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 I'm gonna lose you like I'm gonna love you

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Lun 28 Mai 2018 - 20:49


 Robb & Rohanna

 I'm gonna lose you
like I'm gonna love you

 

  Que la pluie te garde. Un rire s’échappe. Puis un autre. Le temps est un murmure. Au loin, une voix tourmente les rieurs printaniers : attendez-moi ! attendez-moi vous dis-je ! Elle trébuche sur sa robe trop longue, celle qu’on ne veut pas couper puisque sa propriétaire grandira bien trop vite. La relevant au-dessus de ses genoux, la portant sur ses bras courts, elle s’insurge de ces rires qu’elle ne peut pas partager. Le temps est un murmure. A cet air heureux, il fredonne. Que la pluie vous garde ! chantent encore les nuages. Perdus dans leurs jeux, les enfants se confondent en des danseurs mystérieux. Indolents à la vie, ils tourbillonnent sur eux-mêmes. De toutes ces secondes perdues, celles qui passent et qui se meurent, ils n’en ont pas conscience. Ils courent. Ils reviennent sur leur pas, sautant quelques souches égarées, pour ramasser des affaires égarées. Derrière, la voix s’insurge encore. Et, eux, rient de plus belle. Vite ! Vite qu’ils arrivent à la rive avant elle ! Sans annonce, la pluie vient pénétrer les tissus de leurs habits. Leurs corps robustes et jeunes deviennent transparents. Sylphide, ses mains viennent caresser son visage. La pluie, soudain, la brûle. Elle est mordante ; elle est acide. Décimés dans la plaine tous commencent à crier. Hurlements déchirants.



« Lady Rohanna? » Deux mains secouent avec délicatesse les épaules de l’endormie. Son visage tout entier semble appartenir à des rêves troubles. Sa peau est fissurée de maux que ses mains tentent d’attraper ; « ils veulent m’enlever mon image… » « Ma Dame c’était… » Nébuleux, des yeux bruns larmoyants s’entrouvrent. Dans la pénombre de la nuit, ils observent la figure bienveillante de la veilleuse. Sa respiration est bruyante, comme altérée. Elle est au Donjon-Rouge. A nouveau, le bout de ses doigts vient toucher sa peau, elle est toujours là. Elle ne brûle plus. Retombant sur ses oreillers, elle fixe le dais. Il est aux couleurs des Baratheon. Une Main couronnée au-dessus d’eux, un Cerf et une Biche se font face. « … un nouveau cauchemar. » Du haut du lit, la servante se laisse glisser au sol, elle acquiesce silencieusement. A travers la baie les rayons lugubres de la lune embrassent la pièce. La stature figée de la dame de l’Orage apparait livide, sans chaleur aucune. Elle sait qu’elle ne pourra plus se rendormir. Elle sait que, si elle ferme les yeux, elle sentira à nouveau ces mains qui viennent lui arracher la peau. Ces mains sorties des Cieux qui lui ordonnent de laisser la place à une plus jeune et mieux faite qu’elle. Que l’orage t’emporte fille Trant ! « De l’eau. » instinctivement, déjà, elle tend une main tremblante. Le regard toujours fixé vers les rayons lunaires, importuns. Plus tôt, dans l’après-midi, avait eu lieu le Conseil Restreint. Si personne n’était encore venu la trouver, elle ne doutait pas que l’aurore rectifie ce fait. Elle savait. Elle savait les propos du Mantaryen en sa faveur. Une répudiation. En soi, elle aurait du s’y attendre et probablement s’y était elle attendue. N’était-elle pas allée voir mestre Banneth pour cette raison? Néanmoins… Néanmoins, la douleur était vive. « Votre Seigneurie. » Ses doigts se referment sur le godet et elle boit avec avidité. Fureur. La Tour était haute, les rumeurs, elles, se portaient dans les particules de l’air. Bientôt, toutes avaient chuchoté sans ne plus vouloir regarder leur maitresse. Difficile avait été d’accepter de dîner, sans prendre ombrage de ces cachoteries. Robb n’était pas revenu et elle s’était convaincue qu’il viendrait demain. Lui aussi. Une dernière nuit de repos pour la mère esseulée. Elle avait déjà préparé la robe dans laquelle elle attendrait son jugement, décidée de se plier à son choix. Dieux, que ces rayons lunaires sont pénétrants ! On dirait que la Arryn, par quelques sorts anciens, vient la moquer jusque dans son baldaquin ! N’y tenant plus, elle rejète le fin drap qui recouvre son corps. Il est trempé, souillé de sa sueur angoissée.

Noctambule, elle tourne en rond. Confuse et égarée dans ses pensées ; combien de temps reste-t-elle ainsi? La brise vient souffler dans sa longue chevelure, éparse et indocile. L’image étrange d’une femme-enfant. « Amène-moi à lui. » « Ma lady? » « Mon époux, amène-moi à lui. » Déjà, sans avoir attendu une réponse de la servante, ses doigts s’empressent d’allumer une bougie. La flamme crépite dans la nuit. Un instant incertain elle vacille. Elle imite ce corps hésitant qui lui donne vie. « A cette heure? dans cette tenue? Ma Dame, si on vous voyez ainsi… » Rohanna aimerait lui rétorquer que cela ne changerait pas grand chose à sa situation. Si elle ne le dit pas, ses yeux doivent être bien plus virulents car l’accusée s’oblige à baisser le regard. Fautive. Glissant ses pieds dans des souliers fins et plats, la dame de la tour est décidée. Il lui fallait le voir. « Tu vas m’emmener par les passages des serviteurs, maintenant. »





***


D’une main frêle, Rohanna entrouvre l’étroite porte. Sur son passage, les gongs grincent fortement. La faute à la Nuit qui se dort en silence. Ici, les baies sont sombres et, dans l’obscurité, ses yeux doivent attendre un instant pour en délimiter les contours. La pièce est vaste, d’apparence peu meublée. Elle ne sait pas exactement dans quelle aile de la forteresse elle se trouve, mais proche des appartements royaux. Probablement. Son coeur tente de retrouver cette colère qui a obligé Robart à se replier ici. Tout cela lui semble bien lointain… Remerciant du menton sa servante, elle faufile le reste de son maigre corps et referme la pièce sur elle. Personne ne serait témoin de ce qui se passe ici. Ces murs seraient leur sanctuaire. Protégeant la flamme de sa paume, doucement, elle s’avance vers le large lit. Des tentures closent lui cachent le Cerf. Un instant long, qui lui semble durer une éternité, les pires idées lui traversent l’esprit. Et, si elle le trouvait en compagnie d’une femme? De cette dame Piètre qui ne vient que trop souvent dans son bureau depuis ces derniers jours? Pis, d’Eleneï? Oui, un instant supplémentaire elle craint que Robb grogne ou émette un son plaintif qui appelle une amante. Alors que sa main prend son courage pour écarter les voilages, son oeil est attiré par une masse sombre. Un large bureau où s’amoncelle des parchemins ordonnés, des chandeliers éteints… et un grand corps. Il dort. Il dort d’un sommeil profond, la respiration chuchotée, n’entendant pas même ce corps qui traine à ses chevilles des milliers de souffrances. Un ancien sourire trémousse ses lèvres, combien de fois ne l’avait-elle pas vu ainsi, surpris par le sommeil même? A la lumière de sa bougie, se déchaussant calmement, ecce s’approche avec délicatesse. Les questions qui lui cognent au corps attendront, elle ne veut pas le réveiller. Qu’il vogue encore sur ces mers calmes et lointaines, elle l’attendrait… Sans le toucher, lointaine, sa main imite le geste familier de lui ranger une mèche rebelle.



Sur la table ouvragée, complètement consumés, les chandeliers fument encore. Ses narines dilatées aspirent avec difficulté la forte combustion. Olfaction néfaste qui ruine tout espoir de sentir l’odeur de son époux, celle qui savait tant la rassurer. Ses lèvres se pincent étouffant un soupir et ses yeux continuent leur observation criminelle. Des parchemins griffés d’écritures différentes jonchent le bois poli. Elle pourrait risquer un pas de plus pour tenter de les lire, mais elle garde son corps immobile. Une plume royale est restée sur un vélin, une signature qui attendra le petit jour. Perdue dans la contemplation des rouages de la politique secrète de Westeros, elle ne voit que trop tard la dangereuse goutte de cire qui vient s’écraser, coupable, sur un manuscrit. Alors, n’obéissants qu’à eux-mêmes, ses doigts le tirent à elle. Son coeur se déchire d’un cri qui ne lui est pas permis. Il tambourine contre les parois d’une cage thoracique trop étroite, trop étouffante. Ses pupilles observent les nobles noms rivaux, toutes ces dames… La main accrochée, ferme, elle se recule vers le centre de la pièce. Elle recule avec une lenteur mortuaire, le visage déformé par les émotions qui se jouent en son âme. Elle ne s’arrête que quand ses jambes trouvent le baldaquin. Des larmes de désespoir viennent perler en ses yeux, le voir couché sur papier était autre chose… Sa répudiation souhaitée par tous ces gens qu’elle côtoyait… Tous ces singes qui lui avaient témoigné leurs sincères respects et condoléances pour sa perte, ô comme elle les avait cru sincères ! Un nouveau coup du coeur, mordant et elle se recroqueville. Elle ne connaissait pas toutes ces Dames, mais certains noms ne lui étaient que trop familiers comme Wendy Piper. Cette jouvencelle qu’elle avait recueilli auprès d’elle comme une soeur, qui lui avait tenu la main tout au long de cette épreuve mortelle… pour quoi? Pour mieux lui prendre sa place? Un râle sec et furibond émane de sa gorge. Elle méprisait les Dieux qui avaient ordonné que, sur ces terres, naître fille était un crime. Ces hommes, lourds de leur sexe pendant, se croyaient mieux à même de savoir. Aaaah ! Aaaaaaaaaaah, parce que femme… parce que femme était coupable si elle n’était pas la mère tant attendue ! La voilà, elle, la victime d’une main assassine, accusée de ne pas avoir fait son devoir. Incriminée à cause de son entre-jambe qui n’avait pas été assez fort pour ne pas déverser la mort une seconde fois ! Alors que le vélin se froisse sous une main colèrique, ses yeux s’injectent de sang. La farce ne prendrait donc jamais fin, jamais. Qu’on lui donne l’honneur d’une flèche pour la décocher dans le coeur corrompu et putride de ces hommes ! Ces hommes qui se targuant de mieux savoir, mieux connaitre, mieux à même de juger, réduisaient toute sa personne à un simple objet de reproduction. Qu’exigeraient-ils si Robb la gardait à ses côtés : assister à leurs ébats pour évaluer la manière dont ils procédaient à la copulation? Ecoeurée, ses ongles transpercent le parchemin plissé dans sa paume. Que l’orage les emporte tous ! Pourquoi ne venait-il pas, maintenant, les transpercer de ses tentacules jaunes apocalyptiques?



La faim de faire la guerre dévore son grand corps. Sous sa robe éthérée, elle incante une mise à mort contre tout ces fot en cul. Petite, tout le monde dort et pourquoi pas toi? La mort est en elle comme une vengeance terrible, en son coeur et à ses pieds. Criminelle puisqu’ils le désiraient si ardemment, elle le deviendrait. Dans le silence de la nuit, le sel de ses larmes vient creuser des sillons sur joues fanées. Elle ne peut détacher son regard de l’homme qui se dort, et lui que pensait-il? Avait-il, dans le secret des murs, prononcé le mot d’une favorite? De la Harpie du Val à la Sirène de Blancport : quelle femme, utile cette fois, pour consolider le royaume? Le mestre avait dit que son corps était en train de guérir, en train de retrouver sa force d’antan… mais elle n’avait pas la force de parcourir à nouveau les quelques mètres qui la séparaient de son époux. Pourtant, elle aurait aimé pouvoir le réveiller et lui promettre que le futur serait étincellement ! Autour de sa nuque; elle aurait aimé serrer ses bras et ne jamais les enlever. D’une verve fiévreuse elle aurait conté un futur brillant et sans bévues aucune, or elle reste figée dans la peur et la colère. Elle n’était plus la même, cette fois si la mélancolie, à jamais, ne l’avait pas emportée, elle lui avait laissé des stigmates sombres et ensorcelants. Ses épaules se redressent, de toutes ces promesses qu’ils s’étaient faites elle ne voulait pas les abandonner. Un pas, puis un autre, elle déambule sur le gouffre de leur avenir incertain. Cette vie qu’ils ne vivraient plus, ils se l’étaient pourtant promise… Le parchemin meurtrier vole vers le sol et sa main se tend vers le visage de l’être aimé. A la haine et au mépris des imbus, elle voulait répondre. Et quand ses doigts viennent se perdre dans les cheveux de son bourreau, et que ses lèvres viennent frémir près de sa tempe, amoureuse transie elle murmure ; « ô mon aimé, rappelez-vous ce qui faisait de nous l’un et l’autre… Robb, rappelle-toi ce qu’on vivait si fort. »

AVENGEDINCHAINS
 

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+just a bad dream+
SOFTNESS IS NOT WEAKNESS IT TAKES COURAGE TO STAY DELICATE IN A WORLD THIS CRUEL
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Mer 30 Mai 2018 - 18:22




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

De l’une des cours intérieures du Donjon Rouge, on ne pouvait entendre que le tintement sourd du métal s’entrechoquant. Aucun courtisan n’allait ou ne venait, les gardes placés aux points d’accès y veillaient avec une ferveur quasi religieuse, et peu importait que le détour qu’ils devraient prendre leur coûterait presque une heure de leur temps si précieux. Le Seigneur Régent s’entraînait, leur disait-on, et il ne voulait pas être dérangé. Mais d’entrainement, les échanges n’avaient que le nom, au vu des cris poussés.

« Encore. »

D’un geste sec, le Seigneur de l’Orage aida son partenaire à se relever. Ni Robb ni le capitaine de sa garde n’avaient très fière allure, pas après les plusieurs heures d’échanges martiaux que le premier avait infligé au second. Theodan disait toujours que le meilleur des gardes du corps était celui qui avait une chance de vaincre son seigneur en combat singulier, mais qui était trop fidèle pour ne fut-ce qu’y penser, et Ser Dondarrion incarnait parfaitement cette sagesse pour son seigneur-lige, comme en témoignaient les zébrures et ecchymoses qui marquaient tant un combattant que l’autre. Le soleil allait couchant, et la violence avait régné sur la cour depuis la fin du Conseil Restreint, quand il était encore haut dans le ciel. A défaut de Lord Tyvaros, Robb avait trouvé un autre moyen de passer sa rage. Des faux-semblants, il fallait en avoir à foison dans le domaine des Targaryen, il ne l’avait que trop appris.

« Monseigneur, nous avons tous les deux besoins de repos, et je... »

« Encore, j’ai dit.»

Le Seigneur de l’Orage n’avait pas haussé la voix, il n’en éprouvait pas le besoin avec cet homme habitué à lui obéir en toute circonstance, et sa colère n’était pas dirigée contre lui. Si ses coups étaient violents, s’il exigeait la même force de la part de son adversaire, c’était parce qu’il aurait aimé en avoir un autre en face de lui. Ce serpent mantaryen imbu de sa personne ! Il n’était rien de plus qu’un paria anobli pour sa trahison, et déjà il se croyait égal aux plus grands de ce Royaume ?! Il se croyait en droit de se mêler des affaires maritales d’un Seigneur Suzerain, de son Régent, pire, cette vipère n’avait pas avancé dans son enquête, mais avait pris le soin de dresser une liste de prétendantes potentielles au remplacement de son épouse. Pour le bien du Royaume, avait-il dit. Cet idiot… Il paierait pour son inconséquence, un jour où l’autre. En attendant, qu’il se gausse de ses idées brillantes seul, il aurait tout le temps de les regretter en temps voulu. Torse nu, Robb reprit une position de garde, haletant, l’épée émoussée qui lui servait d’arme maintenue fermement entre ses mains.

L’échange ne dura pas longtemps, se soldant par un violent coup de plat d’épée sur les côtes du suzerain, qui laissa échapper un cri de douleur en lâchant son épée, à bout de souffle. Il allait ramasser son arme, réclamer un nouvel échange, toute la douleur du monde plutôt que de s’avouer vaincu, quand la main du vainqueur vint se poser sur son épaule, calme et posée.

« Vous devez être en forme pour vous battre, monseigneur. Comment voulez-vous leur tenir tête si vous ne pouvez pas quitter le lit à cause d’os brisés et de muscles endoloris ? Comment puis-je vous protéger si je ne suis plus capable de porter l’épée ? Pour le bien de votre épouse, si ce n’est pour le vôtre, allez vous reposer »


La nuit était belle, rafraichissante comme toujours depuis que l’Eté s’était installé, sans vouloir s’arrêter. Elle était un répit, une parenthèse durant laquelle il était presque possible d’oublier les malheurs qu’infligeait ce ciel bleu ininterrompu à une bonne partie du continent. De la même manière, Robb trouvait son répit dans le travail, dans la lecture sans fin de ces rapports et demandes formulées chaque jour à l’attention du Roi, et donc la sienne. Tour à tour depuis le mariage royal, cette façon de faire avait servi de rempart face à sa culpabilité, à sa colère, à ses envies d’abandonner. Comment s’abandonner à ses pulsions quand il y avait tant à faire, tant de gens qui avaient besoin qu’il les guide ? Qui mieux que lui pourrait mener une armée sur le sol nordien, s’assurer que plus jamais les hommes du Nord ne se soulèveraient contre leur souverain légitime, faire ravaler son orgueil et sa folie à l’homme qui menait ses vassaux, son peuple à une mort certaine ? Et surtout, qui d’autre pourrait s’assurer que le Roi hérite d’un Royaume plein et entier au moment de prendre sa place ? Les autres Maisons n’en avaient que pour leur pouvoir personnel, leurs objectifs, leur influence. Ils n’étaient pas liés aux Dragons comme les Cerfs, ils n’avaient pas cette loyauté que seule la famille pouvait avoir… Même si elle ne semblait pas inconditionnelle, comme il l’avait douloureusement appris dernièrement.

Aujourd’hui, cette tâche qui semblait n’avoir pas de limites était un échappatoire, un moyen d’oublier que malgré tout le pouvoir du Royaume entre ses mains, il était impuissant pour ce qui concernait les choses qui comptaient vraiment. Bien sûr, il avait tempêté, remis Tyvaros à sa place quand il avait osé proposer qu’il répudie sa femme au profit d’une dame plus jeune, plus haut placée sur l’échiquier du Royaume, capable de lui donner un héritier, mais combien de temps pourrait-il continuer à le faire ? Combien de temps avant que le Roi ne prenne position contre lui, combien de temps avant qu’il doive choisir entre son allégeance et l’amour de sa vie ? Ce choix, il ne l’aurait peut-être même pas, les mots qu’il avait prononcé ce soir là, au moment où il avait quitté la Tour de la Main étaient gravés dans son esprit.

Rohanna lui avait demandé de la répudier, écho de ce qui avait été dit quelques heures plus tôt, mais il ne pouvait pas se résoudre à le faire. Alors par lâcheté peut-être, mais certainement parce qu’il était incapable de savoir si c’était ce qu’elle voulait vraiment, il lui avait laissé le choix, pars et vis une vie loin du danger, loin des malheurs qui s’abattent sur toi, loin de moi, ou reste, et bats toi. Il ne l’avait plus revue depuis, croisée de loin au détour d’un couloir tout au plus, il n’avait fait qu’attendre, attendre une réponse qui ne venait jamais, une sentence qui chaque jour qui passait semblait de plus en plus insupportable. Elle était sa seule chance au bonheur, la seule raison pour laquelle tous ces sacrifices qu’il avait subi pouvaient valoir la peine, et même elle risquait de lui être enlevée. Que ferait-il si elle disparaissait de sa vie… C’était une interrogation qu’il ne valait mieux pas soulever, car aucune réponse ne serait plaisante à entendre, pour personne.

Posée au dessus d’une pile de parchemin, la liste qui lui avait été fournie comportant les noms évoqués pour remplacer la Biche trônait comme une provocation à son être. Faudrait-il qu’il choisisse un jour parmi ces noms celle qui remplacerait, par la raison et l’impératif politique toujours plus présent dans sa vie, l’amour de sa vie, celle que son père lui avait choisie avec plus de sagesse que le plus érudit des mestres ? Il aurait voulu le déchirer, ce morceau de parchemin, le brûler et l’oublier définitivement. Mais c’était une arme, un moyen de contrer les projets que d’autres pouvaient avoir pour son mariage s’il devait durer, et un outil… Un outil, si Rohanna décidait de quitter Port-Réal, et lui, pour de bon.

Le corps toujours endolori par les coups de l’après-midi se frotta les côtes tandis qu’il s’étirait, réprimant un baillement. La raison voudrait qu’il aille se coucher, qu’il laisse son travail jusqu’à l’aube, mais la raison n’avait plus son amour ou son attention, plus depuis qu’elle lui hurlait qu’il devait renoncer à son coeur, à son âme, à ce qui faisait de lui ce qu’il était. Non, il n’obéirait pas, il fermerait les yeux une seconde, et il reprendrait le travail…


La nuit était noire, le sommeil lourd et inviolable. Le Suzerain de l’Orage dormait trop peu pour voir le peu d’heures accordées au repos hantées par les événements, son esprit s’accordant avec son corps pour prendre son énergie où il le pouvait. Il n’était pas rare que rien ne puisse le tirer de son sommeil avant l’aube quand cela arrivait, ni les bruits de la ville ou du château, ni les portes dérobées qui s’ouvraient discrètement. Il fallait bien plus que ça, il fallait une raison que seul le coeur pouvait dicter. Une main familière, un contact trop longtemps attendu que pour être ignoré, par exemple.

Il crut d’abord à un rêve, de ceux qu’il avait souvent fait les premiers jours, tentatives de prétendre que rien n’était arrivé, que Rohanna était toujours près de lui, qu’il n’avait jamais quitté la Tour, que ses enfants n’avaient pas été sacrifiés sur l’autel de la bassesse humaine. Que sa mère ne l’avait pas trahi, qu’il n’avait pas douté de celle qui partageait sa vie. Un temps, ils avaient aidé, ces songes, puis ils étaient vite devenus insupportables, car pour leur douceur, c’était l’amertume et la déception des réveils, du retour à la cruelle réalité qui suivait. Cette fois, pourtant, il y avait autre chose, une notion de mouvement plus réelle, trop palpable pour appartenir au Royaume des songes. Et c’est un murmure, empli de ces sentiments si proches et si lointains qui définitivement, le tire de son sommeil.

« Ô mon aimé, rappelez-vous ce qui faisait de nous l’un et l’autre… Robb, rappelle-toi ce qu’on vivait si fort. »

C’est un réflexe plus qu’un acte réfléchi, une résurgence des habitudes passées, quand elle le réveillait -parfois sans le vouloir- au milieu de la nuit, en proie aux démons qui la hantaient depuis qu’elle avait perdu leurs premiers enfants. Sans ouvrir les yeux, encore alourdis par cette interruption inattendue, le Cerf tourne son visage pour embrasser la joue de celle dont il devine la présence à ses côtés, il n’y avait qu’un visage, qu’une chevelure presque mêlée à la sienne pour réveiller ses sens si facilement. Et oublier, comment pourrait-il oublier cette relation disséminée entre les mois de guerre, avec ses joies, ses peines, mais surtout, avec la certitude, depuis les premiers mots qu’ils avaient pu s’échanger seuls sur les murs d’Accalmie, qu’il avait trouvé son âme sœur. C’était parce qu’il ne pourrait jamais oublier que Robb craignait autant ce qui se jouait en ce moment, entre les murs du Donjon Rouge, c’était pour cette raison qu’au moment où enfin, la Biche était à ses côtés, il comprit que peut-être, elle était là pour la dernière fois. Alors seulement, lui qui avait voulu cette réponse depuis des jours, comprit qu’il aurait préféré mille ans d’attente à la certitude d’un départ.

Il finit par ouvrir les yeux, se redressant dans un geste mécanique. Il s’habituait à la pénombre ambiante, posant les yeux sur son épouse à ses cotés, et même dans une telle obscurité, il pouvait voir qu’elle n’aurait pas du être debout, pas à cette heure, pas si loin de sa chambre. Son empoisonnement l’avait amaigrie, et si la Biche avait déjà un peu récupéré, elle n’avait pas encore retrouvé les couleurs de son teint, ni la certitude de son pas, un œil de guerrier ne repérait que trop facilement ceux qui avaient du mal à tenir debout. Malgré cela, malgré ses cheveux négligés, et sa tenue de nuit, elle était belle, plus que n’importe laquelle des jeune filles et dames qui parcouraient les couloirs du château, plus que celles qui passaient des heures à se préparer pour donner l’illusion d’une perfection qui n’existait jamais réellement. Robb n’avait que faire de ces atours, aussi attreyants qu’ils puissent être, ils n’arriveraient jamais à la cheville de son épouse, même si elle devait ne porter qu’haillons et guenilles.

« Tu ne devrais pas être ici… Tu devrais dormir, te reposer à cette heure... »

Joignant le geste à la parole, il quitta son siège pour y asseoir la Biche, trop inquiet de son état que pour permettre qu’elle reste debout plus que nécessaire. Ce ne fut qu’une fois l’urgence accomplie que le détail mineur de sa tenue s’imposa à lui, avec toutes la conséquences qu’il pouvait avoir. Si Tyvaros apprenait qu’elle avait ainsi traversé une bonne partie du château, il userait sûrement de l’information contre elle, cherchant à la faire passer pour folle, ou autre chose… Mais Rohanna ignorait probablement que son destin s’était joué au Conseil Restreint aujourd’hui, elle n’avait pas du penser à cela. D’un geste peu assuré, il posa ses doigts sur la joue de la jeune femme, la fixant dans les yeux, cherchant à ne pas s’y perdre. Quoi qu’elle ait à dire, il devait rester digne, il se l’était promis.

« Qu’y avait-il de si urgent pour que tu quittes ton lit ? Si tu voulais me voir, il te suffisait d’envoyer un serviteur me chercher… Ta santé est encore fragile. »

Il savait pourtant, le grand seigneur, ce qui était si urgent. Quelle qu’ait été sa décision, Rohanna n’était pas de celles qui attendaient le bon moment pour annoncer quelque chose une fois qu’elle s’était faite une idée. Et si les rapports qu’il recevait régulièrement du mestre lui indiquaient que son état devait encore s’améliorer, elle était suffisamment forte pour quitter la capitale sans plus attendre, si c’était son désir. Les dés étaient jetés, donc, et il faudrait à l’homme qui commandait à Sept Couronnes se plier à la décision d’une seule femme. C’était là un pouvoir que nul autre sur ces terres ne posséderait probablement jamais, que beaucoup auraient été prêtes à tuer pour l’obtenir, et il savait pertinemment qu’elle-même n’en avait probablement pas conscience, pas comme ça, en tout cas.

Détournant un instant les yeux, il aperçut dans un regard le parchemin sur le sol, reconnaissant immédiatement les traits tracés par l’écriture vipérine de Tyvaros. Les questions que Rohanna devait se poser si elle avait pris connaissance de son contenu pendant son sommeil… Le Cerf se pencha pour le ramasser, et le posa sur le bureau, avant de lui demander, une certaine appréhension dans la voix, comme un enfant qui aurait été pris en train de cacher une bêtise :

« Tu l’as lu ? »

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Ven 15 Juin 2018 - 23:23


 Le Cerf & La Biche

 I'm gonna love you
like I'm gonna loose you

 

  Il lui embrasse la joue. Doucement, du bout des lèvres, comme il avait l’habitude de le faire il y a encore quelques mois. Avant que son ventre s’arrondisse à nouveau et que les démons de la nuit disparaissent. Certaine, désormais, d’une vie meilleure. Avant, cette seule présence, chaude et rassurante, lui aurait permise de se calmer. Se rendormir, blottissant son corps contre le rempart de ce corps développé par de longues années de guerre. Un chasseur de rêves néfastes. Or, ce soir, dans la noirceur de la nuit, ces lèvre ne lui laissent d’un frisson d’amertume. Une crevasse scintillante de tout ce qu’elle allait perdre. Ses doigts se referment atour d’une large mèche brune, elle ne sait pas si elle veut réellement qu’il se réveille ou qu’il somnole entre le chimère et le présent. Les pores de sa joue, non avares de leur présent, laisse sa peau se muer d’un souvenir ancien. Un appel silencieux et il ouvre les yeux. La bougie est faible, lointaine sur le bureau, mais ils pétillent de cette sève de vie typique aux Baratheon. L’apex de ses phalanges tremblantes frôle ses tempes endormies, elle veut voir ce regard. Elle veut se nourrir de cette sève, encore et pour toujours.  Vif, prompt à la réaction, il se redresse sur sa chaise. Un moment qui courre comme un instant, il la dévisage. Elle y lit de la peur, une angoisse, un refus étrange et elle inspire avec difficulté. Privée de ressources nécessaires, elle halète. Un sifflement de l’air. « Tu ne devrais pas être ici… » Nouveau sifflement de l’air. Non, elle de ne devrait pas être ici mais elle se tenait devant lui. Offerte, l’âme empreinte d’un brassage de désarroi et de colère. « Tu devais dormir, te reposer à cette heure… » Ses mains larges et dures, portent ses épaules, échangeant en un instant leurs places. Il l’assied à la place du dormeur et il se relève, les membres engourdis d’une mauvaise position. A son silence, elle comprends qu’il juge sa tenue. Ses maigres épaules, sous sa robe de nuit immaculée, s’haussent vers le plafond. Elles se recroquevillent sur vers son cou, il n’avait jamais été homme à réellement juger sa manière de s’apprêter. Bien sûr, son oeil était un habitué des courbures féminines et nul doute qu’il appréciait les belles matières et coupes mettant en valeur les formes. Quel homme n’y aurait pas été sensible? Pourtant, jamais il n’avait baissé le visage de cette manière… comme par gêne, ou pire, comme par honte. Etait-il écoeuré, maintenant qu’il avait touché ses os, de sa dangereuse maigreur? Qu’importe ce que son époux dirait… elle devrait restée digne. Ne pas geindre, ne pas crier, ne pas se laisser tomber dans les trépas de ses peurs. Si Robart le voulait, elle serait Soeur du Silence. Ha, elle n’oubliait pas que ce soir, terrible soir, il lui avait laissé le choix de partir ou rester. Non elle n’oubliait pas, mais ce choix il le lui avait laissé avant la tempête tumultueuse des Lords. Si Westeros s’était déchiré pour un enfant, il ne le ferait pas pour une femme. Une femme qui n’était pas une princesse ou une reine s’entend, elle, a contrario, n’était qu’une petite provinciale.



« Qu’y avait-il de si urgent pour que tu quittes ton lit? » « Un cauchemar. » « Si tu voulais me voir, il te suffisait d’envoyer un serviteur me chercher… ta santé est encore fragile. » A la fin, tous deux avaient parlé en même temps et le souffle de sa réponse n’avait probablement pas été entendu par le dormeur éveillé. Ses épaules se pointent un peu plus vers sa mâchoire, il n’avait pas besoin de le lui rappeler. Dans l’indifférence feinte que les époux s’étaient obligés ces derniers jours, presque semaines, Rohanna avait omis l’idée que Mestre Banneth puisse tenir Robb au courant de sa maladie. C’était idiot, mais elle n’y avait pas pensé. Maintenant, ainsi prostrée sur cette chaise, chauffée de songes encore frais, elle se souvenait combien il lui avait été difficile de ne pas questionner sa maisonnée sur les agissements de son époux. La fureur terrible de son altercation avec Eleneï quand elle avait compris tout ce qu’elle allait perdre, si elle continuait dans sa stupidité revêche. Un cauchemar avait été nécessaire, pour qu’elle brave les vents de la fierté et vienne le trouver. Lui. Lui qui arrivait à articuler calmement : « il te suffisait d’envoyer un serviteur me chercher ». Elle aurait pu. Elle aurait pu, mais toute la Cour était au courant qu’ils faisaient couches à part. Les hypothèses avaient la côte haute : un Cerf avait besoin d’assouvir ses besoins quand sa femme n’était pas disponible, la déception trop grande du Régent face à cette nouvelle perte, la peur de la contagion de quelques sortilèges endormis dans la Tour de la Main, une dispute terrible en pleine nuit alors que Dame Rohanna aurait été nue contre un mur, et d’autres, toujours de nouvelles hypothèses plus croustillantes. Personne ne savait de qui elles émanaient, mais elles étaient toujours plus nombreuses. Son index et son majeur sont sur sa joue, peu assurés ils lui demandent de le regarder. Ce qu’elle fait. Malgré la pénombre, elle tente de trouver son regard qu’elle ne sait pas déchiffrer. En venant, elle avait préparé beaucoup de phrases. Des phrases plus belles et plus intelligents les unes que les autres. Alors, dans ces pensées elle était vive et forte… mais tout était différent dans l’instant présent. Il semblait qu’elle avait oublié tout ce qu’elle désirait, si ardemment, dire. Comme par enchantement, Robb baisse la tête et ses doigts disparaissent dans les ténèbres. Son corps se relâche quelque peu et la Biche s’accorde de souffler doucement. La peur et l’angoisse lui tiraillent les entrailles. Il se penche, ramasse le parchemin que, dans sa fièvre, elle a laissé choir au sol. Vulgaire vecteur de malheur, là était sa place. Elle ne voit pas réellement les gestes de son corps fort, elle le sent bouger à quelque pas d’elle. Se retourner et un bruit de feuilles qu’on touche. « Tu as lu? » Sa voix est peu audible, à mi-timbre, honteuse. « Non. » Elle répond immédiatement, dans la même verve. La voix menteuse. La voix menteuse qui voudrait, par ce simple mot, le rassurer. Le rassurer pour ne plus entendre cette attitude qui ne lui convient pas. Elle voudrait qu’il soit fort. Elle voudrait qu’il soit fort et tant pis si il doit se montrer dur. Comme le soir de leur mariage… elle aurait préféré lui souffler : « je veux que tu t’emportes. » Robb, fils de l’Orage, était plus rassurant que cet homme peu certain. Un homme qu’elle n’avait jamais rencontré. Un homme dont elle n’avait pas la force de faire la connaissance. « Oui. »



Finalement, pourquoi mentir? Il pourrait décerner le mensonge aisément, si elle se souvenait bien, elle avait froissé le vélin avec une jalouse dextérité. La chair de sa paume gauche était encore marquée de ses ongles pénétrants.  Elle le sentait comme une marque présomptueuse et insolente à son malheur. Et puis que dire? Que pouvait-elle ajouter? Y avait-il seulement autre chose à dire de sa part? Ne devait-elle pas se lever et tirer sa révérence? Pourquoi ne la prenait-il pas dans ses bras, la secouant quitte à la blesser, en lui promettant qu’il la garderai prêt d’elle? Ne t’inquiètes pas, ne t’inquiètes pas… mais nulle trace de ce genre de pensées dans l’attitude de Robb. « Je suis venue ce soir parce que je voulais savoir… elle ne cherche pas à trouver son regard, perdu dans la nuit. A la place, elle observe ses mains dont les pouces se chassent sans que chacun ne veuille se rendre en premier. Un geste, d’ordinaire amusant, mais qui ne savait que traduire son émoi intérieur. … j’ai toujours su que ce moment viendrait. » Ses pieds nus, glissent sur le dallage tiède, ils esquissent des pas de danse peu gracieux. Avant de se replier sur le bord de la siège royale,  ils inondent le sol de leurs doutes. Sa tête se tourne, se laissant aller contre le dossier, vers ce qui doit être le large lit. Une ombre large et un peu plus tenue. « Que de noms illustres… » si elle avait souhaité continuer, les mots se meurent avant. Sa phrase reste en suspension et ils demandent : « pourquoi n’es-tu pas me voir tout à l’heure? C’était à toi de le faire, par à moi de quémander un serviteur pour que mon époux devant les Dieux ne m’oublie pas. » Une once de vieille colère s’insurge en elle, elle se souvient de cette nuit terrible où il a fracassé son poing à quelques centimètres de son visage. Elle peut encore ressentir la folie meurtrière de son corps, cette envie de mort instantanée accrochée au corps comme un diable sanguinaire. Noli me tangere. L’instant était passé, mais parfois, en s’endormant le plus souvent, elle fixait cette baie malheureuse. Alors, ses orbites étaient vides de toute vie, absentes et lointaines. Rohanna, perdue dans les limbes de son esprit, questionnait l’Etranger et lui demandait pourquoi ils n’avaient pas tendus un peu plus les bras cette nuit là. Juste un peu plus pour qu’elle puisse s’y recueillir. Il ne l’avait pas fait et elle s’était retournée vers ceux de Robb. Et aujourd’hui, ils étaient là. Interdits l’un à l’autre, le poids du monde trop grand pour eux. De cette nuit là, si elle était morte, ils porteraient encore son deuil et Robb serait probablement le plus triste des chevaliers de cette terre. Il serait en train d’errer dans des envies de vengeances ou de profonde perditions, mais il n’aurait pas ce choix à faire. Il n’y aurait pas ce silence pesant qui ne veut pas se dissiper. Se lever.

Le fauteuil grince, elle n’est pourtant pas bien lourde. Rohanna Baratheon, arrivait ici avec plein de morgue, ne savait réellement plus quoi dire. Peut-être qu’il n’y avait plus rien à dire… d’ailleurs quand le savait-on? Elle savait juste qu’elle l’aimait encore. Non pas encore. Elle savait juste qu’elle l’aimait. Cet amour n’aurait jamais de fin, pas même avec leurs morts. Nombreuses preuves de tendresses, d’affections et d’amours, mais jamais elle ne lui avait dit ce que les bardes chantonnaient dans leurs poèmes idylliques. Jamais elle ne lui avait dit « je vous aime, d’un amour pur et sincère » car, alors, cela ne lui avait jamais semblé nécessaire. Quelque peu embarrassant et honteux même, maintenant, là, tout de suite, elle regrettait. Elle regrettait les matins où elle s’était réveillée le corps trop endolori d’avoir pensé à lui et de ne pas lui avoir dit. Elle regrettait ces instants où, quand il comprenait qu’elle l’observait et qu’il chassait l’importune d’un sourire solaire, elle réfugiait un sourire sous son coude. Puis ces autres instants, quand il l’attrapait et qu’elle s’empêchait de rire, se mordant le pouce, pour ne pas que Kyra les entendent. Et tant d’autres moments… Dans la nuit noire, à la candeur de la flamme vaillante, elle revoit la jeune femme farouche qu’elle avait pu être se glisser dans les eaux de l’amour pour rejoindre le Cerf, sans honte, ni appréhension, fière de leurs désirs mutuels. Ils étaient pourtant des inconnus alors… mais plus proches qu’en cet instant, qui pourtant avait vu de longues et périlleuses années s’écouler. Elle peut entendre leurs éclats rauques et sensuels comme un écho à travers le temps. Nage entre eux, arrogant et sorcier, celui de la Lionne de l’Orage. Romane sursaute, tirée de ces rêveries fantasques. « Comment as-tu pu croire que… que… je m’étais dressée contre toi? Robart, Comment? » Savoir si il la répudierait, reprenant sa parole donnée, et pour qui, serait remis à plus tard. Demeurait le spectre de cette question sans réponse, ce n’était pas la faute d’avoir tenté de comprendre. Longues avaient été les heureuse, sombres et solitaires, où elle s’était demandée ce simple mot : comment? L’inimité de la mère et la fille était pourtant illustre à Accalmie. Robb, mieux que quiconque, le savait. Il en avait été le témoin, masqué, mais le témoin. « Dis-le moi. Je t’en prie. » Car là résidait la faiblesse qui avait tout fait vaciller, la certitude de la solidité de leur relation. La solidité de la confiance qu’elle croyait, dont elle était persuadée, qu’il avait en elle. La méfiance de la Trant était têtue, il lui fallait du temps pour appréhender une personne. De sa nature, la plus souvent sauvage, son coeur avait du mal à accorder confiance aveugle. Pourtant, elle l’avait fait avec Wendy Piper et Alérie Lannister. Un sentiment de bienêtre avec ces deux soeurs, qu’elle s’était tout de suite sentie en symbiose. Convaincue de cette amitié fraternelle, vibrante et forte ! Quelle petite morte que de voir le nom de l’amie sur cette liste, et autant elle essayait de s’attacher à l’idée que ce n’était jamais la femme qui décidait, autant elle sentait les flammes de la jalousie la dévorer. La confiance entachée, la méfiance nourrie. Que Robb puisse l’accuser d’une telle conspiration avait été un coup de grâce terrible. D’ailleurs, si Oriane lui avait avoué à mi-mots l’ampleur de la trahison, elle ne l’avait pas fait complètement. Sous le serment fait à son frère, elle était restée évasive. Peu encline à coopérer. Edric n’avait rien dit, enfermé dans sa colère frémissante. Il n’avait pas été difficile de comprendre que Kyra avait bougé des pions en défaveur de son aîné, ses plus puissantes alliées étant Allya et Eleneï. Eleneï n’avait rien montré, presque rien, mais parfois, dans leurs altercations, elle avait senti le belle Ouestérienne sur le qui-vive. Chasseuse expérimentée, elle avait traqué ces coup de sang selon ses réponses… mais le mystère demeurait grand, les faits tout au moins. Tout comme les faits qui avaient poussé son époux, son plus proche ami et compagnon, à l’acculer de la sorte. « Tu ne peux pas croire… comme certains que… j’ai assassiné nos enfants, n’est-ce pas? » Non, elle ne le croyait pas. Elle ne le croyait pas un seul instant et la voix l’exprimait. Ce n’était simplement qu’une peur, l’ombre d’une angoisse qu’elle devait expulser. Après-tout, il n’y aurait peut-être pas de jours prochains…

AVENGEDINCHAINS
 

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: I'm gonna lose you like I'm gonna love you    Dim 17 Juin 2018 - 17:17




I’m Gonna Love You Like I’m Gonna Lose You

Evidemment, qu’elle l’avait lu. Bien sûr qu’elle avait compris ce que signifiait cette liste. Rohanna n’avait jamais été une idiote, contrairement à ce que certains pouvaient croire, méprenant son désamour de la politique et des jeux de pouvoir pour une tare de petite noblesse provinciale, tout juste bonne à superviser le labour de quelques champs et à décider de ce qui serait servi au repas du soir. Ils ne savaient pas, ceux-là, qu’il n’avait fallu que peu de temps à la Trant pour devenir une vraie Baratheon, pour assumer des responsabilités qu’elle n’avait jamais voulue, des responsabilités que rien ne l’avait préparée à devoir ne fut-ce qu’un jour imaginer. Ils ne connaissaient rien de l’énergie qu’elle avait du déployer pour être à la hauteur des noms illustres qui la précédaient sur le devant de la scène orageoise, ou de ceux qu’elle cotoyait. Robb lui-même n’en avait qu’une idée vague, floue, conscient de ce qu’il fallait faire pour arriver à tenir la comparaison face à son père alors que toute sa vie il avait été présenté son héritier. Rohanna, elle, avait dû succéder à Kyra, princesse de la Maison Lannister, suzeraine aimée et respectée, et gagner les mêmes sentiments alors que celle à qui elle avait succédé était toujours présente dans l’ombre, à juger cette bru dont elle n’avait jamais voulu.

« Je suis venue ce soir parce que je voulais savoir… J’ai toujours su que ce moment viendrait. »

Elle ne le regarde pas, murée dans ses certitudes que sans doute, il avait déjà pu choisir celle qui la remplacerait à ses côtés devant les Dieux, celle qui porterait le nom que la Biche avait longtemps porté, qui partagerait sa couche à sa place. Etait-il à ce point simple pour elle d’imaginer qu’il renoncerait si facilement à ses vœux, à ses promesses ? Ces derniers jours l’avaient changé, c’était chose certaine, source d’une réjouissance relative pour certains, qui voyaient à travers les souffrances que le Cerf avait traversées le moyen pour lui de s’affirmer, de sortir de la simple imitation de son illustre père pour devenir ce qu’il était réellement, là où d’autres le pensaient sombrer un peu plus dans la folie, obnubilé simplement par le sang de sa vengeance, quel qu’en soit le prix. Qui avait raison, qui avait tort ? Tous. Aucuns. Comme toujours, la vérité n’était pas blanche, ou noire. Elle était un mélange des deux. Mais elle, son âme sœur, celle avec qui il partageait sa peine, celle qui connaissait ses joies, ses peurs les plus profondes, comment pouvait-elle douter ? Croire qu’une épreuve, aussi terrible soit-elle, puisse suffire pour ébranler le dernier pilier encore debout des fondations de son être ? Famille, amour, pouvoir. Le premier l’avait trahi, en partie du moins, et le dernier… Le dernier se révélait n’être qu’un monstre qui réclamait sans cesse plus en offrant de moins en moins. Le Cerf avait été élevé pour servir, pour guider une famille qui aujourd’hui se retournait contre lui, au moment où il aurait eu besoin de son soutien à son tour, on lui avait appris à prendre le pouvoir, pour éviter que les indignes ne s’en emparent, pour s’assurer qu’il soit toujours utilisé à bon escient. L’éducation, les armes, l’honneur et la chevalerie même, n’étaient que les prolongements de ces concepts, autant de choses qui lui avaient été imposées et qu’il avait fait siennes, à force de temps, de patience toute relative et de persévérance.

Mais l’amour, l’amour il l’avait choisi. Ou il s’était imposé comme une évidence, douloureuse mais trop douce pour tenter de s’en échapper. Elle avait été son premier sentiment d’impuissance, le vrai en tout cas, celui contre lequel il est vain de lutter. Sa fierté, son orgueil de savoir qu’elle n’était qu’à lui, et peu lui importait ce qu’on disait sur son extraction trop basse, sur son sang pas assez noble pour être mêlée à une dynastie qui avait su allier le sang de la Conquête à celui, légendaire, des Rois de l’Orage. Et malgré cela, elle pensait qu’il suffirait d’un serpent à la langue venimeuse pour qu’il l’abandonne sans se battre ? Qu’un parvenu dont le seul accomplissement avait été de survivre à plusieurs trahisons et une bande de nobles avides de plus de pouvoir écrivent une poignée de noms sur un parchemin pour qu’il se décide à abandonner celle qui avait fait son bonheur ? Il faudrait infiniment plus, il faudrait tellement moins. Il faudrait qu’elle le veuille. Il n’y avait que Rohanna qui pourrait le faire renoncer à tout cela, il n’y avait que Rohanna qui pouvait lui enlever ce qui restait encore de ce qu’il était.

« Que de noms illustres… »

« Ces noms ne sont rien. »

Arraché à son sommeil, Robb ne contrôlait pas le timbre de sa voix, et sa réponse se veut sèche, dédaigneuse presque pour toutes ces femmes que ses pairs voudraient le voir épouser, pour toutes ces prétendantes de haute naissance qui offraient sur un plateau les meilleures alliances au seigneur de l’Orage. Sa première réaction quand il les avait vus avait été de se demander si Theodan aurait encore choisi Rohanna, devant tant de choix, de possibilités pour son héritier d’étendre l’influence de son nom bien au-delà des frontières de leurs terres tempétueuses. Peut-être, il avait bien refusé Eleneï quand elle aurait pu sceller dans le marbre ce que Kyra avait déjà construit. Peut-être pas, le promesse d’un Val allié aurait pu être trop tentante. Mais finalement il s’en moquait, au diable ce que pourrait penser son père en cet instant, au diable ce que dictait la politique et ses exigences, un Baratheon suivait son coeur avant toute chose, et son coeur il suivrait. Pas son père, pas son devoir, pas ce qui était le mieux pour le Royaume. Il s’écouterait lui, et qu’importent les conséquences.

Recroquevillée sur ce siège qui semble bien trop grand pour sa silhouette frêle, Rohanna semblait perdue dans ses pensées. Il aurait pu lui dire plus que ces simples mots, qu’il se battrait jusqu’à la mort s’il le fallait pour la garder à ses cotés, qu’il taillerait un chemin jusqu’aux portes de la ville à coups d’épée jusqu’aux portes de la ville, qu’il se dresserait contre ce même Roi que son père avait couronné se celui-ci venait à tenter de lui forcer la main. Mais faire ça, c’était lui avouer ce qu’il voulait entendre d’elle, c’était influencer ce choix qu’elle avait à faire, et le Cerf ne voulait pas douter pour le restant de son existence du fait que la présence de son amour à ses cotés n’était pas son propre choix. Sa frustration, alors, il la fait passer dans ses jambes, quelques pas nerveux pour apaiser ce que sa langue ne peut pas dire. Elle, pourtant, aborde l’inabordable.

« Comment as-tu pu croire que… que… je m’étais dressée contre toi? Robart, Comment? Dis-le moi. Je t’en prie. »

De cette soirée où il avait quitté la Tour de la Main pour s’installer dans les quartiers où ils étaient à présent réunis, Robb gardait un souvenir brûlant, une cicatrice rouge marquant ses souvenirs de cette colère sourde, cette haine soudaine pour la femme qu’il aimait plus que lui-même. Les mots qui l’avaient provoquée résonnaient encore dans sa tête quand il y repensait, aussi clairs que la lame d’une dague s’apprêtant à frapper au clair de lune. Avec le temps, avec la réflexion, il avait pu penser que peut-être elle ne les avait dit que parce qu’elle savait qu’ils le blesseraient, que peut-être la Biche ne savait rien des complots de sa belle-mère contre son aîné. C’était sûrement ça, ce ne pouvait être que ça. Et pourtant, ce murmure sournois était toujours là, lui susurrant que peut-être elle savait, ne disait-elle pas elle-même, cette épouse aimante, que les choses seraient plus simple si son mari n’avait pas entre ses mains le pouvoir inhérent à sa position ? Peut-être qu’elle ne pensait pas à mal, qu’elle se disait qu’une fois qu’il serait débarassé de ce poids, ils pourraient se concentrer sur eux-mêmes, qu’il finirait par comprendre… Sombres, sournoises, malveillantes pensées, et pourtant il ne parvenait jamais vraiment à les chasser.

A peine a-t-elle terminé sa phrase que Robb s’immobilise, observant les légers rideaux soulevés par la brise nocturne. Cette question, il l’avait attendue, et il n’était pas sûr de vouloir entendre ce qu’elle aurait à répondre à ce qu’il dirait. Mais si ce devait être leur dernière discussion, elle méritait de savoir, si vraiment elle ignorait tout des raisons de sa réaction. Sur un ton calme, il énonce alors ces mots, cet écho sur ce moment de cris, de haine, de douleur.

« A quoi peut-il servir, ton héritage, quand ta propre mère veut te voir tomber ? Ce sont tes mots, exactement. Ma mère ne t’a jamais acceptée, encore moins appréciée, ce n’était pas un secret, et toute la bonne volonté du monde ne pouvait rien y changer. Pourtant, j’étais… Je suis son fils, son aîné, et elle n’aurait jamais cherché à me trahir, peu importait à quel point elle désapprouvait mon mariage. Du moins c’est ce que je pensais, jusqu’au mariage royal. »

Poussant un soupir, il termina ce qu’il avait à dire sur le sujet. Ce n’était pas la première fois que Robb parlait des révélations de sa sœur, pourtant c’était la même douleur qui revenait à chaque fois, celle de se sentir trahi jusque dans sa propre chair.

« Avant que tu ne dises ça, j’ai appris qu’elle cherchait du soutien auprès des seigneurs de l’Orage pour usurper la suzeraineté au profit de Jasper. Mon propre sang se retourne contre moi, au moment même où j’ai besoin d’eux. »

Le Baratheon ne sut pas si elle avait entendu sa réponse, il avait gardé les yeux posés sur l’horizon, se disant que si Rohanna devait clamer son innocence, il la croirait. Il ne pourrait pas voir le mensonge dans ses yeux si vraiment elle l’avait su, et il pourrait faire comme si c’était la vérité, peu  lui importait que ce soit une illusion ou non. Mais ce fut une autre question qui suivit ces révélations, une question dont l’incongruité le força à se retourner, à affronter ce regard contre lequel il ne pouvait rien.

« Tu ne peux pas croire… comme certains que… j’ai assassiné nos enfants, n’est-ce pas? »

Les sourcils froncés, il parcourut les quelques pas qui le séparaient de la Biche d’une traite, rapidement, avant de s’accroupir pour se mettre à sa hauteur, lui relevant le menton pour la regarder dans les yeux. La petitesse de la noblesse et de la courtisanerie locale n’avait donc aucune limite… Aucune barrière qui ne les empêche de se servir du malheur des autres pour tenter de se hisser à leur hauteur, ou au moins de les rabaisser à leur niveau. Ces gens dont elle parlait, il n’avait aucune idée de qui ils pouvaient être, ils n’étaient pas suffisamment stupides pour parler ainsi à ceux qui auraient pu rapporter leurs propos au seingeur de l’Orage et s’attirer son courroux. Car dire ce genre de chose leur aurait valu un sort comparable au pire des criminels, la mort, ou le Mur, au moins. Plus près de Rohanna, la voix du Cerf se fait murmure, rassurante puisqu’elle ne peut pas être autre chose. Non, jamais il ne pourrait croire ces calomnies.

« Peu importe ce qu’il s’est passé, peu importe ce qu’il se passera, ce que tu as pu faire ou ne pas faire, les erreurs que j’ai commises, jamais, jamais, tu m’entends, je ne croirai que tu as tué nos enfants. Je ne le croyais pas hier, je ne le crois pas aujourd’hui, et je ne le croirai pas demain. Et s’il se trouve quelqu’un d’assez fou pour t’accuser en public, je m’assurerai que ce soit la dernière chose qu’il fasse de son vivant. Quoi que réserve l’aube, et quoiqu’il arrive. »

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