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 La nuit est sombre et pleine de terreurs

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Aemon Targaryen

Aemon Targaryen
COURONNE
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MessageSujet: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Ven 2 Nov 2018 - 14:33

Aemon se réveilla brutalement. La terreur avait détrempé ses vêtements de nuit, et l'empêchait de respirer. Le Dragon resta quelques interminables minutes, empêtré dans ce lit trop grand pour lui, à chercher l'air, puis à calmer les tremblements qui le secouaient. Le chaos accaparait encore son esprit. Ses yeux, aveugles dans le noir, revoyaient les animaux de pierre se jeter les uns contre les autres, la violence du choc, les débris de la bibliothèque... les flammes... le sang... Ce rêve n'était pas comme les autres, Aemon le savait, pour en avoir déjà vécu de pareils. Angoissés, ses autres songes pouvaient l'être, mais ils ne le laissaient pas dans un tel état d'épuisement. Ni de terreur, car ce rêve était le plus explicite et le plus violent de tous ; et d'une manière ou d'une autre, il allait se réaliser. Aemon s'en serait tordu les mains, si elles n'étaient occupées à s'accrocher aux meubles à sa portée, jusqu'à ce que ses jambes l'abandonnent tout à fait et qu'il s'étale sur le sol.

Le vacarme attira l'attention les gardes qui veillaient sa porte, et s'autorisèrent à la pousser après quelques appels sans réponse. Au sol, le Prince était comme une chiffe molle, mais conscient... vraiment ? Ses yeux étrécis par la lumière de la chandelle semblaient fous, et du sang maculait ses cheveux blancs. Il devait s'être cogné la tête en tombant. Il se mit à gueuler quand on parla de faire venir le Mestre, répétant le nom de la Reine et son nom seulement, ne répondant à aucune des questions... Désignant mollement sa robe de chambre qu'on lui passa après l'avoir relevé précautionneusement. Au moins, il semblait capable de se tenir debout et de marcher. Prudent, l'un des gardes le suivit dans les couloirs où le Prince se traînait, hagard, échevelé - apparemment sans but, mais Aemon savait parfaitement où il allait.

Les gardes des appartements royaux restèrent sans voix face à ce spectre qui surgissait au plus sombre de la nuit. Muet. Leur camarade ne put que leur dire que le Prince avait appelé la Reine après une mauvaise chute ; mais lorsqu'ils demandèrent au Prince s'ils devaient réveiller sa Majesté, le Rêve-Dragon fit volte-face et rebroussa chemin. Plus rapide, car quelques forces lui revenaient ; le garde dut trotter derrière lui. Plus vif, car ses esprits lui revenaient : non, il n'allait pas tirer Rhaenys de la couche conjugale pour lui raconter son rêve, même si elle, le croyait - précisément parce qu'elle, le croyait. Aemon ne voulait pas être ce sombre messager, cet oiseau de malheur, pas si vite, il devait réfléchir d'abord à l'interprétation de sa vision... mais l'image finale le terrifiait si bien qu'il ne pouvait pas s'arrêter, il ne pouvait pas rester seul...

Aemon fut tenté de se réfugier dans les bras de sa mère, qui aurait reconnu son fils perturbé ; ou d'Alys, qui n'aurait pas reconnu, celui qu'elle croyait aimer. Au lieu de cela, le hasard ou sa volonté guidèrent ses pas vers les quartiers du Maître des Chuchoteurs. On savait que Valyron Tyvaros recevait ses informateurs à toute heure, et au Dernier des Targaryen, le Martaryen avait toujours fait bon accueil. N'était-ce pas lui qui lui avait, jadis, ouvert la bibliothèque de ses ancêtres ? Aujourd'hui il n'y avait plus que cendres et débris... Le Rêve-Dragon se remit à trembler, les yeux égarés, tandis que les gardes parlaient entre eux.
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Valyron Tyvaros

Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Ven 2 Nov 2018 - 23:28

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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Valyron terminait ses préparatifs. Dans quelques jours aurait lieu le procès tant attendu de la traîtresse Arryn. Catelyn, fille d’Elbert, cousine de Martyn, serait jugée pour trahison et offense, et encourrait le pire. Etant l’un des éléments centraux de cette affaire, Valyron avait été appelé à témoigner pour que l’audience puisse entendre et comprendre les faits reprocher à la fille du croissant de Lune et du Faucon. Couper les ailes de Catelyn Arryn rappellerait à toutes ces grandes familles que défier le Dragon souverain était une mauvaise idée. Les Arryn, et bientôt les Stark, paieraient le juste prix pour avoir voulu s’élever plus haut que leur place.

Ce n’était pas tout. Valyron prendrait bientôt la mer à bord d’un navire orageois à destination du Val d’Arryn où, aux côtés d’Edric Baratheon, il prendrait livraison de Freyja Stark pour la ramener au Protecteur qui avait négocié sa mise sous protection Baratheon auprès de Martyn Arryn. Le voyage s’annonçait sans réel problème. L’héritier de l’Orage était parti prendre le commandement de la petite escadre qui viendrait relâcher à Port-Réal, permettant ainsi à Valyron de prendre passage à bord, avant de se diriger vers Goëville où les attendrait la petite Louve. L’assise des Targaryen sur Westeros était bien partie pour durer, consolidée comme jamais par une justice implacable servie, certes, par un Baratheon. Bien qu’il eût ses réserves sur Robbart Baratheon en son ensemble, le Mantaryen était contraint de reconnaître qu’il ne chômait pas.

Le sire de Mantarys se rejeta en arrière sur son siège, regardant ce bureau qu’il occupait depuis des années. Toute sa vie tenait dans ces appartements. La première pièce, celle par laquelle on entrait était plus longue que large et la porte d’entrée faisait face à un massif bureau qui se situait à l’extrémité opposée. Lorsque l’on entrait, il y avait sur la droite, à peu près au milieu de la longue pièce, une porte qui donnait sur la chambre du Chuchoteur. Entre cette porte et l’entrée du bureau, les murs étaient recouverts de rayonnages, certains plus protégés que d’autres. Là, les planches regorgeaient de documents agencés avec plus ou moins de méthode. Ils étaient sensés être classés par ordre alphabétique, mais ils étaient si nombreux que l’ensemble ressemblait plus à un immense fatras déposé le long d’étagères courant le long du mur épais. On trouvait là une collection quasi complète de tous les ouvrages qui traitaient de l’Antique Valyria, de sa vie et de sa chute. Des traités de mestres, des études faites en Essos par des savants, et quelques rares traduction ou authentique volumes ayant survécu au Fléau. Il y avait là une connaissance unique, et certains ouvrages étaient d’ailleurs les seuls exemplaires du monde connu. Fixé au mur par un habile système de fixations, un peu plus loin, un grand bas-relief – prélevé sur un bâtiment écroulé par Valyron lui-même des années auparavant – présentait la carte des Possessions de Valyria peu avant leur apogée. Et comble de cette collection, trônait sur un présentoir de marbre, sous une cloche de verre qui avait coûté une fortune à Valyron, un objet ovoïde unique, d’une couleur améthyste fascinante et hypnotisante : un œuf de dragon fossilisé que le Serpent avait dérobé dans les profondeurs de la capitale effondrée de l’empire draconique. C’était l’orgueil du maître-espion de Jaehaerys.

Le bureau, lui, était un meuble massif, sans réelles fioritures outre de nombreux rangements à clé permettant d’emmagasiner de précieux documents sans avoir à les dissimuler dans un coffre. C’était là que travaillait le Chuchoteur depuis son accès au pouvoir conciliaire, en 42 avec l’avènement de Maegor. Il avait recruté Elinor Piète dans ce même bureau, ils avaient conspiré contre Maegor. C’était ici qu’il avait essayé sans succès de rallier Roderik Farring et Rhaegar Velaryon à leur cause. Ici aussi, qu’il avait appris qu’Elinor portait un enfant qui ne pouvait être autre que celui de Maegor. Il avait rencontré bien des puissants ici, qui venaient dans l’antre du Serpent pour quérir un renseignement, ou en délivrer. Wendy Piper avait, elle aussi, été recrutée en ces lieux. Oh, ils étaient nombreux à avoir passé ce pas de porte qui donnait dans un véritable musée dédié à la Valyria, et au centre duquel officiait l’un des seigneurs des ombres de Westeros. Désormais seigneur de Port-d’Epices, Valyron réglait aussi ses affaires à distance depuis son bureau, tout comme il continuait de gérer sa compagnie commerciale qui importait inlassablement des pierres précieuses pour fournir la demande toujours croissante en bijoux qui submergeait les orfèvres de la capitale. Les affaires marchaient bien, et la fortune du Serpent continuait de croître avec son service auprès du Dragon.

Il était tard lorsque la dernière chandelle du Mantaryen commença à montrer des signes de faiblesse, alors que la flamme flétrissait. Vêtu d’une simple chemise de laine blanche et de bas de soie noire, il était bien plus négligé qu’à son habitude à la Cour. Une lassitude commençait à l’engourdir. Il dormait peu, quelques heures par nuit tout au plus, avant de se réveiller de nouveau et d’aller prendre l’air sur les remparts pour observer le lever de soleil sur la Baie de la Néra. C’était là son rituel immuable. Il s’étira et rangea les quelques documents qu’il étudiait. Il se versa un verre d’eau citronnée à la menthe et se promena au milieu de son fatras organisé, le gobelet de cuivre à la main, contemplant les artefacts collectés au fur et à mesure de ses pérégrinations de jeunesse. Il y avait là une pierre de voûte d’une coupole qui avait dû faire la taille de la colline d’Aegon toute entière, Donjon-Rouge inclus. Plus loin, quelques pièces et un bijou tordu rappelait que Valyria avait su maîtriser la forge. En parcourant ces multiples souvenirs, Valyron se souvenait de chaque aventure associée, chaque contexte dans lequel il avait trouvé le dit objet. Apaisé par la vue de ses trésors, il attrapa sur son bureau un rapport communiqué par l’un de ses espions à Dorne puis se dirigea avec son gobelet et son rapport avec la ferme intention de terminer les deux depuis son lit. Il allait souffler le reste de la chandelle et plonger l’entièreté du bureau dans l’obscurité lorsque des voix lui parvinrent du couloir. Il déposa le tout et, aux aguets, attrapa une dague qui traînait là et se dirigea prudemment vers la porte. En règle générale, la porte de Valyron était gardée en permanence, et il ne craignait donc rien, mais il ne pouvait s’empêcher de se montrer extrêmement prudent. Intrigué, Valyron finit par pousser le loquet et sorti dans le couloir, surprenant ses deux gardes qui ne semblaient pas bien réveillés mais fort intrigués par le spectacle qui se jouait à quelques mètres.

Le prince Aemon, tremblant, se tenait au centre du couloir, l’air désespéré, le regard perdu. Que diable faisait-il ici, la tête ensanglantée, en robe de chambre ? Valyron se réveilla instantanément. Un Dragon était en détresse ! Il fallait agir, le jeune prince semblait avoir une crise. Il ne devait pas rester ici, aussi se précipita-t-il à son devant.

« Mon prince ! »

Il apporta un bras secourable pour soutenir le jeune homme et l’aida à marcher jusqu’à son bureau. Il fit refermer la porte et le fit asseoir sur l’un des fauteuils qui faisaient face au bureau. Devant l’air pathétique du jeune Dragon, il lui versa un grand verre d’eau citronnée à l’héritier présomptif du Trône de Fer et déposa deux mains puissantes sur les épaules encore tremblotantes d’Aemon.

« Prince Aemon, calmez-vous. Respirez. Que se passe-t-il ? »



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Aemon Targaryen

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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Sam 3 Nov 2018 - 16:21

Aemon essaya de respirer, mais n'y arriva pas. Ce face à face avec son ancien précepteur, si proche, l'angoissa. Il se souvenait des rares tête à tête qu'il avait eu avec son père, séparés par un bureau aussi massif que celui là. Les mains de son père n'étaient pas sur ses épaules, mais ses yeux étaient sur lui et le jeune Dragon pouvait y lire toutes les déceptions dont il était la source. Les yeux morts de son père, sa tête tranchée par le Cerf...

- Le Cerf... le Cerf... balbutia le Rêve-Dragon.

En proie à l'agitation, il se leva péniblement de son siège profond et se mit à déambuler dans la pièce. Rasant les murs, frôlant les étagères, puis s'intéressant aux objets qu'elles exposaient. Les touchant de ses mains tremblantes. Le Mantaryen devait craindre pour ses trésors, pourtant le Prince ne laissa rien tomber, reposant chaque objet à sa place après l'avoir manipulé. Aemon semblait y trouver un certain apaisement. Lui aussi était adepte des beaux objets, c'était un des traits qu'ils avaient en commun ; même si ses possessions étaient plutôt des créations des meilleurs artistes et artisans du temps, que des reliques de l'ancienne Valyria. Ses trésors n'avaient pas d'histoire, tout comme le Dragon n'avait d'autre histoire, que celle qu'il avait lue dans les livres et que son précepteur lui avait contées.

Le Prince contourna précautionneusement l'oeuf de dragon. C'était une chose morte et pénible, elle n'aurait pas dû être là. Son esprit la repoussa comme il repoussait les souvenirs de son rêve. De la paume suintante de sa main, Aemon caressa les reliures, des dizaines de reliures. La bibliothèque était toujours là, n'est-ce pas ? Il pouvait saisir ce livre et l'ouvrir, il pouvait toucher des doigts la sagesse des écritures, la beauté des enluminures. Il se souvenait de ces créatures célestes peintes aux pigments et à l'or. Elles étaient toujours là ! Il pouvait les sentir sous ses doigts !

- Racontez-moi encore, supplia-t-il en Haut Valyrien, comme un enfant réclame une dernière histoire avant que sur lui, la nuit ne se referme.
Et que les créatures malfaisantes ne se déchaînent.
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Valyron Tyvaros

Valyron Tyvaros
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Dim 4 Nov 2018 - 1:02

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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La situation n’était pas bien embarquée. Le jeune héritier du Trône de Fer ne parvenait à recouvrer sa respiration. Il avait toujours eu du mal à garder son calme en situations de crise, mais l’on sentait bien que ce qu’il avait vu durant les limbes de son cauchemar l’avait terrorisé. Que pouvait-il en être, pour tirer du lit un prince du sang à une heure pareille ? De surcroît, au mépris le plus absolu du regard des autres. Il avait pris le risque de traverser une bonne partie du Donjon Rouge pour retrouver son mentor. Lui qui, d’ordinaire, souffrait déjà tant du regard méprisant des autres, à commencer par les chevaliers. Qu’est-ce qui pouvait avoir ainsi traumatisé Aemon Targaryen pour l’amener ici, se demandait Valyron. Pensif, le Serpent plongeait dans les yeux violets qui lui faisaient face un regard d’onyx profondément préoccupé par ce qu’il voyait.

« Le Cerf... le Cerf... » balbutiait sans arrêt le Dragon.

Valyron fronça les sourcils. Un cerf ? Quelle était encore cette plaisanterie ? Il était au courant des rêves peu communs dont était parfois victime le Prince, mais de là à imaginer ce qu’il pouvait en être, il y avait encore du chemin. Le cerf ? Que diable cela signifiait-il ? Il fallait que le Prince lui raconte. Il devait démêler le songe du présage, si présage il y avait. A le voir ainsi blessé, Valyron se prit à se demander s’il n’avait pas simplement un délire consécutif à sa chute de lit. Il garda donc silence lorsque le jeune homme se releva pour explorer sa collection. Il n’avait rien à faire, rien à dire : Aemon était un divin Targaryen, un prince du sang, direct descendant du Conquérant, il portait le titre de Prince des Sept Couronnes et de Peyredragon, il était l’héritier direct de Jaehaerys. Valyron n’était qu’un insecte à ses côtés.

« Racontez-moi encore. »

L’accent était un peu plat, hésitant, mais la grammaire était juste. Surpris par l’écoute de Haut Valyrien à cette heure-ci, Valyron jeta un regard interloqué au prince. Il l’avait toujours tenu en estime, le soutenant là où les autres se seraient moqués et l’auraient brimé. A force de le côtoyer, il avait compris que le jeune prince avait eu un père peu présent, et il lui avait depuis toujours manqué cette présence masculine bienveillante à son égard : on n’allait pas compter sur Maegor pour se substituer à son frère Daeron. L’oncle était encore pire que le père. Valyron trempa un tissu dans un pichet d’eau simple et le tendit à Aemon.

« Appliquez cela sur votre front, prince Aemon. Vous saignez. » lui répondit-il en langue commune, pour ne pas solliciter d'avantage son esprit tourmenté, un sourire compatissant sur le visage.

Puis, se détournant posément, il commença à lui parler avec le ton qu’il employait jadis, lorsqu’il était tout employé à leur apprendre la fabuleuse Histoire de leurs ancêtres.

« Rappelez-vous Valyria, mon prince. Rappelez-vous les guerres ghiscaries, la colonisation de la Rhoyne, l’établissement de Volantis, Lyr, Myr, Tyrosh, Pentos, et tant d’autres. Je n’ai pas à vous raconter quoi que ce soit. Vous savez déjà tout. »

Il se dirigea vers un récipient de fer forgé qui contenait une fine poudre grise. Il tira deux bâtons d’encens et une nouvelle chandelle d’un tiroir du meuble sur lequel était posé ledit récipient. Il remplaça la chandelle et utilisa la flamme de l’ancienne pour allumer la nouvelle et l’encens qu’il plaça dans le récipient.

« Vous êtes du sang de la toute-puissante et divine Valyria. Vous n’avez rien à craindre. Certains pensent que les sorciers d’alors étaient les plus puissants du monde et que coulait dans les veines des habitants de la Péninsule la magie la plus puissante de toutes : celle du sang. Et elle a donné des êtres exceptionnels comme votre grand-père, votre cousin, ou même vous. N’oubliez pas cela. Vous portez en vous l’héritage de plus de mille ans de règne. Alors, de grâce, respirez lentement, avec moi. Voilààà. Doucement, prince. »

Accompagnant le jeune homme dans un exercice de respiration destiné à calmer sa terreur, Valyron poussa vers lui la coupe emplie d’eau fraîche. L'air profondément bienveillant, le Serpent s'était installé dans le fauteuil vide à ses côtés plutôt qu'à sa place habituelle, de l'autre côté du bureau.

« Allons, buvez désormais. Vous avez eu un dur moment, je le vois bien. Voulez-vous bien essayer de me raconter ? »



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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Sam 10 Nov 2018 - 23:26

Docile, le Prince attrapa le linge humide et l'appliqua sur sa tempe. La douleur lui procurait moins d'inconfort que la vue de son sang sur le tissu. Aemon n'avait jamais aimé le sang, celui des autres, et encore moins le sien. Il remit le linge en place et n'y pensa plus, s'absorbant dans les paroles du Martaryen. Sa voix familière lui rappelait les anciennes cités. Un monde inconnu auquel son imagination avait donné des formes merveilleuses.

Aemon tenta de redessiner ces images, mais les flammes de la bibliothèque dansaient toujours sous ses yeux. Les mots de son précepteur, jadis si bavard, étaient avares. Déjà Valyron le rappelait aux obligations du sang. L'écrasante gloire du sang, dont le Dernier des Dragons ne serait jamais digne. A demi louange, à demi réprimande. On avait beau lui répéter qu'il était un être d'exception, Aemon ne s'était jamais senti traité comme tel. Son sang était une gloire et une damnation. Ces visions étaient une damnation. Pourquoi lui ?

Mais de lui il n'était pas question, il n'était qu'un medium. L'impatience du Mantaryen le blessa : le Maître des Chuchoteurs cherchait juste à tirer de lui des informations. Il n'essayait pas vraiment de l'apaiser, ou alors, pour qu'il retrouve son maintien de Targaryen. Aemon n'avait pas d'ami ici, seulement, un ami de Valyria et de la Couronne. C'était sans doute tout ce qu'il pouvait espérer. Pour lui sier, le Prince tâcha de se calmer, fermant les yeux sur sa condescendance, et sur le monde.

Aemon rouvrit les yeux. L'air circulait à nouveau dans ses poumons. Le linge tomba sur ses genoux, et il prit la coupe d'une main encore un peu tremblante. Il ne but qu'une gorgée avant de la reposer. Tout était trop vif, l'odeur de l'encens, l'acidité du citron. L'eau était trop froide. Le Prince était frigorifié, il regretta de n'être pas allé trouver Rhaenys, sa chaleur, sa réelle attention. Il lui aurait donné plus volontiers sa confession, mais ça n'aurait pas été une bonne idée.

- Le Cerf a tué le Dragon, lâcha-t-il avec brutalité.
Il lut l'incompréhension dans les yeux du Mantaryen, et se força à continuer, à nouveau paniqué :
- Tous se battaient... les animaux de pierre... Ils ont saccagé la bibliothèque... Le Cerf a chargé le Dragon... il l'a tué...
Il était aisé de voir à quel animal Aemon s'identifiait. Pourtant, il ne savait ce qui le terrifiait le plus : la mort du Dragon, l'ascension du Cerf, ou la destruction de la bibliothèque.
- Tout est détruit... gémit-il en se repliant sur lui-même.
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Dim 18 Nov 2018 - 21:30

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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« Le Cerf a tué le Dragon. »

Le ton du prince était d’une brutalité inédite, d’une âpreté qui jurait avec le personnage que l’on connaissait d’ordinaire. Aemon Targaryen, prince de Peyredragon, héritier présomptif de son cousin le roi Jaehaerys, était identifié comme un être délicat, affable et incapable de faire mal à une mouche. La plupart le raillait comme étant un pleutre doublé d’un incapable, mais Valyron voyait autre chose. Il savait que le jeune prince n’était pas fait pour régner, cela tout le monde le voyait aisément, mais il comprenait aussi sa manière de fonctionner. Le jeune homme était un idéaliste, timide et souvent anxieux, mais plein de bonne volonté pour servir sa famille. Le Mantaryen considérait Aemon comme trop sophistiqué pour Westeros et ce monde qui ne demandait que guerriers et stratètes.

Toutefois, ses paroles firent froid dans le dos de Valyron sans qu’il ne sache pourquoi. Cerf, Dragon ? De quoi diable était-il question ? Un pressentiment lointain vint faire naître une crampe d’appréhension au creux de l’estomac du maître-espion.

« Tous se battaient... les animaux de pierre... Ils ont saccagé la bibliothèque... Le Cerf a chargé le Dragon... il l'a tué... »

Tyvaros fronça les sourcils devant cette nouvelle énigme. Bibliothèque ? Pierre ? Une bataille ? Que diable était-ce encore que cela ? Une plaisanterie de mauvais goût d’une puissance supérieure ? Certains au sein du Donjon-Rouge connaissaient les rêves particuliers d’Aemon Targaryen. Valyron s’était penché sur le sujet après avoir appris que le prince avait rêvé de chutes de neiges sur Port-Réal peu avant la bataille finale qui avait scellé la guerre civile et qui avait vu le retour de Rhaenys. Se pouvait-il qu’il s’agisse encore là d’une vision prophétique de la sorte ? Il prit le temps de réfléchir. Le Cerf tuait le Dragon. Il lisait la panique et la certitude mêlées dans les yeux violets du prince terrifié. La maison Baratheon mettait à mort la maison royale Targaryen ? Cela semblait complètement délirant. Quant à cette bibliothèque dont il avait parlé, les sept Enfers pouvaient bien savoir de quoi cela s’agissait.

« Tout est détruit. »

Gémissant de terreur, Aemon se recroquevilla sur lui-même en attendant un coup imaginaire. Valyron releva le regard du prince terrifié pour rassembler ses esprits. Il fixa un bref moment la carte valyrienne qui trônait là-haut. Rien ne prouvait que ce fût une vision, il fallait essayer de tirer cela au clair, et dès à présent. Il reporta son attention sur le prince empli de peur. Son cœur se serra brutalement. Le pauvre jeune homme n’était pas en mesure de l’aider, encore tétanisé par ce qu’il avait vu. Un bref accès de compassion fit oublier un temps son devoir au Mantaryen. Il s’accroupit devant Aemon, essayant de capter son regard pour l’y loger dans ses pupilles grises d’acier. Quand ce fut fait, il tâcha de déposer solidement ses mains sur les épaules du jeune Dragon.

« Prince. Prince Aemon. Ecoutez-moi. »

Il vissa son regard sérieux mais plein de soutien muet dans les yeux d’améthyste du fils de Daenys et Daeron.

« Peu importe. Ce n’était qu’un cauchemar. Nous en faisons tous, absolument tous. Du plus puissant empereur que porte ce monde au dernier des paysans. Peu importe ce que vous avez vu. Au diable les animaux de pierre et les bibliothèques. »

Ce n’était pas vraiment le cas, mais c’était en partie vraie. Aemon devait recouvrer ses esprits, et Valyron se souciait comme d’une guigne du reste. Il fallait le tirer de son rêve, de cette peur qui l’aveuglait complètement, le libérer des souvenirs. Le maître-espion lui lança un sourire sincère.

« Puis-je vous poser une question ? Qu’auriez-vous aimé faire si vous n’étiez pas né prince dragon, Aemon ? Quelle aurait été votre existence rêvée ? Je suis sûr que vous avez une idée en tête. »

Il lui adressa un sourire encourageant. Il s’était fait violence pour ainsi déroger au protocole et appeler l’un de ses maîtres directement par son prénom, mais il ne voyait que cette façon de faire : le faire penser à autre chose, lui faire oublier ses horreurs cachées et ensuite, peut-être, pourrait-on y voir plus clair.


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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Dim 25 Nov 2018 - 12:41

La voix du Mantaryen venait de loin, mais ses mains, son regard ancré au sien, hissèrent Aemon à la surface.
- Prince. Prince Aemon. Ecoutez-moi, et peu lui importait de respirer, puisque Valyron serait cette bouffée d'air. Il allait lui dire quoi faire. Il allait lui dire comment les sauver.
Mais non. Maître Tyvaros se contenta de balayer ces images qui le hantaient. Comme si elles n'étaient que des images. Comme si elles n'avaient aucune signification. Juste un cauchemar. Comme Aemon aurait aimé y croire ! Comme il se sentait seul ! Valyron ne le croyait pas. Personne ne le croyait. Il était seul avec cette malédiction.

Aemon n'avait pas la force de se sentir insulté, ou trahi. Il regarda le Mantaryen sans comprendre. Il lui parlait d'un autre rêve.
- Je ne sais pas... balbutia-t-il, déboussolé. Comment ne serais-je pas Targaryen ?
C'était absurde. S'imaginer autre que lui-même ? Perdre sa substance... perdre sa vie... sans le sang du Dragon, Aemon serait mort depuis longtemps. S'il ne savait qu'une chose, c'est qu'il n'aurait pas survécu sans les soins qu'on ne lui prodiguait que pour sa valeur d'héritier. Il n'était bon à rien, qu'aurait-il fait ? Son existence était plus satisfaisante qu'elle ne l'avait jamais été, sans ce rêve qui venait tout briser... Pourquoi s'imaginer autre ? Pourquoi cette question maintenant ?

Sur son fauteuil, le Dragon s'efforça de retrouver une position normale. Il posa ses pieds sur le plancher ; ses mains, sur ses genoux ; ses yeux, sur ses épaules, pour que Valyron enlève ses mains. L'un comme l'autre regagnèrent contenance. Ils se fixaient désormais comme un prince et son conseiller.
- C'est important, Maître Tyvaros, articula le Dragon, encore essoufflé. Que vous croyiez ou non à mes prédictions... ça n'est qu'un signe de plus...
Difficile d'oublier les bannières du Dragon arrachées, celles du Cerf flottant sur des chiffons grotesques... L'émeute avait été écrasée, mais elle avait existé. Et le Régent n'avait rien fait, chaque jour plus ténébreux, chaque jour plus imbu de son autorité. Avait-il encore la confiance de la Reine ? Devait-il la conserver ?

- Croyez vous qu'il faille alerter Rhaenys ? s'inquiéta Aemon.
Il voulait la protéger, mais il ne pouvait pas ignorer, que cette vérité la blesserait.
- Ou Jaehaerys.
Jaehaerys ne le croirait pas.
- Non, Rhaenys...
Il atermoyait. Il ne parvenait pas à réfléchir, à se décider.
- Attendons le jour.
Bref répit qu'il s'octroyait.
- Prêtez-moi une plume. Je dois écrire... tant que les images sont encore là.
Elles ne risquaient pas de s'effacer, mais il devait consigner les détails. Tout pouvait signifier... il n'avait pas droit à l'erreur. Ce rêve était tellement plus clair que les précédents, pourtant...

- Ensuite, nous parlerons, concéda-t-il.
S'il y avait d'autres questions absurdes que Valyron voulait lui poser, il s'efforcerait d'y répondre. Cela serait toujours quelques minutes de gagnées sur les ténèbres.
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Valyron Tyvaros

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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Mar 27 Nov 2018 - 21:13

La nuit est sombre et pleine de terreurs

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La diversion ne prit pas.

Le prince Aemon le regarda d’un air ahuri, essayant de rassembler ses esprits. Valyron n’était pas bon pour rassurer les autres. Il avait travaillé ses méthodes pour extirper des secrets, déchirer l’âme de ses ennemis et rivaux, pour mieux en comprendre les intentions. Là était sa raison d’être, son champ de compétence. Où était son utilité lorsqu’il s’agissait de réconforter, d’être à la fois conseiller, mentor et mère ? Il n’était rien de tout cela et n’était pas capable d’apporter à l’héritier de Jaehaerys une véritable aide. Il en était désolé, car il voyait qu’Aemon avait besoin d’aide et il voulait l’aider. Comment pouvait-il rassurer le prince sur le fait qu’il avait fait un cauchemar ? Même si c’était une vision, le propos était incohérent. Du feu, des animaux, une bibliothèque… ?

« Je ne sais pas... Comment ne serais-je pas Targaryen ? »

Valyron se tint coi. Si la ruse pour faire penser Aemon à autre chose avait échoué, elle avait au moins le mérite de l’avoir calmée. Le Serpent rompit le contact physique et se redressa. Le moment de grâce avait disparu. Il reprenait le contrôle.

« C'est important, Maître Tyvaros. Que vous croyiez ou non à mes prédictions... ça n'est qu'un signe de plus… »

Le Maître des Chuchoteurs regarda le prince d’un air stupéfait. Ô, il le croyait. Il le croyait peut-être même plus que nul autre. Il était persuadé de la destinée manifeste de la maison Targaryen, de l’existence de la magie de sang valyrienne et des caractéristiques uniques des enfants de l’Ancienne Valyria. Il réfléchissait à comment traiter l’information sur la possible vision lorsque Aemon l’interrogea :

« Croyez-vous qu’il faille alerter Rhaenys ? »

Le maître-espion haussa les épaules, d’un air désabusé, le regard dans le vide. Rhaenys… Elle saurait quoi faire pour calmer son cousin, mais cela ne pouvait-il pas attendre l’aube ?

« Ou Jaehaerys. »

Valyron fronça les sourcils. Déranger le roi, même s’il était jeune et bienveillant, ne lui semblait guère une bonne idée.

« Non, Rhaenys… »

Il commença à ouvrir la bouche pour dire quelque chose mais Aemon reprit, encore.

« Attendons le jour. »

Valyron, deux mains levées devant lui en signe de reddition, attendait de voir la suite. C’était là la chose la plus sage. Attendre. Ou pas ? La teneur de la vision, ou tout du moins de ce qu’il en avait compris, commençait à inquiéter le conseiller royal, tout comme elle avait tétanisé l’héritier. Peut-être était-il plus sage que l’un des dragons royaux vienne voir l’état de leur cousin. Rhaenys y serait plus sensible.

« Prêtez-moi une plume. Je dois écrire… tant que les images sont encore là. »

Il s’exécuta. D’une main, il repoussa sans ménagement ce qui traînait sur son bureau pour le mettre sur le côté. Quelques parchemins et tablettes de bois ou d’argile chutèrent sans que  personne ne semblât les remarquer. Il désigna son fauteuil directement au prince, qui serait plus à  l’aise pour écrire.

« Ensuite, nous parlerons. » décréta le prince en s’asseyant.

Valyron le regarda commencer à consigner les informations sur un parchemin vierge. Il le laissa commencer à rédiger. Les minutes passèrent, puis, alors qu’Aemon semblait avoir un doute sur son inspiration, et qu’il levait la plume, le Mantaryen parla d’une voix basse, compatissante.

« Je vous crois, prince Aemon. Je pense que vous avez hérité du même don que Daenys la Rêveuse, celle qui sauva votre dynastie en prévenant votre ancêtre Aenar Targaryen, qui prit la décision de quitter Valyria avant le Fléau. »

Dans le silence qui suivit, le Serpent se racla la gorge avant de déposer un regard d’une intensité rare sur Aemon.

« Je pense mon prince que vous sauverez votre dynastie, grâce à ce don, et comme votre ancêtre. Je vais vous laisser seul, afin que vous puissiez consigner par écrit cette vision. Je me charge d’amener la reine afin que vous puissiez lui raconter tant que cela est encore frais, tant que les images sont encore là. »

Valyron se dirigea vers la sortie et, arrivé à la porte, il se retourna sur le seuil pour observer le prince. Il était bien différent de ses cousins, mais pas forcément moins brave. Une ombre de sourire passa sur son visage. Il y avait de quoi être fier. Il n’ajouta rien, bien sûr, et se détourna, toujours souriant et referma la porte derrière lui. Une fois sur le pas, entouré de ses deux gardes, il leur jeta un ordre en commençant à s’éloigner.

« Quoi que vous entendez, personne ne rentre avant mon retour. »

Il attrapa une torche dans une corbeille métallique et la plongea dans un brasero non loin avant de s’éloigner dans les coursives désertes du Donjon Rouge. Il connaissait le chemin par cœur jusqu’aux appartements royaux. Lorsqu’il arriva, les portes à double battants étaient bien naturellement gardées par deux chevaliers de la garde royale. Ces derniers dévisagèrent Valyron d’un air sombre. Ils étaient toujours nerveux, lorsque quelqu’un s’approchait des portes royales durant la nuit. Aussi, tout en continuant de marcher, Valyron lança à la volée.

« Je dois voir la reine, c’est urgent. Allez réveiller sa dame de compagnie et faites-lui parvenir le message que Valyron Tyvaros l’attend devant sa porte pour un sujet d’extrême importance. »

Les deux chevaliers échangèrent un regard mais finirent par se décider. Puis, l’un d’entre eux disparût pour réapparaître bientôt, expliquant au Serpent que la jeune femme était partie réveiller la reine. Quelques instants passèrent encore avant que finalement, une petite jeune femme vienne chercher le Chuchoteur pour l’amener à la reine, qui se tenait dans la pièce attenante à sa chambre, vêtue d’une robe de chambre faite de la plus pure des soies. Valyron s’expliqua très brièvement, pour décider la souveraine consort à le suivre.

« Il s’agit de votre cousin, Majesté. Il a eu une vision… troublante. Il est venu chercher mon aide, il se trouve dans mon bureau, pour l’instant. Puis-je vous proposer de m’accompagner ? C’est important. »



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Ambition & Dévotion
Valyron Tyvaros
Maître des Chuchoteurs du Roi

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Rhaenys Targaryen

Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Jeu 29 Nov 2018 - 15:57




La nuit est sombre et pleine de terreurs


L’horizon n’était qu’une vaste étendue d’obscurité, une opacité si solide qu’elle semblait envelopper la vie qui fourmillait. Le vent était chaud malgré la nuit noire et l’on apercevait en contrebas une multitude de petits points lumineux dont la flamme paraissait vaciller davantage de minute en minute. Se pouvait-il de se sentir plus libre que moi en cet instant ? Le monde était mien car rien ne pouvait m’entraver. Rien ni personne n’en avait la force. J’avançais à mon rythme, et mon cœur s’emballait sous l’effet de cette liberté retrouvée. Les petites lueurs avaient fini par s’aligner et se rapprocher, formant un chemin au cœur de ce qui semblait être une mer agitée. Et elles remontaient, peu à peu, atteignant les portes de ce lieu qui marquait la fin de mon voyage. La forteresse de Peyredragon s’élevait en majesté au-dessus de la mer, comme sculptée à même la roche, offrant de nombreuses niches confortables pour se poser et se reposer au rythme de la houle. Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas sentie ainsi, dans cet état alternatif où j’étais moi-même sans l’être. Si l’on m’avait demandé mon nom, j’aurais alors répondu sans hésiter que j’étais Rhaenys Targaryen, mais je ne ressemblais en rien à Rhaenys. J’étais l’union de deux êtres de feu, l’union étrange et inquiétante de deux esprits qui ne pouvaient se comprendre que par la magie d’un lien inexplicable.

« Votre Majesté ? V… Votre… Votre Grâce ? »

La voix timide de la jeune demoiselle de compagnie me tirait d’un sommeil plus lourd que ceux auxquels j’avais été habituée. Il me fallut du temps pour accepter d’ouvrir les yeux et de me tirer d’un sentiment de plénitude et de légèreté qui m’avait quitté depuis bien trop longtemps. La jeune fille restait silencieuse alors que je prenais le temps d’ouvrir les yeux et de redevenir pleinement celle qu’elle tentait d’éveiller.

« Qu’y a-t-il ? »

Elle était inquiète, ou bien peut-être avait-elle eu peur de me réveiller au cœur de la nuit alors qu’il était si rare que je dorme si paisiblement.

« Lord Tyvaros est à la porte de vos appartements, Majesté, il souhaite vous entretenir d’un sujet de la plus haute importance. »

Elle baissait les yeux, tordant ses doigts pour contenir une certaine nervosité. Personne n’ignorait que le seigneur Tyvaros ne jouissait pas de mon amitié, et peut-être avait-elle craint que je ne sois agacée de me voir éveillée de cette façon pour répondre au seigneur Tyvaros. Il semblait cependant évident que la démarche du mantarien témoignait de l’urgence de sa demande. Je me levais rapidement, faisant signe à la demoiselle de me donner le long manteau de soie, brodé aux couleurs de ma maison, qui reposait non loin d’elle.

« Merci, Sofya. Faites entrer le seigneur Tyvaros dans l’antichambre. »

Elle sortait rapidement, et j’en profitais pour vérifier dans le miroir que je restais présentable malgré l’urgence du réveil. Ma chambre privée était séparée de la première antichambre par un petit bureau privé, une chambre d’apparat et enfin une seconde antichambre qui servait d’ordinaire de salle d’attente à ceux qui souhaitaient être reçus par la reine. A peine étais-je entrée que Lord Tyvaros faisait son apparition, les traits tirés et visiblement inquiet.

« Lord Tyvaros, de quoi s’agit-il ? »

« Il s’agit de votre cousin, Majesté. Il a eu une vision… troublante. Il est venu chercher mon aide, il se trouve dans mon bureau, pour l’instant. Puis-je vous proposer de m’accompagner ? C’est important. »

Aemon.

Sans un mot de plus je me dirigeais vers la porte, passant rapidement devant Valyron et lui faisant signe de me montrer le chemin. Deux soldats de la garde blanche nous encadraient tenant les torches qui nous permettraient de progresser dans les couloirs qui pourraient ne pas être éclairés. Aemon avait fait un rêve, et je ne sous-estimais en rien les conséquences de cela car elles étaient multiples et souvent terribles. Mon cousin avait, toute sa vie, était en proie à des visions et rêves prophétiques, et à mesure qu’ils lui étaient envoyé ils semblaient le briser un peu plus.

Aemon avait toujours été un jeune garçon délicat, effrayé par un père violent, couvé par une mère aimante mais soumise aux volontés de son père. Ce don n’en avait jamais été un pour lui, cela n’avait été que tourment et malédiction. Combien avaient-ils été à se moquer de ce jeune enfant qui s’éveillait en pleurs et évoquaient des images souvent incohérentes ou difficiles à interpréter ? Combien encore l’avaient traité de fou, prétendant que ces rêves n’étaient rien d’autres que le fruit d’un esprit faible et trop imaginatif ? Combien, encore, avaient moqué ce qu’ils considéraient comme une faiblesse de l’esprit et du corps, l’accusant de n’être pas à la hauteur de l’illustre nom qu’il portait ? Personne ne l’avait jamais vraiment pris au sérieux, personne hormis sa mère, Daenys, et moi. Il y avait toujours eu pour moi quelque chose de spécial chez Aemon, sa délicatesse cachait une grande sensibilité, et cette sensibilité était le signe même d’un esprit supérieur la majorité d’entre nous. Il voyait au-delà de ce que ses yeux lui présentaient, et ce don avait un prix qu’il payait malgré lui.

Je me rappelais sans grande peine la première fois que j’avais vu Aemon à la suite d’un rêve. Il avait 10 ans et moi 8, et jusqu’à présent Daenys avait toujours fait en sorte que personne ne puisse le voir dans l’état de fébrilité que provoquait un rêve. Pourtant, ce jour-là Aemon m’avait appelée, il avait demandé à sa mère de me laisser entrer, de m’envoyer quérir, car déjà nous étions devenus inséparables. J’avais pris son mon aile ce cousin si délicat dont la présence m’apaisait. S’ils étaient nombreux à oser rire sous cape d’Aemon, ils étaient cependant très peu nombreux à oser contrarier celle qui était la dernière fille du roi et le seul parti féminin de la famille royale. Alors je l’avais protégé, et je l’avais aimé de tout mon cœur. Il me l’avait bien rendu. Une complicité sans pareille s’était créée entre lui et moi, et alors qu’il m’appelait à nouveau ce soir j’espérais que nous n’avions rien perdu de ce lien de confiance inébranlable qui nous avait maintenus si proches durant tant d’années. Alors que j’étais entrée dans les appartements de Daenys, accompagnée de ma nourrisse, Aemon s’était précipité dans mes bras. La fureur de son désespoir nous avait fait tomber à la renverse, et j’avais pris sa tête sur mes genoux alors qu’il fermait les yeux avec une force incroyable. Son corps entier tremblait, et il répétait en boucle des mots qui ne faisaient pas sens. Alors j’avais caressé le sommet de son crâne de ma petite main maladroite, et nous étions restés ainsi, à même le sol, devant le regard médusé d’une mère et d’une nourrisse qui ne pourraient jamais comprendre. Au fond, personne peut-être ne pouvait comprendre, pas même moi. J’étais soulagée que Jaehaerys ait choisi de lire jusqu’à une heure tardive et que je fus seule lorsque lord Tyvaros était venu me trouver, car je doutais que Jaehaerys puisse comprendre. Il croyait Aemon, il l’aimait, il le respectait, et sans doute comprenait-il le prix que notre cousin payait à chaque rêve. Mais il ne comprendrait pas l’urgence qu’il y avait à ce que je me rende à ses côtés.

La porte s’ouvrait rapidement, et j’entrais sans attendre. Aemon se trouvait assis à un petit bureau, une plume à la main. Son corps entier semblait trembler comme une feuille transportée par le vent. Il était en sueur, ses cheveux presque intégralement humides, et son corps tout entier était si tendu qu’il lui semblait difficile de tenir la plume. Son front était entaillé, et le sang continuait de couler mollement, formant une cicatrice probablement plus large et impressionnante qu’elle ne l’était en réalité, du moins je l’espérais. Je restais interdite un instant, témoin de la détresse criante de mon cousin. Après cet instant, alors que nos regards s’étaient mêlés avec intensité et sincérité, je traversais la pièce pour le rejoindre et le prendre dans mes bras. Il était trempé, et entre mes bras je pouvais le sentir trembler encore et toujours. D’une main douce je caressais son dos pour tenter de l’apaiser, murmurant de la voix la plus rassurante possible la seule phrase qui avait bien souvent réussi à le ramener parmi nous :

« Amāzigon dōna lēkia »

Reviens mon doux frère… Et je priais les Sept qu’il revienne, qu’il parvienne à oublier la peur et l’angoisse. Après quelques minutes je rompais à regret l’étreinte que j’espérais avoir été utile pour apaiser mon cousin et, conservant ses mains dans les miennes je l’invitais à s’asseoir sur un fauteuil non loin, alors que je prenais place à ses côtés. D’un geste affectueux je caressais le dos d’une de ses mains de mon pouce, portant l’autre main à sa joue, puis d’une voix la plus douce possible, je reprenais la parole.

« Aemon… Tu as eu raison de m’appeler, mon cousin. Veux-tu me raconter ce que tu as vu cette nuit ? »


© Belzébuth
[/quote]

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Aemon Targaryen

Aemon Targaryen
COURONNE
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Dim 9 Déc 2018 - 12:30

Aemon tressaillit lorsque les tablettes tombèrent sur le sol. Le bureau du Maître des Chuchoteurs ainsi dégagé, le Prince s'installa dans le fauteuil en tremblant légèrement, et se raccrocha à la plume. Il commença à écrire avec une lenteur décourageante, se contraignant aux règles de la calligraphie qui pourtant, le rassuraient. Mais quand il fallut décrire le chaos des combats, Aemon ne trouva plus les mots. La plume resta suspendue et le Mantaryen brisa le silence.

Ses paroles lui firent du bien, le rattachant à la gloire de ses ancêtres. De gloire, Aemon n'en voulait pas pour lui même, mais s'il pouvait sauver les siens et par là, se sauver lui-même, il n'y avait pas à hésiter, quelque soit la charge qu'il sente peser sur ses épaules. La foi du Mantaryen était à la fois un baume et un fardeau, dont Valyrion le déchargea un peu en prenant les devants. De tout cela, le Prince lui fut reconnaissant, mais ne put rien lui offrir qu'un pauvre sourire avant que le Mantaryen ne disparaisse.

A nouveau seul avec ses angoisses, Aemon se remit à trembler. Trempa, pourtant, sa plume à l'encrier. Tâcha puis assura la pointe sur le papier. Les images de feu se peignirent en lettres noires. Le Prince perdit la notion du temps et de la réalité. Rhaenys avait-elle mis longtemps à arriver ? Il n'avait pas fini d'écrire lorsqu'elle apparut. Il la regarda, blanche et brillante à la lumière de la chandelle, le feu miroitant sur la soie, aussi belle qu'il était souillé sans doute, mais il n'y pensa pas. La plume avait glissé de ses doigts, Aemon avait fermé les yeux et respirait son odeur qu'il lui semblait ne pas avoir sentie depuis si longtemps. Son doux frère, voilà ce qu'il ne pourrait jamais être pour Rhaenys, plus à présent qu'elle avait épousé son cousin. Ces derniers temps, il avait oublié qu'il le voulait ; sans doute était-ce un deuil qu'il ne pourrait jamais pleinement faire.

Abandonnant son ouvrage au regard du Maître des Chuchoteurs*, le Prince suivit docilement la Reine jusqu'à un autre fauteuil. Il ne tremblait plus, mais attrapa dans la sienne la main qui le caressait. Il regarda sa cousine avec angoisse. Comment pouvait-elle être si calme ? Bientôt elle ne le serait plus, et ce serait sa faute. Aemon se rappela les paroles de Valyrion pour se donner du courage. Il aurait aimé que Rhaenys puisse lire dans sa tête, ou peut-être pas, c'était trop effrayant. Il se pencha sur son épaule dont il dégagea la lourde chevelure, et souffla à son oreille, dans ce langage qui leur était propre, chaque détail de son rêve*.
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Rhaenys Targaryen

Rhaenys Targaryen
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MessageSujet: Re: La nuit est sombre et pleine de terreurs   Lun 14 Jan 2019 - 17:35




La nuit est sombre et pleine de terreurs


Alors que ma main continuait de caresser tendrement le dos tremblant d’Aemon, son regard se voilait, et je pouvais sentir l’angoisse qui le tétanisait se propager en moi. Il y avait toujours eu un lien de confiance indéfectible entre Aemon et moi, depuis qu’il avait enfin osé me parler de ses rêves, effrayé que je ne le prenne pour un fou, et que j’avais accepté de ne pas douter de sa parole. Alors que je tentais de l’apaiser, lui demandant de me raconter ce rêve qui semblait, plus que jamais, le bouleverser, je commençais à craindre moi-même l’effet que pourrait avoir sur moi l’annonce visiblement sombre portée par la nuit.
Il avait peur de ma réaction, c’était évident. Son regard oscillait entre le mien et le sol, ne sachant trop ce que lui réservait ma réaction. Sans doute était-ce la raison qui l’avait poussé à faire appel à Valyron Tyvaros en premier lieu avant d’accepter de finalement me faire appeler en pleine nuit. Aemon poussait mes cheveux afin de me murmurer le lourd secret qui enserrait sa gorge et son estomac, et mot à mot, dans la langue de nos ancêtres, il commençait à peindre un tableau obscur. Il prenait le temps de décrire les scènes visuellement, et je prenais le temps de fermer les yeux pour visualiser plus exactement l’obscurité et le lieu dessiné dans son esprit.

Tous étaient là. Tous observaient la scène avec plus ou moins de proximité, les uns prêts à agir, les autres préférant attendre de voir l’issue de l’affrontement se profiler afin de choisir le camp vainqueur. L’affrontement, car oui c’était bien de cela qu’il s’agissait. Un affrontement entre ciel et terre. Tous les symboles étaient présents, mais aucun n’était aisé à déchiffrer, car j’avais fini par l’apprendre : tout ce qui était présent dans les rêves d’Aemon avait une signification plus ou moins difficile à interpréter. Le Père était là. La connaissance les entourait tous et l’on sentait d’ores et déjà que l’issue du combat ne serait pas fatale uniquement pour un des belligérants, mais que l’Histoire elle-même était menacée… Car les flammes ne laissaient rien derrière elles. Et la mort non plus.

Mes yeux s’arrondissaient et mon visage prenait soudain les traits du choc le plus pur alors qu’Aemon terminait de raconter, la voix teintée de souffrance, ce qui semblait être la fin du monde tel qu’on le connaissait. Tout était fini, car finalement le cerf avait tué le dragon. Il ne restait plus que les figures hésitantes des autres animaux, et les décombres misérables du monde. Le dragon était mort, et le cerf maculé de son sang. Le monde était en ruine, mais la peur avait disparue. Aemon restait ainsi un long instant, ne se reculant pas immédiatement après avoir terminé le récit de ce rêve, et je profitais de ce temps pour prendre la mesure de ce qu’il venait de m’annoncer. Je comprenais enfin l’appréhension qui l’avait étouffé face à la perspective de partager avec moi cette vision. Elle était plus que terrible. Il fallait cependant prendre le temps d’en décoder les symboles, car j’avais appris avec l’expérience qu’il ne fallait jamais tirer de trop rapides conclusions face aux rêves de mon cousin. Ils étaient le fruit d’un symbolisme compliqué et était un piège pour ceux qui les interprétaient trop directement.

Il était hors de question que je laisse Aemon entrevoir le tourbillon d’émotions qui me tordait l’estomac et obstruait ma gorge. Mon cousin avait toujours eu la douceur de ceux dont l’empathie dépassait la norme. Il avait craint de m’atteindre, avait voulu me protéger, peut-être même pourrait-il à l’avenir cesser de partager ses rêves avec moi pour simplement m’épargner… Et pourtant je ne doutais pas qu’il lui était plus que jamais nécessaire de le faire. Je m’écartais doucement de lui, entourant son visage de mes mains et plantant mon regard dans le sien, je l’attirais à moi pour déposer un baiser sur son front. Je collais ensuite mon front au sien sans pour autant détacher mes mains de ses joues, créant une bulle d’intimité malgré la présence de Valyron Tyvaros.

« Merci. »

Il y avait tant de significations dans ce merci que sans doute seul le lien silencieux qui nous unissait pouvait donner à un si petit mot une telle profondeur. Je ne le remerciais pas seulement de sa confidence, mais également de la confiance qu’il m’avait offerte depuis notre plus tendre enfance et de sa volonté de me protéger de la vision d’un avenir potentiellement sombre. Je rompais finalement ce lien silencieux qui nous avait uni et isolés du reste du monde durant quelques minutes, pour caresser la joue d’Aemon.

« Tu sais aussi bien que moi que les visions qui te sont envoyées sont bien souvent plus profondes que ce qu’elles semblent signifier de prime abord… Nous prendrons le temps de tirer les conclusions nécessaires tous ensemble, mais en attendant il te faut du repos. Souhaites-tu que je reste à tes côtés cette nuit ? »

Il était évident que ma première intention avait été de demander à Tyvaros ce qu’il avait pensé de ce qu’il avait visiblement pu lire. Je doutais cependant qu’une telle discussion soit bénéfique pour Aemon. Il me faudrait m’entretenir avec Valyron Tyvaros, et il me faudrait aussi digérer les images qui, à présent, hantaient mon esprit. Seulement la priorité était et devait être Aemon à cet instant. Il serait encore temps de laisser éclater au grand jour ma consternation et mes peurs lorsque le soleil se lèverait. Si Aemon décidait de rentrer dans ses appartements seul, alors sans doute resterais-je en compagnie du maître des chuchoteurs, car il était à présent évident que je ne pourrai trouver le sommeil cette nuit-là… et sans doute mon sommeil resterait-il perturbé.

« Si tu as besoin de moi, je suis là Aemon, respire, c’est terminé à présent… Tu ne peux guère oublier les images, seulement ne les laisse pas te hanter mon cousin… Nul ne soupçonne la force incroyable dont tu disposes, ne les laisse pas te dévorer… M’entends-tu ? »

Je lançais un regard à Valyron Tyvaros qui se tenait non loin de là, visiblement horrifié de ce qu'il venait de lire. Je ne comprenais pas d'où me venait la force de conserver l'illusion d'une réaction calme et mesurée lorsque la panique et l'horreur s'étaient emparés de moi. Je combattais mon propre réflexe à sauter sur la conclusion la plus évidente, je la combattais car je savais qu'il était très tentant de se contenter de la première grille de lecture, mais qu'elle était bien souvent un voile trompeur destiné à éloigner les esprits impulsifs d'une vérité plus subtile. Or j'étais un esprit impulsif, et cet effort me demandait toute l'énergie que l'on trouvait au cœur du désespoir.


© Belzébuth


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La nuit est sombre et pleine de terreurs

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