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 Avant la guerre, une cage dorée

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Avant la guerre, une cage dorée   Lun 1 Oct 2018 - 16:53




Avant la guerre, une cage dorée

La matinée était encore relativement fraîche, du moins la température nocturne n’avait pas encore été remplacée par la fournaise qui envahissait le moindre espace du Donjon Rouge quelques heures à peine après le lever du soleil. Depuis le balcon de sa chambre, Robb observait le port en contrebas d’un air inquiet. Le navire transportant son frère et Freyja devait être arrivé depuis plusieurs jours déjà, et aucune nouvelle n’avait été reçue depuis le corbeau l’informant qu’ils avaient récupéré la cadette des Stark et qu’ils reprenaient la mer vers la capitale. On avait reporté au Régent qu’une tempête avait éclaté non loin des côtes, mais la Fureur était l’un des plus gros navires de la flotte orageoise, et ne devait pas avoir eu de problèmes à résister au mauvais temps, après tous les marins de l’Orage avaient l’habitude du mauvais temps, et pourtant… Quelque chose avait dû se passer pour les ralentir, pire, pour qu’ils ne donnent aucune nouvelle.

Rohanna dormait encore, ou du moins elle n’avait pas encore bougé du lit. Robb avait développé une sorte de sixième sens en la matière, parvenant à détecter le moment où elle se réveillait même quand il lui tournait le dos, une réminiscence de la période où son épouse avait dû faire face à sa première fausse couche, et où rester attentif à son état était l’une de ses priorités. La situation était différente aujourd’hui, la Biche semblait avoir décidé, au moins en apparence, de surmonter ses malheurs passés, se focalisant sur l’avenir et ses épreuves qui n’avaient rien à envier à celles qu’ils avaient déjà dû affronter. Pour autant, le suzerain de l’Orage n’en était pas moins inquiet pour elle, et restait à l’affut du moindre signe qu’elle pourrait donner d’une faille de sa volonté. Il n’avait pas oublié cette nuit où elle avait manqué de se laisser tomber du même balcon où il se tenait actuellement. Sa famille était déjà suffisamment affaiblie, son épouse avait déjà trop subi pour qu’il ne se préoccupe que des affaires d’état comme certains auraient pu le faire à sa place.

Il fallut encore plusieurs minutes avant qu’elle ne s’éveille, arrachant un sourire au Cerf qui détourna le regard de la mer pour l’observer s’étirer. Il parla alors d’une voix à peine suffisamment haute pour qu’elle l’entende depuis le lit :

« Je ne voulais pas te réveiller, il n’y a rien de prévu aujourd’hui… » Dans un soupir, il ajouta : « Toujours aucun signe de mon frère. Je vais devoir envoyer des hommes pour enquêter, ce n’est pas bon. »

C’était même très mauvais, à vrai dire. Au-delà de la douleur d’une nouvelle perte s’il était arrivé malheur à Edric, la situation à l’Orage ne ferait qu’empirer avec la perte de son héritier, d’autant plus que le second dans la ligne de succession était plus que probablement également un traitre dont il faudrait disposer, en même temps que Kyra. Ne resterait alors que Boremund, mais ce n’était encore qu’un bambin, sans autre Baratheon la situation serait encore plus instable qu’actuellement, et il y avait déjà suffisamment de problèmes à régler comme ça.

Comme une réponse à ses réflexions, Ser Dondarrion frappa à la porte, demandant à lui parler. Le sourire aux lèvres, et en évitant soigneusement de poser les yeux sur le lit où se trouvait encore sa suzeraine. Il avait de bonnes nouvelles : Lord Tyvaros et Ser Edric étaient arrivés en compagnie de la jeune Stark, curieusement à cheval et par la terre plutôt que par navire, visiblement ils avaient essuyé une tempête, une attaque de Fers-Nés, avant d’accoster et de reprendre la route vers Port-Réal. Robb poussa un soupir de soulagement, avant de donner les instructions qu’attendait son capitaine.

« Envoyez Edric se reposer, et dites à Lord Tyvaros que je le convoquerai plus tard pour son rapport. Demandez aux serviteursde préparer une chambre dans la Tour pour la jeune Stark, et faites en sorte qu’il soit bien clair qu’elle est ici sous la protection des Baratheon, et personne d’autre. Qu’on l’installe dans la salle à manger et qu’on lui donne un repas en attendant, nous le rejoindrons bientôt pour lui souaiter la bienvenue. »

Et s’assurer qu’elle comprenne bien sa place dans le jeu politique actuel. Freyja serait un élément important pour affaiblir le Nord, voire le pousser à la reddition une fois qu’ils sauraient que l’une des leurs était aux mains de leur ennemi. Sans compter son accord avec le Bolton, dont la jeune femme faisait partie intégrante. Elle ne devait probablement pas avoir conscience du rôle qu’elle allait jouer, néanmoins il était important qu’elle prenne conscience du statut qu’elle occuperait au sein du Donjon Rouge, et des limites à ne pas dépasser en la matière, autant pour sa sécurité que pour son bien-être. Il n’était pas nécessaire de préciser tout ça au chevalier pour autant, qui se contenta de s’incliner et de quitter l’entrée de leur chambre pour exécuter les instructions qu’il avait reçues. Robb se tourna vers son épouse, un sourire à peine dissimulé sur le visage, le problème de son frère enfin réglé, du moins celui de son absence. Le reste, par contre… C’était encore à voir.

« Il semblerait qu’il y ait quelque chose de prévu, au final. Il va nous falloir accueillir cette nouvelle invitée. »

Une heure plus tard, ils descendaient tous les deux vers la large pièce servant habituellement aux repas. L’important était de faire forte impression, pour que la jeune louve comprenne rapidement qu’il n’était pas question de jouer avec les instructions qui lui seraient données. Au-delà de la simple insigne de Main du Roi, Robb portait donc l’épée de son père, ainsi que la chevalière de sa Maison, qui servait également à marquer les décrets et courriers officiels du suzerain de l’Orage. La pièce était vide, hormis la jeune Stark assise à la table, et les gardes qui encadraient toutes les entrées, immobiles. Se tenant droit, son épouse à son bras, Robb s’adressa à la jeune louve, sans animosité mais néanmoins fermement.

« Freyja, bienvenue à Port-Réal. J’ai cru comprendre que vous aviez eu des ennuis en route, j’espère que vous n’avez pas eu à trop souffrir du voyage néanmoins ? »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 14 Oct 2018 - 17:30

Le voyage avait été une épreuve. Au début, la faiblesse de son corps l'avait empêché de penser. Dans sa folie furieuse, Edric n'avait pas senti le sang sortir de lui, les coups de Tyvaros qui se débattait ; puis ceux de Nerbosc l'avaient plongé dans l’inconscience. A son "réveil", le Cerf avait dû mobiliser toutes les forces qui lui restaient pour marcher. La honte de son débarquement forcé lui brûlait la gorge, mais pas celle de cette folie. La vue du Mantaryen lui était insupportable. A Freyja non plus, dont il soupçonnait la complicité, Edric n'arrivait pas à pardonner ; et à lui-même, encore moins. Plus son corps récupérait, plus son esprit le tourmentait. Il avait perdu trois navires, il avait abandonné des dizaines d'hommes, des hommes qui étaient sous sa responsabilité et avaient pâti de ses décisions. Il aurait dû en sacrifier certains pour en sauver d'autres ; sacrifier des hommes de la Couronne pour sauver des hommes de l'Orage, n'était-ce pas ce que la raison demandait ? Ce que Tyvaros avait demandé ? Edric refusait d'accepter que le Serpent avait eu raison ; il lui vouait une rancoeur tenace d'avoir forcé sa volonté, d'avoir menacé la vie de celle qu'il ne parvenait pas à se féliciter d'avoir sauvée. Ramener Freyja saine et sauve : n'était-ce pas le but de cette expédition ? A Edric, l'expédition paraissait si désastreuse que l'idée de se présenter devant Robb pour répondre de ces pertes massives le rendait malade. Sans parler de se présenter devant les seigneurs de l'Orage pour répondre de la perte de leurs fils ou de leurs sujets, qu'il avait lâchement livrés aux Fer-Nés.

Affaibli, renfermé, haineux, Edric avait laissé Valyron endosser toutes les responsabilités, s'acquitter de toutes les amabilités de la suite du voyage. Le Cerf chevauchait, mangeait, dormait, limitant au strict minimum les interactions avec ses hôtes et ses compagnons de voyage. Il était difficile à croire que cet homme mutique, aux épaules voutées par le poids de la culpabilité ou la douleur d'une blessure mal cicatrisée, soit le loquace héritier de l'Orage. Edric était une ombre et comme une ombre il passa les portes de Port-Réal, comme une ombre il fut reçu. Il ne méritait pas mieux, il ne souhaitait pas mieux ; il n'avait qu'une hâte, se retirer dans le repos de ses quartiers, et délaissa l'installation de Freyja, tout comme il délaissa de partager son repas, auquel il n'était pas invité.
Un bain fumant l'attendait dans ses appartements, tentant ; mais le Cerf vérifia d'abord s'il avait du courrier. Ashara n'avait pas écrit depuis de longues semaines, et lui plus encore, depuis que les accusations de l'empoisonnement pesaient sur le Nord - car que dire à la Louve bien aimée, sans trahir la Couronne et les siens ? Les mots d'Ashara lui manquaient cruellement, chaque jour elle s'effaçait comme un rêve inaccessible ; Edric la perdait, et bientôt il la perdrait dans la guerre, lui murmuraient des fantômes funestes.

Aussi, le Cerf fut surpris de découvrir, parmi d'autres, deux missives de Winterfell. Il les déplia, désordonné, commençant par la dernière, lisant sans comprendre ; dépliant la première, lisant, relisant, sentant son esprit s'activer et son coeur battre, sentant le sang circuler à nouveau dans ses veines comme jusqu'alors obstruées. Un juron s'échappa de ses lèvres, il lut une troisième fois, ne sachant trop s'il devait rire ou pleurer, ce qu'il devait faire, et cette incertitude était insupportable. Quelque soit cette nouvelle, il devait la partager avec son frère. Oubliant rancoeur, méfiance et pudeur, le Cerf s'échappa de ses appartements, pénétrant en trombe dans la salle à manger.
Oubliant Freyja, oubliant Rohanna, oubliant la règles les plus élémentaires de la politesse, Edric interpella son frère, contournant la table qui n'était qu'un obstacle pour étaler devant son regard médusé la première lettre, en face de l'assiette de Freyja, dessert auquel la Louve délicate avait à peine touché. Tandis que son frère lisait, la première lettre, puis la deuxième, Edric scrutait les traits de son visage ; il remarqua ses vêtements d'apparat, à côté desquels ses habits de voyage, et son bandage poussiéreux, semblaient presque insultants, mais qu'importe ! Il échangea un long regard avec Rohanna, et daigna regarder, enfin, cette autre soeur, figée comme porcelaine - et il se sentit coupable de ce qui était arrivé et de ce qui allait arriver, peut-être, à présent que soufflaient les vents bleus du changement.


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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 14 Oct 2018 - 19:13

Avant la guerre, une cage dorée

Robb, Rohanna, Edric & Freyja


Le vent chaud de la capitale souffla sur la peau éprouvée de la jeune louve. De son nouvel environnement, elle n’en ressentait que la chaleur étouffante, l’hostilité croissante, le sentiment écrasant, qu’ici, tout lui était étranger. Elle ne s’habituait guère à cet air si différent de celui du Nord qui était lui chargé d’une brise pure et sèche. Ici, chaque souffle dans ses poumons amenait des lambeaux de sel, d’iode, de mille senteurs inconnues, de poussière et de chaleur. A ses yeux s’offraient la vision d’une construction colossale qui installait la magnificence de Port-Réal, de sa couronne et du pouvoir. La splendeur des lieux aurait eu à l’émerveiller si elle ne se sentait pas enchaînée déjà à chaque pierre, à chaque grain de poussière, à chaque bâtiment, à chaque tour. L’aspect gigantesque de la capitale faisait trembler les fondations déjà guère solides de son univers. Le monde tournait à une vitesse folle autour d’elle, et lorsque ses pâles prunelles s’arrachaient à la contemplation mortifère de la capitale, c’était pour la renvoyer à l’infini angoissant de la mer. Les souvenirs terribles de ces derniers jours s’écrasaient avec violence sur la surface de sa rétine. Dans chaque bruissement, il lui semblait entendre le hurlement de ces hommes que les vagues ou les épées de Fers-Nés avaient avalé, ou à ceux qui avaient vécu un sort bien pire que la mort ; dans l’écho des récifs, il lui semblait entendre encore gronder la fureur de la tempête, le hurlement violent de cette nature qui s’était dressée contre elle, impitoyable et féroce ; dans le silence de ses pensées, une voix venait lui hurler sa traîtrise, sa lâcheté et ses fautes. Du seul allié qui résidait à ses côtés, elle était parvenue à s’en faire un ennemi. Au cours de ces derniers jours éprouvant pour regagner la capitale sains et saufs, Freyja avait souffert de l’indifférence méprisante du Prince de l’Orage, de ses silences sentencieux, de ces regards qui ne lui pardonneraient jamais ce qu’elle avait fait. De son courroux, elle s’en sentait fautive, mais une part d’elle se rebellait contre cette injuste condamnation. Chacun de ses actes, même maladroits, n’avaient-ils pas été étudiés dans l’unique but de lui sauver la vie ? Si, lors d’une brève alliance, Valyron et elle ne s’étaient pas assemblés pour faire front contre l’entêtement d’Edric, ne serait-il pas mort à cette heure ? Ou pire, encore, aux mains des Fers-Nés ? De sa mort, elle en porterait une culpabilité plus grande encore, non seulement au regard de la Couronne, mais plus encore de celui de sa sœur Ashara et de sa tendre nièce. Elle préférait subir les conséquences douloureuses un mépris qu’un deuil irréversible.

Epuisée par des nuits agitées, endolorie par ses précédentes blessures, éprouvée par une chevauchée à laquelle elle n’était pas habituée, malmenée par l’inimitié qui lui était vouée et effrayée d’atteindre les portes de sa prison, Freyja tenait debout presque par miracle. A peine parvenus aux abords de la tour, elle s’était retrouvée délaissée par ses deux compagnons de voyage, destinée à suivre des gardes jusqu’à une salle immense au cœur de la Tour de la Main du Roi. L’envergure de la pièce manqua de lui donner le tournis. Livrée à elle-même, elle se laissa choir avec une élégance qui lui manqua sur l’une des chaises qui entouraient la table où avait été installé un repas. En dépit de sa faim, l’angoisse qui tordait les entrailles de la Louve l’empêcha d’avaler quoi que ce soit. Les derniers mots qui lui avaient été adressés annonçaient la venue prochaine de Robb Baratheon et de son épouse. Ses yeux s’échouèrent sur la robe qu’elle portait et elle réalisa qu’elle devait avoir bien piètre allure pour s’afficher face à la Main du Roi et Lady Rohanna. Au cours des trois jours qui suivirent la tempête, un bain chaud, des vêtements neufs et des soins lui avaient été apportés. De ses séquelles, elle ne portait qu’un vieux bandage autour du bras, des égratignures çà et là sur sa peau de porcelaine, et l'épuisement manifeste qui provenait principalement de la douleur qui vibrait régulièrement à l’arrière de son crâne. Elle ne se sentait pas plus à l’aise dans cette robe qu’elle portait, à la mode du Sud, mais guère à sa taille. Il avait fallu repriser en toute hâte l’ourlet du bas pour qu’elle ne traîne pas complètement au sol. Quelle image donnerait-elle de Winterfell et des Eyriés ? Elle s’appliqua à arranger sa chevelure, lui donnant un air plus ordonné. Ce fut à ce moment qu’elle réalisa combien ses doigts tremblaient d’une émotion trop forte. Du flegme dont elle avait fait preuve au jour où Edric et le Maître des Chuchoteurs étaient venus la chercher, il semblait qu’il n’en restait rien, évanoui dans la tempête. Même à l’interrogatoire malveillant de Valyron, elle n’avait pas flanché. Le courage lui manquait cruellement à cette heure où chaque fibre de son être criait d’épuisement.

La louve sursauta lorsque les portes de la pièce s’ouvrirent. Deux silhouettes à l’allure superbe s’engouffrèrent entre ses battants et s’approchèrent de Freyja. Bien moins gracieusement qu’elle ne l’aurait souhaité, Freyja se redressa sur sa chaise. Si elle frémit en premier lieu en observant l’épée qui ceignait à la taille de l’homme, elle identifia bien vite l’anneau à son doigt. La chevalière de la Main du Roi. La jeune femme s’inclina respectueusement. Elle aurait souhaité exprimer quelques mots, mais sa gorge était trop sèche pour émettre le moindre son. Osant relever la tête, elle observa Lord Baratheon. En premier lieu, ce fut sa ressemblance frappante avec Edric qui la saisit, mais il y avait quelque chose en lui qui rappelait plus les manières d’un seigneur que d’un prince. Une prestance. Un charisme. Une fermeté certaine. Et pour trancher avec la présence autoritaire de Robb, sa femme trônait à ses côtés. Biche blanche et douce. Freyja fut éblouie par la douceur de ses traits, la coupe parfaite de son visage délicat et la beauté qui embaumait la moindre de ses attitudes. Une beauté nullement gâtée par les épreuves auxquelles elle avait dû faire face. Il lui fallut beaucoup de force pour formuler une réponse cohérente à la Main du Roi et ne pas laisser transparaître la torpeur qui l’emprisonnait bien plus que ses geôliers. « Sir, j’ai joui de bien plus de chance que la plupart des occupants de ce navire. Nous sommes arrivés sains et saufs. » Uniquement quatre d’entre eux au détriment de tout un équipage. Une fois encore, les scènes de cette effroyable tempête se rejouaient dans son esprit. Ses doigts s’accrochèrent aux plis de sa robe pour en dissimuler les tremblements. N’oubliant pas les raisons diplomatiques de sa venue et tous les enjeux de sa captivité, la louve crut bon de poursuivre. « Ma présence ici gage de la coopération entière du… » Le reste de ses mots fut avalé par le fracas des portes qui s’ouvrirent à la volée. Edric en apparut sur le seuil, agité et empressé. Les entrailles de Freyja se glacèrent mais il n’eut d’yeux que pour son frère vers qui il se précipita et présenta des lettres sous son nez. Des missives, elle ne put pas en cerner l’objet, toutefois, elle aurait reconnu cette écriture entre mille et le sceau brisé qui en scellait autrefois l’ouverture. « Ashara… » murmura-t-elle, détaillant d’abord Robb en quête d’une réponse, puis Edric en dépit de tout ce qu’il pouvait ressentir contre elle.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 16 Oct 2018 - 1:00




Avant la guerre, une cage dorée




L ’époque où, pour sortir du monde des songes, elle ouvrait un œil après l’autre était terminée. Avant, une première paupière ouverte lui permettait d’être certaine que le petit jour n’était pas une chimère ou, au contrairement, de rester un peu plus longtemps alanguie dans les bras nocturnes. C’était un temps naïf, lascif où le monde était fait pour rythmer au même affetti que ses amants les plus gourmands. Désormais, tout était différent. Rohanna ouvrait ses deux grands yeux bruns, ensembles et sans attendre. C’était la seule façon qu’elle avait de ne pas laisser sa mélancolie l’attraper dans les méandres d’un univers noir et sans espoir. La seule arme véritable capable de couper les lianes gluantes et asphyxiantes de tout ce sang qu’elle avait perdu et qui ne demandait qu’à la perdre avec. La noyer. Sa main endormie protège son visage de la lumière matinale. Le soleil n’a pas percé la haute baie géminées, mais son sommeil a été trop opaque pour ne pas s’éblouir de cette soudaine clarté. Dans le contrejour doré, la figure de Robb apparaît. Comme plusieurs matins déjà, il est l’affût du moindre signe de l’horizon. Il pourrait rester des heures à fixer la ligne plate, sans accepter ni repas ni boisson. Jamais son épouse ne l’avait vu dans cet état d’angoisse et d’énervement paisible, pas même après ses fausse-couches. Il était tout aussi facile que difficile d’imaginer ce qui se tramait dans son esprit. Il disait ne pas perdre espoir de voir La Vesprée percer la ligne azurée, mais chaque heure passée venait ternir cette espérance en mensonge. Un bâillement vient chasser les dernières effluves de la nuit et ses bras s’allongent comme pour chasser ces affreuses lianes un peu plus loin encore. Quelques heures de répit avant qu’elles ne reviennent. « Je ne voulais pas te réveiller, il n’y a rien de prévu aujourd’hui… » Une moue au visage, elle secoue la tête. Le voir dans les bras de cette apathie nouvelle n’était pas pour lui plaire. Robart n’était jamais comme ça, il ne se montrait jamais enclin à la faiblesse de ses doutes. « Toujours aucun signe de mon frère. Je vais devoir envoyer des hommes pour enquêter, ce n’est pas bon. » Rejetant le drap de ses pieds, elle s’assied au bord de leur couche. Ses jambes sont lourdes, ankylosées de cette longue marche qu’elle s’est obligée la veille dans les rues de Port-Réal. Par tous les moyens imaginables, elle s’empêchait de penser à Edric. Elle n’avait jamais parlé à Robart de leurs adieux, de sa fureur, de la sienne, de leurs maux, de leurs détresses… elle n’avait même jamais eu la force d’aller voir si il avait emporté avec lui ce surcot qu’elle lui avait brodé de leurs signes et couleurs héraldiques. Elle fuyait tout ce qui aurait pu la rendre faible, pas quand Robart devait se sentir soutenir et épaulé. Car si Edric ne revenait pas, si il avait été pris dans cette tempête… alors la Baie des Naufragés ne serait pas assez déchainée pour affronter leur avenir. Cet avenir, tant qu’il n’y avait pas d’autre échappatoire, elle s’empêchait d’y penser. « Nôtre frère reviendra… il revient toujours. » Les trois frères d’Accalmie étaient toujours revenus. Chaque femme qui les avait veillé sur les remparts, à la lueur de leur cœur frémissant, n’avait jamais doutée une seule seconde de leur vision sur l’horizon. Robart n’était pas habitué à cette attente incontrôlable, mais elle si car elle les avait tous attendus — même Jasper, quand sa fureur pour lui n’était pas encore. 


Sans prévenir, Ser Dondarrion fait irruption dans la chambre nuptiale. Brièvement, il salut son Seigneur et s’avance d’un pas tout aussi silencieux qu’affirmé. Rohanna ne peut s’empêcher un certain inconfort à le voir dans cette pièce et elle ne bouge pas. Aux premières heures de leur mariage, elle avait été gênée des vas-et-viens des servantes et autres commis de la forteresse dans leur intimité. Elle n’était pas particulièrement pudique, mais cette façon qu’ils avaient de se mouvoir n’importe quand, n’importe où, à leurs côtés lui était désobligeante. Puis, avec les années, elle avait réussi à les rendre invisible. Depuis cette terrible nuit, pourtant, croiser le regard du chevalier était difficile, douloureux et pénible. Elle ne pouvait s’empêcher de revivre le scène où il l’avait vu nue, folle et désespérée, prête à se jeter dans le vide, au milieu de débris de la fureur assassine de Robart. Elle savait qu’un jour elle devrait passer au-dessus, mais elle n’y était pas encore prête. Tout comme elle se refusait de s’approcher de cette fenêtre. Demain, mais pas aujourd’hui. Évidemment, demain n’arrivait jamais.

Dans le bruit de ses pensées, rentre en écho le chant Orageois. Les nouvelles étaient bonnes, excellentes. Edric était rentré ! Edric était sain et sauf, il était entre ces murs actuellement ! Remplie d’une allégresse nouvelle, Rohanna se laisse glisser vers le sol et se précipite vers les deux hommes. « Envoyez Edric se reposer, et dites à Lord Tyvaros que je le convoquerai plus tard pour son rapport. Demandez aux serviteurs de préparer une chambre dans la Tour pour la jeune Stark, et faites en sorte qu’il soit bien clair qu’elle est ici sous la protection des Baratheon, et personne d’autre. Qu’on l’installe dans la salle à manger et qu’on lui donne un repas en attendant, nous le rejoindrons bientôt pour lui souhaiter la bienvenue. » Mais son entrain disparaît aussi vite qu’il était venu et à nouveau elle ne peut approcher de la baie lumineuse, ni du livreur de bonne nouvelle. Un frisson la parcourt. L’Orageois, dans son armure scintillante, s’évapore de leur domaine très privé. Robb lui sourit comme il ne l’a pas fait depuis longtemps : elle le lui rend, mais dès qu’il se détourne il s’efface. « Il semblerait qu’il y ait quelque chose de prévu, au final. Il va nous falloir accueillir cette nouvelle invitée. » Son épouse lui offre un haussement de sourcils, n’était-ce pas là une merveilleuse nouvelle? Plein de vitalité, il s’affaire déjà à se préparer et gorge son visage d’eau fraîchement puisée et apportée à l’aurore. L’apathie avait disparu et une force nouvelle venait de s’emparer de son corps vif et fort. Celui qu’elle n’avait pas encore le droit de toucher. Glissant une main derrière une tapisserie murale, elle sonne ses dames d’atours. L’autre vient toucher sa large cicatrice.




***




Elle est là. Frêle, très pâle, dans des vêtements poussiéreux, déchirés et salés : difficile d’imaginer qu’il s’agit là d’une des descendantes des grands rois de Winterfell. Autour de l’avant-bras de son époux, les doigts de la Biche se crispent. Elle avait cru se préparer à ce moment, mais c’était pire qu’une gifle d’un Trant. La voix de Robart était sans animosité aucune, sans ressentiment, elle était simplement royalement mesurée. « Freyja, bienvenue à Port-Réal. J’ai cru comprendre que vous aviez eu des ennuis en route, j’espère que vous n’avez pas eu à trop souffrir du voyage néanmoins ? » Comment peux-tu te foutre si elle, elle a souffert? L’étrangère venue des terres lointaines, s’incline. Et Rohanna s’étonne de ne voir aucune trace de l’arrogance des Arryn dans les manières de la jeune femme. « Sir, j’ai joui de bien plus de chance que la plupart des occupants de ce navire. Nous sommes arrivés sains et saufs. » Parce qu’elle ne veut rien louper des agissements de la louve, la Dame d’Accalmie perçoit son geste. Ses doigts se cachent dans ce qu’il reste d’une robe de Cour. Le vestige détruit de la magnificence des Eyrié et de leur château de marbre bleu. Quelques phalanges sont égratignées. Si elle est présente physiquement, elle se refuse à écouter les plates paroles. Son attention se porte sur le grand absent, Edric. Elle n’aime pas cette soudaine arrivée. Rohanna avait oublié qu’avec le retour de son frère, viendrait celle du souvenir de la mort. « Ma présence ici gage de la coopération entière du… » elle ne termine pas sa phrase : un homme entre en furie dans la pièce. Ses cheveux sont emmêlés, blanchâtres de poussière, une forte odeur de cheval prend domination sur la rose musquée ambiante. Ce n’est que lorsque que la voix s’élève, interpellant Robart, qu’elle accepte de voir Edric. Ses doigts, si tendus quelques instants auparavant, glissent d’un coup brusque du bras seigneurial. Il était vivant, de chair et d’os présent dans cette salle. Sur la table, il placarde deux parchemins.

Robb lui échappe, il s’approche de ce frère et de cette étrange livraison. Elle, elle reste immobile. Incapable de bouger, incapable de respirer, incapable de détacher son regard de cet homme pour qui, elle le sait maintenant, elle a eu tellement peur. 

Quand il croise son regard, celui-ci est long. Il semble toucher l’éternité. Le temps tournoie dans son esprit, dans son âme, dans ses souvenirs : tout se côtoie, tout se mélange. Plus rien n’est vrai, plus rien n’est faux. Il est vivant. On dirait un charlatan des grands chemins, mais il est vivant. Blessé, mais une lumière nouvelle irradie de lui. Un pas, incertain. Un deuxième, pour l’équilibre. Les autres s’enchaînent, elle passe devant Freyja sans la regarder, derrière Robb sans se soucier des nouvelles, jusqu’à toucher la main, sale et calleuse, du fils de l’Orage. Lui pardonnait-il tous leurs émois passés? Pouvait-il oublier toutes leurs affreuses paroles? Elle le faisait !, tout cela n’était rien contre l’idée de le perdre réellement, de ne jamais le revoir ! Sous sa lourde robe d’apparat, son cœur halète, bondit et brame fort, fort, fort ! Après un instant, elle perd ses doigts dans sa paume et la presse avec un amour sincère et nouveau. Puis, sans se soucier réellement du bandage qui scie son bras, oubliant la sœur de l’assassin et toutes les convenances de la Cour, elle se jète à son cou. Elle enroule ses bras aussi fort que lui permet la hauteur monstrueuse du colosse d’Accalmie et sa voix chante d’un éclat heureux : « je savais que tu reviendrais ! » Depuis ce soir dans les cuisines de la forteresse, je t’ai attendue tant de fois que je savais que ce ne serait pas la dernière ! C’est comme un rire qui répète : je le savais, je le savais, je le savais ! C’est comme une enfant qui retrouve son meilleur acolyte et compère et elle son sourire continue de s’étirer. Ses fameuses fossettes ne semblent jamais vouloir s’arrêter de se creuser, mais elles le font brutalement quand la voix faiblarde et tremblante de l’invité indésirée perce son ouïe : « Ashara… ». Alors les bras se détachent et Rohanna recule, marchant sur sa traîne mordorée. Elle dévisage Edric qui ne scrute que la petite louve. Elle n’arrive pas à déchiffrer ce regard tempétueux, alors, peut-être réellement pour la première fois, elle s’accorde à jeter ses yeux sur elle.

Elle aimerait pouvoir faire un geste vers cette enfant paniquée, un geste rassurant vers cette inconnue qui semble avoir vécue des épreuves terribles et arrive dans un endroit étrange, avec des personnes tout aussi étranges. La Dame des lieux connait le sentiment, elle sait que, déjà à l’ordinaire, les Baratheon sont imposants et déroutants, sans parler du Donjon-Rouge… qu’elle n’était pas encore sûre de pouvoir décrire parfaitement. Il suffirait d’un geste, un geste pour apaiser ses tremblements mais malgré toute sa bonne volonté, Rohanna n’arrive pas à passer la barrière de cette cicatrice qui la brûle. Ce souvenir, ce qu’elle a du endurer et perdre à cause du Nord. « Robart? » Elle a déjà détachée son attention de Freyja depuis de longs moments, mais c’est instinctif elle pose ce que la captive ne peut demander : « quelles sont les nouvelles? Ashara et Cathan vont bien? ».

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 16 Oct 2018 - 17:23




Avant la guerre, une cage dorée

Un chiot apeuré, qui tentait de faire face à des événements bien trop grands pour elle, telle était la première image que Robb eut en voyant la jeune Stark pour la première fois. A son crédit, elle essayait toutefois, conservant un certain calme dans la situation où elle se trouvait, et rien que pour cela elle méritait un certain respect. Robb hôcha la tête tandis qu’elle mentionnait la perte de son navire, plus d’une cinquantaine de marins de l’Orage parmi les meilleurs, les premières pertes d’une guerre qui n’avait pas réellement commencé. Les reponsables, directs et indirects, paieraient pour cela, les batailles à venir s’en chargeriant bien assez vite, personne ne pouvait s’attaquer aux hommes des Baratheon sans en payer le prix fort, et ceux-là ne feraient pas exception. Néanmoins, tous les hommes présents sur ce navire avaient fait leur devoir envers leur suzerain et son héritier, aucun d’eux n’était mort pour rien, ou par le caprice d’un seul homme, c’était une certitude, aussi la question ne devait pas être soulevée avec la jeune Louve, elle le serait bien assez rapidement lorsque Robb demanderait son rapport à son frère.

« Mes hommes sont morts pour vous protéger, mon frère et vous, et leur sacrifice sera honoré à la hauteur du service qu’ils ont rendu au Roi et à moi-même. Vous n’avez pas à vous sentir coupable des actes commis par d’autres, de même que vous n’en serez pas tenue responsable. Le meilleur moyen de leur rendre hommage est de continuer votre vie en étant reconnaissante qu’ils vous aient permis d’arriver jusqu’ici saine et sauve. »

Machinalement, la jeune louve continua sur sa lancée, rapidement interrompue par les portes de la salle qui s’ouvrirent en claquant bruyamment, laissant place à Edric, visiblement sur les nerfs, une vision qui n’avait plus réellement quelque chose d’étonnant pour son frère, au vu de leurs dernières entrevues. Derrière lui, il aperçut les gardes impuissants devant l’arrivée fracassante de l’héritier de l’Orage, attendant visiblement un ordre de leur seigneur pour renvoyer l’incongru d’où il venait, mais l’ordre ne vint pas. Robb se contenta de lever les yeux au ciel, il était visiblement impossible pour son frère d’obéir à un ordre, même aussi simple que celui de se reposer avant qu’il soit convoqué pour son rapport. Violemment, il écrasa presque deux parchemins sur la table, attendant presque fébrilement que son frère les lise. Robb s’en empara, non sans ajouter sur un ton de reproches à peine dissimulé :

« Je suis heureux de te revoir mon frère, néanmoins il y a une raison pour laquelle je ne t’ai pas demandé de nous rejoindre maintenant. Sans compter que tu aurais pu profiter du temps qui t’était accordé pour récupérer du voyage que tu as du endurer. Mon héritier ne devrait pas être vu plus que nécessaire dans ton état, et un mestre doit examiner ta blessure. »

Probablement moins agacée, Rohanna quitta son bras pour enlacer son beau-frère, incarnant à elle seule la joie de le savoir de retour, quand Robb se devait une certaine contenance, surtout après que celui-ci ait désobéi à ses instructions, et en présence de leur nouvel ôtage. Tout était question d’image à Port-Réal, et celle qu’Edric avait offert n’avait rien de ce qu’il avait prévu. Il était imprévisible, un trait de caractère qui n’aurait posé aucun problème à Accalmie, mais à Port-Réal la chose était tout autre. Au moins, le suzerain de l’Orage espérait que ce qui avait poussé son héritier à interrompre ainsi l’accueil de la jeune louve était aussi important que cela le laissait paraître. Il lança un regard à son invitée, s’excusant brièvement :

« Veuillez m’excuser ma dame, mais mon frère semble penser que cela nécessite mon intention de façon immédiate. »

Sans rien ajouter d’autre, entendant à peine la voix de son épouse qui s’adressait à son frère, Robb s’empara des lettres pour les parcourir. Au premier regard, il comprit de qui il devait s’agir, et le murmure de Freyja confirma ses soupçons. Robb se doutait qu’Edric et son épouse secrète entretenaient une certaine correspondance, mais il avait préféré passer le sujet sous silence, imaginant que le jeune homme n’aurait pas été suffisamment fou pour partager des affaires d’état avec un membre du camp opposé, peu importait l’affection qu’il portait à cette dernière. Si la première lettre ressemblait fortement à celle d’une amante depuis trop longtemps oubliée, l’autre en revanche lui fit douter de cette certitude qu’il avait pu avoir. De quelle condition parlait-elle ? Edric avait-il promis quelque chose en son nom ? Ou bien avait-elle inventé quelque chose ? Les seules que Robb pouvait voir étaient celles qu’il avait chargé le suzerain du Val de porter au Nord, et il était clair que Jorah Stark n’avait aucune intention de se rendre à la Couronne, encore moins de ployer le genou. Ce devait être autre chose, mais quoi ? Fronçant les sourcils, Robb relut les lettres, à la recherche d’un sens caché qui devait peut-être lui avoir échappé, sans en trouver d’autres que les mentions à demi-mot de la bâtarde qui n’aurait jamais dû l’être, sa nièce condamnée à l’opprobre quand elle aurait du grandir parmi les siens et celles de leur mariage. Il semblait de plus en plus probble au seigneur de l’Orage que c’était une manœuvre des Stark pour créer une dissension dans les rangs Baratheon, dont l’épouse de son frère se rendait complice. Peut-être était-ce là la raison de l’arrivée subite d’Edric, qui avait trouvé un nouveau grief à imputer à son frère en défense de sa belle famille... Robb fut sorti de ses réflexion par Rohanna, lui demandant s’il s’agissait de nouvelles d’Ashara et de sa famille. Relevant les yeux, il répondit sur un ton circonspect, en tendant le courrier à la Biche.

« Je ne saurais dire. »

Il se tourna alors vers son frère, un air aussi interrogateur que réprobateur sur le visage. Robb n’avait aucune envie de devoir gérer une nouvelle attaque de son cadet, encore moins devant une Stark, quand bien même elle ne pouvait plus faire grand-chose maintenant qu’elle était entre les mains des Baratheon. Les apparences, toujours les apparences…

« J’imagine que tu as compris autre chose à ces mots que des paroles d’une épouse regrettant de ne pas être auprès de son époux, et des exigences que je ne lui ai jamais formulées ? Est-ce réellement le bon moment pour en parler ? »

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Rohanna Baratheon
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■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Jeu 18 Oct 2018 - 16:58




Avant la guerre, une cage dorée




« Je ne saurais dire. » Son ton est réticent, ses sourcils imperceptiblement froncés et sa main fuyante. Elle n’obtient aucune autre réponse que les deux missives tendues vers elle. Il est ennuyé, mais son épouse comprend que ces lettres n’en sont pas le motif premier. Jetant un coup d’œil furtif sur la louve, s’assurant qu’elle n’ait pas l’intention de commettre une quelconque attaque désespérée, elle s’empare du trouble fait. Ce ne fut pas une grande surprise, la Biche connaissait l’existence d’une correspondance entre les époux cachés. Pendant la guerre, elle avait elle-même vivement encouragé Edric dans cette voie. Elle pouvait encore s’entendre lui tenir tête, bravache et ennivrée : « et que diront-elles, ces merveilles du Nord, si elles ne reçoivent plus de tes nouvelles? Demain, la guerre ne sera plus une excuse. Soyez bien averti, Ser, je ne vous recevrai jamais plus à ma tablée si, d’aventures, vous deviez baisser les bras. » Rapidement, ses yeux survols les mots. Ils défilent d’eux-mêmes et son poignet ne peut réprimer un tremblement. Une nervosité. Devait-elle comprendre qu’Ashara avait fuit Winterfell avec Cathan? Comment Lord Jorah avait pu accepter ça? Deux lunes. On peut voir la mer d’ici… et l’horizon tout aussi calme que les jours précédents.  « J’imagine que tu as compris autre chose à ces mots que des paroles d’une épouse regrettant de ne pas être auprès de son époux, et des exigences que je ne lui ai jamais formulées? » La seconde missive, beaucoup plus courte se superpose à la première. « Je me suis trompée, fourvoyée. Dis à ton frère que ses exigences et conditions seront respectées. Je m’y engage solennellement. » Quelles exigences? Quelles conditions? Aucune n’était datée, et les messages étaient tant contradictoires… Cela ne pouvait être, c’était impossible.

Confuse, ses yeux se posent sur Robart. Dans la pourpre de ses habits de Cour, toute la splendeur de sa position et de son rang, l’ainé fait front à son cadet. Ce dernier, revenant du royaume des morts, à l’allure d’un mendiant des grands chemins. Inoffensif. Pourtant, sous leurs vêtements d’apparats, ils ressemblent déjà à deux mâles prêts à s’affronter pour leur harde respective. La Biche n’avait pas fait part des griefs d’Edric envers son aîné. Elle s’était promis d’attendre le retour de celui-ci, prendre le temps du recul sur leurs émois naturellement tempétueux. C’était peut-être une erreur car si son époux avait eu connaissance de sa colère, sa sensation de perte d’identité et sa peur… il aurait fait preuve de plus de délicatesse. De considération, plutôt. « Est-ce réellement le bon moment pour en parler ? » À l’instar du moment qui précède une foudre destructrice, un lourd cumulonimbus se forme au-dessus des deux hommes. Dans l’épaisseur de leurs bois, des courants contraires, froids et brûlants, font rage. L’air s’électrise. Il n’était plus temps de regretter l’interruption brutale d’Edric ou le manque d’empathie de Robart. Fidèles à leur nom, ils n’obéissaient qu’à leur tempérament agité. Toujours un Baratheon obtempérait selon sa fougue et se devait de réfléchir aux conséquences après. Les Orageois étaient tous ainsi, mais plus particulièrement la famille seigneuriale. Ils bramaient pour mieux se faire entendre et leurs ramifications s’entrechoquaient pour mieux se comprendre. En connaissance de cause, Rohanna ferme les yeux. Malgré les années, les batailles, les partes, ils demeuraient tous les deux aussi entêtés que des gamins. Incapables d’avouer leurs erreurs mutuelles, mués dans leur fierté insolante.  Robart, lui qui avait été si inquiet pour son frère n’en montrait aucune trace. Il s’imposait comme le Seigneur dérangé pendant un acte politique de haute importance. Cette sœur du Nord qu’il ne connaissait pas, après avoir patienté des années, pouvait bien encore attendre. Or, il ne servait plus à rien de vouloir éviter le sujet : le cerf ne partirait pas temps qu’il n’aurait pas eu ses réponses. Si quelqu’un devait être renvoyé dans les prochaines minutes : ce serait la Stark. Elle, elle pouvait bien attendre qu’on vienne la chercher. C’était une inconnue aux titres honorables : sœur d’un assassin et d’un parjure, cousine d’une traitresse récemment condamnée, pupille d’un homme au serment d’allégeance douteux… Robart ne la ferait pas passer avant sa propre famille. Il n’en était pas question.

« Assieds-toi. » Fraternelle, sa main encourage Edric à prendre place sur l’une des chaises qui entourent la grande table. Il faisait peur à voir, comme si son imposante stature pouvait s’effondrer à tout moment. Jamais elle ne l’avait vu ainsi, pas même aux retours des champs de batailles. Il semblait plein d’une agitation étrange, seigneur de pensées désordonnées et contradictoires, blessé et épuisé. Il n’avait rien de l’imposant fils de Théodan. « Vous aussi Freyja, la dernière chose dont j’ai besoin est d’appeler quelqu'un pour s’occuper de vous. » C’était ses premières paroles pour la Stark et le ton était presque tranchant. Alors qu’elle prenait place aux côtés de son frère, elle évita soigneusement de rencontrer le regard courroucé de son époux. Plus tard, dans l’intimité de leur chambre, il pourrait bien lui dire tout ce qu’il avait sur le cœur et lui interdire d’agir de la sorte à nouveau. Laisser exploser les flots de sa fureur. « Edric, le mestre t’a-t-il dit la date exacte à laquelle il avait réceptionné les missives et l’intervalle entre les deux? » Car enfin, tout ceci était dénué de sens commun ! À condition que les missives aient réellement été écrites de la main d’Ashara, suite aux récents événements tenus à Winterfell, elle ne pouvait pas espérer arriver au Donjon-Rouge est être accueillie à bras ouverts… La nouvelle d’un mariage clandestin avec l’ennemie des Targaryen, et d’une héritière tout aussi secrète, allait provoquer bien des bouleversements. D’autant plus après ce qu’il était arrivé à la cousine des Stark, Catelyn Arryn, quelques jours plus tôt. Dans le silence de son cœur, Rohanna était reconnaissante à cette tempête  meurtrière pour avoir empêchait Freyja et Edric d’y avoir assisté. La première parce qu’elle n’aurait pu développer que plus de haine à leur encontre. Le second parce qu’il n’aurait pas pu supporter la vue de son frère donner ces sentences, les unes après les autres, dans un sang froid sans pareil. Il n’aurait pas compris. Il n’aurait pas voulu comprendre. 



Interdite, elle observe la louve chétive. Il semble presque inhumain de ne pas lui laisser lire les missives écrites pas sa sœur… mais ce que lui avait fait le Nord l’était plus encore. Et bien qu’elle n’y soit peut-être pour rien dans les machinations machiavéliques des siens, la pupille des Eyrié restait une inconnue trop incriminée. Si elle voulait se dessiner une vie agréable dans cette Tour, elle devrait faire ses preuves, de nombreuses preuves. On disait la Suzeraine de l’Orage généreuse et aimante, prête à écouter et aider les plus démunis, mais elle n’était pas certaine que ce trait particulier de son caractère soit applicable pour Freyja. Entre elles, il y avait deux garçons assassinés. « Votre sœur et sa fille sont sauves. » Les lettres ne disaient pas réellement cela, tout le contraire même, mais elles étaient vivantes. Elles devaient être vivantes. Autrement, Jorah Stark aurait tout fait pour utiliser cette disparition à des fins bien plus utiles : accuser les Baratheon ou la couronne. Oui, d’une manière ou d’une autre, la nouvelle leur serait arrivée. Sans compter que s’il s’agissait un coup monté, la question de leur sécurité ne se posait même pas. « Je crois que nous partageons tous le même secret… » Robart allait fulminer, mais Robart allait devoir se contenir. Chacun ici allait devoir se contenir, elle la première. « … aussi malgré... malgré tout ce qui nous éloigne, nous avons quelque chose qui pourrait nous unir. » Ces mots, pour pouvoir les prononcer sans douter, elle devait du se les arracher au plus profond de son âme. Les intérêts d’Edric passeraient avant les leurs. Robart avait besoin d’Edric, tout comme Edric avait besoin de Robart. Il n’était pas question qu’ils ne le comprennent seulement après avoir réduit leur famille à l'état de ruines. Elle avait déjà du condamner une première à la damnatio memoriae, il n’y en aurait pas deux. Elle vivante, il n’y en aurait pas deux. « Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez échangé avec Ashara? » Robart avait tord, c’était le parfait moment pour en parler. Il avait décidé de ne pas placer la fille de Winterfell sous la tutelle du Roi, mais sous la sienne. Ici, dans le seul endroit de ce palais qui était sensé recréer l’atmosphère perdue d’Accalmie… Alors, ils pouvaient faire de Freyja Stark leur prisonnière ou ils pouvaient tenter de faire d’elle la tante de Cathan, l’enfant qu’ils avaient promis d’aimer face à l’abjection de Kyra et des autres. Cette question, c’était lui donner les dés de sa captivité. Les choses étaient limpides, il n’y avait pas besoin d’apparences. Freyja Stark n’avait qu’à décider de son destin.

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 21 Oct 2018 - 12:57

Robb fut aussi tiède qu'Edric était brûlant. Son frère n'avait pas l'air si "heureux de le revoir", mais dans l'état où se trouvait Edric ou plutôt, dans l'état où l'avaient mis les nouvelles d'Ashara, l'indifférence et les reproches de Robb lui passèrent totalement au dessus de la tête. Il fut happé par les yeux de Rohanna, ces yeux qui étaient restés les mêmes, malgré les apparences et les adieux. Il trouva ses doigts et sans réfléchir, les serra. Douloureusement, il reçut la Biche dans ses bras comme il aurait aimé y recevoir la Louve, comme il la recevrait bientôt, ou plus jamais. Les lettres d'Ashara promettaient les retrouvailles ou la mort, puis se ravisaient. Que penser ? Edric chercha des réponses dans les yeux de Freyja qui, n'ayant sans doute que faire des politesses du Gouverneur, murmurait le nom de sa soeur. La Louve délicate avait déjà compris de quoi, ou de qui il s'agissait. La Biche s'en inquiétait aussi, quittant les bras d'Edric comme s'il l'avait trahie par ce regard posé sur la Louve ; leurs allégeances de coeur les séparaient désormais. Rohanna rejoignit son maître légitime, qui n'en finissait pas de lire. Qui finit de lire, et ne savait rien, ne comprenait rien.

Robb n'avait rien compris, c'est ce qu'Edric pensa d'abord. Ashara ne disait-elle pas explicitement qu'elle voguait à sa rencontre, avec un "cadeau" qu'il supposait être leur fille ? N'était-ce pas assez clair ? Ou pas assez important pour être traité maintenant ? Puis Edric comprit que Robb ne voulait simplement pas en parler devant Freyja, mais la fureur était déjà là. Une fureur démesurée, qui le ramena plusieurs jours en arrière, tandis que Valyron s'agitait sous son bras meurtrier. Une fureur qui ne s'exprima pas mais dût se percevoir, pour qu'intervienne la main, douce mais autoritaire, de Rohanna.

Edric se laissa assoir de mauvais gré, secouant sombrement la tête à la question de Rohanna. Il se sentait humilié d'être ainsi traité comme un enfant, faible ou récalcitrant. Pourtant, cela apaisa son corps éprouvé par le voyage, affolé par le doute et irrigué par la fureur. D'en bas, Edric vit la scène avec plus d'acuité. Il s'aperçut de la manière tranchante dont Rohanna traitait Freyja. Il comprenait aisément pourquoi, mais ne savait pas trop quoi en penser. S'il en voulait à la Louve délicate, Edric éprouvait encore le besoin de la protéger. Il ne lui parut pas décent qu'elle paraisse si faible face à la Biche et au Cerf. Certainement, tout cela était étudié. Ces présentations avaient tout de la démonstration de force. On recevait la Louve seule, alors qu'elle avait à peine eu le temps de se restaurer. On lui signifiait ainsi quelle était sa place, sa fragilité, son isolement. Même lui présent, on ne daignait pas lui montrer ces deux feuilles de papier. On ne daignait pas parler devant elle de sa soeur de sang. Edric s'interrogea. Etait-il complice de cette mise au pas ? A peine Freyja mise à l'abri (et encore, c'était surtout le Martaryen qui pouvait s'en vanter), il l'avait abandonnée avec soulagement pour le confort de ses appartements. La Louve l'avait trahi. Ne serait-il pas pour autant son défenseur dans cette Cour de serpents ? Robb verrait-il cela comme la trahison dont il l'avait déjà accusé ?

Edric hésita à se redresser, mais Rohanna fit le premier pas. Il vit ce que cela lui coûtait, en mesura la valeur. Malgré la froideur de l'interrogatoire, malgré ces lettres toujours interdites, une union était possible. Un lien les unissait. Un lien de sang. Quoiqu'en dise Robb, ils étaient une famille. Ils avaient tous intérêt à préserver Cathan et Ashara, n'est-ce pas ? Si besoin du projet fou dans lequel la Louve Rouge semblait s'être lancée. De ce projet, Freyja aurait-elle pu en avoir connaissance ? Lui-même n'avait plus de nouvelles d'Ashara depuis l'empoisonnement, il n'en avait pas demandé, il n'avait plus écrit ; et c'était à la fois un acte de loyauté et une trahison, selon le camp dans lequel il se rangeait. Jusqu'alors, Edric avait été fidèle à la famille dont il était issu, plutôt qu'à celle qu'il avait généré. La félonie des Loups entérinait ce choix ; le souvenir d'Ashara, l'existence de Cathan et désormais, la présence de Freyja en faisaient un déchirement.

Edric ne put attendre la réponse de la Louve. Il ne croyait pas qu'Ashara se serait confiée à cette soeur, aimante mais lointaine. La Louve Rouge aurait-elle risqué de lui transmettre par corbeau ce qu'elle ne lui avouait, à lui, que de manière cryptée ? Pressé par l'angoisse, plutôt que par la fureur qu'il avait refoulée, le Cerf répondit enfin à son frère.
- Tu n'as jamais formulé d'exigences à Ashara. Mais peut-être lord Arryn l'a-t-il fait pour toi.
Et cela, la pupille des Eyriés était plus susceptible de le savoir. Pourtant c'est le Cerf qu'Edric interrogea.
- Quelles sont ces exigences, Robb ?
Ses yeux attendaient une réponse immédiate. La Main du Roi gouvernait seule et Edric n'avait jamais demandé à y être associé ; à peine avait-il connaissance de ses décisions, encore moins de ses stratégies. Mais aujourd'hui, Ashara suivait un but qui le dépassait, un but qui même indirectement, lui avait été dicté, pour son salut ou sa perdition. L'époux, sinon le frère, devait savoir de quoi il retournait. Impatiemment, l'époux attendait.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 21 Oct 2018 - 18:58

Avant la guerre, une cage dorée

Robb, Rohanna, Edric & Freyja



Ils lui semblèrent si grands, si importants que, soudain, Freyja sentit qu’elle n’était plus rien. Si petite face à la figure de deux monarques. Jaugés par leurs regards implacables, elle n’était plus la deuxième Dame du Nord, ni même pupille des Eyriés, encore moins l’ombre de la Louve qu’elle était. Elle n’était pas même ce lien si fragile, comme un rayon timide aux prémices du jour, qui résidait entre eux par l’union de leurs familles. Chaque mot, chaque attitude, chaque regard la renvoyaient à son statue de captive, à la frêle position qu’elle occupait, gageant d’une coopération qui avait été forcée. Les mots de Martyn résonnaient encore à la frontière de son esprit. Un choix qu’il regrettait, pour préserver le Nord, les Arryn, les Stark, prévenir une guerre perdue d’avance. Elle incarnait cet espoir dérisoire que Jorah cède à la pression de la couronne et qu’il prête définitivement allégeance. Mais la louve n’était pas aveugle, pas plus qu’elle n’était idiote. Elle n’était pas l’otage des Targaryen, mais bien des Baratheon. Elle était sous la coupe entière des Cerfs, non pas des Dragons. Et pour cela seul, tout tendait à la placer au cœur d’une vengeance infâme ourdie par un homme blessé. Mais du Loup ou du Cerf, lequel la souffrance avait-il rendu le plus fou ?

« Mes hommes sont morts pour vous protéger, mon frère et vous, et leur sacrifice sera honoré à la hauteur du service qu’ils ont rendu au Roi et à moi-même. Vous n’avez pas à vous sentir coupable des actes commis par d’autres, de même que vous n’en serez pas tenue responsable. Le meilleur moyen de leur rendre hommage est de continuer votre vie en étant reconnaissante qu’ils vous aient permis d’arriver jusqu’ici saine et sauve. » Freyja dut réprimer la violence du trouble que ces paroles soufflaient en elle. A quelle reconnaissance devait-elle se plier pour avoir été forcée, enchaînée, contrainte de regagner les terres de la Couronne pour honorer un pacte insensé ? Et à ceux qui avaient tous péri, quelle fierté à se dresser auprès des Sept en brandissant la bannière cruelle pour laquelle ils étaient tombés ? Ses lèvres s’accrochèrent fermement l’une à l’autre pour ne pas manquer à sa parole d’afficher une coopération entière. Elle se taisait pour Martyn, pour le Nord, pour Ashara, pour les Eyriés, et plus que tout, pour Catelyn. La Louve, parfaitement consciente de la faible position dans laquelle elle se trouvait et de la pauvreté de son apparence, s’employa à moduler le ton de sa voix, à affermir ses mots, à délivrer des pensées qui s’écoulaient comme une partition de musique, dûment répétées et travaillées. Hélas, ses paroles s’écrasèrent sur le claquement sonore de la porte. Edric fit irruption dans la salle, lui glaçant sang, corps et os. Elle avait tant cherché son regard au cours des derniers jours, comme une fleur en quête du soleil pour survivre au froid de la nuit, mais il s’était toujours dérobé ostensiblement à elle. A présent, c’était tout juste si elle osait relever les yeux sur lui. Toutefois, elle ne put se soustraire à la vision de ces lettres qui s’étalèrent sur la table. Elle reconnut les courbes fines et délicates de l’écriture d’Ashara, mais y décela également une précipitation qui accéléra les battements de son cœur éprouvé. Le destin de sa sœur lui ôta toute prudence et ses yeux s’égarèrent avec nécessité sur les lambeaux de phrases qui s’offraient à ses yeux. Aussitôt retirés. Aussitôt éloignés d’elle. Et brusquement, ce fut comme une déchirure dans son âme qui appela au secours d’Edric, à la pitié de ce visage diaboliquement parfait de la Biche qui n’exprimait que rudesse, méfiance et sentence. Mais pour quels crimes la blâmait-on ? Freyja pouvait dénoncer certains de ses péchés, mais être une main assassine n’en faisait pas partie. Et bien qu’elle regrettait l’inimitié qu’Edric lui renvoyait avec tant d’intransigeance, elle ne regrettait aucunement son geste. Soudain, tout lui devint surréaliste et sa tête se mit à lui tourner. Des propos qu’échangèrent les frères, comme deux Cerfs se défiant l’un et l’autre, elle n’y prêtait qu’une attention sidérée. Son âme se révoltait de tous ces silences, de cette torture muette à laquelle on la condamnait. Il s’agissait de sa chair, de son sang, de sa famille. N’y avait-il rien qui ne puisse les lier chacun dans cette même pièce pour qu’elle soit ainsi traitée en vulgaire ennemie ? L’insulte lui ôtait son souffle, ses forces et son courage. Elle aurait voulu hurler, pleurer, se débattre mais le marbre de son esprit l’emporta sur la folie. Une Dame du Nord ne cédait pas à ses émotions ainsi. Et d’elle, il restait encore la nature délicate et forte de la Louve.

Il lui fallait glaner des informations. Reconstituer, lambeaux après lambeaux, le tissu de cette fresque gigantesque qui semblait jaillir de ces deux missives. De quelles exigences pouvaient-ils bien parler ? Qu’en est-il de la sécurité d’Ashara et de Cathan ? Ses doigts se resserrèrent sur le bord de la table qui lui servait de dernier appui pour ne pas s’effondrer complètement. « Assieds-toi. Vous aussi Freyja, la dernière chose dont j’ai besoin est d’appeler quelqu’un pour s’occuper de vous. » Glaciale. Tranchante. Intransigeante. La Louve perçut en la Dame de l’Orage la beauté d’une femme aux dessous cruels. L’âme noire. Le cœur sec et rêche. Mais au moment où Freyja obéissait docilement à ses ordres, ses prunelles pâles s’échouèrent sur ce ventre qui aurait dû porter la vie, auréolé d’un arrondi d’ordinaire si charmant. Et l’insulte parut soudain moins grande, moins condamnable. Elle comprenait en dépit de la souffrance qui martelait jusque dans ses veines. Le soulagement chassa instantanément l’inquiétude qui ourdissait dans sa poitrine. Elles étaient sauves… Mais pour combien de temps encore ? Quel était ce grand émoi qui ne relâchait pas les deux Cerfs et la Biche ? Elle songea à ceux qui demeuraient encore à Winterfell. A Jorah, à Theon et à tout ce qui aurait pu leur arriver. « Je crois que nous partageons tous le même secret… aussi malgré… malgré tout ce qui nous éloigne, nous avons quelque chose qui pourrait nous unir. » Ce qui les éloignait. Le cadavre de deux innocents. La douleur de deux parents et la fierté d’un homme bafoué. Ce qui se tenait entre eux, c’était le pouvoir, l’avidité, la folie des hommes. Mais il restait une lueur. Une ultime lueur à laquelle Freyja n’accordait plus autant de foi qu’à son départ des Eyriés. Aussi étrange que cela puisse paraître, ils étaient une famille autour de cette table, car elle était sœur d’Edric, tante de Cathan. Et pour affermir ce lien, elle comprit que sa future réponse serait l’enjeu même de sa position. Hélas, des correspondances qu’elle échangeait avec son aînée, aucune information ne pourrait les satisfaire. Réfléchissant à ses mots, Edric parla avant elle, pétri d’une angoisse qui inquiétait considérablement la louve. Elle parla enfin. « Je crains de ne détenir aucune information qui puisse vous éclairer sur les intentions d’Ashara ou même sur le sens de ses mots. Ma dernière missive a été envoyée à mon départ des Eyriés et je n’en espère guère de réponse. » Ashara, que peut-il bien se passer dans ton esprit ?... Elle s’exerçait à songer comme elle, à rassembler les souvenirs essentiels et à faire émerger un semblant de réponse. Tout à coup, ignorant la question d’Edric pour son frère, il lui sembla que quelque chose détenait cette fameuse importance. « Néanmoins… » Elle marqua une pause, réfléchit à la pertinence de ses propos mais elle ne voyait que cette solution. « Je crois bien que vos exigences demeurent celles que vous avez formulé à Martyn Arryn, mon cousin. Du pacte que vous avez conclu ensemble, il s’est engagé à en honorer chaque terme pour œuvrer à la préservation de cette paix désirée et défendre l’innocence du Nord. » A l’innocence de son frère, elle désirait y croire de tout son cœur plutôt que d’affronter une vérité trop violente, trop crue, trop absolue. De toutes les trahisons qui l’avaient éclaboussée, elle serait bien la dernière qu’elle pourrait supporter. Et cela, elle n’avait pas peur de le clamer à la face des Cerfs. « Sitôt rentré dans le Val auprès le couronnement du Roi, Martyn est parti directement vers le Nord afin de raisonner mon frère. Si Ashara fait allusion à quelques exigences, elle doit sûrement les tenir de notre cousin lui-même. » Hélas, se pouvait-il qu’Ashara pense Jorah coupable d’un crime aussi atroce que celui qui avait été perpétré à l’encontre de Lady Rohanna ? Son regard se perdit quelques instants sur les contours effrayants de cette vérité. Mais elle était Louve. Et la Louve releva les yeux vers cette assemblée si intimidante. «Des récentes intentions d’Ashara, je n’en sais pas plus que vous. Toutefois, je connais son cœur et je sais combien elle aspire à des temps plus apaisés entre nos royaumes, à la fin de toutes ces querelles. Il n’y a rien de plus important pour elle. » Puis osant enfin s’adresser directement au Prince de l’Orage, elle ajouta. « Pour l'avenir de Cathan. »


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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Jeu 25 Oct 2018 - 13:42




Avant la guerre, une cage dorée

Avant même qu’Edric ne lui réponde, Rohanna avait pris les devants, le faisant s’asseoir là où Robb l’aurait probablement congédié le temps de terminer son entrevue avec la jeune louve. Ce n’était ni le temps, ni le lieu pour parler des égarements de l’épouse de son héritier, qui avait visiblement décidé que la guerre imminente était le bon moment pour faire vaciller un peu plus le coeur d’un époux qu’elle n’avait pas revu depuis qu’ils s’étaient mariés à l’insu de tous. Ce n’était qu’une tactique, un stratagème pour espérer gagner du temps face à leur inévitable défaite, Jorah jouait probablement ses dernières cartes pour tenter d’empêcher les armées de l’Orage de poser les pieds au Nord, sans savoir que tout était déjà joué. Le Loup avait déjà perdu une bonne partie de son ost avant même que les batailles commencent, et cette partie rejoindraient les forces du Roi au moment même où l’étendard du Cerf flotterait en vue de Blancport. Il paierait alors sa folie et son insolence au prix fort, de même que toute sa dynastie.

Et pourtant Rohanna jouait le jeu, donnait une importance à des écrits qui ne devaient pas réellement en avoir, pire, elle prenait la décision de laisser à Edric le droit de troubler un événement officiel, alors même que son cadet avait déjà démontré le peu de cas qu’il faisait des responsabilités de son frère, préférant prendre le parti des ennemis de la Couronne, de ses propres ennemis. Robb en avait peut-être terminé avec Port-Réal, mais il n’avait aucune intention d’abandonner le Royaume au chaos d’une région se déclarant indépendante, et l’appel au sang avait été lancé, un appel dans lequel Freyja jouerait un rôle, mais certainement pas celui qu’Edric ou elle devaient espérer. Elle était un pion dans les batailles à venir, une monnaie d’échange, l’élément qui apporterait une stabilité au Nord, mais elle n’était pas une proche, pas une alliée, pas même une personne en qui il fallait avoir confiance. A quoi jouait la Biche, à prendre ainsi des décisions qui ne lui revenaient pas, devant une jeune fille qui au final n’était qu’une représentante de l’ennemi qui leur avait été livrée de mauvaise grâce pour éviter à des lâches d’affirmer un peu plus leur allégeance ? Le suzerain de l’Orage avait appris à écouter l’avis de son épouse, pour autant qu’elle ne contredise pas ses propres décisions en public, et c’était là la première fois qu’elle s’autorisait à agir ainsi. Catelyn Arryn lui avait-elle donné des idées avec ses bravades ? Pensait-elle que parce qu’il avait décidé de laisser là ses responsabilités auprès du Roi, elle avait le droit de prendre de telles libertés ? Les choses devraient être mises au clair, mais pas en public, il n’était pas temps d’ébrécher un peu plus l’image qu’il voulait donner.

Son regard seul trahissait ses pensées à l’égard de son épouse tandis qu’il écoutait son frère, puis Freyja. Tous deux semblaient persuadés que les conditions mentionnées dans le courrier de la Louve étaient celles qu’il avait données à Martyn en d’autre temps, des conditions qui n’avaient rien à voir avec une décision d’Ashara, quelle qu’elle puisse être, elle ne parlait pas au nom de son frère, et quand bien même, ces conditions étaient dépassées depuis les insultes proférées par le suzerain du Nord à l’égard de la Reine par son courrier. Il n’y avait plus une seule personne d’importance au Donjon Rouge qui croyait à la paix avec le Nord, à cela même l’idéalisme fanatique de la Reine avait du céder, probablement parce qu’elle n’avait pas supporté qu’on l’insulte directement. Elle pouvait bien l’insulter lui, le forcer à s’humilier pour préserver sa paix illusoire, elle ne tolérait pas les insultes faites à elle-même, et pour cela elle avait accepté la guerre. Viendrait un moment où elle regretterait sa décision, mais Robb ne serait plus là pour arranger les choses, elle voulait diriger d’elle-même, qu’elle le fasse donc. Il ne restait plus qu’à mettre les choses en place, et à imposer l’Orage comme la voix principale du Royaume pour la contrer indirectement, puisque les autres méthodes étaient vouées à l’échec.

Toutefois, Robb n’aurait pas du s’étonner que Martyn dévoile les conditions qui lui avaient été énoncées à qui voulait l’entendre, il devait probablement jouer la carte du Protecteur maléfique qui ne cherchait qu’à humilier les anciennes familles pour faire oublier que la sienne était la plus jeune du Royaume, et sans doute avait-il cherché à rallier Ashara à sa cause, pour avoir un soutien dans les murs mêmes d’Accalmie. Peu lui importait, au final, la forteresse des Baratheon n’était pas le Donjon Rouge, et là bas les intrigants ne faisaient jamais long feu, encore moins quand il y serait rentré.

« Le seigneur Arryn avait pour instruction de tenter de convaincre Jorah Stark de se rendre à Port-Réal et de prêter allégeance au Roi, ainsi que de valider ton mariage officiellement, en échange de quoi il aurait pu garder sa place. Mais ces conditions sont dépassées depuis longtemps, depuis que votre frère a jugé bon d’insulter la Reine par un courrier indigne du rang qu’il occupe. »

Silencieusement, Robb se demanda si son frère trouverait encore un moyen de défende les Stark malgré ses révélations, de mettre la faute sur son aîné, ou s’il finirait enfin par comprendre que le Carf avait fait tout ce qu’il était honorablement possible pour éviter une guerre et lui rendre son épouse, et que la faute n’incombait réellement qu’à un seul homme, qui serait l’unique responsable de la chute de ce qu’il avait juré de défendre.

« Mais ce n’est pas la place d’Ashara de promettre l’attitude de son frère, quoiqu’il en soit. S’il avait prévu de cesser ses folies, il aurait envoyé un courrier lui-même. La guerre est déclarée, c’est un fait, et mes armées attendent mon arrivée pour partir au Nord. Il n’y a qu’un Royaume, et ces querelles comme vous les appelez, jeune Freyja, sont des provocations ininterrompues de votre frère, qui ont mené à sa déclaration d’indépendance. Tout ça ne se terminera que quand nous aurons fait taire son arrogance, de même que l’avenir de votre sœur lui sera rendu quand le seul obstacle à son mariage aura quitté ce monde de manière définitive. Votre frère en a trop fait pour être pardonné, et ceux qui le suivent sont aussi fous que lui.

Les forces sont en place, et le sang coulera, il n’y a plus rien à faire contre cela, et mieux vaut pour vous que vous le compreniez le plus vite possible. Que nous le voulions ou non, nous sommes en guerre, et tous ici, nous avons un rôle à y jouer »


Son regard se posa ensuite alternativement sur Edric, puis sur Rohanna, avant de terminer sa phrase sur un ton qui ne souffrait pas de contestations :

« … Et j’attends des miens qu’ils tiennent la place qui leur est donnée. L’heure n’est plus aux discussions interminables ou à la conciliation. »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Sam 27 Oct 2018 - 22:53

Comme Edric s'y attendait, Freyja ne fut d'aucune aide, malgré sa bonne volonté. Elle ignorait les intentions d'Ashara, et supposait que la Louve tenait ces "exigences" de lord Arryn. Elle s'efforçait à défendre Faucons et Loups. Elle s'efforçait de croire à la paix. Comme lui. Mais elle, n'avait pas lu la lettre. Cette lettre ne promettait pas l'apaisement ; cette lettre ne promettait pas la sécurité. Ashara avait pris un risque qu'elle disait réfléchi, mais motivé par un amour déraisonné ; Ashara avait fui pour le revoir, pour lui ramener Cathan. Puis elle avait renoncé ? Jorah avait-il déjoué ses plans ? Jorah lui avait-il imposés les siens, convaincue ou forcée ?

Edric ne savait plus quoi penser. Les paroles de Robb le laissèrent bouche béé. La guerre était déclarée. Jorah était condamné. Et Jorah pouvait bien crever, Edric n'en avait rien à foutre. Les mots violents de Robb ne le choquèrent pas, pas même par égard pour Freyja. Il ne pardonnait pas au Loup, en sus de tout le reste, de les avoir précipités dans cette fin violente par ses insolences répétées. La guerre était déclarée et nombreux seraient ceux qui en pâtiraient. Le sang coulerait, celui des coupables et celui des innocents mêlé. Le Loup avait déchaîné l'Orage. Cathan et Ashara seraient au coeur du cyclone.

Edric se sentait ployer vers la table. Les bords de sa vision s'obscurcissaient. Aveugle au rappel à l'ordre de son frère. Indifférent à cette image de faiblesse qu'il devait donner. Il avait déjà perdu sa force depuis qu'il s'était laissé arracher à ses hommes par une jouvencelle ; depuis que sa poigne s'était relâchée sur les épaules du Mantaryen. Il avait tant voulu le tuer ! Il aurait dû mourir avec ses hommes. Mais alors, le Cerf n'aurait pas pu accomplir son rôle. Son rôle dans cette guerre, Edric le connaissait, il n'avait pas besoin de Robb pour lui dire quelle était sa place. Sa place était sous les bannière du Cerf et son rôle était de s'assurer que sa femme et sa fille sortiraient aussi indemnes que possible de cette guerre fratricide.

S'il ne devait y avoir qu'une certitude, ce serait celle là. L'espoir était mort, il n'y avait que l'action, désormais. Le Cerf repoussa l'angoisse qui l'avait étranglé. Le Cerf lâcha le rebord de la table auquel il s'était cramponné, mais ne se sentit pas encore la force de se lever. Il aurait voulu quitter la pièce pour prendre le repos auquel on l'avait assigné. Il réalisait qu'il en avait besoin. Même Freyja faisait face. Lui ne devait pas s'écrouler devant son frère, s'il voulait que Robb le laisse partir avec son armée. Non qu'il ait encore cure de ce que son frère aîné, jadis son meilleur ami, pouvait penser. Robb n'était plus qu'une version moins aimante de son père. Qu'une Main gantée au service d'intérêts qui le dépassaient ; une Main qui l'avait utilisé, pour ne lui révéler que maintenant qu'elle avait déjà poussé ses pions guerriers.

- Et Freyja ? Quel est son rôle à jouer ? chuinta Edric, désabusé. Pourquoi l'ai-je ramenée, si la paix est condamnée ?

Sot, il y avait cru jusqu'au bout ! Les intentions de Robb lui étaient si étrangères. Elles pouvaient être les pires comme les meilleures. Le Cerf Couronné pouvait vouloir la préserver ; préparer le retour d'Ashara à Accalmie, en bonne compagnie. Il aurait pu vouloir troquer une Louve contre l'autre, mais l'heure n'était plus à la conciliation, avait-il dit. L'heure était à l'éradication des Stark et peut-être Freyja serait-elle la dernière qu'il resterait, la dernière du sang dont le Cerf pourrait disposer. Edric préférait ne rien supposer, et attendait la réponse comme un couperet, si Robb daignait la lui donner devant la principale intéressée.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 30 Oct 2018 - 0:42




Avant la guerre, une cage dorée




 « Tu n'as jamais formulé d'exigences à Ashara. Mais peut-être lord Arryn l'a-t-il fait pour toi. Quelles sont ces exigences, Robb? »



Ce n’était pas une question, mais une demande à l’impératif. Sa fureur à peine dissimulée, l’époux et le père exigeaient de savoir. Maintenant, dans cet instant cristallisé, des milliers d’interrogations nécessitent leurs réponses. Toute la violence refoulée, patiemment contenue pendant des années, resurgissait. Elle n’attendrait plus, elle ne voulait plus attendre. Fracassante, l’urgence vient tambouriner contre les murs intransigeants que Robb s’étaient construits. C’était la première fois que la Biche voyait Edric réclamer des informations à son aîné. Il n’y avait plus rien à cacher, ni même sa folle détresse. À Accalmie, la Lionne avait tôt fait de dissimulée et enfouir la honte de cette vérité. Jamais elle n’avait pu accepter la témérité de son fils, ni complètement la pardonner. Une mésalliance pour l’héritier ; un abaissement pour son cadet. N’était resté que le blond benjamin, marié selon son rang, épousant les lois somptuaires en vigueur, illustrant l’éducation princière qu’elle s’était évertuée à leur offrir. L’apothéose d’une vie. Face à cette mère, l’aîné avait été le seul à résister. Élevé pour succéder à son père, et à ses idées de grandeurs héroïques, le Cerf Couronné avait eu assez de trempe pour imposer ses choix. Kyra avait vite abandonner espoir de le raisonner : ses choix étaient dictés par les mêmes qualités qu’elle avait exigé de lui. Plus, un jour il serait son Suzerain et elle devrait lui obéir. Finalement, c’est Edric qui avait le plus pâti. Jamais il n’avait eu le droit d’évoquer le sujet. Il aurait pu bramer et assujettir sa mère aux faits réels, mais sous des faux-semblants il s’était laissé faire. Ainsi, il demeurait ce qu’on avait toujours attendu de lui : ne pas faire de l’ombre à son frère, rester toujours jovial et amusant — ce caractère sur lequel toute la forteresse comptait. Aujourd’hui, à cœur ouvert il parlait d’elles et personne ne pouvait imaginer le contrôle d’émotions que cela devait nécessiter. Robart ne pouvait pas le voir et son épouse ne pouvait porter son époux en affliction pour cela. Depuis le procès de la Arryn, le poids de la Régence s’était alourdi. Trop alourdi, même pour un homme d’exception. Cette tâche, donc, lui revenait à elle seule.



«  Je crains de ne détenir aucune information qui puisse vous éclairer sur les intentions d’Ashara ou même sur le sens de ses mots. Ma dernière missive a été envoyée à mon départ des Eyrié et je n’en espère guère de réponse. Néanmoins… Je crois bien que vos exigences demeurent celles que vous avez formulé à Martyn Arryn, mon cousin. Du pacte que vous avez conclu ensemble, il s’est engagé à en honorer chaque terme pour œuvrer à la préservation de cette paix désirée et défendre l’innocence du Nord. Sitôt rentré dans le Val après le couronnement du Roi, Martyn est parti directement vers le Nord afin de raisonner mon frère. Si Ashara fait allusion à quelques exigences, elle doit sûrement les tenir de notre cousin lui-même. »



Ses yeux bruns sont sur elle. La voix de Freyja était maintenant plus déterminée, comme si elle avait compris que là était peut-être sa seule chance de rendre sa vie meilleure. Malgré ses nobles origines, royales et princières, elle parlait simplement. On pouvait sentir qu’elle tenait sa famille dans une grande piété filiale. Une qualité devenue rare aux femmes du Sud. La louve chétive ne faisait pas usage de leurs titres, ni apparence de leurs prédicats, comme aurait pu le faire sa détestable cousine. En ses mots ils étaient seulement : Ashara, Martyn, son frère — dont le nom avait été omis, volontairement ou non. Malheureusement pour elles deux, les informations apportées ne seraient pas assez importantes pour son nouveau gardien. Pire, il semblait même que le Suzerain du Val confie les secrets du Royaume à sa pupille. Défendre l’innocence du Nord. Ses lèvres s’écrasent l’une contre l’autre, se mordant dans une houle malheureuse. Devait-elle s’en étonner? Rohanna lui avait tendu une main, et ce malgré elle, et la petite sotte osait clamer que les siens étaient innocents? Pour autant dégrader ce mot, « innocence », les Nordiens devaient avoir un vocabulaire bien différent du leur !



« Des récentes intentions d’Ashara, je n’en sais pas plus que vous. Toutefois, je connais son cœur et je sais combien elle aspire à des temps plus apaisés entre nos royaumes, à la fin de toutes ces querelles. Il n’y a rien de plus important pour elle. »


C’en était trop. C’était bien plus qu’elle n’aurait du en dire, bien plus qu’on ne lui autorisait. Premièrement, prétendre à l’ignorance, maintenant à espérer œuvrer pour la paix? En biais, elle pouvait voir le visage destructeur de Robb. Ses joues s’étaient contractées de cette manière particulière annonceuse d’un fracas imminent. Si elle n’avait pas voulu faire passer Edric avant, tout aurait pu être différent. Ils auraient souhaité une bienvenue pompeuse à Freyja, lui expliquant les règles de sa captivité, puis elle l’aurait amené sa nouvelle chambre. Aucun débordement. Pourtant, encore en cet instant, il lui semblait qu’une dispute entre les deux frères aurait été pire. Il était plus important de cacher à leur captive les dissensions entre les Baratheon. Qui sait à quelles oreilles elle aurait pu rapporter ces faits? La Reine était son ancienne belle-sœur, Etaine Arryn sa cousine, Alys Manderly une nordienne et il y avait bien là d’autres Seigneurs Bieffois… Oui, la lectrice de la sœur d’Oberyn aurait pu trouver nombreuses âmes malveillantes pour recueillir ces ragots. À l’aube d’un avenir incertain, ils ne pouvaient se montrer désunis. Ils devaient représenter le poing d’une main, ferme et calme.


« Pour l'avenir de Cathan. »



Cette dernière phrase n’était que pour Robart, un gage de paix entre leurs deux familles. Du moins, entre les femmes de la meute et les Cerfs. Par ce même présent, naïf et irréfléchi, toute illusion de réconciliation entre eux venait de s’envoler. Quand ici ils avaient perdu leurs deux héritiers, le prénom de Cathan était sanctifié. À ses propres fins, Freyja venait d’essayer de l’utiliser comme bouclier. Cela ne lui serait pas pardonné. Dans le creux silence, la Biche peut presque entendre les poumons de son époux se gorger d’air, sa cage thoracique gronder vers l’avant et son souffle se durcir comme un couperet inévitable tranchant. Il n’y aurait plus aucun souhait de bienvenue pompeux. 


« Le seigneur Arryn avait pour instruction de tenter de convaincre Jorah Stark de se rendre à Port-Réal et de prêter allégeance au Roi, ainsi que de valider ton mariage officiellement, en échange de quoi il aurait pu garder sa place. Mais ces conditions sont dépassées depuis longtemps, depuis que votre frère a jugé bon d’insulter la Reine par un courrier indigne du rang qu’il occupe. »



Fébrilement, ses doigts s’occupent à replier les missives. Le sujet était clos. Ils en reparleraient plus tard, chez eux, à Accalmie. Leurs conversations seraient de celles qui ne terminent jamais, de celles qui reviennent avec des angles toujours nouveau pour tenter de percer l’impossible. À ces corbeaux, il n’y aurait jamais de réponse. Avait-elle souhaité fuir Winterfell avec Cathan? Cela semblait impossible… mais elle l’aurait fait. Pour Robb, il n’y aurait rien qu’elle n’aurait pas pu accomplir. Par mécanisme, elle observe la mer azurée. Dans sa première lettre, c’est ce qu’elle promettait : une arrivée par les flots. Et puis, revenant sur ses mots, elle s’engageait à respecter les volontés du Régent. Avait-elle réussi à convaincre son frère de venir à Port-Réal? En ce cas, pourquoi n’avaient-ils reçu aucune missive de Lord Arryn? D’ailleurs, comment fallait-il interpréter le silence de ce dernier? Et en quoi c’était-elle trompée et fourvoyée? Les sourcils de la Biche dessinent une ligne, tout ceci était inexplicable. Un présage aveugle de malheurs à venir. 


« Mais ce n’est pas la place d’Ashara de promettre l’attitude de son frère, quoiqu’il en soit. S’il avait prévu de cesser ses folies, il aurait envoyé un courrier lui-même. La guerre est déclarée, c’est un fait, et mes armées attendent mon arrivée pour partir au Nord. Il n’y a qu’un Royaume, et ces querelles comme vous les appelez, jeune Freyja, sont des provocations ininterrompues de votre frère, qui ont mené à sa déclaration d’indépendance. Tout ça ne se terminera que quand nous aurons fait taire son arrogance, de même que l’avenir de votre sœur lui sera rendu quand le seul obstacle à son mariage aura quitté ce monde de manière définitive. Votre frère en a trop fait pour être pardonné, et ceux qui le suivent sont aussi fous que lui. Les forces sont en place, et le sang coulera, il n’y a plus rien à faire contre cela, et mieux vaut pour vous que vous le compreniez le plus vite possible. Que nous le voulions ou non, nous sommes en guerre, et tous ici, nous avons un rôle à y jouer. »



Sa voix résonne avec force. Il promet la mort de Jorah Stark avec un hargne à peine dissimulée. L’acrimonie d’un chevalier trop longtemps éloigné des champs de batailles. L’appel du sang. Bientôt, dans trois lunes, tout au plus, le Nord ne serait plus. À commencer par la tête de Jorah, les Stark seraient décimés un à un. Ashara était une Baratheon, sa place dans le royaume était assurée. Freyja devrait se plier au sort que lui avait réservé Robb. Sur un champs de cadavres, elle permettrait de ramener la paix. Unifier une région déchirée. En épousant l’héritier Bolton, elle resterait Lady de Winterfell. Un mariage utile. À peine avait-elle survécue à un naufrage qu’elle était dans l’œil d’un ouragan. Et la Biche Pendue ne ferait rien pour l’en sortir. À cause de la folie des siens, trop vite, lui repartirait. Pour combien de temps seraient-ils à nouveau séparés par les autres? Cette vérité amère lui permet de n’avoir aucune pitié pour Freyja. De toute manière cela ne lui aurait pas été permis, mieux valait donc se concentrer sur autre chose…



« … Et j’attends des miens qu’ils tiennent la place qui leur est donnée. L’heure n’est plus aux discussions interminables ou à la conciliation. »



… comme sur sa propre place dans le cœur du cyclone. Tout allait recommencer, tout allait revenir. Retourner chez eux, n’était pas la promesse de la paix et de jours heureux. Emprunter la route royale était synonyme d’adieux précipités, de promesses entrecoupées d’une force prétendue et une attente de chaque instant. Sur les hauts remparts, sans relâche attaqués par les sels marins, une errance solitaire. Une danse laconique entre les bras du vent. Lentement, Rohanna se décide enfin à se confronter à ses yeux. Pourquoi pouvaient-ils être aussi proches et aussi lointains l’instant d’après? La place qui lui avait été donnée elle la connaissait. Elle ne la connaissait que trop. D’une miséreuse fille des Marches à la main de l’héritier de la couronne d’Accalmie, d’une simple épouse à la régence d’une région, de femme de pouvoir à l’image de la douce compagne du Protecteur, de la mère bafouée et du désespoir à la promesse de … quoi? Alors qu’elle se recule, les pieds de la chaise émettent une lamentation aiguë. Dans ses bras, loin de tous les regards, elle était son égal. Elle avait droit de tout savoir, de le conseiller et de forger le futur de leur région. Cependant, face aux autres, elle devait marcher deux pas derrière lui, se taire et ne jamais laisser ses émotions déborder. Ha, elle était Suzeraine ! voilà son argument le plus probant, le plus fort, le moins contestable ! Qu’il ose le lui dire maintenant et à voix haute ! Que devrait-elle faire, encore, pour prouver qu’elle était à ses côtés envers et contre tous? Elle avait tout sacrifié pour les Baratheon. Non, en son for intérieur elle rit comme une démente, elle avait tout sacrifié pour lui seul. La Biche Pendue ne voyait plus le monde tel qu’il était vraiment, mais à travers lui. Toujours, toujours, toujours lui. Autrefois, avant qu’il ne devienne ce prince Valyrien, elle avait eu droit de rester fidèle à elle-même. Le droit de ne pas se brimer et se cacher pour contenter les autres. Ceux-là même avec leurs visages menteurs et affamés. Sous la brulure de ses émotions, elle baisse les yeux. Elle ne voulait pas laisser la colère l’envahir. Son corps tout entier l’implorait de s’emporter, de se jeter sur lui et contre son torse si droit. Le pousser juste pour voir… voir si il pouvait encore la regarder comme avant la blessure. C’est comme si désormais, maintenant qu’elle pouvait le détruire, user de ses peurs et l’anéantir aussi rapidement : il ne pouvait tolérer qu’elle se mette trop en avant. Il fallait la cacher, la dissimuler, la rendre plus vulnérable. Taire leurs pleurs. Et alors… un vieux chant des paysannes s’infiltre dans l’air. « Cet amour fou ! cet amour fou ! est-ce les dieux qui me l’ont soupiré? ou est-ce l’esprit malin qui me l’a chuchoté? ».


Flashback, an 43.



Une fine pluie tombe sur leurs épaules serrées. Autour des crépitements du feu, elle est comme un réconfort. Une vieille amie venant se joindre aux chants des orageois de Gigisbet. Les récoltes printanières étaient terminées. Depuis trois jours paysans et villageois festoyaient sous l’œil paternel du Seigneur des lieux. Au son des voix, leurs corps balancent de droite à gauche. Ils rythment les heureux soupirs des paysannes qui narrent les histoires d’amours interdits. Des vieilles figures des temps oubliés. Des hymnes de veillées transmis de mère en fille depuis la nuit du premier royaume. L’une des ancienne prend le menton de la fille aînée du lord entre ses doigts flétris : « ô grands yeux noirs tes yeux pleurent parce que tu ne peux pas le voir… » Et la fille du lord, tout en secouant ses cheveux, détourne son visage. Bien sûr, à l’instar de toutes les jeunes filles, elle connaissait ces chants par cœur mais elle n’avait aucune envie d’y participer. Alors, la vieille insiste, répétant le vers « parce que tu ne peux pas le voir… » et , réprimant un rire gêné, les fossettes creusées, la fille continue « ma mère refuse de me laisser aimer ce garçon… ». Derrière elle, Eliott pose ses coudes sur ses épaules et, passablement enivré, se joint à elles « … mais je jetterai mes bras autour de lui pour l’aimer jusqu’au jour de ma mort. » Et les bras du frère se serrent jalousement autour des épaules de sa sœur. Moqueur il claironne : « ce sont tes grands yeux noirs qui font pleurer, oui ! » Sa jumelle pouvait assister à toutes les fêtes, danser avec les plus beaux bellâtres : elle n’avait aucun attrait pour les jeux de l’amour. Ineffablement libertaire, elle clamait à qui était assez fou pour écouter qu’aucun homme n’aurait jamais préséance sur sa propre vie. Leur mère disait qu’elle avait le diable au corps, qu’à sa naissance une furie envoyée par la foret avait du lui glisser de mauvaises humeurs ! Parfois, dans un amour pathétique, fait de sanglots et de haine, elle la menaçait d’aller la noyer à la prochaine lune. À ces jérémiades maternelles, la fratrie riait de plus belle et la mère baissait les bras. Ici, dans ces terres reculées les bienséances du monde n’existaient plus et ses grandes manières valoises n’avaient rien pu y faire ! « Milady, Milord, nous devrions rentrer… » Autour d’eux, des centaines de visages rieurs dansent dans des farandoles sans début, ni fin. Leurs visages rougeoyants ondulent dans l’ombre. Bientôt, le grut aurait raison de leurs esprits… jusqu’au petit matin et ses souvenirs avinés. Évidemment, comme toujours, aucun d’eux ne voulaient partir et Gildric du porter Rohanna sur ses larges épaules. 


Du grand champs, à moins d’une demi-lieue, on pouvait voir les lumières du château seigneurial. Le temps était bon et l’ami des Trant bien habitué à devoir s’occuper des jumeaux. Sans compter que son Seigneur le lui avait demandé. Une faveur contre une autre. La sauvageonne se débat et l’insulte, mais il la tient ligotée comme un gibier. Enfant, il avait cru qu’un jour il pourrait demander sa main. C’était facile, bien trop facile, d’oublier qu’elle était une dame de l’aristocratie de Westeros. Le diable au corps, elle avait toujours eu plus de courage que les garçons du coin. Avec elle, il fallait toujours inventer plus d’astuces pour partir à l’aventure. Un jour, en plein hiver, elle avait bien failli les faire tous mourir quand elle les avait obligé à traverser à guet un ruisseau glacé. « Lâche moi, je peux marcher seule ! » « Comme toi frère? » Il s’arrête pour mieux contempler l’héritier des terres et tous deux rient d’un même concert. À chacun de ses pas, c’est comme si tout son corps s’arrêtait à tomber. « Il dit que tu vas te marier… que Theodan lui-même a organisé les fiançailles. » Le rire de la brune continue de plus belle. « De tous, je crois que Theodan serait le dernier à vouloir mes bans ! » Si il n’y avait rien d’étonnant à ce que le Suzerain organise les fiançailles de ses vassaux, ceci était impossible pour la Maison Trant. Elle était déshonorée, et si elle avait gardé le soutien infaillible de son peuple c’était bien tout ce qui lui restait. Eux et leurs joies infatigables. Rohanna réfléchit un peu plus à la possibilité de fiançailles orchestrées par le Suzerain et elle fut prise d’un fou rire. C’était bien un racontar d’un Eliott ivre mort ! « Et si c’était vrai? Si un noble avait été assez fou pour avoir réellement demandé ta main? » « Alors, je serai assez folle pour exécuter l’un de mes nombreux plans ! » Tout en agitant ses jambes lourdes, furie, elle avait presque hurlé. Des plans elle en avait des nombreux, de celui de fuir pour prendre le premier bateau de Ville-en-Pleurs à se donner la mort : il y avait un éventail de possibilités. Jamais, elle n’accepterait le sort de Tess et peut-être n’accepterait-elle simplement jamais sa condition de femme. Elle n’avait aucune envie de brimer sa liberté de jouvencelle pour devenir un ventre nourricier et risquer sa vie à chacune de ses couches. Pour toujours, à l'orée du matin elle voulait sentir le vent frais caresser ses jambes nues. « Dans une prochaine vie, je t’épouserai Rohanna Trant » « Dans une prochaine vie, je serai un homme et je te tuerai pour ton insolence. »




Perdue dans son souvenir lointain, elle s’est levée et avancée vers Robb. Eliott avait dit vrai, en ce temps là des corbeaux avaient déjà été envoyés. Et contre cette orchestration royale : aucun de ses plans, pourtant savamment organisés, n’avait pu être mis à exécution. Quelle fille aurait pu être assez ingrate et folle pour refuser la main de l’héritier? Hargneuse, outragée, la fille d’Elderik avait du courber l’échine. Pire, elle avait accepté de laisser le fils de Theodan détruire toutes ces convictions. Ce, dès le premier instant. Il était devenu la seule importance, l’épicentre de tout un univers. Pour Robart Baratheon elle s’était trahie elle-même et ce n’était rien. Ce n’était rien tant qu’elle pouvait sentir son regard sur elle, pour l’éternité. Pourtant, il ne la touchait plus. Au début, il s’agissait des conseils de mestre Banneth… puis les semaines étaient passées et ce qu’elle avait pris pour de la pudeur et de la peur étaient devenus une vérité terrifiante. Depuis le procès, les pires rumeurs circulaient autour de son sujet. Après la Reine, on disait qu’il avait partagé le lit de la Harpie du Val. Quand bien même elle savait les rumeurs étaient infondées, elles étaient d’autant plus blessantes qu’elles ramenaient Rohanna à sa propre condition. L’épouse qu’on ne voulait plus honorer. Et toi, Robb, respectes-tu la place qui t’a été donnée?


« Et Freyja? Quel est son rôle à jouer? Pourquoi l'ai-je ramenée, si la paix est condamnée? »



Le cri fricatif d’Edric la ramène à la réalité. Son rôle n’était plus de s’inquiéter de sa petite personne, mais de protéger la relation des deux Cerfs. Les empêcher de se détruire jusqu’à l’irréparable. Le benjamin était exténué, proche de l’évanouissement. Un coup supplémentaire de la part de l’aîné et il s’effondrerait. Alors, parce qu’il était plus facile d’oublier les premières interrogations, terribles et outrageuses, Rohanna décida rapidement de ne pas les entendre. Il faudrait les passer sous silence. Il n’était pas possible de lui confier le sort réservé à la sœur de Jorah Stark, pas avant que Robb ne décide si il pourrait partir avec lui. La future union de Freyja à la Maison Bolton serait un secret bien gardé. Un long instant, Rohanna hésita à ordonner à Edric d’aller se reposer, mais ne le fit pas. Cela l’aurait mis dans une position inconfortable vis-à-vis de l’assemblée. Il ne l’aurait pas supporté.



« Personne ne se bat pour une paix condamnée, mais pour sa construction. »



Dans son poing la Biche glisse les deux missives. Secrètement, elle veillerait à ce qu’il ne les communique par à Freyja. Elle ne devrait plus rien savoir concernant sa sœur — du moins, avant qu’ils aient plus d’informations. Imperceptiblement, ses doigts caressent les phalanges du Ser désolé : il devait se reprendre. Maintenant, il devait avoir du courage, montrer à Robb que demain il pourrait être son bras droit. Un digne fils de Theodan ! Rohanna ne lui laisserait pas le choix, pour se préparer à la campagne du Nord : Edric devrait retrouver sa stature de Premier Archer de l’Orage.  Elle ne voulait plus entendre de bramements plaintifs et désobligeants. S’il ne le faisait pas, elle ne se dérangerait pas pour lui donner une bonne raclée sur la première cible de trente mètres. 


« Lady Freyja, votre frère s’est déclaré Roi du Nord mais il ne sera bientôt plus qu’un corps dans un tombeau, sans couronne et sans maison. Parce qu’il a profané la mémoire de tous les hommes qui ont vaillamment œuvré pour renverser le Cruel, parce qu’il nous a tout pris, son âme ne trouvera jamais de repos éternel. Aujourd’hui, vous vous reposerez. Dès demain, cependant, vous intégrerez ma suite personnelle. Toute correspondance avec votre famille sera interdite. Par ce geste, je vous offre la possibilité d’un avenir meilleur. Une rédemption pour les pêchés abjects des vôtres. Décevez-moi et votre nom disparaîtra. »



Sculptée dans la pourpre de sa robe mordorée, elle se tenait de marbre. Était-ce ce dont on attendait d’elle, en tant que Suzeraine consort et épouse du Régent? Certainement pas. Pourtant, Rohanna ne pouvait faire autrement. Robart lui-même ne lui laissait pas le choix. Devant tous, il l’avait rabaissée et elle n’avait plus aucun choix de manœuvre. Il souhaitait que la Louve comprenne qu’elle était sa place? Elle le ferait. Oh, elle le ferait si bien qu’il n’aurait lui-même rien à y redire. 


« Je viendrais vous voir plus tard, dans votre chambre. Maintenant, veuillez m’excuser, j’ai un départ à superviser. »



Fulminant de rage contre tout et contre tous, Rohanna fait un signe de tête à son époux. Elle se congédiait car après-tout, il avait raison, sa place de bonne châtelaine n’était pas là mais bien à orchestrer un déménagement titanesque. Il faudrait aussi s’assurer que le Baratheon revenu des flots, ait une étuve fumante et quelques breuvages apaisants à la place du vin — évidemment prévu par Robb. D’une main étrangement élégante, elle soulève sa longue houppelande et sort de la pièce sans un regard pour personne. Le temps n’était plus aux discussions interminables et à la conciliation, le temps était au changement. Et maintenant qu’Edric était rentré, le jour était venu de quitter cet endroit de malheurs et de mensonges.

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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 20 Nov 2018 - 20:37

Avant la guerre, une cage dorée

Robb, Rohanna, Edric & Freyja



« La guerre est déclarée, c'est un fait, et mes armées attendent mon arrivée pour partir au Nord. Il n'y a qu'un Royaume, et ces querelles comme vous les appelez, jeune Freyja, sont des provocations ininterrompues de votre frère, qui ont mené à sa déclaration d'indépendance. Tout ça ne se terminera que quand nous aurons fait taire son arrogance, de même que l'avenir de votre sœur lui sera rendu quand le seul obstacle de son mariage aura quitté ce monde de manière définitive. Votre frère en a trop fait pour être pardonné, et ceux qui le suivent sont aussi fous que lui. » Les mots claquèrent dans l'espace, implacables et atroces. Tel un coup porté en pleine poitrine, ils lui ôtèrent un souffle qui se faisait déjà faible dans ses poumons. Freyja invoquait une force considérable pour que les vertiges de terreur qui enserraient son corps ne lui fassent pas perdre pied. Elle ne devait pas choir. Elle ne devait pas sombrer. Elle ne devait pas plier. Et pourtant, la peur la pétrifiait, chair et âme. Les images d'un Nord réduit à feu et à sang se bousculèrent dans son esprit, hurlèrent dans son être à lui en donner le tournis. Vision d'une terre qui se meure, d'un peuple anéanti, d'un roi cupide dont la vengeance d'un Cerf lui a arraché tête et orgueil pour les planter en haut d'une pique. La jeune Louve frémit. Dans le magma crépitant de ses désillusions, l'amertume vint la piquer en plein cœur. Pouvait-elle avoir été si naïve pour croire que sa présence sans condition auprès des Baratheon achèterait leur indulgence ? Comment avait-elle pu se convaincre que la situation aurait raison de l'inconséquence de Jorah ? Elle avait cherché  à instaurer un dialogue loin de la guerre et des violences. Deux partis qui ne souhaitaient que trouver un terrain d'entente, empêcher les batailles, épargner des vies. Et surtout, il lui sembla que la vie d'Ashara et Cathan ne détenaient que peu d'importance à leurs yeux. Qu'une danse macabre et mortifère s'agitaient déjà dans leurs prunelles impénétrables. « Les forces sont en place, et le sang coulera, il n'y a plus rien à faire contre cela, et mieux vaut pour vous que vous le compreniez le plus vite possible. Que nous le voulions ou non, nous sommes en guerre, et tous ici, nous avons un rôle à y jouer. » Insolent, le regard de la Dame du Nord se braqua sur le plus jeune des frères des terres de l'Orage. Dans quel recoin sombre de son âme ses espoirs de liens filiaux s'étaient-ils dissimulés ? Où s'étaient évanouis ses yeux emplis d'indulgence et d'affection ? Qu'en était-il de ce frère en devenir qui étendait aujourd'hui uniquement l'ombre de l'ennemi ? Qu'en était-il du mari et du père qui s'apprêtait à détruire le royaume de sa belle ? La Louve se sentait trahie, blessée, condamnée, acculée. L'avenir de Cathan était tracé sur un chemin de cendres et de mort. Les hurlements s'étouffaient dans la gorge de Freyja, retenus par la barrière resserrée de ses lèvres. Des cris de révolte. D'injustice. D'offuscation.


Elle sentit ses membres se raidir à Lady Rohanna qui se redressait. En dépit du cyclone qui tempêtait dans la salle, elle glissait au mouvement empreint d'une délicatesse glacée. Par certain égard, elle lui rappelait la grâce naturelle qui magnifiait les attitudes de Catelyn. A cette pensée, la peur lui noua plus fort encore les tripes. Et dans cette triste mascarade, vers quel horizon se dirigeait la douce Colombe du Val ? Dès lors, après ces mots plus durs que le fracas d'une centaine de lames, qu'est-ce qui pouvait encore l'arracher à un destin funeste ? Des Baratheon, elle n'en voyait plus le Cerf guerrier, mais bien le bourreau cruel. Des cœurs de pierre. Des paroles sèches. Des âmes stériles. Soudain, il lui vint le regret absurde de ne pas avoir péri sur les mers, fauchée par les vagues traîtresses. La nature était cruelle, mais elle ne souffrait pas l'injustice. Elle aurait souhaité que les Anciens Dieux la ramènent auprès d'eux. Elle aurait souhaité n'être rien, elle que l'on enchaînait à un monde dont elle discernait mal les rouages, les pièges, les précipices. Les paroles d'Edric lui déchirèrent brutalement l'être. De l'intérêt détaché ou du véritable sentiment d'être concerné, qu'est-ce qui avait animé sa question ? Freyja n'avait plus le goût d'être naïve ou indulgente. Et à cette interrogation, ce fut Rohanna qui apporta une réponse plus terrible encore. La paix avait été agitée tel un étendard qui s'était aussitôt déchiré dans l'orage. Ses mains voulaient se saisir d'un parchemin et d'une plume, écraser sur le papier toutes les alarmes à donner pour son cousin, dénoncer tous les mirages auxquels ils avaient cru. Il n'y aurait pas de paix. Elle ne serait gagnée qu'au prix du sang et de la mort des citoyens du Nord. Un haut-le-cœur ébranla la Louve. Elle observa la tendresse pudique dont la Dame de l'Accalmie fit preuve auprès de son beau-frère. Un sentiment mauvais tordit les entrailles de Freyja. Qui plus indigne que lui pour obtenir la sollicitude de cette assemblée ? Elle se força à darder ses prunelles claires sur les rainures de la table pour ne pas défier la volonté d'un des membres du trio. Le vent de la révolte et de la colère tempêtait en son for intérieur, mais elle n'ignorait pas qu'elle devrait se montrer docile. Il en allait de la sécurité du Val qui s'étiolait et de l'avenir d'un Nord que Jorah n'était plus capable de défendre.


« Lady Freyja, votre frère s’est déclaré Roi du Nord mais il ne sera bientôt plus qu’un corps dans un tombeau, sans couronne et sans maison. Parce qu’il a profané la mémoire de tous les hommes qui ont vaillamment œuvré pour renverser le Cruel, parce qu’il nous a tout pris, son âme ne trouvera jamais de repos éternel. Aujourd’hui, vous vous reposerez. Dès demain, cependant, vous intégrerez ma suite personnelle. Toute correspondance avec votre famille sera interdite. Par ce geste, je vous offre la possibilité d’un avenir meilleur. Une rédemption pour les pêchés abjects des vôtres. Décevez-moi et votre nom disparaîtra. » Tombeau. Sans couronne. Sans maison. Rédemption. Pêchés. Chaque parole brûlait d'une menace qui ne se voilait pas, qui ne se cachait pas, et qui apparaissait, violente et éblouissante, sous un soleil ardent. Elle lui consumait la chair, les dernières de ses forces, l'étoffe fragile de ses espoirs déchus. Son cœur criait de défendre l'honneur des siens et l'innocence de son frère face à ces atroces accusations du meurtre de deux enfants, mais sa bouche s'était rompue au mutisme. Elle contemplait cette créature superbe qui se dressait face à lui, ôtait son courage au renfort d'un sortilège dont elle avait les seuls secrets. Puis dans un froissement de tissu, elle se retira. A présent que l'aura étourdissante de la Biche n'était plus, le silence retomba entre le trio. Mais Freyja ne parvint pas à être plus sereine. Ses pieds et ses poings étaient liés par l'emprise de ces geôliers. Sauf qu'elle n'en retenait que l'amertume en contemplant ces apparentes bienveillances qu'on lui offrait. Être une membre de la suite de Lady Rohanna. Une bonté qui n'était pas méritée pour une captive, qui n'était même pas la marque d'une quelconque générosité, mais bien l'engrenage d'une machinerie plus grande. Ce fut à cette heure qu'elle comprit que la construction de cette paix débuterait par sa docilité, par sa sédition. Le Loup devait plier par la racine. « Il en sera selon vos désirs, sir Baratheon. » Ces mots ne lui appartenaient pas. Sa voix ne semblait plus vraiment être la sienne. Corps effacé et faible, vidé de sa volonté. Le menton était relevé. Le regard droit. Les mains roides sur sa robe de fortune. « Sir Baratheon, attendez-vous quelque chose de moi ? »


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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Sam 24 Nov 2018 - 0:45




Avant la guerre, une cage dorée

Avec une distance froide, bien trop pour quiconque aurait connu Robb avant qu’il ne prenne les responsabilités du Royaume à sa charge, le Cerf observait la scène qui se jouait devant lui, cherchant à comprendre à quel moment les choses avaient pu ainsi dépasser les limites. Son frère qui exigeait des explications devant une otage, son épouse qui se permettait de décider qui devait rester et qui devait partir quand l’heure était au protocole. N’avait-il pas été suffisamment clair en leur faisant savoir que Port-Réal n’était pas Accalmie, et que les apparences avaient toute leur importance ? Et quand bien même ils auraient été dans la forteresse familiale, une rencontre officielle ne laissait pas la place à de telles réactions. Amer, il repensa à son père, au respect qu’il inspirait auprès des siens, certain que jamais l’un d’entre eux n’aurait agi ainsi face à une décision que le plus grand héros de l’Orage aurait pu prendre, ni Edric, ni Rohanna, ni Tess ou Kyra, et encore moins lui-même. En tant qu’héritier, sa responsabilité avait toujours été de marcher dans les pas de son père, de soutenir et de mettre à éxécution ses instruction, et maintenant qu’il était à la place du suzerain, où en était-il ? Un frère décidé à contester chacune de ses actions, une mère cherchant à l’évincer… Il fallait se rendre à l’évidence, aucun d’eux n’avait un réel respect pour ses responsabilités ou pour ses instructions, ils croyaient tous pouvoir mieux faire, persuadés que leurs idées étaient bien meilleures que ce que le suzerain de l’Orage avait décidé, et décidés à le faire savoir autant que possible, d’une manière ou d’une autre.

Pour cela, Robb était fautif, et il ne le savait que trop bien : il avait accepté d’autres responsabilités, négligeant d’imposer son autorité sur les siens avant de le faire sur le reste de ses terres, et le résultat se voyait aujourd’hui. Un homme incapable de garder sa famille unie derrière lui court à sa perte, c’était l’une des choses que Theodan lui avait apprise, et Robb avait trop laissé faire. Oui, il avait gagné l’allégeance inconditionnelle des seigneurs de l’Orage, du moins de ceux qui comptaient, après tout il était impossible de savoir lesquels d’entre eux avaient rejoint Kyra dans ses intrigues, mais les plus puissants d’entre eux, et ceux qui leur étaient inféodés de fait si pas de titre le suivaient sans doute aucun. Il avait donné à l’Orage une position considérable dans le Royaume en assumant la fonction de Main puis celle de Régent, mais il était plus que temps de remettre sa propre famille dans le droit chemin, de leur faire comprendre qu’il y avait un temps pour discuter, pour remettre en question, et un temps pour suivre et plier face aux décisions prises. Il était temps de rentrer, de reprendre sa place sur le trône d’Accalmie, et de s’imposer auprès de tous ceux qui portaient son nom comme le seul et unique chef de la famille. S’il était relativement certain que Rohanna ne pensait pas à mal, que Kyra était allée trop loin et ne pouvait plus être sauvée, les intentions de ses deux frères restaient un mystère. Jasper était-il complice de la trahison de leur mère ? Edric ne cherchait-il pas à imposer ses vues bien trop naïves quant aux Stark qu’il cherchait à présenter comme une part de leur famille ? Par les Dieux, même Torrhen Tully, pourtant seulement son beau-frère et suzerain lui-même avait déclaré son soutien inconditionnel au suzerain d’Accalmie, alors que le propre sang de celui-ci rechignait à le faire !

Visiblement contrariée, Rohanna quitta la pièce après avoir précisé l’état des choses concernant les Stark, et donné ses instructions à la jeune louve. En d’autres circonstances, Robb aurait pu la retenir, mais il y avait des choses qu’il ne lui dirait qu’à elle, il se devait de la réprimander pour son comportement, mais il le ferait en privé, là où son honneur ou sa place ne seraient pas malmenées par des paroles qui ne la concernaient qu’elle. Elle cherchait à bien faire, mais elle avait largement outrepassé le champ d’actions qui lui était permis en public et hors de la sphère familiale, et cela elle devrait le comprendre rapidement, quand bien même leur départ était tout proche. La Biche avait été Régente de l’Orage, mais à leur retour elle serait suzeraine à nouveau, conseillère et toujours à sa droite, mais les décisions ne seraient plus siennes. L’Orage respectait la force, et laisser une femme dicter la conduite de son époux devant tous n’était pas considéré comme un signe de celle-ci. Une fois celle-ci partie, il posa un regard sévère sur les deux personnes restantes, gardant le silence pendant quelques secondes avant de répondre, à l’un en même temps que l’autre.

« Vous êtes là parce que votre frère détient l’épouse de mon frère, ainsi que sa fille. Jorah a déjà prouvé qu’il était prêt à tout pour obtenir son indépendance, et il est évident qu’une fois mes armées sur ses terres, il n’hésitera pas à les utiliser pour tenter de m’empêcher d’avancer sur Winterfell. Je ne suis pas votre frère, cependant, et je ne vous ferai pas payer pour les erreurs qu’il pourrait commettre, quoiqu’il se passe votre vie ne sera pas en danger tant que vous ne tentez rien d’inconsidéré. J’attends de vous que vous vous comportiez comme une dame de compagnie doit le faire, et comme un sujet loyal de la Couronne doit le faire. Votre frère est un traitre, il l’a décidé par lui-même en insultant la personne de la Reine et en posant une couronne sur sa tête malgré les nombreuses tentatives de conciliation, et ce n’est qu’ainsi que vous devrez le désigner si quelqu’un devait mentionner son nom, ou celui de n’importe quel autre Stark avec vous, Ashara exceptée. Votre famille a peut-être décidé de ne pas reconnaître l’union d’Edric avec elle, mais elle est, de fait, un membre de ma famille, tout comme sa fille, et son nom ne saura être bafoué par un membre de la suite de ma Maison. Considérez que votre présence au sein de la Maison Baratheon est votre seul gage de survie, parce que c’est ce qu’il est.

Jorah est trop arrogant pour voir qu’il court à sa mort, et son frère trop loyal pour ne pas se laisser entrainer dans sa chute. Il se battra jusqu’au bout à ses cotés, et aucun autre membre de votre famille ne le désavouera avant qu’il ne soit trop tard. Quand cette guerre sera terminée, il est plus que probable que vous soyez la seule à porter votre nom encore en vie, et il sera alors de votre responsabilité d’apporter une stabilité au nouvel ordre instauré au Nord. En attendant, prouvez au monde que j’ai raison de vous accorder ce statut, et cette responsabilité, en vous montrant un sujet loyal de Sa Majesté, soumis à sa volonté et à celle de ceux qui se battent en son nom contre la félonie du reste des vôtres. Quant à toi, mon frère... »


Son regard sur Edric, Robb hésita un instant à lui faire comprendre qu’il n’avait que lui-même à blâmer pour la situation dans laquelle il se trouvait. Que s’il n’avait pas joué aux inconscients en épousant une Stark dans le dos de tous, il ne se trouverait pas ainsi tiraillé entre sa famille et celle de son épouse, qu’il n’aurait pas à être le seul parmi les Cerfs à voir les Loups comme des membres de sa famille, qu’il n’aurait pas à endurer la peur de perdre sa fille et son épouse pour les actes d’un nordien dévoré par l’ambition. Mais c’était une cruauté que le Régent ne pouvait pas infliger à son propre sang, encore moins quand il savait que comme pour le reste, son cadet n’avait fait que suivre son coeur, aveugle qu’il était aux conséquences de ses actes. Il se contenta alors d’un simple rappel, le dernier probablement :

« Il est plus que temps que tu acceptes que tout ce que je fais, je le fais pour assurer la prospérité et la sécurité de notre Maison et de notre famille, incluant ton épouse et ta fille, qui reste ma nièce jusqu’à preuve du contraire. Je ne te demande pas d’accepter le sort qui attend les membres de sa famille, mais j’attends de toi que tu te soumettes à mes décisions, d’autant plus qu’il n’y en a pas d’autres. Tu veux les voir comme des membres de ta famille ? Sache qu’ils ont refusé de te voir comme tel depuis des années, et qu’ils ont continué à le faire malgré mes efforts. Ils ne sont rien pour nous, si ce n’est des ennemis de nos cousins royaux, pas des amis, pas des parents, pas des alliés. Ils mourront pour leurs actions ou pour avoir suivi leur frère, ou ils se rendront et seront autorisés à vivre, mais le règne des Stark sur le Nord s’est achevé au moment où Jorah Stark a proclamé son indépendance. Tout ce qui m’importe, c’est de m’assurer que ton épouse et ta fille te soient rendues, qu’elles obtiennent le nom qui leur a été refusé, et que le Royaume conserve son unité. Et si tu doutes de cela, si tu es incapable de les voir comme les ennemis de notre famille qu’ils sont, je ne peux plus rien pour toi. »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 25 Nov 2018 - 13:58

Le poing d'Edric se resserra sur les lettres. Elles eurent un gémissement de papier froissé, comme le dernier gémissement d'Ashara. Il aurait dû les chérir, puisque la Louve les avait tracées de sa main ; puisqu'elle les avait touchées ; puisqu'elle y renouvelait son amour, son espoir, avant sa résignation. Mais elles le plongeaient dans une telle angoisse ! Edric sentit à peine la caresse de Rohanna ; sentit, au contraire, chacun de ses mots s’enfoncer dans la chair de Freyja. Il se promit d'en parler à la Biche pour que la Louve délicate n'ai pas à payer pour son frère. Qu'au moins Freyja soit épargnée, qu'au moins elle, ne soit pas meurtrie par les Cerfs. Il lui en parlerait, plus tard. La Biche s'était effacée, et il pensait d'abord à la Louve Rouge. Ashara était autrement plus en danger ! Edric ne comprenait pas, pourquoi tout tournait autour de Freyja, des obligations de Freyja, des loyautés de Freyja, quand il venait d'apporter la preuve écrite, qu'Ashara avait pris un risque inconsidéré. Pourquoi est-ce que tout ne s'arrêtait pas ? Pourquoi est-ce que Robb ne daignait pas en parler ? Attendait-il d'en avoir fini avec Freyja, pour qu'elle se retire, qu'enfin ils puissent parler ?

Edric écouta son frère chapitrer sa soeur, ses paroles toutes aussi dures que celles de Rohanna, plus par réalisme toutefois, que par rancoeur. Dans cette guerre telle que la planifiait Robart, Freyja était la seule Stark à survivre (Edric se répéta que Cathan et Ashara, portaient son nom) ; Freyja avait un rôle à jouer dans la reconstruction du Nord, sous la domination du Dragon. Etant donné son sexe, il était aisé de deviner en quoi ce rôle consisterait. Ainsi le séjour de la Louve à Accalmie serait bref, et Edric n'eut pas le temps de s'en émouvoir, car Robb tournait vers lui un regard sévère. Il fut surpris que Robb le sermonne ainsi devant Freyja, lui qui était si attaché aux apparences. Sans doute était-ce à dessin qu'il niait devant elle les liens familiaux. Freyja n'est pas ta famille, voila ce qu'il disait ; Freyja n'est rien pour toi et tu n'as pas à t'émouvoir de l'avoir ramenée pour qu'elle soit mariée au futur gouverneur du Nord.

Que Robb se rassure, Freyja avait très bien tranché elle-même l'affection que d'emblée, le Cerf avait ressenti pour elle.
Que Robb se rassure, Edric se satisferait de récupérer sa femme et sa fille saines et sauves, même si comme il le craignait, elles devaient le haïr jusqu'à la fin de ses jours pour avoir été complice du massacre des leurs.
Que Robb se rassure, Edric percevait nettement, malgré son épuisement, le caractère final de cette remontrance à laquelle il se soumettrait complètement, si Robb daignait l'aider à sauver Ashara.

- Je n'ai aucun attachement pour les frères Stark et je le prouverai, répéta-t-il, conscient qu'il signait là le divorce avec Freyja, conscient qu'il renonçait à intervenir en faveur de la Louve délicate, aujourd'hui et demain.
Edric avait déjà accepté l'idée de sacrifier une Louve pour l'autre, avant de partir pour le Val. Il le ferait, puisqu'il le fallait, puisqu'il fallait sans cesse, depuis qu'il avait prononcé ces paroles rebelles, rassurer Robb de sa loyauté. Comment son frère pouvait-il encore le soupçonner de préférer les Loups ? Etait-ce si compliqué de comprendre qu'Edric ne craignait que de voir la haine dans les yeux d'Ashara ? A cela aussi, le Cerf s'était résigné. Si elle devait survivre, la Louve ne lui écrirait plus de lettre d'amour telle que celle qu'il serrait dans son poing.

Edric se leva et posa une main lourde sur l'épaule de son frère. Il était difficile de savoir si c'était un geste d'affection, de loyauté, ou s'il s'y raccrochait juste pour ne pas tomber. Le dos tourné à Freyja, les yeux fiévreux proches de ceux du Cerf couronné, il chuchota :
- Si cela t'importe, alors aide-moi... et si Ashara s'était enfuie ? C'est ce qu'elle écrit, Robb... Il peut lui être arrivé n'importe quoi... Je dois savoir. Il faut écrire à Winterfell... ou des hommes ? As-tu des hommes là-bas ?
Edric pouvait écrire lui-même, comme il l'avait fait depuis toutes ces années ; mais il ne pouvait plus jurer, en ces temps troublés, de la complicité du Mestre. Ni de la tolérance de son frère.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 4 Déc 2018 - 13:01




Avant la guerre, une cage dorée

Silencieux, Robb scrutait son frère, soudain si désireux de prouver que les Stark ne représentaient rien pour eux. Fallait-il lui accorder cette chance, prendre ce risque de voir l’avenir même du Royaume altéré parce que la lame de l’héritier de l’Orage hésiterait à s’abattre sur ceux qu’il appelait encore sa famille il n’y avait pas si longtemps ? Le sort de tous les Stark mâles avait été scellé lors de la rencontre du Régent avec le seigneur Bolton, aucun d’eux ne survivrait à cette guerre, c’était l’évidence même. Les nordiens étaient trop ancrés dans leurs traditions ancestrales pour accepter autre chose qu’un Stark à leur tête tant qu’il en resterait un en vie et en droit de réclamer Winterfell. Si Theon ou son fils survivaient à Jorah, quand bien même ils seraient destitués de leur titre, quand bien même leur nom serait marqué de l’opprobre royale et condamné au déshonneur, il se trouverait toujours un seigneur nordien assez fou pour engager une résistance acharnée pour voir ces indignes revenir à la tête de leur région. Ils mourraient donc, ne laissant que Freyja pour représenter son nom et ses responsabilités, qu’elle céderait à son futur époux, qui deviendrait alors de facto le nouveau représentant du pouvoir qu’avait un jour pu être les Stark. Un nouveau dirigeant, qui savait le suicide que représenterait un nouveau soulèvement contre la Couronne.

Fallait-il, alors, laisser Edric faire ses preuves sur un sujet si important ? L’autoriser à l’accompagner dans le Nord ? Lui confier la tâche d’abattre Theon Stark ? Jorah était à Robb, c’était l’évidence même, c’était à un suzerain d’en abattre un autre, et Robb ne lui laisserait pas l’honneur de mourir au combat, il ne le méritait pas. Il serait défait, emprisonné, et deviendrait un animal de foire, transporté jusqu’à Port-Réal, humilié dans chaque place forte qu’ils croiseraient sur le chemin, et quand viendrait l’heure de sa mort, il n’aurait pas droit à la décapitation généralement accordée à la noblesse, dernier signe que l’on accordait une mort rapide et honorable à quelqu’un de haut rang. Pas de droit à mourir par l’épée pour le traitre, il se balancerait au bout d’une corde à la vue de tous, et il y resterait le temps que les corbeaux puissent lui dévorer les yeux et que son cadavre soit désacralisé par le temps et la nature elle-même. D’ici là, les Bolton auraient été nommés suzerains légitimes du Nord, le mariage avec Freyja aurait été prononcé et consommé, et la petite rébellion des Loups n’existerait plus que dans les chansons destinées à rappeler à tous ce qui arrivait à ceux qui défiaient l’ordre établi par les dragons, et assré par le Cerf et le Lion. Du Nord, des Fers-Nés, il ne resterait plus que ce que les vainqueurs de la guerre les autoriseraient à conserver. Edric devrait-il jouer un rôle dans tout cela ? Prendre sa place aux cotés des vainqueurs ? En d’autres circonstances, Robb n’aurait pas hésité, son héritier avait besoin d’être associé à ses grandes victoires s’il devait un jour lui succéder, mais là… Le Régent ne pouvait que craindre qu’il ne décide de sauver ce qui ne pouvait l’être, quitte à affaiblir les siens et leur position au nom d’une compassion hors de propos.

Cette décision ne devait pas encore être prise cependant, et Robb fut interrompu dans le cours de ses pensées par la main de son frère se posant lourdement sur son épaule. Il écouta les murmures de celui-ci, hôchant simplement la tête avant de détourner son regard vers Freyja, s’adressant directement à la jeune Louve :

« Si vous n’avez plus de question, jeune Freyja, vous êtes excusée et pouvez rejoindre vos quartiers le temps que mon épouse vous fasse chercher. »

Elle pouvait bien clamer être là pour la paix, son allégeance n’en était pas moins claire, et il était certain que si elle entendait quelque chose pouvant aider sa famille, d’une manière ou d’une autre, elle tenterait de le faire. Le Donjn rouge était un nid de serpents et d’opportunistes, elle finirait par trouver quelqu’un qui se chargerait de faire passer un message à un autre, puis un autre, et ainsi les Stark pourraient être informés de choses qu’ils ne devraient pas savoir. Alors, s’il fallait aborder ces points là, Robb attendrait que son otage ne soit plus là pour écouter ce qu’il avait à dire sur la situation au Nord.

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Avant la guerre, une cage dorée

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