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 No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting

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Rohanna Baratheon

Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
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MessageSujet: No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting    No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting   Icon_minitimeMer 31 Oct 2018 - 20:16





Power is always splitting


Délicatement, ses doigts bagués viennent vérifier sa coiffure. On aurait pu croire la Suzeraine de l’Orage d’il y a quelques mois, réservée et effacée. Celle qui ne s’était pas encore laissée persuader par les dictats de la cour royale. Un diadème de tresses finement ouvragé par des perles d’ambre retient son épaisse chevelure, dont le reste tombe dans une avalanche d’ondulations brunes. Le soleil leur avait offert les reflets d’un miel doré que le climat de l’Orage s’empresserait, jalousement, de reprendre. Souhaitant apparaître simple et délicate, elle avait spécifiquement demandé à être dénuée de tout artifice. Si ce n’était belle, à défaut paraître jolie. La Biche savait que jamais aucune femme n’avait pu prétendre surpasser la beauté mystérieuse de leurs rivales Valyrienne. Malheureusement, la Reine Rhaenys ne faisait pas défaut à ses terribles aïeules et son visage brut d’orageoise ne pouvait prétendre à quelconque compétition. Ses pommettes étaient trop saillantes, sa mâchoire trop carrée. « Sa Seigneurie a-t-elle besoin d’autre chose? » Dans le miroir d’airain, deux iris déterminées confrontent son reflet. Ce n’était pas Rohanna qui l’observait, mais la Suzeraine consort des Terres de l’Orage. Qu’importe de quoi demain serait fait, aujourd’hui il y avait une bataille à laquelle elle ne pouvait se dérober. Il n’y a pas si longtemps, elle était encore la régente d’Accalmie. Alors, intrépide et vaillante, elle avait réuni sous sa bannière la majorité des Orageois. Les aristocrates et le peuple l’avaient acclamé. Les plus réticents avaient terminé par oublier qu’elle n’était qu’une Trant et l’avaient accepté pour ce qu’elle était. En cet instant, la même énergie irradie en son corps. Un picotement chaleureux qui abonde tout son être. Pour Robb, il n’y a rien qu’elle ne pouvait faire. Elle n’avait ni lourde armure, ni épée, mais la défaite ne serait pas permise. Gonflant sa poitrine d’un air brave, elle finit par acquiescer. « Pendant mon absence, que Freyja retourne en sa chambre et n’ait aucune visite. Veuillez aussi vous assurer que Ser Edric ne manque de rien. » Robart était dans la salle d’audience privée, probablement à recevoir quelques visites ou à achever ce qui devrait être ses derniers devoirs en tant que Régent et Main du Roi. « Si Son Excellence me demande… » « … vous êtes aux jardins avec Lady Chelsted? » « Cela pourrait être une possibilité... » D’une même connivence, elle lui sourit. De toute manière, malgré que, réellement, cette vieille Dame l’ait prise en grande affection, il apprendrait bien assez tôt qu’elle n’était jamais allée aux jardins. S’ils étaient questionnés, les gardes à son service ne mentiraient pas à leur seigneur et maître. De toute façon, elle ne le leur demandait pas. Il suffisait simplement de gagner du temps, loin de l’esprit borné et arrêté du Cerf Couronné.


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« Votre Majesté. »



Dans un nuage de siglaton précieux, la Biche Pendue s’efface en une royale révérence. Peu gracieuse, peu maniérée, mais se désirant humble et profonde. Elle n’était jamais venue dans les pièces privées de la Reine. Souvent ils avaient été conviés à partager la table du Roi, mais, pour elle, l’intimité s’était arrêtée là. Au contraire de son époux, elle n’avait tissé aucune affinité avec les frères-époux Targaryen. Les choses auraient peut-être pu être différentes si elle n’avait pas du rester alitée un long moment. Suite au mariage et au couronnement, elle n’était pas apparue pendant plusieurs semaines. Leurs Majestés avaient envoyé de nombreuses attentions, Sa Majesté Rhaenys était elle même venue lui rendre visite mais, entre la vie et la mort, elle n’en conservait aucun souvenir. Aussi, quand les Cerfs et les Dragons savaient oublier le protocole pour ne voir que leur sacro-famille, elle demeurait profondément étrangère à leurs cercles. Pour toutes ces raisons, il y avait quelque chose d’effrayant à se retrouver seule avec la femme la plus puissante de Westeros.



Au fil des jours, la colère de Robart à l’égard de cette cousine n’avait pas changé. Elle était la même qu’au jour du jugement de la Arryn : incandescente, assourdissante et algide. Une fièvre dont l’excès ne voulait pas se terminer. Rapidement, les échos de leur altercation avait fait le tour du palais avant de s’étendre jusqu’à la ville-basse. Fauteurs de trouble, les commérages inlassables des serviteurs et des courtisans avaient imaginé plusieurs explications et, parce que personne ne détenait l'opaque vérité, on en jasait encore dans les couloirs. Instable et dangereuse, dépassant le cercle familial, l’affaire était devenue celle de tout un royaume. S’il s’abaissait toujours autant à leurs passages respectifs, le courtisan réfléchissait désormais à l’allégeance qu’il devrait bientôt choisir. Torrhen, dans une missive solennelle et à demi-mots, avait fait comprendre qu’il se positionnait du côté de son beau-frère. Face à cette déferlante, malgré eux-mêmes, les cors de la guerre raisonnaient à nouveau. La nuit, Rohanna pouvait les entendre comme des spectres funèbres. Il y a six ans, dans la chaleur de l’an quarante-deux, un Baratheon avait déjà pris position contre un Targaryen. Contre son royal cousin, le fils d’Orys avait réussi à rallier la moitié du continent à sa cause. Grâce à sa hardiesse et sa bravoure, Jaeherys et Rhaenys étaient sur le trône de fer. Tout le monde connaissait cette histoire. Aujourd’hui, le petit-fils d’Orys bénéficiait d’une plus grande popularité que son père et une bonne partie du peuple arborait ses couleurs. Cette fois-ci, la question n’était pas de savoir combien un homme pouvait réunir d’hommes, mais de savoir si les bannerets répondraient à l’appel des Dragons. Et, rien n’était moins certain. Le statu-quo avait changé.



« Merci... de m'accorder cette audience. »



La veille, suite aux humeurs sombres des frères Baratheon — tous deux entêtés dans leurs âneries — il lui était apparu qu’elle était peut-être la seule au sein de cette Maison à pouvoir tempérer les choses. C’était une idée audacieuse, presque téméraire, mais elle avait voulu y croire. À l’instar du plus simple des sujets du royaume, la Biche Pendue avait rédigé une note urgente. La volonté de parler à l'altesse, dans le secret d’une audience privée. Depuis longtemps elle avait compris que les hommes n’aimaient pas à recevoir des ordres dictés par leurs épouses… aussi elle avait pris un autre chemin.



« Votre Grâce, vous êtes la seule personne capable de m'aider. »

Quand elle se relève enfin, c’est tout le futur des siens qu’elle porte en elle. L’implacabilité des Trant, la bravoure d’une fille des Marches, la fureur d’un Baratheon réunis dans un unique fermail lumineux. 


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Rhaenys Targaryen

Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
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MessageSujet: Re: No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting    No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting   Icon_minitimeVen 2 Nov 2018 - 17:37




No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting

Les jardins de Port-réal semblaient échapper à la dureté du temps tant leur verdure était éclatante et leurs fleurs colorées. Si l’été ne pardonnait rien et transformait les champs en étendues jaunies par le soleil, les jardins du palais étaient entretenus de telle sorte à ce que chaque promeneur puisse profiter de cette illusion de printemps et s’abriter à l’ombre des arbres et des bosquets aménagés.

« Majesté. »

L’homme s’était prosterné rapidement, profitant du fait que je sois distraite par la beauté des roses plantées il y a peu. Les deux gardes qui m’accompagnaient se raidissaient immédiatement, formant une barrière physique entre l’homme et moi-même. Il s’agissait là d’un courtisan, fils d’une famille des Terres de la Couronne qui occupait à la cour une position plutôt confortable depuis de nombreuses années. D’un geste de la main j’invitais les deux gardes à s’écarter pour laisser passer l’homme, qui était visiblement suivi de son épouse, à bonne distance. Il s’agenouillait cette fois, renchérissant sur une révérence déjà plus que respectueuse du protocole. Je l’invitais à se relever, ce qu’il ne fit pas tout de suite.

« Majesté, vous pouvez compter sur notre loyauté la plus inébranlable. »

Je fronçais les sourcils. Ils étaient nombreux à me glisser ce genre de phrases, d’extérieur anodines, mais lourdes de sens aux vues de la situation actuelle. Peut-être espéraient-ils se positionner rapidement dans l’un des camps artificiellement créés par la rumeur afin de s’assurer des honneurs à venir. Je retirais ma main et lui faisais à nouveau signe de se relever, avec plus d’insistance.

« Vous êtes bien aimable, monseigneur. Je n’ai aucun doute que Sa Majesté le roi et son Excellence le Protecteur seront tous deux enchantés de ce vœu de loyauté renouvelée à la couronne. »

Un sourire de convenance sur les lèvres je m’éloignais sans un mot de plus, décidée à regagner l’intérieur de mes appartements afin d’échapper à cette frénésie terrible qui s’était emparée du Donjon Rouge et de la ville toute entière. Sans doute étaient-ils aussi nombreux à se positionner du côté de Robb, pariant sur une prochaine guerre ouverte entre nos deux familles et tentant de déterminait quel camp avait le plus de chance de l’emporter. Ils étaient nombreux à chuchoter sur l’avenir du royaume maintenant que le Protecteur et la Reine ne s’entendaient plus. Si le Donjon Rouge prenait position, la rue, elle, avait également choisi son camp. Du haut des remparts j’avais observé les uns et les autres accrocher des bannières Baratheon, peindre le cerf de l’Orage sur leurs portes et se déclarer ouvertement ennemis des Targaryen au profit de leurs cousins. Je n’avais rien dit. Je n’avais guère tempêté lorsque les rapports de la garde avaient fait état de cette division dans les rues de la ville. Je n’avais pas perdu mon sang froid lorsque l’on murmurait que chacun prenait sa place aux côtés d’un camp ou d’un autre. Je n’avais pas souri à la réception de la missive de Roslinn Arryn, me confirmant le soutien du Val.

Je n’avais rien dit, car non seulement la situation était-elle dramatique, mais derrière les enjeux politiques se dissimulaient des enjeux personnels qui, à cette heure, me touchaient plus encore au cœur que les affaires d’Etat. Je n’avais vu Robb depuis notre dernière entrevue, depuis le procès de Catelyn Arryn, et son regard sur moi alors que je m’éloignais en hâte n’avait laissé aucun doute sur le fond de sa pensée. J’étais en colère, blessée au plus profond de mon être par l’attitude de Robart Baratheon, mais j’étais également attristée de voir les choses prendre ce tournant tragique entre nous. N’avions-nous pas réussi justement par la collaboration ? Nos deux visions ne s’étaient-elles pas accordées à merveille, participant à faire se relever le royaume tout entier de ses cendres ?

J’avais tenté de m’occuper autant que faire se peut, prévoyant les futures soirées dansantes et aidant mes demoiselles de compagnie à apprendre la nouvelle danse à la mode. La cour bruissait de nombreuses rumeurs, j’avais contraint les demoiselles qui composaient ma suite à me les révéler. On disait que la querelle m’opposant à Robb était lié à notre relation, certains, qui se réclamaient de mon camp, disait qu’étant mon amant Robb s’était accordé des libertés sans bornes et qu’il avait oublié sa place, d’autres encore affirmaient que je n’avais supporté l’idée qu’il ne répudie pas son épouse et que, jalouse, j’avais tenté de l’humilier. Les rumeurs les plus absurdes circulaient à notre compte, et je me demandais s’il n’était pas mieux finalement, que la cour s’imagine qu’il s’agissait là de troubles de coucheries plutôt que ce dont il retournait en réalité. La vérité était plus dure. Toujours était-il que j’avais tenté de ne guère penser à Robb et au silence obstiné qu’il m’opposait, mais que la demande d’audience de la part de Lady Baratheon m’avait ôté tout espoir d’éloigner cette histoire de mon esprit.

J’avais proposé à Lady Rohanna de me rejoindre en mes appartements privés au coucher du soleil. Un souper léger serait dressé, et il n’était nul besoin que cette entrevue soit communiquée à qui que ce soit qui ne se trouverait pas entre ces murs. Les choses seraient sans doute plus aisées avec Rohanna. Non que je ne la considérais pas comme potentiellement aussi butée que Robb, mais il était souvent plus facile de parler de femme à femme. Les appartements privés permettaient d’éviter la pompe des rendez-vous officiels. Lady Rohanna souhaitait me parler d’un sujet dont j’ignorais les enjeux, mais je savais qu’il me faudrait évoquer Robart, ne serait-ce que pour m’assurer qu’il allait bien. J’avais beau être en colère, il n’en était pas moins de mon sang. Il n’en avait pas moins été mon ami le plus proche durant de longs mois.

Rentrée des jardins, je demandais que l’on me prépare un bain. La salle de bain avait été à peine achevée, un bassin rectangulaire y trônait, faisant face à une ouverture menant à un balcon offrant une vue sans pareille sur la mer. Il était rempli tous les jours, agrémenté d’huiles précieuses et odorantes, aidant à la relaxation des muscles et de l’esprit. Plantes et fleurs venaient parfaire ce mélange destiné au bien-être et à la beauté, car il était connu que ceux-ci permettaient de préserver la jeunesse de la peau et sa douceur. On m’ôtait ma robe, et une fois installée on refermait les portes de la salle de bain, plaçant des gardes à l’extérieur afin de garantir ma sécurité au même titre que mon intimité. Par manque de temps ou d’envie, je n’avais pas encore investi cette salle de bain depuis sa finalisation. Je m’étais contentée de bains classiques et autour de moi s’affairaient les demoiselles qui préparaient ma tenue ou lavaient mes cheveux. Cette fois j’étais seule, protégée de l’extérieur, enveloppée par le silence et l’odeur enchanteresse qui se mêlait aisément à la vapeur d’eau. J’étais frappée par le luxe que représentait cette solitude, ce calme absolu. Je restais assise le dos droit, incapable de me laisser aller à la détente, doutant presque du fait que je sois réellement seule… isolée des regards. Depuis combien de temps ne l’avais-je pas été ? Il y avait toujours une servante, une demoiselle de compagnie, Jaehaerys, Robb ou tout autre seigneur. Il y avait toujours eu quelqu’un pour voir, pour regarder, pour étudier et juger. Là il n’y avait… personne ? Je laissais mon regard s’accrocher sur les voiles qui bougeaient à peine tant le vent était faible. Le soleil avait largement décliné, et il se détachait du ciel par sa couleur orange, presque feu. La nuit viendrait d’ici quelques heures, et avec elle prendra fin ma solitude.

J’aurais voulu me laisser aller à la détente, profiter de cette solitude inédite pour fermer les yeux et courber ce dos que je me forçais à tenir droit, et pourtant je n’y parvenais pas. Je promenais mon regard le long des murs ornementés, sur les magnifiques objets d’art valyrien – souvent des reproductions – et les riches tissus et meubles qui ornaient la pièce. Et puis je finis par promener mon regard sur mon corps. L’eau en troublait les contours, et la peau légèrement bronzée de mes mains était déjà attendrie sous l’effet de l’eau. Je les soulevais lentement, les sortant de l’eau brûlante pour les porter à mon visage qu’elles recouvraient bientôt. Fermant les yeux, je laissais la chaleur de mes paumes et l’humidité recouvrir la peau de mes joues, de mon nez, de mon front, inhalant avec plaisir les effluves fleuris et chauds. Je sentais mon corps se tendre progressivement jusqu’à la rupture. Et la rupture arriva bien vite. Rassurée par le calme et la solitude des lieux, je m’autorisais à pleurer pour la première fois depuis le début des troubles. Je n’ôtais pas pour autant mes mains de mon visage, gardant les larmes enfermées dans le secret de mes paumes cajolantes. Je pleurais et à mesure que les larmes coulaient et que les sanglots rendaient mon corps tremblant, je sentais mon dos se courber, mes membres se détendre, et je laissais bientôt mes mains retomber le long de mon buste pour basculer ma tête vers l’arrière et la faire reposer sur le petit coussin déposé à cet effet. Depuis combien de jours me faisais-je violence pour conserver ces sanglots au creux de mes tripes, puis dans ma gorge obstruée ? Trop longtemps. Ces sanglots retenus qui me fatiguaient et que je n’osais pas même laisser s’écouler lorsque la nuit était venue. J’avais causé du tort à Jaehaerys, j’avais fait ce qui me semblait être bien pour l’avenir du royaume, et à présent à cause de ces mêmes actions le royaume menaçait de se fissurer. Notre famille menaçait de se fissurer. Nous avions fini par considérer Robb comme un frère, non seulement comme un cousin ne partageant qu’une partie de notre corps. Privés de nos frère et sœur ainés, privés d’une tante qui reniait son sang, nous étions bien peu nombreux à présent à défendre le sang Targaryen.

Ces sanglots étaient symptômes de tant de choses différentes. L’épuisement, la peur, la colère, la tristesse. Le sentiment d’avoir fait ce qui était juste et pourtant d’avoir échoué. Le sentiment d’avoir failli à mon frère et notre famille. Le sentiment de… d’avoir perdu un frère, à nouveau. Je détestais Robb pour ce qu’il faisait, je le détestais et je l’aimais tout autant. J’avais voulu le haïr de toutes mes trippes pour la façon qu’il avait eu de me parler, de m’humilier. J’avais voulu lui hurler de m’écouter avant de faire imploser le royaume. Et finalement j’avais réussi à faire ce qu’il n’avait pas fait : faire imploser virtuellement le royaume. Et il avait plié. Il m’avait écouté. A quel prix ? J’avais voulu lui parler, le remercier d’avoir écouter ma demande, mais la nouvelle de sa demande de ne voir personne m’en avait empêchée. Non pas que je me considérais comme interdite de lui rendre visite, mais bien parce que ma fierté m’en empêchait. A présent que les jours s’étaient écoulés, la colère était toujours bien présente, la certitude d’avoir pris la bonne décision également malgré ses conséquences désastreuse. Mais la colère se faisait moins sourde et violente, et la tristesse l’avait prise par la main, car je ne pouvais nier un état de fait : Robb me manquait. Je ne me l’avouais évidemment pas, et cet aveu ne franchirait pas la barrière de mes lèvres, mais alors que j’étais seule dans cette pièce, seule dans ce bain, alors que je baissais la garde… je devais me l’avouer… il me manquait. Le temps où nous avancions main dans la main me manquait. Le temps de l’innocence la encore… Comme si je n’avais rien appris.

***

Il m’avait fallu encore une heure pour arrêter de pleurer et sortir du bain devenu tiède et donc insupportable. J’avais laissé les demoiselles nouer quelques unes de mes mèches, coiffant mes cheveux avec douceur et les nourrissant à l’aide d’onguents venus d’Essos dont l’odeur était magique. Au sein des tresses avaient été glissées quelques fleurs d’un jaune profond, elles ne dégageaient en elles-mêmes aucun parfum mais elles avaient le mérite de se mêler avec harmonie à ma chevelure et d’en faire ressortir les reflet dorés au dépend des argentés d’ordinaires si prédominants. La robe choisie n’était pas une robe d’apparat, elle était bien plus adaptée aux réunions privées et familiales. Fluide et plus simple que les robes de cour, elle était également moins couvrante, dévoilant un décolleté que je n’aurais pu assumer face aux courtisans mais qui me permettait d’échapper à la chaleur terrible que les tenues compliquées et alourdies de pierreries pouvaient provoquer.  Le bas était fluide et semblait être composé de mille pans de mousseline tombant harmonieusement le long de mes hanches, une fente dévoilait une jambe de temps à autres, à mesure que je marchais ou m’asseyais. Un pendentif fait d’acier valyrien venait compléter la tenue avec simplicité, une longue chaine qui tombait au creux du décolleté. Au bout de la chaine pendait le dragon tricéphale, emblème de ma famille, et chacun des trois dragons possédait un œil fait de rubis.

« Votre Majesté. »

Lady Baratheon se prosternait, et déjà je m’approchais d’elle pour l’inviter à se relever.

« Lady Baratheon, je suis ravie de vous voir, je vous en prie relevez vous. »

« Merci... de m'accorder cette audience. »

« Il y a déjà bien longtemps que nous aurions du nous entretenir en privé, Lady Rohanna, je vous en prie asseyez-vous. »

Nous prenions place autour d’une table ronde dressée pour l’occasion, celle-ci n’était pas grande mais permettait d’y déposer une vingtaine de plats contenant toute sorte de mets, plutôt légers à ma demande, mais comprenant tout de même de la volaille, des légumes, chauds et froids, ainsi que plus loin des fruits et plusieurs carafes de vin et d’eau aromatisée.

« Merci, laissez-nous à présent et ne laissez entrer personne. Je suis dans mon bain. »

Les servantes comme les gardes opinaient du chef pour finalement vider la pièce, ne laissant que Lady Rohanna et moi-même. Je ne m’étais pas assise face à Rohanna autour de la table, mais sur le côté, me tournant légèrement pour lui faire face je croisais les jambes avant de lui tendre une coupe de vin épicé.

« Votre Grâce, vous êtes la seule personne capable de m'aider. »

Fronçant les sourcils, j’éloignais lentement la coupe de mes lèvres et avalait rapidement la gorgée de vin.

« Je suis plus que disposée à vous aider Lady Rohanna, comment donc pourrais-je le faire ? »



© Belzébuth

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Rohanna Baratheon

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ORAGE
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MessageSujet: Re: No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting    No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting   Icon_minitimeLun 5 Nov 2018 - 21:43





Power is always splitting


« Je suis plus que disposée à vous aider Lady Rohanna, comment donc pourrais-je le faire ? »


La Biche Pendue devait s’étonner du ton calme de la Reine des Six Couronnes. Tout comme de sa présence, proche, dans un décor intimiste. Sur une table, richement préparée à son attention, se consumait déjà quelques cierges parfumés. Leur senteur délicate venait se mélanger avec les effluves des plats présentés. Cet étalage de nourriture n’était pas pour plaire à sa vassale qui, depuis des mois, s’évertuait à un imposer un certain ascétisme alimentaire. Une modération avec laquelle elle avait reçu chaque membre de la Cour invité à la Tour de la Main — y compris les membres des maisons suzeraines. Par piété pour les plus démunis, mais également pour soutenir les nombreux efforts fournis par les serfs de l’Orage. Malgré le blé offert par boisseaux à la Couronne, cela suffisait seulement à substanter la population. Les seigneurs pouvaient conserver leur train de vie, du moins en public, et ne pas empiéter sur les provisions de leurs greniers. Malheureusement, le manque de pluie avait fait des légumes et des fruits de rares marchandises. Des joyaux devenus impossible à acheter. On avait tenté d’en envoyer depuis Accalmie mais, bien que de seulement trois jours, la chaleur et le chaos des routes ne permettait pas de leur conservation. Quant à la viande, elle se faisait maigre et peu succulente. Ne restait que le poisson dont, d’ailleurs, la pèche s’était développée à grande échelle. Ses doigts se posèrent soucieusement sur le socle de son verre, faisant danser un instant la robe tuilé. Depuis l’enfance, elle avait toujours aimé sentir le gingembre.   Une odeur solide et réconfortante. À dire vrai, elle n’avait pas besoin de son secours. C’était un prétexte, une idée furieuse pour obtempérer leurs esprits de feu. La seule capable de l’aider était Tess, si ce n’était tout simplement elle-même.

« Madame, Votre Majesté doit savoir qu’hier nous avons accueilli Lady Freyja en nos appartements. Elle est fatiguée, mais n’a été aucunement blessée ou malmenée par ses périlleuses mésaventures. Pourtant, je m’inquiète. »

Imperceptiblement, un frisson glacial vient parcourir sa nuque. S’inquiétait-elle vraiment? Non, pour tout ce que le Nord lui avait fait, leur avait fait à tous, elle n’en avait aucun droit. La Stark n’était qu’un pion, comme elle-même des années plus tôt, dans les mains de deux puissants. Un jour, si elle le voulait et œuvrait pour, elle aurait la chance de pacifier les crimes de son frère.

« Êtes-vous déjà allée à Accalmie? Votre tante, Son Altesse Daenys, adorait cet endroit… je crois que, si cela lui avait été permis, elle aurait aimé y vivre. Du moins, c’est ce que les vieilles personnes ayant côtoyé ce temps aiment à raconter… »



L’histoire entre Daenys et Theodan était-elle connue de toute la famille royale? Probablement pas… mais cet amour était resté dans les mémoires anciennes. Un amour impossible car, quand bien même elle avait passé des années auprès d’Orys, Daenys avait toujours été promise à Daeron. L’Orage se souvenait de cette fille de sang et de feu qu’ils avaient fait leur. Et, en l’an trente-huit le monde avait retenu son souffle quand il l’avait nommé reine d’amour et de beauté. Pour Kyra Lannister, il avait été difficile, malgré ses atours et l’amour sincère que lui vouait son époux, de balayer son souvenir. Pour l'esprit de sa cousine, il était passé devant elle sans un regard.



« … mais je crains que Dame Freyja ne puisse se faire à notre climat et à nos coutumes. Ces dernières années elle a été la pupille de Lord Martyn aux Eyrié : Accalmie n’offre pas le même raffinement. Jouvencelle, ma mère avait l’habitude de s’y rendre… elle n'a jamais vraiment pu se faire à sa nouvelle demeure. Je peux encore l’entendre se lamenter sur la rudesse des mœurs des Marches. »



Ce n’était plus qu’un écho, inventé à moitié. Quand elle était complètement honnête avec elle-même, Rohanna devait avouer qu’elle ne savait plus même dessiner le visage maternel. Il y avait des ombres opaques qui ne voulaient jamais se lever. C’était pareil pour tous les membres de sa famille — quoiqu’elle est complètement oubliée le visage de sa benjamine. Pour Eléana, il n’y avait plus que les traits de l’amour. Invisibles, mais résistants. L’odeur du gingembre, mêlé aux fleurs d’hibiscus, s’empare de ses sens. Elle n’allait pas droit au but, la Reine en serait probablement agacée. Ce n’est pas parce qu’elle l’accueillait ainsi, dans le plus simple appareil, qu’il fallait en abuser. Après-tout, elle était bien placée pour savoir que son humeur était rapidement changeante.



« Elle fût votre belle-sœur, peut-être pourriez-vous me parler d’elle? Ce qu’elle aime… ses goûts… ses… »



Sa voix se brisa. Une part d’elle-même n’avait pas envie de savoir tout cela, ou alors pour mieux la détruire une fois protégée dans l’enceinte du fief. Elle était certaine que Robb, de là où il se trouvait, pouvait sentir cette trahison. Il la détesterait et toutes les petites haines qu’ils avaient mis derrière eux resurgiraient. Alors, ses yeux vifs parcourent la tablée jusqu’à se perdre dans les voilages des baies. Freyja ne méritait pas toutes ces attentions, mais il fallait croire — à tout prix — que Rhaenys Targaryen les recevraient avec sagesse et discernement. De femme à femme, d’épouse à épouse… de future mère à presque mère. Dans son agitation, inspirant avec un grand calme, Rohanna décida de boire une première gorgée de ce vin qui l’appelait. Désaltérant ses sens, le pétillement des épices se répand entre ses dents.



« Elle a demandé à voir sa cousine. Catelyn. Robb, s’il était au courant, n’accepterait jamais. Et, je ne le devrais pas non plus… »



Depuis son arrivée, c’était la première fois qu’elle se permettait une quelconque familiarité envers la Reine. Le surnom de Robart, Robb, était venu sans qu’elle n’y réfléchisse. Un mécanisme de l’âme. L’épouse-traitre se permet de poser ses yeux sur la visage royal. Elle était bien plus belle que dans ses souvenirs et le moût brûle son œsophage. Douloureusement. Amèrement. Tout comme l’idée que Freyja puisse partager les idées traitres de la Arryn… ou que la Arryn ait eu quelconque rôle dans son empoisonnement. C’était un coup dangereux et incertain. Pourtant, facile. Trop facile pour ne pas être exaucé. Elle aussi avait du abandonner les siens pour se rendre chez des étrangers qui ne l’aimaient pas. Pire, qui ne la considéraient pas. Malgré la haine, une âme l’avait sauvé de la tourmente et du désespoir. Ce que les Dieux lui avaient offert, elle devait le rendre à son tour. 


« … mais j’aimerais pouvoir exaucer cette unique demande. »

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Rhaenys Targaryen

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COURONNE
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MessageSujet: Re: No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting    No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting   Icon_minitimeMar 6 Nov 2018 - 20:51




No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting

« Madame, Votre Majesté doit savoir qu’hier nous avons accueilli Lady Freyja en nos appartements. Elle est fatiguée, mais n’a été aucunement blessée ou malmenée par ses périlleuses mésaventures. Pourtant, je m’inquiète. »

Lady Freyja venait d’arriver au Donjon Rouge, la jeune femme avait dû quitter les hauteurs des Eyriés, quitter ce qui se rapprochait le plus pour elle d’un foyer, afin de rejoindre une capitale lointaine et peut-être perçue comme ennemie. Je n’avais que très peu rencontré lady Freyja, celle-ci avait déjà rejoint la maison Arryn lors de mon arrivée à Winterfell et ses visites avaient été limitées aux célébrations importantes de la famille Stark. Elle était la plus jeune sœur de Jorah et celui-ci avait été davantage un père qu’un frère pour elle, aussi l’idéalisait-elle. Je me souvenais d’une jeune femme aux traits fins et au visage très doux, elle était délicate et je ne doutais guère que son éducation au sein de la cour des Arryn n’ait fait qu’accentuer sa distinction. Son voyage avait été mouvementé mais elle était arrivée saine et sauve à Port-réal et déjà il lui faudrait repartir pour rejoindre les terres de l’orage sous la protection de Lady Rohanna. J’avais beaucoup de compassion pour la jeune femme, arrachée à son foyer si jeune pour être placée chez ses cousins du Val puis à nouveau éloignée afin d’être ni plus ni moins qu’une otage dans un contexte de guerre. Elle n’était guère responsable de la situation, elle en était une victime collatérale, et sans doute Jorah aurait-il un pincement au cœur à l’idée que quelque chose puisse arriver à Freyja. Je repensais aux paroles de Robb, celles que je n’avais pas écoutées sur le moment mais qui ne cessaient de me hanter depuis lors. Il fallait que Jorah et le Nord puisse craindre pour la vie de Freyja, et il était évident que je n’étais pas une menace pour la jeune femme. Ma réticence face à la perspective d’une guerre et mes liens anciens avec la famille Stark me prédisposaient à me montrer clémente et à épargner la jeune femme. Confiée aux soins de Robart Baratheon, Freyja prenait une toute autre envergure. Elle devenait un point de pression potentiel dès lors qu’une menace plausible pesait sur sa vie.

« Êtes-vous déjà allée à Accalmie? Votre tante, Son Altesse Daenys, adorait cet endroit… je crois que, si cela lui avait été permis, elle aurait aimé y vivre. Du moins, c’est ce que les vieilles personnes ayant côtoyé ce temps aiment à raconter… »

« Je me souviens de la tendresse de ma tante pour la forteresse, quelques courts séjours en son sein m’ont permis de comprendre pourquoi. Il y a une certaine magie en ces lieux… »

Je n’avais visité qu’à quelques reprises la forteresse d’Accalmie, à l’occasion de voyages de mon grand-père avant sa disparition puis de ceux de ma tante Daenys que je suivais avec plaisir. C’était le temps de l’innocence, celui où tout était possible. J’avais dix ans seulement, et le Roi Aegon dit Le Conquérant régnait encore de pleins pouvoirs sur ces terres qu’il avait conquises par le feu dragon. Je me souvenais de ce grand-père qui me semblait, de haut de mon jeune âge, avoir des siècles et qui pourtant continuait à parcourir le royaume à dos de dragon. L’un de son dernier voyage fut pour l’héritier de son demi-frère, devenu seigneur d’Accalmie depuis déjà près d’une dizaine d’années. Cela avait été ma première visite à Accalmie, ma première rencontre avec ces cousins dont ont me parlait mais que je n’avais jamais vus. J’étais proche en âge de Lady Oriane, mais ses frères me semblaient être déjà des hommes, et Robart Baratheon était de neuf ans mon ainé et le jeune homme n’était que très peu intéressé par la petite fille que j’étais à l’époque. J’avais été, moi, impressionnée par ce jeune homme qui me semblait avoir tout du chevalier accompli. Aurions-nous pu imaginer le chemin parcouru depuis ces heures ? Ce chevalier était devenu mon meilleur ami, et avec lui nous avions tenté de faire de ce royaume un endroit prospère et pacifique après une guerre déchirante.

L’amour qui avait lié Daenys à Theodan n’était guère plus un secret, et beaucoup avaient gardé en tête ces heures heureuses où ils avaient pu s’aimer, avant que le devoir ne prenne le dessus de leurs vies. Que serait-il advenu de nos familles si ce mariage d’amour avait pu être scellé ? Daenys aurait-elle eu cette vie qu’elle avait regretté tout le reste de sa vie ? Cette femme qui avait été une jeune fille amoureuse avait été mariée à l’homme vicieux et cruel qu’était mon oncle Daeron, et elle avait encaissé les coups… un par un. Alors que je divaguais, laissant mon esprit rejoindre Daenys et imaginer quelle femme elle aurait été aux côtés de Theodan, la voix de Lady Rohanna me ramenait à table.

« … mais je crains que Dame Freyja ne puisse se faire à notre climat et à nos coutumes. Ces dernières années elle a été la pupille de Lord Martyn aux Eyrié : Accalmie n’offre pas le même raffinement. Jouvencelle, ma mère avait l’habitude de s’y rendre… elle n'a jamais vraiment pu se faire à sa nouvelle demeure. Je peux encore l’entendre se lamenter sur la rudesse des mœurs des Marches. »

Je souriais, j’avais craint que l’inimitié entre les deux familles, Stark et Baratheon, n’expose Freyja à un isolement difficile à vivre pour une jeune fille de vingt et un ans, un isolement que j’avais connu au même âge lorsque j’étais arrivée à Winterfell. Cependant je notais avec intérêt et soulagement la volonté de Lady Rohanna de rendre ce séjour le moins brutal possible pour la jeune Freyja. Il était faible de dire que les Eyriés et Accalmie étaient deux forteresses différentes, il s’agissait là de deux mondes. Si les chevaliers du Val n’avaient guère à rougir de leur valeur au combat, on ne pouvait nier que les mœurs délicates de la cour des Eyriés tranchaient avec le caractère rude et tempétueux de la cour de l’Orage. A l’image du temps qui balayait leurs terres, les orageois étaient réputés pour leur caractère emporté et leur rudesse. Il étaient d’incroyables combattants et disposaient bien souvent d’une grande force. La délicate louve n’avait pas connu longuement la rigueur de son Nord natal, et il était à parier que les inquiétudes de Lady Rohanna étaient justifiées.

« Elle fût votre belle-sœur, peut-être pourriez-vous me parler d’elle? Ce qu’elle aime… ses goûts… ses… »

« Je n’ai que très peu connu Lady Freyja du temps de mon mariage avec son frère. Elle était déjà pupille auprès de Lord Arryn et les quelques visites ne m’ont guère permis d’en apprendre beaucoup à son sujet. Cependant je ne peux que faire échos à votre inquiétude, elle m’a semblé être une jeune femme délicate habituée aux manières de la cour des Eyriés. »

Pensive, je tentais de recoller les pièces d’un puzzle lointain. Lors de nos rencontres, Lady Freyja m’avait semblé être d’un naturel réservé, timide même, et plutôt silencieuse. Elle était vraisemblablement une jeune femme accomplie, disposant d’une excellente culture et d’une éducation sans failles. Ce qui m’avait frappé avait été sa silhouette fluette et modeste, en retrait même, si différentes des autres nordiens que j’avais connu jusqu’alors. Je tentais de me rappeler des mots d’Aemon à son égard, de ce qu’il avait retenu de leur correspondance assidue. Il m’avait dépeint une jeune femme poétique à l’âme mélancolique, et n’avait pu qu’être impressionné de l’admiration sans faille qu’elle portait à sa famille.

« La jeune femme que j’ai rencontrée, et que l’ont m’a dépeinte, est de nature timide et poétique. Il me semble me souvenir qu’elle aimait la musique, je ne saurais vous dire s’il s’agit du chant ou de la maîtrise d’un instrument. Je crains que son éloignement du Val et de sa famille, ainsi que la menace pesant sur le Nord soient pour elle de véritables épreuves, Lady Rohanna… »

Je retrouvais le silence et en profitait pour tendre le bras et détacher quelques grains de raisin de la grappe que se trouvait sur la table. Distraitement j’en attrapais un premier pour le porter à mes lèvres, prenant le temps de chercher de nouvelles informations précieuses à la prochaine intégration de Lady Freyja à la cour d’Accalmie. Malgré les tentatives de la Dame d’Accalmie, il me semblait que ce changement serait rude pour la demoiselle de Winterfell. Ce n’était pas tant ce départ pour une terre nouvelle qui m’apparaissait comme l’obstacle majeur au bien être de la demoiselle, mais bien la perspective d’être retenue dans la maison de celui qui partirait bientôt en guerre contre cette famille qu’elle aimait tant.
Le silence se prolongeait et peut-être Lady Rohanna me laissait-elle le temps de penser à d’autres informations alors qu’en vérité je n’en savais guère plus sur Freyja Stark que ce que je venais d’exposer. Alors, profitant du silence pour manger un deuxième grain de raisin, j’observais la jeune femme qui me faisait face. Je n’avais jamais eu d’entretien privé avec Rohanna, je l’avais bien sûr côtoyée, étant l’épouse de Robb, mais elle n’avait jamais vraiment été mon interlocutrice directe. Je lui avais cependant rendu visite à la suite du drame qui l’avait accablée, apportant quelques fleurs pour tenter en vain de chasser l’horreur. Elle ne s’était pas éveillée, alors j’étais restée quelques minutes, assise à son chevet. J’avais pris sa main et lui avais parlé dans un murmure. Je lui avais parlé comme je m’étais parlé à moi-même lorsque je m’étais éveillée dans un lit de sang, lorsque j’avais compris que la perte était irrémédiable. Après quelques minutes cela était devenu insupportable, suffoquant, et j’étais sortie. J’avais voulu lui une nouvelle fois visite après la nouvelle de son réveil, mais la jeune femme désespérée et emprise à une souffrance extrême que Robb m’avait décrit me semblait avoir besoin de tout sauf d’une visite de la reine, et même si j’avais voulu la rencontrer en tant que femme cela ne pouvait aller sans l’autre facette.

A la regarder de plus près, je constatais qu’elle m’était parfaitement opposée physiquement. Elle était de haute stature alors que j’étais de taille moyenne, fine et élancée lorsque mes courbes étaient plus marquées, ses cheveux étaient foncés tout comme ses yeux alors que les miens n’auraient pu être plus clairs. Elle était belle c’était indubitable et il y avait quelque chose de fort se dégageant de son regard. Il n’est pas une épreuve qui puisse laisser indemne, et Rohanna Baratheon en avait traversé de nombreuses. Personne, à la cour, n’avait omis de préciser ses origines plus modestes, et si les murmures s’étaient tus à mesure que l’influence de Robb avait grandi, je ne doutais que la hargne des nobles de la cour ait pu laisser la jeune femme indemne. Je décidais qu’il y avait quelque chose qui me liait à elle, sans que je ne sache réellement ce dont il s’agissait. Peut-être notre expérience commune tissait-elle un lien invisible entre nous ou bien peut-être trouvais-je en Rohanna beaucoup de courage, un courage forçant le respect.

« Elle a demandé à voir sa cousine. Catelyn. Robb, s’il était au courant, n’accepterait jamais. Et, je ne le devrais pas non plus… »

Robb. Elle avait repris la parole soudainement, comme ayant décidé que je ne le ferai pas. Le geste que j’avais entamé pour porter un dernier grain de raisin s’interrompait immédiatement lorsque le surnom de mon cousin intervenait. Je reposais le grain sur la table et me levait sans regarder Lady Rohanna, réfléchissant à ce qu’elle venait de me dire.

« … mais j’aimerais pouvoir exaucer cette unique demande. »

Je me retournais, debout je faisais face à la jeune femme qui se trouvait de l’autre côté de la table, toujours assise. Qu’attendait-elle de moi ? Que je confronte à nouveau son époux dans l’espoir d’offrir satisfaction à une juste demande de la part de Lady Freyja ? S’imaginait-elle ainsi que j’avais encore l’influence d’antan sur son époux alors que nous ne nous étions pas même adressé la parole depuis notre dernière entrevue. Non, elle connaissait bien Robb, et elle savait que rien ne réussirait à le faire plier sans risque. Ce qu’elle voulait c’était une solution alternative. Ce que Rohanna Baratheon voulait, c’était offrir quelque chose à Freyja contre la volonté de son propre époux et sans que celui ne soit informé.

« Lady Rohanna… »

Je prenais une longue respiration, tentant de repousser l’émotion qui m’avait étouffée quelques heures auparavant.

« Vous n’êtes pas sans savoir que mon dernier échange avec votre époux n’a guère été amical… Je crains qu’il ne conserve en son cœur de lourds griefs à ce sujet tout comme j’en avais gardé longuement à son encontre. Certains esprits ridicules vont même jusqu'à prédire un conflit ouvert entre deux camps. Une absurdité. »

Je restais debout encore un instant, laissant le silence retomber lourdement, le regard lointain et le visage fermé. Il était évident que j’aurais aimé aider Freyja à rencontrer Catelyn, rassembler ces deux femmes l’espace d’un court instant, et apporter une certaine paix en leurs cœurs. Cependant j’avais appris à mes dépends que faire ce qui était bien n’était pas toujours payant. N’avais-je pas essayé de préserver le Nord et d’empêcher la guerre ? N’avais-je pas rencontré Lord Arryn pour le convaincre de mon soutien avant son départ pour le Nord ? Et enfin n’étais-je pas intervenue pour empêcher que le sceaux des Targaryen ne défigure celle que l’on appelait encore parfois la princesse du Val ? Tout cela avait été de justes causes. Elles ne m’avaient apporté qu’un éloignement progressif de mes alliés historiques et Robb le premier. Elles ne m’avaient apporté que la défiance d’un peuple qui appelait de ses cris un autre nom que celui de Jaehaerys pour porter la couronne. Toujours silencieuse je reprenais ma place sur la chaise, croisant les jambes et buvant une gorgée de vin épicée pour réchauffer ce cœur que je sentais glacé par l’incertitude.

« J’aimerais vous aider, Lady Rohanna… Cette démarche qui est la vôtre, cette décision de réaliser le souhait légitime de Lady Freyja est tout à votre honneur. Je doute pourtant de pouvoir le faire. »

Distraitement je faisais tourner le liquide renfermé dans la coupe que je tenais entre mes doigts, laissant le fil de ma pensée être déroulé à haute voix.

« La solution la plus raisonnable serait d’en parler à Robb et de le convaincre de laisser lady Freyja rencontrer Lady Catelyn… »

Je plongeais soudainement mon regard dans celui de ma cousine par alliance.

« Vous l'avez dit vous-même, cette démarche est vouée à l'échec, vous connaissez votre époux et son caractère, tout comme je connais les limites du mien. Et malgré tout le respect et la sympathie que j’ai pour Lady Freyja, je ne souhaite guère me lancer dans un nouvel affrontement... »

Je tentais de dissimuler l'expression de mon visage, buvant une nouvelle maigre gorgée, davantage pour détourner l’attention que par véritable soif.

« La deuxième solution serait dès lors d’agir sans en informer votre époux. C’est, là encore, une entreprise périlleuse. Lady Freyja est de votre suite, il n’y aura donc pas de difficultés à l’amener hors de vos appartements vous-même. Cependant... Lady Catelyn se trouve dans des geôles profondes. Dans le cas où elle serait sous la surveillance d'hommes de l'orage, j’obtiendrai qu’ils s’écartent mais rien ne les empêchera d’en informer Robb. Avez-vous des informations à ce propos ? »

Mes sourcils se fronçaient et je ne pouvais retenir l'air contrarié qui se formait progressivement sur mes traits. Je voulais tant trouver une solution pour Lady Rohanna, l'aider à faire ce qui me semblait être une bonne action et pourtant... Une volonté, une lettre écrite il y a quelques jours déjà, me retenaient d'être celle que j'avais l'habitude d'être.

« N'allez pas croire que je ne serais pas tentée de tout simplement descendre avec Lady Freyja et forcer un passage pour elle. Sans doute votre époux et les souvenirs de ces gens de cour qui m'ont connu ici sous le règne de Maegor vous auront-ils dressé le portrait d'une femme moins prudente que celle qui vous fait face ce soir. Cependant je n'ai guère besoin d'exprimer les raisons de ma frilosité inhabituelle, madame. »


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Rohanna Baratheon

Rohanna Baratheon
ORAGE
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MessageSujet: Re: No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting    No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting   Icon_minitimeJeu 6 Déc 2018 - 11:43





Power is always splitting


« Lady Rohanna… Vous n’êtes pas sans savoir que mon dernier échange avec votre époux n’a guère été amical… Je crains qu’il ne conserve en son cœur de lourds griefs à ce sujet tout comme j’en avais gardé longuement à son encontre. Certains esprits ridicules vont même jusqu'à prédire un conflit ouvert entre deux camps. Une absurdité. »



Le visage de la Reine est interdit : il lui est impossible de percevoir si elle croyait réellement en ses mots. Une absurdité, la Biche n’en était pas si certaine. Ce n’étaient pas de lourds griefs que le Sieur Robart conservait à l’encontre de sa cousine et suzeraine, mais une ardente fureur. Que les choses ne s’apaisent pas et, bientôt, d’une manière ou d’une autre, le conflit serait bel et bien ouvert. Néanmoins, il était rassurant d’observer que Sa Majesté évoquait déjà le passé comme si elle voyait une fin possible à leurs différences… Rohanna plisse légèrement ses yeux, essayant de voir si là pouvait bien résider une vérité salvatrice. Difficile à croire, malgré tout. Ses lèvres baignant dans un océan de doutes rouge, la Targaryen était plus perdue qu’interdite. Quels étaient les griefs qu’elle conservait à l’encontre de son cousin? Ils devaient être nombreux et anciens. Tout comme les siens propres, bouillant dans une écume opaque. La Dame de l’Orage les taisait difficilement, quand bien même elle savait qu’il ne serait jamais sa place de les ouvrir à Rhaenys. Comment lui dire sa rancœur, lui expliquer l’aigreur tenace du goût de l’injustice. Un ressentiment violent qu’en tant qu’épouse de Robb elle devait oublier. 


« J’aimerais vous aider, Lady Rohanna… Cette démarche qui est la vôtre, cette décision de réaliser le souhait légitime de Lady Freyja est tout à votre honneur. Je doute pourtant de pouvoir le faire. La solution la plus raisonnable serait d’en parler à Robb et de le convaincre de laisser lady Freyja rencontrer Lady Catelyn… »


… mais cela était impossible. L’impuissance de la Souveraine de Westeros pouvait se lire dans ses yeux, elle ne le savait que trop. Celle qui avait mis le royaume au bord de la guerre civile avait perdu le feu qui la caractérisait. Au même moment que sa superbe, ses écailles de dragon avaient volé en éclat. Une leçon apprise, et acceptée, trop tard. Sans exclure un refus, la Biche s’était attendue à une autre réponse. Il n’y avait en ces phrases que renoncement.



« Vous l'avez dit vous-même, cette démarche est vouée à l'échec, vous connaissez votre époux et son caractère, tout comme je connais les limites du mien. Et malgré tout le respect et la sympathie que j’ai pour Lady Freyja, je ne souhaite guère me lancer dans un nouvel affrontement... La deuxième solution serait dès lors d’agir sans en informer votre époux. C’est, là encore, une entreprise périlleuse. Lady Freyja est de votre suite, il n’y aura donc pas de difficultés à l’amener hors de vos appartements vous-même. Cependant... Lady Catelyn se trouve dans des geôles profondes. Dans le cas où elle serait sous la surveillance d'hommes de l'orage, j’obtiendrai qu’ils s’écartent mais rien ne les empêchera d’en informer Robb. Avez-vous des informations à ce propos? »


Les limites de son caractère… Rohanna avait laissé ses fossettes se creuser. Oui, elle ne connaissait que trop bien celles de son époux pour savoir que la femme devant elle avait raison de ne pas risquer un prochain courroux. Personne n’y aurait survécu, peut-être pas même elle. Elle, l’épouse du noble Lord. 


« N'allez pas croire que je ne serais pas tentée de tout simplement descendre avec Lady Freyja et forcer un passage pour elle. Sans doute votre époux et les souvenirs de ces gens de cour qui m'ont connu ici sous le règne de Maegor vous auront-ils dressé le portrait d'une femme moins prudente que celle qui vous fait face ce soir. Cependant je n'ai guère besoin d'exprimer les raisons de ma frilosité inhabituelle, madame. »



« Non, Votre Majesté, cela n’est pas nécessaire. »



Ses fossettes se creusèrent un peu plus. Étrangement, la Biche n’avait pas attendu à ce que Rhaenys l’aide et, en tant que Suzeraine de l’Orage, cela la rassurait de savoir qu’elle n’était pas prête à se mettre son cousin une nouvelle fois à dos… Qu’elle pouvait voir, et accepter, les limites de son propre pouvoir, politique, filial ou sentimental. Rohanna ne lui aurait jamais demandé d’outrepasser ses volontés et ses décisions — elle n’en aurait probablement pas été capable. En venant ici, ce qu’elle avait voulu savoir c’était si la femme qui était derrière ce visage de feu et de sang, celle qu’elle ne connaissait pas, la comprenait et la soutenait. Dans ce monde masculin qui l’entourait, elles étaient peu nombreuses… et cela, étonnamment, était parvenu à lui manquer. Depuis l’enfance, elle n’avait jamais été attirée par ses consœurs : ni leurs jeux, ni leurs mœurs, ni leurs état-d’âmes ou leurs activités terrifiantes. Son empathie n’allait qu’à ce qui lui était interdit. Jamais elle n’aurait pu croire que la force silencieuse d’une femme, à ses côtés, aurait manqué à sa vie. Tess était loin, trop loin. Ici, il n’y avait personne. Personne à qui elle pouvait abandonner ses défenses et montrer qu’être une femme noble était bien plus difficile que paraître dans un costume soyeux, manger à sa faim, danser jusqu’au petit jour et se prélasser dans des châteaux et jardins précieux. Il y avait une cruauté qu’elles parmi tous devaient accepter de vivre. Une cruauté à laquelle elles devaient s’abandonner dès leur prime jeunesse : un total abandon de soi pour les autres, ces inconnus qui par un achat bien arrangé pouvait prétendre à dominer leurs vies.

Pourquoi aider Freyja? C’était une entreprise folle, bien contraire à cette rage amère qui consumait son cœur ! Pourtant, c’était la seule chose qu’elle pouvait faire. De femme à femme, de sœur à sœur. Elle aussi avait été arrachée aux siens, pour la folie d’un autre et le besoin d’un autre, interdite de voir les siens, vivants ou morts, de leur écrire ou leur porter remembrance. Quelques années avant encore, quand elle s’était avancée dans Accalmie, on l’avait dévisagé sans retenue aucune. Une paria  ! Une fille de rien ! Les méchancetés et ses synonymes, elle ne les avait pas comptés. L’amour et les racines arrachées, Freyja allait devoir vivre la même chose. Quel monstre aurait-elle été si elle avait accepté ce sort sans fermer les yeux un court instant? Elle ne serait pas comme Kyra. Elle ne serait jamais comme cette femme : la lionne n’avait pas la vulnérabilité de sa bru. Une vulnérabilité qui la faisait parfois encore voir les choses avec des sentiments d’enfants : tout prendre et tout donner. À la fois, les infinis d’impossibles et de possibles. 


« Robb ne le sera jamais… »



… son cœur se brisa, jamais elle n’aurait voulu lui mentir. Toutes les particules de son corps savaient qu’il n’aurait jamais compris. Ne voudrait jamais comprendre. Lui, il avait eu ses difficultés, ses peines et ses pertes mais c’était un guerrier. Il ne pouvait savoir ce qu’une femme, dans son silence, devait endurer. Pour chasser cette pensée, elle but quelques gorgées suaves. 


« … si je dois vous le promettre, alors je le fais. Ce n’est pas par bonté de cœur, ou par vice envers mon époux, mais bien parce que Lady Freyja ne reverra probablement jamais les siens… et une Dame doit toujours protéger les personnes de sa suite. C’est ce que l’on nous a appris, n’est-ce pas? Alors, j’accepte d’oublier qui elle est, d’oublier qui elles sont, toutes les deux. Pour un seul moment et comme adieu d’une jeune fille à sa famille. »



Il lui fallait des forces considérables pour prononcer ces mots sans trembler, les accepter et se jurer de les mettre à bien. Les enseignements qu’on lui avait inculper depuis l’enfance, du moins tenté, voici qu’ils seraient mis à l’honneur. Un respect féminin pour l’ennemi que, elle le pensait, devait le penser avec ferveur, dont la louve se souviendrait. Un jour prochain, Ashara et Cathan viendraient à eux et, à ce moment là, l’héritière de Winterfell devrait avoir tous les sentiments enclins à accepter son sort. Jusqu’à aujourd’hui, Robb pouvait lui faire peur et l’intimider, mais viendrait un jour où ce ne serait plus suffisant. Il fallait faire d’elle, si ce n’est une alliée, un pion solide et loyal.



« Les geôles de Catelyn Arryn sont profondes, certes, mais depuis la tour de la Main nous y aurons accès facilement sans que personne ne puisse nous voir. Il suffira seulement de le faire le jour du départ, l’Orage aura levé ses gardes, et l’attention générale sera portée à faire les derniers adieux et vérifier que les chargements soient stables. Bien sûr, en tant qu’épouse, mon rôle sera de superviser les derniers moment de notre déménagement de nos appartements. Il nous suffira d’une petite heure, personne ne le remarquera. Il suffit seulement que vos gardes acceptent de nous laisser entrer quelques minutes. »



Son ton était posé. Un plan qu’elle avait tourné et retourné des milliers de fois dans sa tête. Les dangers étaient minimes et si Robb devait le découvrir, elle en prendrait le blâme. Seule. Ce ne serait pas la première fois qu’elle entendrait foudroyer son courroux… mais, cette fois, ce serait pour un acte qu’elle aurait décidé — et non dont elle était victime. La différence n’était pas minime. Son buste est déjà plus droit, décidé et victorieux. 


« Vous l’avez énormément blessé et à travers lui tout l’Orage… Votre Majesté, aidez-moi et je vous aiderai. Je mentirai si je n’avais pas quelques rancunes envers vous, qu’elles soient justifiées ou égoïstes, elles sont présentes en mon cœur comme des dizaines d’aiguilles. Néanmoins, j’en ai bien plus envers ceux qui tentent de monter nos Maisons l’une contre l’autre, l’autre contre l’une. Votre cousin est coléreux, d’une rare fureur, et je suis la seule à pouvoir le raisonner à ce jour. Par mariage nous sommes de la même famille, nous devrions agir comme tel. Les hommes ont tendance à sous-estimer la force de nos caractères — prudent ou moins prudent —, aussi devrions travailler ensemble. Pour le maintien de ce pour quoi nous avons sacrifié. Voyez cet acte comme une preuve de ce bon vouloir qui m’anime… car si mon époux devait l’apprendre alors son courroux serait plus grand encore que l’après-midi où il a perdu ses deux héritiers. »



L’angoisse lui tiraillait les entrailles, mais elle observait la Reine dans les yeux. Sa grande déférence pompeuse s’était quelque peu évaporée comme s’il n’y avait là qu’une femme. De celle qu’on a le droit de prendre en pitié et d’aider, de celle à qui on peut tendre une main sans risquer de se brûler. Le premier pas ne viendrait ni de Robb, ni de Rhaenys : elle voulait bien le faire, dans l’ombre, à une seule contrepartie. La vigilance d’un corps de garde.

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Rhaenys Targaryen

Rhaenys Targaryen
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MessageSujet: Re: No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting    No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting   Icon_minitimeDim 20 Jan 2019 - 16:33




No matter how many kingdoms you rule, or palaces you own, power is always splitting

« Robb ne le sera jamais… »



Ainsi Lady Rohanna comptait, elle aussi, prendre le risque de contredire aux vœux de son époux. C’était une chose intéressante que la croyance aveugle des hommes en la nécessaire docilité des femmes. Les théories étaient ainsi faites, les femmes étaient des êtres dociles par nature, en proie à leurs sentiments et les émotions qu’elles dépensent déjà bien trop d’énergie à maîtriser… Il fallait aux femmes le rempart de la puissance masculine pour survivre dans ce monde, car rien chez elles ne les prédisposaient à la guerre et le combat. Pourtant n’était-ce pas la femme qui endurait le combat de la naissance et ses dangers ? N’était-ce pas encore elle qui menait les affaires de sa maison comme un roi mène les affaires de son royaume ? N’étaient-elles pas les plus féroces guerrières qui soit lorsqu’il s’agissait de défendre leurs familles ? Non, il n’y avait rien de faible dans la nature des femmes. Il n’y avait que force et intelligence. Sans doute était-ce cela que redoutaient tant les hommes. Ils avaient jeté tant d’efforts dans la construction méthodique d’une société où les femmes seraient des êtres soumis qu’ils s’étaient laissé prendre à leur propre mensonge. Ils avaient commencé à les sous-estimer, à s’imaginer que le carcan qu’ils leur avaient imposé était suffisant pour les contenir.

J’avais longuement imaginé que Robart Baratheon était différent de ces hommes. Durant de longs mois nous avions travaillé ensemble, passant des jours et des nuits à étudier les cartes et les manuscrits, à vérifier les comptes et à nous questionner sur le meilleur moyen de relever un royaume saigné à blanc. Robb n’avait alors jamais laissé entrevoir la moindre défiance à mon égard, le moindre doute quant à ma capacité à régenter le royaume en attendant la majorité de Jaehaerys. Ils avaient été peu nombreux à le contester, car le souvenir des combats du siège et de ma participation à ceux-ci étaient encore trop vifs pour le permettre. Le peuple voyait en moi la princesse guerrière qu’avait été ma grand-mère éponyme. Je n’étais plus guère femme, j’étais devenue moins femme que régente. Pourtant, alors même que je ceignais la couronne royale, délaissant ma condition de régente, je redevenais une femme aux yeux de tous. Je n’étais plus guère dirigeante, j’étais à présent bien ancrée dans mon rôle d’épouse, de future mère et de reine. Robb n’avait pas été le dernier à me le rappeler, et sans doute ces paroles avaient-elles été à l’origine de ma fureur lors de notre terrible dernier entretien en tête à tête.

« … si je dois vous le promettre, alors je le fais. Ce n’est pas par bonté de cœur, ou par vice envers mon époux, mais bien parce que Lady Freyja ne reverra probablement jamais les siens… et une Dame doit toujours protéger les personnes de sa suite. C’est ce que l’on nous a appris, n’est-ce pas? Alors, j’accepte d’oublier qui elle est, d’oublier qui elles sont, toutes les deux. Pour un seul moment et comme adieu d’une jeune fille à sa famille. »

Je plongeais mon regard dans celui de Lady Rohanna. Elle tentait de faire ce qui était juste pour Lady Freyja, et elle faisait preuve alors d’une empathie que beaucoup n’auraient guère soupçonné à l’égard de la jeune louve. Etait-il seulement possible de rester insensible face au destin de la plus jeune fille du Nord ? Je n’avais eu que très peu d’occasions d’échanger avec elle, mais je n’avais pu alors ignorer l’admiration qu’elle portait à mon époux de cette époque. Jorah Stark avait été plus qu’un frère ainé pour elle, il avait endossé le rôle de père, un père lointain et idéalisé qu’elle aimait plus que tout et qui se retrouvait responsable de son exil forcé. Tirée hors de son foyer une première fois pour devenir la pupille du Faucon, elle avait su devenir l’égale d’un Arryn, adoptant avec grâce le mode de vie des Eyriés. La louve avait toujours fait la fierté des siens, qu’ils soient loups ou faucons. Pourtant, il lui avait fallu quitter ce deuxième foyer pour des raisons politiques qui n’avaient rien à voir avec elle. La jeune femme quitterait bientôt la capitale pour Accalmie et plus rien, là-bas, ne pourrait la raccrocher à son identité. Freyja Stark serait entourée de ceux qui haïssent son nom et ce qu’elle était… Elle serait bien évidemment protégée par Robart et sa vie ne serait sans doute pas menacée, mais je connaissais la mélancolique solitude de celle dont on rejette ce qu’elle ne peut changer : son identité.



« Les geôles de Catelyn Arryn sont profondes, certes, mais depuis la tour de la Main nous y aurons accès facilement sans que personne ne puisse nous voir. Il suffira seulement de le faire le jour du départ, l’Orage aura levé ses gardes, et l’attention générale sera portée à faire les derniers adieux et vérifier que les chargements soient stables. Bien sûr, en tant qu’épouse, mon rôle sera de superviser les derniers moments de notre déménagement de nos appartements. Il nous suffira d’une petite heure, personne ne le remarquera. Il suffit seulement que vos gardes acceptent de nous laisser entrer quelques minutes. »

Le plan de Lady Rohanna était en effet viable. Les gardes royaux ne seraient guère un souci, si aucun garde Baratheon ne se trouvait dès lors autour de la cellule de Catelyn il était probable que la nouvelle n’atteigne pas Robb. Il était évident que les murs du palais avaient des yeux et des oreilles, et je ne doutais pas qu’il y avait une chance pour que notre visite ne reste pas si secrète… Et pourtant j’entendais la volonté de Lady Rohanna, tout comme je ne pouvais que comprendre le besoin de Lady Freyja de rendre une dernière visite à sa cousine. Nous étions toutes femmes, toutes contraintes par notre seul sexe, et peut-être était-ce une erreur mais peut-être cette erreur valait-elle le risque qu’elle représentait.

« Vous l’avez énormément blessé et à travers lui tout l’Orage… Votre Majesté, aidez-moi et je vous aiderai. »

Je me levais, soudain agacée par les paroles de mon invitée.

« Je vous aiderai, Lady Rohanna. Nous connaissons toutes deux le sentiment de devoir quitter son foyer pour une terre ou une Maison inconnue. Lady Freyja est une victime collatérale des jeux de pouvoir et de la guerre… S’il est en monde pouvoir d’apaiser un tant soit peu son chagrin, alors je le ferai. »

J’avais interrompu Lady Rohanna car je ne craignais que la suite de ses paroles ne me dissuade de vouloir l’aider en vérité. Elle parlait de la souffrance de Robb, et de l’impact que mes paroles avaient eu à l’Orage. Le seigneur de l’Orage avait été blessé par mes paroles alors que ses actes et ses paroles n’avaient guère blessé que moi, mais avait ébranlé le continent tout entier. Mais il était un guerrier, et d’un guerrier l’on excusait les emportements. Fallait-il dès lors que je me laisse faire ? Aurait-il mieux valu que je baisse la tête face à sa colère et que je m’en retourne dans mes appartements pour laisser le seigneur de l’Orage décider du sort du royaume ? Pour la plupart des personnes qui m’entouraient la personne aurait été oui, un oui tonitruant et sans hésitation. Il aurait fallu que je sois la plus subtile des deux et que j’use d’autres voies pour l’amener à considérer mon point de vue. Je n’avais été jamais de ce genre de personne. J’avais tempêté et crié, face à Maegor, face à Jorah Stark, et finalement face à Robart Baratheon. Mon caractère n’avait rien de timoré et même si je regrettais cet emportement du fait de mon affection pour le seigneur de l’Orage, je n’en oubliais pas pour autant ses mots à mon égard. Des mots choisis avec soin pour me blesser. Peut-être nos caractères emportés avaient-ils trop semblables pour permettre une issue calme à notre échange, peut-être étions-nous voués à nous déchirer car nous étions l’un et l’autre incapables de mesure et de retenue.

« Je mentirais si je n’avais pas quelques rancunes envers vous, qu’elles soient justifiées ou égoïstes, elles sont présentes en mon cœur comme des dizaines d’aiguilles. »

Je me retournais, désarçonnée par la déclaration de Lady Rohanna. Incapable de dissimuler ma surprise, je la regardais mais ne la coupais pas pour autant, prête à écouter ce qu’elle avait à dire.

« Néanmoins, j’en ai bien plus envers ceux qui tentent de monter nos Maisons l’une contre l’autre, l’autre contre l’une. Votre cousin est coléreux, d’une rare fureur, et je suis la seule à pouvoir le raisonner à ce jour. Par mariage nous sommes de la même famille, nous devrions agir comme tel. Les hommes ont tendance à sous-estimer la force de nos caractères — prudent ou moins prudent —, aussi devrions travailler ensemble. Pour le maintien de ce pour quoi nous avons sacrifié. Voyez cet acte comme une preuve de ce bon vouloir qui m’anime… car si mon époux devait l’apprendre alors son courroux serait plus grand encore que l’après-midi où il a perdu ses deux héritiers. »

Le silence retombait dans la pièce plongée dans une pénombre savamment entretenue par les flammes vacillantes des nombreuses bougies. Je ne prenais pas la parole immédiatement, sincèrement perturbée par les paroles de Lady Rohanna. Que devais-je comprendre de cette déclaration ? Elle souhaitait visiblement travailler au rapprochement de nos deux maisons, éloignées depuis peu de temps mais dangereusement en froid. Là était mon désir également, je connaissais l’influence d’une épouse sur son mari et plus encore celle de Lady Rohanna sur Robard Baratheon. Je reprenais place sur mon siège, buvant une gorgée de vin dilué et épicé, les yeux perdus dans le vide tandis que les paroles de la biche tournaient en monde esprit comme une litanie douce-amère.

« Maegor avait pour habitude de me frapper lorsque j’osais élever la voix contre lui. »

Ma voix était douce, presque absente, et mon regard restait lointain, comme happé par ce passé que j’évoquais pour la première fois avec Lady Rohanna.

« Et les Sept en témoignent, je n’étais guère facile à faire taire. Pas même la dépouille dévorée et putréfié de mon frère, qu’il venait d’assassiner, n’avait réussi à m’empêcher de lui répondre. »

Je buvais une nouvelle gorgée, tentant d’éloigner en un clignement des yeux l’image du visage massacré d’Aegon.

« Jorah était bien plus mesuré. Il se contentait de m’ignorer, ou de m’inviter à regagner mes appartements lorsque je me permettais de critiquer ses décisions. Il n’était pas de ces hommes qui usent de la violence pour faire taire une femme. »

Je buvais à nouveau, puis délaissais mes souvenirs pour rediriger mon regard sur la dame de l’orage qui se trouvait toujours à mes côtés.

« J’avais pensé trouver en Robart un allié, pas un homme capable de me traiter de faible femme dans l’unique but de me faire taire. Je l’ai blessé, ma lady, tout comme il a su trouver les mots pour me blesser. La colère semble avoir le même effet dévastateur sur l’esprit de mon cousin que sur le mien. Je ne doute pas que vous soyez la seule capable de l’apaiser, tout comme Jaehaerys est le seul à avoir le pouvoir de me faire taire et de calmer mon impulsivité. Et il n’a pour cela guère besoin de la violence de Maegor, la supériorité froide de Jorah Stark, ni les mots blessants de Robart Baratheon. Il lui suffit de me traiter comme son égale. »

Je reprenais une longue respiration, tentant de repousser la tristesse que je sentais monter progressivement à mesure que je repensais à ma querelle avec Robb.

« Je regrette cette querelle avec Robb. Je regrette l’incompréhension que nous avons laissé grandir entre nous. »

Je buvais à nouveau, tentant de dissimuler les quelques larmes qui s’étaient glissées au creux de mes yeux et les faisaient briller au rythme du vacillement des chandelles.

« Je ne le regrette pas seulement en tant que reine, inquiète de voir nos deux régions alliées s’éloigner. Je le regrette également en tant que femme, car Robart n’est pas seulement le Régent, il est de mon sang. »

Après une énième gorgée, je confrontais avec intensité le regard de lady Rohanna.

« Si votre cœur porte les séquelles d’une inimitié à mon égard, Lady Rohanna, comment pourrions-nous travailler ensemble au rapprochement de nos familles ? Épanchez donc votre cœur et parlez-moi ce soir de ce que j’ai fait pour mériter votre rancune. Peut-être pourrions-nous être plus intelligentes ensemble que votre époux et moi l’avons été et laisser derrière nous de douloureuses incompréhensions et rancunes. »


© Belzébuth

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I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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