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 War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine

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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine   Sam 9 Juin 2018 - 15:08




The Dragon and the Bird

Un soleil de plomb trônait majestueusement au-dessus des Sept Couronnes. La chaleur de l’air rendait la vie plus difficile encore à ceux qui la vivaient de plein fouet. La plupart des activités étaient arrêtées, les habitants reclus dans leurs demeures attendant que la nuit tombe et, avec elle, l’arrivée d’une fraîcheur nocturne ardemment désirée. Les forges ne tournaient plus que lorsque cela devenait une nécessité absolue, le brasier qu’elle nécessitaient réchauffant plus encore l’air déjà irrespirable de certaines rues. L’eau devenait un bien précieux dans lequel on prenait le temps de se baigner, que l’on buvait inlassablement. Les nobles du Donjon Rouge, eux, avaient la chance de pouvoir la parfumer afin de la rendre plus fraîche encore, les réserves ayant été placées dans les profondeurs de la forteresse, là où les caves restaient à température acceptable. Les serviteurs, d’ailleurs, se battaient presque pour être ceux qui étaient en droit d’accéder à ces lieux tranquilles autant que frais, restant des heures durant dans la douceur des caves.

Le climat était plus dur, encore, pour ceux qui n’étaient guères habitués à ces chaleurs. Etaine faisait partie de ceux-là. Les nuits n’étaient nullement reposantes, son corps tiède cherchant dans ses draps une fraîcheur qu’elle avait tôt fait de réchauffer, se débattant alors avec les tissus qui se collaient à sa peau, gênants. Chaque jour, elle se délectait d’un bain d’eau tiède, appréciant la fraicheur qu’il offrait à son corps, restant dedans jusqu’à ce que les convenances ne lui permettent plus de le faire, efforcée de sortir par les obligations de la Cour, se pliant à un protocole qu’elle avait appris durant ces quelques jours passés entre ces murs. Les choses étaient différentes du Val, du Nord ou encore de Dorne. Aucune région ne semblait être semblable à sa voisine et cela ne cessait plus d’étonner Etaine, tout comme elle commençait à comprendre les différents conflits qui arpentaient les Sept Couronnes. La paix à laquelle elle aspirait semblait difficilement obtenable et pourtant, elle était déterminée à prouver à tous que les Westerosi pouvaient s’accorder, tous ensemble. La longue discussion qu’elle avait eu avec le seigneur Baratheon à ce sujet était toujours dans un coin de ses pensées, lui rappelant tout ce qu’elle avait fait, déjà, pour cette paix utopique et pour la sauvegarde des siens. Ni Catelyn, ni Martyn ne sauraient jamais ce qu’elle avait fait, mais son intervention les avait épargnés tous deux, pour l’heure. Il ne tenait plus qu’à eux de se montrer dignes de la confiance et de leur sœur, et de la Couronne sans quoi Etaine serait certainement la première à perdre la vie.

Poussant un long soupir, elle se laissa aller dans le fond du fauteuil sur lequel elle était assise, reposant la plume à ses côtés. Rédiger des lettres était devenue une chose presque habituelle et normale pour elle et ces missives destinées à Ashara et Theon pouvaient être les plus importantes de toute sa vie. Jorah était perdu. C’était une triste réalité à laquelle elle devait faire face. De ses cousins, elle n’avait pu sauver l’aîné des Loups, l’abandonnant à son sort, demandant à ses frère et sœur d’en faire de même. Quelle image, seulement, auraient-ils d’elle, ces cousins Loups ? Martyn devait être en route pour le Nord s’il n’était pas déjà dans cette région froide et humide, à rejoindre Winterfell. Le devoir était une chose trop importante pour lui pour qu’il n’essaie de s’y soustraire. Freyja avait déjà dû prendre connaissance de son sort et, bien que les deux femmes ne s’entendaient guère particulièrement, Etaine s’était juré de veiller sur cet oisillon jeté hors du nid quand il arriverait dans la fosse aux serpents.

Se massant un instant les tempes, elle finit par se lever, quittant ses appartements. Elle avait besoin de se dégourdir les jambes, de réfléchir en marchant. Le tissu de sa robe était Dornien, à n’en pas douter. Organza bleuté aux reflets brillants, le drapé du bustier semblait l’envelopper dans le tissu plus que l’habiller véritablement. Seules ses épaules étaient couvertes, laissant la peau diaphane de ses bras nus révélée aux yeux de tous, immaculée comme elle l’était. Nulle broderie ne venait orner l’ouvrage, le drapé en lui-même étant suffisamment beau pour être paré de fils et de perles. A son cou, la Valoise portait l’un des colliers laissé par sa mère, turquoise imposante trônant magnifiquement au bout d’une chaîne en or, venant habiller le décolleté de la native des Eyriés. A son poignet, un jonc également doré, frappé d’un soleil et d’un oiseau. Sa lourde chevelure de jais avait été remontée dans un chignon nullement sophistiqué, simplement destiné à ne pas lui tenir plus chaud encore qu’elle ne l’avait déjà, libérant sa nuque de ce fardeau.

Elle saluait poliment les gens qui se présentaient à elle, ne sachant encore mettre un nom sur tous les visages qu’elle croisait. La vie à la Cour était dure mais Etaine essayait tant bien que mal de ne pas se soucier des autres. Elle était ici pour les siens, pour se porter garante de leur innocence à tous dans l’affaire de l’empoisonnement de lady Rohanna Baratheon. Le reste et les autres, elle s’en contrefichait, autant que la réputation qui pouvait l’accompagner dans les couloirs du Donjon Rouge, sachant son honneur lavé dès lors par le Roi lui-même. La Colombe volait trop haut pour que l’on puisse l’entacher de quelques rumeurs désagréables. Ses pas la conduisirent jusqu’au bas d’un grand escalier qui menait sur le toit du Donjon de Maegor. Elle y avait pris ses habitudes, appréciant observer depuis ce point culminant les alentours, pouvant passer des minutes comme des heures accoudée au muret afin de se perdre dans une contemplation méditative. Tenant un pan du tissu de la robe, veillant ainsi à ne pas se prendre les pieds dedans à chaque marche, elle finit par atteindre le sommet en poussant un léger soupir de soulagement. L’effort était dur mais la vue en valait la peine. La solitude qu’elle trouvait en ces lieux valait toute la fatigue du monde. Du moins, elle le pensait.

Pour la première fois depuis qu’elle avait découvert cet endroit, Etaine réalisa qu’il était déjà occupé. Fronçant les sourcils, elle se rendit bien rapidement compte que celle qui lui tournait le dos, le regard perdu sur l’horizon n’était autre que la Reine en personne. Visiblement, elle ne l’avait pas entendue arriver. Se mordillant la lèvre, la Colombe hésita. Devait-elle lui laisser la place et se retirer, ou bien s’annoncer ? Elles étaient seules, personne ne le ferait pour elle. L’instant dura plusieurs secondes avant qu’elle ne se décide. Faisant quelques pas, elle toussota avant de se placer aux côtés des la souveraine des Sept Couronnes. « Il m’arrive de venir ici et d’observer vers les Nord… Quand la fatigue me guette, j’ai l’impression de discerner au loin les hauts monts du Val… » Elle eut un léger sourire avant de faire face à sa Reine, s’inclinant devant elle dans ne révérence respectueuse. « Votre Majesté… Veuillez me pardonner cette intrusion. J’ai également pour habitude de trouver une certaine quiétude en haut de cette tour. Si ma présence vous dérange, alors je saurais revenir plus tard. »


© Belzébuth

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The Fallen Princess
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine   Sam 9 Juin 2018 - 17:10




The Dragon and the Bird

La terrasse était déjà baignée d’un soleil brûlant, pourtant le matin venait à peine d’apparaître. Le petit matin promettait une autre de ces journées où la chaleur immobiliserait un royaume tout entier. Assise à la terrasse des appartements royaux, je buvais une eau fraîche aromatisée à la menthe, et me rassasiait de quelques fruits ramenés de contrées lointaines et exotiques par les nombreux marchands qui, plus que jamais, s’enrichissaient du commerce entre Westeros et Essos. Jaehaerys, à mes côtés, prenait également le temps de manger avant de rejoindre notre cousin et quelques autres conseillers pour échanger sur le sujet le plus brûlant du moment au sein du gouvernement : le Nord.

La missive que m’avait envoyé Jorah avait fini de nous convaincre que l’actuel seigneur du Nord n’était plus disposé à un dialogue pacifique et que rien au monde, hormis l’accord de la couronne sur l’indépendance, ne le persuaderait de baisser les armes. Depuis la lecture de la missive de Jorah, je n’avais pu me résoudre à en parler avec Jaehaerys. Il n’avait pas manqué de me questionner sur les raisons qui auraient pu pousser Jorah à se lancer dans une telle provocation à l’égard de l’intimité que nous avions partagée. Mon époux s’était même enquis d’une potentielle violence du seigneur Stark à mon égard.  Je me contentais de rassurer ses inquiétudes mais ne me lançais guère d’avantage dans le moindre récit complémentaire. Jorah avait sali le souvenir de ce mariage. Il y avait eu du bon dans notre mariage, nous avions eu des moments de complicité, et même, au bout du compte, avions-nous fini par nous comprendre. Tout cela m’apparaissait à présent comme de simples moments illusoires auxquels je m’étais accrochée pour oublier les affrontements.

« Tu es bien pensive, ce matin. »

Je ne répondais pas, me contentant de tendre la main vers celle de Jaehaerys pour le rassurer. Il était étonnant de le voir si protecteur envers moi, le contraire aurait été plus logique. Pourtant, il n’avait de cesse de s’enquérir de mon bien-être, de s’assurer que cette histoire ne blessait pas outre mesure. Je le voyais tenter de me rassurer, de faire s’évaporer les souvenirs douloureux d’une séparation nécessaire, mais surtout de balayer la culpabilité qui ne me quittait plus.

Ces derniers jours avaient été éprouvants. Le Conseil Restreint avait été une épreuve en lui-même, et il me semblait que notre monde tout entier menaçait de basculer dans le chaos. Il me semblait retomber dans mes vieux travers, ceux qui avaient pris nécessaire à l’époque de Maegor : la méfiance, le doute, la peur. Je pensais avoir grandi et m’être débarrassés de ceux-ci, et pourtant force était de constater qu’ils étaient toujours bien là, nichés au creux de mon ventre. Je doutais de tout, de tout le monde, et il me semblait qu’une simple étincelle aurait suffit à faire exploser la poudrière qu’était devenue notre royaume.

Le regard de Jaehaerys ne me quittait pas une seconde, et je pouvais deviner qu’il n’avait aucune difficulté à lire mes pensées tant elles s’écrivaient sur mon visage. S’il nourissait des inquiétudes, il était très difficile de les deviner tant il était un jeune homme secret. Sans doute étais-je celle auprès de laquelle il s’ouvrait le plus, et pourtant je n’aurais pu me hasarder à parier sur ce qui animait son esprit à cette heure. Il détaillait mon visage, mes yeux qui fuyaient les siens, mon visage marqué par l’inquiétude et un sommeil trop léger. Il déposait une main sur ma joue, et j’en constatais la chaleur. Sans doute étions-nous les seuls êtres de ce royaume à ne pas souffrir de la chaleur de l’été, étant nous-mêmes rassérénés par celle-ci.

Il était plaisant de ce retrouver dans cet instant d’intimité rare. Nous étions seuls, isolés sur cette terrasse que des voiles séparaient de l’intérieur des appartements. La paix qui nous animait contrastait violemment avec la dispute qui nous avait déchiré quelques jours auparavant. Le Conseil Restreint avait, à lui seul, eu la capacité de faire voler en éclat le calme olympien que je m’étais efforcée de garder depuis mon retour à la Cour.

Il avait eu raison sur toute la ligne, mais j’avais été trop énervée, trop aveuglée pour le reconnaître. Jaehaerys avait eu l’imprudence de me faire remarquer le caractère trop évident de ma colère face aux agissements de Robb.

« Ne me dis pas comment me comporter ! »
« Et pourtant là est mon rôle, Rhae. C’est moi qui ai demandé à Robb de devenir Régent, et tu étais la première à me convaincre qu’il était digne de confiance. »
« Il parle en ton nom sans te consulter ! Il prend des décisions sans te consulter avant ! Il met en danger la stabilité du Royaume ! Comment peux-tu seulement ne pas voir tout cela ! »
« Il ne fait rien de tout cela. J’étais au courant, Rhaenys. »

J’avais crié, tempêté, ragé, comme je l’avais fait de si nombreuses fois auparavant. J’allais trop loin, et je me montrais injuste, et pourtant j’étais bien incapable de le reconnaître à cet instant. Jaehaerys avait tenté de me retenir, de me convaincre qu’il était plus raisonnable de le laisser s’entretenir seul avec Robb à propos de ce qui venait de se passer. Il avait compris que je n’étais pas moi-même, et que l’entrevue qui pourrait avoir lieu avec notre cousin ne serait guère productive. Pourtant j’avais refusé. Du moins j’avais tenté de refuser, balayant d’un revers de la main les réticences de mon frère pour me diriger vers la double porte qui ouvrirait sur la pièce où nous attendait Robb. Approchant de ladite porte, les soldats qui la gardaient n’avaient pas esquissé le moindre geste.

« Rhaenys, laisse moi m’entretenir avec Robb aujourd’hui. »

Je m’étais retournée, plus furieuse que jamais devant l’autorité que m’imposait Jaehaerys. Je n’avais pas eu l’habitude d’une telle fermeté face à moi, car il était d’ordinaire plus propice à écouter mon avis qu’à me faire taire. A cet instant, je n’étais pas en mesure de comprendre qu’il ne se forçait à de telles extrémités qu’à cause du fait de mon manque de discernement.

« Comment oses-tu ? »
« Ser Gavin, raccompagnez Sa Majesté jusqu’aux appartements de la Reine, je vous prie. »

J’étais restée interdite, le garde blanc n’osant pas me brusquer pour quitter la pièce en direction de mes appartements. Jaehaerys, lui, était resté silencieux et de marbre alors que nos regards s’affrontaient. Il pouvait lire la rancœur dans le mien, et je pouvais lire une tristesse infinie dans le sien. Il m’avait fallu deux journées entières pour accepter de lui parler à nouveau, et ce matin était le premier où nous nous étions réveillés ensemble depuis l’altercation.

La fureur m’avait quittée rapidement, laissant place à une certaine amertume, puis à une culpabilité écrasante. Cela avait suffit à rendre nos retrouvailles possibles, et il faudrait bientôt que je vois Robb. Jaehaerys m’avait fait un rapport complet de ce qu’ils s’étaient dit à la suite du Conseil Restreint, et ces échanges expliquaient de nombreuses choses. Beaucoup de choses avaient été dites et faites, et il serait bientôt temps pour moi de m’entretenir avec Robb. J’avais eu du mal à pardonner à Jaehaerys cette mise en scène ridicule dont j’étais définitive le bouffon. Il avait été au courant depuis le début de la petite stratégie de Robb, et tous deux avaient jugé opportun de me laisser dans l’ignorance, profitant de mon tempérament emporté pour donner de la profondeur à ce qui se déroulait devant les yeux ébahis des membres du conseil. Pourtant, j’avais pardonné. J’avais pardonné à Jaehaerys, et il faudrait rapidement briser la glace qui s’était créée entre mon cousin et moi-même. Il était mon sang, mon ami, mon confident, et si j'avais eu mes doutes - peut-être même les avais-je encore - concernant certaines de ses motivations, il n'en restait pas moins mon allié le plus fidèle, le plus solide. Cette situation n'avait que trop duré, et elle me rendait malheureuse.

Le Roi se levait, déposant un baiser sur mon front avant de se diriger vers les appartements et se préparer pour sa réunion. De mon côté, j’avais encore de longues heures devant moi avant le déjeuner protocolaire que j’avais convenu de prendre avec les épouses de quelques vassaux fidèles de la couronne. Disposer de temps libre était un phénomène bien rare dans mon quotidien, aussi je me préparais rapidement pour sortir et prendre le temps de déambuler dans les couloirs du palais, peut-être même rejoindrais-je les jardins.

La chaleur et les jours d’été encourageaient les tenues les plus déshabillées au sein de la cour, et je ne manquais pas à l’appel malgré mon indifférence à la chaleur. Ma robe était légère, faite d’un tissu mousseline plissé de couleur blanche, une maigre ceinture d’argent était semblable à deux dragons entrelacés. J’avais voulu m’éviter le fardeau des bijoux pour une simple promenade, mais cela semblait un accessoire obligatoire pour une reine. Je me contentais de déposer un diadème sur le haut de ma tête, fin et discret, dont seules quelques pierres précieuses colorées trahissait la présence au milieu de ma chevelure fournie. Celle–ci, d’ailleurs, avait été rassemblée toute entière sur un côté, retenue par un maigre fil d’argent tout simplement invisible.

Mes pas n’étaient guidés par aucune volonté de rejoindre un endroit particulier. Je cherchais simplement un espace de tranquillité. Je montais pas à pas des marches qui me menaient vers un endroit auquel je n’avais pas repensé depuis des années, mais qui était loin de m’être inconnu. Arrivée en haut des escaliers j’ouvrais la petite porte de bois qui ouvrait sur une tour, qui elle même permettait d’accéder au chemin de ronde. J’aurais pu reconnaître cette tour entre mille autre, car elle avait été le théâtre d’une tragédie, des débuts d’une catastrophe qui avait mené le royaume vers la guerre.

Je pouvais encore me figurer la scène avec une précision impressionnante. Une jeune femme tirait avec désespoir un petit garçon à sa suite. Elle se savait prisonnière à jamais si elle ne quittait pas ses murs, et elle avait fait l’erreur de remettre sa confiance entre les mains d’un homme qu’elle pensait bon. Valyron de Mantarys avait été mon guide jusqu’à ces hauteurs, et cela avait été sur ces mêmes hauteurs qu’il avait mit fin à mes espoirs de liberté, à ma tentative d’échapper à Maegor, avec Jaehaerys, pour rejoindre Aegon et combattre à ses côtés. Brandissant une épée devant mon jeune frère et moi-même, il nous avait contraints à retourner jusqu’à la salle du trône. Nous avions du ployer le genou devant Maegor, et mon frère Aegon avait perdu la vie durant son combat pour récupérer son trône.

Je décidais de rester là, car la tour offrait un point de vue inégalable sur la ville et ses alentours. La reconstruction de Port-réal était achevée, et pourtant l’été ne l’épargnait pas et amenait une certaine misère à ceux qui avaient déjà tout perdu. Cela faisait quelques jours que je ne m’étais pas rendue en ville, l’orphelinat était entre les mains expertes de Septas dévouées, le nouvel hospice était – comme prévu – débordé, mais nous supervisions toujours l’aménagement d’un lieu d’accueil pour les veuves de guerre.

« Il m’arrive de venir ici et d’observer vers les Nord… Quand la fatigue me guette, j’ai l’impression de discerner au loin les hauts monts du Val… »

Je sursautais légèrement lorsque j’entendais la voix d’une jeune femme qui s’était approchée dans mon dos. Je me retournais et faisais face, pour la première fois, à Lady Etaine Arryn. La jeune femme avait accepté de rester à la Cour, en signe de collaboration avec la Couronne, mais nous n’avions encore eu l’occasion de nous entretenir seules. Je lui souriais en retour alors qu’elle me gratifiait d’une révérence élégante.

« Votre Majesté… Veuillez me pardonner cette intrusion. J’ai également pour habitude de trouver une certaine quiétude en haut de cette tour. Si ma présence vous dérange, alors je saurais revenir plus tard. »
« Vous ne me dérangez pas le moins du monde, Lady Etaine, je vous en prie restez. »

Je l’invitais avec un sourire à s’avancer pour prendre place à mes côtés. Je l’observais un instant discrètement, la beauté de la jeune femme était toute nordienne. Ses longs cheveux noirs encadraient un visage à la peau diaphane et des yeux d’un bleu clair magnifique. Ses traits étaient délicats mais ils trahissaient une certaine robustesse, c’était bien la même expression que j’avais pu observer chez Ashara ou Lyanna Stark durant mes années à Winterfell.

« J’imagine que votre Val natal doit vous manquer. J’avais l’habitude, également, de monter au plus de la forteresse d’Hiver, espérant apercevoir au loin les tours du Donjon Rouge, ou la roche abrupte de Peyredragon. »

C’était un réflexe enfantin sans doute, mais quoi de plus naturel que de se raccrocher au souvenir de notre maison lorsque nous étions déracinées ? Le plus surprenant était que je me surprenais parfois à imaginer Winterfell. Je tentais de me remémorer les couleurs, la pierre et les visages. Je n’avais aucun de mal à retracer le chemin menant de mes appartements au Grand Hall, et j’aurais pu décrire à la perfection ces jardins que j’avais fleuris en l’honneur de ma région natale, si colorée. Winterfell était devenue une maison, pendant un temps du moins.

« Vous acclimatez-vous à la Cour, Lady Etaine ? La chaleur est toute nouvelle, l’ambiance étouffante quant à elle est ancestrale. »

Je lançais un regard amusé à la jeune femme. L’occasion de se connaître, sans la pression des regards extérieurs et des jugements jaloux, était bien trop belle. Le dragon et le faucon, ne pouvaient que se plaire en hauteur.




© Belzébuth

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I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: Re: War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine   Dim 1 Juil 2018 - 22:50




The Dragon and the Bird

C’était la première fois qu’il lui était donné de pouvoir admirer la Targaryen d’aussi près, de pouvoir la côtoyer de manière aussi intime. Quelle impression avait-elle de cette Arryn qui paraissait telle une paria aux yeux des siens ? Qu’avait-elle entendu dire de toutes ces choses ? Les questions se bousculaient dans l’esprit confus de l’Oiseau pur du Val. Pourtant, elle se contentait de lui offrir un sourire aimable, loin de toutes les mines soucieuses ou les yeux de serpents des membres de cour. Etaine était différente de tous ces gens qui étaient là dans le seul but de s’élever un peu, de gagner en faveurs et en privilèges. Elle n’était là que pour les siens, pour les protéger et pour montrer que les Arryn n’étaient pas si déviant qu’ils avaient pu le paraître lors du Couronnement et toutes les choses qui étaient venues après. Il était presqu’évident que la Reine était dans la confidence de tout ceci.

Pourtant, elle ne la repoussa pas. Loin de là, elle l’invita même à rester et le sourire de la Colombe s’élargit un peu plus, le regard porté sur l’horizon. D’un hochement de tête entendu, elle salua l’accueil de la souveraine des Sept Couronnes, s’avançant à ses côtés, la main posée sur le rempart de pierre rouge. (color=darkblue]« Je vous remercie, votre Altesse. »[/color] Les politesses d’usage n’était pas chose à laquelle la Valoise était habituée, n’ayant pas de montré de respect à son aîné depuis trop longtemps. Mais les habitudes avaient la vie dure et l’apprentissage reçu à la Cour de Dorne quand il s’agissait de devenir Princesse n’avait rien de bien différent de celui que les Targaryen avait dû recevoir. C’était peut-être là la seule ressemblance qui subsistait entre Etaine et Rhaenys. Pour le reste, tout semblait les opposer. Physiquement, l’une avait les cheveux d’un noir profond quand l’autre les avait blancs, couverts de reflets argent. L’une était encore trop habituée à porter ces robes légères quand l’autre avait dû grandir vêtue de tous ces tissus venus d’ailleurs. Et enfin, l’une était princesse de Sang quand l’autre n’avait que peu accéder à ce titre que grâce à un mariage qui n’avait duré qu’une poignée de minutes.

Il y avait fort à dire entre les deux Dames, entre la Reine et la princesse déchue. Mais la première conversation débutait à peine qu’Etaine laissa échapper un rire devant les interrogations de la dragonne autrefois enneigée, aujourd’hui couronnée. « Le Val ne me manque que parce que j’ai laissé ce qu’il m’est de plus précieux dans les montagnes… Et je ne sais si, un jour, je saurais retrouver ce trésor sans risquer ma vie ou la sienne. » Le second fils de la Colombe était là-bas, quelque part aux Eyriés. Elle l’espérait, du moins, la lettre destinée à son frère étant certainement parvenue entre ses mains depuis celles de Bryen Sunderland. Depuis sa chambre, tous les soirs, elle adressait une prière aux Anciens Dieux, espérant qu’ils l’entendent et qu’ils épargnent les innocentes vies de ses deux enfants, tâche visible d’un amour consumé un peu trop tôt qui n’aurait su l’être si l’attente avait été plus longue. Finalement, les jumeaux princiers de Dorne étaient un miracle auquel Etaine avait choisi de croire mais qu’elle avait dû tenir à l’écart de sa propre présence pour leur bien. Jace était à Dorne quand Abbel était aux Eyriés. Ses prières étaient la seule chose qu’il lui restait, ses lettres demeurant sans réponse dans les deux cas. « Je pense que vous devez vous douter que je ne manque à personne, votre Altesse. » Le sourire de la Colombe s’effaça légèrement, laissant la mélancolie d’une époque brisée s’emparer d’elle. Où pouvait-être sa place quand les Eyriés n’était plus son nid, que Winterfell n’était plus sa tanière et que Dorne manquait de la brûler de rayons solaires si elle s’approchait de cette région ?

Elle n’osait pas poser ses émeraudes sur la jeune femme qui se trouvait à ses côtés, tant par respect que par peur de jugement. Il était si facile de créer une opinion faussée sur la Colombe tant ce qu’elle laissait paraître différait de ce qu’elle souhaitait, de ses réelles intentions. Le seigneur Cerf, lui, avait fini par la comprendre, par lui laisser une chance tandis qu’il dédaignait le reste de sa famille, qu’il les méprisait. Etaine avait obtenu la vie de Catelyn et un sursis pour Martyn de son entretien avec lui. C’était bien plus que ce qu’elle avait espéré. Evidemment, savoir la vie de Jorah condamnée luiétait pénible mais si les autres Stark ne suivaient guère ce mouvement belliqueux… Elle avait envoyé des lettres, à Ashara et à Theon, espérant avoir de leurs nouvelles dans les jours à venir sans en être assurée. Elle avait agi dans l’ombre et n’aurait aucune reconnaissance pour ce qu’elle avait fait, une fois de plus, mais elle n’était nullement en quête de cela.

La nouvelle prise de parole de la souveraine de Westeros la fit doucement rire. Le sous-entendu était plaisant à entendre pour une étrangère comme elle. « A dire vrai, si la chaleur est saisissante, j’ai appris à y être habituée lors de mon séjour Dornien. Quant à la Cour, bien qu’ayant grandi parmi les Loups, j’ai découvert les Serpents qui l’occupent à Dorne… » Elle haussa les épaules, pourtant, comme détachée de tout ceci. « Je parviens à les ignorer, votre Altesse, qu’importe leurs regards et leurs murmures. Je n’ai que trop l’habitude de voir ma réputation jetée à terre pour ne pas me sentir concernée par ce qu’ils pourraient maintenant dire. J’ai appris à ne me fier qu’à mes propres convictions, pas celles que les autres m’attribuent. » Et pour la première fois, ses yeux vinrent rencontrer ceux de la jeune Reine, émeraudes douces et délicates qui en disaient pourtant long sur toutes les épreuves vécues par le passé.


© Belzébuth

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine   Ven 5 Oct 2018 - 16:27




The Dragon and the Bird

« Le Val ne me manque que parce que j’ai laissé ce qu’il m’est de plus précieux dans les montagnes… Et je ne sais si, un jour, je saurais retrouver ce trésor sans risquer ma vie ou la sienne. »
Sans lui demander je savais ce qu’évoquait, avec mélancolie, la demoiselle Arryn. Il était de notoriété publique qu’elle avait eu deux enfants, des jumeaux, de sa brève union avec l’héritier du trône dornien. Ces enfants, nés hors du lien marital, n’avaient pas été reconnus comme légitimes par la famille princière, et l’histoire avait été aggravée par l’intervention secrète et perfide de mon oncle. Beaucoup avaient vu dans l’existence de ces deux enfants, de ces deux bâtards comme ils étaient nombreux à les appeler, une faute ou même une honte retombant sur les épaules de la jeune femme. Cela n’avait jamais été mon cas.
J’avais été élevée dans l’idée qu’une femme devait se réserver à son époux, qu’elle ne devait s’offrir qu’à celui auquel elle avait été liée devant les Dieux. C’était une chose établie, et déroger à ces règles ancestrales exposait une jeune femme à l’opprobre public. Et pourtant… Etait-ce autant vrai pour un homme ? Intimions-nous aux jeunes hommes de se préserver pour leur épouse ? Ou bien au contraire les poussions-nous à acquérir l’expérience des relations charnelles afin de devenir un homme ?
Etaine Arryn avait aimé de tout son corps et de toute son âme, elle s’était offerte à l’homme qui aurait été son époux au lever du jour. De cette union motivée par l’amour étaient nés deux enfants. Devaient-ils, au même titre que leur mère, être les victimes de jugements et d’injustice ? J’avais perdu un enfant, j’avais imaginé un temps le voir grandir, être moi-même témoin de ce miracle qu’était la vie… Comment aurais-je pu blâmer une femme pour regretter un éloignement forcé de ceux qui avaient grandi en elle ? D’un geste naturel et spontané je déposais ma main sur celle de la colombe, l’espace d’un très court instant, lui adressant un sourire compatissant.

« Je ne peux guère prétendre comprendre ce sentiment d’être mère et d’être séparée de son enfant, mais je me remémore sans peine la douleur d’avoir été arrachée à mon frère alors qu’il était si jeune… L’angoisse chaque nuit à le savoir seul, ici, entre les mains de mon tortionnaire… J’adresserai une prière aux Sept, qu’ils protègent vos enfants, et assurent vos retrouvailles prochaines, Lady Etaine. »

« Je pense que vous devez vous douter que je ne manque à personne, votre Altesse. »

Je me contentais de diriger mon regard vers la colombe, sans surenchérir car sans doute cela aurait-il sonné faux. Je connaissais les querelles qui avaient opposé Lady Etaine à son frère, et je ne doutais pas que, malgré sa volonté affichée d’apaisement, les séquelles de cette opposition seraient encore prégnantes. Ainsi était la situation au sein du royaume qui était à présent celui de Jaehaerys. Les années de guerre avaient divisé les régions, les familles, séparé les pères de leurs fils et allumé un feu de haine entre les anciens frères d’armes. Nous étions face à l’héritage de l’ère Maegor : une terre brulée, ensanglantée, percée de toutes parts, et des frères devenus ennemis.

« A dire vrai, si la chaleur est saisissante, j’ai appris à y être habituée lors de mon séjour Dornien. Quant à la Cour, bien qu’ayant grandi parmi les Loups, j’ai découvert les Serpents qui l’occupent à Dorne… Je parviens à les ignorer, votre Altesse, qu’importe leurs regards et leurs murmures. Je n’ai que trop l’habitude de voir ma réputation jetée à terre pour ne pas me sentir concernée par ce qu’ils pourraient maintenant dire. J’ai appris à ne me fier qu’à mes propres convictions, pas celles que les autres m’attribuent. »

Je tournais à nouveau les yeux vers Etaine, et pour la première fois nos regards se croisaient. J’aimais la détermination qui résidait au fond de ces yeux et teintait sa voix. Elle était une femme forte, c’était à n’en pas douter. Elle était passée par mille tourments, avaient expérimenté la peur, la honte, la menace et l’effroi. Comment ne pas ressentir une certaine compassion envers cette femme que tous avaient vilipendée à tort et qui tentait tout de même de maintenir la tête haute. Loin de moi l’idée de disculper Etaine Arryn des agissements déplacés qu’on lui prêtait, je n’étais juge de rien et là n’était pas ma place… Cependant il y avait quelque chose en elle qui faisait échos à ma propre expérience.

« Ils trouveraient à redire quand bien même vous n’esquisseriez pas un mouvement. »

Je tournais le regard, le fixant à nouveau sur l’horizon, laissant le silence retomber un instant. Nous étions bercées par le vent chaud qui balayait la région depuis plusieurs jours déjà. Il était doux mais n’apaisait que trop peu la dureté de l’été. Tout cela n’était pas sans rappeler les murmures de la cour à mon sujet alors que Maegor avait pris le trône de fer. Qu’il avait été brutal de se voir reléguée au rang de paria par ceux-là mêmes qui m’avaient conté fleurette durant tant d’années. La cour bruissait des rumeurs, certains évoquaient ma mort prochaine, d’autres chuchotaient – à raison – que Maegor ne se laisserait pas priver de la chance d’obtenir un héritier légitime à travers moi. Cependant, ceux qui murmuraient pour obtenir les faveurs royales n’étaient pas tous puissants à la cour, et l’attitude générale était plutôt au silence lorsqu’il s’agissait de moi.

« Loups, Serpents, Dragons… vermine. Nous sommes des femmes, il semblerait qu’ils se plaisent à spéculer d’autant plus à notre sujet. »

Un instant je laissais retomber mon regard vers mes mains, à l’un de mes doigts siégeait la bague de la reine Rhaenys, forgée en acier valyrien et orné de pierres précieuses de l’ancienne Valyria dont plus personne ne connaissait le nom. Cette bague faisait partie du trésor que la famille Targaryen protégeait depuis des générations, dernières reliques d’un ancien temps où n’étions pas sur ce continent. Elle était également un des rares objets précieux que j’avais pu protéger de la convoitise sans limite de Maegor. Elle avait orné le doigt de ma grand-mère éponyme avant qu’elle ne me l’offre avant de partir pour sa mission dornienne et qu’elle disparaisse à jamais. Elle ne m’avait que très rarement quitté, et aujourd’hui encore elle était un de ces repères qui m’aidaient à me tenir debout.

« J’ai connu la cruauté de la cour après en avoir connu la douceur… C’est douloureux, mais cela nous pousse à n’être que plus fortes. Ils s’imaginent nous blesser, nous rabaisser, nous atteindre avec leurs mots. Ils ne pourraient pas en être plus loin. »

Je retrouvais le silence un instant, prenant le temps de respirer profondément l’odeur marine que nous amenait le vent. C’était une odeur douce, salée, elle était presque réconfortante tant elle évoquait la liberté de cette mer que personne ne pourrait jamais entraver.

« Vous évoquez Winterfell avec tant de nostalgie… Il m’a fallu tant de temps pour m’y sentir bien, peut-être même n’y suis-je jamais parvenue totalement. Et pourtant, je comprends aisément cette nostalgie qui est la vôtre. La quiétude du bois, la chaleur paradoxale de la forteresse, l’honnêteté brute mais simple des gens du Nord… Je n’étais pas chez moi et pourtant… je me sentais… en sécurité. J’imagine que vous souhaiteriez y retourner un jour ? On ne se défait guère des terres qui ont abrité notre enfance. »



© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Etaine Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Les Eyriés, le Val.
MessageSujet: Re: War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine   Mer 31 Oct 2018 - 18:13




The Dragon and the Bird

La présence de Rhaenys avait quelque chose d’apaisant qu’Etaine ne s’expliquait pas. L’avait-elle déjà connue dans une autre vie pour qu’il lui semble si simple de se livrer à la Souveraine des Sept Couronnes ? Ou bien celle qui fut Dragonne au pays des Loups la comprenait-elle suffisamment pour que l’alchimie entre elles opère ? La promesse de cette prière qu’elle adresserait aux Sept dans le but de protéger ses fils était chose que la Colombe n’aurait jamais osé demander et pour laquelle elle était reconnaissante, ses lèvres closes s’empêchant pourtant de s’ouvrir pour le souligner. Jace et Abbel étaient seuls. Peut-être chaque nuit, se réveillaient-ils en hurlant, pleurant, espérant la venue de leur mère à leurs côtés pour mieux les bercer et leur chanter ces berceuses qu’Etaine avait le secret. Mais elle ne viendrait plus désormais, ni pour l’un, ni pour l’autre. Qu’échangeraient-ils alors dans leurs lettres mutuelles ? L’abandon de cette mère qui avait jeté à bas sa réputation pour les mettre au monde et qui avait finalement céder aux cris du monde pour mieux les rejeter ? Elle en eut envie de pleurer mais la pensée s’envola rapidement, forçant Etaine à énoncer cette vérité à la dureté grave.

Seule. Les Faucons étaient des oiseaux solitaires mais les Loups vivaient en meute. Etaine était prise de ce contraste entre ces racines, ne sachant à quelle vie se fier, vers quelle voie se tourner. Et pourtant, si elle avait longuement pensé être fille des Loups, le manteau de solitude qui la drapait était celui du faucon. Personne ne pleurerait son absence sauf ses petits oisillons, forcés de vivre autrement. Même Catelyn avait dû l’oublier depuis la chambre-prison où elle se trouvait, tout autant bercée de cette absence profonde de contact avec les siens. La Colombe, pourtant, s’était accommodée de cette dernière, préférant marcher seule plutôt qu’accompagnée de ceux qui lui planteraient un poignard entre les omoplates dès que l’occasion se présenterait.

La conversation se fit plus légère dès lors qu’elles abordèrent ces températures difficiles pour ceux qui n’y étaient guère habitués. La Valoise aurait dû faire partie de ceux là mais elle avait passé trois longues années à Dorne, apprenant à survivre sous le soleil, les pieds dans un sable brulant. Et la Cour ne l’effrayait pas plus quand les Vipères de Dorne avaient tenté de mordre ses chevilles. Port Réal semblait plus calme, moins agressif que Lancehélion mais cela s’expliquait certainement par le fait que, bien que Valoise, elle n’était pas entièrement étrangère. Les murmures dans son dos n’était qu’un vent léger qui ne saurait ébranler son plumage qui ne cessait plus de s’éclaircir de jour en jour. Cette force coulait en ses veines, offerte par l’Honneur que possédait les Arryn alors elle n’avait pas peur d’offrir les émeraudes de ses yeux à ceux de la Reine, lui prouvant ses dires par ce regard empli d’une fierté que certains avaient jugé déplacée. Et devant la seule phrase qu’offrit Rhaenys en réponse à cela, la Colombe esquissa un sourire. Evidemment, la Cour était faite de chiens qui se battaient pour un même os à ronger et quand bien même on cherchait à les ignorait, l’un d’eux viendrait toujours vous saisir les jarrets pour mieux vous pousser à entrer dans la mêlée.

Le regard de la brune suivit celui de sa souveraine, se perdant dans l’horizon d’un monde qui ne cessait jamais de s’entre-déchirer. Le silence était éloquent, parlant pour elle face à cette désolation trop grande pour que de simples femmes comme elle, malgré leur volonté commune de sauver l’entièreté des Sept Couronnes. De nouveau, la Reine prit la parole, soulignant que leur statut ne leur apportait que peu de légitimité car elles portaient le sexe faible et il était si facile de leur jeter la pierre pour cela. Etaine haussa des épaules affligées autant que résignées. A cela aussi, elle s’était habituée, malgré le fait que Tristam l’ait longtemps eu en haute estime, lui offrant la parle comme les Dorniens savent le faire. Chez eux, les femmes étaient les égales de hommes et de cela, Westeros perdait cruellement. Puis, de nouveau, le silence. Le vent soulever les quelques mèches de cheveux noirs de la dame des Eyriés tandis que ceux blancs de la Reine les imitait.

Winterfell. Songeant à la forteresse d’hiver, Etaine ferma les paupières. Tant de souvenirs abritait son esprit quand il s’agissait de cette citadelle perdue dans la neige. Le sourire d’Ashara qui l’invitait à la rejoindre au pied du barral du jardin sacré autant que le regard malicieux de Theon tandis qu’il la chargeait avec une épée de bois. La petite Freyja, également, enfant douce et innocente qui les regardait tous de ses yeux ébahis. Et enfin, Jorah. Froid, implacable, si semblable à son père, traitant Etaine avec distance tout en lui prouvant dans quelques actes l’amour fraternel qui demeurait entre le faucon et le loup. Le sourire de la jeune femme se fit triste quand elle rouvrit les yeux, nostalgique de cette période de sa vie qui fut si belle, trop vite ternie par un retour dans un nid où elle n’avait plus sa place, où on le lui rappela trop tôt comme il était dur d’être aussi haut que l’honneur. « Mon seul regret est d’avoir quitté le Nord, Ma Dame. » Tout aurait été si différent alors. Sa relation avec Martyn, jamais, ne se serait brisée, son cœur par un Dornien n’aurait jamais été enlevé, ses enfants jamais n’auraient vu le monde, la guerre alors aurait été bien différente… Dire qu’elle regrettait l’entièreté de la chose était faux car dans tous ces malheurs, elle avait connu une part de bonheur. Mais le Nord était lieu qui était attaché à son cœur, qui la rappelait malgré elle. « Avant qu’un chevalier servant ne mette fin à mes fiançailles forcées, j’avais espoir de m’enfuir vers le Nord, vers Theon et Ashara pour leur demander de me protéger, pour qu’ils raisonnent Martyn à ce sujet. Les Arryn sont mes frères de sang, les Stark sont ceux de mon cœur. Ma mère, souvent, me répétait dans sa folie que sa plus grande joie avait été de me savoir auprès dès Loups… Et aujourd’hui, je n’ai fait que briser ces liens par espoir de mieux les voir se recréer à l’avenir. » Elle soupira longuement. La nostalgie la rendait amère, triste. Elle n’avait su pleurer après avoir tourné le dos aux siens et pourtant, au fond d’elle, il ne fallait que peu de choses pour qu’elle vacille, pour qu’elle s’effondre.

La gorge serrée, elle poursuivit. « J’ignore si je serais encore la bienvenue dans le Nord. Les portes se ferment devant moi, je ne fais que récolter le fruit de mon passé même si je ne sais si cela est pour le mieux ou non… » Un nouveau soupir lui échappa tandis que ses yeux se posèrent à nouveau sur Rhaenys. « N’avez-vous pas l’impression que jamais la paix n’a été autorisée sur ces terres ? J’ai ce sentiment terrible d’oublier à quoi tout ceci peut ressembler… Pourra-t-on un jour retrouver ce passé douceâtre qui laissait le temps à l’insouciance ? »


© Belzébuth

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The Fallen Princess
Winter was Coming and then, I've been on the top, Unbent, Unbowed and Unbroken. Now, I just wanna be as High as Honor
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War is won when peace kills it • Rhaenys & Etaine

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