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 Le Vent du Nord

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Roderik Bolton
NORD
■ Localisation : Fort-Terreur
MessageSujet: Le Vent du Nord   Dim 22 Juil 2018 - 23:56

Le vent du Nord










« Terre en vue ! »

Roderik leva les yeux vers la grande voile du navire. Un coup de vent contraire s’était mis à la faire faseyer alors qu’enfin apparaissait au loin les contours des fortifications de Port-Réal et du Donjon-Rouge. Il avait quitté le Nord plusieurs jours auparavant, rejoignant Blancport dans l’anonymat en prenant passage à bord d’un navire de pêcheurs d’un petit village côtier dépendant de Fort-Terreur. Sensé mettre en place les défenses littorales du Nord sur la côte Est, Roderik avait d’abord pris la mer à bord d’une galère côtière pour évaluer les défenses, et sitôt hors de vue, il avait rejoint le bateau de pêche pour arriver dans le fief des Manderly. De là, simplement escorté du maître d’armes de son château, le seigneur Bolton avait payé sa place à bord d’un navire marchand qui s’apprêtait à livrer une cargaison de fourrures et de sel à la capitale. Une fois au large, il avait demandé au capitaine s’il accepterait d’entrer dans la baie de Port-Réal avec un pavillon blanc et rouge que le Bolton avait amené avec lui. Après quelques tractations et un appoint versé en pièces sonnantes et trébuchantes, le brave homme avait accepté, laissant le seigneur de Fort-Terreur ronger son frein en attendant la fin du voyage. Il n’avait même pas retenu le nom du navire qui l’emmenait si loin de chez lui, mais celui-ci se traînait, ses flancs arrondis renfermant quantité de marchandises et le faisant prendre la houle avec un roulis assez déplaisant. Lors de la dernière fois qu’il avait pris la mer, il était à la tête de plusieurs galères : la flotte du Nord, allant faire jonction avec une partie de la flotte royale pour défendre la baie de la Néra des incursions rebelles.

Fronçant les sourcils au souvenir de la bataille des mille épaves, Roderik essaya d’observer au mieux la cité royale encore tremblotante à l’horizon. C’était l’une des plus grandes villes de Westeros, et le seigneur de Fort-Terreur y posait les yeux pour la deuxième fois de sa vie. La première avait été durant la guerre, alors que l’ost nordien s’avançait vers les Terres de l’Orage avant de finalement se faire repousser au Fénil par Oswell Connington. A l’époque, il était très rapidement passé à Port-Réal, se contentant de chevaucher vers l’Orage. Cette fois, il avait tout le loisir d’observer. Les hautes murailles érigées sous le Conquérant se perdaient dans le lointain mais on distinguait aisément leur épaisseur et leur solidité, même à une telle distance. Au sommet de la colline dite d’Aegon, l’immense structure ocre qui abritait le pouvoir royal des Targaryen depuis un demi-siècle se tenait là, fière et indestructible : le Donjon-Rouge et ses tours élancées. En contrebas de la falaise à laquelle il était accroché, une myriade d’embarcations de toutes tailles et de toutes formes étaient au mouillage ou à la manœuvre, leurs voiles blanches éclatantes comme autant d’ailes de mouettes. Les mouettes, justement, escortaient le navire qui approchait de la terre en piaillant comme pour saluer les marins. Le soleil était encore haut, le capitaine assura à son étrange passager qu’ils seraient au mouillage avant la soirée et qu’il pourrait même trouver une auberge respectable avant que la nuit ne soit installée. Roderik se garda bien de le contredire, il pouvait bien être invité au Donjon-Rouge, mais tout dépendrait de ce qu’avait décidé le Protecteur, le suzerain de l’Orage, Robb Baratheon.

Le Bolton avait envoyé un courrier confidentiel à l’homme fort de Port-Réal pour lui faire part des dernières nouvelles du Nord et de la convocation des seigneurs à Winterfell. Il y avait insisté sur la volonté de conflit qui animait une bonne partie de l’ost nordien, à commencer par le suzerain en personne qui voulait la guerre à tout prix. Son courrier se concluait par la requête de Roderik de rencontrer le Cerf pour discuter des façons d’éviter un conflit, ou tout du moins un affrontement trop long. De ce côté-là, Roderik n’arrivait pas les mains vides, il avait tout un plan qui s’était mis en branle et qui devait lui permettre d’obtenir de nombreux choses qu’il convoitait. En attendant, il ne restait plus qu’à patiemment réfléchir aux manières de présenter cela de la meilleure façon possible. Ce ne serait pas forcément aisé, mais les récompenses seraient présentes au rendez-vous si tout se passait bien, songea Roderik en regardant le fameux pavillon monter au mât. Il avait prévenu par courrier qu’il se rendrait à Port-Réal par voie de mer et qu’il ferait arborer un tel drapeau au navire à bord duquel il se trouverait de façon à pouvoir être immédiatement en contact avec les hommes de Robb Baratheon.

Roderik n’était pas particulièrement inquiet. Personne ne le connaissait à la capitale, et tous l’imaginaient en mer à scruter les plages, les grottes et les falaises du Nord en vue de trouver la meilleure défense possible contre une éventuelle flotte d’invasion.

Lorsqu’enfin, les deux hommes de Fort-Terreur mirent pied à terre, Roderik s’autorisa un moment de stupéfaction. La ville était si grande ! Elle grouillait de vie. Des boulangers, des marins, des tisserands, des mendiants, des soldats, et tant d’autres personnages se bousculaient sur les quais bondés en quête d’une bonne affaire, ou vaquant simplement à leurs occupations. Là, trois jeunes garçons embêtaient un vieux chien aveugle qui ne savait comment riposter, là deux négociants se querellaient visiblement sur le prix des ballots de soie que l’on s’apprêtait à débarquer d’un grand navire aux lignes élancées, rappelant l’architecture navale de Braavos. Des dizaines de personnes discutaient, s’interpelaient et s’invectivaient dans au moins trois ou quatre langues différentes. L’un des poumons économiques de Westeros, se dit Roderik. Il frémit en voyant des prostituées à l’affût de clients devant une ruelle encombrée de caisses en bois. La cité avait aussi sa perversion. Le Sud ne plaisait pas à Roderik, mais il était impossible d’être impassible devant le dynamise et la richesse de la capitale des Sept Couronnes. Le Nord tout entier devait être moins riche que cette seule cité, et Jorah Stark voulait lutter contre tout le reste du continent pour son indépendance illusoire ? Roderik venait d’acquérir la certitude intime qu’il avait fait le bon choix.



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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Le Vent du Nord   Mar 24 Juil 2018 - 16:56




Les Vents du Nord

Le soleil commençait à décroître sur la capitale, et avec lui se réveillait une partie de la Cour, qui trouvait dans la relative fraîcheur du crépuscule l’occasion rêvée de profiter des jardins ou de l’extérieur, autrement presque désertés durant la journée. Depuis le balcon de son office dans la Tour de la Main, Robb observait l’astre du jour se coucher, un verre de vin à la main. Appuyé contre une colonne, il ressassait les dernières heures écoulées, les dernières d’une longue préparation de campagne dans le Nord. Tout était prêt désormais, le seigneur Velaryon avait fait en sorte de terminer la remise en état de la flotte royale en avance, et les armées du Cerf étaient prêtes à marcher sur l’ennemi encore une fois, rassemblées à Accalmie, elles attendaient que leur suzerain vienne en prendre le commandement. Bien sûr, Robb aurait simplement pu demander à ce que ses commandants fasse remonter l’ost jusqu’à Port-Réal, mais il avait insisté pour descendre jusqu’à la forteresse. Il y avait là-bas des comptes à régler, et une autorité à asseoir à nouveau… Et quel meilleur moment pour le faire que d’agir quand tous les seigneurs de l’Orage seraient rassemblés ? Le Cerf se l’était promis, il ne partirait pas pour le Nord tant que des traîtres profitaient de son foyer. Tout serait réglé avant son départ, d’une manière ou d’une autre.

Les pas d’un homme en armure interrompirent ses réflexions, tandis que le bruit s’approchait de lui, jusqu’à s’arrêter à sa hauteur. S’inclinant légèrement, le capitaine de sa garde semblait avoir rejoint son seigneur en hâte, à en juger par les gouttes de sueur sur son front. La chaleur n’allait pas aux hommes d’armes, dont l’équipement ne faisait qu’accentuer les effets du soleil, et il fallait une discipline à toute épreuve pour continuer à remplir son devoir dans ces conditions. Robb n’ignorait pas que certains de ses hommes avaient parfois quitté leur poste pour se reposer à l’ombre, mais il ne les punissait pas pour autant, pas tant que la chose n’était pas trop importante pour mettre la sécurité des siens en péril. Ser Dondarrion ne faisait pas partie de ceux-là, cependant, et le Protecteur royal ne l’avait même jamais entendu se plaindre des conditions actuelles, ce qui forçait un peu plus le respect qu’il avait pour celui qu’il avait chargé de sa sécurité et de celle de sa famille.  Celui-ci finit par annoncer la raison de sa venue, sobrement comme à son habitude :

« Monseigneur, un navire arborant les voiles que vous décriviez vient de s’amarrer au port. J’ai déjà envoyé des hommes empêcher que ceux qui naviguaient à son bord ne l’éloignent trop. Ils attendent  vos instructions. »

Terminant sa coupe d’une traite, Robb se tourna vers le chevalier, hôchant la tête.

« Vous savez ce que vous avez à faire. J’attendrai à l’endroit convenu. Et rappelez-vous, aucun homme de la Couronne ne doit être impliqué, pas plus que les noms de nos invités ne doivent être divulgués. Personne ne doit savoir qui a débarqué à Port-Réal ce soir. »

Inclinant la tête, le capitaine marqua son assentiment avant de quitter la pièce d’un pas rapide, il avait ses ordres. Il ne comprenait pas réellement pourquoi le Régent avait tenu à garder sa rencontre avec un seigneur du Nord secrète, mais bien des choses avaient changé ces dernières semaines, après tout n’avait-on pas appelé à un nouveau Roi ? Quoiqu’il en soit, l’heure n’était pas aux questionnements des décisions du Seigneur Cerf, et tout se passerait comme il l’avait ordonné.


Les choses étaient allées relativement vite après cela. Ser Dondarrion avait rejoint ses hommes au port, avec un prétexte tout trouvé pour fouiller le navire : le décret promulgant le bannissement de tout commerce avec le Nord avait pris effet, et aucun des membres du navire n’avait le droit de débarquer, ni de vendre aucun de leurs biens sur les terres loyales au Roi. Une fois tous les occupants du navire rassemblés, il n’avait pas été difficile de remarquer ceux qui dénotaient dans l’assemblée. Un ou deux, lui avait dit le Protecteur, selon l’accord qu’il avait passé avec ce seigneur du Nord, et cela n’avait pas manqué. Il avait alors fallu les informer de façon officielle qu’ils seraient interrogés avant de les emmener, laissant le reste du navire aux bons soins de la garde civile. Il y avait bien eu quelques interrogations sur l’intervention des forces personnelles du Régent dans une banale affaire de douanes, mais elles avaient vite été bâillonnées, personne ne voulait interférer directement avec les affaires de l’homme qui tenait le pouvoir de la ville, du moins pas si directement.

Le duo nordien avait ensuite été escorté rapidement jusqu’à une plage isolée plus proche du Donjon Rouge, qui avait déjà été vidée  et ses accès bloqués par d’autres gardes arborant les couleurs du Cerf de l’Orage. Eclairé par une torche plantée dans le sable, il n’y avait qu’une ombre occupant l’endroit, que le capitaine n’eut aucun mal à reconnaître, même de loin. Tout se déroulait donc comme prévu. D’un geste, il intima à ses hommes de s’arrêter avant de se tourner vers ceux qu’il escortait, tendant le bras vers eux.

« Mon seigneur va vous recevoir, mais avant cela, remettez-moi toutes vos armes. Elles vous seront restituées quand vous en aurez terminé. Sachez qu’au moindre geste suspect envers son Excellence, mes meilleurs tireurs n’hésiteront pas à abréger la vie d’un homme du Nord, tout seigneur qu’il soit. »

Ils ne devaient pas apprécier de se trouver ainsi désarmés alors qu’ils se trouvaient au coeur de ce que leur suzerain avait désigné comme l’ennemi, mais le chevalier n’en avait cure. Il n’appréciait pas l’idée de s’allier à un seigneur du Nord, quel qu’il soit, pas quand on disait qu’ils avaient tous appuyé la décision du suzerain Stark. La décision n’était pas sienne, toutefois, et il savait que Robb ne laissait rien au hasard quand il s’agissait de remporter une guerre, il tenait ça de son père. Une fois les armes récupérées, le capitaine dirigea les deux hommes vers le Suzerain de l’Orage, s’inclinant devant lui à nouveau :

« Monseigneur Baratheon, Lord Bolton et son compagnon. »

« Merci, Ser Dondarrion. Emmenez donc l’homme de confiance de notre invité se rafraichir pendant que nous discutons. Je doute que vous voyiez une objection à ce que nous parlions seul à seul, Lord Bolton ? »

Robb attendit patiemment que les deux hommes s’éloignent, les suivant du regard, avant de poser à nouveau les yeux sur celui qui avait demandé une audience, malgré la guerre qui semblait imminente. Les hommes du Nord étaient différents de ceux qui vivaient ailleurs sur le continent, c’était un savoir commun, que l’on parle de leur religion obsolète ou de leurs mœurs et leur culture par trop sauvage et incompréhensible pour beaucoup, et pourtant Roderik Bolton semblait presque normal une fois tiré de la masse à laquelle il appartenait. Peut-être serait-il possible de faire quelque chose des seigneurs du Nord, finalement… Ou au moins avec certains d’entre eux.

« Je dois admettre que votre courrier était des plus surprenant, quand on sait que votre seigneur suzerain masse ses troupes aux frontières de ses terres, et qu’il se proclame Roi du Nord auprès de qui veut bien l’entendre, monseigneur. Je m’interroge donc sur la raison de votre présence… Seriez-vous de ceux qui placent leur loyauté envers leur Roi au dessus de la loyauté envers les Stark ? On m’a dit qu’ils n’étaient pas nombreux, là d’où vous venez... »

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Roderik Bolton
NORD
■ Localisation : Fort-Terreur
MessageSujet: Re: Le Vent du Nord   Mer 1 Aoû 2018 - 17:50

Le vent du Nord









Roderik Bolton ne savait guère à quoi s’attendre lors de son arrivée à la capitale, mais il n’aurait pas pensé que l’entièreté du vaisseau se ferait fouiller par la garde de la cité. L’officier des douanes, un petit homme grotesque et replet d’une importance toute symbolique, avait annoncé au patron du navire que le Nord et ses ports étaient désormais frappé d’un embargo et qu’il était par conséquent interdit de vendre des marchandises embarquées là-bas dans n’importe quel port des Sept Couronnes. Les occupants du navire furent vite rassemblés et ce fut quelques instants après cela qu’un homme vêtu d’un surcot jaune apparut. Le puissant Cerf noir cabré qui trônait sur son poitrail ne laissait que peu de place aux interprétations. Rapidement, Roderik et son maître d’armes furent emmenés en dehors du navire sous les yeux inquiets de l’équipage.

Le temps qu’ils sortent de la cité pour se diriger en contrebas de l’immense falaise au faîte duquel se tenait l’immense Donjon-Rouge, la nuit était tombée. Le trajet s’était effectué sans bruit ni paroles aucunes. Ils passèrent un barrage d’hommes vêtu des armes des Terres de l’Orage qui bloquaient ainsi le petit sentier rocailleux qu’ils prenaient le long du relief pour finalement rejoindre une petite crique discrète à l’abri des regards indiscrets. Seule une torche plantée dans le sable crépitait pour apporter un peu de lumière alors que le soleil, déjà passé sous l’horizon, n’apportait qu’encore moins de soleil car on se trouvait de toute manière dans l’ombre des puissantes fortifications. Au côté du petit feu vaillant, une ombre immobile. Roderik en conclut qu’il devait s’agir de la personne qu’il venait rencontrer. Leur escorte s’immobilisa et celui qui était venu les chercher jusqu’au navire se retourna vers eux. Roderik le dévisagea dans la pénombre. Il avait un regard dur, un air profondément compétent et son expression disait sa méfiance de voir deux Nordiens arriver jusqu’ici. Peut-être était-il au Fénil ?

« Mon seigneur va vous recevoir, mais avant cela, remettez-moi toutes vos armes. Elles vous seront restituées quand vous en aurez terminé. Sachez qu’au moindre geste suspect envers son Excellence, mes meilleurs tireurs n’hésiteront pas à abréger la vie d’un homme du Nord, tout seigneur qu’il soit. »

Sans rien dire, Roderik tendit le grand coutelas qu’il avait pris avec lui, considérant qu’une épée trahirait son rang et sa richesse. Il ne pensait de toute manière pas en avoir besoin. Son maître d’armes laissa une petite hache de combat qui aurait pu le faire passer pour n’importe quel paysan relativement bien armé. Quant aux menaces de l’homme mystérieux, ses paroles confirmèrent à Roderik qu’il était suffisamment important pour être informé de qui il était venu chercher, il ne s’agissait donc pas de n’importe qui et il garda silence, se contenant de le dévisager d’un air égal. Tout seigneur qu’il soit, il était supérieur à cet infâme hérétique qui s’imaginait pouvoir lancer pareilles paroles en l’air. Enfin, ils reprirent la route vers l’individu isolé qui les attendait patiemment.

« Monseigneur Baratheon, Lord Bolton et son compagnon. »

- Merci, Ser Dondarrion. Emmenez donc l’homme de confiance de notre invité se rafraichir pendant que nous discutons. Je doute que vous voyiez une objection à ce que nous parlions seul à seul, Lord Bolton ? »


C’était donc un Dondarrion, l’une des fières et grandes familles de l’Orage. Cela expliquait pas mal de choses, à commencer par l’air d’arrogante servitude qu’affichait le capitaine d’armes. D’un hochement de tête, Roderik donna son accord et les deux subalternes quittèrent l’endroit. D’un naturel froid, le Bolton offrait un visage fermé, se contentant de dévisager le Baratheon d’un regard éteint. Que diable était-ce ce jeunot qui régentait tout le pays ? Et l’on s’étonnait que le Sud parte ensuite à vau-l’eau… Ô que cet endroit lui déplaisait, ces contrées de dépravation et d’impiété ne laissaient pas au seigneur de Fort-Terreur un excellent sentiment mais il se fit violence, il était là pour négocier le futur de sa maison et porter un coup fatal aux Stark. Il s’inclina donc légèrement, pour marquer un certain respect à la fonction de l’homme qui le recevait.

« Je dois admettre que votre courrier était des plus surprenant, quand on sait que votre seigneur suzerain masse ses troupes aux frontières de ses terres, et qu’il se proclame Roi du Nord auprès de qui veut bien l’entendre, monseigneur. Je m’interroge donc sur la raison de votre présence… Seriez-vous de ceux qui placent leur loyauté envers leur Roi au-dessus de la loyauté envers les Stark ? On m’a dit qu’ils n’étaient pas nombreux, là d’où vous venez... »

Roderik haussa les épaules à la mention de l’habituelle loyauté du Nord aux Stark. Cela ne le concernait pas, alors il n’avait guère l’intention de chercher à enrober la vérité. Il n’avait pas de temps à perdre, le plus vite il serait rentré, le mieux ce serait.

« Il est vrai que la plupart des maisons du Nord ont finalement pris parti pour la guerre. Jorah Stark nous a rassemblé voici quelques semaines pour nous demander de nous positionner quant à l’éventualité d’un conflit contre la Couronne. Je fus pratiquement le seul à m’y opposer. Ces idiots semblent vouloir à tout prix verser leur sang pour l’honneur déjà perdu des Sark, ce n’est pas mon cas. »


Roderik dévisagea le Protecteur d’un air brut. Il n’était pas homme à dissimuler son ressentiment, ni à masquer ses manières de façon trop appuyée. Il n’avait pas agi autrement lorsque la Cerwyn était venue lui rendre visite à Fort-Terreur pour essayer de le convaincre avant l’heure de rallier la cause de la guerre. Il l’avait déboutée en bonne et due forme. Aussi, il reprit.

« Monseigneur Baratheon, vous n’êtes sans doute pas sans ignorer l’animosité qui règne entre Stark et Bolton, et je préfère être honnête avec vous : elle me pousse à venir vous voir aujourd’hui. Je considère que les Stark ont mené notre région à sa perte en s’alliant à Maegor et en le défendant durant votre guerre civile. Désormais, Jorah sent qu’il perd le contrôle et a réussi à fédérer la région derrière un nouvel idéal : l’indépendance. Il a d’ores et déjà fait fortifier Moat Cailin et envoyé ses meilleurs éléments sur place. Vous ne passerez donc pas, pas même avec toute votre armée. Bien sûr, il vous reste les dragons… Mais je serai bien incapable de vous dire quelle serait la réaction du peuple nordien si les monstres de vos cousins seraient utilisés. »

Il haussa les épaules une nouvelle fois. Il le savait très bien, le peuple perdrait la raison et sombrerait dans la folie craintive. Les villes et villages se videraient et toute la population s’enfuirait dans les épaisses forêts pour mener une guerre d’harcèlement contre les envahisseurs.

« Il vous est donc impossible de passer par la terre. Votre seule solution est donc de réussir un débarquement. Fort heureusement pour vous, se tient face à vous l’homme à qui l’on a confié la défense du littoral du Nord. Nous n’avons pas une immense armée, mais elle est dotée de soldats qui sont solides et se battront avec une fureur décuplée puisque vous serez perçus comme des envahisseurs du Sud. »

Continuant de scruter le visage du jeune homme, Roderik s’étonna de l’air compétent qu’il dégageait. Il n’avait sans doute pas trente ans et avait pourtant une expression de contrôle tranquille sur la situation. Il était immensément puissant, régnait sur une région suzeraine, et il gouvernait le continent au nom du Roi, composant avec les plus puissants qui siégeaient au conseil restreint, et il discutait avec la famille royale. Oui, s’il était un homme qui pouvait l’aider dans ses ambitions, c’était bien Robb Baratheon.

« Débarquer sans tête de pont est compliqué. Le temps que tous vos hommes soient en ordre de marche, nous serons déjà avertis depuis longtemps et sans doute en mesure de vous acculer à combattre dos à la mer, et peut-être vous y renvoyer. Il vous est donc impératif de pouvoir tenir une place-forte importante. Je ne souhaite pas voir les miens souffrir inutilement pour l’orgueil de Jorah Stark.

Je contrôle deux des trois grands fiefs de la côte : Fort-Terreur et Karhold, de la maison Karstark. Le dernier est justement celui qu’il vous faut : Blancport. C’est la plus grande cité de la région, mais c’est surtout le port le plus développé, et il est fortifié. Vous pourrez débarquer votre armée en toute sécurité et sérénité, voire même attendre des renforts à l’abri des murs.

Je vous propose donc de vous accueillir avec votre armée à Blancport et d’ensuite écraser définitivement cette folie d’indépendance. En échange, j’accepterai volontiers de devenir le nouveau suzerain de la région au nom du Roi. »




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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Le Vent du Nord   Jeu 9 Aoû 2018 - 17:15




Les Vents du Nord

Silencieux, Robb écoutait ce que le Nordien avait à dire, ne lui offrant aucun indice sur ce qu’il pensait de sa demande avant qu’il ait terminé. Il demandait beaucoup, evidemment, c’était le lot de la plupart des transfuges quelque peu utiles. Il fallait qu’ils soient persuadés de tenir la seule solution pour l’ennemi, sans quoi il était certain qu’ils ne serviraient à rien, et le Régent n’aurait pas perdu son temps à recevoir un homme sans réel intérêt. Le Cerf n’ignorait effectivement pas l’hostilité à peine voilée qui régnait entre le Loup et l’Ecorché, les relations entre les seigneurs et leurs suzerains étaient importantes pour pouvoir planifier une stratégie efficace, et chaque information pouvait compter : avant de recevoir le courrier du Bolton, Robb avait prévu que le seigneur ne risquerait pas de perdre son fief, et que si celui-ci était attaqué, il était probable qu’il quitte l’ost Stark pour venir le défendre ; le défaire seul aurait été aisé, et le Loup se serait trouvé amputé d’autant de troupes, simplement parce que les deux hommes ne s’appréciaient pas et ne s’accordaient pas de réelle loyauté. Il n’avait cependant pas prévu que cette rivalité pourrait amener Roderik à trahir ouvertement son suzerain, et l’opportunité était trop belle pour que le Baratheon lui ôte directement toute illusion sur sa demande.

Moat Cailin avait donc déjà été approvisionnée en hommes, ultime preuve que Jorah voulait sa guerre, s’il était nécessaire d’en avoir une supplémentaire. L’endroit en lui-même importait peu à Robb, il n’avait jamais même imaginé passer par là, l’endroit était considéré imprenable à juste titre. En revanche, savoir que les meilleurs éléments du Loup y étaient postés était une information de valeur. Les hommes de son beau-frère étaient en route vers l’engorgement, avec pour seule instruction de s’assurer que personne ne passe du Nord au Sud sans y être autorisé par le Roi. Il n’y aurait pas d’attaque, mais la présence de forces armées empêcherait celles du Nord de quitter leur poste, sans risquer d’être pris entre deux fronts. Le passage qu’ils croyaient défendre deviendrait la raison de leur défaite prématurée. Jusqu’à présent, le Bolton était arrivé aux mêmes conclusions que lui : il faudrait à son Ost débarquer en plein milieu du territoire ennemi, et sécuriser la zone suffisamment pour que vivres et matériel soient débarqués et l’armée prête à marcher. Plusieurs lieux avaient été évoqués, mais celui de Blancport, pourtant idéal, avait rapidement été écarté : port principal de la région, il était probable d’y trouver la flotte nordienne, aussi peu nombreuse devait-elle être, ainsi qu’une garnison importante qui infligerait de lourds dommages à la force d’invasion. On avait alors préféré des plages peu habitées, situées suffisamment loin des places fortes principales mais proches de bastions mineurs qui pourraient être utiles pendant le débarquement.

La solution proposée par Roderik, cependant, dépassait en terme de bénéfice les meilleures estimations de Robb et de ses commandants. Débarquer à Blancport sans aucune résistance, et ôter à Jorah Stark trois des osts les plus importants de son armée, la réduisant, dans le pire des cas, du quart au moins. Mieux encore, s’adjoindre des hommes qui connaissaient le terrain, et qui avaient tout intérêt à voir les ennemis du Cerf détruits, ne fut-ce que pour ne pas avoir à craindre le courroux de ceux qu’ils avaient trahi après une défaite. Non, Roderik Bolton n’offrait pas la seule possibilité de victoire, mais il offrait certainement la meilleure. Par réflexe, plus que pour réellement se réchauffer, Robb approcha une main du feu de la torche, gardant le silence quelques secondes avant d’offrir une réponse au nordien, probablement pas aussi enthousiaste que ce à quoi il s’attendait avec une telle proposition.

« Mon père craignait que quelque chose de ce genre finirait par arriver. Que notre victoire contre Maegor finirait par laisser croire aux autres suzerains qu’eux aussi pouvaient défier le pouvoir royal, et qu’ils pouvaient prévaloir. Il craignait les conséquences de ce que nous accomplissions, autant qu’il le jugeait plus que nécessaire. C’était une problématique qu’il aurait préféré ne jamais devoir gérer, en cela les Dieux l’ont entendu… Mais la chose m’incombe, désormais, et je doute que Jorah Stark mesure toute l’ampleur de l’erreur qu’il a commise en déclarant son indépendance. A vrai dire, je doute que quiconque s’en doute réellement, hormis moi-même. On m’a dit que vous étiez un homme pragmatique, monseigneur Bolton, aussi je vais vous imiter, et aller droit au but : votre offre est insuffisante pour ce que vous demandez. »

Tournant le visage vers son interlocuteur, Robb reprit, impassible malgré la gravité de ce qu’il allait ajouter :

« Je ne vous ai pas parlé de mon père pour me donner un quelconque crédit, ou avancer que je m’attendais à pareille manœuvres, simplement pour vous signifier que j’ai eu tout le temps nécessaire pour réfléchir à la solution au problème posé par le fait que la Couronne a été vaincue par ses vassaux. Le seul moyen de s’assurer du calme du Royaume est de faire en sorte que les premiers à se soulever soient les derniers. Le Nord sera un exemple pour tous, de ce qui arrive à ceux qui se rebellent n’ont rien d’autre à espérer que mort et destruction. Quand cette guerre sera terminée, il ne restera des terres des Starks que le souvenir de la bêtise de ceux qui les suivaient, un rappel pour les familles qui les remplaceront de ne plus jamais se dresser contre leur souverain légitime, et une crainte pour les autres, de ce qui pourrait leur arriver s’ils décidaient de suivre cette voie.

Vous savez comme moi qu’avec ou sans votre soutien, le Nord n’a aucun espoir de victoire, sans quoi vous ne seriez peut-être pas ici. Plus de la moitié du continent, les armées des autres seigneurs suzerains contre celles, affaiblies, d’un seul… Mais votre offre a du mérite, celui d’épargner de nombreuses vies et d’accélérer l’inévitable, considérablement. Pour cela, je suis prêt à vous offrir, à vous et à tous ceux qui vous suivront une amnistie complète et l’assurance qu’ils compteront parmi les seigneurs les plus puissants du Nord, considérant ce qui arrivera à ceux qui ont suivi les Stark. Quant à votre demande de devenir seigneur suzerain... »


Détournant le regard pour observer les murs du Donjon Rouge un instant, Robb reporta ensuite celui-ci sur le Bolton, plus grave :

« Malgré le mariage de mon frère avec l’une des leurs, je n’ai aucun amour pour les Stark, et le respect que j’ai pu avoir pour eux est mort avec la manière dont Jorah a décidé d’agir. Si la décision ne dépendait que de moi, je n’aurais aucun problème à détruire une Maison qui n’a posé que des problèmes depuis l’arrivée des Targaryen, cependant… Sa Majesté la Reine garde un certain amour pour eux, malgré son divorce et l’humiliation que son ancienne famille lui fait subir par ses actions et son attitude. Sans compter que je pourrais tout autant tuer chaque Stark excepté une, et la placer sur le trône du Nord sous la régence de son époux légitime. »

En vérité, Robb ne croyait pas réellement à cette option. Edric ne voudrait pas devenir le suzerain du Nord, pas après ce que leur conversation avait révélé de son attitude par rapport à cette guerre. Quant à Rhaenys, elle voudrait probablement que seul Jorah soit éxécuté, et épargner les autres, en donnant la suzeraineté à son jeune frère. Elle n’aimerait pas ce que Robb avait prévu pour le Nord, mais elle était aveuglée par son passé, et ne pouvait pas voir qu’il faudrait la plus grande sévérité pour s’assurer que plus aucun noble ne défie le pouvoir Targaryen. Et quel meilleur exemple que la disparition de la Maison suzeraine qui s’était soulevée ? Que la mise à mort de tout noble qui l’avait suivie ?

Croisant les mains derrière son dos, il termina :

« Je peux vous accorder ce que vous désirez. Cependant, il me faudra des preuves de votre loyauté, je ne tiens pas à remplacer un nordien indépendantiste par un autre, plus intelligent, qui saura attendre le moment adéquat. Votre accession au pouvoir ne pourra se faire que par la mort de l’entièreté de la Maison Stark, à l’exception des filles. Ashara Stark est mariée à mon frère, mais Freyja servira à asseoir votre position le moment venu. Elle sera prochainement sous ma protection, et j’aurai donc votre seule possibilité d’accéder à la suzeraineté du Nord, jusqu’à la fin de la guerre. Durant celle-ci, vous et vos hommes serez à mon service, et vous combattrez à nos cotés, quel que soit l’ennemi ou la manière dont il sera traité.

Une fois la guerre terminée, vous enverrez votre fils aîné à Port-Réal, peu importe sous quel prétexte, pour nous assurer de votre loyauté renouvelée à Sa Majesté. Accédez à ces demandes, et je ferai en sorte que vous obteniez votre titre, et la pleine légitimité de celui-ci, aux yeux de la Couronne comme du Nord. Ensuite, il ne tiendra qu’à vous de prouver à Sa Majesté et à moi-même que nous ne nous sommes pas trompés en vous offrant cet honneur. »

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Roderik Bolton
NORD
■ Localisation : Fort-Terreur
MessageSujet: Re: Le Vent du Nord   Mar 14 Aoû 2018 - 11:11

Le vent du Nord










« Mon père craignait que quelque chose de ce genre finirait par arriver. Que notre victoire contre Maegor finirait par laisser croire aux autres suzerains qu’eux aussi pouvaient défier le pouvoir royal, et qu’ils pouvaient prévaloir. Il craignait les conséquences de ce que nous accomplissions, autant qu’il le jugeait plus que nécessaire. C’était une problématique qu’il aurait préféré ne jamais devoir gérer, en cela les Dieux l’ont entendu… Mais la chose m’incombe, désormais, et je doute que Jorah Stark mesure toute l’ampleur de l’erreur qu’il a commise en déclarant son indépendance. A vrai dire, je doute que quiconque s’en doute réellement, hormis moi-même. On m’a dit que vous étiez un homme pragmatique, monseigneur Bolton, aussi je vais vous imiter, et aller droit au but : votre offre est insuffisante pour ce que vous demandez. »

La main devant la flamme virevoltante de la torche plantée dans le sable de la plage, Robb Baratheon avait répondu en choisissant ses mots avec un soin assez clair. Roderik n’était d’ailleurs pas surpris d’entendre que l’ancien seigneur de l’Orage avait pressenti ce qui se déroulait aujourd’hui. Au Nord, d’aucuns auraient ajouté qu’un aveugle lui-même aurait vu venir le coup. Hélas – trois fois hélas ! – le Sud était bien loin de Winterfell. Roderik savait que cette distance n’était pas que d’ordre géographique. Les aspirations n’étaient pas les mêmes, les coutumes non plus. Par le sang, même les religions différaient ! C’était d’ailleurs tout au crédit des rois précédents de ne pas avoir cherché à intégrer plus avant les terres nordiques dans le giron du Trône. Quel intérêt y aurait-il eu ? Les régions les plus riches étaient loin des steppes régies par les Stark. Là-bas, il n’y avait ni mines d’or, ni champs fertiles, rien que la rudesse d’une région balayée par les âges et des hommes au caractère authentique qui continuaient de pérenniser un mode de vie millénaire, qui n’avait été troublé ni par les Andals, ni par les Targaryen. Ils étaient les Premiers Hommes, une race ancienne, un peuple fier de son identité, et n’avaient cure des manigances ourdies à Port-Réal, Villevieille, Port-Lannis ou Hautjardin car le destin du Nord était de veiller. Certes, la Garde de Nuit officiait le long du Mur, et protégeait ainsi les royaumes des hommes de toutes les monstruosités qui se trouvaient au-delà, mais en cas de dernier recours, c’étaient aux seigneurs du Nord de faire front et de rejeter sauvageons, snarks, tarasques et autres spectres légendaires. Et malgré cela, malgré la requête de Roderik de récupérer la charge de cette région, le Baratheon considérait que c’était insuffisant pour lui confier suzeraineté. Il prit son mal en patience, voyant que l’homme le plus puissant du continent n’en avait manifestement pas terminé, alors qu’il se tournait vers lui, les traits figés dans une expression indéchiffrable.

« Je ne vous ai pas parlé de mon père pour me donner un quelconque crédit, ou avancer que je m’attendais à pareille manœuvres, simplement pour vous signifier que j’ai eu tout le temps nécessaire pour réfléchir à la solution au problème posé par le fait que la Couronne a été vaincue par ses vassaux. Le seul moyen de s’assurer du calme du Royaume est de faire en sorte que les premiers à se soulever soient les derniers. Le Nord sera un exemple pour tous, de ce qui arrive à ceux qui se rebellent n’ont rien d’autre à espérer que mort et destruction. Quand cette guerre sera terminée, il ne restera des terres des Starks que le souvenir de la bêtise de ceux qui les suivaient, un rappel pour les familles qui les remplaceront de ne plus jamais se dresser contre leur souverain légitime, et une crainte pour les autres, de ce qui pourrait leur arriver s’ils décidaient de suivre cette voie.

Vous savez comme moi qu’avec ou sans votre soutien, le Nord n’a aucun espoir de victoire, sans quoi vous ne seriez peut-être pas ici. Plus de la moitié du continent, les armées des autres seigneurs suzerains contre celles, affaiblies, d’un seul… Mais votre offre a du mérite, celui d’épargner de nombreuses vies et d’accélérer l’inévitable, considérablement. Pour cela, je suis prêt à vous offrir, à vous et à tous ceux qui vous suivront une amnistie complète et l’assurance qu’ils compteront parmi les seigneurs les plus puissants du Nord, considérant ce qui arrivera à ceux qui ont suivi les Stark. Quant à votre demande de devenir seigneur suzerain...
»

La victoire était à portée de main. En concédant à Roderik la possibilité de recruter sur la foi d’amnisties royales, le Protecteur du Trône le reconnaissait de fait comme le dirigeant naturel de la contre-insurrection. Ce faisant, il deviendrait l’homme de la Couronne au Nord, le premier opposant à Jorah Stark et lorsque la poussière retomberait, il serait le seul candidat légitime. Toutefois, le Baratheon semblait vouloir émettre une réserve qu’il fit trainer légèrement, le temps pour lui de jeter un coup d’œil aux fortifications royales les surplombant.

« Malgré le mariage de mon frère avec l’une des leurs, je n’ai aucun amour pour les Stark, et le respect que j’ai pu avoir pour eux est mort avec la manière dont Jorah a décidé d’agir. Si la décision ne dépendait que de moi, je n’aurais aucun problème à détruire une Maison qui n’a posé que des problèmes depuis l’arrivée des Targaryen, cependant… Sa Majesté la Reine garde un certain amour pour eux, malgré son divorce et l’humiliation que son ancienne famille lui fait subir par ses actions et son attitude. Sans compter que je pourrais tout autant tuer chaque Stark excepté une, et la placer sur le trône du Nord sous la régence de son époux légitime. »

Roderik tressauta de stupeur mais parvint à se tenir coi. Le mariage ? De quel mariage parlait-il ? La seule union envisagée à ce jour entre Baratheon et Stark avait été celle d’Ashara Stark et Edric Baratheon, le frère de… Robb. Les fiançailles avaient été plus ou moins rompues après l’éclatement de la guerre civile et le basculement des deux maisons dans chacun des camps belligérants. Et voilà que le Protecteur mentionnait un mariage. Un mariage dont personne au Nord n’avait été mis au courant. Roderik refusait d’y croire, le Baratheon devait s’y être trompé, il avait beaucoup à faire, à penser, et sans doute quantité de mariages et fiançailles à superviser au sein de sa suzeraineté. Et pourtant, voilà qu’il insistait, soulignant qu’il aurait pu exterminer la famille des Loups – perspective agréable à l’oreille du Bolton – pour n’en laisser qu’une, sous le contrôle d’un époux légitime ? Cela voulait-il dire que les deux jeunes gens s’étaient effectivement mariés, dissimulant leur union au vu et au su de tous ? Pourtant, le fait que le chef de la famille Baratheon soit au courant d’une telle union montrait que le secret n’était pas absolu. Jorah Stark avait-il été au courant ? Les avait-il tous trahi dès le début ? Roderik frémit d’excitation à l’idée de ce qu’il pouvait faire d’une pareille information, si elle s’avérait véridique. Toutefois, le meilleur était encore à venir.

« Je peux vous accorder ce que vous désirez. Cependant, il me faudra des preuves de votre loyauté, je ne tiens pas à remplacer un nordien indépendantiste par un autre, plus intelligent, qui saura attendre le moment adéquat. Votre accession au pouvoir ne pourra se faire que par la mort de l’entièreté de la Maison Stark, à l’exception des filles. Ashara Stark est mariée à mon frère, mais Freyja servira à asseoir votre position le moment venu. Elle sera prochainement sous ma protection, et j’aurai donc votre seule possibilité d’accéder à la suzeraineté du Nord, jusqu’à la fin de la guerre. Durant celle-ci, vous et vos hommes serez à mon service, et vous combattrez à nos côtés, quel que soit l’ennemi ou la manière dont il sera traité.

Une fois la guerre terminée, vous enverrez votre fils aîné à Port-Réal, peu importe sous quel prétexte, pour nous assurer de votre loyauté renouvelée à Sa Majesté. Accédez à ces demandes, et je ferai en sorte que vous obteniez votre titre, et la pleine légitimité de celui-ci, aux yeux de la Couronne comme du Nord. Ensuite, il ne tiendra qu’à vous de prouver à Sa Majesté et à moi-même que nous ne nous sommes pas trompés en vous offrant cet honneur
. »

Oh que Roderik le méprisait pour ainsi lui jeter au visage le manque de confiance qu’il avait en lui, et sans doute tout le peuple nordien qui était pourtant bien plus honorable que ces perfides aristocrates du Sud. Il garda toutefois silence, son regard brillant d’ambition. Le fier Cerf avait cédé, il pouvait bel et bien lui concéder la suzeraineté. Quel triomphe ce serait ! Il allait réussir à renverser l’hégémonie des Stark sur le Nord. Il prenait la suite des Rois Rouges. On oublierait alors le plus haut fait d’arme de la maison Bolton jusqu’alors qui était le sac de Winterfell des siècles auparavant. Roderik Bolton deviendrait le plus iconique des seigneurs de sa maison. L’ambition et la démesure lui faisaient déjà tourner la tête. Il se vengerait, oh oui, il se vengerait de tous ceux qui avaient cherché à l’écarter ou l’humilier. Stark, Manderly, Mormont, oui, ils subiraient son courroux.

Toutefois, le Protecteur n’était pas homme à flouer. Il allait frapper le Nord et les Stark avec toute la fureur de sa maison, et il écraserait tout, tel un marteau de guerre. Le fait qu’il aurait bientôt la jeune Freyja sous sa coupe montrait que l’homme était retors, bien plus subtil qu’il pouvait paraître au premier abord. Il pensait à tout, et anticipait de loin. Si Roderik n’avait pas entrepris cette démarche, sans doute Freyja aurait été au cœur de tractations pour amener le Nord à capituler. L’homme était brillant, et si le Bolton ne l’appréciait guère, il admirait son sens politique. C’était là un grand seigneur. Et il lui confirmait ce qu’il soupçonnait. Ashara Stark était en cheville avec Edric Baratheon. Le scandale serait immense. Les Stark ne s’en relèveraient pas. Malgré toutes ces rodomontades, Roderik sentait bien que le Cerf jubilait à l’idée de pouvoir régler le conflit de telle manière. Il décida de pousser son avantage au maximum, quitte à paraître dénué de toute mesure. Il s’inclina.

« Je vous remercie, monseigneur Baratheon, pour votre compréhension et votre aide. Vous avez souligné le point le plus important. Tant qu’un prétendant à Winterfell vivra, l’administration du Nord me sera difficile. J’entends bien que vous souhaitez vous assurer de ma loyauté une fois l’affaire réglée en prenant mon héritier comme otage, n’ayons pas peur des mots. »

Roderik n’avait pas totalement digéré ce défaut de confiance, quand bien même, au fond de lui, il le comprenait aisément. Après tout, il venait ici avec la volonté clairement affichée et établie de trahir son suzerain et son vœu de loyauté.

« Mais cela ne fera pas de mal à mon Podrik de découvrir un peu le monde et de pouvoir affiner ses talents d’homme de politique. Je crains toutefois que certains, au Nord, aient du mal à oublier de sitôt la domination des Stark. Nous sommes un peuple assez conservateur, monseigneur. Ma famille est ancienne, mais elle ne sera pas forcément acceptée sans troubles si nous sommes installés comme arrivistes. Je suis veuf, et je n’ai qu’un fils dont les enfants porteront mon nom. Mon cadet est en épousailles matrilinéaires avec la Dame de Karhold et si cela me permet de contrôler les Karstark, seul Podrik est en mesure de perpétuer la lignée directe. S’il doit effectivement un jour hériter de la charge de suzerain du Nord, j’aimerais qu’il ait une assise solide. C’est un homme de raison, sans doute plus que son vieux père, mais passons. J’aimerais qu’il épouse Freyja Stark pour légitimer sa place et ôter toute place aux contestations lorsque viendra son tour. »

Il planta son regard droit dans celui du Cerf. Il ne s’imaginait pas impression cet homme qui commandait à cent – mille ? – fois plus d’hommes que lui, et donc la garnison d’Accalmie devait probablement dépasser toutes les levées seigneuriales des terres Bolton. Il voulait lui transmettre sa détermination, que le Baratheon comprenne qu’il ne renoncerait pas à la première difficulté.

« Commandant aux forces de Fort-Terreur et de Karhold, je devrais pouvoir vous accueillir avec au moins trois mille hommes si tant est que je laisse des garnisons suffisamment importantes pour garantir la sécurité des deux fiefs. Nous avons subi de lourdes pertes durant la guerre, nos armées sont diminuées. Toutefois, nous connaissons nos terres, nos savons où nous battre et nous savons où éviter de déployer une armée. Je ne peux pas garantir la façon de réagir des Manderly, qui tiennent Blancport, pas plus que celle d’autre maisons plus ou moins importantes. Toutefois, mon autorité de commandant de la partie est du littoral devrait m’autoriser à pouvoir marcher sur la ville sans éveiller des soupçons. A vous de choisir si vous préférez que nous menions l’assaut de concert lorsque votre flotte arrivera à proximité, de façon à déborder leurs défenses ; ou si vous souhaitez que la ville soit sous votre contrôle dès que vous approcherez, avec le risque manifeste que nous soyons assiégés lorsque les loyalistes des Stark se rendront compte de ce qui s’est passé. Les forces principales resteront sans doute à Winterfell, de façon à pouvoir frapper là où vous arriverez, que ce soit à l’Ouest, au Sud ou à l’Est. Dans tous les cas, les premiers accrochages devraient se produire en une semaine. »

Il n’avait toujours pas parlé du mariage entre Edric et Ashara, tétanisé par la nouvelle, il ne savait pas quoi en faire. Il enchaîna sur un dernier point qu’il voulait aborder.

« Je n’ai pas eu l’honneur de connaître votre père, mais c’était l’un des ennemis que je respectais, et je compatis à votre perte, monseigneur. Votre victoire prochaine pourrait vous permettre de gagner une renommée martiale équivalente. Le Nord a bien changé ces dernières années. Le Long Été a fait fondre des glaces que nous pensions jadis éternelles. Ma terre natale est peu vallonée au Sud du bois aux Loups. Une importante cavalerie serait déterminante pour votre victoire. Nous n’en avons que peu, mais ces grandes plaines seraient un redoutable piège pour la troupe Stark si elle se trouvait face à un important contingent de cavalerie lourde. »




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