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 Avant la guerre, une cage dorée

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Avant la guerre, une cage dorée   Lun 1 Oct 2018 - 16:53




Avant la guerre, une cage dorée

La matinée était encore relativement fraîche, du moins la température nocturne n’avait pas encore été remplacée par la fournaise qui envahissait le moindre espace du Donjon Rouge quelques heures à peine après le lever du soleil. Depuis le balcon de sa chambre, Robb observait le port en contrebas d’un air inquiet. Le navire transportant son frère et Freyja devait être arrivé depuis plusieurs jours déjà, et aucune nouvelle n’avait été reçue depuis le corbeau l’informant qu’ils avaient récupéré la cadette des Stark et qu’ils reprenaient la mer vers la capitale. On avait reporté au Régent qu’une tempête avait éclaté non loin des côtes, mais la Fureur était l’un des plus gros navires de la flotte orageoise, et ne devait pas avoir eu de problèmes à résister au mauvais temps, après tous les marins de l’Orage avaient l’habitude du mauvais temps, et pourtant… Quelque chose avait dû se passer pour les ralentir, pire, pour qu’ils ne donnent aucune nouvelle.

Rohanna dormait encore, ou du moins elle n’avait pas encore bougé du lit. Robb avait développé une sorte de sixième sens en la matière, parvenant à détecter le moment où elle se réveillait même quand il lui tournait le dos, une réminiscence de la période où son épouse avait dû faire face à sa première fausse couche, et où rester attentif à son état était l’une de ses priorités. La situation était différente aujourd’hui, la Biche semblait avoir décidé, au moins en apparence, de surmonter ses malheurs passés, se focalisant sur l’avenir et ses épreuves qui n’avaient rien à envier à celles qu’ils avaient déjà dû affronter. Pour autant, le suzerain de l’Orage n’en était pas moins inquiet pour elle, et restait à l’affut du moindre signe qu’elle pourrait donner d’une faille de sa volonté. Il n’avait pas oublié cette nuit où elle avait manqué de se laisser tomber du même balcon où il se tenait actuellement. Sa famille était déjà suffisamment affaiblie, son épouse avait déjà trop subi pour qu’il ne se préoccupe que des affaires d’état comme certains auraient pu le faire à sa place.

Il fallut encore plusieurs minutes avant qu’elle ne s’éveille, arrachant un sourire au Cerf qui détourna le regard de la mer pour l’observer s’étirer. Il parla alors d’une voix à peine suffisamment haute pour qu’elle l’entende depuis le lit :

« Je ne voulais pas te réveiller, il n’y a rien de prévu aujourd’hui… » Dans un soupir, il ajouta : « Toujours aucun signe de mon frère. Je vais devoir envoyer des hommes pour enquêter, ce n’est pas bon. »

C’était même très mauvais, à vrai dire. Au-delà de la douleur d’une nouvelle perte s’il était arrivé malheur à Edric, la situation à l’Orage ne ferait qu’empirer avec la perte de son héritier, d’autant plus que le second dans la ligne de succession était plus que probablement également un traitre dont il faudrait disposer, en même temps que Kyra. Ne resterait alors que Boremund, mais ce n’était encore qu’un bambin, sans autre Baratheon la situation serait encore plus instable qu’actuellement, et il y avait déjà suffisamment de problèmes à régler comme ça.

Comme une réponse à ses réflexions, Ser Dondarrion frappa à la porte, demandant à lui parler. Le sourire aux lèvres, et en évitant soigneusement de poser les yeux sur le lit où se trouvait encore sa suzeraine. Il avait de bonnes nouvelles : Lord Tyvaros et Ser Edric étaient arrivés en compagnie de la jeune Stark, curieusement à cheval et par la terre plutôt que par navire, visiblement ils avaient essuyé une tempête, une attaque de Fers-Nés, avant d’accoster et de reprendre la route vers Port-Réal. Robb poussa un soupir de soulagement, avant de donner les instructions qu’attendait son capitaine.

« Envoyez Edric se reposer, et dites à Lord Tyvaros que je le convoquerai plus tard pour son rapport. Demandez aux serviteursde préparer une chambre dans la Tour pour la jeune Stark, et faites en sorte qu’il soit bien clair qu’elle est ici sous la protection des Baratheon, et personne d’autre. Qu’on l’installe dans la salle à manger et qu’on lui donne un repas en attendant, nous le rejoindrons bientôt pour lui souaiter la bienvenue. »

Et s’assurer qu’elle comprenne bien sa place dans le jeu politique actuel. Freyja serait un élément important pour affaiblir le Nord, voire le pousser à la reddition une fois qu’ils sauraient que l’une des leurs était aux mains de leur ennemi. Sans compter son accord avec le Bolton, dont la jeune femme faisait partie intégrante. Elle ne devait probablement pas avoir conscience du rôle qu’elle allait jouer, néanmoins il était important qu’elle prenne conscience du statut qu’elle occuperait au sein du Donjon Rouge, et des limites à ne pas dépasser en la matière, autant pour sa sécurité que pour son bien-être. Il n’était pas nécessaire de préciser tout ça au chevalier pour autant, qui se contenta de s’incliner et de quitter l’entrée de leur chambre pour exécuter les instructions qu’il avait reçues. Robb se tourna vers son épouse, un sourire à peine dissimulé sur le visage, le problème de son frère enfin réglé, du moins celui de son absence. Le reste, par contre… C’était encore à voir.

« Il semblerait qu’il y ait quelque chose de prévu, au final. Il va nous falloir accueillir cette nouvelle invitée. »

Une heure plus tard, ils descendaient tous les deux vers la large pièce servant habituellement aux repas. L’important était de faire forte impression, pour que la jeune louve comprenne rapidement qu’il n’était pas question de jouer avec les instructions qui lui seraient données. Au-delà de la simple insigne de Main du Roi, Robb portait donc l’épée de son père, ainsi que la chevalière de sa Maison, qui servait également à marquer les décrets et courriers officiels du suzerain de l’Orage. La pièce était vide, hormis la jeune Stark assise à la table, et les gardes qui encadraient toutes les entrées, immobiles. Se tenant droit, son épouse à son bras, Robb s’adressa à la jeune louve, sans animosité mais néanmoins fermement.

« Freyja, bienvenue à Port-Réal. J’ai cru comprendre que vous aviez eu des ennuis en route, j’espère que vous n’avez pas eu à trop souffrir du voyage néanmoins ? »

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 14 Oct 2018 - 17:30

Le voyage avait été une épreuve. Au début, la faiblesse de son corps l'avait empêché de penser. Dans sa folie furieuse, Edric n'avait pas senti le sang sortir de lui, les coups de Tyvaros qui se débattait ; puis ceux de Nerbosc l'avaient plongé dans l’inconscience. A son "réveil", le Cerf avait dû mobiliser toutes les forces qui lui restaient pour marcher. La honte de son débarquement forcé lui brûlait la gorge, mais pas celle de cette folie. La vue du Mantaryen lui était insupportable. A Freyja non plus, dont il soupçonnait la complicité, Edric n'arrivait pas à pardonner ; et à lui-même, encore moins. Plus son corps récupérait, plus son esprit le tourmentait. Il avait perdu trois navires, il avait abandonné des dizaines d'hommes, des hommes qui étaient sous sa responsabilité et avaient pâti de ses décisions. Il aurait dû en sacrifier certains pour en sauver d'autres ; sacrifier des hommes de la Couronne pour sauver des hommes de l'Orage, n'était-ce pas ce que la raison demandait ? Ce que Tyvaros avait demandé ? Edric refusait d'accepter que le Serpent avait eu raison ; il lui vouait une rancoeur tenace d'avoir forcé sa volonté, d'avoir menacé la vie de celle qu'il ne parvenait pas à se féliciter d'avoir sauvée. Ramener Freyja saine et sauve : n'était-ce pas le but de cette expédition ? A Edric, l'expédition paraissait si désastreuse que l'idée de se présenter devant Robb pour répondre de ces pertes massives le rendait malade. Sans parler de se présenter devant les seigneurs de l'Orage pour répondre de la perte de leurs fils ou de leurs sujets, qu'il avait lâchement livrés aux Fer-Nés.

Affaibli, renfermé, haineux, Edric avait laissé Valyron endosser toutes les responsabilités, s'acquitter de toutes les amabilités de la suite du voyage. Le Cerf chevauchait, mangeait, dormait, limitant au strict minimum les interactions avec ses hôtes et ses compagnons de voyage. Il était difficile à croire que cet homme mutique, aux épaules voutées par le poids de la culpabilité ou la douleur d'une blessure mal cicatrisée, soit le loquace héritier de l'Orage. Edric était une ombre et comme une ombre il passa les portes de Port-Réal, comme une ombre il fut reçu. Il ne méritait pas mieux, il ne souhaitait pas mieux ; il n'avait qu'une hâte, se retirer dans le repos de ses quartiers, et délaissa l'installation de Freyja, tout comme il délaissa de partager son repas, auquel il n'était pas invité.
Un bain fumant l'attendait dans ses appartements, tentant ; mais le Cerf vérifia d'abord s'il avait du courrier. Ashara n'avait pas écrit depuis de longues semaines, et lui plus encore, depuis que les accusations de l'empoisonnement pesaient sur le Nord - car que dire à la Louve bien aimée, sans trahir la Couronne et les siens ? Les mots d'Ashara lui manquaient cruellement, chaque jour elle s'effaçait comme un rêve inaccessible ; Edric la perdait, et bientôt il la perdrait dans la guerre, lui murmuraient des fantômes funestes.

Aussi, le Cerf fut surpris de découvrir, parmi d'autres, deux missives de Winterfell. Il les déplia, désordonné, commençant par la dernière, lisant sans comprendre ; dépliant la première, lisant, relisant, sentant son esprit s'activer et son coeur battre, sentant le sang circuler à nouveau dans ses veines comme jusqu'alors obstruées. Un juron s'échappa de ses lèvres, il lut une troisième fois, ne sachant trop s'il devait rire ou pleurer, ce qu'il devait faire, et cette incertitude était insupportable. Quelque soit cette nouvelle, il devait la partager avec son frère. Oubliant rancoeur, méfiance et pudeur, le Cerf s'échappa de ses appartements, pénétrant en trombe dans la salle à manger.
Oubliant Freyja, oubliant Rohanna, oubliant la règles les plus élémentaires de la politesse, Edric interpella son frère, contournant la table qui n'était qu'un obstacle pour étaler devant son regard médusé la première lettre, en face de l'assiette de Freyja, dessert auquel la Louve délicate avait à peine touché. Tandis que son frère lisait, la première lettre, puis la deuxième, Edric scrutait les traits de son visage ; il remarqua ses vêtements d'apparat, à côté desquels ses habits de voyage, et son bandage poussiéreux, semblaient presque insultants, mais qu'importe ! Il échangea un long regard avec Rohanna, et daigna regarder, enfin, cette autre soeur, figée comme porcelaine - et il se sentit coupable de ce qui était arrivé et de ce qui allait arriver, peut-être, à présent que soufflaient les vents bleus du changement.


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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 14 Oct 2018 - 19:13

Avant la guerre, une cage dorée

Robb, Rohanna, Edric & Freyja


Le vent chaud de la capitale souffla sur la peau éprouvée de la jeune louve. De son nouvel environnement, elle n’en ressentait que la chaleur étouffante, l’hostilité croissante, le sentiment écrasant, qu’ici, tout lui était étranger. Elle ne s’habituait guère à cet air si différent de celui du Nord qui était lui chargé d’une brise pure et sèche. Ici, chaque souffle dans ses poumons amenait des lambeaux de sel, d’iode, de mille senteurs inconnues, de poussière et de chaleur. A ses yeux s’offraient la vision d’une construction colossale qui installait la magnificence de Port-Réal, de sa couronne et du pouvoir. La splendeur des lieux aurait eu à l’émerveiller si elle ne se sentait pas enchaînée déjà à chaque pierre, à chaque grain de poussière, à chaque bâtiment, à chaque tour. L’aspect gigantesque de la capitale faisait trembler les fondations déjà guère solides de son univers. Le monde tournait à une vitesse folle autour d’elle, et lorsque ses pâles prunelles s’arrachaient à la contemplation mortifère de la capitale, c’était pour la renvoyer à l’infini angoissant de la mer. Les souvenirs terribles de ces derniers jours s’écrasaient avec violence sur la surface de sa rétine. Dans chaque bruissement, il lui semblait entendre le hurlement de ces hommes que les vagues ou les épées de Fers-Nés avaient avalé, ou à ceux qui avaient vécu un sort bien pire que la mort ; dans l’écho des récifs, il lui semblait entendre encore gronder la fureur de la tempête, le hurlement violent de cette nature qui s’était dressée contre elle, impitoyable et féroce ; dans le silence de ses pensées, une voix venait lui hurler sa traîtrise, sa lâcheté et ses fautes. Du seul allié qui résidait à ses côtés, elle était parvenue à s’en faire un ennemi. Au cours de ces derniers jours éprouvant pour regagner la capitale sains et saufs, Freyja avait souffert de l’indifférence méprisante du Prince de l’Orage, de ses silences sentencieux, de ces regards qui ne lui pardonneraient jamais ce qu’elle avait fait. De son courroux, elle s’en sentait fautive, mais une part d’elle se rebellait contre cette injuste condamnation. Chacun de ses actes, même maladroits, n’avaient-ils pas été étudiés dans l’unique but de lui sauver la vie ? Si, lors d’une brève alliance, Valyron et elle ne s’étaient pas assemblés pour faire front contre l’entêtement d’Edric, ne serait-il pas mort à cette heure ? Ou pire, encore, aux mains des Fers-Nés ? De sa mort, elle en porterait une culpabilité plus grande encore, non seulement au regard de la Couronne, mais plus encore de celui de sa sœur Ashara et de sa tendre nièce. Elle préférait subir les conséquences douloureuses un mépris qu’un deuil irréversible.

Epuisée par des nuits agitées, endolorie par ses précédentes blessures, éprouvée par une chevauchée à laquelle elle n’était pas habituée, malmenée par l’inimitié qui lui était vouée et effrayée d’atteindre les portes de sa prison, Freyja tenait debout presque par miracle. A peine parvenus aux abords de la tour, elle s’était retrouvée délaissée par ses deux compagnons de voyage, destinée à suivre des gardes jusqu’à une salle immense au cœur de la Tour de la Main du Roi. L’envergure de la pièce manqua de lui donner le tournis. Livrée à elle-même, elle se laissa choir avec une élégance qui lui manqua sur l’une des chaises qui entouraient la table où avait été installé un repas. En dépit de sa faim, l’angoisse qui tordait les entrailles de la Louve l’empêcha d’avaler quoi que ce soit. Les derniers mots qui lui avaient été adressés annonçaient la venue prochaine de Robb Baratheon et de son épouse. Ses yeux s’échouèrent sur la robe qu’elle portait et elle réalisa qu’elle devait avoir bien piètre allure pour s’afficher face à la Main du Roi et Lady Rohanna. Au cours des trois jours qui suivirent la tempête, un bain chaud, des vêtements neufs et des soins lui avaient été apportés. De ses séquelles, elle ne portait qu’un vieux bandage autour du bras, des égratignures çà et là sur sa peau de porcelaine, et l'épuisement manifeste qui provenait principalement de la douleur qui vibrait régulièrement à l’arrière de son crâne. Elle ne se sentait pas plus à l’aise dans cette robe qu’elle portait, à la mode du Sud, mais guère à sa taille. Il avait fallu repriser en toute hâte l’ourlet du bas pour qu’elle ne traîne pas complètement au sol. Quelle image donnerait-elle de Winterfell et des Eyriés ? Elle s’appliqua à arranger sa chevelure, lui donnant un air plus ordonné. Ce fut à ce moment qu’elle réalisa combien ses doigts tremblaient d’une émotion trop forte. Du flegme dont elle avait fait preuve au jour où Edric et le Maître des Chuchoteurs étaient venus la chercher, il semblait qu’il n’en restait rien, évanoui dans la tempête. Même à l’interrogatoire malveillant de Valyron, elle n’avait pas flanché. Le courage lui manquait cruellement à cette heure où chaque fibre de son être criait d’épuisement.

La louve sursauta lorsque les portes de la pièce s’ouvrirent. Deux silhouettes à l’allure superbe s’engouffrèrent entre ses battants et s’approchèrent de Freyja. Bien moins gracieusement qu’elle ne l’aurait souhaité, Freyja se redressa sur sa chaise. Si elle frémit en premier lieu en observant l’épée qui ceignait à la taille de l’homme, elle identifia bien vite l’anneau à son doigt. La chevalière de la Main du Roi. La jeune femme s’inclina respectueusement. Elle aurait souhaité exprimer quelques mots, mais sa gorge était trop sèche pour émettre le moindre son. Osant relever la tête, elle observa Lord Baratheon. En premier lieu, ce fut sa ressemblance frappante avec Edric qui la saisit, mais il y avait quelque chose en lui qui rappelait plus les manières d’un seigneur que d’un prince. Une prestance. Un charisme. Une fermeté certaine. Et pour trancher avec la présence autoritaire de Robb, sa femme trônait à ses côtés. Biche blanche et douce. Freyja fut éblouie par la douceur de ses traits, la coupe parfaite de son visage délicat et la beauté qui embaumait la moindre de ses attitudes. Une beauté nullement gâtée par les épreuves auxquelles elle avait dû faire face. Il lui fallut beaucoup de force pour formuler une réponse cohérente à la Main du Roi et ne pas laisser transparaître la torpeur qui l’emprisonnait bien plus que ses geôliers. « Sir, j’ai joui de bien plus de chance que la plupart des occupants de ce navire. Nous sommes arrivés sains et saufs. » Uniquement quatre d’entre eux au détriment de tout un équipage. Une fois encore, les scènes de cette effroyable tempête se rejouaient dans son esprit. Ses doigts s’accrochèrent aux plis de sa robe pour en dissimuler les tremblements. N’oubliant pas les raisons diplomatiques de sa venue et tous les enjeux de sa captivité, la louve crut bon de poursuivre. « Ma présence ici gage de la coopération entière du… » Le reste de ses mots fut avalé par le fracas des portes qui s’ouvrirent à la volée. Edric en apparut sur le seuil, agité et empressé. Les entrailles de Freyja se glacèrent mais il n’eut d’yeux que pour son frère vers qui il se précipita et présenta des lettres sous son nez. Des missives, elle ne put pas en cerner l’objet, toutefois, elle aurait reconnu cette écriture entre mille et le sceau brisé qui en scellait autrefois l’ouverture. « Ashara… » murmura-t-elle, détaillant d’abord Robb en quête d’une réponse, puis Edric en dépit de tout ce qu’il pouvait ressentir contre elle.

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 16 Oct 2018 - 1:00




Avant la guerre, une cage dorée




L ’époque où, pour sortir du monde des songes, elle ouvrait un œil après l’autre était terminée. Avant, une première paupière ouverte lui permettait d’être certaine que le petit jour n’était pas une chimère ou, au contrairement, de rester un peu plus longtemps alanguie dans les bras nocturnes. C’était un temps naïf, lascif où le monde était fait pour rythmer au même affetti que ses amants les plus gourmands. Désormais, tout était différent. Rohanna ouvrait ses deux grands yeux bruns, ensembles et sans attendre. C’était la seule façon qu’elle avait de ne pas laisser sa mélancolie l’attraper dans les méandres d’un univers noir et sans espoir. La seule arme véritable capable de couper les lianes gluantes et asphyxiantes de tout ce sang qu’elle avait perdu et qui ne demandait qu’à la perdre avec. La noyer. Sa main endormie protège son visage de la lumière matinale. Le soleil n’a pas percé la haute baie géminées, mais son sommeil a été trop opaque pour ne pas s’éblouir de cette soudaine clarté. Dans le contrejour doré, la figure de Robb apparaît. Comme plusieurs matins déjà, il est l’affût du moindre signe de l’horizon. Il pourrait rester des heures à fixer la ligne plate, sans accepter ni repas ni boisson. Jamais son épouse ne l’avait vu dans cet état d’angoisse et d’énervement paisible, pas même après ses fausse-couches. Il était tout aussi facile que difficile d’imaginer ce qui se tramait dans son esprit. Il disait ne pas perdre espoir de voir La Vesprée percer la ligne azurée, mais chaque heure passée venait ternir cette espérance en mensonge. Un bâillement vient chasser les dernières effluves de la nuit et ses bras s’allongent comme pour chasser ces affreuses lianes un peu plus loin encore. Quelques heures de répit avant qu’elles ne reviennent. « Je ne voulais pas te réveiller, il n’y a rien de prévu aujourd’hui… » Une moue au visage, elle secoue la tête. Le voir dans les bras de cette apathie nouvelle n’était pas pour lui plaire. Robart n’était jamais comme ça, il ne se montrait jamais enclin à la faiblesse de ses doutes. « Toujours aucun signe de mon frère. Je vais devoir envoyer des hommes pour enquêter, ce n’est pas bon. » Rejetant le drap de ses pieds, elle s’assied au bord de leur couche. Ses jambes sont lourdes, ankylosées de cette longue marche qu’elle s’est obligée la veille dans les rues de Port-Réal. Par tous les moyens imaginables, elle s’empêchait de penser à Edric. Elle n’avait jamais parlé à Robart de leurs adieux, de sa fureur, de la sienne, de leurs maux, de leurs détresses… elle n’avait même jamais eu la force d’aller voir si il avait emporté avec lui ce surcot qu’elle lui avait brodé de leurs signes et couleurs héraldiques. Elle fuyait tout ce qui aurait pu la rendre faible, pas quand Robart devait se sentir soutenir et épaulé. Car si Edric ne revenait pas, si il avait été pris dans cette tempête… alors la Baie des Naufragés ne serait pas assez déchainée pour affronter leur avenir. Cet avenir, tant qu’il n’y avait pas d’autre échappatoire, elle s’empêchait d’y penser. « Nôtre frère reviendra… il revient toujours. » Les trois frères d’Accalmie étaient toujours revenus. Chaque femme qui les avait veillé sur les remparts, à la lueur de leur cœur frémissant, n’avait jamais doutée une seule seconde de leur vision sur l’horizon. Robart n’était pas habitué à cette attente incontrôlable, mais elle si car elle les avait tous attendus — même Jasper, quand sa fureur pour lui n’était pas encore. 


Sans prévenir, Ser Dondarrion fait irruption dans la chambre nuptiale. Brièvement, il salut son Seigneur et s’avance d’un pas tout aussi silencieux qu’affirmé. Rohanna ne peut s’empêcher un certain inconfort à le voir dans cette pièce et elle ne bouge pas. Aux premières heures de leur mariage, elle avait été gênée des vas-et-viens des servantes et autres commis de la forteresse dans leur intimité. Elle n’était pas particulièrement pudique, mais cette façon qu’ils avaient de se mouvoir n’importe quand, n’importe où, à leurs côtés lui était désobligeante. Puis, avec les années, elle avait réussi à les rendre invisible. Depuis cette terrible nuit, pourtant, croiser le regard du chevalier était difficile, douloureux et pénible. Elle ne pouvait s’empêcher de revivre le scène où il l’avait vu nue, folle et désespérée, prête à se jeter dans le vide, au milieu de débris de la fureur assassine de Robart. Elle savait qu’un jour elle devrait passer au-dessus, mais elle n’y était pas encore prête. Tout comme elle se refusait de s’approcher de cette fenêtre. Demain, mais pas aujourd’hui. Évidemment, demain n’arrivait jamais.

Dans le bruit de ses pensées, rentre en écho le chant Orageois. Les nouvelles étaient bonnes, excellentes. Edric était rentré ! Edric était sain et sauf, il était entre ces murs actuellement ! Remplie d’une allégresse nouvelle, Rohanna se laisse glisser vers le sol et se précipite vers les deux hommes. « Envoyez Edric se reposer, et dites à Lord Tyvaros que je le convoquerai plus tard pour son rapport. Demandez aux serviteurs de préparer une chambre dans la Tour pour la jeune Stark, et faites en sorte qu’il soit bien clair qu’elle est ici sous la protection des Baratheon, et personne d’autre. Qu’on l’installe dans la salle à manger et qu’on lui donne un repas en attendant, nous le rejoindrons bientôt pour lui souhaiter la bienvenue. » Mais son entrain disparaît aussi vite qu’il était venu et à nouveau elle ne peut approcher de la baie lumineuse, ni du livreur de bonne nouvelle. Un frisson la parcourt. L’Orageois, dans son armure scintillante, s’évapore de leur domaine très privé. Robb lui sourit comme il ne l’a pas fait depuis longtemps : elle le lui rend, mais dès qu’il se détourne il s’efface. « Il semblerait qu’il y ait quelque chose de prévu, au final. Il va nous falloir accueillir cette nouvelle invitée. » Son épouse lui offre un haussement de sourcils, n’était-ce pas là une merveilleuse nouvelle? Plein de vitalité, il s’affaire déjà à se préparer et gorge son visage d’eau fraîchement puisée et apportée à l’aurore. L’apathie avait disparu et une force nouvelle venait de s’emparer de son corps vif et fort. Celui qu’elle n’avait pas encore le droit de toucher. Glissant une main derrière une tapisserie murale, elle sonne ses dames d’atours. L’autre vient toucher sa large cicatrice.




***




Elle est là. Frêle, très pâle, dans des vêtements poussiéreux, déchirés et salés : difficile d’imaginer qu’il s’agit là d’une des descendantes des grands rois de Winterfell. Autour de l’avant-bras de son époux, les doigts de la Biche se crispent. Elle avait cru se préparer à ce moment, mais c’était pire qu’une gifle d’un Trant. La voix de Robart était sans animosité aucune, sans ressentiment, elle était simplement royalement mesurée. « Freyja, bienvenue à Port-Réal. J’ai cru comprendre que vous aviez eu des ennuis en route, j’espère que vous n’avez pas eu à trop souffrir du voyage néanmoins ? » Comment peux-tu te foutre si elle, elle a souffert? L’étrangère venue des terres lointaines, s’incline. Et Rohanna s’étonne de ne voir aucune trace de l’arrogance des Arryn dans les manières de la jeune femme. « Sir, j’ai joui de bien plus de chance que la plupart des occupants de ce navire. Nous sommes arrivés sains et saufs. » Parce qu’elle ne veut rien louper des agissements de la louve, la Dame d’Accalmie perçoit son geste. Ses doigts se cachent dans ce qu’il reste d’une robe de Cour. Le vestige détruit de la magnificence des Eyrié et de leur château de marbre bleu. Quelques phalanges sont égratignées. Si elle est présente physiquement, elle se refuse à écouter les plates paroles. Son attention se porte sur le grand absent, Edric. Elle n’aime pas cette soudaine arrivée. Rohanna avait oublié qu’avec le retour de son frère, viendrait celle du souvenir de la mort. « Ma présence ici gage de la coopération entière du… » elle ne termine pas sa phrase : un homme entre en furie dans la pièce. Ses cheveux sont emmêlés, blanchâtres de poussière, une forte odeur de cheval prend domination sur la rose musquée ambiante. Ce n’est que lorsque que la voix s’élève, interpellant Robart, qu’elle accepte de voir Edric. Ses doigts, si tendus quelques instants auparavant, glissent d’un coup brusque du bras seigneurial. Il était vivant, de chair et d’os présent dans cette salle. Sur la table, il placarde deux parchemins.

Robb lui échappe, il s’approche de ce frère et de cette étrange livraison. Elle, elle reste immobile. Incapable de bouger, incapable de respirer, incapable de détacher son regard de cet homme pour qui, elle le sait maintenant, elle a eu tellement peur. 

Quand il croise son regard, celui-ci est long. Il semble toucher l’éternité. Le temps tournoie dans son esprit, dans son âme, dans ses souvenirs : tout se côtoie, tout se mélange. Plus rien n’est vrai, plus rien n’est faux. Il est vivant. On dirait un charlatan des grands chemins, mais il est vivant. Blessé, mais une lumière nouvelle irradie de lui. Un pas, incertain. Un deuxième, pour l’équilibre. Les autres s’enchaînent, elle passe devant Freyja sans la regarder, derrière Robb sans se soucier des nouvelles, jusqu’à toucher la main, sale et calleuse, du fils de l’Orage. Lui pardonnait-il tous leurs émois passés? Pouvait-il oublier toutes leurs affreuses paroles? Elle le faisait !, tout cela n’était rien contre l’idée de le perdre réellement, de ne jamais le revoir ! Sous sa lourde robe d’apparat, son cœur halète, bondit et brame fort, fort, fort ! Après un instant, elle perd ses doigts dans sa paume et la presse avec un amour sincère et nouveau. Puis, sans se soucier réellement du bandage qui scie son bras, oubliant la sœur de l’assassin et toutes les convenances de la Cour, elle se jète à son cou. Elle enroule ses bras aussi fort que lui permet la hauteur monstrueuse du colosse d’Accalmie et sa voix chante d’un éclat heureux : « je savais que tu reviendrais ! » Depuis ce soir dans les cuisines de la forteresse, je t’ai attendue tant de fois que je savais que ce ne serait pas la dernière ! C’est comme un rire qui répète : je le savais, je le savais, je le savais ! C’est comme une enfant qui retrouve son meilleur acolyte et compère et elle son sourire continue de s’étirer. Ses fameuses fossettes ne semblent jamais vouloir s’arrêter de se creuser, mais elles le font brutalement quand la voix faiblarde et tremblante de l’invité indésirée perce son ouïe : « Ashara… ». Alors les bras se détachent et Rohanna recule, marchant sur sa traîne mordorée. Elle dévisage Edric qui ne scrute que la petite louve. Elle n’arrive pas à déchiffrer ce regard tempétueux, alors, peut-être réellement pour la première fois, elle s’accorde à jeter ses yeux sur elle.

Elle aimerait pouvoir faire un geste vers cette enfant paniquée, un geste rassurant vers cette inconnue qui semble avoir vécue des épreuves terribles et arrive dans un endroit étrange, avec des personnes tout aussi étranges. La Dame des lieux connait le sentiment, elle sait que, déjà à l’ordinaire, les Baratheon sont imposants et déroutants, sans parler du Donjon-Rouge… qu’elle n’était pas encore sûre de pouvoir décrire parfaitement. Il suffirait d’un geste, un geste pour apaiser ses tremblements mais malgré toute sa bonne volonté, Rohanna n’arrive pas à passer la barrière de cette cicatrice qui la brûle. Ce souvenir, ce qu’elle a du endurer et perdre à cause du Nord. « Robart? » Elle a déjà détachée son attention de Freyja depuis de longs moments, mais c’est instinctif elle pose ce que la captive ne peut demander : « quelles sont les nouvelles? Ashara et Cathan vont bien? ».

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Robb Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Mar 16 Oct 2018 - 17:23




Avant la guerre, une cage dorée

Un chiot apeuré, qui tentait de faire face à des événements bien trop grands pour elle, telle était la première image que Robb eut en voyant la jeune Stark pour la première fois. A son crédit, elle essayait toutefois, conservant un certain calme dans la situation où elle se trouvait, et rien que pour cela elle méritait un certain respect. Robb hôcha la tête tandis qu’elle mentionnait la perte de son navire, plus d’une cinquantaine de marins de l’Orage parmi les meilleurs, les premières pertes d’une guerre qui n’avait pas réellement commencé. Les reponsables, directs et indirects, paieraient pour cela, les batailles à venir s’en chargeriant bien assez vite, personne ne pouvait s’attaquer aux hommes des Baratheon sans en payer le prix fort, et ceux-là ne feraient pas exception. Néanmoins, tous les hommes présents sur ce navire avaient fait leur devoir envers leur suzerain et son héritier, aucun d’eux n’était mort pour rien, ou par le caprice d’un seul homme, c’était une certitude, aussi la question ne devait pas être soulevée avec la jeune Louve, elle le serait bien assez rapidement lorsque Robb demanderait son rapport à son frère.

« Mes hommes sont morts pour vous protéger, mon frère et vous, et leur sacrifice sera honoré à la hauteur du service qu’ils ont rendu au Roi et à moi-même. Vous n’avez pas à vous sentir coupable des actes commis par d’autres, de même que vous n’en serez pas tenue responsable. Le meilleur moyen de leur rendre hommage est de continuer votre vie en étant reconnaissante qu’ils vous aient permis d’arriver jusqu’ici saine et sauve. »

Machinalement, la jeune louve continua sur sa lancée, rapidement interrompue par les portes de la salle qui s’ouvrirent en claquant bruyamment, laissant place à Edric, visiblement sur les nerfs, une vision qui n’avait plus réellement quelque chose d’étonnant pour son frère, au vu de leurs dernières entrevues. Derrière lui, il aperçut les gardes impuissants devant l’arrivée fracassante de l’héritier de l’Orage, attendant visiblement un ordre de leur seigneur pour renvoyer l’incongru d’où il venait, mais l’ordre ne vint pas. Robb se contenta de lever les yeux au ciel, il était visiblement impossible pour son frère d’obéir à un ordre, même aussi simple que celui de se reposer avant qu’il soit convoqué pour son rapport. Violemment, il écrasa presque deux parchemins sur la table, attendant presque fébrilement que son frère les lise. Robb s’en empara, non sans ajouter sur un ton de reproches à peine dissimulé :

« Je suis heureux de te revoir mon frère, néanmoins il y a une raison pour laquelle je ne t’ai pas demandé de nous rejoindre maintenant. Sans compter que tu aurais pu profiter du temps qui t’était accordé pour récupérer du voyage que tu as du endurer. Mon héritier ne devrait pas être vu plus que nécessaire dans ton état, et un mestre doit examiner ta blessure. »

Probablement moins agacée, Rohanna quitta son bras pour enlacer son beau-frère, incarnant à elle seule la joie de le savoir de retour, quand Robb se devait une certaine contenance, surtout après que celui-ci ait désobéi à ses instructions, et en présence de leur nouvel ôtage. Tout était question d’image à Port-Réal, et celle qu’Edric avait offert n’avait rien de ce qu’il avait prévu. Il était imprévisible, un trait de caractère qui n’aurait posé aucun problème à Accalmie, mais à Port-Réal la chose était tout autre. Au moins, le suzerain de l’Orage espérait que ce qui avait poussé son héritier à interrompre ainsi l’accueil de la jeune louve était aussi important que cela le laissait paraître. Il lança un regard à son invitée, s’excusant brièvement :

« Veuillez m’excuser ma dame, mais mon frère semble penser que cela nécessite mon intention de façon immédiate. »

Sans rien ajouter d’autre, entendant à peine la voix de son épouse qui s’adressait à son frère, Robb s’empara des lettres pour les parcourir. Au premier regard, il comprit de qui il devait s’agir, et le murmure de Freyja confirma ses soupçons. Robb se doutait qu’Edric et son épouse secrète entretenaient une certaine correspondance, mais il avait préféré passer le sujet sous silence, imaginant que le jeune homme n’aurait pas été suffisamment fou pour partager des affaires d’état avec un membre du camp opposé, peu importait l’affection qu’il portait à cette dernière. Si la première lettre ressemblait fortement à celle d’une amante depuis trop longtemps oubliée, l’autre en revanche lui fit douter de cette certitude qu’il avait pu avoir. De quelle condition parlait-elle ? Edric avait-il promis quelque chose en son nom ? Ou bien avait-elle inventé quelque chose ? Les seules que Robb pouvait voir étaient celles qu’il avait chargé le suzerain du Val de porter au Nord, et il était clair que Jorah Stark n’avait aucune intention de se rendre à la Couronne, encore moins de ployer le genou. Ce devait être autre chose, mais quoi ? Fronçant les sourcils, Robb relut les lettres, à la recherche d’un sens caché qui devait peut-être lui avoir échappé, sans en trouver d’autres que les mentions à demi-mot de la bâtarde qui n’aurait jamais dû l’être, sa nièce condamnée à l’opprobre quand elle aurait du grandir parmi les siens et celles de leur mariage. Il semblait de plus en plus probble au seigneur de l’Orage que c’était une manœuvre des Stark pour créer une dissension dans les rangs Baratheon, dont l’épouse de son frère se rendait complice. Peut-être était-ce là la raison de l’arrivée subite d’Edric, qui avait trouvé un nouveau grief à imputer à son frère en défense de sa belle famille... Robb fut sorti de ses réflexion par Rohanna, lui demandant s’il s’agissait de nouvelles d’Ashara et de sa famille. Relevant les yeux, il répondit sur un ton circonspect, en tendant le courrier à la Biche.

« Je ne saurais dire. »

Il se tourna alors vers son frère, un air aussi interrogateur que réprobateur sur le visage. Robb n’avait aucune envie de devoir gérer une nouvelle attaque de son cadet, encore moins devant une Stark, quand bien même elle ne pouvait plus faire grand-chose maintenant qu’elle était entre les mains des Baratheon. Les apparences, toujours les apparences…

« J’imagine que tu as compris autre chose à ces mots que des paroles d’une épouse regrettant de ne pas être auprès de son époux, et des exigences que je ne lui ai jamais formulées ? Est-ce réellement le bon moment pour en parler ? »

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Rohanna Baratheon
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■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Jeu 18 Oct 2018 - 16:58




Avant la guerre, une cage dorée




« Je ne saurais dire. » Son ton est réticent, ses sourcils imperceptiblement froncés et sa main fuyante. Elle n’obtient aucune autre réponse que les deux missives tendues vers elle. Il est ennuyé, mais son épouse comprend que ces lettres n’en sont pas le motif premier. Jetant un coup d’œil furtif sur la louve, s’assurant qu’elle n’ait pas l’intention de commettre une quelconque attaque désespérée, elle s’empare du trouble fait. Ce ne fut pas une grande surprise, la Biche connaissait l’existence d’une correspondance entre les époux cachés. Pendant la guerre, elle avait elle-même vivement encouragé Edric dans cette voie. Elle pouvait encore s’entendre lui tenir tête, bravache et ennivrée : « et que diront-elles, ces merveilles du Nord, si elles ne reçoivent plus de tes nouvelles? Demain, la guerre ne sera plus une excuse. Soyez bien averti, Ser, je ne vous recevrai jamais plus à ma tablée si, d’aventures, vous deviez baisser les bras. » Rapidement, ses yeux survols les mots. Ils défilent d’eux-mêmes et son poignet ne peut réprimer un tremblement. Une nervosité. Devait-elle comprendre qu’Ashara avait fuit Winterfell avec Cathan? Comment Lord Jorah avait pu accepter ça? Deux lunes. On peut voir la mer d’ici… et l’horizon tout aussi calme que les jours précédents.  « J’imagine que tu as compris autre chose à ces mots que des paroles d’une épouse regrettant de ne pas être auprès de son époux, et des exigences que je ne lui ai jamais formulées? » La seconde missive, beaucoup plus courte se superpose à la première. « Je me suis trompée, fourvoyée. Dis à ton frère que ses exigences et conditions seront respectées. Je m’y engage solennellement. » Quelles exigences? Quelles conditions? Aucune n’était datée, et les messages étaient tant contradictoires… Cela ne pouvait être, c’était impossible.

Confuse, ses yeux se posent sur Robart. Dans la pourpre de ses habits de Cour, toute la splendeur de sa position et de son rang, l’ainé fait front à son cadet. Ce dernier, revenant du royaume des morts, à l’allure d’un mendiant des grands chemins. Inoffensif. Pourtant, sous leurs vêtements d’apparats, ils ressemblent déjà à deux mâles prêts à s’affronter pour leur harde respective. La Biche n’avait pas fait part des griefs d’Edric envers son aîné. Elle s’était promis d’attendre le retour de celui-ci, prendre le temps du recul sur leurs émois naturellement tempétueux. C’était peut-être une erreur car si son époux avait eu connaissance de sa colère, sa sensation de perte d’identité et sa peur… il aurait fait preuve de plus de délicatesse. De considération, plutôt. « Est-ce réellement le bon moment pour en parler ? » À l’instar du moment qui précède une foudre destructrice, un lourd cumulonimbus se forme au-dessus des deux hommes. Dans l’épaisseur de leurs bois, des courants contraires, froids et brûlants, font rage. L’air s’électrise. Il n’était plus temps de regretter l’interruption brutale d’Edric ou le manque d’empathie de Robart. Fidèles à leur nom, ils n’obéissaient qu’à leur tempérament agité. Toujours un Baratheon obtempérait selon sa fougue et se devait de réfléchir aux conséquences après. Les Orageois étaient tous ainsi, mais plus particulièrement la famille seigneuriale. Ils bramaient pour mieux se faire entendre et leurs ramifications s’entrechoquaient pour mieux se comprendre. En connaissance de cause, Rohanna ferme les yeux. Malgré les années, les batailles, les partes, ils demeuraient tous les deux aussi entêtés que des gamins. Incapables d’avouer leurs erreurs mutuelles, mués dans leur fierté insolante.  Robart, lui qui avait été si inquiet pour son frère n’en montrait aucune trace. Il s’imposait comme le Seigneur dérangé pendant un acte politique de haute importance. Cette sœur du Nord qu’il ne connaissait pas, après avoir patienté des années, pouvait bien encore attendre. Or, il ne servait plus à rien de vouloir éviter le sujet : le cerf ne partirait pas temps qu’il n’aurait pas eu ses réponses. Si quelqu’un devait être renvoyé dans les prochaines minutes : ce serait la Stark. Elle, elle pouvait bien attendre qu’on vienne la chercher. C’était une inconnue aux titres honorables : sœur d’un assassin et d’un parjure, cousine d’une traitresse récemment condamnée, pupille d’un homme au serment d’allégeance douteux… Robart ne la ferait pas passer avant sa propre famille. Il n’en était pas question.

« Assieds-toi. » Fraternelle, sa main encourage Edric à prendre place sur l’une des chaises qui entourent la grande table. Il faisait peur à voir, comme si son imposante stature pouvait s’effondrer à tout moment. Jamais elle ne l’avait vu ainsi, pas même aux retours des champs de batailles. Il semblait plein d’une agitation étrange, seigneur de pensées désordonnées et contradictoires, blessé et épuisé. Il n’avait rien de l’imposant fils de Théodan. « Vous aussi Freyja, la dernière chose dont j’ai besoin est d’appeler quelqu'un pour s’occuper de vous. » C’était ses premières paroles pour la Stark et le ton était presque tranchant. Alors qu’elle prenait place aux côtés de son frère, elle évita soigneusement de rencontrer le regard courroucé de son époux. Plus tard, dans l’intimité de leur chambre, il pourrait bien lui dire tout ce qu’il avait sur le cœur et lui interdire d’agir de la sorte à nouveau. Laisser exploser les flots de sa fureur. « Edric, le mestre t’a-t-il dit la date exacte à laquelle il avait réceptionné les missives et l’intervalle entre les deux? » Car enfin, tout ceci était dénué de sens commun ! À condition que les missives aient réellement été écrites de la main d’Ashara, suite aux récents événements tenus à Winterfell, elle ne pouvait pas espérer arriver au Donjon-Rouge est être accueillie à bras ouverts… La nouvelle d’un mariage clandestin avec l’ennemie des Targaryen, et d’une héritière tout aussi secrète, allait provoquer bien des bouleversements. D’autant plus après ce qu’il était arrivé à la cousine des Stark, Catelyn Arryn, quelques jours plus tôt. Dans le silence de son cœur, Rohanna était reconnaissante à cette tempête  meurtrière pour avoir empêchait Freyja et Edric d’y avoir assisté. La première parce qu’elle n’aurait pu développer que plus de haine à leur encontre. Le second parce qu’il n’aurait pas pu supporter la vue de son frère donner ces sentences, les unes après les autres, dans un sang froid sans pareil. Il n’aurait pas compris. Il n’aurait pas voulu comprendre. 



Interdite, elle observe la louve chétive. Il semble presque inhumain de ne pas lui laisser lire les missives écrites pas sa sœur… mais ce que lui avait fait le Nord l’était plus encore. Et bien qu’elle n’y soit peut-être pour rien dans les machinations machiavéliques des siens, la pupille des Eyrié restait une inconnue trop incriminée. Si elle voulait se dessiner une vie agréable dans cette Tour, elle devrait faire ses preuves, de nombreuses preuves. On disait la Suzeraine de l’Orage généreuse et aimante, prête à écouter et aider les plus démunis, mais elle n’était pas certaine que ce trait particulier de son caractère soit applicable pour Freyja. Entre elles, il y avait deux garçons assassinés. « Votre sœur et sa fille sont sauves. » Les lettres ne disaient pas réellement cela, tout le contraire même, mais elles étaient vivantes. Elles devaient être vivantes. Autrement, Jorah Stark aurait tout fait pour utiliser cette disparition à des fins bien plus utiles : accuser les Baratheon ou la couronne. Oui, d’une manière ou d’une autre, la nouvelle leur serait arrivée. Sans compter que s’il s’agissait un coup monté, la question de leur sécurité ne se posait même pas. « Je crois que nous partageons tous le même secret… » Robart allait fulminer, mais Robart allait devoir se contenir. Chacun ici allait devoir se contenir, elle la première. « … aussi malgré... malgré tout ce qui nous éloigne, nous avons quelque chose qui pourrait nous unir. » Ces mots, pour pouvoir les prononcer sans douter, elle devait du se les arracher au plus profond de son âme. Les intérêts d’Edric passeraient avant les leurs. Robart avait besoin d’Edric, tout comme Edric avait besoin de Robart. Il n’était pas question qu’ils ne le comprennent seulement après avoir réduit leur famille à l'état de ruines. Elle avait déjà du condamner une première à la damnatio memoriae, il n’y en aurait pas deux. Elle vivante, il n’y en aurait pas deux. « Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez échangé avec Ashara? » Robart avait tord, c’était le parfait moment pour en parler. Il avait décidé de ne pas placer la fille de Winterfell sous la tutelle du Roi, mais sous la sienne. Ici, dans le seul endroit de ce palais qui était sensé recréer l’atmosphère perdue d’Accalmie… Alors, ils pouvaient faire de Freyja Stark leur prisonnière ou ils pouvaient tenter de faire d’elle la tante de Cathan, l’enfant qu’ils avaient promis d’aimer face à l’abjection de Kyra et des autres. Cette question, c’était lui donner les dés de sa captivité. Les choses étaient limpides, il n’y avait pas besoin d’apparences. Freyja Stark n’avait qu’à décider de son destin.

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Edric Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port-Réal pour le Couronnement
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 21 Oct 2018 - 12:57

Robb fut aussi tiède qu'Edric était brûlant. Son frère n'avait pas l'air si "heureux de le revoir", mais dans l'état où se trouvait Edric ou plutôt, dans l'état où l'avaient mis les nouvelles d'Ashara, l'indifférence et les reproches de Robb lui passèrent totalement au dessus de la tête. Il fut happé par les yeux de Rohanna, ces yeux qui étaient restés les mêmes, malgré les apparences et les adieux. Il trouva ses doigts et sans réfléchir, les serra. Douloureusement, il reçut la Biche dans ses bras comme il aurait aimé y recevoir la Louve, comme il la recevrait bientôt, ou plus jamais. Les lettres d'Ashara promettaient les retrouvailles ou la mort, puis se ravisaient. Que penser ? Edric chercha des réponses dans les yeux de Freyja qui, n'ayant sans doute que faire des politesses du Gouverneur, murmurait le nom de sa soeur. La Louve délicate avait déjà compris de quoi, ou de qui il s'agissait. La Biche s'en inquiétait aussi, quittant les bras d'Edric comme s'il l'avait trahie par ce regard posé sur la Louve ; leurs allégeances de coeur les séparaient désormais. Rohanna rejoignit son maître légitime, qui n'en finissait pas de lire. Qui finit de lire, et ne savait rien, ne comprenait rien.

Robb n'avait rien compris, c'est ce qu'Edric pensa d'abord. Ashara ne disait-elle pas explicitement qu'elle voguait à sa rencontre, avec un "cadeau" qu'il supposait être leur fille ? N'était-ce pas assez clair ? Ou pas assez important pour être traité maintenant ? Puis Edric comprit que Robb ne voulait simplement pas en parler devant Freyja, mais la fureur était déjà là. Une fureur démesurée, qui le ramena plusieurs jours en arrière, tandis que Valyron s'agitait sous son bras meurtrier. Une fureur qui ne s'exprima pas mais dût se percevoir, pour qu'intervienne la main, douce mais autoritaire, de Rohanna.

Edric se laissa assoir de mauvais gré, secouant sombrement la tête à la question de Rohanna. Il se sentait humilié d'être ainsi traité comme un enfant, faible ou récalcitrant. Pourtant, cela apaisa son corps éprouvé par le voyage, affolé par le doute et irrigué par la fureur. D'en bas, Edric vit la scène avec plus d'acuité. Il s'aperçut de la manière tranchante dont Rohanna traitait Freyja. Il comprenait aisément pourquoi, mais ne savait pas trop quoi en penser. S'il en voulait à la Louve délicate, Edric éprouvait encore le besoin de la protéger. Il ne lui parut pas décent qu'elle paraisse si faible face à la Biche et au Cerf. Certainement, tout cela était étudié. Ces présentations avaient tout de la démonstration de force. On recevait la Louve seule, alors qu'elle avait à peine eu le temps de se restaurer. On lui signifiait ainsi quelle était sa place, sa fragilité, son isolement. Même lui présent, on ne daignait pas lui montrer ces deux feuilles de papier. On ne daignait pas parler devant elle de sa soeur de sang. Edric s'interrogea. Etait-il complice de cette mise au pas ? A peine Freyja mise à l'abri (et encore, c'était surtout le Martaryen qui pouvait s'en vanter), il l'avait abandonnée avec soulagement pour le confort de ses appartements. La Louve l'avait trahi. Ne serait-il pas pour autant son défenseur dans cette Cour de serpents ? Robb verrait-il cela comme la trahison dont il l'avait déjà accusé ?

Edric hésita à se redresser, mais Rohanna fit le premier pas. Il vit ce que cela lui coûtait, en mesura la valeur. Malgré la froideur de l'interrogatoire, malgré ces lettres toujours interdites, une union était possible. Un lien les unissait. Un lien de sang. Quoiqu'en dise Robb, ils étaient une famille. Ils avaient tous intérêt à préserver Cathan et Ashara, n'est-ce pas ? Si besoin du projet fou dans lequel la Louve Rouge semblait s'être lancée. De ce projet, Freyja aurait-elle pu en avoir connaissance ? Lui-même n'avait plus de nouvelles d'Ashara depuis l'empoisonnement, il n'en avait pas demandé, il n'avait plus écrit ; et c'était à la fois un acte de loyauté et une trahison, selon le camp dans lequel il se rangeait. Jusqu'alors, Edric avait été fidèle à la famille dont il était issu, plutôt qu'à celle qu'il avait généré. La félonie des Loups entérinait ce choix ; le souvenir d'Ashara, l'existence de Cathan et désormais, la présence de Freyja en faisaient un déchirement.

Edric ne put attendre la réponse de la Louve. Il ne croyait pas qu'Ashara se serait confiée à cette soeur, aimante mais lointaine. La Louve Rouge aurait-elle risqué de lui transmettre par corbeau ce qu'elle ne lui avouait, à lui, que de manière cryptée ? Pressé par l'angoisse, plutôt que par la fureur qu'il avait refoulée, le Cerf répondit enfin à son frère.
- Tu n'as jamais formulé d'exigences à Ashara. Mais peut-être lord Arryn l'a-t-il fait pour toi.
Et cela, la pupille des Eyriés était plus susceptible de le savoir. Pourtant c'est le Cerf qu'Edric interrogea.
- Quelles sont ces exigences, Robb ?
Ses yeux attendaient une réponse immédiate. La Main du Roi gouvernait seule et Edric n'avait jamais demandé à y être associé ; à peine avait-il connaissance de ses décisions, encore moins de ses stratégies. Mais aujourd'hui, Ashara suivait un but qui le dépassait, un but qui même indirectement, lui avait été dicté, pour son salut ou sa perdition. L'époux, sinon le frère, devait savoir de quoi il retournait. Impatiemment, l'époux attendait.

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Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Molière, Le Misanthrope
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Freyja Stark
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Avant la guerre, une cage dorée   Dim 21 Oct 2018 - 18:58

Avant la guerre, une cage dorée

Robb, Rohanna, Edric & Freyja



Ils lui semblèrent si grands, si importants que, soudain, Freyja sentit qu’elle n’était plus rien. Si petite face à la figure de deux monarques. Jaugés par leurs regards implacables, elle n’était plus la deuxième Dame du Nord, ni même pupille des Eyriés, encore moins l’ombre de la Louve qu’elle était. Elle n’était pas même ce lien si fragile, comme un rayon timide aux prémices du jour, qui résidait entre eux par l’union de leurs familles. Chaque mot, chaque attitude, chaque regard la renvoyaient à son statue de captive, à la frêle position qu’elle occupait, gageant d’une coopération qui avait été forcée. Les mots de Martyn résonnaient encore à la frontière de son esprit. Un choix qu’il regrettait, pour préserver le Nord, les Arryn, les Stark, prévenir une guerre perdue d’avance. Elle incarnait cet espoir dérisoire que Jorah cède à la pression de la couronne et qu’il prête définitivement allégeance. Mais la louve n’était pas aveugle, pas plus qu’elle n’était idiote. Elle n’était pas l’otage des Targaryen, mais bien des Baratheon. Elle était sous la coupe entière des Cerfs, non pas des Dragons. Et pour cela seul, tout tendait à la placer au cœur d’une vengeance infâme ourdie par un homme blessé. Mais du Loup ou du Cerf, lequel la souffrance avait-il rendu le plus fou ?

« Mes hommes sont morts pour vous protéger, mon frère et vous, et leur sacrifice sera honoré à la hauteur du service qu’ils ont rendu au Roi et à moi-même. Vous n’avez pas à vous sentir coupable des actes commis par d’autres, de même que vous n’en serez pas tenue responsable. Le meilleur moyen de leur rendre hommage est de continuer votre vie en étant reconnaissante qu’ils vous aient permis d’arriver jusqu’ici saine et sauve. » Freyja dut réprimer la violence du trouble que ces paroles soufflaient en elle. A quelle reconnaissance devait-elle se plier pour avoir été forcée, enchaînée, contrainte de regagner les terres de la Couronne pour honorer un pacte insensé ? Et à ceux qui avaient tous péri, quelle fierté à se dresser auprès des Sept en brandissant la bannière cruelle pour laquelle ils étaient tombés ? Ses lèvres s’accrochèrent fermement l’une à l’autre pour ne pas manquer à sa parole d’afficher une coopération entière. Elle se taisait pour Martyn, pour le Nord, pour Ashara, pour les Eyriés, et plus que tout, pour Catelyn. La Louve, parfaitement consciente de la faible position dans laquelle elle se trouvait et de la pauvreté de son apparence, s’employa à moduler le ton de sa voix, à affermir ses mots, à délivrer des pensées qui s’écoulaient comme une partition de musique, dûment répétées et travaillées. Hélas, ses paroles s’écrasèrent sur le claquement sonore de la porte. Edric fit irruption dans la salle, lui glaçant sang, corps et os. Elle avait tant cherché son regard au cours des derniers jours, comme une fleur en quête du soleil pour survivre au froid de la nuit, mais il s’était toujours dérobé ostensiblement à elle. A présent, c’était tout juste si elle osait relever les yeux sur lui. Toutefois, elle ne put se soustraire à la vision de ces lettres qui s’étalèrent sur la table. Elle reconnut les courbes fines et délicates de l’écriture d’Ashara, mais y décela également une précipitation qui accéléra les battements de son cœur éprouvé. Le destin de sa sœur lui ôta toute prudence et ses yeux s’égarèrent avec nécessité sur les lambeaux de phrases qui s’offraient à ses yeux. Aussitôt retirés. Aussitôt éloignés d’elle. Et brusquement, ce fut comme une déchirure dans son âme qui appela au secours d’Edric, à la pitié de ce visage diaboliquement parfait de la Biche qui n’exprimait que rudesse, méfiance et sentence. Mais pour quels crimes la blâmait-on ? Freyja pouvait dénoncer certains de ses péchés, mais être une main assassine n’en faisait pas partie. Et bien qu’elle regrettait l’inimitié qu’Edric lui renvoyait avec tant d’intransigeance, elle ne regrettait aucunement son geste. Soudain, tout lui devint surréaliste et sa tête se mit à lui tourner. Des propos qu’échangèrent les frères, comme deux Cerfs se défiant l’un et l’autre, elle n’y prêtait qu’une attention sidérée. Son âme se révoltait de tous ces silences, de cette torture muette à laquelle on la condamnait. Il s’agissait de sa chair, de son sang, de sa famille. N’y avait-il rien qui ne puisse les lier chacun dans cette même pièce pour qu’elle soit ainsi traitée en vulgaire ennemie ? L’insulte lui ôtait son souffle, ses forces et son courage. Elle aurait voulu hurler, pleurer, se débattre mais le marbre de son esprit l’emporta sur la folie. Une Dame du Nord ne cédait pas à ses émotions ainsi. Et d’elle, il restait encore la nature délicate et forte de la Louve.

Il lui fallait glaner des informations. Reconstituer, lambeaux après lambeaux, le tissu de cette fresque gigantesque qui semblait jaillir de ces deux missives. De quelles exigences pouvaient-ils bien parler ? Qu’en est-il de la sécurité d’Ashara et de Cathan ? Ses doigts se resserrèrent sur le bord de la table qui lui servait de dernier appui pour ne pas s’effondrer complètement. « Assieds-toi. Vous aussi Freyja, la dernière chose dont j’ai besoin est d’appeler quelqu’un pour s’occuper de vous. » Glaciale. Tranchante. Intransigeante. La Louve perçut en la Dame de l’Orage la beauté d’une femme aux dessous cruels. L’âme noire. Le cœur sec et rêche. Mais au moment où Freyja obéissait docilement à ses ordres, ses prunelles pâles s’échouèrent sur ce ventre qui aurait dû porter la vie, auréolé d’un arrondi d’ordinaire si charmant. Et l’insulte parut soudain moins grande, moins condamnable. Elle comprenait en dépit de la souffrance qui martelait jusque dans ses veines. Le soulagement chassa instantanément l’inquiétude qui ourdissait dans sa poitrine. Elles étaient sauves… Mais pour combien de temps encore ? Quel était ce grand émoi qui ne relâchait pas les deux Cerfs et la Biche ? Elle songea à ceux qui demeuraient encore à Winterfell. A Jorah, à Theon et à tout ce qui aurait pu leur arriver. « Je crois que nous partageons tous le même secret… aussi malgré… malgré tout ce qui nous éloigne, nous avons quelque chose qui pourrait nous unir. » Ce qui les éloignait. Le cadavre de deux innocents. La douleur de deux parents et la fierté d’un homme bafoué. Ce qui se tenait entre eux, c’était le pouvoir, l’avidité, la folie des hommes. Mais il restait une lueur. Une ultime lueur à laquelle Freyja n’accordait plus autant de foi qu’à son départ des Eyriés. Aussi étrange que cela puisse paraître, ils étaient une famille autour de cette table, car elle était sœur d’Edric, tante de Cathan. Et pour affermir ce lien, elle comprit que sa future réponse serait l’enjeu même de sa position. Hélas, des correspondances qu’elle échangeait avec son aînée, aucune information ne pourrait les satisfaire. Réfléchissant à ses mots, Edric parla avant elle, pétri d’une angoisse qui inquiétait considérablement la louve. Elle parla enfin. « Je crains de ne détenir aucune information qui puisse vous éclairer sur les intentions d’Ashara ou même sur le sens de ses mots. Ma dernière missive a été envoyée à mon départ des Eyriés et je n’en espère guère de réponse. » Ashara, que peut-il bien se passer dans ton esprit ?... Elle s’exerçait à songer comme elle, à rassembler les souvenirs essentiels et à faire émerger un semblant de réponse. Tout à coup, ignorant la question d’Edric pour son frère, il lui sembla que quelque chose détenait cette fameuse importance. « Néanmoins… » Elle marqua une pause, réfléchit à la pertinence de ses propos mais elle ne voyait que cette solution. « Je crois bien que vos exigences demeurent celles que vous avez formulé à Martyn Arryn, mon cousin. Du pacte que vous avez conclu ensemble, il s’est engagé à en honorer chaque terme pour œuvrer à la préservation de cette paix désirée et défendre l’innocence du Nord. » A l’innocence de son frère, elle désirait y croire de tout son cœur plutôt que d’affronter une vérité trop violente, trop crue, trop absolue. De toutes les trahisons qui l’avaient éclaboussée, elle serait bien la dernière qu’elle pourrait supporter. Et cela, elle n’avait pas peur de le clamer à la face des Cerfs. « Sitôt rentré dans le Val auprès le couronnement du Roi, Martyn est parti directement vers le Nord afin de raisonner mon frère. Si Ashara fait allusion à quelques exigences, elle doit sûrement les tenir de notre cousin lui-même. » Hélas, se pouvait-il qu’Ashara pense Jorah coupable d’un crime aussi atroce que celui qui avait été perpétré à l’encontre de Lady Rohanna ? Son regard se perdit quelques instants sur les contours effrayants de cette vérité. Mais elle était Louve. Et la Louve releva les yeux vers cette assemblée si intimidante. «Des récentes intentions d’Ashara, je n’en sais pas plus que vous. Toutefois, je connais son cœur et je sais combien elle aspire à des temps plus apaisés entre nos royaumes, à la fin de toutes ces querelles. Il n’y a rien de plus important pour elle. » Puis osant enfin s’adresser directement au Prince de l’Orage, elle ajouta. « Pour l'avenir de Cathan. »


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