Partagez | 
 

 [FB] Les Monts Sélénites

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

Elbert Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Au Val d'Arryn, bien sûr
MessageSujet: [FB] Les Monts Sélénites   Lun 19 Nov 2018 - 17:04

Les Monts Sélénites










« Il est parti par là-bas ! »

Dans un grondement, les puissants destriers traversèrent l’étendue herbeuse parsemée de pierres grises coupantes qui jonchaient cette partie frontalière du Val d’Arryn. Le martèlement des sabots foulant la terre sèche était amplifié par les parois rocheuses des contreforts des montagnes environnantes. Dans la brume locale, les six cavaliers parés de lainages bleu-gris et de cuir bouilli ressemblaient à des émissaires d’outre-tombe, venus ravager la surface du monde. Un jappement retentît dans la purée de pois alors que l’un des limiers dépassait l’immense cheval d’Elbert Arryn. Lui aussi, il avait flairé la proie.

La sécheresse avait beau frapper, l’air du Val était toujours frais à ces altitudes. Les volutes humides de brouillard et la rudesse de l’air ambiant fouettaient le visage buriné du vieil homme qui s’accrochait encore fort en bien en scelle. Ouragan, son destrier, cavalait droit devant, d’un pas sûr et déterminé. Chevalier accompli, le dernier prince de la Montagne et du Val contractait fermement ses cuisses autour de son destrier pour maintenir une assise irréprochable. N’avait-il pas entraîné pléthore d’écuyers qui étaient aujourd’hui des chevaliers et des hommes faits ? A commencer par son propre neveu Martyn, désormais suzerain. Elbert était le Val, il vivait sa région, et son sang aussi ancien que prestigieux semblait l’avoir façonné tout entier. Même à cheval, le Prince gardait un port-altier majestueux et air digne.

Il était accompagné de plusieurs de ses hommes de confiance. Il y avait Erlon Egen, intendant des Portes Sanglantes, qui avait un air râblé et teigneux qui effrayait même les plus aguerris des colporteurs. Venaient ensuite les jumeaux Cirley – Bander et Seldan – qui étaient chacun des chevaliers gardiens de la Porte. Renly Templeton occupait le poste prestigieux de maître d’armes de la place, et il comptait parmi les plus fines lames de l’édifice. L’écuyer actuel d’Elbert, Graffin Lynderly, était également parmi eux, transportant un solide arc de chêne. Le vieux chevalier, premier archer du val, considérait que cela faisait partie de l’entraînement de ses protégés que d’être capables de se battre partout et de toutes les façons possibles. Il entraînait donc le jeune Graffin à tirer à l’arc à cheval. Le dernier homme était leur échanson, Stywen, qui portait dans des fontes sur son cheval, moins performant que ceux des autres, de la nourriture, de l’alcool et des fourrures supplémentaires. Il ne participait pas directement à la chasse, bien sûr, mais portait haut un petit fanion bleu et argent qui rappelait les couleurs suzeraines. Les clans sauvages n’osaient pas affronter les chevaliers brandissant l’étendard Arryn, encore moins à l’intérieur des terres.

Ils traquaient le lynx des montagnes depuis deux jours. La bête avait causé bien des pertes chez les bergers de la région, et bientôt, des rumeurs d’une créature inordinaire avaient commencé à se répandre parmi les villages alentours. Les paysans terrorisés assuraient que l’animal s’en était pris à des voyageurs et à de jeunes vierges. Jusqu’à présent, seul un petit garçon avait été relevé comme victime certaine du fauve. Mais le temps passant et la bête demeurant libre, la paysannerie avait commencé à s’armer et à aller aux champs en patrouille tandis que les échevins suppliaient le protecteur des Portes d’agir. Considérant qu’un lynx ferait un gibier autrement plus intéressant que les habituels chevreuils gris et autres bouquetins royaux, Elbert était parti lui-même avec ses fidèles pour s’occuper de ramener la fourrure chez lui. Si la créature était véritablement extraordinaire, elle serait du plus bel effet dans la salle principale.

Ils avaient mis un temps fou à la pister depuis la dernière attaque. Les trois chiens qui les accompagnaient avaient été d’un grand secours car les traces étaient à peine visibles au fond de la vallée, près du village de Lissis, là où avait eu lieu le dernier forfait de la bête. Rapidement, ils étaient remontés dans les hauteurs embrumés du Val. Là, la terre plus humide leur avait permis durant un temps de suivre l’animal à la trace. Les traces étaient profondes et larges, l’animal semblait plus gros que ses congénères habituels. Et puis, soudainement, la piste avait fait demi-tour et avait disparu en passant sur une aspérité rocheuse.

Ils avaient campé dans une grotte la première nuit et chez un berger qui vivait dans une petite masure de pierre sèche qui tenait plus du cairn que d’un abri véritable. Ils avaient partagé avec lui le vin et la viande qu’ils avaient amenés avec eux tandis que celui-ci leur offrait à chacun un bol de soupe aux oignons. L’homme vivait de peu de choses et il avait perdu trois agneaux la veille. L’animal rôdait donc dans la région. Lorsqu’ils avaient quitté la masure du berger au petit matin, Elbert avait veillé à ce que Stywen lui laisse deux cerfs d’argent. Ils avaient repris la traque dès lors et avait fini par croiser l’animal, dans un défilé encaissé. Il ne semblait pas plus gros que les autres lynx qu’Elbert avait déjà vu. Eventuellement plus musculeux, mais pas plus gros. L’animal les avait toisés d’un regard égal, légèrement méfiant, puis avait détalé sans rien attendre. Ils l’avaient alors pourchassé au travers des monts et des crevasses.

Soudain, une masse grise sauta à la hauteur d’Elbert, il sentit un souffle chaud lui frôler la nuque. L’animal venait d’essayer de le jeter à bas de son destrier en sautant depuis un petit promontoire de la même couleur que sa fourrure dense et touffue. Ouragan laissa échapper un cri horrifié mais tint bon, Elbert enfonçant ses talons dans ses flancs pour le faire accélérer et lui faire oublier l’idée de cabrer. Puis, il abaissa sa pique et fit pivoter son destrier en sifflant pour rappeler les jumeaux et Renly, partis devant. Déjà, le lynx disparaissait dans la brume. Elbert chargea à sa suite, encourageant les autres à la suivre. Soudain, une muraille rocheuse apparût devant lui et Ouragan freina des quatre fers avant de hennir de désapprobation alors que le chevalier lui malmenait la bouche. Au-dessus d’eux, le lynx terminait d’escalader pour se glisser dans un renfoncement rocheux et disparaître derrière l’aspérité. Une trace de griffure striait la pierre grise et blanche couverte de mousse par endroits. Loin au-dessus d’eux, un cri rauque et félin se fit entendre, comme un aboiement qui terrifia les chevaux et les rendit nerveux.

« C’est un malin, celui-là. »

Ils étaient désormais tous au pied de la muraille rocheuse, l’air idiot, désappointés et essoufflés alors que dans le lointain, les cris furieux de l’animal se faisaient encore entendre, comme indigné d’avoir ainsi été traqué mais qui semblait dans le même temps les railler d’un air goguenard. Elbert tendit la main à Stewyn et celui-ci lui donna une outre de vin dont il but une longue gorgée avant de regarder autour de lui.

« Bien, nous ne l’aurons pas aujourd’hui. Essayons de trouver un passage pour aller là-haut. »

Mais Erlon Egen l’intendant tendait l’oreille.

« Ecoutez, des cavaliers approchent. »

Tout le monde se regarda. Si loin, si haut, il était peu probable que l’on ait à faire à des hommes de Martyn. Les six hommes se regardèrent d’un air entendu. Les clans de la montagne étaient peu actifs dans cette région, mais ils pouvaient s’enhardir devant cette équipée isolée et si loin de tout soutien. Ils ressortirent du défilé, armes aux poings, pour tomber nez à nez avec trois cavaliers portant la livrée Arryn, lourdement équipés pour pouvoir se défendre contre toute embuscade. Elbert se porta à leur rencontre et il reconnût le meneur.

« Eh bien Arlon, que signifie donc toute cette équipée ?

- Vous d’mande bien pardon, m’ser, un corbeau pour vous. De Roug’fort.
»

Elbert fronça les sourcils. Cat ? Il tendit la main d’un air impérieux à son sergent, patientant sans rien laisser paraître tandis que l’homme d’armes farfouillait dans ses couches de cuir et de laine pour retrouver le pli cacheté. Catelyn était enceinte jusqu’aux dents et le vieil homme attendait des nouvelles incessamment sous peu. Il était inquiet de ce qui pouvait arriver. On ne comptait plus les jeunes femmes qui perdaient la vie en la donnant. Il décacheta fébrilement sans trop s’appesantir sur le spectacle qu’il donnait : il était ici parmi les siens. Il parcourut les lignes et l’émotion lui étrangla la gorge.

« Ma fille Catelyn a commencé le travail. Elle est devrait accoucher sous peu. Nous rentrons tout de suite. »

Tout le monde se rengorgea. Chacun connaissait l’amour que vouait le père à sa fille et Catelyn elle-même était connue pour être l’une des Arryn les plus iconiques du Val. Chacun la connaissait. Tout le monde se réjouirait et célébrerait la nouvelle. Ils devaient se hâter. En forçant bien, leurs montures pouvaient atteindre les Portes Sanglantes à la tombée de la nuit. Il pourrait repartir dès le lendemain matin. Une nouvelle lune allait se lever sur le Val.




Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Geôles du Donjon-Rouge
MessageSujet: Re: [FB] Les Monts Sélénites   Jeu 6 Déc 2018 - 18:20


 Elbert & Cat

 Les Monts Sélénites

 


 Quand ses yeux s’ouvraient, Catelyn pouvait voir des visages lumineux et heureux. Un mirage flou qui disparaissait sous des paupières trop lourdes et un sourire lasse. Elle ne se souvenait pas déjà avoir autant dormi, ni l’avoir souhaité. Son corps était lourd, déchiré et se dérobait à toutes ses princières volontés. L’accouchement s’était parfaitement déroulé, les heures de labeur avaient été courtes et l’enfant, un fils offert par les Sept, était en parfaite santé. Rougefort était en liesse. Tous, nobles et paysans de ces terres millénaires, avaient oublié les malheureuses préoccupations de la sécheresse pour célébrer. La musique s’élevait jusque tard dans la nuit, et les cris, et les chants, et les rires… Chaque son venait à l’épouse anoblie qui de sa couche séculaire gardait contre son cœur un talisman précieux pour la garder d’une mort encore possible. Combien de parturientes étaient décédées quelques jours après avoir donné naissance, sans motif? Un régime spécial lui avait attribué et des dépenses avaient été faîtes pour que la nouvelle mère bénéficie des meilleurs fruits et du meilleur miel. En plus de ces coûteuses attentions, la fille du dernier Prince avait reçu plus de présents qu’elle pouvait en compter. Chaque jour, ils continuaient d’arriver à la forteresse. Parmi les déférences des Maisons Valoises, riches bourgeois de Goëville et serfs alentours, le plus beau était bien évidemment celui de Loras et Lävisa. Dans un coffret de bois de barral, le diadème des premiers Rougefort. Ceux qui étaient là avant les Andals et qui s’étaient soumis à son ancêtre, le Chevalier Ailé. Magnifique objet, on le disait offert à chaque nouvelle mère du futur héritier. Un jour, elle le donnerait à l’épouse de son fils et ainsi, jusqu’à la fin des temps, l’héritage de cette terre perdurerait. Tant on ne pouvait lui attribuer un prix, c’était un objet sans valeur. Un bandeau d’or simple sertis de perles et de grenats en cabochons. À l’intérieur avait été gravée, dans une ronde infinie, la devise millénaire : Aussi fort que la pierre. Chaque épouse, y avait ajouté des pendeloques de pierres fines polychromes accompagnées de minuscules lettres d’or. Des noms et des mots formant autant de secrets féminins. Chaque gardienne se devait de les honorer et d’y apporter, l’heure venue, son propre héritage. Évidemment, plus aucun orfèvre et joailler ne produisait un tel travail. C’était une mode ancienne, datée et fort loin des modes des cours royales actuelles. Plus que ce détail, sa genèse et son histoire rendait le diadème des Rougefort presque impossible à porter. Néanmoins, il s’agissait d’une consécration dont la Arryn avait été fortement émue.

La cérémonie de relevailles avait été prévu pour la prochaine lune. Le mestre de ces vieux murs avait été ferme, d’ici là la Dame resterait confinée dans sa chambre à s’occuper du nourrisson et à recevoir des visites. Afin de perpétuer les vertus familiales, il avait été décidé par la mère qu’elle nourrirait ce fils prodigue de son propre lait. Ce nourrisson, que le Val avait tant attendu, aurait la prolongation du sang des siens. Arryn et Rougefort. Un avenir paisible se dessinait à l’horizon. Oui, le monde était heureux et rien ne semblait pouvoir venir ternir sa joie. Dans cette effervescence, cependant, une visite parmi les autres se faisait attendre. Celle de Ser Elbert Arryn. Dès les premiers signes du labeur à venir, alors que les serviteurs s’affolaient Catelyn n’avait pas voulu se rendre dans la chambre conjugale tant qu’une lettre ne lui aurait pas été rédigée. Ce jour là, heureusement, extrêmement lourde et lasse, elle s’était trouvée dans la grande salle donnée quelques nobles ouvrages. Tant son ventre était proéminent, il lui était pratiquement impossible de broder et chaque mouvement était plus inconfortable que le précédent. Les longues conversations de sa belle-mère et des autres femmes Rougefort ne savaient pas la distraire suffisamment : elle s’ennuyait. De la délivrance, les douleurs étaient arrivées sans crier garde, un coup de poignard venant de l’intérieur et, rapidement, poussant entre ses jambes. Les protectrices de la future accouchée avaient été joie. D'un mouvement commun, dans la chambre un feu avait été allumé, des aiguières apportées et de l’eau, en grande quantité, puisée au puit le plus proche. La future mère avait refusé de bouger, paralysée d’angoisses terribles et silencieuses. Elle s’était vue marcher vers la mort et ne jamais revoir son père — qu’un gouffre, désormais, les séparait. Sous ses yeux fiévreux, elle avait obligé Jace a rédiger un corbeau pour annoncer la nouvelle et lui faire promettre qu’un deuxième serait envoyé dès la naissance de l’enfant ou autre. Rarement il avait observé son épouse aussi perdue et incertaine, si bien que les heures d’après avaient été oubliées dans de nombreuses coupes de vin. Aujourd’hui, quelques jours après la naissance, l’accouchée était dans cette attente incertaine d’entendre les hérauts annoncer l’arrivée du chevalier. Depuis le Duel, où ils s’étaient quittés en désaccord aux yeux de toute la Cour azurée, elle ne l’avait pas revu. Fière et d’humeur noire, elle ne l’avait pas souhaité et avait vécu sa grossesse loin de la figure paternelle. Bien sûr, jusqu’au dernier moment, elle avait cru pouvoir encore prétendre que le vieil homme ne manquait pas à sa vie. Or la peur, de ne peut-être jamais le revoir s’était coincée dans un nœud serré en sa gorge. L’illusion était tombée et, malgré les souffrances et les différents, Elbert demeurait la figure la plus importante de son existence. Tremblante, contractant ses mâchoires pour ravaler sa douleur, seul un de ses enseignements l’avait fait avancer jusqu’à la chambre incertaine. Si tu as peur, aies peur. 


« Catelyn, êtes-vous réveillée? »



Le timbre presque inaudible, la voix de Leana est douce. Elle est à côté du berceau du nouveau né, son neveu. C’était une des rares présence dont Catelyn était réellement heureuse. Les autres, ses gardes d’accouchée, de leur joie exponentielle étaient trop bruyantes — de leurs sentiments, de leurs expressions, de leurs gestes, de leurs énergies, de tout. Pour leur discrétion et amour sincère, la sœur de Jace et son fils, Jaeh, étaient les préférés de la mère et de l’enfant.



« Je t’ai déjà dit de me tutoyer, nous sommes sœurs maintenant… »



Se relevant, Catelyn souriait. En tant qu’héritier de la Maison, Jace était parti très tôt du domaine et ses relations avec les siens n’avaient pas toujours été des plus aisées. Il y avait une grande considération pour ce fils, ce frère, qui avait été élevé comme le fils que le dernier Prince n’avait jamais eu. Des égards étranges pour cet homme qui avait grandi dès son plus jeune âge auprès du Suzerain jusqu’à devenir son frère d’armes. À l’annonce de son mariage avec le Chaton du Val, les considérations et les égards s’étaient transformés en une vénération muette. Les époux étaient différents et, malgré les grands liens qui unissaient les deux familles, on les traitait comme tels. Chaque réunion avec Leana avait été salutaire, sa joie sait dissiper cette atmosphère parfois étriquée.



« Des cavaliers ont été aperçus au loin, les bannières ne sont pas visibles encore mais vu la taille il pourrait fortement s’agir de votre… ton père. Souhaites-tu que je te prépare? »





☾☾☾





Et Leana l’avait préparée jusqu’au dernier moment, celui où les officiers d’armes avaient sonné l’arrivée du Prince et de sa suite et que les chiens avaient japés à l’infernal. Elle lui avait fait passer une robe propre, démêlé ses cheveux, arrangés les draps et la pièce… Avait réalisé tout ce dont Catelyn, retenant son souffle, aurait été incapable de faire. Afin de dissiper des affres invisibles, les servantes avaient longuement fait bruler de la sauge. Depuis, telle une statue de marbre bleuté, elle tenait son fils entre ses bras. Machinalement, elle le balançait de tant à autres pour éviter quelques pleurs criards. Lorsque, finalement, Elbert entra dans la haute pièce ce fut avec tout une délégation. Loras, le sourire étiré, tenait le bras de son meilleur ami dans une accolade fraternelle. Jace, réel seigneur des lieux, lui avait pris l’enfant des bras, sans que la mère ne bronche, pour le présenter à l’illustre grand-père.



« Monseigneur, permettez-moi de vous présenter votre petit-fils : Ser Jon Rougefort ! Il est fort et robuste comme le meilleur des Valois ! »



Elle s’était éclipsée dans une révérence gracieuse, évitant de croiser ce regard cobalt qui la ferait souffrir. Bien évidemment, on avait plus d’interêt pour le prochain Lord que la mère fatiguée. Catelyn s’était très vite habituée à cette sensation : ce fils ne lui appartenait pas. Ceux qui avaient parlé d’affection maternelle, sacrée et solennelle, ne devaient pas avoir eu son rang, ni ses devoirs voire n'avaient pas même été femme. Dans quelques années, l’enfant lui serait enlevé pour être élevé par un grand chevalier — peut-être Elbert lui-même, Martyn ou un autre Seigneur d’importante Maison — et une autre mère. C’était dans l’ordre des choses, aussi était-il bien plus simple d’incarner le rôle de la femme anoblie par le plus merveilleux présent : être mère d’un fils en parfaite santé, prometteur d'un avenir argenté. Il suffisait de prétendre, comme toujours, avec le masque qu'on attendait d'elle. 

Les minutes s’écoulèrent lentement, sans qu’elle n’y porte attention. Puis, aussi soudainement qu’ils étaient tous entrés, ils sortirent. L’époux lui baisa le front et, bientôt, il ne resta plus que le père, l’enfant dans ses bras, la fille et un silence.

AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor
You're not the untold story
You're the secret weapon

Revenir en haut Aller en bas
avatar

Elbert Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Au Val d'Arryn, bien sûr
MessageSujet: Re: [FB] Les Monts Sélénites   Mer 12 Déc 2018 - 0:31

Les Monts Sélénites










Comme prévu, les cavaliers franchirent l’enceinte de la Porte Sanglante peu après la fin du crépuscule. Les bêtes et les hommes étaient épuisés. Elbert ne se faisait plus tout jeune, et il accusait le coup de la chevauchée démente depuis les alpages. Lorsqu’il mit pied à terre, il se sentit toutefois ragaillardi. Il tonitrua quelques ordres. Une activité inhabituelle régnait de ce côté de la porte, alors que des palefreniers couraient dans tous les sens, que des hommes d’armes frais se préparaient à chevaucher aux côtés du vieux prince. Vidant une corne de bière qu’on lui tendait, Elbert s’adressa à son écuyer d’une voix autoritaire.

« Graffin Lynderly ! » beugla le vieil homme.

Le jeune écuyer arriva, preste comme l’éclair, les traits tirés de fatigue, les mains chargés de barda. Il venait d’une maison de peu d’influence au Val. Toutefois, son père était mort durant la guerre et son oncle, le seigneur, avait été très honoré lorsqu’on lui avait proposé de prendre son neveu pour apprendre à devenir chevalier auprès d’un Arryn. Et pas n’importe lequel, non ! Le prince lui-même, vainqueur de plusieurs tournois, guerrier et stratège reconnu, meilleur archer du Val… Le personnage était déjà dans l’Histoire alors qu’il était toujours en vie. Graffin Lynderly était donc en permanence impressionné par son mentor tonitruant et rarement aimable. Elbert, malgré son air irascible, était satisfait du jeune homme et espérait pouvoir le voir adoubé avant peu.

« Oui, ser ?

- Ah, te voilà... Eh bien, qu’est-ce donc que tout cela ? Nous ne partons pas en voyage très loin ! Laisse donc choir tout ça et prépare-nous deux chevaux avec deux cavaliers d’escorte. Nous partons dans une heure, avec les jumeaux et Renly.
»

Sans un remerciement ou un mot de plus, il tourna les talons et se dirigea vers la tour qui abritait ses appartements au sein de la Porte Sanglante. La nuit était tombée, et ils n’iraient pas bien loin ce soir, songea-t-il. Peu importait, ce qui comptait, c’était de se mettre en route sans tarder. S’ils restaient là ce soir, ils ne partiraient que tard le lendemain, le temps que tout le peu de personnel présent dans la forteresse se mette au travail. On n’était pas aux Eryé ou aux Portes de la Lune où vivaient des armées de serviteurs dévoués. Ici, tout juste quelques valets et bonnes entretenaient les lieux. La Porte ne recevait que rarement des visiteurs. L’écrasante majorité des personnes qui franchissaient la frontière du Val ne s’arrêtait que pour se soumettre aux inspections minutieuses des troupes qui en garnissait les épais murs éternels. Aussi, il ne fallait pas être trop regardant sur l’état des quartiers d’habitations, non pas conçus comme palais mais comme édifice militaire. De la poussière traînait sur l’argenterie et sur les antiques bannières et tapisseries suspendues çà et là, de la crasse était visible dans les coins et entre les pierres qui composaient le rez-de-chaussée, et les cheminées étaient toutes encrassées de suie. Il n’y avait guère de fenêtres mais les quelques-unes présentaient des cadres de bois pourri. Elbert n’en avait cure, soldat il était, soldat il resterait. Il s’installa à la table de la grande salle et se fit servir une tranche de venaison avec un vin rouge râpeux pendant qu’il faisait quérir le mestre Volmark et des papyrus. Il dégusta la viande froide mais forte en bouche tout en restant attentif aux sons qui montaient de la cour intérieure. Le mestre finit par arriver, sa chaîne cliquetante l’avait annoncé. En pleine mastication, le Chevalier de la Porte lui fit signe de s’asseoir.

« Ah, Volmark, vous voilà. Un verre ? »

Le mestre déclina poliment. Il était sans âge, malgré des tempes grisonnantes, et un pli perpétuel qui lui barrait le front. Il avait peu de peau sur les os et un regard fuyant. S’il avait été en droit de porter une arme, Elbert ne lui en aurait certainement pas confié. Toutefois, en sa qualité de mestre, il se débrouillait plutôt bien pour ce qui était de régenter l’administration de la Porte lorsqu’Elbert s’absentait. Erlon Egen, l’intendant, occupait alors souvent le poste de commandant par intérim.

« Vous allez envoyer deux corbeaux. Un aux Eryé pour prévenir le seigneur Martyn que je me rends à Rougefort pour visiter ma fille et son enfant. L’autre à Rougefort, pour avertir la maisonnée du seigneur Jace que j’arrive. »

Il laissa le mestre rédiger rapidement les missives, les relues brièvement. Tout prince qu’il était, on avait toujours insisté sur le fait qu’Elbert devait porter armes et bannières pour son frère aîné et sa descendance, aussi avait-on négligé son apprentissage savant, et il lisait relativement mal. Une fois qu’il fut assuré que les messages lui convenaient, il alla se changer, enfilant une tunique un peu plus présentable, emportant quelques affaires et redescendit. Deux chevaux frais patientaient dans la cour. L’air était frais, la chaleur du jour quittait vite les montagnes valoises. Elbert attrapa ses gants que lui tendait son écuyer puis monta en selle alors que ce dernier faisait de même, plus gauchement, bientôt imité par les jumeaux Cirley et le Templeton. Il faisait nuit noire, désormais, mais une belle demi-lune éblouissait le ciel d’encre parsemé de kyrielles d’étoiles. On y voyait suffisamment clair pour avancer un peu. Derrière eux, les deux cavaliers attendaient. Il les connaissait : Denys et Gevon, deux gars capables. Denys avait rangé la bannière le long de son destrier tandis que Gevon portait une torche enduite de poix.

« Nous allons suivre le Sentier des Maraudeurs jusqu’à la pointe de l’Os, puis nous redescendrons par le versant Est pour nous arrêter à l’auberge des Quatre Fers. Nous passerons la nuit là-bas et nous repartirons à l’aube. En avant ! »

Eperonnant son cheval, un bel animal à la robe noire granitée, et quitta l’enceinte au trot, suivi de près par ses gardes, sa suite et son écuyer. Ils ne prirent pas le galop longtemps une fois hors des murs, car ils abordèrent bientôt un chemin sinueux de terre foulée qui serpentait le long d’un relief escarpé parsemée de pins et de fougères. Parfois, émergeant de la végétation, un antique rocher taillé de runes oubliées de tous apparaissait le long du sentier. Par moments, le chemin disparaissait sous les buissons et les chevaux devaient alors être guidés à pieds, à la simple lueur de la lune et de la flamme de la torche de Gevon. Puis, alors qu’ils atteignaient des altitudes plus élevées encore, la végétation se faisait moins dense. Bientôt, les pins cédèrent le pas aux arbustes étriqués d’altitude : quelques buissons de chardons, et des mélèzes, des arolles et des bouleaux rabougris par les conditions de vie difficile. Autour d’eux, la moiteur de la nuit forestière, chargée de bruissements, de grillons et de lucioles, était remplacée par le souffle du vent sur les crêtes. Accompagnés par la lune, ils parvinrent au sommet de ce petit contrefort : la pointe de l’Os, comme on l’appelait. Les anciens arguaient que, jadis, des géants avaient vécus ici et que le mont tout entier était une forteresse connue sous le nom de Kazadun. Sans doute, quelques siècles auparavant, un os particulier avait été trouvé ici, et depuis, le nom était resté. Du sommet, on avait, de jour, une belle vue sur le défilé qui aboutissait sur la Porte Sanglante. De l’autre côté, on pouvait encore apercevoir les Eryé lointaines. Et partout ailleurs, une chaîne ininterrompue de montagnes plus hautes et plus escarpées les unes que les autres : les Montagnes de la Lune.

Certains auraient pu arguer qu’il était plus rapide de redescendre la Grand-Route vers Herpivoie-ville et couper au travers des cols et vallées des contreforts moins escarpés des versants occidentaux. Seulement, si cela était certes plus rapide, un jour, peut-être deux tout au plus, c’était également bien plus dangereux car ces territoires étaient ceux des clans des montagnes, éternels insoumis. Elbert connaissait le Val qui portait son nom comme sa poche, et personne n’aurait jamais contesté ses choix d’itinéraire. Comme convenu, le petit groupe de cavaliers redescendit le versant oriental, moins escarpé, qui n’était qu’une longue pente herbeuse parsemée de rocs. Peu à peu, la pente se fit encore plus douce et ils arrivèrent à l’auberge des Quatre Fers. Située sur une petite route valoise qui reliait plusieurs villages entre eux, elle n’était pas aussi grande que les établissements que l’on pouvait voir le long des routes royales du Conflans ou du Bief, mais elle était solidement bâtie, chaude et l’on y trouvait toujours bière et gruau bien chaud, voire quelques poulets si l’on avait les moyens. En guise de chambre, une pièce commune avec de la paille au sol. Les six cavaliers arrivèrent, prirent un rapide dîner et s’étendirent dans la paille : ils avaient l’auberge pour eux.

Le lendemain matin, l’aube -+n’était pas levée qu’ils étaient déjà en route, un bol de gruau et un poulet dans l’estomac. Il faisait encore froid et les premiers rosissements du ciel n’y changeait rien. Des nuages de vapeur se formaient devant les visages endormis. La petite route leur fit traverser plusieurs villages auxquels ils ne s’arrêtèrent pas. Ils les traversèrent au trot avant de reprendre le galop dès la dernière maison derrière eux. Ici, les habitations étaient de pierre sèche locale, les toits de vase était colonisés par l’herbe des alpages. La plupart des villages n’avait d’ailleurs pas de nom. Les paysans et bergers qui les peuplaient regardaient passer cet équipage avec fascination. Les femmes arrêtaient de laver le ligne et de faire les semis tandis que les enfants leur courraient après en rigolant. Ce fut ainsi que se termina la deuxième journée. Ils avaient traversé une demi-douzaine de hameaux lorsqu’ils firent une halte dans un village un peu plus gros que les autres. Les maisons semblaient un brin moins rudimentaire, une petite forge indiquait la prospérité relative de l’endroit, qui avait même un nom : Murivel. Ils logèrent chez le septon local, qui tenait un misérable lieu de culte à peine plus grand qu’une stalle d’écurie aux Eryé. Toutes les communautés alentours venaient ici pour se fournir en outils et vendre les marchandises les plus élémentaires. Le village était visité une fois par mois par un chariot qui acheminait le tout vers Chênes-en-Fer, domaine des Vanbois à qui ces terres appartenaient.

La dernière partie du voyage débuta comme d’ordinaire, avant le lever du soleil. Les six cavaliers quittèrent Murivel pour se rendre sur les terres Rougefort. Ils franchirent encore quelques cols escarpés mais bientôt, les montagnes se firent plus domestiquées, les routes plus tracées. Les Rougefort pouvaient s’enorgueillir de veiller sur l’une des grandes mines de marbre du Val, dont les produits s’exportaient partout, car réputés pour leur rougeur incomparable. Sur ces terres, la région changeait du tout au tout. Les arbres étaient plus touffus, les fleurs plus vives et les herbes plus grasses. Les forêts de chênes, d’érables, de hêtres et d’ormes étaient vastes, riches en gibiers, et en secrets. Sous ces frondaisons, combien de ruines datant des Premiers Hommes, combien de pierres runiques et d’antiques étoiles à sept branches gisaient, oubliées de tous ? Les champs en terrasse semblaient mieux irrigués qu’ailleurs, et Elbert fut satisfait de voir que sa fille ne manquait pas de nourriture. Parfois, un village apparaissait au loin, adossé à un fortin hors d’âge. Les hameaux locaux avaient des noms, car le maillage était dense, et chacun était en vue de l’autre, ou peu s’en fallait : Pierremoussue, Châteauvert, Fortivre (celui-ci avait bien fait rire Elbert), ou encore Vieucastel. Au loin, bientôt, apparut bientôt les tours ocres de Rougefort. La demeure de la famille éponyme était une forteresse solide, bâtie pour durer et qui donnait une impression de gigantisme après ces jours passés au milieu de bicoques et de ruines. Tandis qu’ils avaient adopté un trot des plus calmes pour ne pas brusquer leurs hôtes, Elbert se retourna vers ses hommes.

« Denys, lève haut ta bannière. Graffin, sonne donc ce cor, qu’on nous entende arriver. »

Leur approche prit encore quelques heures. Elbert commençait à pouvoir détailler les gardes postés sur les remparts de Rougefort lorsque sonna une corne pour saluer les visiteurs précédés de la bannière lune-et-faucon qui ne laissait pas de doute sur l’identité du visiteur. Elbert avait toujours été le bienvenu à Rougefort. Les légendes qui racontaient l’histoire conflictuelle de la conquête du Val par les Andals contre les Premiers Hommes étaient loin derrière eux. Loras Rougefort, seigneur de Rougefort. Son aîné de six ans, le seigneur des lieux avait désormais bien vieilli mais semblait plutôt bien supporter ses soixante années passées. Ce dernier les attendait dans la cour, avec une partie de sa maisonnée et son héritier, le gendre d’Elbert : Jace. Après des accolades et des caracolades de rigueur après une telle chevauchée, on rassura rapidement le vieux chevalier. Sa fille avait accouché, elle était en vie et bien portante, tout comme l’enfant. Tout le groupe se mit en devoir de se diriger pour féliciter Catelyn Arryn.

Lorsqu’ils entrèrent, Elbert jaugea sa fille d’un regard sec. Qu’elle semblait épuisée… Il se souvenait encore de sa chère Alyssa, qui avait parue épuisée de la sorte lorsqu’elle avait donné naissance à Cat. Elle était si belle, pourtant. La maternité fatiguait mais donnait une attitude altière et sereine, l’orgueil maternel, devant un si beau bambin, semblait proclamer « c’est moi, et moi seule qui l’ai porté ! ». La vision de sa fille désormais mère frappa d’émotion le vieil homme, mais que ne fut pas la surprise du chevalier taciturne lorsque Jace lui présenta son petit-fils.

« Monseigneur, permettez-moi de vous présenter votre petit-fils : Ser Jon Rougefort ! Il est fort et robuste comme le meilleur des Valois ! »

Homme d’expérience, Elbert était du bois de ceux qui avaient tout vu : les plus belles choses comme les plus atroces. Face à ce petit enfant, il était sans voix, la gorge nouée d’émotion. Il hocha la tête mécaniquement, sans rien dire. Oui, il était beau, et robuste. C’était bien le sang de son sang. Il porterait peut-être le nom de Rougefort, mais le sang Arryn coulerait dans ses veines. Après quelques instants où Jon fut présenté au reste de la suite, y compris à l’écuyer qui se montra ravi de rencontrer un fauconneau, tout le monde se retira et l’enfant revint dans le giron de sa mère. La porte se referma, et ils furent seuls.

D’ordinaire d’une voix si puissante qu’elle semblait indestructible, Elbert reprit dans un murmure en venant s’asseoir aux côtés de Catelyn. Il la regardait avec une tendresse infinie, emplie de fierté paternelle.

« Il a les yeux de ta mère. »

Il se rendit compte qu’il avait les yeux humides. Il toussa, gêné, et se détourna pour reprendre contenance. Quand il revint vers sa fille, il avait retrouvé la maîtrise sur lui-même. Il déposa une main puissante sur l’épaule de Catelyn, lui caressant de son pouce la joue avec douceur.

« Elle aurait été si fière de toi. Elle savait que tu deviendrais une Arryn d’exception. Et regarde-toi : désormais, te voici mère. Oh, Cat. Je suis si heureux pour toi. »






Revenir en haut Aller en bas
avatar

Catelyn Arryn
VAL D'ARRYN
■ Localisation : Geôles du Donjon-Rouge
MessageSujet: Re: [FB] Les Monts Sélénites   Hier à 17:04


 Elbert & Cat

 Les Monts Sélénites

 


 « Il a les yeux de ta mère. »



Un soupçon de parfum s’infiltre jusqu’à elle, enivre son odorat, et oblige l’apex de son nez à se pincer. De son souvenir, il ne restait plus que ça… une odeur ancienne de rose musquée. De celles que, pour capter leur quintessence, il faut cueillir juste avant le premier rayon de soleil. À Longarc, on racontait encore comment l’une des noble de cette demeure avait aimé arpenter les nuits de printemps pour cueillir l’épanouissement suprême de sa fleur préférée. Parce qu’il est trop éphémère, l’absolu de la rose était le plus rare à trouver et à conserver… Alyssa l’avait été tout autant. Un jour, en quelques minutes seulement, elle s’était évanouie de ce monde. Rares étaient les fois où le Prince évoquait sa défunte épouse et personne n’osait transgresser ce sanctuaire invisible qu’il avait forgé. Pas même elle, pourtant capricieuse et clairvoyante. Finalement, Catelyn avait du créer son propre autel. Tel une flamme qui ne peut se consumer il était toujours allumé. Et si, avec les âges, elle ne pensait pas tous les jours à elle, son absence ne la quittait pas. 


Grandir avec un père et deux aînés au milieu de chevaliers et autres figures masculines, sans figure maternelle, n’avait pas toujours été aisé. Ni les Portes de la Lune, ni les Portes Sanglantes n’étaient réellement des endroits pour élever une future Dame. Elle aurait dû être envoyée aux Ruthermont, aux soins de Willa, ou aux Veneur, à la gentillesse maternelle de Cassandre Vanbois. Que ce soit dans les immenses plaines verdoyantes ou sur les rivages de la Baie aux Crabes, elle aurait été plus à même d’être éduquée par une gentilice féminine. Pourtant, dès la mort de sa mère l’enfant n’avait pas quitté son père. Le jour des funérailles, s’échappant de la surveillance de sa nourrice, elle avait couru contre la cuirasse paternelle. Glissant sa minuscule main dans la sienne, elle avait marché devant tous. Il n’aurait pas à porter le fardeau seul, elle serait là. Toujours. D’un souffle, afin qu’il continue de vivre, elle lui avait ôté le lourd fardeau de son père. À cinq ans elle était devenue la Dame de ces portes, non par choix mais par nécessité. Si elle avait pleuré, personne n’en avait rien vu. Étrangement, une magie nouvelle avait enveloppé les murs. Alors, elle était restée. Une lumière qui irradiait pour tous autant qu’il fallait la protéger du monde. Les années étaient passées, aucune femme n’était venue après Alyssa. Nulle ne pouvait surpasser la fille qu’elle avait offerte au Val d’Arryn. 


« Elle aurait été si fière de toi. Elle savait que tu deviendrais une Arryn d’exception. Et regarde-toi : désormais, te voici mère. Oh, Cat. Je suis si heureux pour toi. »



Catelyn observa son fils dans les bras du vieux chevalier. Le nourrisson le regardait sans un son, concentré et hypnotisé. Jon faisait la rencontre d’une partie de l’Histoire de Westeros et peut-être le comprenait-il. Son cœur était serré de sentiments conflictuels. Si elle avait épousé Martyn… ce fils aurait pu être beaucoup plus. Elbert aurait pu la remercier et être heureux pour le Val. Là aurait du être son vrai rôle et, à présent que l’annonce de la naissance parcourait les lieues, le monde le comprenait. Martyn lui-même ne pourrait plus échapper aux spectres de ce qu’il avait détruit. Quelques heures avant le Jugement des Sept, il lui avait avoué à mi-mots… et désormais, elle ne le connaissait que trop bien, il s’enfermerait dans ses doutes et ses pertes. Roslinn lui-même n’arriverait pas à l’en sortir. Cette fois, leur amour et leur précieuse petite Loreleï ne seraient pas assez suffisants.



« En êtes-vous si sûr? »



Sur sa joue, son pouce était chaud et elle laissa sa tête s’appuyer un peu plus contre cette présence. Il lui avait manqué, plus qu’elle n’aurait bien voulu l’avouer à quiconque. Mais ceux qui l’a connaissait n’avait pas besoin qu’elle l’exprime. Eux ne voyaient pas sa distante froideur ou alors savait lire à travers la glace… Éternels murs de glace.

« Je l’ai trahi ce jour-là… Pour servir mes intérêts, j’ai supporté la mort de son neveu. Son propre nom… Je ne suis pas sûre qu’elle pourrait être fière de cela. »



Ce choix qu’elle avait fait, elle ne le regrettait pas. Au lendemain du Jugement, Martyn n’avait pas été assez fort pour s’emparer de la fortune du Val. Là où il aurait pu consolider toutes les frontières, effacer les inimitiés, donner force et courage à son peuple meurtri : il s’était effacé dans les roches blanches de la Lance. Bien sûr, sa cousine ne pourrait jamais accéder au trône de Barral. Elle n’en avait pas la carrure, ni l’énergie lucide que cela nécessitait. Plusieurs Maisons pouvaient bien la soutenir, cela ne pourrait pas durer. Contre un homme dans lequel elles ne croyaient plus, elles supportaient un autre nom, Arryn. Au premier faux pas et leur soutient irait à un meilleur Arryn… Loras était entré dans une colère noire quand il avait appris que son fils et sa bru s’étaient tenus aux côtés de celle qu’il appelait « La Harpie ». Jace ne l’aimait pas, tout comme Etaine, et s’était seulement pour son épouse qu’il avait pris position. Vous n’êtes plus un membre de la famille suzeraine Catelyn. Vous êtes une Rougefort, vous êtes libre de choisir à qui va votre Honneur. Ces mots raisonnaient encore en elle. Aujourd’hui, le Val était toujours autant menacé. Divisé, sans héritier mâle et traîné dans la boue par les armées victorieuses… ce petit homme, ne le savait pas encore, mais il portait l’espoir de tout un peuple.



« J’aimais Eoden, énormément. Ce n’est pas ce mariage que je refusais… mais l’idée que personne ne s’oppose à Martyn. Je voulais le faire souffrir. Ce fils aurait pu être le sien, mais à la place il a préféré me bafouer et l’avenir du Val tout entier… Après le Jugement il était anéanti et, moi, j'étais en colère. En colère et perdue. La souffrance noircissait mon cœur et mes jugements. Et maintenant, la Mère m’a offert cet enfant béni… et je ne suis pas sûre d’être apte de la tâche qui m’est donnée. Il est si petit… si pur… et je suis capable de commettre les pires actes. »

Petit à petit Catelyn avait laissé sa tête, lourde et fatiguée, se poser contre l'épaule de son père.



« Papa, la vérité est que je n'ai jamais eu aussi peur... »
AVENGEDINCHAINS
 

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • •


as High as Honor
You're not the untold story
You're the secret weapon

Revenir en haut Aller en bas

Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [FB] Les Monts Sélénites   

Revenir en haut Aller en bas
 

[FB] Les Monts Sélénites

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Créatures rares et nommés - Monts Brumeux
» Monts d'Aubrac : entre rudesse et majesté
» EGLISE DE LA TRINITE-DES-MONTS (ROME)
» Toponymie des monts d'Arrée: ROC'H DIALC' HWEZ et ROC'H AN ANKOU
» Toponymie des Monts d'Arrée : le dragon de Saint Michel

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
After the Conquest :: 

The seven kingdoms

 :: Val d'Arryn
-