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 Le Prix du Silence

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Le Prix du Silence   Mer 10 Oct 2018 - 23:34

Le Prix du Silence

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Une fois de plus, le Donjon-Rouge était écrasé par les rayons que le soleil dardait sur ses murs ocres. Comme la plupart de ses habitants, Valyron Tyvaros s’y était fait. Si le protocole royal qui régissait la Cour imposait encore un certain carcan, les traditions avaient dû céder le pas aux impératifs de tous les jours. La température n’était pas nécessairement brûlante, mais l’absence de pluie depuis des mois avait contribué à assécher l’atmosphère, et le moindre mouvement vous faisait finir en nage. Aussi, la forteresse royale qui servait de fief à la famille royale connaissait une certaine quiétude en milieu d’après-midi, lorsque le soleil quittait peu à peu son zénith. Tout était bien mieux en fin de journée, lorsque la fraîcheur de la nuit venait apporter un léger répit aux courtisans et aux habitants de Port-Réal. Aussi, peu après l’heure du déjeuner, le Donjon se laissait aller dans un silence apathique pour quelques heures, comme si le fief lui-même s’assoupissait.

Englué dans ses responsabilités de maître-espion du Roi, ou en tout cas de son conseil de régence, Valyron ne prêtait guère d’attention à cette heure de la journée. La plupart des occupants des lieux se contentaient d’effectivement se reposer, attendant au frais. Les plus dévots retrouvaient avec bonheur la fraîcheur des murs épais des septuaires, tandis que d’autres essayaient de se prélasser aux jardins jaunis par le soleil, là où quelques traces d’ombres subsistaient, sous un dais de soie ou à l’abri d’un belvédère. Mais aujourd’hui, Valyron Tyvaros avait un rendez-vous important.

Après avoir passé plusieurs jours dans l’incertitude, il avait fini par donner des ordres pour que son vaste réseau d’espions se mette en branle. Des paroles avaient été échangées discrètement à la faveur de la nuit, des hommes mobilisés, et un navire avait fini par prendre le large peu avant le lever du soleil. Quelques temps plus tard, un rapport avait été fait au Serpent de Mantarys qui attestait qu’il y avait effectivement une anomalie à Peyredragon. Lorsque Valyron avait compris ce dont il pouvait s’agir, il avait pris sur lui de prendre quelques temps pour se rendre dans son fief de Port-d’Epices. De là, il avait prétexté d’une visite de courtoisie à l’entourage de la princesse Daenys pour y mener l’enquête. Là, il avait posé les yeux sur ladite anomalie. Il était resté un long moment à la contempler, à se demander si c’était vraiment ce qu’il pensait que c’était. Quelques questions, quelques recoupages avaient confirmé dates et faits. Et cette caractéristique physique si particulière avait laissé peu de doute à ce qu’il soupçonnait déjà. Comprenant qu’il s’était fait abuser, qu’on lui avait menti pour dissimuler un secret des plus dangereux, le fielleux serviteur des Targaryen avait pour la première fois hésité sur la conduite à adopter, car l’anomalie historique qu’il avait alors sous les yeux ne posait aucun problème dans l’immédiat. Mais l’avenir était par nature instable et imprévisible. La prudence l’avait donc emporté, et la loyauté envers ses maîtres sur celle d’une amie qui avait trompé sa confiance et mis en danger les Sept Couronnes pour un caprice dont il se doutait bien des dessous. Il aurait été plus simple de dégainer un poignard et de le plonger dans le petit corps mou et chaud. La lame se serait enfoncée sans résistance et tous les ennuis auraient été terminés aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Mais tout bien réfléchit, Valyron avait refusé.

Il était capable de mettre fin à ce problème de ses mains, sans problème. Il était prêt à tout pour ses maîtres, mais c’était justement pour cela qu’il s’était ravisé. Cela concernait désormais la famille royale directement. Alors, il avait fait en sorte de faire surveiller l’anomalie et était revenu rapidement vers Port-Réal. Là, il avait dû faire face à un nouveau dilemme. Elinor Piète avait été là pour lui plusieurs fois. Il lui avait payé une partie de sa dette mais il estimait encore lui en devoir une grande part. Ne risquait-elle pas les plus grands ennuis s’il allait directement voir la famille royale sans même l’en avoir avertie ? Ne lui devait-il pas au moins cela ? Il porta avec lui cette réflexion durant tout le trajet du retour, son appréhension grandissante alors que le Donjon-Rouge se profilait à l’horizon. Finalement, il prit la décision d’aller voir Elinor dès que possible pour l’enjoindre de s’associer à sa démarche. Ne trouvant pas immédiatement l’Araignée du Bief, il avait profité d’un détour vers les appartements royaux pour solliciter auprès de la reine une audience très prochainement pour lui parler d’un sujet extrêmement pressant destinés aux seules oreilles du couple royal.

On était désormais le jour dit, quelques nuits plus tard, et Valyron se dirigeait désormais vers le septuaire de la Cour. Un beau bâtiment imposant circulaire dont les vitraux rappelaient la présence de la Foi de l’Etoile à Sept Branches sur le continent. L’endroit était pratiquement désert à cette heure-ci, seuls une vieille courtisanne qui semblait oubliée dans un coin, priait silencieusement devant l’autel de l’Aïeule. Lorsqu’il entra, elle n’était pas encore arrivée. Il patienta donc en visitant le lieu de culte, se posant toujours des questions sur comment cette foi primitive pouvait avoir conquis tant de fidèles alors qu’existaient les véritables déités de la Valyria. Il n’attendit pas très longtemps avant de voir arrivée celle qui se détournerait bientôt de lui. Il en avait mal au cœur mais il devait avant tout faire son devoir. Il adressa toutefois à Balerion une prière silencieuse dans son idiome ancestral avant de venir voir la jeune femme. Il arborait son air grave des jours révolus du calvaire du règne du Cruel. En la revoyant, il revoyait leur discussion nocturne dans la salle du Trône, près d’un an après la chute de Maegor. Elle avait soutenu son regard sans sourciller et lui avait menti. Son sentimentalisme avait failli tous les perdre. Et cette affection presque paternelle qu’il avait pour la petite Araignée devenue grande, c’était là un point faible. Elle pouvait s’en jouer pour mieux mener à bien ses propres plans, comme il venait de s’en apercevoir. Peut-être était-ce mieux que tout se termine ainsi. Peut-être était-ce mieux qu’il n’ait ni amis, ni amante, simplement des alliés et des ennemis. Ainsi, il serait plus efficace dans sa tâche quotidienne, cette vie qu’il mettait toute entière au service de ses maîtres Targaryen. Il l’aborda sans ambages.

« Vous m’avez menti, Elinor. »

Il s’efforçait de garder un ton calme, mais la déception et l’agacement perçaient légèrement. Il était tout autant énervé de s’être fait berner que d’avoir découvert l’anomalie qu’avait protégée Elinor Piète durant toute une année, mettant tout l’héritage de la guerre civile achevée en péril. La lignée devait être pure, sans ramification sauvage. Il ne la laissa pas s’exprimer, cuirassant son cœur en se doutant ce qui allait arriver.

« Vous m’avez caché ce qui vous est arrivé sur Peyredragon. Vous avez dissimulé une information qui aurait pu avoir des retombées cataclysmiques. J’ai prévenu le roi et la reine. Ils attendent pour que nous cherchions une solution à ce sujet, tous ensemble. Si vous souhaitez leur expliquer de vive voix, il faudrait que vous veniez avec moi, dès à présent. Faute de quoi, j’irai seul. »

Ce n’était effectivement pas la vérité absolue, mais il doutait que la jeune femme le suive sans sourciller s’il avait amené les choses autrement. Il aurait souhaité compatir mais il ne devait rien montrer, simplement la froide détermination fanatique qu’il avait à accomplir son office de maître-espion du roi.


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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Jeu 11 Oct 2018 - 17:54




Le Prix du Silence

« Lady Elinor ? Un mot de la Princesse Daenys à votre attention. » Souriant doucement, la jeune femme s’empara du petit papier en remerciant cette jeune servante de confiance qui était dans l’entourage de la princesse. Bien que petite, l’information avait eu le mérite de se trouver scellée et cela ne fit que forcer la douce enfant du Bief à froncer ses sourcils dans une moue songeuse. Voilà un mois qu’Ondrew était revenu, travaillant à ses côtés dans ce qui était désormais bien plus qu’un simple cas d’empoisonnement, cherchant encore les réponses nécessaires à la satisfaction de la Main et les noms des commanditaires d’un tel acte. Son éloignement avec la princesse, Elinor le regrettait doucement car elle fut d’une aide et d’un soutien essentiel à la jeune femme durant tous les moments de doute… Et durant ce qui lui sembla être également les pires instants de sa vie. Un enfant demeurait seule preuve de cette terrible guerre et des sacrifices de l’Araignée pour y survivre, pour sauver celui que son cœur aimait à la démesure. Il était à Peyredragon, caché sans trop l’être, sa nourrice savamment choisie tant par la princesse que la jeune mère du bâtard pour être certaines de son silence, de la sécurité du petit garçon. Wilhem était en sureté. Chaque matin, la native du Bief se réveillait avec cette pensée, cette demi-excuse pour justifier son absence à ses côtés. Du moins, c’était ce qu’elle pensait.

Quelqu’un sait. Les trois mots étaient écrits simplement, sans autre preuve d’amitié ou pensée agréable à l’égard de la jeune femme. Mais ces trois simples mots eurent pour effet de secouer Elinor qui porta machinalement une main à son ventre désormais vide. Ses doigts froissèrent le papier avec rage tandis qu’une bouffée de chaleur s’emparait d’elle. Serrant les dents, elle prit une profonde inspiration, reposant son regard noisette sur la jeune servante qui attendait à ses côtés. « Dites à la Princesse qu’elle a mon accord pour faire le nécessaire… » Faire le nécessaire. Une autre tournure qui signifiait entre elle éradiquer la menace, qu’importe le prix. Et que pouvait donc savoir ce quelqu’un ? Qu’une enfant avait vu le jour à Peyredragon ? Aucun lien ne pouvait être fait entre elle et le petit garçon aux cheveux d’argent si ce n’était ces yeux noisette, si semblables à ceux de sa mère. Mais une rumeur pouvait soulever des montagnes et si ce quelqu’un devenait mal avisé, la rumeur ne ferait que grandir avant d’exploser, qu’importe ce qu’elle pouvait être. Daenys et elle étaient toutes deux en danger et toutes deux s’étaient promis, le jour de la naissance de Wilhem, qu’elles feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour le préserver de ce qu’il se passait de l’autre côté de la baie.

Se levant de sa chaise, Elinor se questionna alors sur l’identité providentielle de ce quelqu’un. Ondrew ? Se pouvait-il qu’il ait assez de pouvoir pour atteindre cette île ? Non, et quand bien même il l’eut, elle aurait su bien plus tôt tout cela en découvrant un époux désabusé et colérique dans ses appartements. Alors qui ? Robb ? Les Targaryen ? Valyron ? Oberyn ? La liste des providentiels informés était trop longue. Peut-être n’était-ce qu’un badaud curieux, sans aucun lien avec elle, sans aucune idée derrière lui. Daenys se montrait très vigilante et ses informateurs l’étaient tout autant alors il pouvait s’agir d’un puissant autant que d’un misérable boulanger perdu dans la forteresse. Tout ce qu’elle espérait, c’est que son fils se portait bien.

Le lendemain, la chaleur écrasante de la Capitale avait eu raison de ses doutes et ses interrogations. Elle affichait la même mine réjouie et satisfaite, traversant les couloirs du Donjon Rouge flanquée de deux gardes de la maison Baratheon. Ce n’était pas dans ses habitudes, elle qui préférait la discrétion, mais quand elle avait rendez-vous avec le Maître des Chuchoteurs, elle sentait que cela rendait plus plausible son numéro pour gagner en solitude et en quiétude afin de mieux pouvoir échanger les confidences. Vêtue d’une robe d’un rose pâle, le tissu battant ses jambes, elle parcourut les derniers mètres afin d’entrer dans le Septuaire de la Capitale, laissant les deux hommes à l’entrée de celui-ci. Levant les yeux, elle admira la beauté du lieu dans lequel il lui arrivait parfois de se recueillir, imprégné de cet aspect divin malgré une taille bien modeste pour le cœur du Royaume. Apercevant Valyron au loin, ce fut avec le sourire qu’elle s’avança vers lui, prête à lui faire entendre qu’il n’était clairement pas décent qu’ils se rencontrent seuls dans un lieu pareil, mais elle n’en eut guère le temps.

Vous m’avez menti, Elinor. Haussant les sourcils, la brune eut un léger mouvement de recul. D’un regard circulaire, elle remarqua la présence d’une femme plus âgée en train de se recueillir devant l’Aïeule avant de planter son regard noisette dans celui d’airain du maître des Chuchoteurs. Elle cilla légèrement, réfléchissant à vive allure. Parlait-il de toutes ces révélations qu’elle avait fait au seigneur Baratheon sans son consentement ? Si tel était le cas, il était plutôt long à réagir vu qu’ils avaient déjà abordé le sujet. Mais au fond des yeux de Valyron, elle lut autre chose. Quelque chose qui lui hérissa le poil, provoquant un frisson qui secoua son corps tout entier. Elle allait ouvrir la bouche, dire quelque chose, mais il l’en empêcha, les mots sortant de sa bouche, formant des phrases qu’Elinor avait solennellement désiré ne jamais entendre. Il sait.

Elle s’était raidie, statufiée par les paroles du Mantaryen qui venait de lui faire terriblement mal, d’ébranler ses certitudes autant que lui apporter des réponses. C’était lui. Evidemment que c’était lui. Qui d’autre aurait pu se permettre de fouiner, de chercher des réponses là où il n’avait pas lieu d’en avoir. Mais le pire était à venir. J’ai prévenu le Roi et la Reine. Pour la première fois depuis plus d’un an, Elinor se sentait menacée, en danger. Elle sentait cette épée sous la gorge que Maegor lui avait placé le jour où il l’avait engrossée. Elle entendit son rire sadique résonner dans son être, danse macabre qui signerait son arrêt de mort. Une solution. La mère en elle rugit férocement, désabusée que son enfant puisse être perçu comme un problème. Mais elle resta sonnée, impassible, ses grands yeux se contentant de fixer l’homme qui lui faisait face. Ses pensées s’étaient stoppée tout comme son être. Et il lui fallut plusieurs secondes pour analyser méticuleusement la situation et retrouver la possibilité d’agir.

« Vous… Dehors. » Sa voix était un vent d’hiver, glaciale, tranchante, les vibrations de la colère la rendant plus grave qu’à son habitude. La lady parut outrée mais devant le regard de braise de l’Araignée, elle ne pipa mot, préférant certainement ne pas se faire gifler. « Et dites aux gardes que personne ne rentre en ces lieux. » Et personne n’en sortira sans mon ordre… Ses doigts vinrent s’écraser sur ses paumes, serrant les poings, entamant sa chair sous la force de cette colère qu’elle essayait tant bien que mal de ne pas exposer. Mais dès lors que la dame fut partie, son regard noir retomba sur Valyron. « Pauvre imbécile… Qu’avez-vous fait ? » Et elle regretta. Oh oui, elle regretta d’être venue à son aide, quand il en eut besoin, lui, la cause de sa chute dans les ténèbres. « Maudit-soit le jour de cette discussion dans la salle du trône… » Et elle faisait allusion à cette première fois où ils s’étaient réellement parlé, lui, homme du conseil de Maegor, elle, fiancée à la Main du Roi, jeune fille encore dotée d’une part d’insouciance qui laissa un serpent lui compter des histoires enivrantes.

Elle ne savait comment agir, quoi dire, quoi faire, se contentant de faire les cent pas devant lui, ne quittant pas sa proie du regard. L’Araignée construisait une nouvelle toile pour se défaire de la précédente, pour mieux enterrer le Serpent avec elle. « Que lui avez-vous fait… ? » Et soudain, l’inquiétude. L’inquiétude pour cet enfant qu’elle n’avait pas vu depuis trop longtemps, qu’elle avait fini par aimer. Qui était le sien. Elle n’avait pas d’armes, elle ne pouvait pas se jeter sur lui dans le but de le faire taire de manière définitive en se salissant les mains. Et pourtant, elle en mourrait d’envie. « Si vous ou l’un de vos hommes n’ont, ne serait-ce que touché à UN SEUL de ses cheveux… » Et elle avait chargé, à la manière de ceux qui n’ont plus rien à perdre, s’avançant vers Valyron, les paumes en avant, le poussant comme une enfant exécutant son caprice. « Pourquoi… Faut-il… Toujours… que vous… vous mêliez… des affaires… des autres ! » Ses attaques ponctuaient son discours tandis qu’elle sentait qu’elle perdait pied. Le Roi sait… Jaehaerys sait. Portant sa main à son front, elle resserra ses doigts sur sa tignasse brune, essayant de réfléchir. «  Dites leur que vous vous êtes trompé… Dites leur que c’est une malencontreuse erreur. Vous pouvez encore le faire, j’en suis certaine… Personne… » Elle s’arrêta alors dans son raisonnement, songeant au mot de Daenys la veille, soupirant de soulagement. « Personne ne viendra témoigner en votre faveur… Vos hommes sont certainement morts. »

© Belzébuth


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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Lun 15 Oct 2018 - 0:44

Au-delà du silence

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« Vous… Dehors. »

Valyron arqua un sourcil surpris à la véhémence avec laquelle Elinor, qui avait toujours fait attention à cultiver son image de jeune première, avait débouté la vieille dame. Elle quitta simplement les lieux, laissant les dieux pour seuls témoins de ce qui suivrait. Valyron retint une remarque à ce sujet, sentant la situation complexe. Les femmes étaient émotives, et tellement prévisibles. Sans doute allait-elle désormais essayer de le gifler avant de le maudire pour finalement se ranger à son avis…

« Et dites aux gardes que personne ne rentre en ces lieux. »

Hein ?

Ce n’était pas du tout ce qu’il avait prévu ! Où était la tentative de gifle ? Où était les insultes ? Décidément, il avait été bien aveugle pour ne pas voir un changement si conséquent. Des gardes ? Mais quels gardes ? Depuis quand cette jeune femme pouvait avoir autorité sur des gardes du palais ? La réponse vint d’elle-même alors que la mémoire du maître-espion lui jetait à la figure la missive que lui avait montré la jeune femme. Des Baratheon, bien sûr. Une vague de dégoût envahit Valyron alors qu’il songeait à toutes les indignités qu’il avait subies depuis que les Cerfs avaient gagné en pouvoir à la Cour. La confirmation de Robb dans son rôle de Protecteur n’avait fait qu’aggraver le tout. Valyron, en son for intérieur, ne pensait pas que de tels soudards lèveraient la main sur lui. Il travaillait pour le compte du Roi, un tel acte pouvait être perçu comme une défiance monumentale, n’est-ce pas ? Au fond de lui, une petite voix instillait le doute dans son esprit. Et si Jaehaerys laissait faire, et si l’on s’emparait tout de même de sa personne ? Était-ce seulement possible ? Ah ! On le reprendrait à avertir ceux qui fautaient lourdement envers la Couronne.

« Pauvre imbécile… Qu’avez-vous fait ? »

Mesquinement, Valyron arbora un sourire légèrement contrit : il n’avait pas totalement mal vu ; elle perdait son calme et l’insultait. Les femmes…

« Maudit-soit le jour de cette discussion dans la salle du trône… »

Valyron resta de marbre. Elle pouvait lui vomir au visage tout le mal qu’elle pensait de sa démarche, il ne changerait pas d’avis. A un tel niveau d’importance et d’enjeux, plus rien d’autre que le devoir le plus sacré et le plus absolu ne comptait pour le Mantaryen. Voilà ce que cela lui rapportait, d’avoir essayé de nouer une amitié : encore plus d’ennuis. Il n’était décidément pas fait pour cela. Pourtant, loin derrière la cuirasse de glace et d’acier qui enserrait son cœur, une petite douleur lui fit prendre conscience qu’il s’était attaché et habitué à sa relation avec la jouvencelle de Froide-Douve. Pas de remords, mais peut-être une once de regret, brève lueur dans la noirceur du cœur du natif d’Essos qui s’éteignit bien vite, enveloppée dans ses sombres desseins. Se contentant donc de rester immobile, vigilant et l’air neutre, il la regardait tourner comme un lion en gage. La discussion n’était pas terminée, il la connaissait trop bien pour savoir que c’était tout ce qu’elle avait en magasin. En outre, le véritable but de cette discussion n’était pas encore atteint.

« Que lui avez-vous fait… ? »

Il lui jeta un regard outré qui semblait signifier « Moi ? Faire du mal à un enfant ? », purement de façade. Bien entendu qu’il en était capable, et ce n’était pas sa conscience qui le tourmenterait à ce sujet puisqu’il était de notoriété publique que celle-ci avait été déclarée disparue depuis un bon moment. Pourtant, l’enfant était de sang royal. De sang abject, certes, mais royal. En conséquence, il aurait été pratiquement impossible pour Valyron de lever la main sur un tel descendant de Haut-Valyrien. Bien entendu, Elinor n’était pas pure. Elle était une native de Westeros, ses racines jeunes et primitives ne faisaient pas d’elle une bonne génitrice pour un enfant du sang du Dragon. Aussi, le petit Wilhem ne serait jamais – aux yeux de Valyron – aussi noble que ses illustres cousins nés dans la pourpre du Donjon-Rouge. N’était pas porphyrogénète qui voulait : la preuve, il n’était pas né à Port-Réal mais à Peyredragon. Toutefois, à la pensée de la forteresse, Valyron se souvint brusquement que le Conquérant lui-même – et Maegor aussi, d’ailleurs – était né sur l’île. Avait-il plus de légitimité par cela ? Sans doute. Le problème était bel et bien conséquent.

« Si vous ou l’un de vos hommes n’ont, ne serait-ce que touché à UN SEUL de ses cheveux… »

La charge fut plus violente que ce à quoi il s’attendait. La rage décuplait ses forces, comme une mère ourse chargerait n’importe quoi menaçant sa portée, l’instinct maternel procuré à la jeune femme une force insoupçonnée. Déstabilisé, Valyron recula d’un pas en jetant un regard courroucé à Elinor. Que diable était-ce… ? Elle ne s’arrêta pas en si bon chemin, continuant de le marteler de coup, certains le faisant reculer sous la pression qu’elle y mettait.

« Pourquoi… Faut-il… Toujours… que vous… vous mêliez… des affaires… des autres ! »

Parce que c’est mon travail ? songea-t-il, caustique. La voyant soudainement s’arrêter pour, supposa-t-il, se recoiffer, il reprit contenant, croisant les bras sur son torse endolori. Il compatissait sincèrement et n’était pas forcément fier d’avoir fait cela, mais comment pouvait-il en avoir été différemment ? Il était voué à vie aux Targaryen, il leur était dévoué corps et âme.

« Dites-leur que vous vous êtes trompé… Dites-leur que c’est une malencontreuse erreur. Vous pouvez encore le faire, j’en suis certaine… Personne… »

C’était bien entendu impossible, il ne protégerait pas ce secret. Elle l’avait su, d’ailleurs. Lui dissimuler montrait sa clairvoyance à ce sujet. Les bras toujours croisés, il se contenta de hausser les épaules pour signifier son impuissance à ce sujet. La demande était pathétique, et Valyron en éprouva d’ailleurs de la pitié. La jeune femme comprenait que sa vie était sur le point de basculer. Et cela serait encore plus grave si elle perdait tout sens commun. Il devait la raisonner.

« Personne ne viendra témoigner en votre faveur… Vos hommes sont certainement morts. »

Cette fois, Valyron fronça les sourcils. Il pouvait encaisser de nombreuses attaques personnelles mais toucher à son réseau, c’était toucher à l’œuvre de sa vie. Il ne se préoccupait pas foncièrement de ses agents, bien qu’il portât grande attention à ses lieutenants, mais c’était un tout ; une osmose fragile qu’il ne fallait pas perturber par une vendetta stupide. Comment diable pouvait-elle avoir réussi un coup pareil ? Était-ce au moins la vérité ? Toujours calme, mais visiblement irrité, il garda le silence, la dépeçant de son simple regard. Après un moment sans un bruit, sa voix se fit aussi coupante que de l’acier de Valyria, et son ton devint venimeux à chaque phrase qu’il prononçait.

« J’espère très sincèrement pour vous que ce n’est pas la vérité. Ce serait de la trahison envers le Roi que de faire assassiner ses agents. »

Il n’avait que faire de l’apparent soulagement qu’arborait la jeune femme comme une bannière éclatante, flamboyante dans ce rayon d’espoir qui avait point à l’horizon du cauchemar qui s’annonçait.

« Tout comme empêcher l’un des membres de son conseil restreint de faire son office, qui plus est en utilisant les hommes du Protecteur. Le scandale serait tel que vous seriez mise sur le devant de la scène… Il serait sans nul doute dommageable que certains apprennent l’existence de votre fils. »

Il ne pouvait se résoudre à prononcer le nom de bâtard pour un enfant de tel rang, même si c’était exactement ce qu’il était. Cela n’aurait fait que faire enrager Elinor, et ce n’était pas le but de cette discussion. Au regard outré qu’elle lui jeta, il se sentit misérable d’user d’un pareil argument, mais il persista, arborant tout le mépris qu’il pouvait singer – c’est-à-dire beaucoup. Tant pis, mieux valait qu’elle le détestât pour de bon, au moins elle pourrait l’oublier et avancer dans sa vie.

« Oh, ne me jetez pas ce regard. Je vous avais prévenue que cela finirait par être utilisé contre vous. »

Pardon.

Avec ces mots, il la perdait sans doute définitivement, mais il n’avait pas d’autre choix. Il aurait manqué à tous ses devoirs s’il n’avait pas rapporté l’existence de l’enfant.

« Je vous demande de venir avec moi. Je fais cela pour vous, Elinor. Peut-être un jour le comprendrez-vous et trouverez-vous la force de me pardonner. Si l’on avait découvert son existence autrement que par moi, il aurait sans doute été occis sur le moment, sa tête aurait été apportée à Jaehearys et Rhaenys… Quant à nous, nous aurions probablement fini raccourcis du chef également. Nous, et tous ceux qui vous auraient aidé à le dissimuler. »

Soudain, une lueur d’esprit lui fit prendre conscience que tout s’était joué à Peyredragon, le fief de Daenys. Un immense doute envahit le cœur du Serpent, l’angoisse lui serrant le cœur. Il posa la question à voix haute, trop choqué pour imaginer que cela puisse être possible.

« Oh non… Daenys est mouillée là-dedans, n'est-ce pas ? »

C’était impossible. Choqué par sa propre outrecuidance à supposer une telle chose, il n’écouta même pas la réponse d’Elinor, complètement sonné. Il fallait à tout prix résoudre cette histoire au plus vite. Il reprit son masque impassible, il fallait y aller.

« Venez avec moi. Le Roi est un homme bon, il ne cautionnera pas mais comprendra. Il tempêtera, il accusera, il dénoncera, car c’est ce que font les rois. Mais, à terme, il vous écoutera et nous trouverons tous ensemble une solution. »

Bien évidemment, elle refusa. Et Valyron rendit les armes, il ne pouvait rien faire de plus pour elle et pour son avenir. S’il allait seul devant les têtes couronnées, le rapport serait froid, impersonnel. Il ferait de son mieux pour limiter l’impact sur la vie d’Elinor de sa décision d’en parler au couple royal. Alors qu’il tournait les talons pour quitter le septuaire, il sentit sa veste se tendre et son bras être tenu en arrière. Il crut un temps qu’elle allait le frapper, et il se retourna, prêt à esquiver un coup qui ne vint pas. Face à lui, une jeune femme terrorisée par ce qui pouvait lui arriver et arriver à son bébé l’implorait de ne pas le faire, elle invoquait à sa manière tout ce qu’ils avaient traversé ensemble au cours des dernières années. Il aurait aimé pouvoir céder, il aurait voulu ne pas être fiable, mais comment pouvait-il abandonner ses maîtres ? Ils avaient besoin de lui. Alors, pour la première fois depuis longtemps, Valyron baissa les yeux sous le regard implorant et paniqué de la jeune femme. Il expira lentement, cherchant à encaisser l’impact émotionnel de ce qu’il voyait. Et puis, il déposa sa main avec une douceur infinie sur la joue d’Elinor, ultime contact entre eux. Il la caressa avec tendresse, dans un dernier geste paternel, affectueux. Peut-être ne comprendrait-elle jamais. C’était là son destin, son fardeau de maître des Chuchoteurs.

« Je suis désolé, Elinor. Cela m’est impossible. Je ferai de mon mieux. »

Il avait parlé avec une douceur inédite, une douleur sourde qui avait fini par jaillir. Il avait presque murmuré, étouffé par l’émotion et les regrets. Incapable de soutenir le spectacle terrible qu’offrait Elinor, il se détourna doucement et se dirigea vers les portes où il s’éclipsa.

Arrivé dehors, il constata que deux gardes Baratheon traînaient non loin du septuaire. Ils le regardèrent passer d’un œil légèrement soupçonneux. Valyron n’était pas populaire parmi les soudards de l’Orage, mais ils avaient peur, comme tout le monde, et se détournèrent rapidement pour éviter de se faire remarquer de trop près par le Serpent. Marchant à pas rapide, Valyron s’attendait à tout instant à entendre un ordre déchirant venu d’Elinor, les sommant de se saisir de lui, mais rien ne vint. Soulagé, il quitta rapidement les jardins pour se diriger vers les appartements royaux. Là, il salua brièvement les quelques gardes royaux qui traînaient devant l’entrée et il fut annoncé. Introduit auprès du couple royal, il les trouva tous deux dans le grand salon qui tenait aussi lieu de bureau et de pièce de vie lorsqu’ils souhaitaient se retrouver seuls ou éventuellement rencontrer des personnes en dehors des cadres officiels du Donjon-Rouge. Ici, les Dragons étaient chez eux. Valyron se plia dans une révérence que le chef du protocole royal aurait applaudi de ses deux mains avant de relever la tête et d’attendre que le Roi l’invite à parler.  



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Valyron Tyvaros
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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Lun 15 Oct 2018 - 19:47




Le Prix du Silence

Allons, Elinor, ne demeure pas plantée ! Réfléchis ! Mais il était difficile pour la jeune Araignée d’être capable d’une telle chose à pareil moment. Son cœur venait frapper sa poitrine avec la rage du désespoir quand ses pensées se bousculaient, envisageant le pire de tous les scénarios possibles. Il lui devenait impossible de faire le vide nécessaire à la focalisation de la situation, à l’élaboration d’un plan inébranlable que même le Mantaryen ne saurait défaire si aisément. La panique la prenait à la gorge, rendant l’accès à l’air difficile et, un instant, elle eut envie de s’enfuir, de sortir de ce septuaire où il lui semblait étouffer pour chercher de l’air ailleurs, loin d’ici. Loin de la toxicité des paroles de celui que, pendant tant de temps, elle avait appelé ami quand d’autres lui hurlaient de se méfier. Comme elle eut tort de ne pas les écouter.

Elle l’écouta tandis qu’il répondait à sa dernière phrase, allant jusqu’à l’accuser de trahison si elle avait bien fait assassiner les espions du Roi. Du Roi ? Vraiment ? Était-ce le Roi en personne qui avait ordonné cette mission, qui avait fait le choix d’orienter le tir sur Peyredragon ? La mort de ces hommes, si elle était avérée, était entièrement du fait du natif de Mantarys et le regard noir d’Elinor lui adressait ce nouveau reproche. Elle se détourna pourtant de lui, préférant garder son bluff pour elle car elle n’avait nulle certitude quant au sort des hommes du maître des Chuchoteurs. Elle connaissait leur réputation tout comme elle savait que Daenys était autant prête à tout pour l’aider à protéger son fils. Elle le lui avait promis et certains savaient garder leur promesse quand d’autres les brisait sans sourciller.

Par contre, quand il reprit la parole, elle se mordilla la lèvre inférieure. Oui, elle l’avait envisagé. Elle aurait pu faire appel aux gardes Baratheon pour faire jeter dans les geôles Valyron, le temps qu’elle ne trouve une solution adéquate, mais les gens auraient posé des questions auxquelles elle n’aurait su trouver réponse. Il alla même jusqu’à formuler l’ultime menace, forçant Elinor a lui faire face, outrée qu’il se serve de cela pour la faire plier. « Vous n’oseriez… » Elle ne finit pas sa phrase, trouvant la réponse toute seule dans le regard de l’homme. Bien sûr, qu’il oserait. Ne venait-il pas ouvertement de la menacer, de chercher à la faire tomber ? Il la dégoutait et ce fut avec une grimace à l’image de ces pensées qu’elle se détourna de nouveau de lui, désabusée, les yeux humides, se voyant soudainement comme la frêle enfant qu’elle était, impuissante. Elinor avait joué avec le feu et s’était brûlé. Elle avait essayé d’étouffer le brasier mais lui n’avait fait que tourner avec le vent pour mieux la surprendre dans son dos, pour mieux la dévorer toute entière.

Et il ne fit que l’enfoncer davantage. Il l’avait prévenue. Oui et non. Elle savait qu’en lui mentant ce jour-là, elle le paierait un jour. Mais Elinor, malgré les apparences, n’était qu’une jeune femme aux sentiments si grands que la peur l’avait terrassée. Quand ses yeux se posaient sur Wilhem, elle le voyait lui, son bourreau, le Cruel qui avait terrassé tant d’Hommes par sa folie. Il lui ressemblait tant que, le jour de sa naissance, alors que Daenys s’occupait ailleurs de la gestion de tout ceci, elle s’était avancée vers le berceau de l’enfant avec un oreiller, déterminée à tuer une deuxième fois ce monstre qui l’avait tant fait souffrir. Mais elle n’avait su s’y résoudre. La maternité avait pris le dessus et ce fut dans les larmes qu’elle lui avait demandé pardon, à lui, à cet innocent petit être qui respirait l’air d’un monde amer pour la première fois. Alors oui, elle savait qu’un jour, elle paierait cette faiblesse mais elle pensait que cela ne viendrait que bien plus tard. Et que les choses ne seraient guère amenées par le Serpent de Port-d’Epices.

Le poids du pendentif qu’elle portait au cou devint lourd. Elle en eut presque l’impression qu’il cherchait à l’étrangler, à l’attirer au sol pour que le Serpent puisse mieux mordre l’Araignée. Pourtant, le maître des Chuchoteurs reprit la parole et devant ses mots, la tête d’Elinor hochait machinalement de la droite vers la gauche, marquant son refus, son impuissance devant la situation gargantuesque dans laquelle elle s’était mise. Je fais cela pour vous Comment pouvait-il lui faire l’affront de telles paroles ? En quoi exposer son secret, sa honte était censée lui venir en aide ? Car oui, Elinor avait honte de cette naissance autant qu’elle en avait eu peur. Elle aurait aimé pouvoir être entourée, pouvoir dire aux principaux concernés ce qu’il en retournait. Mais elle avait eu trop honte, trop peur que la nouvelle parvienne, d’une manière ou d’une autre, aux mauvaises oreilles. Ondrew… La pensée de son époux la fit frémir car elle n’osait imaginer comment il pourrait réagir s’il apprenait la chose, s’il refusait de comprendre les raisons qui l’avaient poussée à agir en ce sens. Et à présent, Valyron parlait de la mort du bébé qui aurait pu être mise en œuvre s’il s’était agi de quelqu’un d’autre. C’en était trop. Les larmes qui bordaient ses yeux roulèrent doucement sur ses joues, sans qu’elle ne cherche à les retenir.

Puis, il évoqua Daenys, comprenant certainement le rôle qu’avait joué la mère-dragon dans tout ceci. Mais elle ne dit mot, n’osant le contredire ou lui affirmer les choses. Elle se contenta de garder le silence, ses lèvres closes se tordants à cause de la peine. Et une dernière fois, il lui demanda de l’accompagner au-devant du Souverain. De ployer le genou pour mieux offrir sa tête à l’épée qui pourrait s’abattre sur sa nuque. Les arguments de Valyron se valaient et elle n’aurait pas été tant impliquée émotionnellement, elle aurait surement compris qu’il fallait le suivre, faire face, serrer les dents pour mieux offrir une solution viable. Mais son cœur la rappelait à sa faiblesse, à cet instinct maternel doublé par l’amour partagé d’un être qui se sentirait certainement trompé et à juste titre. « Je ne peux pas… » Elle baissa la tête, les larmes venant s’écraser sur le sol du Septuaire. Il y eut un léger silence avant que Valyron ne se mette en mouvement. Alors, horrifiée, elle redressa le chef pour le regarder faire, pour le voir passer devant elle. Non… Non, non, non !

Plus qu’un pas, une enjambée, puis deux, puis trois. Sa main se resserra sur le poignet de l’homme, retenant sa course, le stoppant net une dernière fois, le poussant à lui faire face. « Valyron, je vous en conjure… Au nom de cette amitié… Je pourrais vous le pardonner si vous n’y allez pas. » Elle cherchait dans ses pupilles des réponses, ce sentiment qu’ils avaient partagé durant ces dernières années, les braises encore chaude de leur amitié. Lui détourna le regard avant de porter une main sur la joue de la jeune femme qui se laissa faire. Et quelques mots qui vinrent trancher la corde de cette épée qui demeurait au-dessus de la tête d’Elinor pendant tout ce temps. Alors elle laissa l’air entrer dans son corps par ses lèvres ouvertes, choquée de toutes ces révélations, les iris vibrantes s’accrochant pourtant au Mantaryen, comme espérant le voir changer d’avis. Sa main, pourtant, le laissa partir, ne chercha pas à le retenir. Statue, elle garda ainsi cette pose, essayant de reprendre son souffle, regardant l’image de Valyron qui se détournait d’elle tandis que les larmes brouillaient sa vue. Elle pouvait l’arrêter. Elle pouvait utiliser les gardes… Mais à quel prix ? Non, elle n’avait nulle solution quand lui finit par quitter les lieux, ne laissant que la lumière pénétrer les lieux par la porte d’entrée là où son ombre avait trôné quelques instants plus tôt. Alors Elinor se laissa tomber à genoux, sous l’impuissance de l’instant, sanglotant sans retenue, une main sur ce ventre qui avait vu grandir ce petit être qui risquait de ne pas survivre à ce jour. J’ai mal… L’air ne voulait plus entrer dans son corps et il lui semblait qu’elle allait s’effondrer, céder aux ténèbres. Ses yeux cherchaient des réponses autour d’elle mais ne trouvaient que les statues de ces divinités. « Pourquoi… Pourquoi ne faites-vous donc rien ?! » Elle se déplaça à quatre pattes, s’avançant vers le Père, la rage au cœur. «  Que faut-il que je fasse pour que ces tourments cessent ? » Et elle pleura à nouveau, à genoux devant cette représentation de la divinité, murmurant quelques prières. Pour Wilhem. Pour Ondrew. Pour Daenys. Et pour elle.

***

Father
Father
Father...
Father into your hands I command my spirit,
Father into your hands...
Why have you forsaken me ?
In your eyes fosaken me ?
In your thougths forsaken me ?
In your heart forsaken me ?

© Belzébuth

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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Jeu 18 Oct 2018 - 11:58




  Le Prix du Silence
 

 

Les appartements royaux étaient l’apogée de ce que Port-Réal avait à offrir en termes de luxe. Lors de la construction du Donjon Rouge, à l’époque de la Conquête, l’or ne manquait pas, récupéré dans les pillages de châteaux des seigneurs broyés par la puissance valyrienne, ou reçu en tribut de la part de ceux qui se soumettaient à l’envahisseur. La forteresse des Targaryen avait donc été construite sur base d’une richesse avec laquelle même les Lannister n’auraient pas pu rivaliser à l’époque, et quand bien même le patrimoine Targaryen n’était plus le même désormais, Aegon avait fait en sorte que leur lieu de vie reste l’un des plus luxueux existant à Westeros pendant les siècles à venir.

Le lieu de vie royal n’était donc qu’opulence et richesses, avec des rideaux faits en soie importée depuis les plus lointaines contrées d’Essos, des meubles à la découpe fine et distinguée dans un bois des plus noble, et des sièges au confort certain. Une petite armée de serviteurs était chargée d’entretenir quotidiennement l’endroit, pour s’assurer que rien ne vienne contrarier la satisfaction du couple souverain de Westeros. D’ordinaire, l’endroit était privé, mais il arrivait toutefois que l’une ou l’autre personne y soit invitée, afin de pouvoir converser avec les détenteurs du pouvoir à l’abri des oreilles indiscrètes. Robb Baratheon, par exemple, était un habitué de l’endroit, venant souvent prodiguer son point de vue sur les affaires d’état au jeune Roi, dont la date de prise de pouvoir effective arrivait à grands pas. Jaehaerys lui-même n’était pas toujours d’accord avec son Régent, qu’il trouvait trop rapide à cataloguer les nobles du Royaume en tant qu’alliés ou ennemis, mais force était de constater que sa gestion du Royaume avait été presque sans accroc, et que son cousin disposait d’un sens de la stratégie inné qu’il faudrait encore de longues années au jeune Roi pour espérer l’égaler.

Aujourd’hui, toutefois, c’était un tout autre membre du Conseil Restreint qui avait demandé à les voir, lui et Rhaenys, en privé, coupant court au protocole normal en matière de passage d’informations. Valyron Tyvaros était le Maître Chuchoteur Royal, et sous la Régence il rendait d’abord des comptes au Protecteur, qui aurait donc dû être mis au courant de la raison de la demande du Mantaryen, cependant celui-ci n’en avait rien fait, ce qui laissait supposer que l’affaire était suffisamment grave pour le contourner, ou bien que l’antagonisme entre les deux hommes était bien plus fort que ce que le Roi avait estimé. Jaehaerys avait donc jugé bon de garder le secret de la demande de Valyron, d’autant plus qu’il avait eu connaissance des derniers accrochages entre sa sœur-épouse et le Baratheon, et qu’il était peut-être temps de revoir sa position quant à l’homme qui gérait le Royaume actuellement. Peut-être Tyvaros avait-il des choses à son sujet à lui apprendre, après tout ?

Lorsque le Maître des Chuchoteurs fit son entrée, Rhaenys et lui se trouvaient assis autour d’une petite table, spéculant sur les raisons de la venue de ce dernier. Quoiqu’en disent ses détracteurs, Jaehaerys pensait réellement que Valyron était fidèle à la Couronne, et plus encore aux Targaryen. Il suffisait de voir les changements de son comportement quand il s’adressait à un membre de la famille royale, ou même qu’il parlait de l’un d’eux : il avait peut-être commis plusieurs trahisons, dans un camp comme dans l’autre, durant la guerre, mais celle-ci était terminée, et le mantaryen avait désormais choisi son camp. C’était pour cette raison que le Roi faisait mine de ne pas voir que certains des membres du Conseil Restreint aimeraient le voir déchu de son poste, ou pire séparé de sa tête. Valyron était fidèle à son sang, et de plus diablement efficace dans les responsabilités qui lui avaient été confiées. Fidèle à son habitude, il respectait parfaitement le protocole, s’inclinant au plus bas avant d’attendre patiemment que son souverain l’autorise à parler. Enfant, Jaehaerys s’était demandé combien de temps une personne pouvait attendre ainsi, si le Roi ne l’autorisait pas à prendre la parole et se contentait de l’ignorer, aujourd’hui, tout cela lui semblait bien futile, ainsi qu’un manque flagrant de respect, une chose que Jaehaerys avait appris à éxécrer. Un bon Roi ne se contente pas d’exiger la déférence due à son rang, il offre à ses sujets la considération et le respect qu’ils méritent, une chose que, lui semblait-il, son prédécesseur avait complètement oublié. Accompagnant donc sa phrase d’un léger sourire, Jaehaerys fit signe à Valyron de s’exprimer, le saluant poliment :

« Lord Tyvaros, vous avez demandé à nous voir ? Je vous en prie, dites-nous tout. Désirez-vous quelque chose à boire? »

 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Ven 19 Oct 2018 - 21:45

Au-delà du silence

ft.










Bien que certain de sa légitimité à se trouver en ces lieux, VAlyron Tyvaros ne pouvait s’empêcher de se sentir intrus dans les appartements royaux. Il n’y mettait guère souvent les pieds, surtout dans ceux dédiés au couple souverain. Jadis, il s’était occupé d’enseigneur aux jeunes Dragons l’immense étendue de savoir qu’il y avait à emmagasiner sur l’Histoire de leurs ancêtres et des Possessions. De cette époque, distante d’une quinzaine d’années tout au plus, il gardait un souvenir heureux. Il n’était alors qu’un courtisan exotique, peu impliqué dans les affaires de cour. Il donnait parfois son avis sur certains sujets lorsque le Roi Aenys le sollicitait, mais il n’avait jamais eu de rôle véritablement plus officiel que celui de précepteur royal. Cela lui allait alors à la perfection. Il était entouré des siens, des Hauts Valyriens au sang le plus noble de l’univers. Il les voyait tous les jours, évoluer au sein de cet étrange canevas de peuple qu’ils avaient unifié par le feu et le sang. Tous étaient venus se prosterner devant le fils du Conquérant et courber l’échine, vaincus, tancés, soumis : Stark, Arryn, Lannister, et les autres, qui détenaient leur pouvoir des Targaryen eux-mêmes. Tully des Vivesaigues, Baratheon d’Accalmie, Greyjoy de Pyke, Tyrrell d’Hautjardin. Seuls manquaient à l’appel les Dorniens, qui avaient été les seuls à repousser avec succès la marée rouge et noire qui avait déferlé sur le continent. A cette époque, tout semblait simple. Le natif de Mantarys voulait croire que tout l’était, bien qu’il voyait alors les doutes terribles dont Aenys était la proie. L’indécision l’écrasait comme une une force irrépressible, contre laquelle même le sang le plus noble ne pouvait lutter. La quiétude de cette vie posée et idéale pour Valyron avait vacillé avec le massacre de Crakehall et la disparition de Rhaena et Aegon. Le Roi ne s’en était jamais remis, et son naufrage dans l’apathie et la maladie avait acté le crépuscule du Valyron d’antan. Peu à peu, il avait pris une importance plus prégnante dans le quotidien du Roi qui avait toujours eu une profonde confiance en lui.

Et ainsi, en un triste jour de l’an 47, Westeros avait perdu son Roi et Valyron, son âme. Son importance grandissante de l’époque lui avait valu d’être nommé messager du conseil de régence qui n’était autre que le conseil restreint d’Aenys. Alors qu’il posait son regard gris sur les deux derniers enfants d’Aenys, les images de cette journée fatidique lui revenaient. Il se voyait, à la tête d’un grand cortège composé d’hommes du Guet et de deux gardes blancs, précédé par quatre étendards royaux, portant un message de première importance au Grand Septon de la part du conseil : Jaehaerys devait être couronné au plus vite pour palier à tout prétendant. On racontait déjà que Maegor avait traversé le Détroit et que sa mère, la reine douairière Visenya, avait levé une armée après avoir quitté la capitale. Tout aurait pu être terminé si le représentant des Sept n’avait pas refusé la requête, sans doute acheté au préalable par Visenya. A la fin de cette terrible journée, Valyron avait vendu son âme et Westeros avait embarqué pour un règne qui s’était terminé de la même manière qu’il avait débuté : dans le sang.

Valyron avait commis deux trahisons majeures au cours de sa vie. La première ce jour-là, en empêchant les deux Targaryen qui se trouvaient désormais face à lui. A l’époque, son esprit avait effacé toutes les considérations personnelles pour ne garder qu’une vision purement pragmatique : jamais les fuyards n’auraient réussi à quitter la capitale, et ils auraient mis leurs vies en danger pour rien. Cette trahison avait permis à Valyron de s’élever plus haut qu’il ne l’aurait jamais espéré, devenant rapidement Maître des Lois et membre du conseil restreint de Maegor. Son autre trahison avait été lorsqu’il avait contacté les rebelles pour leur communiquer des informations sur l’intérieur des murs de Port-Réal, alors assiégée. L’assaut déclenché dans la foulée leur avait permis d’éviter le pire, et avait restauré ce qui aurait toujours dû être : Jaehaerys, souverain des Sept Couronnes.

D’aucuns auraient pu dire qu’il en commettait une troisième en ce moment même, face à ses maîtres et au détriment de la seule amie qu’il n’ait jamais eu à Port-Réal. Pourtant, comme pour la fuite avortée de l’an 47, Valyron estimait bien faire. Il avait le contrôle, il pouvait choisir ses cartes dans l’ordre qui lui convenait le mieux, tout cela dans un seul et unique but : l’Ordre. L’Ordre était la raison de vivre du Serpent, maintenir le fragile équilibre des forces qui assurait la domination Targaryen. L’anomalie que représentait l’enfant d’Elinor et Maegor était une menace à tout cela. Si l’information avait fuitée plus tard, les dieux seuls savaient ce qui aurait alors menacé Elinor, son enfant, et tout le royaume. Il accomplissait là la meilleure chose à faire, quand bien même elle était également difficile. Aussi, lorsque le Roi s’adressa à lui, Valyron l’écouta avec attention. Il jouait son âme, une nouvelle fois.

« Lord Tyvaros, vous avez demandé à nous voir ? Je vous en prie, dites-nous tout. Désirez-vous quelque chose à boire? »

Bien que sans doute intrigué, le souverain n’en restait pas moins tout à fait aimable. Lorsqu’il se souvenait de ce petit garçon effacé, qui avait vécu dans les ombres successives de son père, de son frère, puis de son oncle, Valyron ressentait une certaine félicité à le voir ainsi, plus posé, commençant à prendre en main son immense domaine. D’un geste fluide, plein d’élégance essosie, il accepta poliment. Il n’avait pas soif, mais on ne refusait rien lorsque le Roi vous proposait quelque chose.

« Volontiers. Je vous remercie, Votre Majesté. »

Il ne toucha toutefois pas au verre. Peut-être en aurait-il besoin plus tard, mais il ne savait même pas ce qu’il y avait dans le splendide gobelet de métaux précieux ciselés. Il s’éclaircit la voix et débuta. Il était entré dans l’arène. Il jeta un ultime regard à Rhaenys, cette jeune femme qu’il avait vu grandir, et qui avait accepté d’organiser cette entrevue confidentielle.

« Si j’ai sollicité Votre Majesté, dit-il en s’adressant à la Reine, c’est que j’ai récemment fait une découverte d’une gravité extrême qui, à mon humble avis, ne concerne que Vos Majestés. »

Il reporta son regard sur le souverain qui le toisait d’un regard améthyste parfaitement calme, attendant patiemment la suite.

« Mon Roi, j’ai découvert qu’un enfant était abrité sur Peyredragon depuis plusieurs mois. De père et de mère inconnue, soigneusement dissimulé et présenté comme un bâtard de domestique. »

Inspirant longuement, il récita le déroulé des événements tels qu’ils lui étaient apparus, ou presque.

« L’enfant ayant des yeux légèrement mauves, j’ai pris sur moi de diligenter une enquête plus aboutie. J’ai identifié la mère, mais surtout, le père. »

Lui-même effrayé par la réaction potentielle qu’il allait déclencher, il laissa passer un blanc involontaire. Il ne cherchait pas à ménager son effet. Le grand et imperturbable Serpent de Mantarys, intrigant parmi les intrigants, était subitement mal à l’aise : vision terrifiante pour lui-même qui lui rappelait sans cesse la gravité de la situation.

« Il s’agit de votre oncle, Majestés : Maegor. »


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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

signature par littleharleen
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Lun 22 Oct 2018 - 15:16




Le Prix du Silence

L’homme qui me faisait face n’avait rien d’un westerosi ordinaire, et pour cause il n’était pas de nos contrées occidentales. Sa renommée même venait du fait même qu’il venait de ces terres exotiques et lointaines d’Essos. Lui et moi parlions la même langue, tant par notre héritage commun que par le fait qu’il parlait le valyrien.

« C’est un honneur, ñuha dāria »

L’homme était avant tout couturier, fort de son réseau d’Essos pour importer les plus beaux tissus de son continent natal. Cependant il était bien plus, fréquentant les grands comme les plus humbles, il était l’ami des chansonniers, bardes et autres peintres qui lui devaient bien souvent leur introduction auprès des Dames du monde. Combien de bardes avaient ainsi pu se produire lors d’un banquet ou d’un diner plus intime à la table des grands ? Combien de peintres avaient, grâce à lui, obtenu le patronage d’une dame qu’ils avaient su représenter en majesté ? Il avait l’esprit d’Essos se mêlant aux riches comme aux pauvres, aux influents comme aux paysans, rendant visite à une famille importante avant de finir sa journée dans les bordels de la capitale. Là était son excentricité, et sans doute était-ce la raison de son succès.

« Je ne peux malheureusement vous entretenir davantage, cependant vous l’aurez compris c’est un projet titanesque que je remets entre vos mains. Si, bien sûr, vous en acceptez la charge. »

« Gevie dāria, comment refuser quoique ce soit à la fille du dragon ? Nous composerons des chants et légendes qui trouveront échos dans le royaume tout entier, dans les palais comme dans les maisons de plaisir, dans les ports comme au cœur des champs ! Tableaux, tapisseries et enluminures viendront graver le visage royal pour les siècles à venir ! Nul ne pourra plus ignorer les traits gracieux de votre visage ou la force de la figure de votre époux, Sa Majesté. Nul ne pourra plus ignorer l’histoire de votre règne ! La chanson du couronnement de Jaehaerys Ier et l’aube d’un nouveau jour sera sur toutes les lèvres dans les semaines à venir, Dāria Zaldrīzoti. »

Il avait déclamé ces quelques mots avec en enthousiasme théâtral qui me tirait un sourire amusé. Il était fantasque mais il n’en était pas pour autant dénué de serieux, et il me semblait qu’il avait pris toute la mesure de ce que je lui confiais. Il me faudrait évoquer le sujet avec Valyron Tyvaros, qui ne manquerait pas de surveiller le déroulement de ce projet ambitieux. Je le remerciais de sa visite, et nous ne tarderions pas à nous revoir pour réfléchir ensemble aux prochaines étapes. L’homme s’inclinait et quittait la pièce, drapé dans une épaisse pelure exotique qui me laissait pensive sur sa résistance à la chaleur. Distraite, je rassemblais les parchemins sur lesquels avaient été jetées les quelques idées, les quelques lignes poétiques qui seraient bientôt portées aux quatre coins du continent, dans les ports et les bordels, les banquets et les fêtes.

Il était encore très tôt, Jaehaerys et moi avions instauré comme habitude de tenir les réunions que nous souhaitions garder confidentielles avant le lever du matin, ou bien au petit matin, et il était coutume que nous nous retrouvions par la suite afin de prendre le petit déjeuner ensemble sur l’une des terrasses extérieures attachées aux appartements royaux. C’est ainsi que, quelques dizaines de minutes après le départ de l’homme d’Essos, quelques coups résonnaient qui annonçaient l’arrivée du Roi dans la pièce. J'entamais le rangement des parchemins et le laissais me rejoindre. J’affectionnais ces quelques moments simples où nous pouvions apprendre à nous connaître autrement. J’aimais les quelques gestes simples, instaurés entre nous, qui maintenaient une complicité intime qui dépassait les simples devoirs maritaux. J’aimais cette manière qu’avait mon frère-époux de déposer une main caressante sur mon épaule avant d’embrasser le sommet de mon crâne en guise de bonjour, la douceur de son regard et la tendresse que chacun de ses gestes envers moi.  Il était difficile, évidemment, de nous adapter à cette nouvelle relation qui nous liait, en particulier pour moi qui avait longtemps considéré Jaehaerys comme un enfant à protéger.

« Valyron Tyvaros a demandé une audience privée, peut-être pourrions-nous déjeuner ici ? »

Absorbée par la lecture d’un dernier parchemin, j’opinais de la tête avant de murmurer un accord distrait mais doux. Je l’entendais rire doucement à la vue de mon air sérieux devant les quelques lignes de poésie que renfermaient les papiers. Finalement satisfaite de ma lecture, je débarrassais la table moi-même pour laisser champ libre aux serviteurs qui approchaient déjà pour y déposer quelques fruits – raisins, fraises et autres fruits exotiques, et une plusieurs boissons. Nous n’étions guère adepte de l’opulence gastronomique, et certainement pas le matin. A mesure que nous picorions quelques fruits, nous échangions sur des thèmes aussi divers que nos derniers rêves, le contenu de ma réunion avec l’homme d’Essos et de la rencontre à venir avec Tyvaros ou encore notre volonté de nous rendre prochainement à Peyredragon. Le voyage ne serait pas long à dos de dragon et il serait agréable de sortir de la capitale, ne serait-ce que le temps d’une nuitée. Cette première sortie serait l’occasion de laisser libre cours à l’énergie d’Ailes d’Argent, et sans doute Alys serait-elle contente de nous accompagner hors de la forteresse. L’idée de cette escapade avait eu le don de nous rendre légers, presque rêveurs. La capitale et la forteresse avaient cela d’écrasants qu’ils ne nous laissaient que trop peu d’instants en plein air. La main de Jaehaerys vint trouver la mienne, dans un geste devenu naturel, et attrapant ma main il l’a portait à ses lèvres pour y déposer un baiser. Cette proximité physique n’avait pas été naturelle au départ, il y avait bien sûr beaucoup de tendresse, mais il nous avait fallu prendre le temps de nous apprivoiser… de nous voir autrement. L’exercice n’était pas des plus communs ni des plus aisés, mais le temps faisant son œuvre, et la tradition de notre famille aidant, nous parvenions peu à peu à nous connaître autrement.

« Majestés, Lord Tyvaros. »

L’homme entrait dans la pièce baignée d’une lumière naturelle magnifique. Les deux terrasses qui se faisaient face permettaient au vent chaud et au soleil de s’engouffrer dans la pièce. Ma main toujours dans la sienne, Jaehaerys se tournait vers Tyvaros qui s’inclinait avec déférence en attendant le premier mot de son roi, comme il se devait.

« Lord Tyvaros, vous avez demandé à nous voir ? Je vous en prie, dites-nous tout. Désirez-vous quelque chose à boire? »

Je détournais mon regard de Tyvaros pour le diriger vers Jaehaerys, une lueur de fierté dans le regard. Il aurait été impossible de s’imaginer que je n’aimais pas mon frère-époux qui tenait encore ma main tant les regards que je lui lançais démontrait l’admiration mêlée de tendresse que je vouais à ce jeune homme. Il était bienveillant et juste, sage et courageux, et je ne pouvais qu’être fière d’être aux côtés de celui que je considérais déjà comme un grand roi.

« Volontiers. Je vous remercie, Votre Majesté. »

Mon regard retrouvait la silhouette de Valyron qui se trouvait à quelques pas de nous. Jaehaerys et moi rompions le contact intime qui ne s’était déjà que trop éternisé en présence d’un tiers.

« Si j’ai sollicité Votre Majesté, c’est que j’ai récemment fait une découverte d’une gravité extrême qui, à mon humble avis, ne concerne que Vos Majestés. »

« Je reconnais bien là votre talent de conteur, Lord Tyvaros, vous avez attisé notre curiosité… Parlez donc sans attendre, je vous prie. »

Mon humeur était légère et le ton de ma voix affable, chose à laquelle le seigneur Tyvaros n’était sans doute pas habitué. Il n’était guère un secret que je gardais en mon cœur le souvenir terrible de sa trahison la plus infâme. Il était en la grande sagesse de mon frère de pouvoir pardonner, mais encore jeune et protégé il n’avait pas eu à subir les traitements qui avaient été les miens à la suite de la trahison de l’homme de Mantarys.

« Mon Roi, j’ai découvert qu’un enfant était abrité sur Peyredragon depuis plusieurs mois. De père et de mère inconnue, soigneusement dissimulé et présenté comme un bâtard de domestique. »

L’histoire était intrigante. A priori elle n’avait absolument aucun intérêt, ni pour Jaehaerys ni pour moi-même. Peut-être cet enfant avait-il le mérite de distraire notre chère tante de sa solitude exilée. Curieuse d’en savoir plus j’invitais Valyron à reprendre son récit d’un léger mouvement de tête tout en portant à mes lèvres la coupe dorée déposée sur la table à mon attention.

« L’enfant ayant des yeux légèrement mauves, j’ai pris sur moi de diligenter une enquête plus aboutie. J’ai identifié la mère, mais surtout, le père. Il s’agit de votre oncle, Majestés : Maegor. »

Le nom de Maegor, la simple prononciation de ce nom, avait toujours eu pour effet de me glacer. Il n’en fallait guère plus pour me traîner de force quelques années en arrière et faire renaître en moi la peur que la jeune fille que j’étais avait ressentie des mois… des années durant. Cette révélation coupait mon geste dans son élan et, ne pouvant avaler quoique ce soit, je reposais délicatement, dans un geste lent et parfaitement maîtrisé, la coupe sur la petite table.

« Il s’agit, en effet, d’un sujet qui ne concerne que sa Majesté et moi-même. Je vous remercie de votre diligence, Lord Tyvaros. »

Ma voix n’était plus empreinte de la légèreté précédente, et tout laissait entrevoir le sérieux de la situation. Des dizaines de questions surgissaient à la fois dans mon esprit : quel âge avait-il ? Maegor avait-il eu connaissance de l’existence de cet enfant ? Qui le protégeait depuis tout ce temps ?... Pour cette question j’avais la réponse sans attendre, car si l’enfant était en sécurité, dissimulé à Peyredragon, il n’y avait qu’une seule personne capable d’en assurer le secret… Une personne qui, une nouvelle fois, trahissait ceux qui l’avaient un jour considéré l’égale d’une mère. Le silence était retombé comme fait de plomb sur les épaules de ceux qui se trouvaient dans la pièce, et mon regard fixé sur Valyron était pensif sans en être absent pour autant.

« Qui est la mère du bâtard de l’Usurpateur ? Qui est-elle et par quel artifice n’apprenons-nous la vérité qu’aujourd’hui ? Je suppose que celle-ci bénéficie du soutien d’une personnalité influente pour parvenir à dissimuler, et ce durant des mois, aux oreilles et aux yeux de votre réseau l’existence d’un enfant aux yeux mauves… »


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Mar 23 Oct 2018 - 0:06

Au-delà du silence

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Valyron Tyvaros connaissit Rhaenys et Jaeherys Targaryen depuis des années. A son arrivée à la Cour, en 37, Rhaenys n’était qu’une petite fille de sept ans, et Jaehaerys un tout jeune garçon de trois ans. Parmi tous ceux qui résidaient aujourd’hui à Port-Réal, il pouvait se targuer sans peine d’être l’un de ceux qui les connaissait mieux. Il n’avait jamais prétendu être une figure paternelle pour eux, il n’était pas sacrilège ni stupide, il savait que ce n’était pas le cas. Mais qu’ils l’apprécient ou non, Valyron était une figure constante dans leur vie depuis bien longtemps. Pourtant, on était désormais bien loin des leçons sur la conquête de Ghis ou l’établissement de Volantis dans leurs appartements, où la discipline régnait mais dans un cadre assez détendu. Aujourd’hui, les cours étaient terminés, au lieu d’apprendre l’Histoire, ils l’écrivaient.

Il connaissait Rhaenys si bien qu’il pouvait dire simplement à son attitude et son ton quelle était sa véritable humeur. Par exemple, lorsqu’elle était furieuse mais qu’elle tâchait de le dissimuler pour éviter d’outrager son interlocuteur, elle se murait dans une froide distance mais pinçait sa lèvre inférieure. C’était en général le signal annonciateur d’une des colères draconiques dont seule Rhaenys avait le secret. Et si elle semblait parfaitement détendue lorsqu’il était entré dans la salle, la jeune femme arborait désormais une mince soucieuse, et ce n’était sans doute que le début. Du fait de sa fonction au sein de l’appareil royal, Valyron commençait à se faire à cela. A la plupart de ses interventions, les personnes avec qui ils discutaient tiraient une mince plus préoccupée qu’avant de lui adresser la parole. Si le dicton populaire disait noires ailes, noires nouvelles, il commençait à se dire qu’il était peut-être plus le corbeau que le serpent du Donjon-Rouge.

« Il s’agit, en effet, d’un sujet qui ne concerne que sa Majesté et moi-même. Je vous remercie de votre diligence, Lord Tyvaros. »

Trop heureux de pouvoir court-circuiter le Protecteur Baratheon, Valyron ne laissa cependant rien filtrer de son bref et mesquin triomphe interne. Il se devait d’être également de rester professionnel. L’information était véritablement trop importante pour ne pas être traité uniquement par ceux qu’elle concernait au premier abord. Il aurait fait offense à ses maîtres s’il avait agi différemment. Et moins de monde était dans la confidence, moins l’enfant serait dangereux.

Valyron esquissa une très brève révérence pour marquer réception des paroles de la reine. Il reporta alors son attention sur le roi lui-même, qui était resté silencieux. Rhaenys était profondément troublée. Jaehaerys, lui, semblait également digérer la nouvelle. Il gardait silence, réfléchissant sans doute aux tenants et aux aboutissants d’une telle information, de ses conséquences potentielles et actuelles. Son visage encore juvénile affichait des traits d’un trouble trop important pour un jeune homme de son âge. Il n’avait pas encore la faculté fondamentale pour un souverain de masquer ses émotions. Cela viendrait peu à peu, car le roi était d’une intelligence rare, et il se rendrait compte rapidement de la nécessité de dissimuler aux autres ce qu’il pensait vraiment, y compris à ses plus proches conseillers. Rhaenys fut plus prompte à reprendre ses esprits, et interrogea Valyron sans tarder :

« Qui est la mère du bâtard de l’Usurpateur ? Qui est-elle et par quel artifice n’apprenons-nous la vérité qu’aujourd’hui ? Je suppose que celle-ci bénéficie du soutien d’une personnalité influente pour parvenir à dissimuler, et ce durant des mois, aux oreilles et aux yeux de votre réseau l’existence d’un enfant aux yeux mauves… »

Valyron fit la moue. Il sentait son cœur battre tout rompre. Poum-poum. Poum-poum. Là se jouait un moment crucial. Les dessous de l’affaire étaient bien plus complexes qu’un simple mensonge d’Elinor Piète. Valyron avait été au courant de la grossesse depuis le début. Il n’y avait aucun moyen de savoir qui était véritablement le père, même si les soupçons étaient essentiellement dirigés contre le souverain précédent. L’enfant posthume de Maegor allait désormais devenir une source de préoccupation majeure. Le fond de l’histoire était une trahison familiale. En acceptant de dissimuler cette naissance en son fief, Daenys avait trahi son sang, et les avait mis en danger de mort. Et il incombait désormais à Valyron de relever cette trahison, alors même que Daenys lui avait sauvé la mise auparavant, à la chute de Maegor, quand Rhaenys avait voulu le chasser. Pire encore, il allait déchirer l’entente familiale, peut-être provoquer la mort de la dernière fille du Conquérant. Il se sentit pâlir.

Restait Elinor. Il devait parler d’elle, évidemment. Mais que dire, que faire ? Sans elle, il n’aurait probablement pas survécu au règne du Cruel, et les rebelles n’auraient peut-être pas gagné la guerre. En tout cas, la vie du Serpent n’aurait pas été la même sans la petite araignée bieffoise. Mais il ne pouvait tolérait de trahison envers ses maîtres. Il pouvait toutefois essayer de la protéger. Le devait-il ? Elle l’avait voué aux pires gémonies lorsqu’il l’avait confrontée. Et qu’adviendrait-il de l’enfant ? Et d’Elinor, si Ondrew Piète venait à être mis au courant. Il déglutit, pâle comme un mort devant toutes ces considérations.

« Majestés, mon roi, ma reine, avant tout, je vous dois la vérité, pleine et entière. J’ai eu des soupçons durant la grossesse de la mère. N’ayant eu aucun moyen de vérifier, je n’ai pas pu donner suite avant maintenant. Il y a eu défaillance de mon côté également, pour cela j'implore votre pardon. » expliqua-t-il en s'agenouillant, repentant.

Le geste était certes un peu théâtral, mais il était bien sincère. Valyron s’étonnait de se découvrir autant sincère, mais il estimait devoir la vérité aux enfants d’Aenys, surtout qu’il comptait sur leur indulgence après une telle révélation, synonyme de sa compétence. Du moins espérait-il que ce serait ainsi interprété. Sinon, il n’aurait plus qu’à faire ses affaires et quitter Port-Réal pour de bon.

« La mère du bâtard est la Dame Elinor Piète. Je vous demande d’avance pardon, Majestés, pour les détails sordides, mais il me semble que la compréhension pleine et entière de cette affaire passe par cela. Elinor Piète était en proie aux pires sévices par l’Usurpateur, qui en avait fait une véritable esclave sexuelle. Selon toute vraisemblance, elle a fini par tomber enceinte. Lorsqu’elle s’est confiée à moi de cet état de fait, je n’ai pas vraiment pu faire autrement que de la surveiller et d’attendre la grossesse. Je n’étais malheureusement plus en état de le faire lorsque cette dernière est arrivée à terme. Mon erreur a été de ne pas vérifier au retour d’Elinor Piète ce qui était advenu de l’enfant, puisqu’elle m’a expliqué avoir fait une fausse-couche. J’ajoute que son mari, l’ancienne Main du Roi Ondrew Piète, n’a – à ma connaissance – jamais été mis au courant. »

Il s’en voulait un peu de remuer ainsi les sombres secrets d’Elinor devant le Roi et la Reine, mais c’était peut-être la seule solution pour éviter un effondrement général. La version était simplifiée, mais pas éloignée de la réalité. De toute manière, rien ne comptait plus que de protéger les Targaryen. Elinor n’était qu’un outil dans cette quête éternelle, comme Valyron lui-même, d’ailleurs. Le bâtard, lui, était un grain de sable susceptible d’endommager de manière irrémédiable le mécanisme de la pérennité de la dynastie des Dragons.

« Elinor Piète a accouché il y a quelques mois à Peyredragon, dans le secret le plus absolu, déjà protégée par votre tante Daenys. Bien que cela soit abject, il est de mon devoir de vous avertir que je soupçonne la Princesse Daenys de nourrir quelque sombre dessein en dissimulant ainsi la vérité. Je ne ferai pas insulte à votre intelligence en vous rappelant les dangers que vous fait courir cet enfant. Il est bâtard, certes, mais les nobles de Westeros ne s’embarrasseront pas de ce détail s’ils peuvent placer un pantin à leur service sur le Trône de Fer. »

Il avait désormais accablé les deux femmes qui avaient sauvé sa vie après la chute de Maegor, à qui il devait sa position actuelle. Aurait-il fallu s’attendre à quelque chose de différent ? Valyron avait toujours été un fidèle des Targaryen, quels qu’ils soient, et le faire monter dans les ombres du Donjon et trahir ne pouvait guère se terminer bien pour les instigateurs. Il était reconnaissant à Elinor et Daenys, mais il ne pouvait les sauver d’elles-mêmes. Alors, que le couperet tombe, et que le Destin fasse son office ! Voyant les visages consternés des deux jeunes Dragons, Valyron ajouta une dernière phrase à son plaidoyer.

« Pour moi, la Princesse Daenys a utilisé la confiance qu’avait en elle Dame Piète pour la manipuler et garder l’enfant à ses côtés. Je connais Elinor Piète depuis un an, c'est une dame d'une grande intelligence mais empreinte d'un idéalisme profondément niais, qui fait d'elle une véritable écervelée jouant à l'intrigante... Parfois avec succès, comme lorsqu'elle m'a aidé à vous faire parvenir cette missive à Winterfell, ma Reine. Parfois avec moins de succès, comme avec Maegor. C’est ma conviction intime qu’en dépit de sa trahison véritable, elle ne présente aucun danger pour la monarchie. Concernant la Princesse, je n’ai, en revanche, aucun moyen de savoir ce qu’elle comptait faire de ce bâtard royal, ni quand elle souhaitait l’utiliser. Mes informations sont très récentes mais bel et bien confirmées. »

Reprenant un peu contenance, les couleurs revenant peu à peu sur son visage, Valyron s’épongea le visage alors que perlaient des gouttes froides de sueur. Il lui restait désormais à apporter sa valeur ajoutée, celle qui faisait de lui un conseiller qui sortait de l’ordinaire. N’importe quel maître-espion pouvait expliquer à son suzerain ce qu’il se passait sur ses terres, et lui révéler ses secrets. Mais aucun n’était plus dévoué, plus retors, plus fanatique que Valyron Tyvaros. Et lui, redoutable serpent des ombres, avait une vision. Une vision d’un monde où les Targaryen dominaient, au sommet d’une pyramide brillante d’une société parfaitement ordonnée, où chacun avait sa place et rendait hommage au divin sang de l’Antique Valyria.

« Je diligenterai toutefois une enquête discrète sur Elinor Piète dès ma sortie de cette entrevue. Quant à la Princesse Daenys, je ne saurai que recommander à Vos Majestés de la placer en résidence surveillée, ici, dans des appartements au Donjon-Rouge, le temps de pouvoir tirer cela au clair. Cela me semble plus sûr, surtout que l’on m’a annoncé qu’il était possible que mes agents aient été repérés. Si elle est avertie, je ne peux prédire sa réaction. Avec votre permission, je peux prendre toutes les dispositions dès aujourd'hui. »

Il toussota, gêné. Il y avait un ultime point à traiter.

« Quant à ce qu’il faut faire de l’enfant, Majestés, il me semble que cette décision vous revient, bien naturellement. Je me tiens prêt à exécuter le moindre de vos ordres, comme toujours. »






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Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Mar 23 Oct 2018 - 13:24




  Le Prix du Silence
 

 

Après les révélations de Valyron, Jaehaerys n’avait rien dit : les conséquences de l’existence d’un bâtard de Maegor étaient bien trop grandes pour qu’il puisse se les imaginer dans leur entièreté. C’était tout simplement trop gros, trop dangereux que pour qu’une simple réaction, même à chaud, ne soit suffisante à appréhender les choses. Un instant, il souhaita que Robb soit présent, lui aurait su quoi faire, il savait toujours quoi faire après tout, mais le Maître des Chuchoteurs comme Rhaenys avaient raison : cette affaire ne concernait que leur famille, et aussi proche d’elle que soit le Régent, il n’en faisait pas partie.

La Reine fut plus rapide à répondre, elle était plus sanguine, plus rapide à parler, à passer à l’action que lui, ce qui pouvait se révéler un avantage comme un terrible défaut selon la situation. Par les questions de son épouse, il apprit ainsi le nom de la mère, ainsi que ses soupçons concernant leur tante, qu’il croyait capable de prévoir quelque chose en utilisant ainsi la progéniture du Cruel. Tout le monde savait que Daenys s’était longtemps rangée du côté de Maegor, quand bien même elle avait changé d’allégeance par la suite, et Jaehaerys ne pouvait pas croire qu’elle cherche à mettre un bâtard sur le Trône. Après tout, elle était fille du Conquérant, et la pureté du sang avait une importance toute particulière pour tous les Targaryen, elle comprise. La chose méritait d’être étudiée, mais il y avait une décision autrement plus grande à prendre : que faire de l’enfant ?

La solution la plus simple serait simplement de le mettre à mort, avant que d’autres ne découvrent le secret qui vivait à Peyredragon, Jaehaerys le savait, si son oncle avait été à sa place, il n’aurait pas hésité une seconde, et il savait que le Serpent de Mantarys éxécuterait l’ordre sans ciller, comme il l’avait affirmé, et malgré l’amitié qui le liait à Elinor. Pour lui, les affaires d’Etat passaient avant tout le reste, et s’il fallait éliminer une menace aussi directe sur le règne de son Roi, le Maître des Chuchoteurs n’hésiterait pas. Il avait beau ne pas être apprécié de la Cour, il était efficace et loyal, et méritait donc parfaitement sa place.

Mais il n’était pas son oncle, et le Roi répugnait à assassiner ainsi un être humain qui n’avait même pas demandé à naître, qui n’avait pas connaissance de son rôle ou de son ascendance. Une chose était claire cependant : si Valyron avait pu découvrir le pot-au-rose, quelqu’un d’autre pourrait y arriver, et ils étaient nombreux à ne pas partager la loyauté sans faille du Serpent. A dire vrai, n’importe quel suzerain, comme le disait le Maître des Chuchoteurs, pourrait tenter de mettre un enfant sur le Trône, et proclamer sa Régence pour une période presque aussi longue que celle d’un règne entier… Et s’il était un tant soi peu doué dans son travail, il pourrait à terme éliminer l’enfant Roi et se proclamer lui-même souverain, après tout la paysannerie s’était soulevée pour Robb il y a peu encore, et un autre que lui aurait probablement utilisé la chose pour poser une couronne sur sa tête. Restait une seule solution viable : l’envoyer en Essos avec une certaine somme d’argent et un gardien fiable, vers une destination connue d’eux trois seuls. Ainsi, personne ne pourrait le retrouver, et le garçon pourrait vivre confortablement sans jamais connaître ses origines, et sans personne pour l’utiliser d’une quelconque manière. Visiblement pensif, le Roi finit par donner son avis sur la question :

« Vous avez des soupçons concernant notre tante, mais vous ne pouvez rien prouver. Avant toute action contre elle, je crois qu’il vaut mieux entendre la version de la mère, pour connaître le rôle de chacune dans ce secret…

Quant au bébé, je refuse d’employer des méthodes dignes du Cruel, il n’a rien fait pour mériter la mort, à part avoir un père qui s’est révélé être un monstre. Le mieux serait sans doute de l’envoyer quelque part en Essos, et que nous seuls sachions où il est parti ? Nous pourrions envoyer un chevalier fidèle pour veiller à ce qu’il ne manque de rien, et grandisse sans jamais connaître ses racines. »


 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Ven 26 Oct 2018 - 23:25

Le prix du silence

ft.










S’il lui avait été ordonné de tuer l’enfant, Valyron l’aurait fait sans hésiter l’ombre d’une seconde.

On pouvait sans nul doute trouver cela moralement douteux, voire même condamnable. Pourtant, le Serpent de Mantarys était fait du bois de ceux qui savaient que le pouvoir et la politique incluaient de parfois se salir les mains. Quel serviteur du Dragon serait-il s’il avait été neutralisé par le premier ordre enfreignant les doucereuses valeurs prônées par les septons impies ? Non, Valyron avait toujours placé son devoir tout en haut, parfois à égalité avec son ambition, mais jamais en dessous. S’il devait s’élever, il le ferait pour, et avec, le Dragon tricéphale.

Jaehaerys et Rhaenys étaient des personnages déjà historiques. Ils étaient peu à les connaître comme Valyron, dans leur intimité familiale. Pour une majorité écrasante de sujets de Sa Majesté Jaehaerys, le Roi était plus un concept qu’autre chose. Ils ne l’avaient jamais vu, ne le verrait jamais, et mourraient sans avoir vu un seul courtisan. Une élite infime pouvait se targuer d’avoir eu une discussion avec le jeune souverain. Et ils étaient encore moins à pouvoir les côtoyer régulièrement, dans des moments plus privilégiés. Valyron Tyvaros connaissait bien les enfants d’Aenys ? Au fond d’eux, malgré tout le vernis de respectabilité et de distance qu’ils mettaient, ils restaient profondément idéalistes, en particulier Rhaenys. Jaehaerys, par sa fonction et sa formation plus écrasante, avait un peu plus les pieds sur terre. Mais tous les deux avaient un grand et bel esprit, ils voulaient faire le bien et étaient pleins de certitudes. S’entourer d’un personnage comme Valyron leur permettait de prendre des décisions qu’ils ne prendraient pas en temps normal. Et puis leur conseil restreint était aussi là pour cela, prendre des décisions, proposer des solutions que le Roi seul n’aurait pas approuvé, mais qu’il pouvait considérer sous les conseils avisés de ses plus proches soutiens. En ce genre de situation extrême, Valyron estimait de son devoir de prodiguer son meilleur conseil et sa plus fine analyse au souverain. D’où sa proposition d’agir vite envers Daenys.

« Vous avez des soupçons concernant notre tante, mais vous ne pouvez rien prouver. Avant toute action contre elle, je crois qu’il vaut mieux entendre la version de la mère, pour connaître le rôle de chacune dans ce secret…

Quant au bébé, je refuse d’employer des méthodes dignes du Cruel, il n’a rien fait pour mériter la mort, à part avoir un père qui s’est révélé être un monstre. Le mieux serait sans doute de l’envoyer quelque part en Essos, et que nous seuls sachions où il est parti ? Nous pourrions envoyer un chevalier fidèle pour veiller à ce qu’il ne manque de rien, et grandisse sans jamais connaître ses racines
. »

Valyron regretta intérieurement d’avoir amené les choses ainsi. Jaehaerys n’aurait pas dû voir cela comme une action contre elle. Il aurait été question d’une invitation pour rencontrer la famille, et l’on aurait ensuite fait traîner les choses en longueur. Surveillée, la dragonne de Peyredragon aurait eu du mal à pouvoir agir ; et le cas échéant, aurait pu être rapidement confrontée. Le refus de Jaehaerys ne souffrait pas vraiment de discussion, et Valyron n’insista pas trop.

Quand fut mentionnée la version de la mère, il tiqua. Elinor était-elle en état de faire face au Roi ? L’absence de sa présence maintenant la desservait grandement, et elle ne serait pas forcément au courant de la version qu’avait avancée Valyron pour essayer de protéger un tant soit peu la jeune femme du courroux prochain des Dragons. Toutefois, le Serpent était surpris du calme du souverain. Il était encore trop engoncé dans les postures de Maegor, et ses réactions, qui étaient devenues prévisibles. Face à une nouvelle pareille, le Cruel se serait montré digne de son surnom. Il aurait probablement fait voler la table, battu le malheureux maître-espion, et il aurait fait tuer l’enfant, Daenys et Elinor. La solution ne manquait pas d’inconvénients, mais elle n’en demeurait pas moins efficace. Le problème était réglé dans la semaine. C’était pour cela, aussi, que Valyron avait soutenu Maegor à ses débuts. Il fallait un pouvoir fort, décisif, qui tranchait vite et bien, sans s’embarrasser de scrupules. On ne pouvait avoir de scrupules lorsque l’on régnait, telle était la philosophie du Chuchoteur.

Le reste de la parole du Roi recevait le suffrage de Valyron. Tuer l’enfant aurait été plus simple, mais Jaehearys tenait à se distinguer de son oncle infâme, et il ne pouvait que soutenir pareil point de vue.

« Comme il siéra à Votre Majesté. Il est de mon devoir d’insister sur le caractère très inquiétant de voir Peyredragon mêlée à ce genre d’affaire. »

Comme le disait le maître-espion, son rôle signifiait qu’il devait se ranger à l’avis du souverain, mais toujours s’assurer que ce dernier avait parfaitement compris l’état d’esprit de son conseiller en intrigues, chargé de collecter des informations sur tout et tout le monde. Valyron se détendait un peu, récupérant peu à peu les couleurs perdues. Il croisa les mains dans le dos, restant bien droit, continuant de parler avec son ton déférent, où pointait toujours d’infimes traces de son accent mystérieusement chantant d’Essos.

« Pour ce qui est de l’enfant, j’ai peut-être une solution à vous proposer à moindres frais. Vous souvenez-vous du seigneur Rodrick Farring, votre ancien mentor ? Ser Rodrick Farring, désormais, vu qu’il a été forcé d’abdiquer en faveur de son héritier à la chute de Maegor. Lorsqu’il a été exilé pour avoir siégé au conseil du Cruel et l’avoir soutenu, il a cherché refuge auprès de moi. L’une de ses filles travaillait alors pour moi, un service que je lui avais rendu. Cette dernière, excellente gestionnaire et fidèle employée, m’a ainsi demandé si elle pouvait l’accueillir en mon hôtel de Lys, où je possède comptoir, une petite affaire insignifiante. »

Valyron chassa le détail d’un geste de la main. Ce n’était pas ce qui intéressait le Roi.

« Tenant en bonne estime Ser Rodrick, que j’estime être un chevalier et un homme d’honneur qui a choisi de rester fidèle à son serment par attachement aux traditions, mais sans doute aussi par excès de prudence, je pense que vous pourriez trouver en lui un serviteur idéal. L’enfant serait toujours dans votre sphère d’influence puisque directement sous un toit m’appartenant, entouré de gens à mes ordres. Il recevrait une éducation de prince marchand, et serait bien formé par Ser Rodrick dont vous n’avez, je crois, pas eu à vous plaindre. Si vous pensez que cela est trop dangereux, je peux sans nul doute trouver une place très discrète sur la petite île valyrienne d’Elyria, une cité-état sans prétention. Ou bien, si vous souhaitez vraiment l’isoler du monde, il reste bien entendu Mantarys que je connais, vous vous en doutez, plutôt bien. »








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Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Mer 31 Oct 2018 - 16:23




Le Prix du Silence

Daenys.

Elle était coupable, une fois de plus, d’une trahison immonde.

Je restais silencieuse alors que Valyron Tyvaros détaillait avec précisions la chronologie des faits et les personnes impliquées. Trop d’informations importantes avaient été divulguées en un même discours, et je prenais le temps de détailler chacun des protagonistes. L’histoire était dangereuse à de nombreux égards, et l’était encore plus à mesure que les esprits s’échauffaient et la royauté vacillait. L’enfant était certes un bâtard, le fils illégitime d’un roi qui n’aurait jamais dû l’être de surcroît, mais il n’en restait pas moins un enfant partageant notre sang. La question de la mère avait été la première posée, car elle était l’élément le plus dangereux. L’enfant était très jeune, bien inconscient de sa propre identité et nous étions, je l’espère, très peu nombreux à connaître son existence. La mère, cependant, savait tout des origines de l’enfant. Elle connaissait le danger ou l’opportunité qu’il représentait. Elle seule pouvait décider de mobiliser des seigneurs, rassembler les esprits autour d’un enfant qui serait en partie Targaryen et en partie Westerosi.

Or, l’information n’était guère légère. Elinor Piète était la mère. La jeune femme était l’épouse Je me rappelais de ma dernière entrevue avec Elinor, la petite figure frêle et apeurée qui m’avait confié les horreurs que le règne de Maegor lui avait réservé. L’enfant était donc le fruit d’une union forcée et violente, de la domination d’un homme fou sur une femme sans défense. Elle avait souffert de cette proximité avec le Cruel et elle avait dû porter en son sein la preuve même de cette violence… risquant l’opprobre et le rejet marital. J’avais eu de la compassion pour la jeune femme, et je continuais à la considérer comme la victime. Nous avions partagé le sentiment de peur d’une femme soumise à la folie d’un homme, et elle n’avait pas eu la protection dont j’avais bénéficié de par mon rang et le soutien de son propre époux.

« Pour moi, la Princesse Daenys a utilisé la confiance qu’avait en elle Dame Piète pour la manipuler et garder l’enfant à ses côtés. Je connais Elinor Piète depuis un an, c'est une dame d'une grande intelligence mais empreinte d'un idéalisme profondément niais, qui fait d'elle une véritable écervelée jouant à l'intrigante... Parfois avec succès, comme lorsqu'elle m'a aidé à vous faire parvenir cette missive à Winterfell, ma Reine. Parfois avec moins de succès, comme avec Maegor. C’est ma conviction intime qu’en dépit de sa trahison véritable, elle ne présente aucun danger pour la monarchie. Concernant la Princesse, je n’ai, en revanche, aucun moyen de savoir ce qu’elle comptait faire de ce bâtard royal, ni quand elle souhaitait l’utiliser. Mes informations sont très récentes mais bel et bien confirmées. »

Il était évident que Valyron Tyvaros tentait de minimiser la faute d’Elinor, de la présenter comme la victime qu’elle était en effet. Tyvaros la pensait inoffensive pour la couronne, et s’il avait ce besoin impérieux de le préciser c’était bien qu’il pouvait en être autrement. L’attention se déportait progressivement de la responsabilité toute contestable de la jeune femme vers celle, plus affirmée, de notre tante. Cela faisait ainsi des mois que Daenys Targaryen cachait en sa demeure recluse l’existence d’un enfant du Cruel, ne croyant pas même justifié d’en informer les siens. Si tous avaient voulu fermer les yeux sur son silence face aux agissements de Maegor, on ne pouvait plus nier que ce nouvel incident venait confirmer que celle que l’on appelait la Mère Dragon avait tourné le dos à ceux qui était de son sang au profit de sa gloire personnelle.

Daenys n’avait jamais accepté le choix qui suivit la fin de la guerre de me nommer Régente du Royaume. Elle aurait dû l’être. Voilà sa pensée première. Celle qui avait intrigué durant des semaines pour prendre la tête du royaume jusqu’à la majorité de Jaehaerys, celle qui avait instrumentalisé Tyvaros et menacé d’en faire de même avec ma grossesse trop rapidement interrompue, avait finalement perdu la bataille. Sans doute voyait-elle en cet enfant, jeune et façonnable, une chance de retrouver une position perdue. J’en avais soudain la nausée. Peut-être tout cela n’était que des conclusions hâtives et peut-être Daenys avait-elle gardé l’existence de cet enfant pour elle dans le but de protéger notre famille et de trouver une solution adaptée. Pourtant, tout comme lorsqu’elle avait été témoin des agissements de Maegor, elle n’avait rien dit. Elle avait dissimulé la grossesse de Lady Piète. Elle avait gardé l’enfant à l’abri de tous les regards, de nos regards, et ce durant des mois après l’accouchement. Comment, dans ce cadre, pouvions-nous imaginer d’autres desseins que ceux de se servir de cette information sinon à nos dépends du moins à son avantage ?

« Je diligenterai toutefois une enquête discrète sur Elinor Piète dès ma sortie de cette entrevue. Quant à la Princesse Daenys, je ne saurai que recommander à Vos Majestés de la placer en résidence surveillée, ici, dans des appartements au Donjon-Rouge, le temps de pouvoir tirer cela au clair. Cela me semble plus sûr, surtout que l’on m’a annoncé qu’il était possible que mes agents aient été repérés. Si elle est avertie, je ne peux prédire sa réaction. Avec votre permission, je peux prendre toutes les dispositions dès aujourd'hui. »

Il fallait tirer au clair les intentions de Daenys dans cette histoire. Et pourtant la simple idée qu’il me faudrait à nouveau lui faire face et respirer le même air que cette femme me rendait malade de rage. Elle avait été une mère pour moi qui n’en avait plus. Elle avait été un modèle, une femme à la bonté sans égale que j’avais admirée durant toute ma jeunesse. Elle était devenue ensuite cette femme que l’on glorifiait pour sa tempérance face à mon impulsivité lors de l’arrivée au pouvoir de Maegor. A mes yeux elle était devenue cette tante qui avait lâché ma main et m’avait livrée au monstre en détournant le regard d’agissements qu’elle n’ignorait pas… qu’elle ne pouvait pas ignorer. A la suite du siège, alors que nous nous étions rapprochées un temps, elle n’avait pas hésité à menacer ma position au profit de la sienne, toute convaincue de sa légitimité alors qu’elle n’aurait dit mot face au meurtre de Jaehaerys. Aujourd’hui, elle n’avait plus rien de la mère d’autrefois. Confrontée à une possible trahison de sa part il ne restait en mon âme que le plus profond dégoût face à cette capacité de placer ses intérêts personnels au-dessus de ceux de son sang.

« Quant à ce qu’il faut faire de l’enfant, Majestés, il me semble que cette décision vous revient, bien naturellement. Je me tiens prêt à exécuter le moindre de vos ordres, comme toujours. »

Je tournais la tête vers Jaehaerys qui resta silencieux et pensif durant un long instant après la dernière phrase de Valyron. La décision était rude et il ne pouvait y avoir de demi-mesure. Nous pouvions nous prémunir de tout danger à venir et tuer l’enfant, ou nous pouvions faire le choix de la morale et épargner la vie de cet être innocent. Cependant, quelle que serait la décision à venir, nous ne pouvions le faire à la légère car tout devrait être pensé pour garder son existence secrète.

« Vous avez des soupçons concernant notre tante, mais vous ne pouvez rien prouver. Avant toute action contre elle, je crois qu’il vaut mieux entendre la version de la mère, pour connaître le rôle de chacune dans ce secret…
Quant au bébé, je refuse d’employer des méthodes dignes du Cruel, il n’a rien fait pour mériter la mort, à part avoir un père qui s’est révélé être un monstre. Le mieux serait sans doute de l’envoyer quelque part en Essos, et que nous seuls sachions où il est parti ? Nous pourrions envoyer un chevalier fidèle pour veiller à ce qu’il ne manque de rien, et grandisse sans jamais connaître ses racines. »


Sans doute Maegor n’aurait-il pas eu une minute d’hésitation et aurait-il signé l’arrêt de mort de l’enfant. Qu’il soit innocent ne comptait gère aux yeux de cet homme pour qui le meurtre n’avait jamais été autre chose qu’une distraction. Jaehaerys était différent, il l’avait toujours été. Il n’était évident pas encore tout à fait habitué à ce rôle de Roi qui serait bientôt entièrement le sien, mais il démontrait déjà des qualités qui me rappelait à la fois notre père et notre grand-père. Il était réfléchi, sage et bienveillant comme l’avait été notre père, mais il n’avait pas hérité de ses travers et s’était révélé être, au contraire, un écuyer talentueux intéressé par le combat et les joutes. Il avait tout d’un chevalier accompli, et son esprit ferait de lui un grand roi. Que personne n’en puisse douter, en tout cas j’avais une foi inébranlable en lui et son jugement.

« Comme il siéra à Votre Majesté. Il est de mon devoir d’insister sur le caractère très inquiétant de voir Peyredragon mêlée à ce genre d’affaire. »

[« N'ayez crainte, Lord Tyvaros, nous comprenons qu’il s’agit là d’une information cruciale. Peut-être pourriez-vous faire appeler Lady Piète afin qu’elle puisse confirmer ou infirmer vos doutes. Par la suite nous pourrons faire mander notre tante. »

« Pour ce qui est de l’enfant, j’ai peut-être une solution à vous proposer à moindres frais. Vous souvenez-vous du seigneur Rodrick Farring, votre ancien mentor ? Ser Rodrick Farring, désormais, vu qu’il a été forcé d’abdiquer en faveur de son héritier à la chute de Maegor. Lorsqu’il a été exilé pour avoir siégé au conseil du Cruel et l’avoir soutenu, il a cherché refuge auprès de moi. L’une de ses filles travaillait alors pour moi, un service que je lui avais rendu. Cette dernière, excellente gestionnaire et fidèle employée, m’a ainsi demandé si elle pouvait l’accueillir en mon hôtel de Lys, où je possède comptoir, une petite affaire insignifiante. »

Je ne relevais pas l’évocation des affaires de l’homme de Mantarys, il aimait à se vanter de sa fortune, c’était une chose périlleuse en ces lieux. Je m’arrêtais cependant plus longuement sur le nom évoqué. Rodrick Farring. Jaehaerys avait été son écuyer, et sans doute avait-il participé à sa protection. C’était une chose que je ne pouvais lui retirer. Pour autant Lord Farring n’avait jamais désavoué le Cruel. Resté fidèle à l’Usurpateur il n’avait rien fait pour me protéger, pour me permettre de voir Jaehaerys lorsque le Cruel l’avait tenu éloigné de moi, et il n’avait rien fait pour remettre Jaehaerys sur le trône qui était légitimement le sien. Sa vision de l’honneur l’avait conduit à être fidèle à Maegor. Et ainsi Valyron souhaitait confier le bâtard du Cruel à l’un de ceux qui l’avaient suivi aveuglément ?

« Tenant en bonne estime Ser Rodrick, que j’estime être un chevalier et un homme d’honneur qui a choisi de rester fidèle à son serment par attachement aux traditions, mais sans doute aussi par excès de prudence, je pense que vous pourriez trouver en lui un serviteur idéal. L’enfant serait toujours dans votre sphère d’influence puisque directement sous un toit m’appartenant, entouré de gens à mes ordres. Il recevrait une éducation de prince marchand, et serait bien formé par Ser Rodrick dont vous n’avez, je crois, pas eu à vous plaindre. Si vous pensez que cela est trop dangereux, je peux sans nul doute trouver une place très discrète sur la petite île valyrienne d’Elyria, une cité-état sans prétention. Ou bien, si vous souhaitez vraiment l’isoler du monde, il reste bien entendu Mantarys que je connais, vous vous en doutez, plutôt bien. »

« Ser Rodrick s’est illustré par sa fidélité sans faille au Cruel, Lord Tyvaros. Dois-je vous rappeler que ni le fait d’avoir été l’un des rares témoins de ma naissance, ni celui d’avoir eu l’insigne honneur d’accueillir Jaehaerys comme écuyer, n’a pu ébranler sa loyauté envers Maegor. Et vous suggerez de lui confier à présent un enfant qui pourrait être l’héritier de l’Usurpateur ? »

Je me doutais que Jaehaerys serait peut-être en désaccord avec moi sur ce point. Il n’avait guère eu l’occasion de se plaindre de Farring, du moins je l’espérais, et l’homme avait bénéficié de sa clémence… une chance qu’il n’aurait pas eu s’il ne s’était agi que de moi.

« Sachez que si la perspective de confier l’enfant à une maison vous appartenant en Essos est une possibilité que j’accepterais d’étudier, celle de le confier à un homme prêt à mourir pour Maegor ne gagnera pas aisément mes faveurs. Qu’en penses-tu ? »

Je tournais la tête rapidement vers Jaehaerys. Je ne voulais pas avoir l’air d’imposer mon point de vue, mais je ne croyais pas en la prétendue fidélité de Farring à mon frère. Si son affection pour notre famille et son rôle de protecteur envers Jaehaerys ne l’avait pas poussé à faire en sorte de le sauver des griffes de Maegor… qu’est-ce qui le pousserait aujourd’hui à ne pas se servir de cet enfant comme d’une opportunité unique de regagner Westeros et sa gloire passée. Je tendais le bras légèrement pour attraper un grain de raisin avant de le porter à mes lèvres. Je me laissais envahir par le goût frais et sucré de la chair du fruit, réfléchissant à cet avis si tranché que j’avais développé au sujet de Farring. Il avait été l’un des premiers à m’abandonner, avec Tyvaros bien évidemment. Si Tyvaros se tenait debout face à moi c’était justement grâce à Daenys. Si j’avais pu supporter la présence de Tyvaros, et s’il avait eu une seconde chance ne pouvait-il en être de même pour Farring ?



© Belzébuth

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I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Ven 2 Nov 2018 - 12:50




  Le Prix du Silence
 

 

Jaehaerys écoutait les arguments de son Maître-Espion autant que ceux de Rhaenys au sujet de Farring. L’un comme l’autre avaient leurs raisons d’approuver ou non que son ancien mentor soit envisagé pour garder le bâtard de Maegor, après tout Ser Farring avait toujours été un sujet loyal, même auprès de Maegor, et ce jusqu’au bout. Fallait-il prendre cette loyauté à un tyran comme un signe qu’il mettait celle-ci au dessus même de ses propres pensées, ou comme un risque qu’il ne soit pris de nostalgie pour une autre époque, qu’il pourrait alors tenter de faire revivre ? Lui-même penchait pour la première option, l’homme n’avait rien d’un révolutionnaire, du moins le pensait-il après l’avoir cotoyé et appris de lui pendant des années, raison pour laquelle il avait été épargné quand la révolte des Baratheon avait abouti. A moins qu’une solution plus logique ne se présente, il pourrait être une bonne option, sans compter que Valyron pourrait le garder à l’oeil s’il devait tenter quoique ce soit… Mais c’était un autre de ses mentors qui inquiétait plus le Roi actuellement. Faisant signe à un serviteur d’approcher, il lui donna ses instructions :

« Demandez à un Garde Blanc d’aller chercher Elinor Piète, et de l’amener ici, discrètement. Nul besoin d’énoncer la raison de cette convocation, et qu’il fasse en sorte qu’elle ne soit pas accompagnée. »

Une fois celui-ci sorti de la pièce, il se tourna vers sa soeur-épouse, pour partager ses pensées concernant le sujet qui les occupait :

« Je sais que tu n’as pas de raisons de lui faire confiance, Rhae, mais Ser Rodrick est un homme droit, sans compter qu’il n’est actuellement pas en plein coeur des… Troubles qui animent le palais depuis quelque temps. Je crois que nous pouvons compter sur sa loyauté à ce sujet, d’autant plus si nous lui offrons le droit de rentrer chez lui une fois que le garçon ne sera plus un problème. Pour autant, il y a un autre sujet qui mérite notre plus grande prudence. Parce qu’après tout, Lady Piète est au service du Protecteur du Royaume. »

Il prit une gorgée de vin, avant de poursuivre son idée. Robb était devenu presque comme un frère pour le jeune homme durant l’année qu’il avait passé à Port-Réal en tant que Main du Roi, et il avait maintenu une certaine prospérité dans le Royaume en tant que Régent, cependant le fait que son nom soit désormais associé au titre de Roi par nombre des gens du peuple, et que même dans le Donjon Rouge certains étaient ouvertement des partisans du Baratheon rendaient le seigneur de l’Orage dangereux. Il était fidèle à la Couronne, du moins en apparence, et il se pouvait tout autant qu’il agisse discrètement pour renforcer son pouvoir. Jaehaerys ne voulait pas y croire, mais la possibilité était réelle, et se devait donc d’être envisagée.

« Il est possible qu’elle lui ait parlé de l’existence de cet enfant, et qu’il ait décidé de ne rien en dire, comme elle aura pu également garder le secret le plus total sur la question. Quoiqu’il en soit… Il faut prendre en compte que notre cousin sait peut-être quelque chose à ce sujet, et qu’il ait déjà agi dans un sens ou dans l’autre sans que nous en soyons informés. C’est quelque chose qu’il faudra garder en considération dans ce que nous faisons, et ce que nous ferons de la mère une fois qu’elle nous aura donné sa version des faits. »

Il ne fallut pas longtemps avant que la jeune femme ne soit introduite dans la pièce, escortée par un Garde Blanc. Visiblement, les instructions avaient été suivies, et même si l’escorte Baratheon habituelle d’Elinor avait du être congédiée, il était certain que leur seigneur apprendrait très vite la chose. Quant à savoir ce qu’il ferait en apprenant que son agent avait été convoqué par le Roi… C’était difficile à dire, il fallait donc agir vite. Sans animosité aucune, mais sans pour autant se montrer amicale, Jaehaerys s’adressa donc à la Bieffoise sans plus tarder :

« Lady Piète, Lord Tyvaros nous a appris que vous étiez la mère d’un bâtard de notre oncle, et que vous aviez caché cette information de nous, en même temps que l’enfant en question. J’aimerais comprendre, avant de décider ce qu’il convient de faire, vos raisons pour agir ainsi malgré la clémence dont vous avez bénéficié après la prise du palais, à la fin de la guerre. Avons-nous fait quelque chose pour mériter une telle déloyauté ? »

 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Sam 3 Nov 2018 - 0:17




Le Prix du Silence

« Dame Elinor ? Un garde Royal souhaite entrer… » La gêne résonnait dans la voix de l’homme de main des Baratheon qui ne savait plus à qui obéir. Ouvrant ses paupières closes, elle poussa un long soupir résigné, relevant une ultime fois son regard noisette sur la statue du Père d’en Haut. Ne ferez-vous donc rien… Prenant une profonde inspiration, elle se releva. « C’est inutile, j’arrive. Veuillez retourner auprès du Protecteur. Dites-lui… Que je viendrais lui rendre compte de certaines choses prochainement. » Si elle survivait aux prochaines heures, certainement que oui… Déjà, elle aurait bon nombre de choses à raconter au seigneur Cerf au sujet de Valyron Tyvaros. Ses yeux lancèrent des flammes à la pensée de ce nom, de ce traitre qui venait de la condamner à un sort bien pire qu’une simple mort. D’un revers de main, elle essuya ses joues rougies, espérant que les larmes ne venaient nullement gâcher sa beauté. Puis, elle s’avança vers le garde. « Sa Majesté le Roi exige votre présence. » Elle hocha simplement la tête, le suivant en silence. Ils n’empruntèrent pas les axes principaux du Donjon Rouge, préférant la discrétion. Alors c’est cela. Alors c’était vrai. La gorge serrée, elle sentait ses entrailles se retourner tandis que les larmes montaient à nouveau à ses yeux. Elle allait tout perdre. Wilhem, Ondrew, sa vie. Que lui resterait-il à la fin de cette journée… ?

Finalement, ils attinrent les appartements royaux et le garde ouvrit la porte, provoquant un silence dans une pièce où les mots semblaient s’être entrechoqués plusieurs minutes auparavant. Il s’écarta, la laissant entrer, visualisant enfin ce qui serait la dernière scène de sa vie. Le Serpent était là et elle dû œuvrer pour ne pas lui sauter à la gorge, l’emportant avec elle dans sa chute, dans sa mort. Elle ne lui accorda qu’un regard empreint de cette colère, de ce dégoût qu’il provoquait en elle. Jamais plus elle ne lui accorderait ses yeux. Jamais plus elle ne supporterait d’être en sa présence. Déglutissant avec difficulté, elle fit quelques pas vers le couple royal, le tissu poudré de sa robe ondoyant avec chacun de ses mouvements. Puis, arrivant à une distance respectueuse du couple, elle s’inclina dans une révérence qu’elle conserva. « Vos Majestés… » Sa voix n’était plus celle qu’elle avait par le passé. Brisée, plus proche des murmures que d’une véritable salutation, l’Araignée courbait l’échine, lâchant le dernier fil d’une toile balayée par un serpent, s’offrant au vide.

Le Roi parla, la faisant tressaillir. Elle tremblait, ses mains tenant le tissu trahissant ces légers mouvements qui parlaient mieux que ses mots, la livrant telle un livre ouvert au bon vouloir des mâchoires du dragon. Il n’y alla guère par quatre chemins, énonçant les faits, les dires d’un traitre qui lui avait brisé le cœur. Bâtard. Le mot était plus rude maintenant qu’il était prononcé à voix haute, jeté au monde entier, sa honte la recouvrant pleinement, venant empourprer ses joues. Comment pouvaient-ils ne pas la juger ? Comment pouvait-on penser qu’elle n’avait pas mis toute sa force dans sa révolte ? Comprendre. Comment leur faire comprendre sans tout leur offrir, sans se mettre à nue ? La respiration de l’Araignée se faisait plus courte à chaque instant jusqu’à ce couperet terrible. Déloyauté. Comment osait-il ? Comment pouvait-il lui dire cela, à elle, à celle qui avait œuvré de son corps et son âme pour le protéger, pour le sauver… Pour sauver le Royaume tout entier.

Assommée, Elinor se redressa pourtant avec le peu de dignité qu’il lui restait. Les pensées venaient se bousculer dans son esprit, incohérente, essayant de se faire plus fortes les unes que les autres. La détresse était visible sur les traits de l’Araignée maintenant que son masque était tombé. Pourtant, son regard se releva un court instant, croisant celui de la Reine, la renvoyant aux geôles, à cette conversation qu’elles avaient eue… A ces secrets qu’elle avait fini par lui offrir sans tous les aligner. Baissant le regard sur le sol, elle poussa un dernier soupir avant de se lancer. « Je ne pourrais jamais remercier sa Majesté pour la clémence dont elle a fait preuve à mon égard après les évènements passés… Mais je crains que pour mieux comprendre cette histoire, je me dois de vous la livrer dans son entièreté. » Et alors, elle ferma les yeux, imperméable au jugement des trois autres personnes présentes. « Je n’apprendrai rien à vos Majestés en disant que votre Oncle était un monstre. Chacun d’entre nous a pu mesurer cet état de fait de bien des manières. » Rouvrant les yeux, elle les regarda, lui, le jeune Roi brimé et enfermé pour la grande partie du temps dans des appartements, elle, la Reine Rebelle qui fut envoyée au Nord pour mieux échapper au tyran. Elle eut même une rapide pensée pour le dos de Valyron, meurtri, gravé à jamais de la folie du Cruel comme elle l’était d’une autre manière. « Mais il s’est servi de moi pour mieux rassasier son insatiable faim de chair… Votre oncle a menacé mon époux de mort, espérant tirer de moi de quoi sauver Ondrew, l’obtenant sans résistance. J’aimerais vous dire que la première fois fut la pire, mais Maegor avait ce don pour vous rappeler l’horreur de laquelle il était maître. »

Peut être ces détails étaient-ils inutiles, mais ils faisaient l’histoire de la jeune femme, ils faisaient partie des raisons pour laquelle elle en était arrivée à cette finalité et pour elle, ils étaient indispensables. « Il n’y avait nul respect dans sa façon de me traiter, ses mains encerclant mon cou, ses rires encouragés par mes cris… Nul résistance n’était possible car elles ne faisaient l’objet que d’un châtiment plus long encore et mon corps… » Elle eut un haut le cœur, les souvenirs venant se bousculer dans sa chair encore trop fragile, trop marquée pour qu’elle ne puisse y réagir. Une main vint se plaquer sur ses lèvres qui semblaient ne plus vouloir s’ouvrir sous de telles confidences tandis que les larmes glissèrent d’elles-mêmes sur ses joues. Un frisson la secoua des pieds à la tête mais elle poursuivit, sa voix brisée se faisant plus forte, comme pour montrer sa force dans toutes ces épreuves. « Mon corps n’était plus que chair meurtrie par le bon vouloir de sa royale personne… » Elle reprit son souffle pourtant, comme si elle venait de courir à travers tout le château. Elle ne pouvait le regarder. Elle ne pouvait les regarder. En cet instant, elle était cette fragile enfant qui cédait enfin à tous les tourments qu’elle avait du vivre. Ultime confession d’une âme perdue.

« Mon époux n’a jamais rien su de tout cela, quand bien même le Cruel se permettait des gestes publiquement… Il ne doit rien savoir… » Comme une dernière volonté, elle releva un regard suppliant vers le Roi. S’il devait être son dernier, qu’Ondrew ignore tout des raisons de sa mort. « Quand j’ai découvert que… Que je pouvais être enceinte… j’ai d’abord préféré le nier. Une seule personne fut alors au courant de mon état pour avoir été celui qui l’eut pointé du doigt. » Elle ne lui accorda pas un regard, mais tout dans son comportement bouillonnait de rage. Elle aurait aimé le pointer du doigt, ce traite, ce délateur. « Valyron de Mantarys m’a alors assuré qu’il m’aiderait avec cette situation quand mon seul espoir était de penser qu’il pouvait encore s’agir de l’enfant de mon époux… Et la guerre est arrivée. » Un nouveau soupir s’échappa de ses lèvres et enfin, elle osa faire face. Qu’importait ses joues striées de larmes, ses yeux humides et sa mine défaite, elle releva son doux visage vers le Roi. « De ce jour-là, votre Majesté, je ne garderais que ma volonté certaine de vous protéger, de vous sauver. C’est pour cela que j’avais œuvré jusqu’alors, que j’ai laissé votre oncle m’infliger les pires vices que son esprit torturé lui dictait, que je me suis associée avec le Serpent pour mieux vous voir monter sur le trône… Pour mieux voir le Cruel perdre la vie. »

Il fallait en venir au fait. Il fallait lui apporter les réponses à ses questions. « Votre clémence a été grande, votre Altesse, quand il s’est agi de m’innocenter, de me protéger. Mais que serait-il arrivé si, dans toute cette cohue, la mention de ce bâtard à naître avait été faite ? N’aurait-il pas été plus facile pour vous de me voir mourir… De nous voir mourir ? Vous n’êtes pas votre oncle et je sais votre bonté à l’égard de ceux qui ont souffert de cette guerre… Mais j’étais terrifiée… Honteuse… Plus d’une fois j’ai pensé mettre un terme au problème par moi-même en me procurant du thé de lune mais comment pouvais-je mettre à mort ce que je pensais être l’enfant de mon époux ? Lui était en exil, mes alliés… » Le mot était dur à prononcer et lui seul fut capable de la pousser à détourner son regard du dragon pour accorder une ultime fois ses pupilles au Serpent. Alliés. Mais elle se redétourna à nouveau pour mieux reprendre. « Mes alliés étaient en disgrâce… J’ai fait face à une terrible solitude ou le simple fait de croiser mon reflet, de voir ce ventre diaboliquement s’arrondir me donnait envie de me l’arracher. » Sa main s’était replacée là où l’enfant avait grandi, là où Maegor l’avait si sauvagement souillé sans se préoccuper de l’effondrement de son esprit. Il fallait en venir au pire. Fermant à nouveau les yeux, elle lâcha cette phrase qu’elle savait lourde de conséquences. « Je me suis alors tournée vers la seule personne qui pourrait m’aider, me soutenir, sans me couvrir de déshonneur. »

Son regard noisette vint se poser sur la Reine. « Votre tante, la princesse Daenys, a toujours su m’apprécier et bien qu’elle ignorait tout des traitement que son demi-frère m’infligeait, quand je les lui ai révélés, elle n’a fait que se montrer à votre image, bienveillante, douce. Plusieurs fois, même, elle m’a encouragé à vous en parler mais… » Pinçant les lèvres, elle n’y tint plus. Rompant la distance entre elle et le Roi, elle vint s’agenouiller devant lui, le chef bien bas. Peut être les choses furent-elles interprétées autrement le temps d’un court instant mais le geste d’Elinor se voulait humble, dans l’attente d’une rédemption. « Votre majesté, ce n’est pas par manque de loyauté que je me suis tue. Uniquement par lâcheté. J’avais si honte que je ne savais que dire, à qui le dire ou comment le dire. J’avais peur. Peur de vous décevoir, tous deux, quand ma plus grande fierté fut celle de défendre votre nom pour le trône. » Les sanglots secouaient son corps tandis qu’elle essayait de les ravaler avec une fierté toujours aussi mal placée qu’elle tenait de cette région dont elle était native. « Votre tante n’a fait que nous protéger, mon fils et moi, de ce monde cruel qui aspire à voir le sang couler, qu’importe s’il s’agit de celui d’un enfant et elle ne l’a fait que parce que je le lui ai demandée, suppliée même. Notre but n’a jamais été de vous porter préjudice mais de tous nous préserver, ici présents, de ce scandale. » Elle arrivait en bout de course, au bout de son argumentation.

Reprenant son souffle, l’Araignée releva son regard vers le jeune Roi. Enfant trop rapidement orphelin, abusé par son oncle… Pourrait-il comprendre ? « Votre clémence fut si grande jadis que je ne vous ferais pas l’insulte de vous la demander une nouvelle fois, pas pour moi. Si ce jour doit être mon dernier, alors que je paye le prix que sa Majesté conviendra… Mais Wilhem… Votre Majesté, ce n’est qu’un nouveau-né. Je peux vous jurer que jamais il ne saura qui fut son père. Maegor m’a dit un jour qu’il n’avait reçu aucun amour de son père, très peu de sa mère… J’ai voulu haïr cet enfant, de toutes mes forces pour ce qu’il représentait… D’une main tremblote au-dessus de son berceau, j’ai voulu lui ôter ce droit de vivre… Mais au fond de moi, je me suis convaincue que si cet enfant recevait un peu d’amour, alors il serait tout sauf ce que fut son père jadis… Pitié, vos Altesses… Epargnez-le. » Et alors que sa voix se brisait dans cette ultime supplique, ses mains vinrent couvrir son visage, cherchant à nouveau à se détourner de la honte, lâche, geste simple d’une pudeur tant désirée.

© Belzébuth

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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Sam 3 Nov 2018 - 21:46




Le Prix du Silence

Lady Piète entrait rapidement dans la pièce, et elle progressait vers nous sans jeter un regard à Valyron Tyvaros qui se trouvait pourtant sur son chemin. Il y avait visiblement du ressentiment entre les deux personnes qui nous faisaient face, et cela me laissait penser qu’Elinor aurait préféré garder l’existence de son fils secrète. Valyron avait visiblement fait le choix de trahir son amie au profit de sa loyauté envers Jaehaerys. Puis la voix de mon frère-époux s’élevait, distante mais respectueuse, rappelant à Elinor la clémence dont elle avait profité à la sortie de la guerre, mais également questionnant sa décision de nous cacher l’existence de cet enfant alors que mille occasions de le révéler lui avaient été offertes. Ne l’avais-je pas rencontrée dans les geôles ? Ne m’avait-elle pas alors confié les mauvais traitements qu’elle avait subi de la part de Maegor ? Peut-être ne savait-elle pas encore qu’en son sein grandissait un être innocent… un être issu de l’union forcée et violente d’un homme fou et d’une femme prisonnière.

La phrase de mon frère-époux l’avait visiblement déstabilisée, et il fallut quelques instants pour que la jeune femme reprenne ses esprits et expose l’histoire qui était la sienne. Elle racontait ce qu’elle avait déjà partagé avec moi quelques mois auparavant, les sévices subis sous la main d’un homme qui voulait la dominer entièrement… corps et âme. Les menaces pesant sur la vie de son époux, la poussant à céder toujours plus de parties d’elle-même, jusqu’à presque perdre son âme. La jeune femme racontait les châtiments qui l’accablaient lorsqu’elle avait le malheur de relever la tête face à l’oppresseur. Elle savait que ces mots me parlaient. Chacun des courtisans de l’époque Maegor en connaissait l’histoire, ils avaient été nombreux à entendre mes cris et ses menaces, à remarquer le bleu qui ornait mon bras le lendemain d’une nouvelle bravade publique. Et puis ils avaient été nombreux à entendre les rumeurs qui voulaient que le roi avait pour ambition d’épouser sa nièce, contre son grès, et d’en tirer un enfant légitime… probablement avant de la tuer. Je connaissais la peur de se retrouver face à un Maegor enragé, décidé à tous les supplices pour faire plier celui ou celle qu’il souhaitait soumettre.

Ensuite, Elinor nous exposa ses doutes quant au père de l’enfant. Un enfant d’Ondrew Piète, légitime et tant voulu, ou un enfant de Maegor Targaryen, fuit de l’abus et du viol. Il ne pouvait y avoir de plus grand écart. Valyron Tyvaros, comme il nous l’avait exposé précédemment, avait eu vent de la grossesse dès le départ, et malgré ses doutes il avait attendu jusqu’à ce jour pour nous en informer. Et si Elinor Piète n’en avait pas fait autant, ni par le passé, ni aujourd’hui, c’était par… peur ? Qu’aurions-nous fait si nous avions appris plutôt l’existence de cet enfant ? Elle invoquait la honte mais surtout la peur de nous voir l’exécuter pour le crime de porter l’enfant d’un tyran. Je prenais le temps de réfléchir à la situation, et me demandais alors quelle aurait été ma réaction à cet instant ? Aurais-je pu condamner à la mort une femme pour le fait d’avoir été violée par un homme et pour le fait qu’elle portait son enfant ? Sans doute l’aurait-il fallu pour rendre mon quotidien plus aisé, mais je n’étais guère de ces dirigeants qui s’éloignent de la morale et de la justice pour trancher dans le vif et régler les troubles à la racine. Peut-être aurait-il été, aujourd’hui, plus aisé de décider de mettre l’enfant à mort, peut-être même de faire exécuter Lady Elinor de manière discrète… Peut-être… Cependant je n’étais pas de ces gens-là. Je ne le serai jamais.

Finalement Elinor en arrivait à évoquer et détailler le rôle de Daenys dans cette histoire, et bien qu’elle tentait de la défendre, d’expliquer qu’elle avait tenté de pousser Elinor à nous parler, d’expliquer qu’elle n’avait fait que l’aider… Elle ne faisait que démontrer l’engagement de Daenys dans ce secret terrible et son choix de garder cette histoire tomber dans le secret le plus total.

« Votre clémence fut si grande jadis que je ne vous ferais pas l’insulte de vous la demander une nouvelle fois, pas pour moi. Si ce jour doit être mon dernier, alors que je paye le prix que sa Majesté conviendra… Mais Wilhem… Votre Majesté, ce n’est qu’un nouveau-né. Je peux vous jurer que jamais il ne saura qui fut son père. Maegor m’a dit un jour qu’il n’avait reçu aucun amour de son père, très peu de sa mère… J’ai voulu haïr cet enfant, de toutes mes forces pour ce qu’il représentait… D’une main tremblote au-dessus de son berceau, j’ai voulu lui ôter ce droit de vivre… Mais au fond de moi, je me suis convaincue que si cet enfant recevait un peu d’amour, alors il serait tout sauf ce que fut son père jadis… Pitié, vos Altesses… Epargnez-le. »

Lady Piète s’était jetée aux pieds de Jaehaerys, abandonnant tout espoir de garder une contenance face à nous et visiblement désespérée. Elle suppliait d’épargner son fils, et cette vision me donnait des frissons. Etions-nous de ces souverains que l’on supplie pour la vie d’un nouveau-né ? Etions-nous de ces êtres pour qui la vie n’est qu’un paramètre supplémentaire dans le grand cosmos de nos projets politiques ? Alors que le silence retombait depuis à peine une fraction de seconde je me levais, n’ayant guère besoin de faire un pas pour m’approcher de Lady Piète.

« Lady Piète, relevez-vous. »

Ma voix était douce et je lui tendais la main afin de l’inviter à quitter le sol. Une fois relevée, je lui adressais un sourire doux et rassurant, car elle était une femme acculée et que je ne pouvais que ressentir de la compassion face à la peur d’une mère de perdre de son enfant.

« Nous ne sommes pas notre oncle, vous l’avez souligné. Nous ne sommes pas de ceux qui assassinent un nouveau-né innocent et sans défenses. »

Nous l’avions décidé, l’enfant ne devrait pas mourir. Les détails de la prise en charge de la situation viendraient par la suite, mais il semblait impossible de le laisser rester à Westeros. Bien que l’idée de le confier aux soins de Rodrik Farring ne me plaisait pas, je décidais de ne pas insister et de me fier au jugement de Jaehaerys. Maegor avait fait de moi un être méfiant et la trahison était une chose que je ne pardonnais guère aisément. Cependant, j’avais accepté sous mon toit et en notre gouvernement la présence de celui qui m’avait empêché de revoir Aegon… de lui porter assistance et de nous faire échapper à la main mise de Maegor. Peut-être pouvais-je accepter de charger Farring de la surveillance et l’éducation de l’enfant. Il avait une chance encore… une chance de n’être pas comme son père. Wilhem, cet enfant conçu dans la violence, avait une chance d’être sauvé et de devenir un homme bon… Elevé et maintenu dans l’ignorance de ses origines… jusqu’au jour où cela ne serait peut-être plus possible et dès lors… il nous faudrait penser à un plan.

« Vous auriez du avoir foi en la bienveillance de votre roi, Lady Elinor, tout comme vous auriez pu avoir foi en la mienne lors de notre dernière entrevue. Quant à notre tante… il était de son devoir de nous informer de l’existence de cet enfant. Si ce n’est en tant que sujet de Sa Majesté, du moins en tant que sa tante. »

Daenys avait tenu sa langue lorsque tout lui ordonnait de parler. Cela semblait être récurent chez cette femme qui avait visiblement perdu tout bon sens. Elle était restée silencieuse face aux exactions de Maegor lorsqu’elle avait l’amour du peuple et aurait sans doute pu nous appuyer, Jaehaerys et moi-même dans ce combat que nous menions. Elle n’avait rien fait. Elle continuait de ne rien faire et par ce silence et cette inaction elle faisait du tort à son sang. Elle se montrait indigne de son ascendance.

« Lady Piète. La situation est grave et très sérieuse, vous vous en doutez. Les troubles sont nombreux et les menaces semblent redoubler de jour en jour. L’existence d’un enfant de Maegor n’est pas pour nous une bonne nouvelle… »

Je marquais une pause, pour emphaser la gravité de la situation et le danger qui planait autour de cette révélation.

« … Cependant, vous n’avez pas à craindre notre regard ou vous sentir honteuse. Vous n’avez pas non plus à haïr cet enfant. Une femme ne devrait jamais avoir à se sentir honteuse d’avoir été la victime d’abus de la part d’un homme, qu’il soit fou ou saint d’esprit, et un enfant ne devrait pas être tenu coupable des crimes de son géniteur. »


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Mer 14 Nov 2018 - 12:11




  Le Prix du Silence
 

 

S’il avait fallu encore une preuve de la malfaisance de Maegor, il aurait probablement suffi de raconter l’histoire d’Elinor Piète pour convaincre certains de ceux qui avaient été les plus réticents à le reconnaître que la mort du Cruel était une bonne chose. Il fallait un esprit tordu pour tourmenter ainsi un autre être humain, lui arrachant tout ce à quoi elle tenait. Car c’était là toute la perversité du marché que le Cruel avait passé avec la bieffoise : en la forçant à se donner à lui comme il l’avait fait, il avait brisé de manière irréversible certains des engagements les plus sacrés d’une union, l’avait forcée à l’adultère et au mensonge pour sauver son époux. Mais, silencieux, Jaehaerys voyait au-delà de cela : même en acceptant le marché du Cruel pour sauver celui qu’elle aimait, elle l’avait condamné, ou elle s’était condamnée, car on ne pouvait prédire ce qui arriverait quand son époux apprendrait la vérité. Le Roi n’avait pas pour projet de tout révéler, mais il avait appris durant ces derniers mois que toute vérité finissait un jour par être connue, et encore une fois cela s’était révélé avéré : après tout, aucun d’eux ne connaissait encore cette histoire sordide quelques minutes auparavant, pas plus qu’ils n’avaient connaissance d’un cousin bâtard.

Les faits étaient là, le reste, comme Robb avait aimé à lui rappeler à chaque fois qu’ils avaient discuté d’une problématique pour le Royaume, n’était que politique. Peu importait, au final, que Daenys ait caché l’existence du bébé par bonté envers la jeune femme, pour s’assurer de sa loyauté ou pour lancer un coup d’état, elle l’avait caché, et devrait s’expliquer pour cela. C’était autre chose, une autre décision à prendre par rapport à une autre personne, il s’agissait actuellement de choisir quoi faire d’un enfant innocent certes, mais dont le sang pouvait un jour menacer le Royaume entier, et de sa mère. Contrairement à ce que celle-ci pouvait imaginer, il n’était question de tuer ni l’un ni l’autre, autant parce qu’ils ne le méritaient pas que parce que ç’aurait été une erreur politique majeure.

Tuer Elinor Piète en tenant la raison de son éxécution secrète, alors qu’elle était au service du Régent du Royaume, et chargée de découvrir la vérité derrière l’empoisonnement de l’épouse de celui-ci n'assurerait qu’une chose : rendre le suzerain de l’Orage suspicieux envers ses souverains, et l’antagoniser un peu plus à l’encontre des Targaryen. Jaehaerys avait d’abord été surpris lorsque le Cerf était venu lui annoncer son départ prochain -il s’était même senti trahi lui-même, après tout Robb était devenu un mentor autant qu’un frère ces derniers mois-, avant d’apprendre les raisons qui l’avaient poussé à prendre cette décision. Le souverain se gardait bien de se prononcer dans le grand débat qui opposait partisans des Baratheon et de la Reine, cela n’aurait fait qu’apporter une légitimité à la chose, sans compter qu’il n’était pas certain de la décision de Rhaenys : était-ce là la meilleure chose à faire, ou la pire ? La frontière était parfois floue entre ces deux extrêmes…

Une chose était certaine cependant, l’enfant devait être éloigné, tenu à l’écart de Westeros et son existence devait rester un secret, surtout en cette période de crise, comme l’avait souligné Rhaenys. Les Baratheon et les Lannister s’étaient déjà soulevés pour un Roi, avoir un enfant, même bâtard, issu de Maegor pourrait bien donner des idées à d’autres, notamment ceux qui avaient soutenu le Cruel jusqu’au bout. Il y avait déjà bien trop de noms associés à la fonction royale pour venir en ajouter un autre, et toutes les précautions devaient être prises. Acquiescant aux dernières paroles de sa sœur-épouse, il informa donc la jeune femme de ce qui serait fait :

« Il n’a jamais été question de vous éliminer, ou d’éliminer votre enfant, ma dame. Vous êtes une victime, au même titre que tous ceux qui ont dû subir les actions de notre oncle. Cependant il vous faut comprendre qu’aussi innocent que soit ce bébé, il représente un danger considérable pour la Couronne. Je nous vous apprend rien, vous êtes actuellement au service d’un homme qui pourrait gagner beaucoup à soutenir cet enfant, et d’autres moins loyaux que lui n’hésiteraient pas très longtemps. Même si cela peut vous paraître injuste, la seule chose à faire est de l’éloigner de Westeros, et de s’assurer que personne ne puisse se servir de lui pour fomenter une nouvelle guerre civile.

Bien entendu, si c’est votre désir, vous serez libre d’accompagner l’enfant, sous la condition que vous ne tentiez jamais de le faire revenir dans le Royaume sans notre accord. Autrement, il sera confié à un chevalier qui veillera sur lui et lui offrira une instruction, en plus de recevoir une somme d’argent permettant qu’il vive sans avoir à s’inquiéter de la faim ou d’un quelconque manque. Quant à votre secret… Personne ne l’apprendra de notre bouche, néanmoins je me dois de vous le demander : qui d’autre est au courant ? »


 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Elinor Piète
COURONNE
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MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Sam 24 Nov 2018 - 12:17




Le Prix du Silence

Le visage caché derrière ses mains, elle se sentait nue devant eux. Sa pudeur avait été mise à mal, arrachée de force comme le fit Maegor avec son honneur et l’Araignée se sentait abusée, une fois de plus. Le jugement n’avait alors plus rien de physique, mais se faisait moral. Les trois paires d’yeux étaient posées sur elle, elle le sentait et se refusait de les regarder, tous autant qu’ils étaient, qu’importe leur bienveillance à son égard qui n’était certainement plus que pitié dans des yeux d’enfants. Et Valyron… ? Quel regard pouvait-il porter sur elle qu’il avait accusée de mensonge, de trahison envers la Couronne ? Il ne comprendrait jamais, cet homme sans cœur que les Dieux avaient privé d’amour. Il n’aimerait jamais et ne saurait l’être en retour… Du moins, le maudissait-elle silencieusement.

Une main secourable, pourtant, fit son apparition. La Reine s’était levée, visiblement apostrophée par la détresse de la douce enfant du Bief, lui ordonnant de reprendre contenance, de renouer avec sa dignité. Il fallut écarter ses doigts, lever légèrement le regard pour mieux s’emparer de cette aide plus que bienvenue, pour l’aider à se redresser. Pourtant, son chef demeurait sagement bas, son visage détrempé par ses larmes n’osant se montrer à ses Seigneurs et Maîtres. Les sanglots secouaient toujours son corps tandis qu’elle reprenait sa main, s’éloignant d’un pas du couple royal pour mieux respecter cette distance qui devait exister entre son corps et les leurs. La Reine s’adressait à elle avec douceur, avec cette voix douce que l’Araignée lui avait attribué dans ses souvenirs, la même bienveillance s’était faite ressentir de sa part le jour où elle était venue la rencontrer dans les geôles noires. Nous ne sommes pas notre oncle. L’entendre dire cela à voix haute encouragea Elinor dans ce choix qu’elle avait fait un an auparavant. Jaehaerys ne commettrait pas les mêmes erreurs que Maegor. Il ne serait jamais ce monstre assoiffé de sang et de pouvoir, empli de rancune et de colère. Wilhem vivrait, elle le lui garantit et Elinor ne put retenir de nouvelles pleures que le soulagement lui donnait.

Avoir la Foi. Elinor n’avait jamais détourné son esprit des Sept, remettant entre leurs mains les vies d’Ondrew, de Wilhem et même la sienne. Elle avait survécu à Maegor, Ondrew avait bravé la mort tant de fois qu’il lui devenait impossible de le dénombrer et Wilhem, malgré son si jeune âge, survivait lui aussi à ces diverses menaces qui l’entouraient. Mais avoir foi en un Homme est différent qu’accorder sa foi à des entités mystiques qui régissaient le monde. Elle avait beau penser que Jaehaerys et Rhaenys seraient des souverains d’exception, il lui était impossible de leur offrir sa pleine confiance, surtout sur un sujet qui les concernait d’aussi près. Pourtant, les mots avaient caressé sa langue quand Rhaenys s’était présentée à elle, la poussant à hésiter. Devait-elle mentionner son état ? Devait-elle leur offrir ce présent sur un plateau ? Elle était dans les geôles noires. Personne n’aurait pu entendre ses cris et n’importe qui aurait pu l’achever, l’oublier dans les profondeurs de la capitale. N’y auraient-ils pas seulement pensé ? Elle ne répondit pas, mais au fond d’elle, Elinor savait que taire la chose avait été la meilleure décision qu’elle eut prise. Qu’importe les conséquences. Quant à Daenys, elle savait la dragonne capable d’envisager le pire pour cet enfant mais avait préféré faire parler cette confiance qui existait entre elle, ce lien quasi mère-fille qui était né entre la dragonne et l’Araignée, protectrice l’une envers l’autre. Elle savait qu’elle n’aurait rien dit, qu’importe cela n’ait été pour mieux planifier quelque chose ou par amitié pour Elinor.

Grave. Oh oui, Elinor avait conscience de cela. Dès lors qu’elle avait compris qu’elle était enceinte, elle avait su que les conséquences de cette maltraitance imposée par le Roi aurait des répercussions sérieuses. Combien d’hommes ambitieux pourraient espérer tirer leur épingle du jeu en se prononçant pour un nouveau-né. Qui sait… peut être que même Ondrew le ferait, une fois son envie d’étrangler femme et enfant soit passée… Elle eut envie de répondre à la Reine que cette nouvelle n’avait été bonne ni pour eux, i pour elle, Araignée désespéré qui, jusqu’au bout, avait souhaité voir sortir de son ventre l’enfant de son époux plutôt que celui de son bourreau. Mais la suite ne put empêcher la voix brisée d’Elinor de se faire à nouveau entendre. « Honteuse, je le serais à jamais, votre Altesse. Pas un jour ne passe sans que je craigne voir mon époux lire dans mon regard cette erreur qui est mienne, cette faute qu’il ne pourrait comprendre… Les rumeurs ne sont rien quand les faits sont réels… » Son regard était toujours bien bas, observant ses pieds. Ses mains s’étaient jointes devant elle, ses doigts jouant inlassablement avec le tissu léger qui la couvrait autant qu’ils se crochetaient entre eux.

Finalement, le Roi reprit la parole. Le silence du Serpent était une chose qu’Elinor commençait à redouter, ne sachant guère si, quand sa voix se ferait entendre, elle lui serait favorable. La jeune femme se crispa sous les mots du souverain, appréciant pourtant l’entendre dire que si son fils était préservé, sa propre vie serait épargnée. Victime. Aussi longtemps qu’elle avait pu, Elinor avait rejeté cette étiquette, ne se plaignant jamais de son sort, de ce que le Roi lui faisait subir. Jamais elle n’avait incriminé quelqu’un dans ce qui lui arrivait, refusant de se voir comme la victime de Maegor, de sa folie. Et pourtant, c’était bien ce qu’elle était. Un frisson lui échappa, provoquant un nouveau sanglot qui lui imposa de lever une main devant sa bouche pour garder contenance. Pour la première fois depuis que tout ceci avait pris fin, elle ressentit le besoin de s’effondrer, de se laisser aller dans des bras protecteurs, qu’on la rassure sur tout ceci. Mais il n’y avait personne pour l’étreindre, personne pour trouver les mots justes. Son propre père l’aurait certainement blâmée plus que de raison. Ondrew l’aurait tuée. Qui d’autre lui restait-il ? Daenys avait eu beau le faire, la distance qui résidait entre elles était obstacle à ce combat psychologique que devait mener l’Araignée.

Quand Jaehaerys mentionna de manière implicite Robb, pourtant, elle releva la tête, la mine terrorisée. Elle pensait connaître le protecteur du Royaume pour avoir eu de longues conversations avec lui. Il était si fidèle à ses cousins, comment pouvait-on envisager qu’il ne tente quoi que ce soit à leur encontre en soutenant le fils de celui qui était responsable de la mort de son père ? Cela n’avait aucun sens. Et c’était à cause de faits potentiels comme celui-là que Wilhem devait partir. Partir Le cœur d’Elinor se brisa et elle vacilla, devant faire un pas de côté pour ne pas tomber à même le sol. Les larmes bordèrent ses yeux à nouveau et elle rebaissa son doux visage, laissant quelques mèches de cheveux se placer devant ses yeux pour ne pas qu’ils lisent en elle ce refus profond. Était-ce là la seule et unique solution ? Son esprit était émotionnellement trop affecté pour le savoir et elle aurait aimé être capable de se détacher de la situation pour le savoir. Ses propositions seraient-elles entendues, malgré tout ?

Quand il évoqua la possibilité pour elle de partir avec l’enfant, elle hésita. Oui, la proposition était plus qu’acceptable. Elinor vivrait un peu de ce répit tant désiré. Mais une autre pensée telescopa celle-ci avec violence. Ondrew… Si elle lui en parlait, il refuserait de l’accompagner, préfèrerait la repousser, elle qui disait l’aimer et qui avait pourtant su donner vie à l’enfant d’un autre. Et puis, au-delà de la pensée même de l’homme… Elinor venait à peine de le retrouver, se complaisait à retrouver des bras aimants dans lesquels elle se sentait si bien, doucement aimée, ardemment désirée. Il était une part d’elle bien plus importante que Wilhem. Il était elle. Elle était lui. Inséparables amants de Westeros bravant la tempête, qu’importe les éléments se plaçant sur leur route. Une nouvelle séparation n’était guère envisageable, pas pour celle qui avait déjà passé trop de temps éloignée de lui. Si Wilhem devait partir, cela se ferait sans elle et alors, elle devrait le remettre dans les mains d’un chevalier inconnu, un homme qui, disait le Roi, saurait prendre soin de lui… Mais jusque quand ? Reviendrait-il un jour afin de reprendre une place au sein de ce royaume ?

Tant de questions alimentaient les pensées de la jeune femme que, lorsque le Roi l’interrogea, elle fut prise de court. « Je… Personne… Les seuls à qui j’ai confessé cela furent Maegor, le jour de sa mort, ne lui laissant aucune possibilité de délivrer cette information, et votre tante, la princesse Daenys. Enfin… C’était avant que… » La présence de Valyron lui revint en mémoire et de nouveau, elle se tendit, sa voix se faisant amère, dure. « Avant que le Serpent de Mantarys ne découvre tout ceci… Si vous craignez que d’autres ne puissent être dans la confidence, c’est à lui qu’il vous faudra vous adresser. » Il ne mérite pas ton regard. Même prononcer ce nom qu’elle l’avait aidé à obtenir était brûlure sur la langue. La nourrice de l’enfant était muette, choisie avec soin par la princesse Daenys. Elle avait été présente le jour de l’accouchement et, si elle savait qu’Elinor était la mère de l’enfant, elle ignorait qui était son père. Et quand bien même l’eut-elle appris, sa position était telle que l’envie de divulguer l’information devait être bien en arrière de l’argent et le confort dont elle disposait à Peyredragon. Et Daenys avait déjà fait entendre à Elinor que ce genre de personne était on ne peut plus remplaçable.

Répondant ainsi aux interrogations du Roi, les doigts d’Elinor froissèrent à nouveau le tissu de sa robe avec nervosité. « Votre Majesté… Je comprends et j’entends vos dires mais… La mère que je suis ne saurait laisser son enfant dans les mains d’un inconnu sans essayer de l’empêcher. J’imagine avec aisance que vous avez discuté de tout ceci en amont et que vous avez certainement mis de côté toutes les autres possibilités, mais… Quand je vous écoute et en dépit de toute la bienveillance que vous placez dans vos mots, j’ai la cruelle impression que mon fils, jamais, ne me reviendra. » Elle se mordit la lèvre inférieure avant de poursuivre, essayant de trouver les mots justes, ceux qui ne saurait braquer le souverain des Sept couronnes contre elle. Ceux qui sauraient lui faire entendre qu’autre chose était possible. « Vous l’aurez compris, je ne saurais me résoudre à quitter Westeros avec lui. Mes devoirs d’épouse et l’amour qui me lie au Seigneur Piète ne sauraient mourir pour cet enfant, que les Sept m’en pardonnent… Mais je ne pourrais m’empêcher chaque matin de songer à ce fils, à mon fils. Serais-je en droit de connaître la destination où il sera envoyé ? Le nom de celui qui s’occupera de lui ? Pourrais-je écrire tout mon amour à cet enfant afin de lui expliquer pourquoi sa mère n’a put rester à ses côtés ? Et… Le laisserez-vous seulement un jour revenir en Westeros si, comme je le souhaitais, il ignore tout de son père ? » Combien de temps passerait, seulement ? S’il fallait attendre la majorité de l’enfant alors Elinor ne saurait le voir durant seize années. Cette simple pensée manqua de la faire hurler, cri étouffé dans une gorge serrée.

© Belzébuth

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The Beautiful Spider
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Valyron Tyvaros
COURONNE
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MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Sam 24 Nov 2018 - 16:15

Le prix du silence

ft.










L’entrée d’Elinor Piète dans les appartements royaux ne s’était pas faite sans son lot de trémolos et de drame. Bien que Valyron regrettait d’être celui qui avait placé la jeune femme dans la situation actuelle, il ne culpabilisait pas. Aussi, son hostilité voilée le laissait de marbre. Elle avait tenté de le piéger sur le fait qu’il savait déjà, qu’il n’avait averti personne à l’époque. Que c’était bas et méprisable alors qu’il lui avait alors garanti faire tout ce qu’il pourrait pour l’aider. Pourquoi diable tergiverser ? Elle était coupable, elle devait payer.

Face à ses maîtres, Valyron était resté coi. Il n’était pas de son ressort d’intervenir maintenant. La discussion était engagée entre les Targaryen et la Piète. Lui, il se tenait mains croisées devant lui, patientant que l’on sollicite son avis ou qu’il se sente le besoin d’intervenir. Rhaenys semblait être tombée dans le panneau d’un trop plein de compassion pour une femme qui l’avait trahie, mais il ne dit rien. Si là était le désir de la reine, ainsi serait-il. A son avis, les rois et les reines devaient se montrer froids, distants et implacables, surtout avec les traîtres. Si un chien vous mordait la main, vous ne le remerciez pas, vous lui administriez une rouste pour lui faire comprendre de ne jamais recommencer. Mais les deux têtes du Dragon actuel parlaient d’une même voix bienveillante, semblait-il. Valyron avait noté la formule de Rhaenys : Nous ne sommes pas notre oncle. N’importe quelle autre reine aurait préféré la formule « le roi n’est pas son oncle ».Pas Rhaenys, elle continuait de défendre son rôle et sa place privilégiée auprès de son frère-époux… Au risque de l’éclipser. Durant le temps que continua l’échange entre les parties présentes, Valyron réfléchissait déjà à la suite. Le mieux serait d’embarquer l’enfant directement de Peyredragon, et de le faire rallier le large où un autre navire, appartenant à Valyron, patienterait. De là, l’enfant serait transbordé et serait amené à Lys où il serait confié aux bons soins des Farring en exil. Le Serpent s’assurerait alors que la garde comprenne bien son intérêt à surveiller les faits et gestes des exilés, et que si manipulation autour du bambin il devait y avoir, qu’ils agissent en conséquence.

« Avant que le Serpent de Mantarys ne découvre tout ceci… Si vous craignez que d’autres ne puissent être dans la confidence, c’est à lui qu’il vous faudra vous adresser. »

Valyron entendit sa ville natale être mentionnée et il revint au moment présent. La voix acide d’Elinor Piète se faisait entendre dans une ridicule tentative de jeter le doute sur lui. Il arqua un sourcil blasé et ne dit rien de plus. L’Araignée était au désespoir, prête à tout pour éviter qu’on lui arrachât ses pattes.

« Votre Majesté… Je comprends et j’entends vos dires mais… La mère que je suis ne saurait laisser son enfant dans les mains d’un inconnu sans essayer de l’empêcher. J’imagine avec aisance que vous avez discuté de tout ceci en amont et que vous avez certainement mis de côté toutes les autres possibilités, mais… Quand je vous écoute et en dépit de toute la bienveillance que vous placez dans vos mots, j’ai la cruelle impression que mon fils, jamais, ne me reviendra. »

Dans le mille, ma petite.

Le regard gris cendre du Mantaryen se riva sur le duo royal. Ils étaient concentrés, prêtant une attention importante aux dires de la Piète. Elle avait toujours été clairvoyante, elle le démontrait encore une fois. Cela ne lui serait sans doute pas d’une grande aide aujourd’hui.

« Vous l’aurez compris, je ne saurais me résoudre à quitter Westeros avec lui. Mes devoirs d’épouse et l’amour qui me lie au Seigneur Piète ne sauraient mourir pour cet enfant, que les Sept m’en pardonnent… Mais je ne pourrais m’empêcher chaque matin de songer à ce fils, à mon fils. Serais-je en droit de connaître la destination où il sera envoyé ? Le nom de celui qui s’occupera de lui ? Pourrais-je écrire tout mon amour à cet enfant afin de lui expliquer pourquoi sa mère n’a put rester à ses côtés ? Et… Le laisserez-vous seulement un jour revenir en Westeros si, comme je le souhaitais, il ignore tout de son père ? »

Valyron se racla la gorge. Comment pouvait-elle proférer pareilles demandes ? N’avait-elle aucun sens commun ? Il jeta un regard lourd de sens au souverain qui en capta la signification et lui fit signe d’approcher. Valyron dépassa Elinor sans un regard pour elle et se pencha aux côtés du roi, lui soufflant à l’oreille.

« Je dois conseiller contre ses requêtes, Votre Grâce. Plus le secret sera épais, plus il sera sauf. Quant aux lettres, il me semble qu’elles doivent être strictement encadrées et vérifiées avant d’être transmises à l’enfant. Il est impératif qu’il ignore pour toujours qui sont ses véritables parents, et les raisons de son éloignement. Puis-je intervenir avant que vous ne répondiez, Majesté ? »

Jaehaerys hocha la tête, un masque de sérieux apposé sur son doux visage sortant de l’enfance. Son assentiment donné, il se rangea dans une contemplation de la scène avec un intérêt toujours aussi important. C’était peut-être sa décision la plus périlleuse depuis son couronnement, et s’il se trompait, la sanction serait impardonnable. Valyron déposa donc les yeux sur Elinor Piète qui le regardait avec une fureur mêlée de haine. Sans doute serait-ce plus simple ainsi, songea-t-il tristement.

« Dame Piète, vous avez une lettre du Protecteur que j’aimerais montrer à Leurs Majestés. La portez-vous en ce moment même ? »

Elle se contenta de secouer la tête, d’un air qu’il ne parvenait pas à déchiffrer tant il y lisait des émotions variées.

« Si vous voulez bien nous indiquer où mes hommes peuvent la trouver… Enfin, qu’importe. Vous admettrez je pense que vous travaillez pour la maison Baratheon, et plus particulièrement pour son chef : le seigneur Robb. »

Il aurait pu faire quelques pas mais il se trouvait désormais non plus face mais aux côtés du Roi. Sa position en était renforcée, et il se trouvait plus à son confort ici. Il n’était pas en train de confronter sa vision à celle de la Piète, il parlait au nom du Roi et ce n’était donc que logique qu’il se trouvât à ses côtés.

« Vous êtes, j’imagine, largement redevable au seigneur Baratheon pour son intercession en faveur de votre époux… ? Votre proximité avec la maison au Cerf ne vous aura donc pas fait manquer les préparatifs de départ de la maisonnée Baratheon. Que comptez-vous faire à ce sujet ? Les suivre ? Ou demeurer ici ? »

Il se tordit légèrement pour apercevoir les deux enfants d’Aenys, leur adressant un regard malin.

« Peut-être pourrions-nous demander à Dame Piète de continuer à servir Accalmie… tout en servant Sa Majesté ? Ce serait une indubitable preuve de loyauté, de contrition, et bien la preuve que Dame Elinor a été abusée par des forces obscures. Ne serait-elle pas alors digne de votre pardon, Majesté ? »

Il conclut son propos en portant lentement sur Elinor un regard glacial plus froid que tous les blizzards d’au-delà du Mur.

« Alors peut-être la Couronne pourrait-elle recouvrer en elle un début de confiance… et l’autoriser à quelques lettres pour son fils ? »


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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

signature par littleharleen
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Jeu 29 Nov 2018 - 19:07




  Le Prix du Silence
 

 

« Je suis parfaitement au courant du rôle qu’a donné le seigneur Régent à Lady Elinor, Lord Tyvaros. Il est inutile de faire chercher un document ou l’autre, à moins que vous ayez des raisons de douter de l’honnêteté de mon cousin ? Dans ce cas, je doute qu’il ait été suffisamment imprudent pour coucher sur papier des intentions qu’il ne voudrait pas rendre connues ? »

Le regard de Jaehaerys se posa de nouveau sur l’Araignée. Quand bien même l’approche de son Maître des chuchoteurs était froide et pouvait sembler cruelle aux yeux d’une mère, il n’en avait pas moins raison. Divulguer trop d’informations était dangereux, et serait opposé au but recherché en exilant le garçon loin de Westeros. Pensif, le Roi réfléchissait à une manière d’apporter un peu de réconfort à celle qui n’était jamais qu’une autre victime d’un règne qui avait déjà causé bien plus de souffrances que celui de n’importe quel autre Targaryen avant lui, sans pour autant mettre en danger les piliers du sien. Evidemment, il aurait aimé accepter ses requêtes, lui promettre qu’un jour ou l’autre cet enfant pourrait revenir à Westeros, qu’elle pourrait à nouveau le revoir, mais il savait qu’il ne le pouvait pas. Trop d’éléments entraient en jeu, et la chose pourrait bien être possible un jour, comme définitivement trop dangereuse.

La proposition du Serpent, cependant, de l’envoyer comme espionne de la Couronne à Accalmie, présentait d’autres dangers, tant pour la jeune femme que pour la Maison royale elle-même. Jaehaerys avait appris à connaître son cousin durant l’année écoulée, et une chose était certaine avec Robb : il plaçait la loyauté de ceux qu’il employait au dessus de toute autre valeur. S’il venait à apprendre que les Dragons avaient placé une espionne dans sa forteresse, quand bien même ce fut à titre préventif, il était probable que ni l’espionne, ni leur relation déjà fragilisée par les événements récents ne survive à un tel affront. Et quand le Baratheon lui avait parlé d’Accalmie, l’endroit lui avait semblé tellement différent du Donjon Rouge : là-bas, tout finissait par se savoir d’une manière ou d’une autre, et tant les seigneurs de l’Orage que son peuple étaient acquis à la cause de leur suzerain. Si Elinor devait se mettre directement à son service, il finirait par apprendre qu’elle ne travaillait pas uniquement que pour lui, et alors… Les conséquences pourraient être terribles. Sans compter que là-bas, elle serait une étrangère, surveillée plus étroitement que d’autres. Tyvaros devait avoir ses informateurs dans la forteresse d’Accalmie, mais ceux là étaient d’un autre gabarit, moins proches du pouvoir que l’Araignée le serait, et il était donc moins risqué de le laisser agir dans ce cas. Jaehaerys soupira, se demandant à quel moment la situation avait commencé à devenir si complexe : la Maison Baratheon avait toujours été un soutien indéfectible à la Couronne, et penser qu’aujourd’hui certains les voyaient en conflit, officieux certes, mais en conflit tout de même… Peut-être avaient-ils raison, mais Robb lui-même ne lui avait donné aucune raison de douter de sa loyauté, et par conséquent il ne le ferait pas. Le problème n’était pas le Cerf, c’était ceux qui interprétaient les événements pour y voir un moyen de s’élever.

« Jusqu’à preuve du contraire, tout ceux qui sont au service de la Maison Baratheon sont des sujets loyaux de la Couronne, et les suzerains de l’Orage nos plus proches et plus précieux alliés. Je ne cautionnerai pas d’envoyer quelqu’un compromettre cette relation sans bonne raison, les dangers d’agir ainsi sont trop grands pour l’équilibre du Royaume.

Pour ce qui est de vos demande, Lady Piète… Pour les mêmes raisons qui me poussent à éloigner votre enfant, je ne peux pas accepter de vous dire où il sera envoyé, ni qui sera en charge de son éducation et de sa protection. Je peux, en revanche, vous promettre qu’il sera bien traité, et que tout sera fait pour qu’il n’ait à manquer de rien et qu’il soit en sécurité où qu’il se trouve. Quant à savoir s’il pourra un jour revenir, je ne vous ferai aucune promesse autre que celle de l’envisager, si un jour la situation permet de le faire sans mettre en danger notre règne ou le Royaume. Je vous autorise néanmoins à lui écrire  une lettre, qui devra être lue par le seigneur Tyvaros afin qu’il s’assure qu’elle ne contienne rien qui pourrait nuire à la situation, après quoi elle sera confiée au gardien de l’enfant, qui aura pour ordre de lui remettre quand il sera capable de lire et de comprendre le contenu de celle-ci. Etant donné les circonstances, il s’agit du moins que je puisse faire, et malheureusement, aussi du mieux. J’espère que vous pourrez comprendre cela. »

 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Ven 7 Déc 2018 - 13:54




Le Prix du Silence

Le doute qui s’instillait en elle fut balayé par un raclement de gorge sournois provenant de derrière elle. Cela aurait été sans conséquence, elle se serait probablement retournée pour faire savoir à l’homme qui se tenait jusque là en retrait de cette conversation qu’il ferait mieux de garder sa bouche fermée s’il espérait voir encore sa langue fourchue siffler entre ses dents. Mais elle se contenta de se tendre un peu plus, Ses yeux toujours baissés sur ses mains frêles qui tournaient et retournaient le tissu entre ses doigts, espérant que dans l’entrelacement qu’elle causait, ses problèmes, eux, ne se démêlent. Le mouvement du Serpent se fit sentir et elle ne releva pas le menton tandis qu’il passait à ses côtés pour rejoindre le Roi, se penchant vers lui pour lui murmurer quelque chose qui resterait entre eux et les Sept. Crache donc ton venin, vulgaire Serpent… Le piédestal vacille déjà…

D’un hochement de tête qu’elle perçut, le maître des Chuchoteurs se redressa et elle sentit le regard vipérin de la bête se poser sur elle. Elle s’apprêtait à tenir cette promesse qu’elle s’était silencieusement faite à elle-même mais sa question la poussa à relever la tête, à croiser son regard qu’elle savait mauvais. Le sien se plissa doucement, ses sourcils accompagnant gracieusement la démarche. Le document du Seigneur Baratheon ? Avec méfiance, elle hocha la tête en signe de dénégation, se demandant ce que le Serpent pouvait bien essayer de prouver, encore, avec ses paroles fielleuses. Et voilà qu’il émettait la possibilité qu’il n’aille fouiller ses appartements. Elle aurait voulu gronder, lui faire entendre qu’il n’en avait pas le droit, que c’était un nouveau viol qu’il menaçait de lui infliger, différent de ce qu’elle avait eu à subir, mais tout autant dérangeant. Pourtant, fut-ce à cause de sa mine dégoutée, il n’insista pas, se contentant d’appuyer sur les services de la jeune femme envers le Cerf. Elle ne pouvait pas nier et elle se douter que le Serpent n’apprenait rien à personne.

La suite, en revanche, était faussée. Redevable. Non, elle ne l’était aucunement. Elle appréciait l’attention du seigneur de l’Orage à son égard, mais savait qu’il agissait avant tout pour ses intérêts propres. Alors oui, le retour précipité d’Ondrew aurait pu se passer autrement mais l’Araignée avait tenu parole et su mettre en œuvre tous les moyens nécessaires en sa possession pour appuyer, d’elle-même, sur le côté définitif de la chose. Aussi, lorsqu’il l’interrogea sur ce qu’elle comptait faire face au départ du Cerf, elle fronça les sourcils et répondit. « Le Seigneur Baratheon et moi avions convenu d’un accord. Tous deux avions respecté nos engagements. S’il désire partir, je pense qu’il en est libre tout comme je le suis de rester auprès de mes obligations premières : celles de servir la maison Targaryen à travers la personne de Daenys. Aussi longtemps qu’il me sera demandé de rester à ses côtés, je le ferais. Si à présent elle devait me libérer de mes obligations, le choix serait entier quant à ma place. »

Mais il ignora sa réponse, se contentant de se tourner vers le Roi, de lui proposer… Quoi ? De se rendre à l’Orage pour servir sa majesté ? Les sourcils de l’Araignée se froncèrent. Elle savait que Robb rentrait mais en ignorait les raisons. Y avait-il un conflit qui tendait à opposer le Roi à sa main et son Protecteur ? Forces obscures. Elle eut envie de lui retourner une gifle quand elle se rappela qu’il était tout autant responsable que d’autres de sa descente aux Enfers. Mais voilà où il voulait en venir. Voilà qu’il souhaitait remettre en doute son allégeance, qu’il espérait jouer là-dessus, sachant très bien jusqu’où elle pouvait aller pour obtenir ce qu’elle voulait. Elle était prête à tout. Valyron s’en servait maintenant contre elle, lui qui l’avait doucement prévenue de la chose. Traitre. Il jouait avec elle, tirant sur les pattes de l’Aranéide pour mieux la rendre folle, jouant de chantage dont il avait l’habitude avec tous les autres. Elle n’était rien de plus que comme ces autres.

Elle voulait répondre, l’envoyer aux Sept Enfers mais la voix douce du Roi se fit entendre. Et un léger sourire en coin émergea sur les lèvres de l’Araignée. Enfin quelqu’un pouvait renvoyer le serpent à la place qui était sienne. Elle baissa le regard, effaçant bien vite cette petite victoire de son visage, laissant la peine recouvrir ses traits. Wilhem. Jaehaerys appuya ses propos, rappelant l’appartenance de l’Orage à la Couronne, soulevant l’absence d’un conflit ouvert entre eux. Valyron allait trop vite, sautait à des conclusions trop hâtives… L’ambition du Serpent lui fourchait la langue plus que de raison, rendant ses mots moins bien habiles qu’il put en avoir autrefois. Mais rapidement, les mots du Roi se firent pour elle, refusant ses requêtes une à une. Un vide se créait en elle, profond. Trou béant dans son être déchiré, elle eut l’envie soudaine de vouloir le combler. Si on lui arrachait son enfant, il lui faudrait en faire un autre, un substitut malhabile de ce poison que les Sept lui avaient offert. La mine basse, elle laissa ses pensées aller jusqu’à imaginer une idée terrible. « Oui, je le comprends… Et je n’irais à l’encontre des souhaits de sa Majesté. » Et pourtant, sa langue s’emballa d’elle-même quand les mots suivant s’échappèrent de ses lèvres. « Si sa Majesté le permet… J’ai peut être une idée qui faciliterait le retour de l’enfant… Ou du moins, qui pourrait vous aider dans cette réflexion quand le jour viendra. » Déglutissant avec difficulté, elle attendit un regard, un geste avant de poursuivre. « Vos Majestés l’ignorent peut être, mais mon père fut envoyé en exil en Essos à la fin de la guerre, comme bien d’autres Nobles. Mes parents n’avaient que moi pour seul enfant et héritière, chose désormais effacée par ce nom que j’ai épousé. Je ne vous demande guère de promesse, mon Roi. Mais pourriez-vous considérer de légitimer cet enfant, non pas comme mon fils, mais comme mon frère, permettant ainsi à ce nom de perdurer dans le temps, effaçant ainsi la bâtardise de l’enfant et, du même fait, le nom de son véritable père ? »

© Belzébuth

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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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