneurs et des Sept. » Une infime et secrète partie d’elle aimerait pouvoir lui proposer de la tuer. Ces dernières années la haine qu’elle a pu accumuler pour elle n’est rien comparer à ce que cette femme lui inspire en cet instant. Voir le visage de Robb ainsi déformé, prit dans des tourments d’angoisses et de craintes profondes, une une hargne meurtrière croît en elle. Pour éviter un acte qu’il ne se pardonnerait jamais, elle pouvait déjà prédire s’emparer de l’épée de Theodan et trancher la gorge de cette putride de mère. Avec un peu de chance, elle y arriverait d’un premier geste, sa fureur était si furieuse que ce n'était pas improbable. Peut-être qu’elle n’en ferait jamais aucun cauchemar, peut-être qu’elle prendrait même un certain plaisir à sentir le sang de cette femme éclabousser son visage laiteux. C’est tout ce que son silence dit et ne dit pas. Assoiffée de cette vengeance sanguine, ses lèvres tremblent. Oui, elle n’hésiterait pas un seul instant pour que Robb n’ait jamais ce remord entre ses mains. « Et si tu doutes encore… pense à ton père. » Le prénom de Theodan ne serait pas prononcer. Il était trop glorieux, trop imposant. Theodan balayait tout sur son passage, c’était une entité que tous comprenait, mais le père qu’il avait été… seuls quatre personnes en ce monde pouvaient l’entrevoir. « Rassemble les Maisons et laisses les Lords décider de son sort. En avançant leur voix, ils nous renouvelleront leur allégeance de manière notoire. Tu es bien plus populaire que Kyra ou Jasper ne le seront jamais, laisse-les te le prouver ! Ils ne te suivront que plus encore ! » Rohanna avait confiance, confiance en leur peuple pour infliger à Kyra le sort mérité. Et les nobles seraient intransigeants, car si Robb avait en tête de tuer sa propre mère… mais cette fois Rohanna ne frisonne pas. Cette fois, elle contient cette excitation des sens qui anime son corps entier. Son époux avait derrière lui les plus grands chevaliers de cette époque, parmi tous Aglahad Swan. Le vainqueur du Jugement des Sept ! L’homme choisi par les Dieux eux-mêmes pour dicter la justice de ce monde ! « Quant à Jasper… tu ne peux pas le tuer. Tu dois trouver la force de lui pardonner. Il a toujours été le plus proche de votre mère, elle aura forcément su l’influencer. Entre toi et Edric, comment arriver à trouver sa juste place? Vous êtes des astres brillants et aveuglants, des êtres alcyoniens ; il s’est toujours senti rejeté. Entre Allya et Kyra, il est martelé par des idées de grandeurs déplacées. Plus, il est le père de ton neveu… Nous ne pouvons tuer le père de notre héritier, pour cet enfant je te demande la grâce… » Elle qui n’avait jamais rien demandé à son époux, là était sa deuxième requête. La vie des Jasper. Il n’aurait probablement pas agit de la sorte pour elle, après-tout s’il s’était allié à Kyra c’était bien aveuglé par la haine que tous deux lui vouaient… quand bien même ! Pour Boremund, le sang de Jasper ne coulerait pas sur les terres de l’Orage. « Qu’il parte en exil, sur le chemin d’une quête, ou… envoie le à Fort Nox, il y prendra sa garde. » Cette dernière idée lui glaça le sang, mais les mots étaient dit et elle ne les reprendraient pas. Jasper parti, il resterait encore son épouse, Allya, seule et sans alliés il serait facile de la faire quitter à jamais les Terres de l’Orage. Elle élèverait Boremund comme son fils, et il y avait quelque chose d’apaisement de savoir que cet enfant ne serait jamais marqué par la folie méchante de ses parents. Entendez mes paroles, et soyez témoins de mes voeux, les ténèbres s'amassent et voici que ma vengeance commence...
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