Partagez | 
 

 La Chute du Faucon [PV Catelyn]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Ven 21 Sep 2018 - 21:29




La Chute du Faucon

L’aube venait à peine de se lever, les couloirs du Donjon Rouge n’étaient encore parcourus que par les serviteurs ôtant les torches consumées durant la nuit. Courtisans et nobles étaient encore au lit à profiter du luxe qui leur était offert, ou à comploter dans le privé de leurs appartements. Aucun d’eux n’avaient encore idée que la matinée verrait arriver à son terme l’un des procès les plus attendus depuis la fin de la guerre. La plupart des notables considéraient que l’affaire était entendue, Catelyn Arryn avait avoué, après tout, mais la question qui était sur toutes les lèvres était plutôt de savoir quel serait son châtiment. Là, les avis divergeaient autrement : certains croyaient que le Lord Régent voulait faire un exemple, et qu’étant donné le chef d’accusation, la cousine du suzerain du Val ne passerait pas la nuit une fois sa sentence prononcée, d’autres que son nom ne lui vaudraient probablement qu’une tape sur les doigts et une remontrance publique avant de rentrer chez elle, où sa famille ferait en sorte de récompenser la Couronne ou son représentant pour sa clémence. Mais aucun d’eux ne pouvait réellement prévoir ce qui allait se dérouler, pas même ceux qui avaient déjà discuté du sujet avec Robb lui-même.

Les hommes de l’Orage ne se posaient pas la question, cependant, tandis qu’un groupe d’une dizaine d’hommes, armés et portant leurs armures de parade, se dirigeait en formation jusqu’à la chambre où Catelyn Arryn était enfermée. A leur tête, Ser Dondarrion avait reçu pour ordre de sortir la prisonnière de sa chambre, et de l’emmener dans une des pièces contigües à la salle du trône, où elle attendrait que son procès ait lieu, d’ici quelques heures. Le chevalier n’avait pas entièrement compris le but de la manœuvre, mais il avait eu ses ordres, et comptait bien les respecter à la lettre. Evidemment, il avait posé la question à son seigneur, qui s’était contenté de répondre dans un demi sourire que le procès se devait d’être un message pour tous ceux qui s’opposaient à la Couronne, et qu’il comptait bien faire en sorte qu’il reste marqué dans les esprits.

Aussi loin qu’il était concerné, il n’avait pas plus de sympathie pour les valois que son seigneur, et ce qu’il avait entendu de la réunion qui avait mené à l’arrestation de Catelyn confirmait ce qu’il pensait déjà depuis un moment : les Arryn se croyaient au-dessus du reste du monde, et n’étaient pas même capables de faire preuve de respect à un pair qui s’était élevé bien au-delà de ce que les Faucons pouvaient encore espérer. En ce qui le concernait, peu importe ce qui arriverait à l’accusée, elle avait largement mérité ce qui lui arriverait. Arrivés devant la porte, il indiqua aux deux gardes en faction d’ouvrir la porte. Sans s’annoncer, il entra, ne se préoccupant pas plus de l’occupante de la pièce qu’il ne l’aurait fait pour n’importe quel prisonnier.

« Catelyn Arryn, votre procès aura lieu dans la matinée. J’ai pour ordre de vous transférer jusqu’à celui-ci. »


Observant celle-ci se lever pour s’apprêter, il fit entrer ses gardes d’un geste, désignant la prisonnière.

« Maintenant. Saisissez-vous d’elle. »


Encadré par deux gardes portant les couleurs de sa Maison, Robb s’apprêtait à passer les lourdes portes menant à la salle du trône, notant qu’au fur et à mesure qu’ils s’en approchaient, le nombre de courtisans se faisait plus dense. Comme prévu, la Arryn avait été placée à l’écart, mais son escorte, ne ménageant pas la prisonnière, avait rejoint la pièce en empruntant les couloirs les plus larges, ceux où les serviteurs étaient nombreux. Evidemment, la nouvelle s’était rapidement répandue, et la plupart des courtisans commençaient à se rassembler, attendant comme une foule avide de voir le couperet tomber sur l’accusée. Tout cela n’était qu’une comédie, Catelyn était coupable, mais le pouvoir n’était utile que si on pouvait en jouer, et à Port-Réal, en faire étalage. En ne la laissant pas se préparer à faire face à ses accusateurs, en lui ôtant le masque de grâce et de beauté dont elle se serait sans aucun doute parée, Robb lui avait ôté sa défense principale, elle ne serait rien de plus qu’une traitresse qu’on jugeait, pas une reine de beauté, pas une Arryn. Elle ne serait rien d’autre qu’une femme qui avait fauté, jugée par un homme dont l’apparence, impeccable, elle, ne ferait qu’accroître la différence entre ce qu’elle représentait et ce qu’il incarnait. L’ordre nouveau, contre les partisans d’un monde ancien et révolu. Le chaton du Val ne mourrait pas aujourd’hui, il l’avait promis, cependant il lui ôterait tout ce qui avait fait sa fierté et son honneur, elle ne serait plus rien une fois le soleil couché, et elle n’aurait plus alors qu’à retourner se cacher dans son nid isolé.

Robb faisait son devoir, c’était chose certaine, pourtant il n’avait pas oublié les accusations lancées par la valoise, ou l’attitude de sa famille, et une part de lui se réjuissait de pouvoir ainsi frapper une Arryn, et par conséquent tous les autres, à l’endroit qui faisait le plus mal : dans leur soit-disant honneur. Un sourire discret se dessina sur son visage tandis qu’il indiquait à ses gardes de le suivre et qu’un page les devançait pour l’annoncer.
« Son Excellence Robart Baratheon, Protecteur du Royaume, Main du Roi et Suzerain de l’Orage. »

La salle du trône grouillait de monde, plus que d’habitude quand il s’agissait simplement pour le Régent de juger les torts qui lui étaient présentés. Bien, tous seraient témoins de ce qui allait se jouer, et bientôt, le Royaume saurait que plus personne n’était à l’abri, que parler ouvertement contre le Roi était un crime des plus graves, peu importe le nom que l’on portait. Toujours escorté par ses gardes, Robb se dirigea vers le Trône de Fer, ne répondant pas vraiment à la vague de courtisans s’inclinant devant lui au fur et à mesure qu’il passait devant eux, jusqu’à s’asseoir sur le symbole de la royauté, privilège uniquement accordé au Roi, et à lui, en tant que Main et Régent. Privilège d’apparence du moins, le Trône n’avait rien de confortable, et la pensée de pouvoir se couper à tout instant forçait celui qui y était installé à prendre garde aux mouvements brusque, conservant perpétuellement son dos dans un état de tension normalement épargné même par le plus humble des sièges. Robb détestait ce trône, mais il jouait son rôle dans la symbolique du pouvoir, et ce pouvoir était aujourd’hui entre ses mains. Il attendit que le silence se fasse à nouveau dans la salle, encouragé par le claquement de lance des nombreux gardes à la livrée Targaryen postés dans la pièce, ses propres hommes postés au pied du piédestal où se trouvait le trône, avant de prendre la parole.

« Aujourd’hui, les doléances devront attendre. Aujourd’hui, nous rendrons justice à notre Roi, injustement renié par un membre d’une famille autrefois des plus prestigieuses, mais dont la réputation a été ternie par les actions de l’une des leurs. Nul n’ignore dans cette pièce les actes de Catelyn Arryn, j’en suis certain, et il m’incombe désormais à moi, en tant que gardien de l’union de ce Royaume au nom de Sa Majesté Jaehaerys premier du nom, de décider du sort de cette femme. Il n’y aura pas de revanche aujourd’hui, pas plus qu’il n’y aura de clémence mal placée. Aujourd’hui, il n’y aura que la justice de la Couronne envers une traitresse. Faites entrer Catelyn Arryn. »

Accompagnant ses paroles d’un geste à l’intention du capitaine de sa garde, Robb attendit ensuite dans un silence lourd de sens tandis que l’on ouvrait la porte de l’endroit où elle était gardée, et qu’on installait un banc de bois simple devant le Trône, où asseoir l’accusée. Celle-ci faisait peine à voir, Robb aurait presque pu avoir pitié d’elle s’il ne se rappelait pas encore de son visage hautain, de ses tentatives d’accusations, et il n’esquissa pas un seul geste d’apaisement quand il vit qu’il n’y avait aucune tendresse, voire même une certaine violence dans la manière qu’avaient les gardes de l’amener devant lui. Le Cerf la toisa du regard tandis qu’on l’amenait devant lui, du regard de celui qui, malgré tout ce que son adversaire avait pu dire ou faire, obtiendrait finalement le dernier mot. Le regard porté par le vainqueur sur le vaincu, par la dynastie qui avait tout gagné devant celle qui avait presque tout perdu. Ce fut néanmoins solennellement qu’il prit la parole, prenant bien soin de masquer toute trace de satisfaction dans sa voix :

« Catelyn Arryn, vous êtes accusée d’avoir prononcé des paroles séditieuses durant le mariage royal, d’avoir tenté d’inciter votre cousin et suzerain à refuser de ployer le genou devant la Couronne, et ce faisant, de trahison envers votre souverain légitime. Vous avez déjà reconnu et confessé vos crimes en ma présence ainsi qu’en celle de votre famille et du Maître des Chuchoteurs. Désirez-vous revenir sur cette confession ? »

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Mar 16 Oct 2018 - 11:45


Le Jugement

 La chute du Faucon

 

  Comment un être peut-être si petit et si lourd à la fois? Il dort, ses poings fermés contre son corps. Aucun nourrisson a été un jour plus beau que lui. Ses lourdes paupières tentent de se fermer, s’accorder un peu de répit, mais elle résiste. Elle ne veut pas quitter cette vision paisible. Autour de lui, ses bras se serrent un peu plus et son front se baisser vers le sien. Ainsi, tout contre lui, toutes les volontés maternelles n’y font rien, elle s’assoupit. Un sommeil sans rêves, lourd et profond. Ses narines frémissent et s’affolent : l’odeur de son fils n’est plus là. Brutalement, son corps endormi se relève. Elle halète. On le lui a enlevé. Aveugle, ses mains cherchent à l’endroit où il était quelques minutes avant. Le cœur comme un tambour, elle rejète les draps pour se lever. « Cat? » Vive, elle se retourne vers la voix. Jace. Il est là, leur fils dans les bras. Elle se laisse retomber sur les coussins. Les larmes sont dans ses yeux comme la plus infinie des douleurs. Fière, elle tente de les ravaler mais, déjà, elles baignent ses pupilles cobalt. « Il s’est réveillé, tu dormais… », la suite n’est pas audible. Cette explication l’importe moins que son cœur qui s’est trop vite habitué à un autre. Ce petit être avait donc encore trouvé de la place, une ineffable place. Jace lui sourit, leur sourit à tous les deux. Quand une part d’elle-même voudrait qu’il s’approche, qu’il soit aussi sûr qu’avant et lui impose sa présence à ses côtés : il reste immobile. Un père béat, admiratif de sa descendance mâle. Légèrement jalouse de l’attention qu’il porte à l’enfant, légèrement désemparée de ne plus avoir Jon entre ses bras protecteurs, elle s’arrange sur sa couche. « Je ne t’ai jamais remercié. » « Me remercier? » ses lèvres se pincent, feignent une indifférence et une incompréhension ennuyée, pendant qu’elle arrange ses longues manches. Il l’avait déjà fait le jour de la naissance. Le visage baigné d’un halo qu’elle ne lui avait jamais vu, un plus grand bonheur encore que le jour où il avait été adoubé par Elbert ou de leur union. Quelque chose de nouveau qu’elle avait entraperçu dans des nuages de fatigue. Un fou de joie qui avait baisé son visage rouge et boursouflé en riant des mercis et des promesses déjà oubliées. « Pour tout. » Elle fronce les sourcils, que lui prenait-il? Cette naissance n’allait pas effacer tout ce qui se mettait entre eux, elle n’allait pas construire un pont des soupirs et faire oublier le passé. « Quand ta mère fera ce visage de contrariété, il faudra essayer, tant bien que mal, de te souvenir qu’elle est une grande dame de Westeros… Ce ne sera pas facille, elle tient beaucoup des comédiens des grandes routes roy… » « Jace ! comment osez-vous lui dire de telles inepties? Il va vous croire ! » Ses yeux sont sur lui inquiets et courroucés. L’adolescente en elle était partie à jamais — et si elle l’avait cru, maintenant elle en était certaine. Une part d’elle-même était soulagée d’être enfin une femme, anoblie par les Sept même, l’autre demeurait assoupie. Incertaine de son rôle. Débonnaire comme à son habitude, il rit et elle répond d’une moue faussement fâchée. « Vas-tu me le rendre? » Il secoue la tête, il allait le garder encore un peu plus longtemps cet être de bonheur. Alors, la lady sourit et elle soupire « C’est moi qui ne t’ai jamais remercié… »


☽☽☽


La porte se fracasse contre le mur, des pas militaires font irruption dans la petite chambre qui lui sert d’appartements. Coupée de sa rêverie lointaine, elle n’a pas le temps d’ouvrir ses yeux qu’une main la soulève de sa couche. Elle l’oblige à s’assoir, bien droite, contre le mur et face à un autre homme. Un garde aux couleurs de la Maison du Régent, un Orageois. « Catelyn Arryn, votre procès aura lieu dans la matinée. J’ai pour ordre de vous transférer jusqu’à celui-ci. » Un battement lui manque et son souffle émet un sifflement surpris. Elle avait pensé beaucoup à ce moment, mais jamais dans ces conditions. Toujours, probablement pour ménager ses émois, elle avait pensé qu’elle aurait une nuit pour se faire à l’idée. Une dernière nuit, ultime, pour contempler les étoiles et l’astre lunaire. Ne sachant pas réellement comment répondre, n’’ayant jamais appris le code de droiture nécessaire dans ces cas-là, elle hoche la tête. Elle serait prête. La poigne la relâche, le faucon en profite pour se faufiler vers la pauvre cassette qui contient ses maigres affaires. « Je n’ai besoin que de quelques minutes, pouvez-vous me laisser seule… s’il vous plait? » Aussitôt les dernières paroles prononcées, Catelyn s’en voulut de tant de politesse. L’homme devait la laisser seule, au minimum se détourner. Pendant un instant, il l’observe puis les gestes vont vite, trop vite et d’autres hommes entrent. « Maintenant. Saisissez-vous d’elle. » Ce qu’ils font, sans ménagement aucun, par réflexe elle tente de se dérober. Elle plie les jambes, se recroqueville, tente de cacher qu’elle n’est qu’en chemise. Et tandis qu’ils la font sortir, tandis que, sur la pointe des pieds, elle tente de suivre la cadence des colosses de son bourreau, elle se dit qu’ils vont la conduire dans une autre pièce. Une où une servante la chaussera et l’habillera, lui couvrira ses jambes nues. Au fur et à mesure de la procession, pourtant, ces espoirs se détruisent un à un. L’escorte emprunte les couloirs les plus populaires, rapidement les suivent une trainée de murmures. La Arryn comprend qu’elle est le joyau d’une procession mortuaire et que Robart Baratheon tente de l’immoler par l’humiliation publique. Ses demi-pointes retombent, épuisées, elle trébuche et s’écorche ses genoux graciles. Les murmures enflent, les gardes s’observent longuement et avant qu’il ne puissent la relever, elle le fait. Sa nuque est courbée, ses paupières fermées, ses lèvres hermétiquement closes. Elle se refuse de voir leurs visages, à tous. D’aucun ne méritent d’être dans ses ultimes pensées.



Ils l’ont fait attendre longtemps, droite, debout, pieds nus dans une annexe de la grande salle du trône. Malgré la chaleur extérieure, la condamnée frissonne. Aucune servante n’est venue la changer et Catelyn demeure dans sa tenue de la nuit. Ses cheveux forment une cascade de boucles dorés, si longs ils la couvrent bien plus que sa tenue de coton rigide qui cache à peine ses genoux. Elle avait essayé de trouver un moyen de se couvrir le plus possible, mais dès que les premiers nobles de la Cour s’étaient fait entendre, elle s’était muée dans une stature de marbre. Elle se les imaginait parfaitement : s’offrant un air intelligent, persuadés, probablement, qu’elle ne pourrait pas les sentir la dévisager comme un monstre de foire grotesque. Oubliant qu’aujourd’hui, elle serait un exemple. Leur exemple. « Son Excellence Robart Baratheon, Protecteur du Royaume, Main du Roi et Suzerain de l’Orage. » La foule s’enfle d’un nouveau souffle quand les bottes du Baratheon résonne. Écho maléfique à chaque basse courbette des courtisans. Il gravit les marches jusqu’au trône d’épées, sa prestance royale est désagréable au faucon qui déglutit. Bientôt, les lances des gardes résonnent. Silence !

« Aujourd’hui, les doléances devront attendre. Aujourd’hui, nous rendrons justice à notre Roi, injustement renié par un membre d’une famille autrefois des plus prestigieuses, mais dont la réputation a été ternie par les actions de l’une des leurs. Nul n’ignore dans cette pièce les actes de Catelyn Arryn, j’en suis certain, et il m’incombe désormais à moi, en tant que gardien de l’union de ce Royaume au nom de Sa Majesté Jaehaerys premier du nom, de décider du sort de cette femme. Il n’y aura pas de revanche aujourd’hui, pas plus qu’il n’y aura de clémence mal placée. Aujourd’hui, il n’y aura que la justice de la Couronne envers une traitresse. »





☾ ☾☾


« Cat… » le chevalier l’observe de ses yeux fatigués, souvent il ne savait pas comment se comporter avec sa fille. Son éducation s’avérait bien plus délicate et difficile qu’apprendre les arts de la guerre au Rougefort ou à son propre neveu. Ils n’étaient jamais avares de quelques imbécilités  ou enfantillages, mais il suffisait d’une bonne raclée pour les calmer… jusqu’à la prochaine fois. Catelyn, elle, appartenait à un monde différent — un monde qu’il n’avait jamais réellement côtoyé. Le souvenir d’Alyssa était toujours le plus douloureux en ces moments là. Elle l’avait laissé avec un joyau bien trop brut, trop précieux, pour les Portes de la Lune. Trois cent hommes en armures se tenaient ici, ce n’était pas un endroit pour ce rayon lunaire pour qui le marbre veiné de la demeure céleste n’était pas assez doux. Depuis quelques semaines, l’enfant ne cessait de répéter qu’elle était immortelle. Née pour ne jamais mourir. Des sornettes qui commençaient à épuiser la Septa qui ne savait plus comment faire comprendre à la pauvresse la simple nature d’un être humain. La petite n’écoutait que son père, le Sir en question avait été le dernier à le comprendre. Toujours, elle s’approchait de lui avec ce sourire désarmant et ses manières légères, empruntées au sang de ses ancêtres. « Cat, tu dois arrêter de dire ça. Nous en avons déjà parlé... C’est ennuyant et je n’ai pas le temps pour les inepties de petite fille. » Ses mains derrière, tordues pour se tenir bien droite, l’enfant se danse d’un pied sur l’autre. « Je ne suis pas une petite fille, je suis la vôtre. » Les sourcils broussailleux de Ser Elbert s’hausse jusqu’au plafond voûté, voilà qu’être père était bientôt plus épuisant que son exercice quotidien quotidien. « Eh bien ma fille ne doit plus dire qu’elle est immortelle. » « Mais je le suis puisque jamais je ne mourrais ! » « Suffit maintenant ! » Elle tape du pied, autoritaire et sûre d’elle-même. La Septa, dans le coin de la pièce porte ses mains sur sa bouche entrouverte. Qu’on n’aille pas croire qu’elle avait élevé cette enfant de la sorte ! Un mauvais démon c’était mis dans son corps ! « J’ai décidé que je ne ferais jamais comme Alyssa ! Jamais je ne vous quitterai, moi, toujours je resterai à vos côtés. L’Étranger ne me fait pas peur, je lui dirais de repartir et …. » Le rire tonitruant du chevalier éclate dans la pièce, sa paume se perd sans les cheveux de sa fille. Il secoue sa tignasse blonde, l’observe et sourit tendrement. Plus elle grandissait, plus elle prenait les traits de sa mère. Ce nez concave était celui des Veneur, cette cascade de cheveux était la même que celle qui l’avait fait se retourner sur sa défunte épouse quant à cette blondeur de blés… on ne l’avait pas vu depuis des générations sur le pic des Faucons ! « Ce n’est pas toi qui me quittera, mais moi. Quand je serai très vieux et que tu seras mère de fils forts et robustes. » Il s’accroupit pour être un peu plus près d’elle, « un jour, nous devons tous mourrir Cat. Personne n’est éternel — peut-être pas même ton complice l’Étranger ! » « mais je ne veux toujours être à tes côtés papa, toujours ! toujours ! » « Catelyn… écoute-moi bien, de ses doigts il immobilise son menton et le maintien vers lui, ce qui est important c’est d’utiliser le temps qui nous est donné pour faire le bien. »


☽☽☽


« Faîtes entrer Catelyn Arryn. » La petite porte de bois s’ouvre et l’accusée frissonne un peu plus. La salle du trône est immense, construite par de larges piles de pierres qui obstruent la lumière. Elle n’a rien de chaleureux, elle est simplement écrasante par sa largesse. Une brise froide s’engouffre, un courant d’air. Chez les courtisans, il n’y a aucun bruit. Ils sont tous là pourtant, dans des milliers de couleurs chatoyantes. On l’amène face à un tabouret, bien en face du trône d’épées sur lequel le Régent repose, elle ne fait aucun signe pour s’y assoir. Malgré sa fatigue et l’épuisement que lui causent ses émotions, elle n’a aucun besoin de ce siège pour affronter le couperet de sa destinée. Les gardes l’obligent, des mains sur ses épaules, à prendre place. C’est une violence supplémentaire qu’elle ne relève plus. Ses genoux se collent l’un contre l’autre. « Catelyn Arryn, vous êtes accusée d’avoir prononcé des paroles séditieuses durant le mariage royal, d’avoir tenté d’inciter votre cousin et suzerain à refuser de ployer le genou devant la Couronne, et ce faisant, de trahison envers votre souverain légitime. Vous avez déjà reconnu et confessé vos crimes en ma présence ainsi qu’en celle de votre famille et du Maître des Chuchoteurs. Désirez-vous revenir sur cette confession? » Les gardes la laissent, ils s’éloignent d’elle pour mieux l’encadrer. Comme si elle pouvait fuir, comme si elle voulait fuir ! Elle ne dévisage pas le Lord d’Accalmie, elle observe se genoux clos. Elle allait mourir, dans quelques heures. Rhaenys n’avait pas réussi à l’aider, finalement. Autrement, elle n’aurait jamais été traitée de cette manière. À ceux qui étaient graciés, on offrait la possibilité de s’habiller. Des milliers de souvenirs et de pensées réclament son attention, ils tambourinent et demandant asile. Ils veulent être sûrs de partir sur la dernière nef. Il est difficile de rester concentrer. Elle a froid. Tout ce qu’elle dirait serait retourné contre elle, contre sa famille… et contre Jon. Un piège vil, une mascarade. Alors, elle secoue la tête. Non, non elle ne voulait pas revenir sur cette confession. Une voix la supplie de parler et de dire : « je ne voulais pas que ma famille s’entretue » mais Catelyn se mord les lèvres. Tous pouvaient déjà la voir presque nue, elle ne leur ajouterait pas le plaisir de la voir se débattre avec le peu qui lui restait d’énergie. « Non, Votre Grâce. »
AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor
You're not the untold story
You're the secret weapon

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Mer 17 Oct 2018 - 0:37




La Chute du Faucon

Tout se passait comme prévu, une mise en scène parfaite, pour l’exemple parfait. En quelques minutes à peine, le mythe du Val, de son luxe et de ses manières avait été brisé à la vue de la Cour toute entière, probablement pour les années prochaines, et il n’avait suffi que d’empêcher une femme de s’apprêter pour son procès. Etaine Arryn l’avait dit elle-même, Catelyn représentait l’âme du Val, et cette âme avait été affichée pour ce qu’elle était, rien d’autre qu’une humaine comme les autres, soumise au pouvoir royal, bien loin de cette image régalienne et de ces airs hautains que la famille Arryn ne manquait jamais d’afficher. Rien que pour ça, Robb avait déjà gagné : il savait qu’il quitterait bientôt Port-Réal, laissant derrière lui l’image d’un homme qui avait tenu les rênes du Royaume d’une main de fer, qui n’avait pas laissé les anciennes familles continuer à asseoir leur pouvoir, comme le représentant d’un monde nouveau dans lequel les ascendances ne jouaient plus le même rôle. Les Baratheon étaient l’une des plus jeunes Maisons suzeraines du continent, avec les Tully, mais aux yeux du peuple, si pas de la noblesse trop rigide, ils étaient les réels gardiens de la paix du Royaume, là où les Arryn, les Stark, seraient pour des décennies vus comme ce qu’ils étaient : une gloire révolue, trop ancrée dans le passé, dont l’importance ne serait plus jamais la même.

Ce n’était pas fini pour autant, le premier coup avait été porté, il fallait s’assurer que le chaton du Val ne se relèverait pas des autres. Il avait promis qu’elle ne mourrait pas, certes, mais pour autant le Régent comptait bien la briser, faire d’elle la parfaite illustration de la traitrise à la Couronne punie par ceux qui la défendaient, donner au reste du monde un avertissement sur ce qui arriverait au prochain qui oserait se dresser contre l’ordre établi. Catelyn en serait la première illustration, sur qui le couperet tomberait avant de se relever pour prendre une nouvelle victime, Jorah Stark. Lui mourrait, mais pas avant qu’il en ait terminé avec lui et sa région. Maegor avait échoué à unir les peuples parce qu’il avait compté sur la méfiance de chacun envers l’autre pour asseoir son pouvoir, Robb s’assurerait que Jaehaerys n’ait pas le même problème. Il pourrait les unir, parce que chacun saurait que derrière la bonté latente du souverain, il y avait un homme qui n’hésiterait pas à mettre à mort quiconque cherchait à mettre en péril celui que sa famille avait mis sur le trône. Qu’un noble cherche à grapiller un peu trop de pouvoir, à troubler l’équilibre de la royauté, et l’Orage serait là pour l’arrêter, fort du souvenir de la valoise brisée et du Nord brûlé jusqu’à ses racines. Il lui faudrait des mois, des années probablement, mais bientôt, il n’y en aurait plus un à Westeros qui pourrait espérer vaincre les osts du Cerf sur un champ de bataille. Un royaume était dirigé par un mélange de force et de charisme lui avait appris Theodan, et il serait la main armée du Roi, lui laissant la liberté de construire un monde meilleur.

Assise sur un simple tabouret, Catelyn n’avait plus rien de la dame sûre de sa grandeur qui avait osé l’accuser de ses propres mots lorsqu’elle avait avoué avoir tenté de pousser son cousin à la sédition, avançant que ses mots lui avaient été dictés par les mauvais traitements des Targaryen envers leur culture. Etait-elle brisée ? Robb en doutait, il fallait bien plus pour briser un ego comme celui de la valoise, il était certain que si les choses s’arrêtaient là, il ne lui faudrait pas plus de quelques semaines pour se remettre, penser à nouveau n’être que la victime d’envahisseurs décidés à éradiquer sa famille, et recommencer sa quête pour pousser Martyn Arryn à prendre son indépendance. Non, il fallait aller jusqu’au bout, et si cela ne suffisait pas, les conséquences de son châtiment suffiraient, elles, à discréditer chacune de ses actions aux yeux de tous. Il n’y aurait plus qu’un fou pour écouter ce qu’elle avait à dire, et hormis sa propre famille personne ne s’y risquerait plus.

Contrairement à ses attitudes passées, la valoise se montrait peu loquace, que ce soit dans un but précis ou simplement parce qu’elle était intimidée de ne plus porter son armure de grandeur, Robb n’aurait su le dire, mais il s’était préparé à toutes les éventualités. Elle aurait pu se montrer plus arrogante, plus combattive, mais elle choisissait d’apparaître faible et résignée. Avec un autre à la place du Régent, elle aurait pu gagner la sympathie de la foule qui aurait compati à son sort et à son traitement, mais l’art de convaincre une foule était la deuxième spécialité du Cerf, éduqué dans ce sens depuis sa plus tendre enfance, après l’art de manier une épée. Connaître ceux à qui on s’adressait était la première chose à savoir pour remporter le soutien général, et il avait appris à connaître la Cour de Port-Réal depuis un an passé à la cotoyer. Tous, ils étaient à l’affut du scandale, tous, ils cherchaient à voir les étoiles les plus brillantes s’éteindre, et aujourd’hui il leur donnerait satisfaction, et ils le suivraient pour ce simple fait, appuyé par la peur de se voir un jour à la place de l’accusée. Car quiconque la soutenait elle s’opposait au pouvoir en place, après tout…

Il y avait une chose qui l’avait marqué dans le choix du peu de mots que Catelyn avait prononcé, cependant : votre Grâce . Avait-elle eu vent de la rébellion menée par le peuple pour le voir couronné Roi ? Cherchait-elle à sous-entendre qu’il se prenait pour le souverain en cet instant ? Il était difficile de le savoir, mais c’était un point qui se devait d’être corrigé au plus vite pour ne pas que ce genre de rumeurs vienne à se propager. Robb se pencha un peu vers l’avant depuis le trône inconfortable, un léger sourire sur les lèvres, avant de lui répondre :

« Je ne suis pas le Roi. Votre Excellence suffira. »


Il y eut quelques rires discrets et entendus, et plus de sourires encore. L’accusée était maladroite, probablement déstabilisée par l’accusation qui pesait sur elle, c’était là ce qu’on retiendrait, Robb en était persuadé. Dans sa lancée, il quitta le Trône pour se tenir debout, droit devant celle dont il détenait le sort entre ses mains, haussant le ton pour annoncer que les réelles hostilités allaient débuter :

« Vous reconnaissez donc avoir prononcé ces mots, et c’est tout à votre honneur. J’entends néanmoins prouver à cette assemblée que les accusations portées contre vous, et leurs conséquences, sont bien réelles, et pour cela nous entendrons aujourd’hui plusieurs témoignages, qui prouveront aux yeux de tous que vos mots ont été prononcés malgré la bienveillance du Roi à votre égard. Faites entrer les premiers témoins. »

Et le défilé commença alors, tel un spectacle répété de longue date. Des serviteurs, d’abord, qui venaient rendre compte du luxe dans lequel la famille Arryn, dont Catelyn, avait été reçue pour le mariage royal, des chambres vastes qui leur avaient été allouées, des avantages dont elle avait bénéficié. A chaque fois, Robb tournait les choses dans le sens qu’il voulait, mettant en avant à quel point Catelyn elle-même avait été choyée, la dépeignant à demi-mot comme une ingrate qui n’avait pas su voir les faveurs qui lui avaient été faites, pire, qui les avait prises pour acquises. Il faisait parler ces témoins de choses à laquelle les courtisans pouvaient se comparer, dont ils pourraient envier les traitements, pour qu’ils puissent d’autant plus se révolter des actions commises par la Arryn, d’autant plus qu’ils auraient voulu avoir droit aux mêmes faveurs dont elle avait pu bénéficier. Le résultat était frappant : d’abord silencieux, ceux qui assistaient au procès commencèrent bien vite à lancer quelques cris de protestations, des exclamations indignées, et il fallut réclamer le silence plus d’une fois.

Vinrent ensuite les témoignages des deux gardes royaux présents lors de l’arrestation de la jeune femme, à qui il ne fut demandé que de relater ce qu’ils avaient entendu des confessions du chaton du Val, ainsi que les conditions dans lesquelles elle et sa famille avait été reçues. Là encore, on souligna qu’à aucun moment un Arryn n’avait été maltraité ou malmené, alors que la situation aurait pu le permettre, quand eux-mêmes s’insurgeaient de prétendus mauvais traitements. Robb ne fit pas mentionner qu’une des leurs avait même appuyé les accusations, c’était une carte qu’il ne voulait pas jouer, du moins pas si ce n’était pas absolument nécessaire. Etaine semblait décidée à endosser le rôle de mouton noir de sa famille, mais il n’y avait pas besoin de l’afficher comme une traitresse à son propre sang pour autant. Il ne s’attarda pas non plus sur le parjure de Martyn, ou sur sa première allégeance plus que douteuse, quand bien même la chose fut sous entendue, et les souvenirs suffisamment vifs pour que l’on se souvienne parfaitement de ce qui avait eu lieu ce soir là. Une fois que les gardes royaux eurent terminé de dire ce qu’ils avaient à dire, Robb se leva une nouvelle fois, réclamant le silence devant une foule à nouveau indignée par ce qu’ils avaient entendu. Il n’y avait aucun doute quand au fait qu’une large majorité d’entre eux attendaient déjà d’entendre le chatiment prononcé, mais il n’en avait pas terminé, il restait le témoignage clé de Tyvaros, qui était celui qui avait rapporté les faits en premier lieu.

« Nous avons tous entendu l’ingratitude dont a fait preuve Catelyn Arryn en se comportant de façon aussi malhonnête envers son souverain, qui l’avait pourtant accueillie dans les meilleures conditions, et l’avait traitée de la manière la plus appropriée qui soit, de même nous avons entendu les témoignages d’hommes dont l’honnêteté ne saurait être remise en question sur ses propres aveux, mais il convient maintenant d’entendre celui qui a pu confondre l’accusée pour l’avoir entendu pousser son seigneur à la sécession au moment même où elle l’a fait, profitant du chaos pour semer les graines de sa discorde et de ses propres ambitions. Que Lord Tyvaros, Maître des Chuchoteurs s’avance. »

Au Serpent, Robb offrait l’opportunité de gagner plus de sympathie auprès de la Cour qu’il n’aurait jamais espéré pouvoir recevoir, et tandis que l’intéressé s’avançait, il lui lança un regard signifiant clairement que le Régent ne tolérerait aucun écart quant à l’histoire qui avait été présentée. Il n’aimait guère le seigneur de Port-Epices, mais il le croyait suffisamment sensé que pour ne pas venir détruire un édifice bâti uniquement pour pour servir la gloire de son Roi. Robb retrouva l’inconfort du Trône de Fer, invitant le Maître des Chuchoteurs à prendre la parole d’un geste, accompagnant celui-ci d’une instruction on ne pouvait plus claire :

« Lord Tyvaros, veuillez rapporter à la Cour ce que vous savez de l’affaire qui nous préoccupe ici, dans le moindre détail. »

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Jeu 18 Oct 2018 - 0:12


Le Jugement

 La chute du Faucon

 

  « Je ne suis pas le Roi. Votre Excellence suffira. » Le fier était un brin moqueur, son sourire trahissait une certaine complaisance dans son intelligente remarque. Si intelligente, si finement relevée, qu’elle fit rire et toussoter quelques nobles de l’assemblée. Paire du royaume, il pouvait bien lui donner une leçon de bienséance, aussi méprisable soit-elle, mais Catelyn voyait clair dans son jeu. Il pouvait les éblouir de sa prestance, jouer au bellâtre couronné, se pavaner dans son manteau de gloire et leur faire boire sa félicité, elle ne serait pas assez aveugle pour se laisser berner. S’il ne pouvait accepter le titre honorifique qui lui revenait, en sa qualité de Régent des Sept Couronnes et Seigneur de l’Orage, c’est qu’il y avait un malaise entre lui et le roi. Elle l’avait perçu quand Rhaenys était venue lui rendre visite, ce saint et salvateur cousin lui échappait. Et comment n’aurait-il pas pu le faire? Jaehearys n’était qu’un inconnu, un adolescent qui ne savait rien des jeux du pouvoir et de ses ficelles. S’il n’avait pas été un dragon, personne n’aurait jamais posé son regard sur lui. Tout était différent pour Robart Baratheon, n’importe qui se serait retourné sur son passage. Elle-même avait rêvé des exploits du grand Théodan, priant pour que sa famille rejoigne ses troupes. D’un léger élan de ses poignets, une inflexion aérienne, il quitte le trône. Tel un comédien qui connait son texte par cœur, il s’avance de façon à s’offrir aux spectateurs. « Vous reconnaissez donc avoir prononcé ces mots, et c’est tout à votre honneur. » Ses zygomatiques se contractent, leur chair s’écrasant entre ses dents. Honneur. Les fous ne verraient rien de son jeu méphitique, ils n’entendraient rien que leur cœur en extase pour ce cervidae providentiel. Ses dents s’écrasent un peu plus, aujourd’hui elle devait se taire. « J’entends néanmoins prouver à cette assemblée que les accusations portées contre vous, et leurs conséquences, sont bien réelles, et pour cela nous entendrons aujourd’hui plusieurs témoignages, qui prouveront aux yeux de tous que vos mots ont été prononcés malgré la bienveillance du Roi à votre égard. Faites entrer les premiers témoins. » Une porte latérale s’ouvre laissant apercevoir une file importance de miséreux témoins. Un long moment, elle dévisage tous ces hommes et femmes, incrédule. Elle s’était attendue à ce que sa sentence soit rapidement prononcée, mais Robart Baratheon avait apparemment tout un autre plan en tête. Il faut que le premier s’avance, un serviteur bien propre, et commence à s’exprimer pour qu’elle se détourne d’eux. Extrêmement droite, figée dans un silence profond et amer, elle observe les milliers d’épées qui lui font face quelques mères plus haut. Un amas affreux de lames fondues par le feu de Balérion la Terreur. Elles forment comme un arbre funèbre pour lequel arriver à la cime nécessite de gravir une vingtaine de petites marches. Parmi elles doit se trouver des pommeaux du Val, notamment celui de son aïeul. Le dernier Roi de la Montagne et du Val. 


Les témoignages des serviteurs ne sont que des picotements. Elle ne regardait pas même le grand Robart orchestrer son œuvre. Quelque part, elle le percevait danser et s’agiter. S’accordant la grâce d’un roi généreux, il clarifiait chaque témoignage. Il fallait le lui accorder, il savait où appuyer pour faire frémir, enfler, gronder ses spectateurs. Dans une autre vie, la Arryn aurait pu être jalouse de ce don qui lui faisait une concurrence déloyale… mais dans cette pièce, stoïque, résignée à son sort, il n’y avait rien qu’une vision floue. De là où elle se trouvait, le pommeau de son grand-père était impossible à retrouver. Tous étaient oxydés par la chaleur des flammes. Ses yeux perçants s’y efforçaient cependant. À force de quelques témoignages bien huilés, les lances finirent par marteler le sol et des voix autoritaires exigèrent le silence. Ces protestations, la condamnée ne les comprenait pas. Devait-on leur rappeler le nom qu’elle portait? Devait-on leur rappeler qui étaient les Arryn? Non, non, bien sûr. Ils ne le savaient que trop et ça leur faisait mal. Tout comme l’amour-propre du Régent était griffée à vif, leur jalousie envers sa famille était parlante. Dans leur loyauté aveugle, ils oubliaient seulement une chose : les Targaryen s’étaient joués d’eux, avaient abusés leur confiance et leur serment. Il était simple de rejeter la faute sur le roi défunt, après tout sa cruauté ferait les légendes des siècles à venir alors l’assassinat de Trystam Martell n’était qu’un dédommage parmi d’autres. Tout comme Etaine Arryn. Tout comme ses bâtards qui ne seraient jamais reconnus par les suprêmes Dragons. De simples dommages collatéraux. Il y en avait d’autres, Catelyn en dressait une liste depuis son enfance. Au départ, ce n’était qu’un jeu. Un jeu de différences entre les souvenirs de toutes les grandes personnes qui faisaient son quotidien et sa réalité à elle. Pourquoi certains appelaient son père, ou son oncle, « Votre Altesse » et se referaient à ses grand-parents comme « Leurs Majestés » alors que Martyn n’avait le droit à rien, ni ses cousine, ni elle-même. Plus elle grandissait et plus la liste des différences continuait à s’allonger. Quand son père parlait des dragons et des princes dragons avec admiration et une grande déférence, elle prenait note qu’elle devait faire pareil. Néanmoins, cette liste, tel un acte de mémoire, demeurait un exercice quotidien. Avec les âges, elle était devenue un héritage de traditions qu’il ne fallait pas perdre, ne pas corrompre, ne pas oublier. La fille du Prince, elle, était devenue la parfaite représente du nom qu’elle portait. L’âme incarnée de sa lignée ancestrale. Ce jour d’hui, elle allait en payer le prix le plus fort. La vie elle-même.


☾☾☾


Des milliers d’inconnus applaudissent et rugissent, le Roi lui-même s’est levé pour acclamer la victoire du chevalier. Après ces interminables heures de suspens, c’est une vague fiévreuse qui s’empare de chaque spectateur. Sur le grand terrain sablonneux, la monture princière allonge chacun de ses pas. Lentement, fière, elle fait défiler le vainqueur. Un neveu laisse un sourire émerveillé s’échapper et donne un léger coup d’épaules à sa cousine. Béate, ses yeux sont immenses et comme hypnotisés. Devant la tribune dans laquelle ils ont été conviés, c’est son père qui se tient. D’une main, il a enlevé son heaume et de l’autre il dirige sa longue lance vers le balcon aux couleurs Targaryen. La couronne sur la griffe se tient une couronne filigranée de fils d’or et pourpre aux fleurs des Hightower et des Tyrell. Riant de bonheur sous l’ovation intimidante, elle place le gain sur ses longs cheveux. Comme sa défunte mère avant elle, parmi toutes, elle vient d’être couronnée Reine d’Amour et de Beauté. Ses petites mains viennent cacher ses lèvres trop étirées tandis qu’elle observe toutes ces tribunes qui ne semblent vibrer que pour elle. Rapidement, tous les concurrents s’alignent de part et d’autre de Ser Elbert. La magnifique Mathis Florent — celui dont aucune femme ne pouvait s’empêcher de soupirer étrangement lorsqu’il passait devant elles — Geoffrey Hightower — l’héritier de la Maison ancestrale et de leur affèterie—, Oznak de Meereen, Willem Brax, Denys Osgris, Byron Reyne — le Seigneur de Castamere —, Alfyn du Rouvre, Loras Rougefort, Lucius Crakehall, Robb Baratheon — l’héritier d’Accalmie qui arrivait juste après Mathis et Alfyn dans les soupirs des spectatrices — et d’autres moins importants dont son esprit trop dissipé avait soudainement oublié les noms ! D’un même geste tous saluent la tribune principale dans laquelle les membres de la Maison Hightower s’étaient réunis dans une somptuosité étourdissante. Quelques minutes plus tard, alors que la majorité de la foule traversait les grands champs pour rejoindre leurs tentes, les deux cousins rêvaient encore de toutes ces joutes qu’ils avaient vus. À bout de souffle, ils les mimaient dans tous les sens, en sautant, en courant, en tournant, sans que Lady Rougefort ne puisse les contrôler. Elle avait beau relever sa longue robe d’apparat pour ne pas se laisser distancer par les garnements que rien n’y faisait. Ainsi si heureux  ils n’entendaient personne, si bien qu’ils percutèrent l’un des chevaliers participants. Robb Baratheon les regarda comme s’ils n’étaient pas vraiment là, Martyn, lui aussi héritier d’une région, s’obligea à gonfler le torse pour se donner un peu d’importance. Rapidement, il s’éloigna vers une blonde sulfureuse alors qu’un rire tonnait dans l’air. Le Roi s’approcha du duo infernal : « alors voici le petit Chaton du Val dont Ser Elbert parle comme si elle était déjà une grande Lady… » Apparemment, il trouvait la situation réellement amusante mais Catelyn fut mortifiée et manque de trébucher pour faire sa véhémente révérence. Il les regarda encore un instant, salua l’héritier du Val, avant de s’éloigner vers le château seigneurial. S’il n’avait cessé de sourire, la présence inquiétante du Conquérant avait suffit à calmer les deux Arryn qui ne dirent plus rien pendant tout le chemin, au grand soulagement de Dame Rougefort.


☽☽☽


Ce fut au tour des gardes de venir, ceux qui avaient assisté à son arrestation. Catelyn, muée dans son manteau glacial, ne put s’empêcher d’entendre qu’aucun ne mentionnait la présence d’Etaine. Ni de sa trahison envers les siens. La vérité avait été découpée pour en former une autre, bien semblable mais au discours complètement différent. Pourrait-elle toujours compter sur son amie après cela? Rhaenys n’allait-elle pas se mettre du même cité que la foule mécontente et taire leur entrevue? Non, ce n’était pas elle. Quand bien même… le Baratheon agissait au nom du Roi, son époux, et les doutes sévissaient. Un à un, ils s’infiltraient dans sous esprit pour dévorer ses dernières défenses. Son esprit si m’y aussi, tentant de s’échapper pour visualiser Etaine et Rhaenys. Il lui est difficile de se concentrer à nouveau sur les pommeaux des épées. La présence de ces deux noms lui est réconfortante… une sorte de soutient à cette dernière épreuve. Son corps est fatigué, mais il obtempère tant bien que mal pour trouver cette épée familiale. C’est facile, il suffit de contrôler sa respiration, la compter, la suspendre et compter à l’envers. Simple. Un jeu d’enfant. Elle croit y arriver alors que le Régent demande le silence. « Nous avons tous entendu l’ingratitude dont a fait preuve Catelyn Arryn en se comportant de façon aussi malhonnête envers son souverain, qui l’avait pourtant accueillie dans les meilleures conditions, et l’avait traitée de la manière la plus appropriée qui soit, de même nous avons entendu les témoignages d’hommes dont l’honnêteté ne saurait être remise en question sur ses propres aveux, mais il convient maintenant d’entendre celui qui a pu confondre l’accusée pour l’avoir entendu pousser son seigneur à la sécession au moment même où elle l’a fait, profitant du chaos pour semer les graines de sa discorde et de ses propres ambitions. Que Lord Tyvaros, Maître des Chuchoteurs s’avance. » Alors, tout vole en éclat et elle ferme les yeux. Elle ne voulait plus jamais voir cet homme qui était venu s’introduire dans sa chambre, l’avait observé dormir. Il l’avait violé de son regard jaune et de son haleine putride. Mécaniquement, elle se lève et fait un pas en arrière. Brutaux, les gardes royaux l’obligent à reprendre sa place. Ils s’en assurent, enfonçant leurs poings dans ses épaules. Impossible de se dérober ou de se dissimuler. Elle va devoir affronter l’injustice d’un paria — qui fera comme les autres avant lui, précieux témoins, perdre la vérité vraie en des détails sordides —. Écœurée, elle déglutit avec difficulté. Pourquoi ne pouvaient-ils dont pas  prononcer sa sentence? Les voyageurs qui écrivaient que le porte de la lune était un acte de barbarie, n’étaient jamais venus ici. Ici, le cœur sensé d’un monde civilisé. « Lord Tyvaros, veuillez rapporter à la Cour ce que vous savez de l’affaire qui nous préoccupe ici, dans le moindre détail. »  
AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor
You're not the untold story
You're the secret weapon

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Jeu 18 Oct 2018 - 7:04

La Chute du Faucon

ft.













Son entrée dans la salle du Trône ainsi convertie en tribunal éveilla de très mauvais souvenirs au Maître des Chuchoteurs. Il se revoyait assistant au jugement de ceux qui avaient soutenus Maegor, bien à l’abri dans l’assistance. Il se délectait alors de sa place privilégiée, de sa présence d’esprit d’avoir œuvré pour brouiller les cartes quant à son véritable rôle au sein du pouvoir du Cruel. Il avait alors tiré son lot de bénéfices à servir le tyran, jusqu’à ce que ce dernier ne se retourne contre lui et s’en fasse un ennemi mortel. A ce souvenir, la blessure de son dos vrilla, lui rappelant sa présence comme à chaque fois qu’il y songeait. Comment aurait-il agi si Maegor ne l’avait pas catégorisé comme ennemi ? Aurait-il trahi sa confiance – toute relative – en avertissant les rebelles de ses plans ? Aurait-il cherché à empêcher le bain de sang annoncé de la prise du Donjon-Rouge ? Il n’en savait rien et cette pensée ne le mettait pas forcément très à l’aise car il sentait bien cette incertitude qui pesait sur cette hypothèse. Maegor était un usurpateur, un tyran sanguinaire, et il avait mérité son sort : ça, oui. Hélas, il restait également un Targaryen, issu du premier sang, descendance directe et indiscutable du Conquérant lui-même. Dès lors, comment Valyron aurait-il pu souhaiter sa chute ?

Lorsqu’il avait soutenu Maegor, lui livrant Rhaenys et Jaeherys, Valyron ne l’avait pas fait dans le seul but de se préserver personnellement. Il avait vu les risques qui menaçaient le jeune héritier d’Aenys, alors tout juste enfant. La situation actuelle, avec ces grands seigneurs qui essayaient de tirer profit de la marge laissée entre le pouvoir royal et le pouvoir effectif, laissait entendre au Serpent qu’il n’avait peut-être pas vu si mal. Sans Maegor, la Conquête aurait pu être sérieusement mise à mal. Theodan aurait-il soutenu ses cousins contre le reste du continent ? Cela aurait-il suffi ? L’arrivée de Maegor et sa prise de pouvoir avaient certes été pénibles, mais sa légitimité était loin d’être contestable. En visionnant le film des événements à l’aune de ce qu’il s’était passé de manière effective, Valyron se convainquait qu’il avait bien agi : il avait sauvé la Conquête. Lorsque les grands seigneurs s’étaient levés contre le Cruel, ils s’étaient battus pour un idéal commun : le jeune prétendant, Jaehaerys. Dès lors, Valyron avait pu jubiler car tout était gagné. Le continent se battait, s’étripait mutuellement, dans le seul but de soutenir son Targaryen. La dynastie était installée, et l’empire des Targaryen durerait mille ans, au moins !

Il était évidemment bien aisé de s’attribuer le beau rôle dans le silence de son for intérieur, et dans cela Valyron excellait. La réalité était bien moins resplendissante et de nombreux écueils parsemaient sa carrière d’intrigant. Le pire avait été ce moment où l’on avait prononcé son nom comme étant le prochain à être jugé. Les gardes étaient venus le chercher et l’avaient mis devant ses juges infernaux. Il s’était senti profondément trahi, il en aurait hurlé de voir ainsi ses maîtres bien-aimés se retourner contre lui encore. Sa vie avait été épargnée, mais il avait été chassé, devant quitter au plus vite le continent. Sans Elinor, sans cette lutte interne entre Daenys et Rhaenys, il aurait dû rentrer comme un chien à Mantarys, bafoué, sans le sou et humilié pour trente générations. Toutefois aujourd’hui venait sa revanche, il était appelé à témoigner pour renforcer la mainmise du pouvoir royal sur le continent. Le blanc Faucon des Eryés avait volé trop près du soleil, voulant monter plus haut que sa place naturelle. Catelyn Arryn s’y était brûlée les ailes et devait désormais s’en repentir. Elle avait délibérément cherché à saper l’autorité du Roi à son couronnement. Si elle avait réussi, les conséquences auraient été terribles. Heureusement, Martyn Arryn ne s’était pas laissé abuser, et malgré une prestation d’allégeance somme toute discutable, il était entré dans le rang comme les autres.

A la différence de ce qu’on aurait pu croire, fragiliser le Val n’était pas l’objectif de Valyron. Au fil des années, il avait appris à distinguer la frontière souvent mince entre remettre un vassal à sa place et l’humilier. Dans le second cas, on pouvait s’en faire un ennemi terrible pour des années. Le Val était fier par son peuple, son Histoire et sa maison suzeraine. Trop bafouer leur honneur et leur arrogance était risqué. C’était pour cela qu’il s’était entretenu avec le Chaton du Val dès sa mise sous clé. Il voyait dans chacune des régions suzeraines un pilier de la continuité de l’œuvre du Conquérant. Chaque fois qu’une région chutait, perdait sa stabilité ou se proclamait hostile à la Couronne, l’œuvre vacillait. Et en ces jours de grands périls, il avait espéré pouvoir trouver en Catelyn Arryn une aide bienheureuse à sauvegarder la stabilité du royaume. C’était tout à fait paradoxal, et il avait été rudement déçu du peu qu’il avait gagné de cet entretien. Il n’avait donc pas cherché à s’opposer à quoi que ce soit et avait accepté de témoigner. Il avait promis à la jeune femme d’intercéder en sa faveur, mais bien que son honnêteté lui faisait honneur, elle montrait ainsi sa limite d’utilité. Face à cela, Valyron espérait sincèrement que la suite des événements n’aliènerait pas le Val à la Couronne pour de bon. Aucun autre Arryn que la fière Etaine n’était présent. Pas plus que d’autres personnalités valoises. L’accusée était tristement seule. Le choc devait être dur à encaisser pour celle qui avaient jadis traité l’entièreté du monde comme inférieur à son sang. Lorsque ce fut à son tour, Valyron s’avança donc vers le Trône sur son piédestal pour faire sa part. Le regard que lui lançait le Protecteur était sans équivoque mais le Serpent le soutint sans ciller, l’animosité entre les deux hommes étant manifeste pour qui avait une bonne connaissance des cercles de pouvoir de Port-Réal. Pour cette fois, ils avaient des intérêts complètement alignés, aussi ne risquaient-ils rien.

« Lord Tyvaros, veuillez rapporter à la Cour ce que vous savez de l’affaire qui nous préoccupe ici, dans le moindre détail. »

Se tournant vers la jeune femme installée à la place des accusés, Valyron prêta attention à l’image qu’elle renvoyait. Dans une simple tenue de nuit, les cheveux détachés retombant en cascade sur ses épaules, pieds nus, la jeune femme ressemblait davantage à une martyre qu’à une coupable. Et si tout le monde savait quel avait été son rôle, le petit peuple aurait tôt fait de déformer la réalité des choses. Comment avait-on pu laisser passer pareille erreur ? Le Serpent réprima une moue dépitée, anticipant tout ce qui risquait de suivre et se contenta de tabler sur le fait que l’humiliation subie par celle qui était le Val risquait fort de faire germer quelques problèmes supplémentaires. Il faudrait qu’il s’occupe de cela plus tard, pour temporiser : un courrier aux Eryés ferait l’affaire dès qu’il aurait vu avec les principaux concernés.

Qu’il contrastait avec Catelyn Arryn ! Alors qu’elle était d’une simplicité affligeante, lui portait de beaux atours de cour, redingote de velours gris et violet, foulard sombre, bas de soie et souliers vernis. Lui était au faîte de son influence, elle au fond du trou. Il lui jeta un regard presque compatissant, il savait ce que cela faisait. Mais il n’en fit pas moins son devoir.

« Certainement, votre Excellence. Tout ce que j’ai vu et entendu s’est passé à peu près au même moment que durant les événements qui ont frappé les prestations d’allégeance durant les festivités du mariage et couronnement de Sa Majesté. »

Un peu de contexte ne ferait pas de mal.

« J’ai remarqué que les Arryn profitaient de la cohue pour se rassembler. Je me suis donc rapproché d’eux pour entendre Catelyn Arryn ici présente pousser son frère à la trahison. Elle lui demandait de ne pas prêter allégeance, de ne pas faire ce serment. J’ai distinctement entendu « Ployer, c’est mourir ». Fort heureusement, Martyn Arryn s’est montré un loyal serviteur de la Couronne en refusant cette incitation à trahir. »

Il estimait ainsi faire une faveur au Faucon, et il espérait que le suzerain s’en rendrait compte car les mots qu’il avaient alors utilisés étaient tout autres. Il lui avait dit ne pas pouvoir, ce qui était grandement différent. L’aurait-il fait, s’il en avait eu la possibilité ? Valyron tablait sur le fait que Martyn Arryn écouterait ainsi ce qu’il lui aurait à lui dire dans l’avenir.

« Toutefois, il est évident que cette trahison a été confessée par Dame Catelyn dès que celle-ci a compris qu’elle avait été entendue. Votre Excellence se souvient sans doute de cette confession puisque vous étiez présent à cet instant. Le réquisitoire qui en a suivi était d’une forte tendance à appeler la trahison, je me souviens également que l’accusée n’a jamais nié quoi que ce soit, ni cherché à se soustraire à son jugement. Elle a dit se remettre à la justice du Roi, consciente de ses « crimes », puisque c’est le terme qu’elle a employé. »

Il avait fait plus qu’il n’aurait pu faire, mais il se dit qu’il était temps de marquer le coup : essayer d’éviter un cataclysme politique avec la mort de Catelyn Arryn tout en servant les intérêts de Robart et Jaehaerys.

« A mon humble avis, Catelyn Arryn se rendait parfaitement compte de sa trahison, mais le manque d’air des altitudes valoises a dû obscurcir sa jugeotte. »

L’assemblée, ravie de pouvoir assister à ce genre de sortie, manifesta plus ou moins bruyamment son plaisir d’être là et salua le trait d'esprit. Quelques rires et applaudissement fusèrent, tandis qu’une majorité souriait de bon cœur. L’Arryn avait peut-être bien le cerveau atrophié par les montagnes de sa région. Valyron adressa un ultime regard à la jeune femme, lourd de sens : si vous m'aviez aidé, j'aurais pu faire plus. Puis, il salua le Protecteur juge et s’en retourna avec une apparente déférence vers l’assemblée pour assister à la suite du procès.


• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Jeu 18 Oct 2018 - 22:15




La Chute du Faucon

Sans accroc aucun, le procès se déroulait de la meilleure des manières. Comme à chaque fois qu’il fallait convaincre une foule, il fallait les convaincre d’une histoire plutôt que de simplement présenter les faits, toujours sujets à des interprétations différentes. S’il s’était contenté de présenter les actions de Catelyn, il y avait fort à parier que certains auraient pu croire à un moment d’égarement, à des humeurs toutes féminines causées par le choc des événements du mariage royal, à un caprice d’enfant gâtée qui malheureusement avait été entendu par les mauvaises personnes. Beaucoup auraient reconnu la trahison oui, mais ils lui auraient trouvé des excuses, et le châtiment de la valoise aurait pu paraître trop fort, inadapté à une dame qui, au fond, n’avait perdu le contrôle d’elle-même que quelques instants. Au lieu de cela, Robb avait présenté les choses sous un bon angle, ne laissant aucun doute sur des intentions malveillantes, sur une réelle envie de nuire et de briser l’équilibre fourni par les Targaryen. Une fois de plus, une Arryn cherchait à s’élever plus haut que ce qu’elle ne devrait, et cela, aucun de ceux qui n’avaient pas le luxe de s’imaginer de telles choses ne pouvaient l’accepter. A chaque mots prononcés, à chaque nouvelle affirmation, à chaque doigt pointé vers la blonde par un témoin, la foule se rendait un peu plus à l vision des choses du Régent : sans aucun doute possible, Catelyn Arryn devait être châtiée, il fallait donner une leçon aux Arryn qu’ils n’oublieraient plus jamais.

Puis vint le tour du Serpent, qui remplit son rôle à merveille, servant les intérêts de la Couronne d’une manière adaptée pour une fois. S’il n’avait pas prononcé ces mots durant le Conseil Restreint,  Robb aurait presque pu admirer la manière dont il chargeait Catelyn sans entâcher le reste de la famille, un rôle qui n’aurait pas convenu à un serviteur royal. Même si dans les faits, Martyn s’était parjuré, même s’il avait caché les crimes de sa cousine, ce n’était pas son procès aujourd’hui, et il n’était pas encore temps de le faire tomber. Peut-être restait-il une chance pour le Faucon de s’amender, mais seul l’avenir le dirait. Après tout, il avait accepté de livrer Freyja, et Edric était en route pour la récupérer. Après tout, il était parti au Nord, et même si maintenant ses efforts diplomatiques étaient peine perdue, il servait la Couronne, à contrecoeur ou non. Il prenait la place qui lui revenait, et cherchait à s’amender, ce que Catelyn n’avait pas su faire. Et si Martyn se révélait porteur du même sang vicié par la trahison, resterait Etaine. Robb était certain qu’elle pourrait remplacer son frère si elle obtenait les bons soutiens, et quel meilleur appui que la meilleure armée de Westeros ? L’intervention du maître des Chuchoteurs, néanmoins, laissait entendre que l’accusée n’avait probablement pas toute sa tête. Un détail mineur, un accroc dans la tapisserie de sa malveillance, néanmoins cela la tournait en ridicule, et Robb pourrait s’en servir. Il n’avait pas prévu de la mettre à mort, après tout, néanmoins… Même à une idiote, il fallait quelque chose pour lui rappeler de bien se conduire.

Catelyn, elle, resta silencieuse tout du long, semblant tantôt être dans un autre monde, tantôt réprimer son envie de contredire ce qui se disait. C’était probablement la meilleure chose à faire pour elle, avec une foule de plus en plus hostile à sa personne, il aurait été simple de retourner chacun de ses arguments contre elle, encore plus de la présenter comme faisant preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve. Son attitude dénaturait avec la grandiloquence de ses précédentes rencontres avec le Cerf, avec tout ce qu’elle avait dit représenter. Mais elle avait également son rôle à jouer, un rôle imposé, auquel elle ne pourrait que se plier peu importait comment elle réagirait. Après tout, le tableau n’aurait pas été complet si l’accusée n’avait pas pris la parole, d’une manière ou d’une autre… Le seul spectacle qu’elle avait offert jusqu’à présent était sa ridicule tntativede se soustraire au regard de Tyvaros, qui n’avait pas manqué d’arracher un sourire à Robb, qu’il avait dissimulé derrière une main tandis que les gardes la rasseyaient fermement sur son tabouret, et ce n’était largement pas suffisant. Non, il fallait lui donner l’occasion de s’exprimer, lui laisser la parole une dernière fois avant que sa sentence ne soit prononcée et que plus jamais quelqu’un d’importance n’écoute ce qu’elle avait à dire. Alors seulement, justice serait faite, et le Cerf aurait montré une fois pour toute aux Arryn qu’on ne pouvait se permettre de prendre qui que ce soit de haut quand on avait été les perdants de toute une guerre. A nouveau, il quitta son siège, reprenant la parole avec sa force habituelle dans le ton de sa voix :

« Merci, Lord Tyvaros. Tous ces témoignages nous prouvent sans le moindre doute que Catelyn Arryn a agi en toute lucidité, et ce malgré la bienveillance de notre Roi à l’égard d’elle-même et de sa famille. Il n’est pas pire traitre que celui qui profite d’un homme avant de lui planter une dague dans le dos, et aujourd’hui, ne nous trompons pas, c’est à ce genre de  trahison que nous avons affaire ! Une femme qui profite du malheur et du chaos pour instiller son venin, parfaitement au courant des conséquences de ses actes, puisqu’elle les a par la suite reconnus, pire, appuyés… Un tel crime ne souffre d’aucune excuse, d’aucune circonstance atténuante. A l’aube d’une nouvelle ère, alors qu’un nouveau Roi règne sur nous tous, il convient d’en faire un exemple frappant, pour que plus personne ne tente de détruire notre monde par sa perfidie et pour ses propres ambitions ! »

Sa phrase fut suivie d’une série de cris, apothéose de toute la mise en scène : on réclamait la tête de l’accusée pour la gloire du Roi, on voulait la voir saigner pour son crime, la condamner à l’opprobre et puis seulement à l’oubli. Pour eux, Catelyn ne devait être qu’une note de bas de page, l’objet d’une souffrance qui serait un plaisir coupable pour ceux qui y assisteraient, avant de la reléguer à ce qu’elle représentait pour eux : rien. Mais Robb avait autre chose en tête. Il fallut de bonnes minutes avant que les gardes ne parviennent à rétablir le silence, et Robb parla d’une voix plus calme, presque basse en comparaison de ses précédentes interventions :

« Nous n’avons pas encore entendu l’accusée, ne précipitons pas son châtiment, toute personne a le droit de se défendre, nous ne sommes plus sous le règne du Cruel. Catelyn Arryn, avez-vous quelque chose à ajouter ? Vous repentez-vous de vos crimes ? Si vous voulez implorer le pardon du Roi, vous avez la possibilité de le faire, maintenant. »


made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Ven 19 Oct 2018 - 12:22


Le Jugement

 La chute du Faucon

 

  Éventuellement, à un moment précis de la démonstration du Maitre des Chuchoteurs, Catelyn rouvrit ses yeux céruléens. Dans l’obscurité ténébreuse des lieux, ils étaient clairs et étrangement scintillants. Soudainement, elle ne sentait plus les poings des gardes royaux dans ses clavicules. De tous ces témoignages, elle n’aurait jamais cru que celui du Sieur de Tyvaros aurait été le plus doux. Sa parole ne profitait pas son intérêt personnel, mais bien celui du pouvoir Targaryen — ce qui finalement était, peut-être, la même, mais il le faisait d’une manière bien différente du Régent. Sur l’autel de son châtiment, elle se surprit à sourire. Ses lèvres étaient closes, mais personne n’aurait pu louper cette vie soudaine qui s’emparait de son visage. Elle même n’en possédait pas la clef, il était juste apparut. Contre toutes attentes, elle n’était pas si différente que lui. Évidemment, des âges, mondes, codes millénaires et génomes les séparaient rendant leur cohabitation impossible. Indéniablement, ils ne pouvaient se comprendre. Quant elle était la prêtresse des âges perdus, il était le défenseur du soleil levant. Tournés vers des augures opposés, les illustrations exemplaires de l’impossibilité du statu quo de ce monde en l’état. Une bataille de l’ineffable entre deux êtres pour qui les cieux n’étaient pas assez grands. Il ne le savait probablement pas, mais le témoin aurait agit de la même manière dans la situation inverse. Où il avait damné son âme pour s’assurer de la sauvegarde des Dragons, elle avait fait de la sienne une bataille de chaque instant. Comment en était-elle arrivée à être assise sur ce tabouret n’avait plus d’importance, elle-même n’était pas sûre de pouvoir l’expliquer. À qui la faute?



« À mon humble avis, Catelyn Arryn se rendait parfaitement compte de sa trahison, mais le manque d’air des altitudes valoises a dû obscurcir sa jugeotte. »



Les rires fusent, les applaudissements résonnent. Aujourd’hui, elle aurait pu être n’importe qui : les badauds ne voulaient qu’une charogne de laquelle se repaitre. Ils avaient faim, les cadavres de la guerre de leur avait pas suffit. Habitués aux largesses de la Cour et de Port-Réal, ils s’étaient engraissés comme des porcs sans cervelles. Êtres égocentriques, riches de leur petite arrogance, neuf de lettres patentes trop bien lisibles : ils s’enorgueillissaient de leur position privilégiée. Assister à l’humiliation semi-publique d’une petite-fille de Roi, revenait pour eux à anéantir une lignée de six mille ans. La majorité de ces anciens Valyriens en rendraient un culte au Régent. Ils ne pouvaient supporter qu’un sang soit plus pur que le leur, plus parfait et véritable qu’aucun autre. Ces envahisseurs se voulaient êtres absolus quand, pour la plupart n’était que de la racaille. Suffisait d’entendre leur engouement merveilleux pour chaque phrase, mot ou sous-entendu mauvais. La plupart oubliait qu’ils avaient combattus aux côtés de son père, ses cousins et son époux ! Si elle n’avait pas été sur les champs de bataille pour les voir, elle avait été présente au Jugement des Sept ! Elles s’était assise à leurs côtés pendant que les siens combattaient pour leur prince, leur roi ! Présents ici, ils n’avaient aucun scrupule. Aucune honte. Pour leur donner une leçon, elle allait payer de sa vie. Qui était présent? C’étaient-ils seulement regardés, dévisagés? Elle n’était pas en place publique, pas dans les rues de la cité, mais bien dans le palais. Combien d’entre-eux avaient trahi leur Jaeherys? Combien d’entre-eux pourraient recommencer? Qu’ils piaillent, qu’ils quémandent sa peau, sa chair et même son cœur : ils ne feraient d’elle qu’une martyre ! 

Le regard jaune et violacé du serpent se pose dans le sien. Si fugace que personne ne semble l’apercevoir ou le notifier. À nouveau, on réclame le silence. Un peu plus fort que la dernière fois. D’aucun n’écoute, ils ont faim ! Avant de s’éloigner pour intimer le retour à l’ordre, les chiens royaux enfoncent leurs coudes armurés une dernière fois dans ses épaules. Pendant ce temps, lui la regarde toujours, un ultime défi pour sa vie qui ne vaut déjà plus bien cher. Les choses auraient pu être différentes… Or, le Chuchoteur n’avait pas compris. Jamais elle n’aurait pu accepter sa sordide proposition. Pour la sauver, il lui avait demandé la permission de la violer et elle avait dit non. Elle préférait encore servir de pâture à ce sauvage de Baratheon que de trahir les siens. Sa vie ne lui avait jamais appartenue, elle était prête à la rendre. Bien sûr Catelyn avait rêvé d’une existence bien différente… ô combien différente ! Il pouvait bien tenter de la faire passer pour folle, une femme de petite jugeotte, la bafouer et la priver de sa véritable nature : cela ne pouvait plus l’atteindre. Il était bien plus coupable qu’elle ne pourrait jamais l’être.



« Merci, Lord Tyvaros. Tous ces témoignages nous prouvent sans le moindre doute que Catelyn Arryn a agi en toute lucidité, et ce malgré la bienveillance de notre Roi à l’égard d’elle-même et de sa famille. Il n’est pas pire traitre que celui qui profite d’un homme avant de lui planter une dague dans le dos, et aujourd’hui, ne nous trompons pas, c’est à ce genre de trahison que nous avons affaire ! Une femme qui profite du malheur et du chaos pour instiller son venin, parfaitement au courant des conséquences de ses actes, puisqu’elle les a par la suite reconnus, pire, appuyés… Un tel crime ne souffre d’aucune excuse, d’aucune circonstance atténuante. A l’aube d’une nouvelle ère, alors qu’un nouveau Roi règne sur nous tous, il convient d’en faire un exemple frappant, pour que plus personne ne tente de détruire notre monde par sa perfidie et pour ses propres ambitions ! »



Il n’est pas pire traitre que celui qui profite d’un homme avant de lui planter une dague dans le dos. Pourrait-il être quelqu’un d’assez clairvoyant pour dissimuler ces ignominies à son fils? Jace le ferait, mais après lui? Qui aurait-il si son époux devait disparaître prématurément? Elbert ne survivrait pas à son exécution. Pourrait-elle apparaître à Jon en songe — comme ses ancêtres l’avaient parfois fait pour elle? Son sourire disparaît et son cœur se durcit. Les pires damnations lui viennent en tête pour maudire l’homme qui lui fait face. Elle n’était pas une traitre et elle avait encore moins planté une dague dans le dos de Jaeherys ! Au contraire, elle avait agit de la sorte parce qu’aucun serment d’allégeance n’aurait pu être vrai dans ces conditions. Aucun Roi, aussi grand soit-il, ne pouvait commander à l’un de ses sujets de tuer son propre frère pour lui. Aucun homme exigeant ce prix ne valait qu’on se batte pour lui. Aux Dieux, elle reconnaissait qu’elle avait eu des ambitions, de grandes ambitions. Parfois à Roslinn, souvent à Roslinn, elle avait voulu du mal, mais jamais elle n’aurait fait quoique ce soit pour atteindre à sa vie… Dans l’assistance un homme réclame sa tête, un silence s’ensuit avant que d’autres n’insistent à nouveau. La tête de la putain Arryn ! La tête de la putain Arryn ! La tête de la putain Arryn ! Pervers, ils exigeaient le prix le plus fort pour qu’aucun des leur n’ait plus à le rétribuer. Et ils avaient raison de se protéger, quand bien même leurs exigences étaient basses et serviles, le courroux orageux ne faisait que commencer. Un jour, ou un autre, ils paieraient pour leurs propres actes. La menace était sûr leur tête comme une tempête foudroyante de la Baie des Naufrageurs, inquiétante, impossible et meurtrière. 


« Nous n’avons pas encore entendu l’accusée, ne précipitons pas son châtiment, toute personne a le droit de se défendre, nous ne sommes plus sous le règne du Cruel. Catelyn Arryn, avez-vous quelque chose à ajouter? Vous repentez-vous de vos crimes? Si vous voulez implorer le pardon du Roi, vous avez la possibilité de le faire, maintenant. »



« Puis-je me lever, Votre Excellence? »



Cela lui fut accordé d’un geste et d’un sourire carnassier. Qu’elle se lève donc, après tout que tous puisse mieux l’observer dans sa tenue de mécréante ! Calmement, elle remercie le Régent. Quelques longs instants, cependant, elle ne bouge pas. Ses jambes se refusent à la porter devant l’assemblée. Elles se refusent à ce que tous la voient dans cette quasi-nudité. Derrière elle, encore, quelques rires moqueurs fusent. La putain ne pouvait pas même leur faire face ! Il faut cette énième lance empoisonnée pour que, sans s’en rendre compte, elle soit debout. Dans une grande inspiration, elle se retourne face à eux. Ils sont tous là, fanfaronnant dans les plus belles tenues de parades. Des bijoux jusqu’aux dents, prêts à avaler n’importe quoi — leur honneur en premier. Malgré son cœur qui tambourine, Catelyn conserve une posture bien plus majestueuse qu’eux tous. Tyvaros l’avait dit, ils l’avaient tous approuvés : les altitudes valoises étaient exceptionnellement hautes. Trop haute pour le commun des mortels. Autour d’elle, ses cheveux tombent comme un manteau solaire. Trop calme, trop silencieuse, le regard perçant elle les observe un à un. Chaque visage gravé en sa mémoire. Si elle survivait à ce jour, eux ne le feraient pas aux ténèbres qui s’abattraient sur eux. Celtigar. Gaunt. Langward. Massey. Velaryon. Farring. Elle les connaissait tous et certains— comme brûlés par la glace bleutée de son regard — baissèrent leurs yeux. Pour tous, elle eût un mouvement de tête neutre. Autrefois, jouvencelle honorée, certains de ces hommes l’avaient courtisé. Sur les airs les plus connus de leur temps, ils avaient partagé des sourires et des danses. Que le temps pouvait être assassin et qu’ils avaient le devoir d’être honteux et gênés ! Afin de trouver le regard d’Etaine ou Rhaenys, son esprit tenta à nouveau de la déconcentrer et il lui fut difficile de se l’interdire. Ces visages n’apparaîtraient jamais dans ces dernières images… pas même la Colombe. Quelques aient été ses raisons pour agir de la sorte, les trahir de la plus horrible des manières, elle lui pardonnait. Elle seule devait porter le fardeau de son acte. Jace n’était pas visible, il devait être reparti avec Martyn et Roslinn. Ce fut son plus grand regret et sa plus grande joie à la fois.



☾☾☾



« Grand-père, comment peut-on toujours être ‘‘aussi Haut qu’Honneur’’? » Elle n'était pas certaine qu’elle puisse toujours l'être, mais elle se gardait bien de le lui dire. Entre ses doigts tombent quelques fleurs d'ancolie et de bleuet. Depuis des années, la fille du Ser venait en déposer dans la crypte de ses ancêtres. C’était devenu le rituel pour quitter les Eyrié, avant la longue et dangereuse descente des altitudes célestes. Évidemment, les pierres tombales ne répondaient jamais à Catelyn Arryn. La plupart étaient morts depuis trop de siècles pour se souvenir de leurs noms et ses aïeux, les derniers Rois de la Montagne et du Val, s’étaient murés dans le silence de leurs regrets. Face aux Dragons venus du Ciel, le chagrin de leur âme n’avait pas été assez fort pour survivre. Ils s’étaient éteints de ce monde pour réapparaître dans la voute céleste. Sur la voute du lieu de mémoire, au pinceau d’argent, avaient été ajoutés deux astres glorieux et magnifiés. « Il ne te répondra pas… » Désabusée par l’esprit cartésien du Rougefort, l’écuyer que son père voyait comme le fils qu’il n’avait jamais eu, le Chaton du Val lève ses pupilles au ciel et soupire avec condescendance. Bien sûr qu’ils ne répondraient pas, ils étaient morts ! « Jace, je vais devoir vous supporter à mes côtés pendant tout le voyage… ne peux-tu me laisser quelque répit? » Cet imbécile heureux, s’avance et ses côtés. Pendant un temps, il observe la statue de marbre bleu puis arrange les fleurs offertes et sourit. Alors Catelyn soupire à nouveau, il fallait toujours qu’il trouve un moyen de venir l’ennuyer et l’aider en même temps ! Quand ils étaient tous les trois, avec Martyn, aux Portes de la Lune, tout cela était bien plus facile à supporter. Ils formaient comme un fratrie et elle, la seule présence féminine, pouvait les diriger du bout du nez. C’était bien différent quand le fils aîné de Lord Loras était à ses côtés. Débonnaire, il avait un côté froid et et sûr de lui. Il était plus âgé aussi, parfois, elle était persuadée qu’il en jouait pour essayer de l’intimider. « Alors, réponds. » « Répondre? » « Puisque tu sais mieux que tout le monde : Ser Rougefort comment demeure-t-on, pour toujours, ‘‘aussi Haut qu’Honneur’’? » Il observe à nouveau l’ancien Roi, met ses bras derrière son dos et murmure : « je ne suis pas sûr que ce soit possible… Ne me regarde pas comme ça, je suis en train d’apprendre ! » Cat hausse les épaules, cette réponse n’était pas du tout ce qu’elle avait espéré, fait une révérence à son grand-père et se dirige vers la sortie. Quelques instants plus tard, les pas rapides de Jace raisonnent. Sa main la rattrape et l’attire à lui. « C’est en toi, en vous tous… une aura enchantée qui émane de vos corps. Je n’ai pas cette chance, ni cet héritage Cat. Chaque jour, chaque heure, je dois me remémorer ce que doit être la vérité de mes actions. Respecter et défendre les faibles. Ne jamais mentir et agir selon mon devoir. La bravoure de mon esprit et la bonté de mon cœur ; le Droit et le Bien contre l’Injustice et le Mal. Partout et toujours… même si cela doit un jour m’en couter la vie. »


☽☽☽




Pieds nus, telle une repentante des Sept, elle s’avance vers les charognards sans vergogne. Imperceptiblement, puis lentement, elle ouvre ses mains en orante. Ainsi, entre ses bras ouverts, elle accueille toute leur haine et tous leurs mensonges. Puisqu’il le fallait, elle les prendrait avec elle dans sa tombe. S’il leur fallait une martyre pour les abjurer, et puisqu’ils voulaient tant sa tête, elle la deviendrait. Que personne ne s’y méprenne cependant, la paix serait de courte durée, quelques mois, quelques années tout au plus. Un jour, les anciennes royautés et Maisons s’uniraient à nouveau. Rhaenys avait entre ses mains toutes les réponses pour que cela n’arrive jamais, mais l’égo de ces hommes l’empêcheraient peut-être de tout mettre en œuvre. Ceux-là même qu’elle avait secouru de son courage et de sa bravoure, défiant toutes les lois des Sept, l’avaient enchaîné dans l'ombre des murs. 


« Miséricordieuse, ma sœur a déjà recueilli mes dernières paroles…  Je prie les Sept d’abjurer nôtre hybris et de pardonner nos erreurs. Si ma tête doit tomber, ma dernière volonté est que mon corps repose auprès de ma défunte mère, Alyssa Veneur. Les Dieux savent que je n'ai pas eu le temps de la connaître pendant cette vie. »



Désormais, ils chuchotaient. Avaient-ils vraiment cru qu’un Valois implorerait le pardon, reviendrait sur ses paroles et sur ses actes? Chaque jour, chaque heure, je dois me remémorer ce que doit être la vérité de mes actions. C’est sur cette calme mélodie qu’elle glissa sa jambe pour faire une ultime et parfaite révérence. Elle était éthérée, lente et tout aussi combustible qu’un crépuscule hivernal. Un pas de grâce, une dernière danse qui déclenche un malaise chez ses pairs. Doucement, une enfant rit et l’imite. La mère de sa main la rattrape et la colle contre sa hanche. Le Faucon les observe, avec une certaine pitié dans les iris… puis, ne se relevant pas, elle glisse au sol. Sa main gauche, gracile et tremblante, rassemble sa chevelure sur le côté gauche. Brasillent des milliers de rayons lunaires quand sa nuque de porcelaine se courbe. Toujours, un Arryn, un Rougefort, honorait son serment et elle comptait bien honorer le sien.
AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor
You're not the untold story
You're the secret weapon

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Ven 19 Oct 2018 - 19:25




La Chute du Faucon

Catelyn demande à se lever, et d’un geste Robb l’autorise à le faire, sachant pertinemment que la partie était gagnée. Qu’elle s’amende ou non, qu’elle reprenne son attitude régalienne usurpée ou qu’au contraire elle se complaise dans la misère, c’en était terminé. Les jeux étaient faits, et son destin scellé depuis le moment où tous avaient réclamé sa tête. Bientôt, il n’y aurait plus rien d’autre de l’âme du Val qu’une petite chose brisée, un souvenir tellement lointain d’une grandeur onirique qui, au fond, n’avait jamais été autre chose qu’une illusion, un fantasme auquel les Arryn s’attachaient pour mieux cacher leurs erreurs et leurs échecs. Ceux-là, en revanche, resteraient bien réels, et même eux n’auraient plus qu’à les affronter, à rentrer dans le rang, ou bien périr dans des illusions que plus personne ne croirait jamais. Le couronnement de Jaehaerys aurait du marquer le début d’un jour nouveau, de lendemains chantants, mais il n’avait été que chaos et malheurs. Il n’y aurait plus de début possible, personne n’aurait cru à autre chose qu’à de l’hypocrisie, mais il y aurait une fin, la fin de l’ère des anciennes familles et de leur orgueil, la fin des faux-semblants, la fin de l’ambition démesurée de ceux qui pensaient que leur ascendance leur accordait tous les droits, même celui de se croire les égaux des vainqueurs quand ils avaient tout perdu, et la valoise incarnerait ce choix. Ce n’était pas la victoire utopique à laquelle Robb avait cru, à laquelle il ne croirait plus jamais, mais ce serait la victoire pragmatique que son père lui avait appris à apprécier à sa juste valeur, et pour cela, il sourit, du sourire du guerrier, du chef de guerre qui avait vaincu son ennemi pour la dernière fois, et qui obtenait la victoire finale.

Il faut quelques secondes à la condamnée pour se lever enfin, marchant tel un fantôme vers ceux qui , elle devait en être persuadée, seraient la voix sinon le couperet qui lui prendraient sa tête, illustration parfaite d’une démocratie qui n’en serait jamais une. Ils pouvaient bien avoir l’illusion qu’ils avaient une quelconque importance dans la prise de décision, que leurs clameurs influençaient l’homme assis sur le Trône de Fer, mais ils n’étaient que les témoins d’un avertissement qui les concernaient autant que ceux de n’importe quel château ou forteresse du Royaume et au-delà. Catelyn Arryn allait être châtiée, oui, mais de la manière qu’il avait décidé, elle subirait sa punition pour que tous puissent y assister, et comprendre qu’il n’aurait aucun remord à infliger la même chose à quiconque se dresserait contre la seule véritable allégeance. N’importe quel autre aurait pu être à la place de la blonde, le résultat aurait été le même, si ce n’était qu’elle lui offrait l’opportunité de faire de sa décision un message que nul ne pourrait ignorer, un témoignage dont personne ne pourrait jamais se défaire. Car si la majestueuse petite princesse du Val pouvait être dégradée comme elle le serait bientôt, qui était à l’abri ?

Enfin, elle prend la parole, les bras levés comme un prêtre offrant une oraison funèbre à un mort glorieux, mais il n’y a nul regret dans ses paroles, pas même dans le ton qu’elle emploie. Envers et contre tout, Catelyn continuait sur la voie qu’elle croyait toute tracée pour elle, ne reniant aucun de ses mots, n’abjurant aucune des accusations qu’elle avait pu porter. Un instant, extrêmement court mais suffisant pour exister, Robb se prend même à admirer cette femme qui est prête à mourir humiliée et entourée d’ennemis plutôt que de renoncer à ses certitudes. Ses idées étaient fausses, sacrilèges, mais elle tenait bon. Etait-ce là ce que Theodan avait ressenti au moment de périr sous les crocs de Balerion ? Avait-il cru jusqu’au bout que son combat était le bon, avait-il regretté quand il avait senti la mort le prendre de s’être soulevé pour mettre un Roi légitime sur le Trône et assurer la grandeur de sa famille ? Robb lui-même aurait-il la même force quand il serait temps pour lui de donner sa vie pour ce en quoi il croyait ? S’il n’avait pas eu ses propres certitudes, s’il n’était pas autant persuadé qu’une femme comme le chaton du Val pourrait un jour être la fin d’un Westeros unifié, peut-être même l’aurait-il laissé partir intacte, par respect pour cette force dont elle faisait preuve même quand il n’y avait plus rien à espérer qu’une mort rapide.  Elle était une grande dame, une force d’âme incroyable, mais elle était du mauvais coté de l’échiquier, et pour cela Robb devait la broyer, et l’écarter à jamais, c’était là son devoir sacré, pour préserver l’héritage de son père, pour que le Dragon continue à régner sur tous les peuples, pour que la paix puisse régner, et pour que sa famille ne soit jamais touchée par les conséquences d’un nouvel échec.

Robb n’était pas réellement un homme de foi, toujours il s’était tourné vers les hommes plutôt que les Dieux, mais pendant quelques longues secondes, le silence règne. Les coudes appuyés sur ses genoux, les mains jointes et le menton posé contre celles-ci, il fixe celle dont il s’apprête à sceller le destin à jamais. Quand il aura pris la parole, il n’y aura plus de retour en arrière, le procès marquera l’histoire, et lui-même en serait changé. La jeune femme agenouillée, ses longs cheveux blonds, lui rappellent que bientôt c’en sera une autre qui se trouvera ainsi devant lui, une autre dont l’application de la sentence lui sera bien plus difficile, alors, comme il le fait rarement, Robb prie, en silence. Des Sept, il n’y en avait qu’un à qui il s’adressait réellement, depuis son plus jeune âge, alors encore une fois il demande au Guerrier de lui donner la force d’affronter cette bataille, celle à venir et toutes les autres. Il lui demande de lui accorder sa protection, non pas pour lui, mais pour les siens, pour Rohanna, pour Edric, même pour Jasper et Kyra, pour qu’ils puissent affronter leur sort avec la dignité qui leur incombe quand le moment serait venu. Mais le Guerrier n’était pas de ceux qui répondaient à l’appel de leurs fidèles, et il savait que ses prières ne seraient exaucées que s’il s’en montrait digne, alors le Régent se leva, pour la dernière fois de ce procès, empli de la résolution de ceux qui veulent rester maîtres de leur destin et de leur destinée. Sa voix se fait neutre, forte mais dénuée de toute émotion. Il ne cillerait pas, il ne douterait pas, car s’il le faisait maintenant, qu’en serait-il quand ce serait au tour de sa propre mère d’affronter les conséquences de ses actions ?

« Ainsi, ma dame, quand bien même vous êtes confrontée à vos propres mots, quand bien même il vous est offert la possibilité de demander le pardon du Roi, vous vous y refusez, vous appelez la mort, croyant qu’elle pourra vous délivrer. Mais vous n’êtes pas digne d’une telle délivrance, vous n’êtes pas digne de trouver le repos, d’oublier que vous êtes une criminelle, une traîtresse de la pire espèce. Vous voudriez qu’il soit laissé l’occasion à vos pairs d’oublier vos actes, que votre famille conserve le souvenir d’une grandeur que vous avez un jour pu aborder ? Je dis que vous ne méritez rien de tout cela. Alors vous vivrez, Catelyn Arryn, et vous porterez jusqu’à la fin de votre existence les conséquences de vos paroles, puisqu’il apparaît clairement que vous n’en regrettez aucune. »

Les murmures se font plus nombreux dans la salle, certains sont déçus, cela peut se lire sur leur visage, d’autres sont interrogatifs, curieux de savoir où le Régent voulait en venir. Parmi eux, il n’y en a qu’un que robb aperçoit qui semble soulagé, la Colombe du Val était maintenant certaine qu’il tiendrait la promesse qu’il lui avait faite. Sa cousine allait vivre oui, mais peut-être Etaine finirait-elle par penser qu’elle n’aurait peut-être pas du demander qu’elle survive. D’un geste, robb appelle le capitaine de sa garde, resté au pied du Trône, qui lui apporte son épée, symbole du pouvoir Baratheon au même titre que celles fondues derrière lui représentaient le pouvoir des Targaryen.

« Au nom de Sa Majesté Jaehaerys Targaryen Premier du nom, je vous déclare coupable de quatre crimes, et chacun sera puni à la hauteur de ce qu’ils ont causé.

Par vos paroles, vous avez manqué de respect au Roi, et craché sur l’ordre des choses maintenant la paix dans le Royaume. Vous avez bafoué la loi la plus sacrée qui lie un souverain à ses vassaux, et pour cela, je vous condamne à vous rappeler, et à rappeler à chacun autour de vous que votre vie, que votre existence ne sera désormais dédiée qu’à faire pénitence de ce crime. Votre visage ornera donc désormais l’emblème royal, et ce jusqu’à ce que votre corps ne disparaisse dans sa tombe.

Par votre perfidie, vous avez prouvé que vous étiez capable d’user de votre nature féminine pour tenter d’obscurcir le jugement d’hommes d’honneurs, et que vous n’êtes pas digne de ce don que les Dieux vous ont fait, je vous condamne donc à être rasée, vous ôtant ainsi cette féminité pour les prochaines années, dans l’espoir que vous apprendrez ainsi à agir selon le rôle qui vous est donné.

Votre malveillance a également entâché et insulté l’honneur de tous ceux qui ont offert librement leur allégeance à Sa Majesté, car vous avez cru que vos mots valaient plus que leur parole, plus que leur devoir sacré, qu’ils soient nobles ou simples roturiers. Par conséquent, je vous condamne à expier vos crimes par la violence, puisqu’il semble que vous ne soyez pas prête à le faire par votre propre volonté. Vous recevrez donc six coups de fouets directs, en place publique et à la vue de tous les sujets de Port-Réal fidèles au Roi.

Enfin, vous avez prouvé à toutes les personnes présentes votre influence néfaste sur tous ceux qui voudraient bien vous prêter oreille. Si l’on ne peut empêcher un homme d’avoir la folie de vous écouter, il est évident qu’il est de notre devoir d’empêcher les générations futures, encore innocentes, d’être influencées par votre venin. Votre enfant vous sera donc enlevé, il sera éloigné de votre malveillance et élevé en tant que pupille par des sujets fidèles à Sa Majesté, les Lannister de Castral Roc, dans l’espoir qu’il puisse encore être sauvé de ce que vous avez déjà dû lui sussurer depuis sa naissance. Vous ne serez pas autorisée à le revoir, à lui écrire ou à lui parler avant sa majorité, ou avant qu’il ne doive hériter des responsabilités de son père. Vous resterez enfermée dans les geôles royales jusqu’à ce que l’enfant soit arrivé dans son nouveau foyer, alors seulement vous aurez l’autorisation de rentrer chez vous, et de ne jamais reposer le pied sur les terres de la Couronne.

Le reste de la sentence sera éxécutée immédiatement, au nom du Roi, des Dieux et de la justice, et nul ne pourra plus la contester sans encourir à son tour la colère des fidèles de Sa Majesté. Que le justicier royal entre, fasse son office, et que tous soient témoin du châtiment de la traitresse. »

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Sam 20 Oct 2018 - 12:23


Le Jugement

 La chute du Faucon

 

  « C’est une belle journée, tu ne trouves pas ? »

Ma voix était fluette, les mots qui s’élevaient avaient la couleur du secret, comme ces murmures qui s’élèvent et rendent le silence plus présent encore par leur timidité. L’aube était là depuis quelques secondes à peine, le ciel avait pris une couleur bleu très claire, presque grise. Au loin, un halo plus clair laissait entrevoir que le soleil avait enfin choisi l’endroit où il se lèverait ce matin. A mesure que les secondes, les minutes s’écoulaient, les couleurs se révélaient. Ce qui avait été gris, bleu clair, évoluait vers le jaune, le rose, puis un orange vif. Je ne cessais d’être impressionnée par ce moment suspendu, où le ciel paisible se faisait lave incandescente. Quiconque clignait des yeux pouvait louper cet instant magique où le feu s’emparait de l’univers. Je ne faisais plus cette erreur. La fenêtre ouverte laissait entrer une brise progressive qui faisait s’envoler les voilages blancs qui nous protégeaient du soleil lorsqu’il était à son zénith. Ceux-ci trouvaient le moyen de s’enrouler autour de moi,  se mêlant au drap de soie blanche dont j’avais recouvert mon corps.

Jaehaerys était silencieux, quiconque ne le connaissant pas aurait pu le croire endormi, mais il n’était pas de ces hommes que le sommeil emporte jusqu’à ce que la main humaine les réveille. Jaehaerys s’éveillait avec l’astre, tout comme moi, sans doute un héritage du temps lointain où nous nous perdions dans les jardins, Aegon, Rhaena et moi tout d’abord puis avec Jaehaerys, pour observer le soleil se lever sur la mer agitée. Il ne disait rien, mais je sentais son regard sur moi. Assis dans le lit il s’était déjà emparé de quelques parchemins qu’il n’avait pas eu le temps de lire avant de s’endormir. Il les avait parcouru du regard mais déjà celui-ci se fixait sur moi. Que pouvait-il dire en cette journée si belle ? Il en connaissait le poids. Sans doute ne prenait-il pas l’entière mesure de ce qui se jouait pour moi, car mon frère-époux ignorait tout de ce secret qui rendait mon cœur plus lourd encore en cette belle journée qui commençait.

Il est d’usage que la vie soit assez ironique pour faire des jours tristes les plus beaux. Je ne doutais pas que le soleil était plus beau que jamais la seconde précédant la destruction de l’Ancienne Valyria, avant que le souffre et la mort ne le recouvre à jamais. Sans doute le temps était-il radieux lorsque Le Conquérant avait brisé Harrenhal. Je me souviens sans peine du temps frais mais si lumineux qui avait éclairé le début du règne du Cruel. Quelque chose en moi me criait que c’était le signe de l’insignifiance de nos intrigues humaines. Le monde pouvait bien s’effondrer sous nos pieds, le soleil n’en avait cure. Le ciel était le ciel, et il n’avait que peu d’affecte pour les tourments de l’esprit humain.

« As-tu échangé avec lui à ce sujet ? »

Ma voix se faisait moins douce à l’évocation de l’homme qui ne serait pas nommé. Nul n’était besoin de prononcer son nom tant celui-ci était évident entre nous. La colère qu’avait soulevée ma dernière entrevue avec Robard Baratheon n’était pas retombée, et elle était palpable. J’avais conscience que la situation était plus qu’inconfortable pour Jaehaerys, tiraillé entre celui entre les mains duquel il avait déposé un pouvoir démesuré, et celle qu’il avait choisie pour l’accompagner jusqu’à la mort. Seulement cet affrontement était devenu inévitable. Lorsque je souhaitais la paix, Robb oeuvrait pour la guerre. Lorsque je souhaitais le pardon, il se faisait le chantre de la punition. Lorsque j’appelais l’apaisement de mes vœux, il imposait la violence en guise d’exemple.

Je détestais cette situation. Je détestais cet antagonisme nouveau qui m’opposait à celui qui avait été, des mois durant, mon allié le plus certain. Il était plus que douloureux de réaliser que, peut-être, le pouvoir parviendrait à détruire ce qui me semblait encore hier la chose la plus sacrée et indestructible… forgée dans la guerre et le doute.

« Va-t-il la tuer, Jaehae ? »

Je me retournais cette fois, plongeant mon regard dans celui de mon frère-époux qui ne détournait pas le sien, malgré mon emportement soudain. Il restait ainsi un long instant, silencieux à me fixer d’un air neutre puis d’un coup il déposait les parchemins à ses côtés sur les draps avant de sortir du lit et d’avancer d’un pas rapide vers moi. Il pouvait, sans peine, voir la tension qui s’était emparée de moi, cette tension qui avait tout à voir avec ce sentiment d’impuissance que je ressentais face à un Robb devenu supposément tout puissant, et la frustration que cette situation créait. Sans un mot il me prenait dans ses bras, déposant son menton au creux de mon cou pour regarder, avec moi, vers le ciel qui était à présent apaisé et évoluait vers le bleu magnifique d’un été chaud.

« Il se trompe… Il se trompe tant. Il use de la parole royale pour ses propres combats. Il veut écraser les Arryn et les Stark, et ainsi il se positionne en Baratheon vainqueur de la guerre prenant sa revanche sur ses anciens ennemis… Il ne se positionne pas en relai de la parole royale… Ta parole ! La nôtre ! Tu connais la puissance du martyr, voilà ce qu’il offre aux Arryn. Il en fait nos ennemis pour les siècles à venir… Au nom de quoi ? De te protéger de ton jeune âge ? De mon idéalisme ? »

« Catelyn Arryn a prononcé des paroles qui ne peuvent être pardonnées aisément, Rhaenys. Robb fait ce qu’il pense être juste. »

« Autrefois, dans ce que j’hésite aujourd’hui à appeler l’âge d’or, il se donnait la peine de me consulter… de m’écouter… Mais après tout je ne suis qu’une simple femme, à la merci de ses sentiments… »

« … Tu ne peux nier une certaine impulsivité, ma chère. »

Il voulait plaisanter, je n’en avais pas le cœur. Je m’écartais de lui, marchant en direction de la garde robe. Cette fameuse impulsivité n’était jamais loin.

«  Je me suis battue ! Risquant ma vie, celle de Vif-Argent, celle de tant d’autres pour cette cause que j’ai défendue toute ma vie au péril de ma tranquillité ! Et il ose me jeter au visage que l’on se doit d’écarter les femmes du pouvoir ?! Me jeter au visage le sacrifice de son père ?! Nous reprocher, TE reprocher une relation à sens unique ?! Qui est-il pour me défier de la sorte ? »

La colère était un piège terrifiant, capable d’emporter n’importe qui dans un tourbillon douloureux dont personne ne pouvait sortir indemne.

« Faut-il s’étonner que l’on craigne que ton règne soit l’héritage parfait de celui de Maegor, lorsque celui que tu as choisi pour t’épauler dans l’exercice du pouvoir se permet sans trembler de cracher au visage de ton épouse ? »

Il s’approchait, tendant la main pour tenter de me calmer.

« Non. »

Je lui tournais le dos, trop consciente que la colère qui me dévorait à cet instant risquait de me rendre injuste envers Jaehaerys. Je sonnais rapidement et un jeune homme apparaissait rapidement.

« Vos Majestés. »

« Envoyez un page au procès, qu’il m’apporte la sentence à la seconde où elle aura été prononcée. Et faites apporter de l’eau pour mon bain, s’il vous plait. »

Evitant le regard de Jaehaerys, je croisais les bras sur ma poitrine, respirant avec difficulté tant l’émotion m’obstruait la gorge. J’avais honte de m’emporter ainsi, de repousser Jaehaerys lorsque je n’avais de doutes sur le fait qu’il était lui-même affecté par cette opposition naissante entre moi et Robb. Il n’était guère responsable de ce qui se tramait. Et pourtant il me semblait qu’il ne faisait rien pour imposer son autorité sur sa Main. Ceci dit, Jaehaerys était jeune, Robb était tel un grand-frère pour lui et les Sept m’étaient témoins que je n’avais jamais trouvé le courage de m’opposer à Aegon de son vivant. Ainsi je restais là, silencieuse, prostrée, prenant le temps de me calmer après une explosion dont j’avais le secret depuis de longues années. Sans un mot supplémentaire il s’approchait de moi, marquant des pauses de temps à autres pour s’assurer que je ne le repousserais pas cette fois. Je le laissais venir, d’abord à contre cœur, puis par réel besoin. Il me prenait à nouveau dans ses bras, n’ayant sans doute rien à me dire sur le moment, souhaitant sans doute laisser au silence la mission de m’apaiser plutôt que de prendre le risque de m’enflammer à nouveau par des paroles qui ne seraient jamais les bonnes.


***

« Majesté… La sentence… »


« Et bien ! Parle ! »

« Le Protecteur a déclaré que quatre crimes devaient être punis. Le visage de Lady Arryn portera l’emblème royal… »

« Pardon ? »

Je m’étais levée d’un bond du fauteuil où je m’étais installée pour écrire quelques missives et éloigner mon esprit de ce qui se déroulait à quelques mètres de moi.

« Oui, Majesté. Elle sera tondue afin de la punir pour avoir fait usage de sa féminité… »

Je ne répondais plus, mais le choc progressait sur mon visage, en même temps que s’y installait un dégoût profond.

« Elle sera fouettée en place publique, face au peuple. Et enfin… elle sera séparée à jamais de son fils. Celui-ci sera placé auprès du seigneur de l’Ouest et il ne lui sera plus autorisé de le voir avant sa majorité. »

Je restais interdite. Tiraillée entre mes pensées tendres pour Catelyn, la conscience qu’un châtiment était nécessaire, et la crainte des retombées politiques que ces châtiments auraient. Je ne dis pas un mot, cependant je me dirigeais vers la porte suivie du page.

« Retenez le Protecteur avant qu’il ne sorte de la salle du Trône. Dites-lui que sa souveraine l’attend dans l’alcôve Nord. »

Il comprendrait. Cette alcôve était l’une des nombreuses qui permettait de voir sans être vu dans la salle du trône. Quiconque s’y réfugiait avec une vue parfaite de ce qui se tramait dans la salle, mais était soudainement invisible au regard des autres. Le garçon partait à l’avance, courant de tout son saoul pour attraper Robb avant qu’il ne sorte pour faire exécuter la sentence.

***


Dans la pénombre de l’alcôve j’attendais que Robb ne se détache de la foule pour me rejoindre. Je restais dans l’ombre le voyant arriver à grands pas, visiblement agacé d’être dérangé à un instant clé comme celui-ci.

« J’ai eu vent de la sentence… ‘royale’. »

Il me voyait enfin et nous nous retrouvions seuls malgré la foule environnante.

« Il n’y a pas beaucoup de temps, mais ce n’est pas trop tard… Robb s’il te plait, au nom des Sept écoutes moi. Je ne viens pas me faire l’avocate de Lady Arryn mais bien de ma famille. Le dragon est mon emblême, celui de ma famille, celui de mes ancêtres. Il est ce que nous portons fièrement comme une force. Si tu ornes le visage de Catelyn Arryn de ce sceau alors tu en fais une martyr du dragon ! Au même titre que Valyron de Mantarys a pu se targuer d’être un martyr du règne de Maegor ! Ce n’est pas une punition que tu infliges à Catelyn, c’est une punition que tu m’infliges à moi, et c’est ainsi que je le prends ! Cet emblême que je porte me rappelle ma famille, ma force, mon sang, si tu en ornes le visage de Lady Arryn tu en fais un symbole tout autre et je refuse qu’il en soit ainsi ! Il me blesse qu’il en soit ainsi, Robart. »

Je reprenais difficilement ma respiration, mise à bout de souffle par l’urgence de la situation et ma propre difficulté à mettre de côté le souvenir de notre dernière entrevue.

« Tu veux punir Catelyn Arryn ? Fais-le ! Tu en as le droit et le devoir ! Ne crois-tu pas que lui retirer son fils, lui retirer sa féminité, et sa dignité, sont déjà des châtiments suffisants ? Faut-il aussi que tu pervertisses le symbole de mon sang par la même occasion ? Pourquoi, par la suite, ne pas marquer Jorah Stark du Cerf Baratheon ? Et après tout ne devrions-nous pas marquer tous nos ennemis ainsi ? »

Le temps pressait, les bourreaux avançaient. J’attrapais la main de Robb d’un geste emporté, perturbée de ce contact dont la pareille remontait au temps où nous étions encore deux êtres humains en souffrance cherchant chez l’autre un soutien.

« Il fut un temps où mon avis était encore valable à tes yeux. Il fut un temps où ce que je disais n’était pas sans importance… T’en rappelles-tu, mon cousin ? Ce temps où nous tentions de relever le pays, main dans la main, où nous passions des heures à parler de ce monde tel que nous le rêvions ! S’il te reste une once de considération pour moi, mon intelligence et mes sentiments, alors tu évoqueras une clémence royale et ne marquera pas son visage. S’il reste encore, en ton cœur et ton esprit, une once de respect pour moi, comme Reine et comme cousine, comme femme partageant ton sang, alors tu m’écouteras et tu ne m’imposeras pas une martyr des Targaryen. Car si tu fais cela, tu offres un étendard parfait à ceux qui aiment à comparer Jaehaerys à Maegor ! Et par là même tu me ramènes aux heures les plus noires de ma vie. »

Je lâchais sa main, me détournant de lui afin de retrouver le secret de mes appartements pour ne pas risquer que qui que ce soit ne puisse m’apercevoir et déduire de ma présence des choses qui pourraient mettre Robart ou Jaehaerys en péril. Je me retournais sans plus un regard pour Robb qui, je n’en doutais pas, déjà s’éloignait pour retrouver la foule. Peut-être déciderait-il de ne pas m’écouter… Je priais alors les Sept de me donner le courage de ne pas flancher.

AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Sam 20 Oct 2018 - 21:39




La Chute du Faucon

La sentence avait été prononcée, les dés étaient jetés, et déjà les gardes allaient chercher le bourreau royal, qui devait être en train d’apprêter ses outils à l’heure actuelle. Robb était allé le voir plus tôt, juste avant qu’il n’ordonne la construction d’une estrade sur la place principale de la ville, pour lui demander de préparer le nécessaire. Lui-même souffla tandis qu’il attendait, désormais simple témoin de ce qui allait se déroulait. Les choses se déroulaient parfaitement, la Cour aurait son message, le peuple verrait qu’une trahison, quelle qu’elle soit, se payait au prix fort, et il n’y aurait plus de rébellion, à Port-Réal ou ailleurs. Le Dragon avait gagné, de même que tous ceux qui le suivaient sans poser de conditions, sans cacher derrière leur dos d’autres ambitions que celle de contribuer à la grandeur du règne des Targaryen. Oui, il n’y avait plus qu’à attendre désormais, et de voir le message s’envoyer de lui-même.

« Votre Excellence ? »

Un page, essoufflé, s’était signalé dans un murmure, avec la discrétion habituelle des gens de son rang, mais en se plaçant de façon suffisamment proche pour qu’il remarque sa présence. Comme d’habitude, la Cour ne semblait pas le voir, ou prétendait ne pas le faire par usage et déférence. D’un hôchement de tête, il signala au garçon qu’il était autorisé à parler, et celui-ci s’éxécuta directement, entre deux respirations essoufflée :

« Sa Majesté la Reine vous fait savoir qu’elle vous attend dans l’alcôve Nord. Immédiatement. »

Elle était là, alors. Ou du moins elle avait attendu la fin du procès pour s’y rendre discrètement, probablement pour lui faire savoir encore une fois son désaccord, après tout elle semblait butée dans son idée de sauver Catelyn Arryn, quand bien même sa trahison était avérée, quand bien même elle n’éprouvait aucun regret pour ce qu’elle avait fait. Le Cerf soupira, il était las de ces batailles inutiles, prouvant une fois de plus que Rhaenys n’avait cure de sa position à lui. Elle voulait qu’il l’écoute, qu’il se range à son avis, mais elle ne cherchait pas à comprendre le sien. Là était le problème aujourd’hui, elle avait perdu le pouvoir de la Régence, et lui l’avait récupéré, pourtant elle continuait à penser que son opinion se devait d’être non seulement respectée, mais également appliquée, et probablement continuerait-elle à le penser jusqu’à ce que le Roi lui-même décide du sort du Royaume. Il acquiesca néanmoins, et quitta sa place pour se rendre à l’endroit indiqué par le garçon, qui disparut aussi vite qu’il était arrivé.

Leur échange ne dura pas longtemps, le Cerf n’eut pas même le temps de prononcer un mot, Rhaenys avait tout prévu, et son départ précipité laissa Robb seul, quelque chose de brisé dans le regard. Alors, c’était ainsi. Elle lui demandait, le forçait presque au vu des mots employés, à s’humilier devant toute la Cour, à revenir sur sa propre parole, à grâcier en partie une femme qui n’avait agi que pour le narguer au nom de leur amitié. Mais quel ami demanderait une telle chose de la part d’un autre ? Elle avait beau avoir dit qu’elle ne défendait pas Catelyn, Robb n’était pas dupe. Rhaenys était intelligente, elle savait qu’elle ne pouvait plus sauver la valoise, alors elle se contentait d’ôter la seule trace permanente de son crime. Les coups de fouets ? La Arryn pourrait les dissimuler, avec le temps. Ses cheveux ? Ils repousseraient. L’enfant éloigné ? Il suffirait que la Reine convainque son frère de revenir sur la décision du Régent une fois qu’il serait parti, et il retrouverait sa mère. Elle avait fait son choix, que ce soit pour Catelyn ou pour son utopie de paix, elle avait décidé qu’il valait mieux salir la réputation et le nom de celui qui l’avait épaulé, qu’il valait mieux humilier le nom de ceux qui s’étaient battus pour qu’elle puisse régner aux cotés de son frère plutôt que de punir une traitresse incapable même de reconnaître ses propres erreurs.Et, curieusement, Robb lui accorderait cette faveur.

Il lui accorderait, oui, parce que le terme amitié valait encore quelque chose pour lui, mais ce serait la dernière. Une fois le reste de la sentence éxécutée, il irait voir Jaehaerys pour lui annoncer qu’une fois Freyja arrivée à Port-Réal, lui et sa suite quitteraient la capitale pour de bon, officiellement pour régler des affaires à Accalmie, avant de partir pour le Nord. Il gagnerait cette guerre au nom du Roi, car il l’avait promis, mais entre temps, la Régence prendrait fin, en même temps que son mandat de Main du Roi. Le Cerf en avait assez, et il ne s’agissait là que du dernier sacrifice auquel il consentait pour contenter la famille royale. Après la guerre, il ne serait plus que le suzerain de l’Orage, et il ferait en sorte que plus jamais même un Roi ne se sente autorisé à le traiter comme son épouse avait pu le faire. Quant à Rhaenys… Elle ne serait plus pour lui que sa souveraine, et rien d’autre. Qu’elle chercher son soutien auprès de ses chers Arryn, auprès du Nord, l’Orage ferait comme les autres, il agirait au nom de ses intérêts propres, et si elle désirait obtenir quelque chose de lui, elle devrait agir comme elle le faisait avec les autres, sa fidélité irait au Roi, certes, mais s’il décidait de mécontenter le seigneur de l’Orage, le seigneur de l’Orage réagirait, il ne s’écraserait plus, ne sacrifierait plus l’intérêt de son peuple pour arranger les affaires de l’État.

Le brasero était déjà posé devant l’accusée quand Robb retrouva sa place, son visage ne trahissant pas une seconde les tourments de son âme. A ses cotés, le bourreau, prêt à commencer la sentence quand il en donnerait le signal. D’un geste de la main, il réclama le silence, cependant, et s’apprêta à subir l’humiliation même qu’il était certain qu’il n’aurait jamais à éviter.

«De nouveaux développements me laissent penser que l’accusée ne mérite pas de porter la marque de nos souverains, par conséquent je lui offre la grâce royale pour cette partie de sa sentence. Qu’on la mène immédiatement en ville, pour que le reste de sa peine soit appliqué. »

Il y eut des protestations, certaines plus fortes que d’autres, mais rien que le claquement des lances ne put calmer rapidement. Mais ce n’était rien, Robb ne le savait que trop bien : les véritables conséquences se verraient dans les jours suivants, dans les histoires racontées par les témoins, dans les regards en coin. Le calvaire de la Arryn prendrait fin avant le coucher du soleil, quand le sien même ne ferait alors que commencer. Mais il y avait pire que tout cela, que de s’observer orchestrer la propre chute de sa réputation : fruit de son imagination, ou chose bien réelle, il put observer sur le visage de la Arryn un sourire se dessiner, ses yeux bel et bien posés sur lui. Elle le savait, elle avait gagné, et lui avait perdu, au final.

Le cortège se forma ensuite jusqu’à la place devant le septuaire de la ville, les routes avaient été presque fermées, mais une foule se massait sur les toits, jurant à défaut d’avoir quelque chose à lancer à l’accusée. Il y eut quelques pierres néanmoins, dont certaines réussirent à toucher leur cible malgré la toute relative vigilance des gardes l’entourant. Profitant du trajet, le capitaine de la garde de Robb s’approcha de son seigneur, lui demandant à mi-voix :

« Monseigneur, tout va bien ? J’aurais pensé que la voir enfin jugée... »

Sec, Robb répondit simplement à son homme de confiance, qui n’insista pas :

« Notre présence ici touche à sa fin, et c’est là la seule raison de nous réjouir aujourd’hui. »

Tous prirent ensuite leur place sur l’estrade, les membres de la Cour au premier rang, le peuple remplissant tout le reste de l’endroit, séparé de l’élite de la capitale par un important cordon de gardes civils. Il y eut un appel au silence, et un héraut énonça les crimes et chatiments de la Arryn, avant que le bourreau ne s’avance, déchirant la chemise de la jeune femme avant de l’attacher par des chaines au poignets, fixées en hautur sur deux poutres de bois, destinés à la forcer à garder les bras tendus et en l’air. Il commença ensuite par lui raser les cheveux au plus prêt, préférant de loin laisser des coupures sanglantes plutôt qu’une mèche de cheveux à sa captive, puis vint le temps du fouet.

Tout du long, Robb resta de marbre, entouré par sa garde personnelle, et quand ce fut fini, il ordonna qu’on mette la Arryn aux geôles, et qu’un mestre soigne ses blessures, sans lui offrir aucun antidouleur, c’était là sa voie vers la repentance. Enfin, alors, il quitta les lieux, rejoignit sa Tour, et demanda audience au Roi.

C’était bel et bien la fin d’une ère, simplement pas celle qu’il avait cru.

made by lizzou – icons & gif by tumblr
Merci à rawr & (c) FreeSpirit
Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Donjon-Rouge, Otage de la Couronne.
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   Dim 21 Oct 2018 - 23:32


Le Jugement

 La chute du Faucon

 

  « Ainsi, ma dame, quand bien même vous êtes confrontée à vos propres mots, quand bien même il vous est offert la possibilité de demander le pardon du Roi, vous vous y refusez, vous appelez la mort, croyant qu’elle pourra vous délivrer. Mais vous n’êtes pas digne d’une telle délivrance, vous n’êtes pas digne de trouver le repos, d’oublier que vous êtes une criminelle, une traîtresse de la pire espèce. Vous voudriez qu’il soit laissé l’occasion à vos pairs d’oublier vos actes, que votre famille conserve le souvenir d’une grandeur que vous avez un jour pu aborder? Je dis que vous ne méritez rien de tout cela. Alors vous vivrez, Catelyn Arryn, et vous porterez jusqu’à la fin de votre existence les conséquences de vos paroles, puisqu’il apparaît clairement que vous n’en regrettez aucune. »



Les murmures longent les murs, ils se glissent sur la courbure de sa nuque. Aussi froides que tièdes, aussi tièdes que froides : les particules de l’air viennent faire frissonner son échine. Tranchant est la voix du Régent. Il était taillé pour le rôle qui lui avait été incombé, Protecteur du Royaume. Des Couronnes d’os et de débris, de sangs et de larmes, d’utopies et de désillusions. Parce qu’un seul homme, un seul, avait décidé de quitter ses antiques terres pour voler celles d’autrui : Harmonie et Chaos. Ce n’était pas la faute de Robart Baratheon s’il ne pouvait pas le comprendre. Après-tout, sa lignée ne descendait que d’une seule génération. Un coït obligé entre une princesse et un bâtard semi-légendaire. Pour une nouvelle dynastie hybride, qu’était-ce qu’un rapt du lignage? Durrandon et Targaryen, entre ancien et neuf, ce monde lui appartenait. Corps et âme, à lui et les gens de son espèce, il lui appartenait de le défendre. Oui, Jaehearys n’aurait pu trouver meilleur défenseur, plus magnifique champion : son cousin mâtiné était bien plus chez lui sur ce continent que lui-même ne le serait jamais. Dans la haute salle, les murmures continuent d’enfler. Pour la première fois depuis le début des célébrations mortifères les dissensions s’entendaient dans la salle du trône. Sa mâchoire se crispe. Aujourd’hui, elle ne mourrait pas en martyre. Il avait vu clair dans son jeu, comme elle l’avait vu dans le sien. Dans sa position, trop forte pour elle, il ne pouvait que la brimer. Pourtant, pendant un instant … elle avait cru à la fureur  de la mort. Elle avait espéré la délivrance des bras de l’Étranger. Une lâcheté ou une force du caractère, elle n’aurait pas su le dire. Les deux peut-être. Pour le Val, son abnégation était totale. Les chevaliers n’étaient pas les seuls à avoir leurs codes moraux : toujours et à jamais même si cela devait lui coûter la vie, elle se l’était promise. Peut-être était-elle née pour cette promesse de l’indicible ! Oui, peut-être était-ce pour cela que le Dieu aux sept visages avait repris très tôt l’éclatante Alyssa Veneur et avait fait que Ser Elbert, Prince de la Montagne et du Val, ne reprenne jamais autre épouse. Ou l’amour de son père avait pu être assez fort et courtois pour accepter d’anéantir sa propre descendance?

Brutalement, l’un des garde la pousse vers le sol. Sous la force du coup, sa gorge laisse échapper un gémissement plaintif. Sa joue sur ses mains, son cœur halète… aurait-elle la force d’affronter la douleur? La sensation d’une lame tranchant son cou si fin ne pouvait demander autant de courage que les sentences qui tomberaient bientôt. Il ne faudrait pas pleurer. Il ne faudrait pas nourrir cette terre infertile de ses précieuses larmes bleutées. Quand il se penche pour la relever, elle lui intime d’une main de n’en rien faire. Inspirant, les mains tremblantes, délicatement, elle se relève d’elle-même. Ultime bravade, ultime parade. Telle une ondine frémissante des eaux silencieuses valoises, dansent autour de sa figure princière ses blonds cheveux. Un manteau soyeux tramé de fils d’or brut dont les bardes avaient chanté les louanges. L’enfant dissipée, complice de sa révérence outrageuse, l’observe sans comprendre ce qu’il se passe et, de l’immensité de ses yeux, Catelyn la toise. Sa naïveté d’enfant allait se terminer dans quelques instants et les bras de sa mère ne pourraient rien faire pour la consoler. Avec elle, elle aussi serait mutilée. Il ne se passe qu’un moment avant qu’il la force à se retourner vers le trône de fer. Dans la main du Règent règne désormais l’épée de son clan. Aurait-elle encore des yeux pour admirer l’Aurore?



« Au nom de Sa Majesté Jaehaerys Targaryen Premier du nom, je vous déclare coupable de quatre crimes, et chacun sera puni à la hauteur de ce qu’ils ont causé. Par vos paroles, vous avez manqué de respect au Roi, et craché sur l’ordre des choses maintenant la paix dans le Royaume. Vous avez bafoué la loi la plus sacrée qui lie un souverain à ses vassaux, et pour cela, je vous condamne à vous rappeler, et à rappeler à chacun autour de vous que votre vie, que votre existence ne sera désormais dédiée qu’à faire pénitence de ce crime. Votre visage ornera donc désormais l’emblème royal, et ce jusqu’à ce que votre corps ne disparaisse dans sa tombe. »



Ses poumons brassent un grand bruit d’air, s’asphyxiant quelques instants. Un Dragon de feu et de sang pour réduire à néant le Faucon d’air et d’argent. Un Dragon pour les dominer tous. La condamnée ferme ses paupières. Non, elle ne pourrait plus jamais admirer les premiers rayons du petit jour. Désormais, il n’y aurait plus qu’un crépuscule de sang. Les couleurs du monde disparaîtraient pour ne devenir que rouges et noires. Pour sa rébellion, le Conquérant avait fait de sa tante, Maria Sunderland, une Sœur du Silence : Son Excellence ferait d’elle un objet de curiosité. Elle en serait tout autant recluse que la première. Un jour, incertain, elle ne conserverait plus aucune fierté de ces instants de prime jeunesse. Désenchantée, elle en viendrait à se maudire d’avoir offert une vie si prometteuse en pâture à la barbarie. Pour une simple apparence, bientôt, elle deviendrait assez oublieuse pour regretter ses propres actes. De sa droiture, il n’y aurait plus qu’un goût amer et de dégout. Voilà, à quoi il la condamnait. Pas à un reflet dans un miroir d’airain, mais à sa lente mortification. Son propre désœuvrement. Une mort sans obscurité. Heureusement, peut-être, son fils arriverait à lui faire lever le voile mortifère de son amertume. Se dévouer à chaque âge de sa vie serait probablement sa seule rédemption. Son unique chance d’échapper à ce sort pire que la mort. L’enfant grandirait avec cette mère au visage déformé, mais lui seul n’en aurait aucune hantise. Lui seul pourrait l’aimer ainsi et l’observer vierge de toutes déceptions. 


« Par votre perfidie, vous avez prouvé que vous étiez capable d’user de votre nature féminine pour tenter d’obscurcir le jugement d’hommes d’honneurs, et que vous n’êtes pas digne de ce don que les Dieux vous ont fait, je vous condamne donc à être rasée, vous ôtant ainsi cette féminité pour les prochaines années, dans l’espoir que vous apprendrez ainsi à agir selon le rôle qui vous est donné. »



Une honnête femme est aussi rare qu’un cygne noir. À ses yeux, elle était un démon féminin. Ceux  qui, par leurs filets sensuels et tentaculaires, détenaient l’humanité sous le joug de l’asservissement. Perversion sexuelle ; perfidie charnelle. Elle n’était pas une femme normale : celle qui se tait, celle qui attends, celle qui tisse les heures de ses jours. Le rôle qui vous est donné. Quel rôle? Celui de ne pas comprendre les subtilités des arts, des sciences et des langages? Demeurer toujours aussi ignorante sur sa propre condition qu’un homme l’est sur son épouse? Celui de toujours garder la tête droite, les paupières basses, sans ne jamais regarder un homme dans les yeux? Qu’il la dépouille donc de sa crinière, elle avait prouvé sa vaillance féminine bien des fois. Elle n’était pas une vulgaire fille de l’Orage, elle. Elle avait donné un fils gras et en parfaite santé ! Pouvait donc en dire autant de sa propre épouse? Lady Rohanna que l’on disait incapable de lui procurer un seul fils? Ce rôle dont il parlait, où une femme doit toujours veiller à ne pas dépasser le seuil de son infériorité, peut-être qu’en ses terres il était inviolable mais elle était petite-fille de Roi, fille de prince royal et ceci n’aurait su s’appliquer à elle. Au contraire, le rôle qu’on lui avait demandé, elle était en train de le réaliser. Et il l’avait parfaitement compris, tout le monde ici l’avait parfaitement compris. Ce n’était plus qu’une vulgaire mascarade pour gagner les émois du petit peuple. 


« Votre malveillance a également entâché et insulté l’honneur de tous ceux qui ont offert librement leur allégeance à Sa Majesté, car vous avez cru que vos mots valaient plus que leur parole, plus que leur devoir sacré, qu’ils soient nobles ou simples roturiers. Par conséquent, je vous condamne à expier vos crimes par la violence, puisqu’il semble que vous ne soyez pas prête à le faire par votre propre volonté. Vous recevrez donc six coups de fouets directs, en place publique et à la vue de tous les sujets de Port-Réal fidèles au Roi. »



Elle n’avait commis aucun crime ; une seule parole lui avait donnée. Un Arryn n’était pas fait de cette mandragore qui, à la première occasion venue, permet aux hommes d’oublier leurs serments et leurs promesses. Ni de ce bois qui se courbe devant plus fort que soi. Au contraire, elle était faite de cette roche qui perdure. Ces coups de fouets ne seraient que des veinures supplémentaires.



« Enfin, vous avez prouvé à toutes les personnes présentes votre influence néfaste sur tous ceux qui voudraient bien vous prêter oreille. Si l’on ne peut empêcher un homme d’avoir la folie de vous écouter, il est évident qu’il est de notre devoir d’empêcher les générations futures, encore innocentes, d’être influencées par votre venin. Votre enfant vous sera donc enlevé, il sera éloigné de votre malveillance et élevé en tant que pupille par des sujets fidèles à Sa Majesté, les Lannister de Castral Roc, dans l’espoir qu’il puisse encore être sauvé de ce que vous avez déjà dû lui susurrer depuis sa naissance. Vous ne serez pas autorisée à le revoir, à lui écrire ou à lui parler avant sa majorité, ou avant qu’il ne doive hériter des responsabilités de son père. Vous resterez enfermée dans les geôles royales jusqu’à ce que l’enfant soit arrivé dans son nouveau foyer, alors seulement vous aurez l’autorisation de rentrer chez vous, et de ne jamais reposer le pied sur les terres de la Couronne. »



« Jon… »

Son cœur s’arrache à sa poitrine, il bondit dans sa cage thoracique pour se loger à l’endroit où il fait le plus mal. Les gardes resserrent leurs mains autour de ses bras, emprisonnant ses muscles de toute possibilité de fuir l’abominable vérité. Le sang afflue dans ses joues et ses lèvres s’entrouvrent. Un sifflement strident s’empare de sa gorge. Le feulement d’une mère à l’agonie. Il ne pouvait pas faire ça, lui parmi tous il devait connaître la souffrance d’être arraché de ses enfants… Oui, lui parmi tous ! Folle de rage, elle se débat entre les bras des chiens qui la gardent. Elle se jète contre leur armure — comme si elle pouvait atteindre le Régent !, comme si elle pouvait sauver cet enfant !, comme si soudain la dignité même ne comptait plus ! Elle secoue la tête, non… non… non… personne ne pourrait lui enlever son fils. Personne n’avait le droit, le pouvoir, de lui interdire de le voir grandir et de l’aimer. Il n’avait rien fait, il était innocent… Ne pleure pas. Un sifflement plus terrible encore se fait entendre : aucun mot ne peut plus sortir de sa bouche. Quand elle aimerait supplier, implorer, revenir sur ses paroles : ses cordes vocales ne lui répondent plus. Son cœur a cessé de savoir pourquoi il battait. Elle se débat encore longtemps, rendant inconfortable les personnes de l’assemblée qui détournent le regard. Puis, vide de vie, elle de se laisser malmener. 


« Le reste de la sentence sera exécutée immédiatement, au nom du Roi, des Dieux et de la justice, et nul ne pourra plus la contester sans encourir à son tour la colère des fidèles de Sa Majesté. Que le justicier royal entre, fasse son office, et que tous soient témoin du châtiment de la traitresse. »



Ses oreilles n’entendent plus qu’un bourdonnement grossier. Des milliers de sons parasites tentent de percer ses tympans. Pour ne plus voir la lumière ténébreuse du jour, ses paupières se sont closes. Plissées avec force, elle se refuse à penser à son fils. Déjà, on attend le bourreau fondre le fer dans le brasero. Un son métallique austère qui lui arrache une grimace. Un jour, Jon comprendrait. Il comprendrait pourquoi elle avait du l'abandonner. Repliée en elle-même, subjuguée par le malheur de ne jamais revoir son fils, elle n’entend pas les exclamations surprises des nobles. Elle ne voit pas même Robart Baratheon se lever et disparaître. Le temps n’existe plus et seule la chaleur des braises s'infiltrent dans ses narines. L’emblème des Targaryen prendra bientôt toute sa joue, jusqu’à l’arête de son nez. Avec un peu de chance, ses yeux pourront un jour se réouvrir… mais la chance n’existe pas dans ce monde. Robart Baratheon veut lui faire perdre toute sa superbe, il veut la réduire à un objet d’ignominie et de déshonneur. Il veut lui arracher tout ce qui compte pour elle, tout ce qui fait d’elle ce qu’elle représente. C'était une épreuve supplémentaire de la part des Dieux. Ils la testaient pour un dessein plus grand. Jon ne quitterait jamais le Val et elle franchirait les Portes Sanglantes avec les plus grands honneurs. Oui. Oui, c'était une épreuve des Dieux. Si elle n’avait cette foi, que lui resterait-il désormais?






☾☾☾





Dans le nuage de sa robe de soie, elle tombe à genoux pour attraper les deux enfants. Sur la lance du Géant, leurs cris de surprise s’élèvent. Bientôt tous les trois s’effondrent par terre. La chatouillant, les deux garçons se jètent sur leur cousine pour tenter de lui faire échapper un écho cristallin. Bienveillante, elle se laisse faire et tous les trois rient sans pouvoir s'arrêter. Jamais Catelyn n’aurait cru que ces temps de l’insouciance lui auraient tant manqués… Jace et Abbel s'amusaient des mêmes jeux que leur oncles et tantes avant eux. Martyn, Leandra, Jace, Eoden, leur mère et elle-même avaient joué de nombreuses heures dans le jardin clos des Eyrié. Jusqu’à leur arrivée, presque quatre années plus tôt, ces temps avaient été oubliés. Évidemment, encore aujourd’hui personne n’aimait à voir les jumeaux dans les couloirs du château. Innocents de tout vices, ils étaient pourtant la preuve gênante de beaucoup trop de choses. À commencer par la vertu de la fille du défunt Prince Jace. Parmi tous, Ser Elbert, son oncle, ne pouvait la supporter. Aujourd’hui, la majorité des hommes étaient partis et la cité du ciel avait été conquise par les enfants — désormais libres de courir où bon leur semblait. Ne restait que la Tyrell qui ne pouvait accepter de vivre aux côtés de la Colombe. La Rose sans épines n’avaient jamais fait le moindre geste pour accueillir les fils du Prince Tristam en sa demeure. Tout comme elle n’avait jamais fait le moindre geste pour apaiser l’existence de la sœur de son époux. Parfois, elle en parlait à Catelyn. Sa lectrice, sa confidente. En ses mots, il n’y avait jamais aucune méchanceté, mais aucune trace de gentillesse non plus. Une indifférence pure et simple. « À toi maintenant ! » Ils ont cessé de se jeter sur elle pour lui tirer les mains. Feignant d’être exaspérée par le jeu, elle leur adresse une moue d’adulte. « À toi ! à toi ! à toi ! » Levant les bras au ciel, elle se rend à leurs exigences. « Mais ne vous avisez pas de tricher ! » Ils se regardent et sourient avant de secouer leur crinière noire. Non bien sûr, jamais ! Relevant sa lourde robe, elle foule les mètres qui les séparent de sa future cachette. Au départ, ce n’était pas par bonté de cœur qu’elle avait accepté de s’occuper d’eux. Un froid calcul : les Lords grognaient de voir leur Suzerain partir en guerre sans héritier. Malgré les années, le ventre de Roslinn n’était resté qu’une coquille creuse et vide. Ils commençaient à regretter cette alliance qui n’avait été qu’un leurre. Le Val était en guerre contre le Bief. Oui, pendant que la Tyrell se délectait des luxes des Eyrié, son frère tuaient les fils tant prometteurs des montagnes ! Ils regrettaient de ne pas voir la fille de leur prince aux côtés du Faucon azuré et leurs grondements commençaient à s’entendre. Une main l’attrape et l’attire derrière un bosquet. Un doigt sur sa bouche, Etaine lui fait signe de se taire. Réprimant un rire, se mordant les lèvres, le Chaton du Val acquiesce et s’accroupie à ses côtés. Étrangement, celle que tout le monde appelait la Harpie était devenue sa plus grande alliée et sa plus grande amie. Enfants, elles n’avaient jamais été très proches… Il avait toujours s’agit uniquement de Leandra et Etaine ou Etaine et Leandra. Entre elles, leur cousine n’avait jamais eu sa place. À défaut, elle s’était rapprochée de leur frère… jusqu’à en tomber éperdument amoureuse. Tout était bien différent désormais. Sous l'asphyxie de la rose, elles survivaient d'un front commun. « On arrive Cat ! » Fraternellement, les deux femmes se serrent les mains. Bientôt, elles se feraient démasquer.


  


☽☽☽






Une lame déchire une première mèche. Sans état d’âme, le bourreau a attrapé le sommet de son crâne. Il tire si fort qu’il n’aura bientôt plus besoin d’exécuter sa triste besogne. Le Faucon peut déjà sentir ses racines s’arracher d’elle-même, sa peau se déchirer. Dans sa bouche, un goût salé de sang coule lentement. Plus tôt, sur le trajet jusqu’au Septuaire, des ignares l'ont lapidé. La première pierre avait été si soudaine qu’elle en était tombée sur la voirie. Là, sous les rires gras des badauds, une deuxième pluie de cailloux était venue martyriser tout son corps. Sous la violence de ces actes barbares, sa chemise s’était déchirée et elle avait du terminer le reste du chemin presque nue. Aussi longtemps qu’elle l’avait pu, la fille d’Elbert était restée digne et droite. Puis, sur cette estrade, il leur avait été nécessaire de lui arracher son misérable habit. Maintenant, la foule était calme comme hypnotisée par le spectacle. Prête à être rassasiée des malheurs d’une Grande que certains avaient aperçus lors de son arrivée en grande pompe quelques semaines plus tôt. D’autres se gaussaient de voir une petite-fille de prince nue et jouaient des scènettes les plus obscènes qu’il fut. Face aux membres féminins exposées, certains avaient baissé leur froc de pitance pour mimer une copulation violente. Les insultes fusaient de toutes les bouches, homme, femme, enfant. Bien plus nourrissante que le blé Baratheon, la haine était partout. Long avait été le chemin depuis le Donjon-Rouge. Après être revenu sur son jugement, provoquant des protestations agressives et déchaînées, le Régent avait plongé un regard mortel dans le sien. D’un instant qui n’avait appartenu qu’à eux deux, il avait cherché à l’étrangler… Si faible, il avait trahi l’auteure de l’intervention et la Arryn était restée interdite. La Reine de cœur avait préféré un Faucon à son propre sang. Quelles seraient les prochaines trahisons des Targaryen envers les leurs? Les mains attachées par des chaines plus lourdes que son propre corps, elle observait toujours Robb. Il regardait droit devant, sa foule en liesse à ses ordres. Elle l’acclamait comme on ovationne le passage d’un Roi. À l’instar de ses ancêtres Valyriens, il était le berger de son troupeau. Un mot de lui et leur contenance se viderait vers le Donjon-Rouge.



Tirant violemment, l’homme l’oblige à détacher son regard du Régent et observer les nuages. Tant son corps aimerait pouvoir se défendre, respirer lui est difficile. Malgré tout ce qui l’en empêche, se défendre semble être encore sa seule préoccupation. Sous elle, ses cuisses se serrent pour cacher sa partie intime la plus sacrée. Flageolantes, elles tentent de dissimuler la blondeur de ses poils pubiens. Incurvées, elles se pressent l’une contre l’autre. Les apparences et les convenances n’étaient plus là, mais une honte mortifère commençait à emporter les moindres particules de sa peau. Si Catelyn savait jouer avec ses formes et les rythmes de son corps à la perfection, elle avait toujours été une épouse pudique et réservée. Probablement était-ce du à l’absence de mère pour lui expliquer les comportements à avoir, à comprendre, à embrasser… Soudainement, la lame déchire sa nuque et un cri sort de ses lèvres. Son corps s’arque vers l’avant, mais la main justicière la ramène tout aussi rapidement vers lui. « Alors, félonne où est la princesse maintenant? » Il avait susurré à son oreille afin qu’eux-seuls puissent entendre. Sur sa nuque sanglante, son souffle est comme un viol. Elle peut sentir toute son haleine mâle prendre du plaisir à sa souffrance. Sans plus attendre, la lame vient racler directement ses racines. Plus la lame racle, plus la foule se fait hargneuse. Le visage de Catelyn se déforme en grimaces monstrueuses. Afin de s'échapper, son cou s’enfonce entre ses épaules et sa colonne se crispe toute entière. Sur son corps des anciennes mèches de ses cheveux se sont collées et se refusent à la quitter. Alors, l’homme vient de sa main les retirer une à une. Ses doigts s’enfoncent dans les coupures causées par les pierres et des torrents de larmes grondent en elle. Il sillonne des serpentins sur sa peau de lait. La foule hurle, la traitresse est rasée ! La belle n’est plus qu'un monstre au crâne sanglant ! Celle qui avait été un jour le précieux Chaton du Val, oui celle-là même s’était promise de ne pas pleurer. Elle s’était fait le serment de ne pas leur offrir cette joie là, mais soudain l’opprobre était trop forte. Ses yeux se ferment et sa bouche difforme laisse échapper un cri silencieux.



Les bottes de l'homme s’éloignent et la foule continuer à hurler. Maintenant, était l’heure de l'écorchement. Une main se pose sur sa joue et l’oblige à ouvrir les yeux. Catelyn regarde moi… C’est une voix lointaine, trop lointaine pour être vraie et elle secoue la tête refusant de laisser le jour percer sa vue. Elle allait fermer les yeux et imaginer le Val. Pour chaque coup, elle monterait doucement le chemin des Eyrié… et, avant le dernier, elle serait sauve dans la salle aux treuils. Pourtant, la voix insiste et entonne une lamentation fébrile. Ne regarde que moi… Les pas reviennent, jusqu’à s’immobiliser derrière elle. Ils sont tous en émois, l’air est électrique. Doucement, des griffes de métal descendent sur son dos… La condamnée ne peut pas voir l’instrument et c’est peut-être au mieux. Pour l’occasion, un fouet particulier a été offert aux yeux du public. Un chat pour exiger la honte et le pardon des êtres les plus perfides. Parce qu’ils ne servent jamais deux fois, celui-ci a été commandé par le Donjon-Rouge il y a quelques jours : un long manche de bois auquel neuf cordes de cuir de porc ont été cousues. Chacune de ces cordes présente trois nœuds dont le dernier abrite un morceau de fer coupant. Il est brandi à la foule, ultime geste théâtral de la journée. Bientôt la putain porterait les marques de son arrogance ! S’il te plait, ne regarde que moi… Alors, la Valoise hoche la tête et ouvre ses grands yeux céruléens. Il lui faut un certain temps pour comprendre qui se tient devant elle. Nombreux étaient les traits de ce merveilleux visage qu’elle avait oublié… Aide-moi... je ne veux pas pleurer. Alyssa acquiesce sans un mot. Tout ira bien. Non, tout irait bien. 


Pierre. Le premier coup vibre dans l’air et Catelyn hurle de douleur. C’est comme si tout son corps s’éveillait des plus affreuses brûlures. Affolée, il lui est impossible de trouver sa respiration. La langue contre son palet elle s’étouffe. De ses fines commissures, un filet de bave s’échappe et sa gorge s’ouvre, immense et sans espoir, à la recherche d’air moins putride. Celui-ci ne vient pas : il se refuse à venir nourrir ses poumons. Son esprit tangue et la vision de sa mère flotte, ses paupières veulent se fermer et, déjà, abandonner. Inspire. Maintenant. Machinalement, elle écoute mais ne peut seulement que bloquer sa respiration. Il n’y a aucun air dans son corps frêle. Il n’y a pas le temps pour trouver l’air avant que le deuxième coup s’abatte sur elle.

Neige. À nouveau, elle déchire l’atmosphère d'un cri de souffrance. Les larmes s’agglutinent dans ses iris et elle sent qu’elle va craquer. Il lui est impossible de résister. Les légendes ne sont pas faites pour être vécues. Elle ne serait jamais comme sa noble ancêtre. Un front se colle à elle et à nouveau cette voix susurre ; laisse-moi prendre tes larmes. Pleure mon enfant, ces larmes ne seront pas de ce monde. Ils ne verront rien. Alors, elles coulent, mais rien ne vient mouiller ses joues.

Ciel. Troisième coup et sa chair se déchire sans retour possible. Un nouveau hurlement. À vif, le cuir du bourreau atteint désormais des parties de son corps qu'elle ne soupçonnait même pas. Pierre. Neige. Ciel. Elle y est bientôt entre les bras de ses aïeux, déjà elle peut voir la Tour de la Vierge. Un miaulement déchirant fait vibrer ses lèvres, malgré la lente mort de ses sens elle arriverait à grimper la cheminée escarpée. Si elle arrivait à la salle des treuils elle serait sauve. C'était un jeu. Mentalement, elle visualise chaque prise. Toute son énergie se met dans cette roche qu’elle connait par cœur, combien de fois a-t-elle monté ces parois pour accéder à l’éden de Westeros? Le front et la main de sa mère sont toujours contre elle, Alyssa écluse ses larmes en murmurant des lamentations andales oubliées. Et les coups continuent, lui arrachant des morceaux de chair, laissant apercevoir par endroit la pulpe de ses muscles dorsaux. Comme elle le peut, elle continue d’escalader la dernière paroi. C’est comme si toute la force de ses ancêtres la pousse à traverser les derniers sommets enneigés. Si tu tombes, nous te porterons. Non. Non, je ne tomberai pas. Ses lèvres se déchirent de s’interdire de crier. Tout est flou, tout est faux, tout est vrai. Elle y est. Les étoiles sont dans le ciel plus fortes que l’astre solaire. Et puis, tout s’arrête.



Le fouet tombe au sol. Rapidement, l’air salé vient attaquer les déchirures et, dans la brise légère, dépiaute chaque corpuscule. Ses jambes lâchent, mais ses fers ne lui permettent pas de se reposer à terre. Tout comme les lambeaux dans son dos, elle pend dans le vide. Alors qu’un vent glacé se lève, des lèvres baisent pieusement le souvenir de ce qui fut la naissance de ses cheveux. Emmène-moi avec toi maman. Emmène-moi avec vous…. Je ne le peux pas. Je ne le peux pas. Je t’en prie, fais-moi partir d’ici. Au-dessus d’elle, un bruit métallique se fait entendre. On la délivre. De tout son soul, elle s’effondre sur le sol. Ses mains viennent se recroqueviller sous son ventre. Il n'y a plus que ses doigts qui ondulent, eux-seuls n’ont aucun stigmates. Relève-toi. C’est une nouvelle voix, moins maternelle, plus intransigeante. Une fille du Chevalier Ailé ne reste jamais à terre, tu te lèveras ! La poigne monstrueuse vient la soulever et la pousse à faire quelques pas devant la foule. Le sang a coulé sur tout son corps. Un démon de feu et de sang dont les bras tremblent tandis qu’il cherche à les entrouvrir. Devant elle, se tient deux femmes portant le même nom : l'une pleure et l'autre sourit fièrement. Les yeux secs, c’est sa dernière vision avant de s’effondrer dans l’obscurité.

AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor
You're not the untold story
You're the secret weapon

Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: La Chute du Faucon [PV Catelyn]   

Revenir en haut Aller en bas
 

La Chute du Faucon [PV Catelyn]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» cheveux
» Obama en chute libre ...
» Effet d'Obama; la chute de l'indice Dow Jones
» Petit Faucon [ Vent ] [PRIORITAIRE]
» lourde chute pour allan jlr

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
After the Conquest :: 

The seven kingdoms

 :: Terres de la Couronne :: Port-Réal
-