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 La nuit est sombre et pleine de terreurs

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Aemon Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Ven 2 Nov 2018 - 14:33

Aemon se réveilla brutalement. La terreur avait détrempé ses vêtements de nuit, et l'empêchait de respirer. Le Dragon resta quelques interminables minutes, empêtré dans ce lit trop grand pour lui, à chercher l'air, puis à calmer les tremblements qui le secouaient. Le chaos accaparait encore son esprit. Ses yeux, aveugles dans le noir, revoyaient les animaux de pierre se jeter les uns contre les autres, la violence du choc, les débris de la bibliothèque... les flammes... le sang... Ce rêve n'était pas comme les autres, Aemon le savait, pour en avoir déjà vécu de pareils. Angoissés, ses autres songes pouvaient l'être, mais ils ne le laissaient pas dans un tel état d'épuisement. Ni de terreur, car ce rêve était le plus explicite et le plus violent de tous ; et d'une manière ou d'une autre, il allait se réaliser. Aemon s'en serait tordu les mains, si elles n'étaient occupées à s'accrocher aux meubles à sa portée, jusqu'à ce que ses jambes l'abandonnent tout à fait et qu'il s'étale sur le sol.

Le vacarme attira l'attention les gardes qui veillaient sa porte, et s'autorisèrent à la pousser après quelques appels sans réponse. Au sol, le Prince était comme une chiffe molle, mais conscient... vraiment ? Ses yeux étrécis par la lumière de la chandelle semblaient fous, et du sang maculait ses cheveux blancs. Il devait s'être cogné la tête en tombant. Il se mit à gueuler quand on parla de faire venir le Mestre, répétant le nom de la Reine et son nom seulement, ne répondant à aucune des questions... Désignant mollement sa robe de chambre qu'on lui passa après l'avoir relevé précautionneusement. Au moins, il semblait capable de se tenir debout et de marcher. Prudent, l'un des gardes le suivit dans les couloirs où le Prince se traînait, hagard, échevelé - apparemment sans but, mais Aemon savait parfaitement où il allait.

Les gardes des appartements royaux restèrent sans voix face à ce spectre qui surgissait au plus sombre de la nuit. Muet. Leur camarade ne put que leur dire que le Prince avait appelé la Reine après une mauvaise chute ; mais lorsqu'ils demandèrent au Prince s'ils devaient réveiller sa Majesté, le Rêve-Dragon fit volte-face et rebroussa chemin. Plus rapide, car quelques forces lui revenaient ; le garde dut trotter derrière lui. Plus vif, car ses esprits lui revenaient : non, il n'allait pas tirer Rhaenys de la couche conjugale pour lui raconter son rêve, même si elle, le croyait - précisément parce qu'elle, le croyait. Aemon ne voulait pas être ce sombre messager, cet oiseau de malheur, pas si vite, il devait réfléchir d'abord à l'interprétation de sa vision... mais l'image finale le terrifiait si bien qu'il ne pouvait pas s'arrêter, il ne pouvait pas rester seul...

Aemon fut tenté de se réfugier dans les bras de sa mère, qui aurait reconnu son fils perturbé ; ou d'Alys, qui n'aurait pas reconnu, celui qu'elle croyait aimer. Au lieu de cela, le hasard ou sa volonté guidèrent ses pas vers les quartiers du Maître des Chuchoteurs. On savait que Valyron Tyvaros recevait ses informateurs à toute heure, et au Dernier des Targaryen, le Martaryen avait toujours fait bon accueil. N'était-ce pas lui qui lui avait, jadis, ouvert la bibliothèque de ses ancêtres ? Aujourd'hui il n'y avait plus que cendres et débris... Le Rêve-Dragon se remit à trembler, les yeux égarés, tandis que les gardes parlaient entre eux.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Ven 2 Nov 2018 - 23:28

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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Valyron terminait ses préparatifs. Dans quelques jours aurait lieu le procès tant attendu de la traîtresse Arryn. Catelyn, fille d’Elbert, cousine de Martyn, serait jugée pour trahison et offense, et encourrait le pire. Etant l’un des éléments centraux de cette affaire, Valyron avait été appelé à témoigner pour que l’audience puisse entendre et comprendre les faits reprocher à la fille du croissant de Lune et du Faucon. Couper les ailes de Catelyn Arryn rappellerait à toutes ces grandes familles que défier le Dragon souverain était une mauvaise idée. Les Arryn, et bientôt les Stark, paieraient le juste prix pour avoir voulu s’élever plus haut que leur place.

Ce n’était pas tout. Valyron prendrait bientôt la mer à bord d’un navire orageois à destination du Val d’Arryn où, aux côtés d’Edric Baratheon, il prendrait livraison de Freyja Stark pour la ramener au Protecteur qui avait négocié sa mise sous protection Baratheon auprès de Martyn Arryn. Le voyage s’annonçait sans réel problème. L’héritier de l’Orage était parti prendre le commandement de la petite escadre qui viendrait relâcher à Port-Réal, permettant ainsi à Valyron de prendre passage à bord, avant de se diriger vers Goëville où les attendrait la petite Louve. L’assise des Targaryen sur Westeros était bien partie pour durer, consolidée comme jamais par une justice implacable servie, certes, par un Baratheon. Bien qu’il eût ses réserves sur Robbart Baratheon en son ensemble, le Mantaryen était contraint de reconnaître qu’il ne chômait pas.

Le sire de Mantarys se rejeta en arrière sur son siège, regardant ce bureau qu’il occupait depuis des années. Toute sa vie tenait dans ces appartements. La première pièce, celle par laquelle on entrait était plus longue que large et la porte d’entrée faisait face à un massif bureau qui se situait à l’extrémité opposée. Lorsque l’on entrait, il y avait sur la droite, à peu près au milieu de la longue pièce, une porte qui donnait sur la chambre du Chuchoteur. Entre cette porte et l’entrée du bureau, les murs étaient recouverts de rayonnages, certains plus protégés que d’autres. Là, les planches regorgeaient de documents agencés avec plus ou moins de méthode. Ils étaient sensés être classés par ordre alphabétique, mais ils étaient si nombreux que l’ensemble ressemblait plus à un immense fatras déposé le long d’étagères courant le long du mur épais. On trouvait là une collection quasi complète de tous les ouvrages qui traitaient de l’Antique Valyria, de sa vie et de sa chute. Des traités de mestres, des études faites en Essos par des savants, et quelques rares traduction ou authentique volumes ayant survécu au Fléau. Il y avait là une connaissance unique, et certains ouvrages étaient d’ailleurs les seuls exemplaires du monde connu. Fixé au mur par un habile système de fixations, un peu plus loin, un grand bas-relief – prélevé sur un bâtiment écroulé par Valyron lui-même des années auparavant – présentait la carte des Possessions de Valyria peu avant leur apogée. Et comble de cette collection, trônait sur un présentoir de marbre, sous une cloche de verre qui avait coûté une fortune à Valyron, un objet ovoïde unique, d’une couleur améthyste fascinante et hypnotisante : un œuf de dragon fossilisé que le Serpent avait dérobé dans les profondeurs de la capitale effondrée de l’empire draconique. C’était l’orgueil du maître-espion de Jaehaerys.

Le bureau, lui, était un meuble massif, sans réelles fioritures outre de nombreux rangements à clé permettant d’emmagasiner de précieux documents sans avoir à les dissimuler dans un coffre. C’était là que travaillait le Chuchoteur depuis son accès au pouvoir conciliaire, en 42 avec l’avènement de Maegor. Il avait recruté Elinor Piète dans ce même bureau, ils avaient conspiré contre Maegor. C’était ici qu’il avait essayé sans succès de rallier Roderik Farring et Rhaegar Velaryon à leur cause. Ici aussi, qu’il avait appris qu’Elinor portait un enfant qui ne pouvait être autre que celui de Maegor. Il avait rencontré bien des puissants ici, qui venaient dans l’antre du Serpent pour quérir un renseignement, ou en délivrer. Wendy Piper avait, elle aussi, été recrutée en ces lieux. Oh, ils étaient nombreux à avoir passé ce pas de porte qui donnait dans un véritable musée dédié à la Valyria, et au centre duquel officiait l’un des seigneurs des ombres de Westeros. Désormais seigneur de Port-d’Epices, Valyron réglait aussi ses affaires à distance depuis son bureau, tout comme il continuait de gérer sa compagnie commerciale qui importait inlassablement des pierres précieuses pour fournir la demande toujours croissante en bijoux qui submergeait les orfèvres de la capitale. Les affaires marchaient bien, et la fortune du Serpent continuait de croître avec son service auprès du Dragon.

Il était tard lorsque la dernière chandelle du Mantaryen commença à montrer des signes de faiblesse, alors que la flamme flétrissait. Vêtu d’une simple chemise de laine blanche et de bas de soie noire, il était bien plus négligé qu’à son habitude à la Cour. Une lassitude commençait à l’engourdir. Il dormait peu, quelques heures par nuit tout au plus, avant de se réveiller de nouveau et d’aller prendre l’air sur les remparts pour observer le lever de soleil sur la Baie de la Néra. C’était là son rituel immuable. Il s’étira et rangea les quelques documents qu’il étudiait. Il se versa un verre d’eau citronnée à la menthe et se promena au milieu de son fatras organisé, le gobelet de cuivre à la main, contemplant les artefacts collectés au fur et à mesure de ses pérégrinations de jeunesse. Il y avait là une pierre de voûte d’une coupole qui avait dû faire la taille de la colline d’Aegon toute entière, Donjon-Rouge inclus. Plus loin, quelques pièces et un bijou tordu rappelait que Valyria avait su maîtriser la forge. En parcourant ces multiples souvenirs, Valyron se souvenait de chaque aventure associée, chaque contexte dans lequel il avait trouvé le dit objet. Apaisé par la vue de ses trésors, il attrapa sur son bureau un rapport communiqué par l’un de ses espions à Dorne puis se dirigea avec son gobelet et son rapport avec la ferme intention de terminer les deux depuis son lit. Il allait souffler le reste de la chandelle et plonger l’entièreté du bureau dans l’obscurité lorsque des voix lui parvinrent du couloir. Il déposa le tout et, aux aguets, attrapa une dague qui traînait là et se dirigea prudemment vers la porte. En règle générale, la porte de Valyron était gardée en permanence, et il ne craignait donc rien, mais il ne pouvait s’empêcher de se montrer extrêmement prudent. Intrigué, Valyron finit par pousser le loquet et sorti dans le couloir, surprenant ses deux gardes qui ne semblaient pas bien réveillés mais fort intrigués par le spectacle qui se jouait à quelques mètres.

Le prince Aemon, tremblant, se tenait au centre du couloir, l’air désespéré, le regard perdu. Que diable faisait-il ici, la tête ensanglantée, en robe de chambre ? Valyron se réveilla instantanément. Un Dragon était en détresse ! Il fallait agir, le jeune prince semblait avoir une crise. Il ne devait pas rester ici, aussi se précipita-t-il à son devant.

« Mon prince ! »

Il apporta un bras secourable pour soutenir le jeune homme et l’aida à marcher jusqu’à son bureau. Il fit refermer la porte et le fit asseoir sur l’un des fauteuils qui faisaient face au bureau. Devant l’air pathétique du jeune Dragon, il lui versa un grand verre d’eau citronnée à l’héritier présomptif du Trône de Fer et déposa deux mains puissantes sur les épaules encore tremblotantes d’Aemon.

« Prince Aemon, calmez-vous. Respirez. Que se passe-t-il ? »



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Valyron Tyvaros
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Aemon Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Sam 3 Nov 2018 - 16:21

Aemon essaya de respirer, mais n'y arriva pas. Ce face à face avec son ancien précepteur, si proche, l'angoissa. Il se souvenait des rares tête à tête qu'il avait eu avec son père, séparés par un bureau aussi massif que celui là. Les mains de son père n'étaient pas sur ses épaules, mais ses yeux étaient sur lui et le jeune Dragon pouvait y lire toutes les déceptions dont il était la source. Les yeux morts de son père, sa tête tranchée par le Cerf...

- Le Cerf... le Cerf... balbutia le Rêve-Dragon.

En proie à l'agitation, il se leva péniblement de son siège profond et se mit à déambuler dans la pièce. Rasant les murs, frôlant les étagères, puis s'intéressant aux objets qu'elles exposaient. Les touchant de ses mains tremblantes. Le Mantaryen devait craindre pour ses trésors, pourtant le Prince ne laissa rien tomber, reposant chaque objet à sa place après l'avoir manipulé. Aemon semblait y trouver un certain apaisement. Lui aussi était adepte des beaux objets, c'était un des traits qu'ils avaient en commun ; même si ses possessions étaient plutôt des créations des meilleurs artistes et artisans du temps, que des reliques de l'ancienne Valyria. Ses trésors n'avaient pas d'histoire, tout comme le Dragon n'avait d'autre histoire, que celle qu'il avait lue dans les livres et que son précepteur lui avait contées.

Le Prince contourna précautionneusement l'oeuf de dragon. C'était une chose morte et pénible, elle n'aurait pas dû être là. Son esprit la repoussa comme il repoussait les souvenirs de son rêve. De la paume suintante de sa main, Aemon caressa les reliures, des dizaines de reliures. La bibliothèque était toujours là, n'est-ce pas ? Il pouvait saisir ce livre et l'ouvrir, il pouvait toucher des doigts la sagesse des écritures, la beauté des enluminures. Il se souvenait de ces créatures célestes peintes aux pigments et à l'or. Elles étaient toujours là ! Il pouvait les sentir sous ses doigts !

- Racontez-moi encore, supplia-t-il en Haut Valyrien, comme un enfant réclame une dernière histoire avant que sur lui, la nuit ne se referme.
Et que les créatures malfaisantes ne se déchaînent.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
■ Localisation : Port-Réal
MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Dim 4 Nov 2018 - 1:02

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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La situation n’était pas bien embarquée. Le jeune héritier du Trône de Fer ne parvenait à recouvrer sa respiration. Il avait toujours eu du mal à garder son calme en situations de crise, mais l’on sentait bien que ce qu’il avait vu durant les limbes de son cauchemar l’avait terrorisé. Que pouvait-il en être, pour tirer du lit un prince du sang à une heure pareille ? De surcroît, au mépris le plus absolu du regard des autres. Il avait pris le risque de traverser une bonne partie du Donjon Rouge pour retrouver son mentor. Lui qui, d’ordinaire, souffrait déjà tant du regard méprisant des autres, à commencer par les chevaliers. Qu’est-ce qui pouvait avoir ainsi traumatisé Aemon Targaryen pour l’amener ici, se demandait Valyron. Pensif, le Serpent plongeait dans les yeux violets qui lui faisaient face un regard d’onyx profondément préoccupé par ce qu’il voyait.

« Le Cerf... le Cerf... » balbutiait sans arrêt le Dragon.

Valyron fronça les sourcils. Un cerf ? Quelle était encore cette plaisanterie ? Il était au courant des rêves peu communs dont était parfois victime le Prince, mais de là à imaginer ce qu’il pouvait en être, il y avait encore du chemin. Le cerf ? Que diable cela signifiait-il ? Il fallait que le Prince lui raconte. Il devait démêler le songe du présage, si présage il y avait. A le voir ainsi blessé, Valyron se prit à se demander s’il n’avait pas simplement un délire consécutif à sa chute de lit. Il garda donc silence lorsque le jeune homme se releva pour explorer sa collection. Il n’avait rien à faire, rien à dire : Aemon était un divin Targaryen, un prince du sang, direct descendant du Conquérant, il portait le titre de Prince des Sept Couronnes et de Peyredragon, il était l’héritier direct de Jaehaerys. Valyron n’était qu’un insecte à ses côtés.

« Racontez-moi encore. »

L’accent était un peu plat, hésitant, mais la grammaire était juste. Surpris par l’écoute de Haut Valyrien à cette heure-ci, Valyron jeta un regard interloqué au prince. Il l’avait toujours tenu en estime, le soutenant là où les autres se seraient moqués et l’auraient brimé. A force de le côtoyer, il avait compris que le jeune prince avait eu un père peu présent, et il lui avait depuis toujours manqué cette présence masculine bienveillante à son égard : on n’allait pas compter sur Maegor pour se substituer à son frère Daeron. L’oncle était encore pire que le père. Valyron trempa un tissu dans un pichet d’eau simple et le tendit à Aemon.

« Appliquez cela sur votre front, prince Aemon. Vous saignez. » lui répondit-il en langue commune, pour ne pas solliciter d'avantage son esprit tourmenté, un sourire compatissant sur le visage.

Puis, se détournant posément, il commença à lui parler avec le ton qu’il employait jadis, lorsqu’il était tout employé à leur apprendre la fabuleuse Histoire de leurs ancêtres.

« Rappelez-vous Valyria, mon prince. Rappelez-vous les guerres ghiscaries, la colonisation de la Rhoyne, l’établissement de Volantis, Lyr, Myr, Tyrosh, Pentos, et tant d’autres. Je n’ai pas à vous raconter quoi que ce soit. Vous savez déjà tout. »

Il se dirigea vers un récipient de fer forgé qui contenait une fine poudre grise. Il tira deux bâtons d’encens et une nouvelle chandelle d’un tiroir du meuble sur lequel était posé ledit récipient. Il remplaça la chandelle et utilisa la flamme de l’ancienne pour allumer la nouvelle et l’encens qu’il plaça dans le récipient.

« Vous êtes du sang de la toute-puissante et divine Valyria. Vous n’avez rien à craindre. Certains pensent que les sorciers d’alors étaient les plus puissants du monde et que coulait dans les veines des habitants de la Péninsule la magie la plus puissante de toutes : celle du sang. Et elle a donné des êtres exceptionnels comme votre grand-père, votre cousin, ou même vous. N’oubliez pas cela. Vous portez en vous l’héritage de plus de mille ans de règne. Alors, de grâce, respirez lentement, avec moi. Voilààà. Doucement, prince. »

Accompagnant le jeune homme dans un exercice de respiration destiné à calmer sa terreur, Valyron poussa vers lui la coupe emplie d’eau fraîche. L'air profondément bienveillant, le Serpent s'était installé dans le fauteuil vide à ses côtés plutôt qu'à sa place habituelle, de l'autre côté du bureau.

« Allons, buvez désormais. Vous avez eu un dur moment, je le vois bien. Voulez-vous bien essayer de me raconter ? »



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Valyron Tyvaros
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Aemon Targaryen
COURONNE
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Sam 10 Nov 2018 - 23:26

Docile, le Prince attrapa le linge humide et l'appliqua sur sa tempe. La douleur lui procurait moins d'inconfort que la vue de son sang sur le tissu. Aemon n'avait jamais aimé le sang, celui des autres, et encore moins le sien. Il remit le linge en place et n'y pensa plus, s'absorbant dans les paroles du Martaryen. Sa voix familière lui rappelait les anciennes cités. Un monde inconnu auquel son imagination avait donné des formes merveilleuses.

Aemon tenta de redessiner ces images, mais les flammes de la bibliothèque dansaient toujours sous ses yeux. Les mots de son précepteur, jadis si bavard, étaient avares. Déjà Valyron le rappelait aux obligations du sang. L'écrasante gloire du sang, dont le Dernier des Dragons ne serait jamais digne. A demi louange, à demi réprimande. On avait beau lui répéter qu'il était un être d'exception, Aemon ne s'était jamais senti traité comme tel. Son sang était une gloire et une damnation. Ces visions étaient une damnation. Pourquoi lui ?

Mais de lui il n'était pas question, il n'était qu'un medium. L'impatience du Mantaryen le blessa : le Maître des Chuchoteurs cherchait juste à tirer de lui des informations. Il n'essayait pas vraiment de l'apaiser, ou alors, pour qu'il retrouve son maintien de Targaryen. Aemon n'avait pas d'ami ici, seulement, un ami de Valyria et de la Couronne. C'était sans doute tout ce qu'il pouvait espérer. Pour lui sier, le Prince tâcha de se calmer, fermant les yeux sur sa condescendance, et sur le monde.

Aemon rouvrit les yeux. L'air circulait à nouveau dans ses poumons. Le linge tomba sur ses genoux, et il prit la coupe d'une main encore un peu tremblante. Il ne but qu'une gorgée avant de la reposer. Tout était trop vif, l'odeur de l'encens, l'acidité du citron. L'eau était trop froide. Le Prince était frigorifié, il regretta de n'être pas allé trouver Rhaenys, sa chaleur, sa réelle attention. Il lui aurait donné plus volontiers sa confession, mais ça n'aurait pas été une bonne idée.

- Le Cerf a tué le Dragon, lâcha-t-il avec brutalité.
Il lut l'incompréhension dans les yeux du Mantaryen, et se força à continuer, à nouveau paniqué :
- Tous se battaient... les animaux de pierre... Ils ont saccagé la bibliothèque... Le Cerf a chargé le Dragon... il l'a tué...
Il était aisé de voir à quel animal Aemon s'identifiait. Pourtant, il ne savait ce qui le terrifiait le plus : la mort du Dragon, l'ascension du Cerf, ou la destruction de la bibliothèque.
- Tout est détruit... gémit-il en se repliant sur lui-même.
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Valyron Tyvaros
COURONNE
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Dim 18 Nov 2018 - 21:30

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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« Le Cerf a tué le Dragon. »

Le ton du prince était d’une brutalité inédite, d’une âpreté qui jurait avec le personnage que l’on connaissait d’ordinaire. Aemon Targaryen, prince de Peyredragon, héritier présomptif de son cousin le roi Jaehaerys, était identifié comme un être délicat, affable et incapable de faire mal à une mouche. La plupart le raillait comme étant un pleutre doublé d’un incapable, mais Valyron voyait autre chose. Il savait que le jeune prince n’était pas fait pour régner, cela tout le monde le voyait aisément, mais il comprenait aussi sa manière de fonctionner. Le jeune homme était un idéaliste, timide et souvent anxieux, mais plein de bonne volonté pour servir sa famille. Le Mantaryen considérait Aemon comme trop sophistiqué pour Westeros et ce monde qui ne demandait que guerriers et stratètes.

Toutefois, ses paroles firent froid dans le dos de Valyron sans qu’il ne sache pourquoi. Cerf, Dragon ? De quoi diable était-il question ? Un pressentiment lointain vint faire naître une crampe d’appréhension au creux de l’estomac du maître-espion.

« Tous se battaient... les animaux de pierre... Ils ont saccagé la bibliothèque... Le Cerf a chargé le Dragon... il l'a tué... »

Tyvaros fronça les sourcils devant cette nouvelle énigme. Bibliothèque ? Pierre ? Une bataille ? Que diable était-ce encore que cela ? Une plaisanterie de mauvais goût d’une puissance supérieure ? Certains au sein du Donjon-Rouge connaissaient les rêves particuliers d’Aemon Targaryen. Valyron s’était penché sur le sujet après avoir appris que le prince avait rêvé de chutes de neiges sur Port-Réal peu avant la bataille finale qui avait scellé la guerre civile et qui avait vu le retour de Rhaenys. Se pouvait-il qu’il s’agisse encore là d’une vision prophétique de la sorte ? Il prit le temps de réfléchir. Le Cerf tuait le Dragon. Il lisait la panique et la certitude mêlées dans les yeux violets du prince terrifié. La maison Baratheon mettait à mort la maison royale Targaryen ? Cela semblait complètement délirant. Quant à cette bibliothèque dont il avait parlé, les sept Enfers pouvaient bien savoir de quoi cela s’agissait.

« Tout est détruit. »

Gémissant de terreur, Aemon se recroquevilla sur lui-même en attendant un coup imaginaire. Valyron releva le regard du prince terrifié pour rassembler ses esprits. Il fixa un bref moment la carte valyrienne qui trônait là-haut. Rien ne prouvait que ce fût une vision, il fallait essayer de tirer cela au clair, et dès à présent. Il reporta son attention sur le prince empli de peur. Son cœur se serra brutalement. Le pauvre jeune homme n’était pas en mesure de l’aider, encore tétanisé par ce qu’il avait vu. Un bref accès de compassion fit oublier un temps son devoir au Mantaryen. Il s’accroupit devant Aemon, essayant de capter son regard pour l’y loger dans ses pupilles grises d’acier. Quand ce fut fait, il tâcha de déposer solidement ses mains sur les épaules du jeune Dragon.

« Prince. Prince Aemon. Ecoutez-moi. »

Il vissa son regard sérieux mais plein de soutien muet dans les yeux d’améthyste du fils de Daenys et Daeron.

« Peu importe. Ce n’était qu’un cauchemar. Nous en faisons tous, absolument tous. Du plus puissant empereur que porte ce monde au dernier des paysans. Peu importe ce que vous avez vu. Au diable les animaux de pierre et les bibliothèques. »

Ce n’était pas vraiment le cas, mais c’était en partie vraie. Aemon devait recouvrer ses esprits, et Valyron se souciait comme d’une guigne du reste. Il fallait le tirer de son rêve, de cette peur qui l’aveuglait complètement, le libérer des souvenirs. Le maître-espion lui lança un sourire sincère.

« Puis-je vous poser une question ? Qu’auriez-vous aimé faire si vous n’étiez pas né prince dragon, Aemon ? Quelle aurait été votre existence rêvée ? Je suis sûr que vous avez une idée en tête. »

Il lui adressa un sourire encourageant. Il s’était fait violence pour ainsi déroger au protocole et appeler l’un de ses maîtres directement par son prénom, mais il ne voyait que cette façon de faire : le faire penser à autre chose, lui faire oublier ses horreurs cachées et ensuite, peut-être, pourrait-on y voir plus clair.


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