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 Le Prix du Silence

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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Le Prix du Silence   Mer 10 Oct 2018 - 23:34

Le Prix du Silence

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Une fois de plus, le Donjon-Rouge était écrasé par les rayons que le soleil dardait sur ses murs ocres. Comme la plupart de ses habitants, Valyron Tyvaros s’y était fait. Si le protocole royal qui régissait la Cour imposait encore un certain carcan, les traditions avaient dû céder le pas aux impératifs de tous les jours. La température n’était pas nécessairement brûlante, mais l’absence de pluie depuis des mois avait contribué à assécher l’atmosphère, et le moindre mouvement vous faisait finir en nage. Aussi, la forteresse royale qui servait de fief à la famille royale connaissait une certaine quiétude en milieu d’après-midi, lorsque le soleil quittait peu à peu son zénith. Tout était bien mieux en fin de journée, lorsque la fraîcheur de la nuit venait apporter un léger répit aux courtisans et aux habitants de Port-Réal. Aussi, peu après l’heure du déjeuner, le Donjon se laissait aller dans un silence apathique pour quelques heures, comme si le fief lui-même s’assoupissait.

Englué dans ses responsabilités de maître-espion du Roi, ou en tout cas de son conseil de régence, Valyron ne prêtait guère d’attention à cette heure de la journée. La plupart des occupants des lieux se contentaient d’effectivement se reposer, attendant au frais. Les plus dévots retrouvaient avec bonheur la fraîcheur des murs épais des septuaires, tandis que d’autres essayaient de se prélasser aux jardins jaunis par le soleil, là où quelques traces d’ombres subsistaient, sous un dais de soie ou à l’abri d’un belvédère. Mais aujourd’hui, Valyron Tyvaros avait un rendez-vous important.

Après avoir passé plusieurs jours dans l’incertitude, il avait fini par donner des ordres pour que son vaste réseau d’espions se mette en branle. Des paroles avaient été échangées discrètement à la faveur de la nuit, des hommes mobilisés, et un navire avait fini par prendre le large peu avant le lever du soleil. Quelques temps plus tard, un rapport avait été fait au Serpent de Mantarys qui attestait qu’il y avait effectivement une anomalie à Peyredragon. Lorsque Valyron avait compris ce dont il pouvait s’agir, il avait pris sur lui de prendre quelques temps pour se rendre dans son fief de Port-d’Epices. De là, il avait prétexté d’une visite de courtoisie à l’entourage de la princesse Daenys pour y mener l’enquête. Là, il avait posé les yeux sur ladite anomalie. Il était resté un long moment à la contempler, à se demander si c’était vraiment ce qu’il pensait que c’était. Quelques questions, quelques recoupages avaient confirmé dates et faits. Et cette caractéristique physique si particulière avait laissé peu de doute à ce qu’il soupçonnait déjà. Comprenant qu’il s’était fait abuser, qu’on lui avait menti pour dissimuler un secret des plus dangereux, le fielleux serviteur des Targaryen avait pour la première fois hésité sur la conduite à adopter, car l’anomalie historique qu’il avait alors sous les yeux ne posait aucun problème dans l’immédiat. Mais l’avenir était par nature instable et imprévisible. La prudence l’avait donc emporté, et la loyauté envers ses maîtres sur celle d’une amie qui avait trompé sa confiance et mis en danger les Sept Couronnes pour un caprice dont il se doutait bien des dessous. Il aurait été plus simple de dégainer un poignard et de le plonger dans le petit corps mou et chaud. La lame se serait enfoncée sans résistance et tous les ennuis auraient été terminés aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Mais tout bien réfléchit, Valyron avait refusé.

Il était capable de mettre fin à ce problème de ses mains, sans problème. Il était prêt à tout pour ses maîtres, mais c’était justement pour cela qu’il s’était ravisé. Cela concernait désormais la famille royale directement. Alors, il avait fait en sorte de faire surveiller l’anomalie et était revenu rapidement vers Port-Réal. Là, il avait dû faire face à un nouveau dilemme. Elinor Piète avait été là pour lui plusieurs fois. Il lui avait payé une partie de sa dette mais il estimait encore lui en devoir une grande part. Ne risquait-elle pas les plus grands ennuis s’il allait directement voir la famille royale sans même l’en avoir avertie ? Ne lui devait-il pas au moins cela ? Il porta avec lui cette réflexion durant tout le trajet du retour, son appréhension grandissante alors que le Donjon-Rouge se profilait à l’horizon. Finalement, il prit la décision d’aller voir Elinor dès que possible pour l’enjoindre de s’associer à sa démarche. Ne trouvant pas immédiatement l’Araignée du Bief, il avait profité d’un détour vers les appartements royaux pour solliciter auprès de la reine une audience très prochainement pour lui parler d’un sujet extrêmement pressant destinés aux seules oreilles du couple royal.

On était désormais le jour dit, quelques nuits plus tard, et Valyron se dirigeait désormais vers le septuaire de la Cour. Un beau bâtiment imposant circulaire dont les vitraux rappelaient la présence de la Foi de l’Etoile à Sept Branches sur le continent. L’endroit était pratiquement désert à cette heure-ci, seuls une vieille courtisanne qui semblait oubliée dans un coin, priait silencieusement devant l’autel de l’Aïeule. Lorsqu’il entra, elle n’était pas encore arrivée. Il patienta donc en visitant le lieu de culte, se posant toujours des questions sur comment cette foi primitive pouvait avoir conquis tant de fidèles alors qu’existaient les véritables déités de la Valyria. Il n’attendit pas très longtemps avant de voir arrivée celle qui se détournerait bientôt de lui. Il en avait mal au cœur mais il devait avant tout faire son devoir. Il adressa toutefois à Balerion une prière silencieuse dans son idiome ancestral avant de venir voir la jeune femme. Il arborait son air grave des jours révolus du calvaire du règne du Cruel. En la revoyant, il revoyait leur discussion nocturne dans la salle du Trône, près d’un an après la chute de Maegor. Elle avait soutenu son regard sans sourciller et lui avait menti. Son sentimentalisme avait failli tous les perdre. Et cette affection presque paternelle qu’il avait pour la petite Araignée devenue grande, c’était là un point faible. Elle pouvait s’en jouer pour mieux mener à bien ses propres plans, comme il venait de s’en apercevoir. Peut-être était-ce mieux que tout se termine ainsi. Peut-être était-ce mieux qu’il n’ait ni amis, ni amante, simplement des alliés et des ennemis. Ainsi, il serait plus efficace dans sa tâche quotidienne, cette vie qu’il mettait toute entière au service de ses maîtres Targaryen. Il l’aborda sans ambages.

« Vous m’avez menti, Elinor. »

Il s’efforçait de garder un ton calme, mais la déception et l’agacement perçaient légèrement. Il était tout autant énervé de s’être fait berner que d’avoir découvert l’anomalie qu’avait protégée Elinor Piète durant toute une année, mettant tout l’héritage de la guerre civile achevée en péril. La lignée devait être pure, sans ramification sauvage. Il ne la laissa pas s’exprimer, cuirassant son cœur en se doutant ce qui allait arriver.

« Vous m’avez caché ce qui vous est arrivé sur Peyredragon. Vous avez dissimulé une information qui aurait pu avoir des retombées cataclysmiques. J’ai prévenu le roi et la reine. Ils attendent pour que nous cherchions une solution à ce sujet, tous ensemble. Si vous souhaitez leur expliquer de vive voix, il faudrait que vous veniez avec moi, dès à présent. Faute de quoi, j’irai seul. »

Ce n’était effectivement pas la vérité absolue, mais il doutait que la jeune femme le suive sans sourciller s’il avait amené les choses autrement. Il aurait souhaité compatir mais il ne devait rien montrer, simplement la froide détermination fanatique qu’il avait à accomplir son office de maître-espion du roi.


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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Jeu 11 Oct 2018 - 17:54




Le Prix du Silence

« Lady Elinor ? Un mot de la Princesse Daenys à votre attention. » Souriant doucement, la jeune femme s’empara du petit papier en remerciant cette jeune servante de confiance qui était dans l’entourage de la princesse. Bien que petite, l’information avait eu le mérite de se trouver scellée et cela ne fit que forcer la douce enfant du Bief à froncer ses sourcils dans une moue songeuse. Voilà un mois qu’Ondrew était revenu, travaillant à ses côtés dans ce qui était désormais bien plus qu’un simple cas d’empoisonnement, cherchant encore les réponses nécessaires à la satisfaction de la Main et les noms des commanditaires d’un tel acte. Son éloignement avec la princesse, Elinor le regrettait doucement car elle fut d’une aide et d’un soutien essentiel à la jeune femme durant tous les moments de doute… Et durant ce qui lui sembla être également les pires instants de sa vie. Un enfant demeurait seule preuve de cette terrible guerre et des sacrifices de l’Araignée pour y survivre, pour sauver celui que son cœur aimait à la démesure. Il était à Peyredragon, caché sans trop l’être, sa nourrice savamment choisie tant par la princesse que la jeune mère du bâtard pour être certaines de son silence, de la sécurité du petit garçon. Wilhem était en sureté. Chaque matin, la native du Bief se réveillait avec cette pensée, cette demi-excuse pour justifier son absence à ses côtés. Du moins, c’était ce qu’elle pensait.

Quelqu’un sait. Les trois mots étaient écrits simplement, sans autre preuve d’amitié ou pensée agréable à l’égard de la jeune femme. Mais ces trois simples mots eurent pour effet de secouer Elinor qui porta machinalement une main à son ventre désormais vide. Ses doigts froissèrent le papier avec rage tandis qu’une bouffée de chaleur s’emparait d’elle. Serrant les dents, elle prit une profonde inspiration, reposant son regard noisette sur la jeune servante qui attendait à ses côtés. « Dites à la Princesse qu’elle a mon accord pour faire le nécessaire… » Faire le nécessaire. Une autre tournure qui signifiait entre elle éradiquer la menace, qu’importe le prix. Et que pouvait donc savoir ce quelqu’un ? Qu’une enfant avait vu le jour à Peyredragon ? Aucun lien ne pouvait être fait entre elle et le petit garçon aux cheveux d’argent si ce n’était ces yeux noisette, si semblables à ceux de sa mère. Mais une rumeur pouvait soulever des montagnes et si ce quelqu’un devenait mal avisé, la rumeur ne ferait que grandir avant d’exploser, qu’importe ce qu’elle pouvait être. Daenys et elle étaient toutes deux en danger et toutes deux s’étaient promis, le jour de la naissance de Wilhem, qu’elles feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour le préserver de ce qu’il se passait de l’autre côté de la baie.

Se levant de sa chaise, Elinor se questionna alors sur l’identité providentielle de ce quelqu’un. Ondrew ? Se pouvait-il qu’il ait assez de pouvoir pour atteindre cette île ? Non, et quand bien même il l’eut, elle aurait su bien plus tôt tout cela en découvrant un époux désabusé et colérique dans ses appartements. Alors qui ? Robb ? Les Targaryen ? Valyron ? Oberyn ? La liste des providentiels informés était trop longue. Peut-être n’était-ce qu’un badaud curieux, sans aucun lien avec elle, sans aucune idée derrière lui. Daenys se montrait très vigilante et ses informateurs l’étaient tout autant alors il pouvait s’agir d’un puissant autant que d’un misérable boulanger perdu dans la forteresse. Tout ce qu’elle espérait, c’est que son fils se portait bien.

Le lendemain, la chaleur écrasante de la Capitale avait eu raison de ses doutes et ses interrogations. Elle affichait la même mine réjouie et satisfaite, traversant les couloirs du Donjon Rouge flanquée de deux gardes de la maison Baratheon. Ce n’était pas dans ses habitudes, elle qui préférait la discrétion, mais quand elle avait rendez-vous avec le Maître des Chuchoteurs, elle sentait que cela rendait plus plausible son numéro pour gagner en solitude et en quiétude afin de mieux pouvoir échanger les confidences. Vêtue d’une robe d’un rose pâle, le tissu battant ses jambes, elle parcourut les derniers mètres afin d’entrer dans le Septuaire de la Capitale, laissant les deux hommes à l’entrée de celui-ci. Levant les yeux, elle admira la beauté du lieu dans lequel il lui arrivait parfois de se recueillir, imprégné de cet aspect divin malgré une taille bien modeste pour le cœur du Royaume. Apercevant Valyron au loin, ce fut avec le sourire qu’elle s’avança vers lui, prête à lui faire entendre qu’il n’était clairement pas décent qu’ils se rencontrent seuls dans un lieu pareil, mais elle n’en eut guère le temps.

Vous m’avez menti, Elinor. Haussant les sourcils, la brune eut un léger mouvement de recul. D’un regard circulaire, elle remarqua la présence d’une femme plus âgée en train de se recueillir devant l’Aïeule avant de planter son regard noisette dans celui d’airain du maître des Chuchoteurs. Elle cilla légèrement, réfléchissant à vive allure. Parlait-il de toutes ces révélations qu’elle avait fait au seigneur Baratheon sans son consentement ? Si tel était le cas, il était plutôt long à réagir vu qu’ils avaient déjà abordé le sujet. Mais au fond des yeux de Valyron, elle lut autre chose. Quelque chose qui lui hérissa le poil, provoquant un frisson qui secoua son corps tout entier. Elle allait ouvrir la bouche, dire quelque chose, mais il l’en empêcha, les mots sortant de sa bouche, formant des phrases qu’Elinor avait solennellement désiré ne jamais entendre. Il sait.

Elle s’était raidie, statufiée par les paroles du Mantaryen qui venait de lui faire terriblement mal, d’ébranler ses certitudes autant que lui apporter des réponses. C’était lui. Evidemment que c’était lui. Qui d’autre aurait pu se permettre de fouiner, de chercher des réponses là où il n’avait pas lieu d’en avoir. Mais le pire était à venir. J’ai prévenu le Roi et la Reine. Pour la première fois depuis plus d’un an, Elinor se sentait menacée, en danger. Elle sentait cette épée sous la gorge que Maegor lui avait placé le jour où il l’avait engrossée. Elle entendit son rire sadique résonner dans son être, danse macabre qui signerait son arrêt de mort. Une solution. La mère en elle rugit férocement, désabusée que son enfant puisse être perçu comme un problème. Mais elle resta sonnée, impassible, ses grands yeux se contentant de fixer l’homme qui lui faisait face. Ses pensées s’étaient stoppée tout comme son être. Et il lui fallut plusieurs secondes pour analyser méticuleusement la situation et retrouver la possibilité d’agir.

« Vous… Dehors. » Sa voix était un vent d’hiver, glaciale, tranchante, les vibrations de la colère la rendant plus grave qu’à son habitude. La lady parut outrée mais devant le regard de braise de l’Araignée, elle ne pipa mot, préférant certainement ne pas se faire gifler. « Et dites aux gardes que personne ne rentre en ces lieux. » Et personne n’en sortira sans mon ordre… Ses doigts vinrent s’écraser sur ses paumes, serrant les poings, entamant sa chair sous la force de cette colère qu’elle essayait tant bien que mal de ne pas exposer. Mais dès lors que la dame fut partie, son regard noir retomba sur Valyron. « Pauvre imbécile… Qu’avez-vous fait ? » Et elle regretta. Oh oui, elle regretta d’être venue à son aide, quand il en eut besoin, lui, la cause de sa chute dans les ténèbres. « Maudit-soit le jour de cette discussion dans la salle du trône… » Et elle faisait allusion à cette première fois où ils s’étaient réellement parlé, lui, homme du conseil de Maegor, elle, fiancée à la Main du Roi, jeune fille encore dotée d’une part d’insouciance qui laissa un serpent lui compter des histoires enivrantes.

Elle ne savait comment agir, quoi dire, quoi faire, se contentant de faire les cent pas devant lui, ne quittant pas sa proie du regard. L’Araignée construisait une nouvelle toile pour se défaire de la précédente, pour mieux enterrer le Serpent avec elle. « Que lui avez-vous fait… ? » Et soudain, l’inquiétude. L’inquiétude pour cet enfant qu’elle n’avait pas vu depuis trop longtemps, qu’elle avait fini par aimer. Qui était le sien. Elle n’avait pas d’armes, elle ne pouvait pas se jeter sur lui dans le but de le faire taire de manière définitive en se salissant les mains. Et pourtant, elle en mourrait d’envie. « Si vous ou l’un de vos hommes n’ont, ne serait-ce que touché à UN SEUL de ses cheveux… » Et elle avait chargé, à la manière de ceux qui n’ont plus rien à perdre, s’avançant vers Valyron, les paumes en avant, le poussant comme une enfant exécutant son caprice. « Pourquoi… Faut-il… Toujours… que vous… vous mêliez… des affaires… des autres ! » Ses attaques ponctuaient son discours tandis qu’elle sentait qu’elle perdait pied. Le Roi sait… Jaehaerys sait. Portant sa main à son front, elle resserra ses doigts sur sa tignasse brune, essayant de réfléchir. «  Dites leur que vous vous êtes trompé… Dites leur que c’est une malencontreuse erreur. Vous pouvez encore le faire, j’en suis certaine… Personne… » Elle s’arrêta alors dans son raisonnement, songeant au mot de Daenys la veille, soupirant de soulagement. « Personne ne viendra témoigner en votre faveur… Vos hommes sont certainement morts. »

© Belzébuth


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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Lun 15 Oct 2018 - 0:44

Au-delà du silence

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« Vous… Dehors. »

Valyron arqua un sourcil surpris à la véhémence avec laquelle Elinor, qui avait toujours fait attention à cultiver son image de jeune première, avait débouté la vieille dame. Elle quitta simplement les lieux, laissant les dieux pour seuls témoins de ce qui suivrait. Valyron retint une remarque à ce sujet, sentant la situation complexe. Les femmes étaient émotives, et tellement prévisibles. Sans doute allait-elle désormais essayer de le gifler avant de le maudire pour finalement se ranger à son avis…

« Et dites aux gardes que personne ne rentre en ces lieux. »

Hein ?

Ce n’était pas du tout ce qu’il avait prévu ! Où était la tentative de gifle ? Où était les insultes ? Décidément, il avait été bien aveugle pour ne pas voir un changement si conséquent. Des gardes ? Mais quels gardes ? Depuis quand cette jeune femme pouvait avoir autorité sur des gardes du palais ? La réponse vint d’elle-même alors que la mémoire du maître-espion lui jetait à la figure la missive que lui avait montré la jeune femme. Des Baratheon, bien sûr. Une vague de dégoût envahit Valyron alors qu’il songeait à toutes les indignités qu’il avait subies depuis que les Cerfs avaient gagné en pouvoir à la Cour. La confirmation de Robb dans son rôle de Protecteur n’avait fait qu’aggraver le tout. Valyron, en son for intérieur, ne pensait pas que de tels soudards lèveraient la main sur lui. Il travaillait pour le compte du Roi, un tel acte pouvait être perçu comme une défiance monumentale, n’est-ce pas ? Au fond de lui, une petite voix instillait le doute dans son esprit. Et si Jaehaerys laissait faire, et si l’on s’emparait tout de même de sa personne ? Était-ce seulement possible ? Ah ! On le reprendrait à avertir ceux qui fautaient lourdement envers la Couronne.

« Pauvre imbécile… Qu’avez-vous fait ? »

Mesquinement, Valyron arbora un sourire légèrement contrit : il n’avait pas totalement mal vu ; elle perdait son calme et l’insultait. Les femmes…

« Maudit-soit le jour de cette discussion dans la salle du trône… »

Valyron resta de marbre. Elle pouvait lui vomir au visage tout le mal qu’elle pensait de sa démarche, il ne changerait pas d’avis. A un tel niveau d’importance et d’enjeux, plus rien d’autre que le devoir le plus sacré et le plus absolu ne comptait pour le Mantaryen. Voilà ce que cela lui rapportait, d’avoir essayé de nouer une amitié : encore plus d’ennuis. Il n’était décidément pas fait pour cela. Pourtant, loin derrière la cuirasse de glace et d’acier qui enserrait son cœur, une petite douleur lui fit prendre conscience qu’il s’était attaché et habitué à sa relation avec la jouvencelle de Froide-Douve. Pas de remords, mais peut-être une once de regret, brève lueur dans la noirceur du cœur du natif d’Essos qui s’éteignit bien vite, enveloppée dans ses sombres desseins. Se contentant donc de rester immobile, vigilant et l’air neutre, il la regardait tourner comme un lion en gage. La discussion n’était pas terminée, il la connaissait trop bien pour savoir que c’était tout ce qu’elle avait en magasin. En outre, le véritable but de cette discussion n’était pas encore atteint.

« Que lui avez-vous fait… ? »

Il lui jeta un regard outré qui semblait signifier « Moi ? Faire du mal à un enfant ? », purement de façade. Bien entendu qu’il en était capable, et ce n’était pas sa conscience qui le tourmenterait à ce sujet puisqu’il était de notoriété publique que celle-ci avait été déclarée disparue depuis un bon moment. Pourtant, l’enfant était de sang royal. De sang abject, certes, mais royal. En conséquence, il aurait été pratiquement impossible pour Valyron de lever la main sur un tel descendant de Haut-Valyrien. Bien entendu, Elinor n’était pas pure. Elle était une native de Westeros, ses racines jeunes et primitives ne faisaient pas d’elle une bonne génitrice pour un enfant du sang du Dragon. Aussi, le petit Wilhem ne serait jamais – aux yeux de Valyron – aussi noble que ses illustres cousins nés dans la pourpre du Donjon-Rouge. N’était pas porphyrogénète qui voulait : la preuve, il n’était pas né à Port-Réal mais à Peyredragon. Toutefois, à la pensée de la forteresse, Valyron se souvint brusquement que le Conquérant lui-même – et Maegor aussi, d’ailleurs – était né sur l’île. Avait-il plus de légitimité par cela ? Sans doute. Le problème était bel et bien conséquent.

« Si vous ou l’un de vos hommes n’ont, ne serait-ce que touché à UN SEUL de ses cheveux… »

La charge fut plus violente que ce à quoi il s’attendait. La rage décuplait ses forces, comme une mère ourse chargerait n’importe quoi menaçant sa portée, l’instinct maternel procuré à la jeune femme une force insoupçonnée. Déstabilisé, Valyron recula d’un pas en jetant un regard courroucé à Elinor. Que diable était-ce… ? Elle ne s’arrêta pas en si bon chemin, continuant de le marteler de coup, certains le faisant reculer sous la pression qu’elle y mettait.

« Pourquoi… Faut-il… Toujours… que vous… vous mêliez… des affaires… des autres ! »

Parce que c’est mon travail ? songea-t-il, caustique. La voyant soudainement s’arrêter pour, supposa-t-il, se recoiffer, il reprit contenant, croisant les bras sur son torse endolori. Il compatissait sincèrement et n’était pas forcément fier d’avoir fait cela, mais comment pouvait-il en avoir été différemment ? Il était voué à vie aux Targaryen, il leur était dévoué corps et âme.

« Dites-leur que vous vous êtes trompé… Dites-leur que c’est une malencontreuse erreur. Vous pouvez encore le faire, j’en suis certaine… Personne… »

C’était bien entendu impossible, il ne protégerait pas ce secret. Elle l’avait su, d’ailleurs. Lui dissimuler montrait sa clairvoyance à ce sujet. Les bras toujours croisés, il se contenta de hausser les épaules pour signifier son impuissance à ce sujet. La demande était pathétique, et Valyron en éprouva d’ailleurs de la pitié. La jeune femme comprenait que sa vie était sur le point de basculer. Et cela serait encore plus grave si elle perdait tout sens commun. Il devait la raisonner.

« Personne ne viendra témoigner en votre faveur… Vos hommes sont certainement morts. »

Cette fois, Valyron fronça les sourcils. Il pouvait encaisser de nombreuses attaques personnelles mais toucher à son réseau, c’était toucher à l’œuvre de sa vie. Il ne se préoccupait pas foncièrement de ses agents, bien qu’il portât grande attention à ses lieutenants, mais c’était un tout ; une osmose fragile qu’il ne fallait pas perturber par une vendetta stupide. Comment diable pouvait-elle avoir réussi un coup pareil ? Était-ce au moins la vérité ? Toujours calme, mais visiblement irrité, il garda le silence, la dépeçant de son simple regard. Après un moment sans un bruit, sa voix se fit aussi coupante que de l’acier de Valyria, et son ton devint venimeux à chaque phrase qu’il prononçait.

« J’espère très sincèrement pour vous que ce n’est pas la vérité. Ce serait de la trahison envers le Roi que de faire assassiner ses agents. »

Il n’avait que faire de l’apparent soulagement qu’arborait la jeune femme comme une bannière éclatante, flamboyante dans ce rayon d’espoir qui avait point à l’horizon du cauchemar qui s’annonçait.

« Tout comme empêcher l’un des membres de son conseil restreint de faire son office, qui plus est en utilisant les hommes du Protecteur. Le scandale serait tel que vous seriez mise sur le devant de la scène… Il serait sans nul doute dommageable que certains apprennent l’existence de votre fils. »

Il ne pouvait se résoudre à prononcer le nom de bâtard pour un enfant de tel rang, même si c’était exactement ce qu’il était. Cela n’aurait fait que faire enrager Elinor, et ce n’était pas le but de cette discussion. Au regard outré qu’elle lui jeta, il se sentit misérable d’user d’un pareil argument, mais il persista, arborant tout le mépris qu’il pouvait singer – c’est-à-dire beaucoup. Tant pis, mieux valait qu’elle le détestât pour de bon, au moins elle pourrait l’oublier et avancer dans sa vie.

« Oh, ne me jetez pas ce regard. Je vous avais prévenue que cela finirait par être utilisé contre vous. »

Pardon.

Avec ces mots, il la perdait sans doute définitivement, mais il n’avait pas d’autre choix. Il aurait manqué à tous ses devoirs s’il n’avait pas rapporté l’existence de l’enfant.

« Je vous demande de venir avec moi. Je fais cela pour vous, Elinor. Peut-être un jour le comprendrez-vous et trouverez-vous la force de me pardonner. Si l’on avait découvert son existence autrement que par moi, il aurait sans doute été occis sur le moment, sa tête aurait été apportée à Jaehearys et Rhaenys… Quant à nous, nous aurions probablement fini raccourcis du chef également. Nous, et tous ceux qui vous auraient aidé à le dissimuler. »

Soudain, une lueur d’esprit lui fit prendre conscience que tout s’était joué à Peyredragon, le fief de Daenys. Un immense doute envahit le cœur du Serpent, l’angoisse lui serrant le cœur. Il posa la question à voix haute, trop choqué pour imaginer que cela puisse être possible.

« Oh non… Daenys est mouillée là-dedans, n'est-ce pas ? »

C’était impossible. Choqué par sa propre outrecuidance à supposer une telle chose, il n’écouta même pas la réponse d’Elinor, complètement sonné. Il fallait à tout prix résoudre cette histoire au plus vite. Il reprit son masque impassible, il fallait y aller.

« Venez avec moi. Le Roi est un homme bon, il ne cautionnera pas mais comprendra. Il tempêtera, il accusera, il dénoncera, car c’est ce que font les rois. Mais, à terme, il vous écoutera et nous trouverons tous ensemble une solution. »

Bien évidemment, elle refusa. Et Valyron rendit les armes, il ne pouvait rien faire de plus pour elle et pour son avenir. S’il allait seul devant les têtes couronnées, le rapport serait froid, impersonnel. Il ferait de son mieux pour limiter l’impact sur la vie d’Elinor de sa décision d’en parler au couple royal. Alors qu’il tournait les talons pour quitter le septuaire, il sentit sa veste se tendre et son bras être tenu en arrière. Il crut un temps qu’elle allait le frapper, et il se retourna, prêt à esquiver un coup qui ne vint pas. Face à lui, une jeune femme terrorisée par ce qui pouvait lui arriver et arriver à son bébé l’implorait de ne pas le faire, elle invoquait à sa manière tout ce qu’ils avaient traversé ensemble au cours des dernières années. Il aurait aimé pouvoir céder, il aurait voulu ne pas être fiable, mais comment pouvait-il abandonner ses maîtres ? Ils avaient besoin de lui. Alors, pour la première fois depuis longtemps, Valyron baissa les yeux sous le regard implorant et paniqué de la jeune femme. Il expira lentement, cherchant à encaisser l’impact émotionnel de ce qu’il voyait. Et puis, il déposa sa main avec une douceur infinie sur la joue d’Elinor, ultime contact entre eux. Il la caressa avec tendresse, dans un dernier geste paternel, affectueux. Peut-être ne comprendrait-elle jamais. C’était là son destin, son fardeau de maître des Chuchoteurs.

« Je suis désolé, Elinor. Cela m’est impossible. Je ferai de mon mieux. »

Il avait parlé avec une douceur inédite, une douleur sourde qui avait fini par jaillir. Il avait presque murmuré, étouffé par l’émotion et les regrets. Incapable de soutenir le spectacle terrible qu’offrait Elinor, il se détourna doucement et se dirigea vers les portes où il s’éclipsa.

Arrivé dehors, il constata que deux gardes Baratheon traînaient non loin du septuaire. Ils le regardèrent passer d’un œil légèrement soupçonneux. Valyron n’était pas populaire parmi les soudards de l’Orage, mais ils avaient peur, comme tout le monde, et se détournèrent rapidement pour éviter de se faire remarquer de trop près par le Serpent. Marchant à pas rapide, Valyron s’attendait à tout instant à entendre un ordre déchirant venu d’Elinor, les sommant de se saisir de lui, mais rien ne vint. Soulagé, il quitta rapidement les jardins pour se diriger vers les appartements royaux. Là, il salua brièvement les quelques gardes royaux qui traînaient devant l’entrée et il fut annoncé. Introduit auprès du couple royal, il les trouva tous deux dans le grand salon qui tenait aussi lieu de bureau et de pièce de vie lorsqu’ils souhaitaient se retrouver seuls ou éventuellement rencontrer des personnes en dehors des cadres officiels du Donjon-Rouge. Ici, les Dragons étaient chez eux. Valyron se plia dans une révérence que le chef du protocole royal aurait applaudi de ses deux mains avant de relever la tête et d’attendre que le Roi l’invite à parler.  



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Elinor Piète
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal.
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Lun 15 Oct 2018 - 19:47




Le Prix du Silence

Allons, Elinor, ne demeure pas plantée ! Réfléchis ! Mais il était difficile pour la jeune Araignée d’être capable d’une telle chose à pareil moment. Son cœur venait frapper sa poitrine avec la rage du désespoir quand ses pensées se bousculaient, envisageant le pire de tous les scénarios possibles. Il lui devenait impossible de faire le vide nécessaire à la focalisation de la situation, à l’élaboration d’un plan inébranlable que même le Mantaryen ne saurait défaire si aisément. La panique la prenait à la gorge, rendant l’accès à l’air difficile et, un instant, elle eut envie de s’enfuir, de sortir de ce septuaire où il lui semblait étouffer pour chercher de l’air ailleurs, loin d’ici. Loin de la toxicité des paroles de celui que, pendant tant de temps, elle avait appelé ami quand d’autres lui hurlaient de se méfier. Comme elle eut tort de ne pas les écouter.

Elle l’écouta tandis qu’il répondait à sa dernière phrase, allant jusqu’à l’accuser de trahison si elle avait bien fait assassiner les espions du Roi. Du Roi ? Vraiment ? Était-ce le Roi en personne qui avait ordonné cette mission, qui avait fait le choix d’orienter le tir sur Peyredragon ? La mort de ces hommes, si elle était avérée, était entièrement du fait du natif de Mantarys et le regard noir d’Elinor lui adressait ce nouveau reproche. Elle se détourna pourtant de lui, préférant garder son bluff pour elle car elle n’avait nulle certitude quant au sort des hommes du maître des Chuchoteurs. Elle connaissait leur réputation tout comme elle savait que Daenys était autant prête à tout pour l’aider à protéger son fils. Elle le lui avait promis et certains savaient garder leur promesse quand d’autres les brisait sans sourciller.

Par contre, quand il reprit la parole, elle se mordilla la lèvre inférieure. Oui, elle l’avait envisagé. Elle aurait pu faire appel aux gardes Baratheon pour faire jeter dans les geôles Valyron, le temps qu’elle ne trouve une solution adéquate, mais les gens auraient posé des questions auxquelles elle n’aurait su trouver réponse. Il alla même jusqu’à formuler l’ultime menace, forçant Elinor a lui faire face, outrée qu’il se serve de cela pour la faire plier. « Vous n’oseriez… » Elle ne finit pas sa phrase, trouvant la réponse toute seule dans le regard de l’homme. Bien sûr, qu’il oserait. Ne venait-il pas ouvertement de la menacer, de chercher à la faire tomber ? Il la dégoutait et ce fut avec une grimace à l’image de ces pensées qu’elle se détourna de nouveau de lui, désabusée, les yeux humides, se voyant soudainement comme la frêle enfant qu’elle était, impuissante. Elinor avait joué avec le feu et s’était brûlé. Elle avait essayé d’étouffer le brasier mais lui n’avait fait que tourner avec le vent pour mieux la surprendre dans son dos, pour mieux la dévorer toute entière.

Et il ne fit que l’enfoncer davantage. Il l’avait prévenue. Oui et non. Elle savait qu’en lui mentant ce jour-là, elle le paierait un jour. Mais Elinor, malgré les apparences, n’était qu’une jeune femme aux sentiments si grands que la peur l’avait terrassée. Quand ses yeux se posaient sur Wilhem, elle le voyait lui, son bourreau, le Cruel qui avait terrassé tant d’Hommes par sa folie. Il lui ressemblait tant que, le jour de sa naissance, alors que Daenys s’occupait ailleurs de la gestion de tout ceci, elle s’était avancée vers le berceau de l’enfant avec un oreiller, déterminée à tuer une deuxième fois ce monstre qui l’avait tant fait souffrir. Mais elle n’avait su s’y résoudre. La maternité avait pris le dessus et ce fut dans les larmes qu’elle lui avait demandé pardon, à lui, à cet innocent petit être qui respirait l’air d’un monde amer pour la première fois. Alors oui, elle savait qu’un jour, elle paierait cette faiblesse mais elle pensait que cela ne viendrait que bien plus tard. Et que les choses ne seraient guère amenées par le Serpent de Port-d’Epices.

Le poids du pendentif qu’elle portait au cou devint lourd. Elle en eut presque l’impression qu’il cherchait à l’étrangler, à l’attirer au sol pour que le Serpent puisse mieux mordre l’Araignée. Pourtant, le maître des Chuchoteurs reprit la parole et devant ses mots, la tête d’Elinor hochait machinalement de la droite vers la gauche, marquant son refus, son impuissance devant la situation gargantuesque dans laquelle elle s’était mise. Je fais cela pour vous Comment pouvait-il lui faire l’affront de telles paroles ? En quoi exposer son secret, sa honte était censée lui venir en aide ? Car oui, Elinor avait honte de cette naissance autant qu’elle en avait eu peur. Elle aurait aimé pouvoir être entourée, pouvoir dire aux principaux concernés ce qu’il en retournait. Mais elle avait eu trop honte, trop peur que la nouvelle parvienne, d’une manière ou d’une autre, aux mauvaises oreilles. Ondrew… La pensée de son époux la fit frémir car elle n’osait imaginer comment il pourrait réagir s’il apprenait la chose, s’il refusait de comprendre les raisons qui l’avaient poussée à agir en ce sens. Et à présent, Valyron parlait de la mort du bébé qui aurait pu être mise en œuvre s’il s’était agi de quelqu’un d’autre. C’en était trop. Les larmes qui bordaient ses yeux roulèrent doucement sur ses joues, sans qu’elle ne cherche à les retenir.

Puis, il évoqua Daenys, comprenant certainement le rôle qu’avait joué la mère-dragon dans tout ceci. Mais elle ne dit mot, n’osant le contredire ou lui affirmer les choses. Elle se contenta de garder le silence, ses lèvres closes se tordants à cause de la peine. Et une dernière fois, il lui demanda de l’accompagner au-devant du Souverain. De ployer le genou pour mieux offrir sa tête à l’épée qui pourrait s’abattre sur sa nuque. Les arguments de Valyron se valaient et elle n’aurait pas été tant impliquée émotionnellement, elle aurait surement compris qu’il fallait le suivre, faire face, serrer les dents pour mieux offrir une solution viable. Mais son cœur la rappelait à sa faiblesse, à cet instinct maternel doublé par l’amour partagé d’un être qui se sentirait certainement trompé et à juste titre. « Je ne peux pas… » Elle baissa la tête, les larmes venant s’écraser sur le sol du Septuaire. Il y eut un léger silence avant que Valyron ne se mette en mouvement. Alors, horrifiée, elle redressa le chef pour le regarder faire, pour le voir passer devant elle. Non… Non, non, non !

Plus qu’un pas, une enjambée, puis deux, puis trois. Sa main se resserra sur le poignet de l’homme, retenant sa course, le stoppant net une dernière fois, le poussant à lui faire face. « Valyron, je vous en conjure… Au nom de cette amitié… Je pourrais vous le pardonner si vous n’y allez pas. » Elle cherchait dans ses pupilles des réponses, ce sentiment qu’ils avaient partagé durant ces dernières années, les braises encore chaude de leur amitié. Lui détourna le regard avant de porter une main sur la joue de la jeune femme qui se laissa faire. Et quelques mots qui vinrent trancher la corde de cette épée qui demeurait au-dessus de la tête d’Elinor pendant tout ce temps. Alors elle laissa l’air entrer dans son corps par ses lèvres ouvertes, choquée de toutes ces révélations, les iris vibrantes s’accrochant pourtant au Mantaryen, comme espérant le voir changer d’avis. Sa main, pourtant, le laissa partir, ne chercha pas à le retenir. Statue, elle garda ainsi cette pose, essayant de reprendre son souffle, regardant l’image de Valyron qui se détournait d’elle tandis que les larmes brouillaient sa vue. Elle pouvait l’arrêter. Elle pouvait utiliser les gardes… Mais à quel prix ? Non, elle n’avait nulle solution quand lui finit par quitter les lieux, ne laissant que la lumière pénétrer les lieux par la porte d’entrée là où son ombre avait trôné quelques instants plus tôt. Alors Elinor se laissa tomber à genoux, sous l’impuissance de l’instant, sanglotant sans retenue, une main sur ce ventre qui avait vu grandir ce petit être qui risquait de ne pas survivre à ce jour. J’ai mal… L’air ne voulait plus entrer dans son corps et il lui semblait qu’elle allait s’effondrer, céder aux ténèbres. Ses yeux cherchaient des réponses autour d’elle mais ne trouvaient que les statues de ces divinités. « Pourquoi… Pourquoi ne faites-vous donc rien ?! » Elle se déplaça à quatre pattes, s’avançant vers le Père, la rage au cœur. «  Que faut-il que je fasse pour que ces tourments cessent ? » Et elle pleura à nouveau, à genoux devant cette représentation de la divinité, murmurant quelques prières. Pour Wilhem. Pour Ondrew. Pour Daenys. Et pour elle.

***

Father
Father
Father...
Father into your hands I command my spirit,
Father into your hands...
Why have you forsaken me ?
In your eyes fosaken me ?
In your thougths forsaken me ?
In your heart forsaken me ?

© Belzébuth

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The Beautiful Spider
The dangerous black widow encases her victims with silk, and then kills with poison from her fangs.
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Le Destin
ADMIN SUPRÊME & PNJ
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Jeu 18 Oct 2018 - 11:58




  Le Prix du Silence
 

 

Les appartements royaux étaient l’apogée de ce que Port-Réal avait à offrir en termes de luxe. Lors de la construction du Donjon Rouge, à l’époque de la Conquête, l’or ne manquait pas, récupéré dans les pillages de châteaux des seigneurs broyés par la puissance valyrienne, ou reçu en tribut de la part de ceux qui se soumettaient à l’envahisseur. La forteresse des Targaryen avait donc été construite sur base d’une richesse avec laquelle même les Lannister n’auraient pas pu rivaliser à l’époque, et quand bien même le patrimoine Targaryen n’était plus le même désormais, Aegon avait fait en sorte que leur lieu de vie reste l’un des plus luxueux existant à Westeros pendant les siècles à venir.

Le lieu de vie royal n’était donc qu’opulence et richesses, avec des rideaux faits en soie importée depuis les plus lointaines contrées d’Essos, des meubles à la découpe fine et distinguée dans un bois des plus noble, et des sièges au confort certain. Une petite armée de serviteurs était chargée d’entretenir quotidiennement l’endroit, pour s’assurer que rien ne vienne contrarier la satisfaction du couple souverain de Westeros. D’ordinaire, l’endroit était privé, mais il arrivait toutefois que l’une ou l’autre personne y soit invitée, afin de pouvoir converser avec les détenteurs du pouvoir à l’abri des oreilles indiscrètes. Robb Baratheon, par exemple, était un habitué de l’endroit, venant souvent prodiguer son point de vue sur les affaires d’état au jeune Roi, dont la date de prise de pouvoir effective arrivait à grands pas. Jaehaerys lui-même n’était pas toujours d’accord avec son Régent, qu’il trouvait trop rapide à cataloguer les nobles du Royaume en tant qu’alliés ou ennemis, mais force était de constater que sa gestion du Royaume avait été presque sans accroc, et que son cousin disposait d’un sens de la stratégie inné qu’il faudrait encore de longues années au jeune Roi pour espérer l’égaler.

Aujourd’hui, toutefois, c’était un tout autre membre du Conseil Restreint qui avait demandé à les voir, lui et Rhaenys, en privé, coupant court au protocole normal en matière de passage d’informations. Valyron Tyvaros était le Maître Chuchoteur Royal, et sous la Régence il rendait d’abord des comptes au Protecteur, qui aurait donc dû être mis au courant de la raison de la demande du Mantaryen, cependant celui-ci n’en avait rien fait, ce qui laissait supposer que l’affaire était suffisamment grave pour le contourner, ou bien que l’antagonisme entre les deux hommes était bien plus fort que ce que le Roi avait estimé. Jaehaerys avait donc jugé bon de garder le secret de la demande de Valyron, d’autant plus qu’il avait eu connaissance des derniers accrochages entre sa sœur-épouse et le Baratheon, et qu’il était peut-être temps de revoir sa position quant à l’homme qui gérait le Royaume actuellement. Peut-être Tyvaros avait-il des choses à son sujet à lui apprendre, après tout ?

Lorsque le Maître des Chuchoteurs fit son entrée, Rhaenys et lui se trouvaient assis autour d’une petite table, spéculant sur les raisons de la venue de ce dernier. Quoiqu’en disent ses détracteurs, Jaehaerys pensait réellement que Valyron était fidèle à la Couronne, et plus encore aux Targaryen. Il suffisait de voir les changements de son comportement quand il s’adressait à un membre de la famille royale, ou même qu’il parlait de l’un d’eux : il avait peut-être commis plusieurs trahisons, dans un camp comme dans l’autre, durant la guerre, mais celle-ci était terminée, et le mantaryen avait désormais choisi son camp. C’était pour cette raison que le Roi faisait mine de ne pas voir que certains des membres du Conseil Restreint aimeraient le voir déchu de son poste, ou pire séparé de sa tête. Valyron était fidèle à son sang, et de plus diablement efficace dans les responsabilités qui lui avaient été confiées. Fidèle à son habitude, il respectait parfaitement le protocole, s’inclinant au plus bas avant d’attendre patiemment que son souverain l’autorise à parler. Enfant, Jaehaerys s’était demandé combien de temps une personne pouvait attendre ainsi, si le Roi ne l’autorisait pas à prendre la parole et se contentait de l’ignorer, aujourd’hui, tout cela lui semblait bien futile, ainsi qu’un manque flagrant de respect, une chose que Jaehaerys avait appris à éxécrer. Un bon Roi ne se contente pas d’exiger la déférence due à son rang, il offre à ses sujets la considération et le respect qu’ils méritent, une chose que, lui semblait-il, son prédécesseur avait complètement oublié. Accompagnant donc sa phrase d’un léger sourire, Jaehaerys fit signe à Valyron de s’exprimer, le saluant poliment :

« Lord Tyvaros, vous avez demandé à nous voir ? Je vous en prie, dites-nous tout. Désirez-vous quelque chose à boire? »

 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Ven 19 Oct 2018 - 21:45

Au-delà du silence

ft.










Bien que certain de sa légitimité à se trouver en ces lieux, VAlyron Tyvaros ne pouvait s’empêcher de se sentir intrus dans les appartements royaux. Il n’y mettait guère souvent les pieds, surtout dans ceux dédiés au couple souverain. Jadis, il s’était occupé d’enseigneur aux jeunes Dragons l’immense étendue de savoir qu’il y avait à emmagasiner sur l’Histoire de leurs ancêtres et des Possessions. De cette époque, distante d’une quinzaine d’années tout au plus, il gardait un souvenir heureux. Il n’était alors qu’un courtisan exotique, peu impliqué dans les affaires de cour. Il donnait parfois son avis sur certains sujets lorsque le Roi Aenys le sollicitait, mais il n’avait jamais eu de rôle véritablement plus officiel que celui de précepteur royal. Cela lui allait alors à la perfection. Il était entouré des siens, des Hauts Valyriens au sang le plus noble de l’univers. Il les voyait tous les jours, évoluer au sein de cet étrange canevas de peuple qu’ils avaient unifié par le feu et le sang. Tous étaient venus se prosterner devant le fils du Conquérant et courber l’échine, vaincus, tancés, soumis : Stark, Arryn, Lannister, et les autres, qui détenaient leur pouvoir des Targaryen eux-mêmes. Tully des Vivesaigues, Baratheon d’Accalmie, Greyjoy de Pyke, Tyrrell d’Hautjardin. Seuls manquaient à l’appel les Dorniens, qui avaient été les seuls à repousser avec succès la marée rouge et noire qui avait déferlé sur le continent. A cette époque, tout semblait simple. Le natif de Mantarys voulait croire que tout l’était, bien qu’il voyait alors les doutes terribles dont Aenys était la proie. L’indécision l’écrasait comme une une force irrépressible, contre laquelle même le sang le plus noble ne pouvait lutter. La quiétude de cette vie posée et idéale pour Valyron avait vacillé avec le massacre de Crakehall et la disparition de Rhaena et Aegon. Le Roi ne s’en était jamais remis, et son naufrage dans l’apathie et la maladie avait acté le crépuscule du Valyron d’antan. Peu à peu, il avait pris une importance plus prégnante dans le quotidien du Roi qui avait toujours eu une profonde confiance en lui.

Et ainsi, en un triste jour de l’an 47, Westeros avait perdu son Roi et Valyron, son âme. Son importance grandissante de l’époque lui avait valu d’être nommé messager du conseil de régence qui n’était autre que le conseil restreint d’Aenys. Alors qu’il posait son regard gris sur les deux derniers enfants d’Aenys, les images de cette journée fatidique lui revenaient. Il se voyait, à la tête d’un grand cortège composé d’hommes du Guet et de deux gardes blancs, précédé par quatre étendards royaux, portant un message de première importance au Grand Septon de la part du conseil : Jaehaerys devait être couronné au plus vite pour palier à tout prétendant. On racontait déjà que Maegor avait traversé le Détroit et que sa mère, la reine douairière Visenya, avait levé une armée après avoir quitté la capitale. Tout aurait pu être terminé si le représentant des Sept n’avait pas refusé la requête, sans doute acheté au préalable par Visenya. A la fin de cette terrible journée, Valyron avait vendu son âme et Westeros avait embarqué pour un règne qui s’était terminé de la même manière qu’il avait débuté : dans le sang.

Valyron avait commis deux trahisons majeures au cours de sa vie. La première ce jour-là, en empêchant les deux Targaryen qui se trouvaient désormais face à lui. A l’époque, son esprit avait effacé toutes les considérations personnelles pour ne garder qu’une vision purement pragmatique : jamais les fuyards n’auraient réussi à quitter la capitale, et ils auraient mis leurs vies en danger pour rien. Cette trahison avait permis à Valyron de s’élever plus haut qu’il ne l’aurait jamais espéré, devenant rapidement Maître des Lois et membre du conseil restreint de Maegor. Son autre trahison avait été lorsqu’il avait contacté les rebelles pour leur communiquer des informations sur l’intérieur des murs de Port-Réal, alors assiégée. L’assaut déclenché dans la foulée leur avait permis d’éviter le pire, et avait restauré ce qui aurait toujours dû être : Jaehaerys, souverain des Sept Couronnes.

D’aucuns auraient pu dire qu’il en commettait une troisième en ce moment même, face à ses maîtres et au détriment de la seule amie qu’il n’ait jamais eu à Port-Réal. Pourtant, comme pour la fuite avortée de l’an 47, Valyron estimait bien faire. Il avait le contrôle, il pouvait choisir ses cartes dans l’ordre qui lui convenait le mieux, tout cela dans un seul et unique but : l’Ordre. L’Ordre était la raison de vivre du Serpent, maintenir le fragile équilibre des forces qui assurait la domination Targaryen. L’anomalie que représentait l’enfant d’Elinor et Maegor était une menace à tout cela. Si l’information avait fuitée plus tard, les dieux seuls savaient ce qui aurait alors menacé Elinor, son enfant, et tout le royaume. Il accomplissait là la meilleure chose à faire, quand bien même elle était également difficile. Aussi, lorsque le Roi s’adressa à lui, Valyron l’écouta avec attention. Il jouait son âme, une nouvelle fois.

« Lord Tyvaros, vous avez demandé à nous voir ? Je vous en prie, dites-nous tout. Désirez-vous quelque chose à boire? »

Bien que sans doute intrigué, le souverain n’en restait pas moins tout à fait aimable. Lorsqu’il se souvenait de ce petit garçon effacé, qui avait vécu dans les ombres successives de son père, de son frère, puis de son oncle, Valyron ressentait une certaine félicité à le voir ainsi, plus posé, commençant à prendre en main son immense domaine. D’un geste fluide, plein d’élégance essosie, il accepta poliment. Il n’avait pas soif, mais on ne refusait rien lorsque le Roi vous proposait quelque chose.

« Volontiers. Je vous remercie, Votre Majesté. »

Il ne toucha toutefois pas au verre. Peut-être en aurait-il besoin plus tard, mais il ne savait même pas ce qu’il y avait dans le splendide gobelet de métaux précieux ciselés. Il s’éclaircit la voix et débuta. Il était entré dans l’arène. Il jeta un ultime regard à Rhaenys, cette jeune femme qu’il avait vu grandir, et qui avait accepté d’organiser cette entrevue confidentielle.

« Si j’ai sollicité Votre Majesté, dit-il en s’adressant à la Reine, c’est que j’ai récemment fait une découverte d’une gravité extrême qui, à mon humble avis, ne concerne que Vos Majestés. »

Il reporta son regard sur le souverain qui le toisait d’un regard améthyste parfaitement calme, attendant patiemment la suite.

« Mon Roi, j’ai découvert qu’un enfant était abrité sur Peyredragon depuis plusieurs mois. De père et de mère inconnue, soigneusement dissimulé et présenté comme un bâtard de domestique. »

Inspirant longuement, il récita le déroulé des événements tels qu’ils lui étaient apparus, ou presque.

« L’enfant ayant des yeux légèrement mauves, j’ai pris sur moi de diligenter une enquête plus aboutie. J’ai identifié la mère, mais surtout, le père. »

Lui-même effrayé par la réaction potentielle qu’il allait déclencher, il laissa passer un blanc involontaire. Il ne cherchait pas à ménager son effet. Le grand et imperturbable Serpent de Mantarys, intrigant parmi les intrigants, était subitement mal à l’aise : vision terrifiante pour lui-même qui lui rappelait sans cesse la gravité de la situation.

« Il s’agit de votre oncle, Majestés : Maegor. »


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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Lun 22 Oct 2018 - 15:16




Le Prix du Silence

L’homme qui me faisait face n’avait rien d’un westerosi ordinaire, et pour cause il n’était pas de nos contrées occidentales. Sa renommée même venait du fait même qu’il venait de ces terres exotiques et lointaines d’Essos. Lui et moi parlions la même langue, tant par notre héritage commun que par le fait qu’il parlait le valyrien.

« C’est un honneur, ñuha dāria »

L’homme était avant tout couturier, fort de son réseau d’Essos pour importer les plus beaux tissus de son continent natal. Cependant il était bien plus, fréquentant les grands comme les plus humbles, il était l’ami des chansonniers, bardes et autres peintres qui lui devaient bien souvent leur introduction auprès des Dames du monde. Combien de bardes avaient ainsi pu se produire lors d’un banquet ou d’un diner plus intime à la table des grands ? Combien de peintres avaient, grâce à lui, obtenu le patronage d’une dame qu’ils avaient su représenter en majesté ? Il avait l’esprit d’Essos se mêlant aux riches comme aux pauvres, aux influents comme aux paysans, rendant visite à une famille importante avant de finir sa journée dans les bordels de la capitale. Là était son excentricité, et sans doute était-ce la raison de son succès.

« Je ne peux malheureusement vous entretenir davantage, cependant vous l’aurez compris c’est un projet titanesque que je remets entre vos mains. Si, bien sûr, vous en acceptez la charge. »

« Gevie dāria, comment refuser quoique ce soit à la fille du dragon ? Nous composerons des chants et légendes qui trouveront échos dans le royaume tout entier, dans les palais comme dans les maisons de plaisir, dans les ports comme au cœur des champs ! Tableaux, tapisseries et enluminures viendront graver le visage royal pour les siècles à venir ! Nul ne pourra plus ignorer les traits gracieux de votre visage ou la force de la figure de votre époux, Sa Majesté. Nul ne pourra plus ignorer l’histoire de votre règne ! La chanson du couronnement de Jaehaerys Ier et l’aube d’un nouveau jour sera sur toutes les lèvres dans les semaines à venir, Dāria Zaldrīzoti. »

Il avait déclamé ces quelques mots avec en enthousiasme théâtral qui me tirait un sourire amusé. Il était fantasque mais il n’en était pas pour autant dénué de serieux, et il me semblait qu’il avait pris toute la mesure de ce que je lui confiais. Il me faudrait évoquer le sujet avec Valyron Tyvaros, qui ne manquerait pas de surveiller le déroulement de ce projet ambitieux. Je le remerciais de sa visite, et nous ne tarderions pas à nous revoir pour réfléchir ensemble aux prochaines étapes. L’homme s’inclinait et quittait la pièce, drapé dans une épaisse pelure exotique qui me laissait pensive sur sa résistance à la chaleur. Distraite, je rassemblais les parchemins sur lesquels avaient été jetées les quelques idées, les quelques lignes poétiques qui seraient bientôt portées aux quatre coins du continent, dans les ports et les bordels, les banquets et les fêtes.

Il était encore très tôt, Jaehaerys et moi avions instauré comme habitude de tenir les réunions que nous souhaitions garder confidentielles avant le lever du matin, ou bien au petit matin, et il était coutume que nous nous retrouvions par la suite afin de prendre le petit déjeuner ensemble sur l’une des terrasses extérieures attachées aux appartements royaux. C’est ainsi que, quelques dizaines de minutes après le départ de l’homme d’Essos, quelques coups résonnaient qui annonçaient l’arrivée du Roi dans la pièce. J'entamais le rangement des parchemins et le laissais me rejoindre. J’affectionnais ces quelques moments simples où nous pouvions apprendre à nous connaître autrement. J’aimais les quelques gestes simples, instaurés entre nous, qui maintenaient une complicité intime qui dépassait les simples devoirs maritaux. J’aimais cette manière qu’avait mon frère-époux de déposer une main caressante sur mon épaule avant d’embrasser le sommet de mon crâne en guise de bonjour, la douceur de son regard et la tendresse que chacun de ses gestes envers moi.  Il était difficile, évidemment, de nous adapter à cette nouvelle relation qui nous liait, en particulier pour moi qui avait longtemps considéré Jaehaerys comme un enfant à protéger.

« Valyron Tyvaros a demandé une audience privée, peut-être pourrions-nous déjeuner ici ? »

Absorbée par la lecture d’un dernier parchemin, j’opinais de la tête avant de murmurer un accord distrait mais doux. Je l’entendais rire doucement à la vue de mon air sérieux devant les quelques lignes de poésie que renfermaient les papiers. Finalement satisfaite de ma lecture, je débarrassais la table moi-même pour laisser champ libre aux serviteurs qui approchaient déjà pour y déposer quelques fruits – raisins, fraises et autres fruits exotiques, et une plusieurs boissons. Nous n’étions guère adepte de l’opulence gastronomique, et certainement pas le matin. A mesure que nous picorions quelques fruits, nous échangions sur des thèmes aussi divers que nos derniers rêves, le contenu de ma réunion avec l’homme d’Essos et de la rencontre à venir avec Tyvaros ou encore notre volonté de nous rendre prochainement à Peyredragon. Le voyage ne serait pas long à dos de dragon et il serait agréable de sortir de la capitale, ne serait-ce que le temps d’une nuitée. Cette première sortie serait l’occasion de laisser libre cours à l’énergie d’Ailes d’Argent, et sans doute Alys serait-elle contente de nous accompagner hors de la forteresse. L’idée de cette escapade avait eu le don de nous rendre légers, presque rêveurs. La capitale et la forteresse avaient cela d’écrasants qu’ils ne nous laissaient que trop peu d’instants en plein air. La main de Jaehaerys vint trouver la mienne, dans un geste devenu naturel, et attrapant ma main il l’a portait à ses lèvres pour y déposer un baiser. Cette proximité physique n’avait pas été naturelle au départ, il y avait bien sûr beaucoup de tendresse, mais il nous avait fallu prendre le temps de nous apprivoiser… de nous voir autrement. L’exercice n’était pas des plus communs ni des plus aisés, mais le temps faisant son œuvre, et la tradition de notre famille aidant, nous parvenions peu à peu à nous connaître autrement.

« Majestés, Lord Tyvaros. »

L’homme entrait dans la pièce baignée d’une lumière naturelle magnifique. Les deux terrasses qui se faisaient face permettaient au vent chaud et au soleil de s’engouffrer dans la pièce. Ma main toujours dans la sienne, Jaehaerys se tournait vers Tyvaros qui s’inclinait avec déférence en attendant le premier mot de son roi, comme il se devait.

« Lord Tyvaros, vous avez demandé à nous voir ? Je vous en prie, dites-nous tout. Désirez-vous quelque chose à boire? »

Je détournais mon regard de Tyvaros pour le diriger vers Jaehaerys, une lueur de fierté dans le regard. Il aurait été impossible de s’imaginer que je n’aimais pas mon frère-époux qui tenait encore ma main tant les regards que je lui lançais démontrait l’admiration mêlée de tendresse que je vouais à ce jeune homme. Il était bienveillant et juste, sage et courageux, et je ne pouvais qu’être fière d’être aux côtés de celui que je considérais déjà comme un grand roi.

« Volontiers. Je vous remercie, Votre Majesté. »

Mon regard retrouvait la silhouette de Valyron qui se trouvait à quelques pas de nous. Jaehaerys et moi rompions le contact intime qui ne s’était déjà que trop éternisé en présence d’un tiers.

« Si j’ai sollicité Votre Majesté, c’est que j’ai récemment fait une découverte d’une gravité extrême qui, à mon humble avis, ne concerne que Vos Majestés. »

« Je reconnais bien là votre talent de conteur, Lord Tyvaros, vous avez attisé notre curiosité… Parlez donc sans attendre, je vous prie. »

Mon humeur était légère et le ton de ma voix affable, chose à laquelle le seigneur Tyvaros n’était sans doute pas habitué. Il n’était guère un secret que je gardais en mon cœur le souvenir terrible de sa trahison la plus infâme. Il était en la grande sagesse de mon frère de pouvoir pardonner, mais encore jeune et protégé il n’avait pas eu à subir les traitements qui avaient été les miens à la suite de la trahison de l’homme de Mantarys.

« Mon Roi, j’ai découvert qu’un enfant était abrité sur Peyredragon depuis plusieurs mois. De père et de mère inconnue, soigneusement dissimulé et présenté comme un bâtard de domestique. »

L’histoire était intrigante. A priori elle n’avait absolument aucun intérêt, ni pour Jaehaerys ni pour moi-même. Peut-être cet enfant avait-il le mérite de distraire notre chère tante de sa solitude exilée. Curieuse d’en savoir plus j’invitais Valyron à reprendre son récit d’un léger mouvement de tête tout en portant à mes lèvres la coupe dorée déposée sur la table à mon attention.

« L’enfant ayant des yeux légèrement mauves, j’ai pris sur moi de diligenter une enquête plus aboutie. J’ai identifié la mère, mais surtout, le père. Il s’agit de votre oncle, Majestés : Maegor. »

Le nom de Maegor, la simple prononciation de ce nom, avait toujours eu pour effet de me glacer. Il n’en fallait guère plus pour me traîner de force quelques années en arrière et faire renaître en moi la peur que la jeune fille que j’étais avait ressentie des mois… des années durant. Cette révélation coupait mon geste dans son élan et, ne pouvant avaler quoique ce soit, je reposais délicatement, dans un geste lent et parfaitement maîtrisé, la coupe sur la petite table.

« Il s’agit, en effet, d’un sujet qui ne concerne que sa Majesté et moi-même. Je vous remercie de votre diligence, Lord Tyvaros. »

Ma voix n’était plus empreinte de la légèreté précédente, et tout laissait entrevoir le sérieux de la situation. Des dizaines de questions surgissaient à la fois dans mon esprit : quel âge avait-il ? Maegor avait-il eu connaissance de l’existence de cet enfant ? Qui le protégeait depuis tout ce temps ?... Pour cette question j’avais la réponse sans attendre, car si l’enfant était en sécurité, dissimulé à Peyredragon, il n’y avait qu’une seule personne capable d’en assurer le secret… Une personne qui, une nouvelle fois, trahissait ceux qui l’avaient un jour considéré l’égale d’une mère. Le silence était retombé comme fait de plomb sur les épaules de ceux qui se trouvaient dans la pièce, et mon regard fixé sur Valyron était pensif sans en être absent pour autant.

« Qui est la mère du bâtard de l’Usurpateur ? Qui est-elle et par quel artifice n’apprenons-nous la vérité qu’aujourd’hui ? Je suppose que celle-ci bénéficie du soutien d’une personnalité influente pour parvenir à dissimuler, et ce durant des mois, aux oreilles et aux yeux de votre réseau l’existence d’un enfant aux yeux mauves… »


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Hier à 0:06

Au-delà du silence

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Valyron Tyvaros connaissit Rhaenys et Jaeherys Targaryen depuis des années. A son arrivée à la Cour, en 37, Rhaenys n’était qu’une petite fille de sept ans, et Jaehaerys un tout jeune garçon de trois ans. Parmi tous ceux qui résidaient aujourd’hui à Port-Réal, il pouvait se targuer sans peine d’être l’un de ceux qui les connaissait mieux. Il n’avait jamais prétendu être une figure paternelle pour eux, il n’était pas sacrilège ni stupide, il savait que ce n’était pas le cas. Mais qu’ils l’apprécient ou non, Valyron était une figure constante dans leur vie depuis bien longtemps. Pourtant, on était désormais bien loin des leçons sur la conquête de Ghis ou l’établissement de Volantis dans leurs appartements, où la discipline régnait mais dans un cadre assez détendu. Aujourd’hui, les cours étaient terminés, au lieu d’apprendre l’Histoire, ils l’écrivaient.

Il connaissait Rhaenys si bien qu’il pouvait dire simplement à son attitude et son ton quelle était sa véritable humeur. Par exemple, lorsqu’elle était furieuse mais qu’elle tâchait de le dissimuler pour éviter d’outrager son interlocuteur, elle se murait dans une froide distance mais pinçait sa lèvre inférieure. C’était en général le signal annonciateur d’une des colères draconiques dont seule Rhaenys avait le secret. Et si elle semblait parfaitement détendue lorsqu’il était entré dans la salle, la jeune femme arborait désormais une mince soucieuse, et ce n’était sans doute que le début. Du fait de sa fonction au sein de l’appareil royal, Valyron commençait à se faire à cela. A la plupart de ses interventions, les personnes avec qui ils discutaient tiraient une mince plus préoccupée qu’avant de lui adresser la parole. Si le dicton populaire disait noires ailes, noires nouvelles, il commençait à se dire qu’il était peut-être plus le corbeau que le serpent du Donjon-Rouge.

« Il s’agit, en effet, d’un sujet qui ne concerne que sa Majesté et moi-même. Je vous remercie de votre diligence, Lord Tyvaros. »

Trop heureux de pouvoir court-circuiter le Protecteur Baratheon, Valyron ne laissa cependant rien filtrer de son bref et mesquin triomphe interne. Il se devait d’être également de rester professionnel. L’information était véritablement trop importante pour ne pas être traité uniquement par ceux qu’elle concernait au premier abord. Il aurait fait offense à ses maîtres s’il avait agi différemment. Et moins de monde était dans la confidence, moins l’enfant serait dangereux.

Valyron esquissa une très brève révérence pour marquer réception des paroles de la reine. Il reporta alors son attention sur le roi lui-même, qui était resté silencieux. Rhaenys était profondément troublée. Jaehaerys, lui, semblait également digérer la nouvelle. Il gardait silence, réfléchissant sans doute aux tenants et aux aboutissants d’une telle information, de ses conséquences potentielles et actuelles. Son visage encore juvénile affichait des traits d’un trouble trop important pour un jeune homme de son âge. Il n’avait pas encore la faculté fondamentale pour un souverain de masquer ses émotions. Cela viendrait peu à peu, car le roi était d’une intelligence rare, et il se rendrait compte rapidement de la nécessité de dissimuler aux autres ce qu’il pensait vraiment, y compris à ses plus proches conseillers. Rhaenys fut plus prompte à reprendre ses esprits, et interrogea Valyron sans tarder :

« Qui est la mère du bâtard de l’Usurpateur ? Qui est-elle et par quel artifice n’apprenons-nous la vérité qu’aujourd’hui ? Je suppose que celle-ci bénéficie du soutien d’une personnalité influente pour parvenir à dissimuler, et ce durant des mois, aux oreilles et aux yeux de votre réseau l’existence d’un enfant aux yeux mauves… »

Valyron fit la moue. Il sentait son cœur battre tout rompre. Poum-poum. Poum-poum. Là se jouait un moment crucial. Les dessous de l’affaire étaient bien plus complexes qu’un simple mensonge d’Elinor Piète. Valyron avait été au courant de la grossesse depuis le début. Il n’y avait aucun moyen de savoir qui était véritablement le père, même si les soupçons étaient essentiellement dirigés contre le souverain précédent. L’enfant posthume de Maegor allait désormais devenir une source de préoccupation majeure. Le fond de l’histoire était une trahison familiale. En acceptant de dissimuler cette naissance en son fief, Daenys avait trahi son sang, et les avait mis en danger de mort. Et il incombait désormais à Valyron de relever cette trahison, alors même que Daenys lui avait sauvé la mise auparavant, à la chute de Maegor, quand Rhaenys avait voulu le chasser. Pire encore, il allait déchirer l’entente familiale, peut-être provoquer la mort de la dernière fille du Conquérant. Il se sentit pâlir.

Restait Elinor. Il devait parler d’elle, évidemment. Mais que dire, que faire ? Sans elle, il n’aurait probablement pas survécu au règne du Cruel, et les rebelles n’auraient peut-être pas gagné la guerre. En tout cas, la vie du Serpent n’aurait pas été la même sans la petite araignée bieffoise. Mais il ne pouvait tolérait de trahison envers ses maîtres. Il pouvait toutefois essayer de la protéger. Le devait-il ? Elle l’avait voué aux pires gémonies lorsqu’il l’avait confrontée. Et qu’adviendrait-il de l’enfant ? Et d’Elinor, si Ondrew Piète venait à être mis au courant. Il déglutit, pâle comme un mort devant toutes ces considérations.

« Majestés, mon roi, ma reine, avant tout, je vous dois la vérité, pleine et entière. J’ai eu des soupçons durant la grossesse de la mère. N’ayant eu aucun moyen de vérifier, je n’ai pas pu donner suite avant maintenant. Il y a eu défaillance de mon côté également, pour cela j'implore votre pardon. » expliqua-t-il en s'agenouillant, repentant.

Le geste était certes un peu théâtral, mais il était bien sincère. Valyron s’étonnait de se découvrir autant sincère, mais il estimait devoir la vérité aux enfants d’Aenys, surtout qu’il comptait sur leur indulgence après une telle révélation, synonyme de sa compétence. Du moins espérait-il que ce serait ainsi interprété. Sinon, il n’aurait plus qu’à faire ses affaires et quitter Port-Réal pour de bon.

« La mère du bâtard est la Dame Elinor Piète. Je vous demande d’avance pardon, Majestés, pour les détails sordides, mais il me semble que la compréhension pleine et entière de cette affaire passe par cela. Elinor Piète était en proie aux pires sévices par l’Usurpateur, qui en avait fait une véritable esclave sexuelle. Selon toute vraisemblance, elle a fini par tomber enceinte. Lorsqu’elle s’est confiée à moi de cet état de fait, je n’ai pas vraiment pu faire autrement que de la surveiller et d’attendre la grossesse. Je n’étais malheureusement plus en état de le faire lorsque cette dernière est arrivée à terme. Mon erreur a été de ne pas vérifier au retour d’Elinor Piète ce qui était advenu de l’enfant, puisqu’elle m’a expliqué avoir fait une fausse-couche. J’ajoute que son mari, l’ancienne Main du Roi Ondrew Piète, n’a – à ma connaissance – jamais été mis au courant. »

Il s’en voulait un peu de remuer ainsi les sombres secrets d’Elinor devant le Roi et la Reine, mais c’était peut-être la seule solution pour éviter un effondrement général. La version était simplifiée, mais pas éloignée de la réalité. De toute manière, rien ne comptait plus que de protéger les Targaryen. Elinor n’était qu’un outil dans cette quête éternelle, comme Valyron lui-même, d’ailleurs. Le bâtard, lui, était un grain de sable susceptible d’endommager de manière irrémédiable le mécanisme de la pérennité de la dynastie des Dragons.

« Elinor Piète a accouché il y a quelques mois à Peyredragon, dans le secret le plus absolu, déjà protégée par votre tante Daenys. Bien que cela soit abject, il est de mon devoir de vous avertir que je soupçonne la Princesse Daenys de nourrir quelque sombre dessein en dissimulant ainsi la vérité. Je ne ferai pas insulte à votre intelligence en vous rappelant les dangers que vous fait courir cet enfant. Il est bâtard, certes, mais les nobles de Westeros ne s’embarrasseront pas de ce détail s’ils peuvent placer un pantin à leur service sur le Trône de Fer. »

Il avait désormais accablé les deux femmes qui avaient sauvé sa vie après la chute de Maegor, à qui il devait sa position actuelle. Aurait-il fallu s’attendre à quelque chose de différent ? Valyron avait toujours été un fidèle des Targaryen, quels qu’ils soient, et le faire monter dans les ombres du Donjon et trahir ne pouvait guère se terminer bien pour les instigateurs. Il était reconnaissant à Elinor et Daenys, mais il ne pouvait les sauver d’elles-mêmes. Alors, que le couperet tombe, et que le Destin fasse son office ! Voyant les visages consternés des deux jeunes Dragons, Valyron ajouta une dernière phrase à son plaidoyer.

« Pour moi, la Princesse Daenys a utilisé la confiance qu’avait en elle Dame Piète pour la manipuler et garder l’enfant à ses côtés. Je connais Elinor Piète depuis un an, c'est une dame d'une grande intelligence mais empreinte d'un idéalisme profondément niais, qui fait d'elle une véritable écervelée jouant à l'intrigante... Parfois avec succès, comme lorsqu'elle m'a aidé à vous faire parvenir cette missive à Winterfell, ma Reine. Parfois avec moins de succès, comme avec Maegor. C’est ma conviction intime qu’en dépit de sa trahison véritable, elle ne présente aucun danger pour la monarchie. Concernant la Princesse, je n’ai, en revanche, aucun moyen de savoir ce qu’elle comptait faire de ce bâtard royal, ni quand elle souhaitait l’utiliser. Mes informations sont très récentes mais bel et bien confirmées. »

Reprenant un peu contenance, les couleurs revenant peu à peu sur son visage, Valyron s’épongea le visage alors que perlaient des gouttes froides de sueur. Il lui restait désormais à apporter sa valeur ajoutée, celle qui faisait de lui un conseiller qui sortait de l’ordinaire. N’importe quel maître-espion pouvait expliquer à son suzerain ce qu’il se passait sur ses terres, et lui révéler ses secrets. Mais aucun n’était plus dévoué, plus retors, plus fanatique que Valyron Tyvaros. Et lui, redoutable serpent des ombres, avait une vision. Une vision d’un monde où les Targaryen dominaient, au sommet d’une pyramide brillante d’une société parfaitement ordonnée, où chacun avait sa place et rendait hommage au divin sang de l’Antique Valyria.

« Je diligenterai toutefois une enquête discrète sur Elinor Piète dès ma sortie de cette entrevue. Quant à la Princesse Daenys, je ne saurai que recommander à Vos Majestés de la placer en résidence surveillée, ici, dans des appartements au Donjon-Rouge, le temps de pouvoir tirer cela au clair. Cela me semble plus sûr, surtout que l’on m’a annoncé qu’il était possible que mes agents aient été repérés. Si elle est avertie, je ne peux prédire sa réaction. Avec votre permission, je peux prendre toutes les dispositions dès aujourd'hui. »

Il toussota, gêné. Il y avait un ultime point à traiter.

« Quant à ce qu’il faut faire de l’enfant, Majestés, il me semble que cette décision vous revient, bien naturellement. Je me tiens prêt à exécuter le moindre de vos ordres, comme toujours. »






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Des mes ordres, dépend le destin du peuple.
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Le Destin
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MessageSujet: Re: Le Prix du Silence   Hier à 13:24




  Le Prix du Silence
 

 

Après les révélations de Valyron, Jaehaerys n’avait rien dit : les conséquences de l’existence d’un bâtard de Maegor étaient bien trop grandes pour qu’il puisse se les imaginer dans leur entièreté. C’était tout simplement trop gros, trop dangereux que pour qu’une simple réaction, même à chaud, ne soit suffisante à appréhender les choses. Un instant, il souhaita que Robb soit présent, lui aurait su quoi faire, il savait toujours quoi faire après tout, mais le Maître des Chuchoteurs comme Rhaenys avaient raison : cette affaire ne concernait que leur famille, et aussi proche d’elle que soit le Régent, il n’en faisait pas partie.

La Reine fut plus rapide à répondre, elle était plus sanguine, plus rapide à parler, à passer à l’action que lui, ce qui pouvait se révéler un avantage comme un terrible défaut selon la situation. Par les questions de son épouse, il apprit ainsi le nom de la mère, ainsi que ses soupçons concernant leur tante, qu’il croyait capable de prévoir quelque chose en utilisant ainsi la progéniture du Cruel. Tout le monde savait que Daenys s’était longtemps rangée du côté de Maegor, quand bien même elle avait changé d’allégeance par la suite, et Jaehaerys ne pouvait pas croire qu’elle cherche à mettre un bâtard sur le Trône. Après tout, elle était fille du Conquérant, et la pureté du sang avait une importance toute particulière pour tous les Targaryen, elle comprise. La chose méritait d’être étudiée, mais il y avait une décision autrement plus grande à prendre : que faire de l’enfant ?

La solution la plus simple serait simplement de le mettre à mort, avant que d’autres ne découvrent le secret qui vivait à Peyredragon, Jaehaerys le savait, si son oncle avait été à sa place, il n’aurait pas hésité une seconde, et il savait que le Serpent de Mantarys éxécuterait l’ordre sans ciller, comme il l’avait affirmé, et malgré l’amitié qui le liait à Elinor. Pour lui, les affaires d’Etat passaient avant tout le reste, et s’il fallait éliminer une menace aussi directe sur le règne de son Roi, le Maître des Chuchoteurs n’hésiterait pas. Il avait beau ne pas être apprécié de la Cour, il était efficace et loyal, et méritait donc parfaitement sa place.

Mais il n’était pas son oncle, et le Roi répugnait à assassiner ainsi un être humain qui n’avait même pas demandé à naître, qui n’avait pas connaissance de son rôle ou de son ascendance. Une chose était claire cependant : si Valyron avait pu découvrir le pot-au-rose, quelqu’un d’autre pourrait y arriver, et ils étaient nombreux à ne pas partager la loyauté sans faille du Serpent. A dire vrai, n’importe quel suzerain, comme le disait le Maître des Chuchoteurs, pourrait tenter de mettre un enfant sur le Trône, et proclamer sa Régence pour une période presque aussi longue que celle d’un règne entier… Et s’il était un tant soi peu doué dans son travail, il pourrait à terme éliminer l’enfant Roi et se proclamer lui-même souverain, après tout la paysannerie s’était soulevée pour Robb il y a peu encore, et un autre que lui aurait probablement utilisé la chose pour poser une couronne sur sa tête. Restait une seule solution viable : l’envoyer en Essos avec une certaine somme d’argent et un gardien fiable, vers une destination connue d’eux trois seuls. Ainsi, personne ne pourrait le retrouver, et le garçon pourrait vivre confortablement sans jamais connaître ses origines, et sans personne pour l’utiliser d’une quelconque manière. Visiblement pensif, le Roi finit par donner son avis sur la question :

« Vous avez des soupçons concernant notre tante, mais vous ne pouvez rien prouver. Avant toute action contre elle, je crois qu’il vaut mieux entendre la version de la mère, pour connaître le rôle de chacune dans ce secret…

Quant au bébé, je refuse d’employer des méthodes dignes du Cruel, il n’a rien fait pour mériter la mort, à part avoir un père qui s’est révélé être un monstre. Le mieux serait sans doute de l’envoyer quelque part en Essos, et que nous seuls sachions où il est parti ? Nous pourrions envoyer un chevalier fidèle pour veiller à ce qu’il ne manque de rien, et grandisse sans jamais connaître ses racines. »


 

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Fire and Blood
Far over the misty mountains cold. To dungeons deep, and caverns old. The pines were roaring on the height. The winds were moaning in the night. The fire was red, it flaming spread. The trees like torches blazed with light. .❞
The Hobbit – Misty mountains cold.
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Le Prix du Silence

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