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 Seul un monstre peut en détruire un autre

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Seul un monstre peut en détruire un autre   Dim 9 Déc 2018 - 14:21


 Robb & Rohanna

 Seul un monstre peut
en détruire un autre

 



 « Viendrez-vous Milady? »


« Cela dépend, y suis-je invitée? »



« Ma Dame, ce serait notre plus grand honneur… »



À travers le miroir d’étain, deux paires d’yeux pétillent d’une même flamme. Ils se répondent comme ceux d’une petite sœur à son aînée. L’aînée possédait toutes les réponses qui ne seraient jamais demandées. Pudeur, gêne et autres sentiments obligés à toutes les vierges de ce monde. Depuis l’annonce de son mariage, il était évident que la fille de Lord Penrose ne pensait plus qu’à lui. Lui, le mariage ou le futur époux. Bien que dévouée à sa Suzeraine il n’était pas rare de la surprendre à rêvasser. Ses grandes pupilles brunes perdues dans un monde imaginaire, elle tentait de percer les mystères du futur. Illusions et désillusions. Probablement que Robart et Rohanna était la plus terrible de ses illusions. Auprès d’eux, malgré les douloureuses épreuves, il était facile de se laisser à rêver que toutes les unions pouvaient être aussi fortes. Et si elle était aux premières loges pour observer les dissensions qu’il pouvait parfois exister, comme ce soir, elles ne semblaient jamais assez fortes pour voler l’éclat de ces yeux rêveurs.



« Non, ce serait le mien. »



Ne quittant pas ce contact visuel, la main de Rohanna serre avec force celle de sa dame de compagnie. La jeune fille était arrivée en sa suite quelques semaines après le départ de Robb pour la capitale. Pendant la guerre, la majorité de ses frères étaient décédés et le benjamin, âgé d’une dizaine d’années, était devenu héritier de la Maison. Afin de soulager Les Parchemins et de lui trouver un parti prestigieux, la Suzeraine l’avait fait mander à ses côtés. Bientôt, elle se trouverait nostalgique de cette douce affinité. Souriant dans la lumière du couchant, Ysoir termina de sécher les cheveux de la Biche à l’aide d’encens de myrrhe. Un luxe que l’épouse du Régent ne s’était pas permis depuis longtemps. À l’instar d’une remembrance heureuse, le parfum embaumait la large pièce. Il flottait autour des deux femmes comme un mirage de secrets, un monde féminin parallèle dont les portes demeuraient closes aux intrus.



« Comment est-ce d’aimer? »



« N’aimes-tu pas ta mère, ton père et ta fratrie? »



« Certes, mais… »



« … ce n’est pas pareil. »

L’aînée eu un air malicieux et se leva brusquement pour installer la fiancée face au miroir. Telle une sœur aimante, elle déposa l’encensoir sur la table ouvragée. Ses mains, doucement, soulevèrent les longs et lourds cheveux de la jeune fille. Dans sa jeunesse, elle avait été bien différente. Refusant d’écouter les conseils maternels, persuadée que jamais on ne la prendrait en épousailles. Une vieille fille qui n’aurait pas à connaître les dangers et malheurs féminins. Elle ne serait pas comme Tess, ni comme sa mère ou les autres car, elle, il lui faudrait rester elle-même. Toutes ces questions étaient venues après… Comment était-ce d’aimer? D’abord, il y avait eu un désir insensé et honteux qui avait obligé son corps et, très vite, tous ses sens à vouloir que Robart l’observe, la frôle, la touche, l’effleure… et la découverte des jeux maritaux. Ensuite, était venue l’acceptation de sa féminité. Une reconnaissance tardive de son corps, ses atouts et ses charmes. La sensation que quelque chose d’incroyable était en train de se créer. Telle un enfant, l’émerveillement vulnérable.



« C’est soudainement croire, sans savoir pourquoi… Un peu comme cette foi ineffable que nous avons pour les Sept. Accepter de laisser quelque chose de soi se dénouer et ne rien régenter. Une heureuse folie. »



Aucune définition simple ne lui venait à l’esprit. Il était impossible d’expliquer ces inconnus à une personne encore insensorielle. Seul le début du parcours initiatique le permettait. Elle ne s’était jamais demandée si elle aimait Robb, elle l’avait su. Instinctivement. En revanche, elle s’était obligée de nombreuses questions pour tenter de rejeter cette vérité. Jeune épouse, elle en avait eu peur. Affreusement peur. Et c’était peut-être cela qui suscitait le plus d’interrogations autour du verbe aimer : pourquoi avoir peur de quelque chose de beau et de divin? Non, il n’y avait rien de divin. Tout n’était que purement humain, affreusement combustible. Ses doigts s’étaient habilement perdus à tresser intrinsèquement des mèches entre elles. De sa colère de tantôt, il ne restait aucune trace. Au contraire, dans les dernières particules mordorées de l’astre solaire, elle paraissait d’une étrange sérénité. Autour d’elle ses cheveux, retenus dans sa nuque par un ruban, offrait une image juvénile, vierge de toute cicatrices. Humides, ils avaient laissé la soie de son blanchet se gorger d’eau. Presque transparent, ce dernier laissait ses longues jambes sensuelles jouer avec le crépuscule. La myrrhe, elle, continuait de se consumer.



« Beaucoup préfère voir ce sentiment comme une faiblesse alors, parfois, on en vient à espérer de ne plus aimer… Dans ces moments là, on souffre et on oublie la plus merveilleuse et sacrée des choses. Car, il n’y a rien de plus courageux que d’aimer quelqu’un d’autre. C’est observer son époux dans les yeux, entendre toutes les vigilances et tous les pleurs, mais accepter de prendre sa main. Un abandon à l’autre. Là réside l’engagement réel du mariage. »



« Milady, et si je ne devais pas l’aimer? »



« Je crois qu’il existe plusieurs façon d’aimer son époux et d’être aimée en retour… Il ne faut pas s’en tenir aux bardes et à leurs chants, mais seulement à toi. »



Au loin, dans la vieille ville de Port-Réal, plusieurs cloches résonnèrent. Ce fut la fin de la conversation, la belle Ysoir Penrose était à nouveau perdue dans ses conversations secrètes. Les doigts de la Biche terminèrent leur ouvrage en chantonnant des chants ancestraux. Et, dans cette précieuse intimité que personne n’était venue déranger, le temps s’écoula. Finalement, à un moment qui n’avait plus sens, la porte s’ouvrit et le maitre des lieux fit son entrée. Pendant un long instant, les deux femmes restèrent dans leur statuaire. Retraite lointaine sourde aux lourds pas du Lord. Rohanna fut probablement la première à sentir la présence de son époux et, par la suspension de sa voix, la jeune fille sursauta. Assise à la place de sa Suzeraine, dans un affolement pétrifié, elle se leva brutalement pour se confondre dans une révérence tremblante. Pourtant habituée à la présence du Seigneur, sa présence lui demeurait toujours intimidante — surtout aujourd’hui, où elle avait assisté à la colère de sa maîtresse. Tandis qu’elle sortait, fermant la porte derrière, Rohanna prit place face à sa psyché et fit mine d’être occupée à ranger ses peignes d’os. Soigneusement, elle évitait de croiser le reflet de son époux… et son courroux.

« Dis-moi comment je t’ai encore déçu… »



Sa voix était étrangement calme, douce et résignée. Elle savait que les réprimandes de Robb tomberaient comme un couperet et qu’il exulterait toute sa contrariété dans une tempêtes de maux ravageurs. Depuis le matin où elle avait quitté l’avait quitté, elle savait que cette conversation éclaterait avant le début du crépuscule.



« … comment je n'ai pas su garder ma place. »

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Seul un monstre peut en détruire un autre   Jeu 13 Déc 2018 - 3:01




Seul un monstre peut en détruire un autre


« Ta garde, plus haute. »

Devant Robb, un jeune garçon qui ne devait pas encore avoir atteint sa puberté leva un peu plus haut l’épée de bois qu’il tenait fermement d’une main, l’autre s’accrochant à un bouclier trop grand pour lui, et qui couvrait son corps encore immature des pieds aux épaules. Le jeune Braeden Estremont lui avait été envoyé récemment. Son père, seigneur de Vertepierre, espérait voir son suzerain accepter son fils comme écuyer, et avoir l’honneur d’être celui dont l’héritier deviendrait le premier chevalier adoubé par l’actuel suzerain de l’Orage. Partout ailleurs, la prise d’un enfant comme écuyer par un suzerain était surtout vue comme un acte politique, un moyen de montrer sa confiance et de resserrer des liens comme d’offrir à l’enfant en apprentissage l’occasion de créer des liens auprès d’un homme de pouvoir, et donc de mieux sécuriser les bases de la place qu’il tiendrait encore. Mais dans les Terres des Baratheon, c’était plus que cela : être l’héritier de l’une des grandes Maisons de l’Orage ne garantissait pas qu’il serait accepté en apprentissage, Theodan avait toujours fait primer la valeur de l’enfant sur sa position dans la hiérarchie très codifiée de la noblesse, et Robb ferait pareil. Si le jeune Estremont ne se montrait pas suffisamment combattif, pas suffisamment prêt à apprendre, il le renverrait simplement, prétextant qu’il n’avait pas le temps de former lui-même un nouveau chevalier.

S’entourer des meilleurs, être la source de l’élite de la chevalerie orageoise, là était la seule motivation derrière l’acceptation d’un élève pour Robb, il n’avait que faire de savoir que l’enfant devant lui s’agenouillerait un jour probablement devant lui pour lui prêter allégeance comme seigneur. S’il voulait sa place, il devrait la mériter, et pas s’appuyer sur la position de son père comme il le faisait avec son bouclier. D’un geste de la pointe de l’épée, le Régent réhaussa la position du bouclier, lui faisant quitter le sol, et causant chez l’enfant un soupir de surprise devant l’effort qu’on lui demandait de déployer.

« Maintiens la position. Tiens ton épée droite, et ton bouclier levé. Tu ne voudrais pas que les gens croient qu’un enfant de l’Orage n’est pas capable de tenir ses armes, si ? »

Secouant la tête, et malgré ses bras qui tremblaient sous l’effort inhabituel qu’on leur demandait de faire, le gamin tenait bon, une goutte de sueur perlant sur ses tempes. Robb sourit, entamant un tour autour de l’enfant, tout en examinant la position de son torse et de ses jambes.

« Bien. »


D’un autre coup léger du plat de l’épée, il le força à séparer un peu plus ses jambes pour trouver un meilleur équilibre, puis à les plier légèrement pour transférer le poids de ses armes dans sa posture, et plus uniquement dans ses bras.

« Les hommes de l’Orage sont les plus braves, les mieux entraînés, et les plus craints du continent. Nous ne reculons devant rien ni personne, nous ne craignons pas d’affronter la mort, pas plus que nous n’avons peur de brandir nos armes pour défendre ce qui nous est cher, ou faire valoir nos opinions. Et de ces hommes, ceux qui sont à mon service se doivent d’être les meilleurs d’entre tous, un exemple à suivre, un idéal à atteindre. Ce qui veut dire que si tu entres à mon service, jeune Braeden, tu devras travailler plus dur que n’importe quel autre écuyer, et que tu devras devenir un modèle pour tous ceux qui aspirent à devenir chevalier. Et si tu devais réussir, tu devras consacrer ta vie à rester l’un des meilleurs, voire le meilleur. Ton père t’a envoyé à moi parce qu’il t’en croit capable, mais penses-tu l’être, toi ? »

Le garçon se contenta de hôcher la tête, transpirant de plus en plus face à l’effort constant qu’on lui demandait de faire.

« Je n’ai pas entendu ta réponse, mon garçon. »

« Oui. Monseigneur. »

« Très bien. Mettons tes certitudes à l’épreuve, alors. Lâche ces armes de bois, et prouve que tu peux brandir l’acier de l’Orage aussi fièrement que n’importe quel soldat de mon armée. Si tu parviens à lever mon épée droite au dessus de ta tête, et à la maintenir suffisamment longtemps, je ferai de toi mon écuyer. »

Braeden fut rapide à lâcher ses armes d’entraînement, il se montra en revanche bien plus hésitant à prendre la lame ancestrale des Baratheon que lui tendait le Cerf. Il finit par s’éxécuter cependant, empoignant de ses deux mains la poignée trop grande pour son emprise, avant de laisser la pointe de la lame heurter le sol dans un tintement, inconscient qu’il était encore du véritable poids d’une épée de guerre. Robb s’écarta alors de quelques pas, l’enjoignant à éxécuter son épreuve d’un geste de la tête. Il fallut de longues minutes et de nombreux efforts, teintés des encouragements des gardes en faction dans la cour devant la Tour de la Main, mais il finit, pendant plus d’une minute, à faire passer la lame au dessus de sa tête, la pointe dirigée vers les cieux, avant de la laisser tomber au sol, tremblant sous l’effort qu’il avait du faire. Robb sourit en coin, ramassant lui même l’épée de son père avant de passer sa main dans les cheveux de l’enfant.

« Vas dire à Ser Dondarrion que tu es mon nouvel écuyer, il te donnera ce qu’il te faut, un repas et de quoi te laver. Aujourd’hui, tu réfléchiras à ce que signifie cette nouvelle charge, et demain tu commenceras ton entraînement. Tu peux être fier, Braeden, mais n’oublie pas que la route est encore longue, et ne sera jamais facile. »

Essoufflé, le nouvel écuyer remercia celui qui avait accepté de devenir son mentor, avant d’éxécuter une révérence approximative et de partir en courant en direction de la Tour. Sur son chemin, les soldats éxécutèrent un salut exagéré en riant, ce qui fit sourire un peu plus leur seigneur. Il avait oublié, depuis un moment déjà, à quel point les choses pouvaient être simples, et ces moments triviaux capables de faire changer le ton d’une journée. Tout, pourtant, n’était pas aussi facile, comme l’avait prouvé l’accueil de sa nouvelle invitée Stark, et les révélations d’Edric sur les intentions de son épouse du même nom. La politique, était autrement plus complexe que l’art de l’épée, et s’assurer d’y briller une chose bien plus complexe que d’apprendre à un enfant à devenir chevalier. Elle était une source intarissable de frustration, où il était impossible de discerner ses alliés de ses ennemis avant le dernier moment, où chaque détail comptait, et où ceux sur qui l’on croyait pouvoir s’appuyer devenaient parfois un poids, la source d’autres problèmes, voire même des adversaires mortels. Un temps, Robb avait apprécié ces jeux de Cour, il avait aimé jouer avec les puissants de Port Réal comme des pions sur un plateau de cyvasse, mais récemment il avait également appris à le détester, le haïr même, en voyant des amitiés qu’il aurait cru intouchable détruites au nom du tout puissant impératif politique. Alors, il avait décidé que c’était assez, et qu’il était temps pour la Maison au Cerf de rentrer chez elle. Mais même cela n’avait pas suffi à apaiser ses déceptions, d’autant plus quand elles venaient de ceux dont il aurait préféré pouvoir être fier. Tant qu’il serait à Port-Réal, cependant, il semblait qu’il était condamné à être le seul des siens à réellement comprendre ce qui se jouait dans chaque action, chaque décision prise, même la plus simple.

Distraitement, il entendit des cloches résonner au loin, tandis que le soleil déclinait, pourtant encore bien éloigné de l’horizon dessiné par les murs du Donjon Rouge. Il aurait voulu envoyer chercher son capitaine, s’entrainer avec lui et oublier toutes ces frustrations dans le fracas de l’acier, mais il y avait plus important à faire, autant pour lui que pour l’homme qui commandait à sa garde et se devait d’organiser au mieux leur protection quand ils partiraient. Ce n’était plus qu’une question d’heures, un ou deux jours tout au plus, après tout, et tout devrait être prêt. Quelques jours étaient suffisants, pourtant, pour empirer encore la situation déjà tendue existant entre les Targaryen et leurs cousins orageois. Et si Edric semblait enfin avoir compris où se trouvait sa place, il y en avait une autre entre ces murs à qui il faudrait la rappeler. Une femme, la sienne , qui semblait avoir oublié que les libertés qui étaient les siennes face à son mari, celles-là même que bien peu pouvaient se vanter d’avoir, s’arrêtaient au moment où ils ne se trouvaient plus dans la sphère du privé.

Poussant un soupir, Robb se dirigea à son tour vers l’intérieur de la Tour, signalant qu’il n’accepterait plus d’être dérangé aujourd’hui aux gardes en faction, avant de gravir les marches qui le mèneraient aux appartements privés du sommet de celle-ci. Au fur et à mesure qu’il montait, les fumets émanant des cuisines étaient remplacés par l’odeur plus forte et plus agressive de l’encens, qui atteignit son paroxysme au moment où il passa la porte de ses quartiers. Sans grande surprise, il y trouva celle qu’il cherchait, accompagnée d’une de ses suivantes, qui visiblement avait pris la place de sa suzeraine et était désormais celle dont on s’occupait. En d’autres temps, le Régent se serait peut-être amusé de la scène, mais il n’avait aucune envie de rire, encore moins d’approuver d’une quelconque manière un manquement, même mineur, au protocole, quand il s’apprêtait à en souligner l’importance. Devant la gêne de la jeune femme -dont il ne parvenait plus sur le moment à se rappeler s’il s’agissait de la Penrose ou de la Wensington- il se contenta de répondre d’un hochement de tête accompagné d’un air réprobateur à sa révérence, désignant la porte du même mouvement. La dame de compagnie ne se le fit pas dire deux fois, probablement très au fait de ce qui avait eu lieu plus tôt dans la journée, et sans envie aucune de s’attirer l’ire du suzerain de l’Orage, ou même de n’en être qu’un témoin impuissant.

Ne restait que Rohanna, qui se contenta d’amener elle-même un sujet qu’elle savait arriver très bientôt sans le regarder lui, les yeux posés sur les instruments présents sur la tablette devant elle et qui avaient visiblement tout son intérêt. Elle voulait savoir comment elle l’avait déçu, ce qu’elle avait bien pu faire, mais elle ne le savait que trop bien, sans quoi sa réaction n’aurait pas été aussi calme. Oh, si elle n’avait pas compris, elle aurait crié, juré, clamé sa frustration, mais elle se contentait de cette position de soumission apparente, et de cette question à laquelle elle connaissait parfaitement la réponse. Mais Robb la connaissait trop bien pour tomber dans ce piège là, de même qu’il savait que le pire était très probablement à venir. Maintenant qu’elle était en face de lui, cependant, ces frustrations qu’il avait du contenir ce matin même, cette colère transformée en ressentiment avec le passage du temps refaisaient surface, alors il aurait son combat, il aurait ses remontrances, puis ce serait terminé. Il ne lui en voulait pas particulièrement, non, après tout il aimait aussi son épouse pour son intelligence et sa capacité à prendre des initiatives, mais il y avait des limites à ce qui était acceptable en public, et elle les avait dépassées.

« Ne joue pas à l’idiote, c’est un rôle qui ne te va pas. Tu sais parfaitement ce que tu as fait. »

S’interrompant là, Robb traversa la pièce pour déposer son épée contre le bureau de taille réduite qui lui servait d’étude quand il n’avait pas l’envie de descendre jusqu’à la pièce normalement dédiée à cela, avant de se tourner à nouveau vers la Biche, un regard comme sa voix pleins de réprobation :

« Ce qui m’intéresse plus, c’est ce qui t’a laissé pensé que tu pouvais te le permettre, pire encore, que je laisserais passer. »

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Rohanna Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Port Réal.
MessageSujet: Re: Seul un monstre peut en détruire un autre   Ven 14 Déc 2018 - 2:19


 Robb & Rohanna

 Seul un monstre peut
en détruire un autre

 

 « Ne joue pas à l’idiote, c’est un rôle qui ne te va pas. Tu sais parfaitement ce que tu as fait. »



Une remontrance pour une enfant. « Tu sais parfaitement ce que tu as fait » cette phrase, combien de fois sa mère la lui avait-elle morigénait? Et, toujours, Rohanna avait exactement su de quels petits crimes elle était accusée. Avant, dans le souvenir de ces mots, il y avait quelque chose d’amusant et de plaisant... La satisfaction de voir la châtelaine des lieux épuisée par la fougue de son aînée, entraînant systématiquement le rire de son jumeau. Jamais alors il n’y avait eu la dureté sans appel de Robart. Froid et maître des lieux, il n’avait pas cherché à la confronter ouvertement. Au contraire, il l’avait évité avec brio, préférant la routine de ses gestes habituels. Le même nombre de pas jusqu’à la taille, la même force de poigne pour poser sa précieuse épée, le même bruit de repos contre le bois… Une routine qu’il voulait silencieuse et inquiétante pour mieux cerner sa proie. 


« Ce qui m’intéresse plus, c’est ce qui t’a laissé penser que tu pouvais te le permettre, pire encore, que je laisserai passer. »



Ses yeux réprobateur ricochent dans l’étain jusqu’à trouver le sien. Le temps d’un moment car Rohanna, à nouveau, préfère observer ses phalanges danser sur ses peignes et autres objets d’os et d’ivoire. Évidemment, cela l’énerverait. Debout, ses appuis légèrement écartés, il attendait des réponses saillantes. Après sa visite à la Stark, elle n’avait fait que fulminer rages et colères. Ses poings étaient venus frapper les murs de la chambre à s’en écorcher quelques phalanges jusqu’au sang. C’était à grand renforts de patience que la jeune fille avait réussi à apaiser ces furieux émois… Dans ces moments là, ceux où les ouragans insensés des terres de l’Orage reprenaient le dessus, elle n’était à nouveau que cette enfant sauvage et indisciplinée prête à toutes les folies. Électrique, d’un seul geste, elle aurait pu tout détruire. En cela, elle avait tout de la devise légendaire des siens. Sans les soins et les paroles douces et réconfortantes d’Ysoir, la Biche n’aurait probablement pas été aussi calme et maîtresse de soi. Elle prenait presque un certain plaisir à jouer à qui serait chat et qui serait souris.



« Je savais que tu ne le laisserai pas passer, mais tu ne m’as pas laissé le choix. »



C’était avouer à voix haute qu’elle avait volontairement outrepasser les volontés de son époux, mais elle s’en fichait. Sa voix était toujours de cet étrange et troublant calme. Voilà maintenant cinq années qu’elle était mariée avec le Cerf Couronné et la majorité de ce temps elle avait passé à l’attendre : Rohanna avait appris la patience. En 44, bien des matrones avaient pleuré de voir leur fille privée de cet héritier béni des Sept. Fils d’un héros, guerrier légendaire, la beauté étrange du dragon et de la roche asphalte, le charisme envoûtant : il était le prince de sa génération. Aujourd’hui, les gens l’adulaient ou le détestaient. La majorité des femmes le désirait. Il les intimidait. Son aura faisait vibrer leurs corps alanguis et tinter un suave soupçon d’aventure. À ces épouses lésées, il hantait leurs rêves. Les rumeurs de la Cour avaient tôt fait de lui faire partager de nombreux lits dont tes prétendantes étaient parfois célèbres — parmi elles, Etaine Arryn ou la Reine Rhaenys. Pourtant, malgré ce charivari quotidien, rares étaient ceux qui voyaient vraiment l’homme. Le Régent remplissait les fantasmes de tout un chacun. Dans son ombre, s’exposant rarement aux rayons néfastes de leurs langues cérastes, seule son épouse demeurait. Elle, elle seule connaissait les dangers qui étaient partout autour de lui. Elle seule aimait ses humeurs, noires ou heureuses, et le percevait à tous ses états.



« Quant à ton autre interrogation, je ne répondrai que si tu es prêt à m’écouter. »



Son énergie, récemment retrouvée, ne serait pas gaspillée à des oreilles distantes ou sourdes. Ce qu’il ferait probablement, orgueilleux qu’il était de sa position et de ses droits. Marquant à son tour une longue pause, elle prit le temps de ranger ses objets d’artifice dans un tiroir dissimulé. Puis, elle glissa ses mains le long de sa nuque pour dégager ses cheveux encore humides de leur récent bain. Ils étaient lourds, longs et à leurs boucles laissés. D’ordinaire, au quotidien, Rohanna les attachait humblement dans une tresse lâche. Une coiffure qui n’avait pas changé depuis que ses cheveux avaient repoussé de sa coupe garçonnière. Ces dernières semaines, cependant, pour mieux appuyer le pouvoir de Robb, elle s’était obligée à plus de conformisme. Une royale orthodoxie qui infligeait les difficiles dernières modes du Donjon-Rouge. Certaines femmes savaient rivaliser de souffrances et de peines pour laisser loisir à leurs créativités. Secrètement, jalouse de ces racontars qui plaçaient les plus belles femmes du royaume comme ses rivales, peut-être avait-elle aussi espéré qu’il la regarde différemment. À nouveau, comme avant quand elle n’avait pas été bafouée par le combat contre la mort. Si il avait remarqué les changements, évidemment, aucun commentaire n’avait été fait. Ce soir, malheureusement pour lui, elle avait fait valser toutes les conventions que la Cour imposait pour n’être que la fille de la pluie. Dans cette position seulement, elle était plus à même d’affronter le Cerf des bois. 


« Robb, tu es le plus émérite des hommes de ta génération. Bientôt, tu seras plus grand que ton père ne l’aurait jamais espéré… » Dans le miroir d’étain, ses yeux cherchaient les siens. Une ultime défiance dans l’appui. « … et ceux qui ne l’ont pas encore compris sont aveugles. »



Après ces derniers mots, seulement, elle décida de se lever. Elle se tenait haute, consciente que Robb attendrait le moindre faux pas supplémentaire pour déverser son discours. Une logorrhée, probablement très savante et sans faille, comme toujours, qu’il avait du prendre le temps d’élaborer au cours de ces dernières heures. Hélas, il n’était pas le seul à avoir le cœur comme un barrage de maux et de grandes idées. Le sien ne demandait qu’à être ouvert, ce qu’elle fit dans une inspiration soupirée. S'il ne le soupçonnait pas encore, il l’apprendrait bien assez vite. 


« La capitale t’a changée. Tu as pris goût à la régence du Royaume, à ces offices et au pouvoir qui allait avec. Dès l’instant où je suis arrivée ici, je l’ai su… et l’ai accepté. Robb, je suis fière de l’homme que tu es devenu, à en craindre parfois que ton arrogance ne m’est attrapée aussi. »



Doucement, elle s’était approchée pour poser sa main contre sa joue. Il y avait tant de douleurs en lui et elle aurait voulu jamais ne les réveiller. Il le fallait pourtant. Elle aussi avait des rancœurs, mais encore n’étaient-elle peut-être pas les plus importantes. Ensemble, tous deux avaient accepté d’affronter tous les fronts. Ils se l’étaient promis, le soir de leur réconciliation.



« En guerrier émérite, tu anticipes toutes les possibilités inimaginables de ce monde. Même celles que tu ne contrôles pas directement, tu arrives à les prévenir. Il m’est facile de comprendre pourquoi tu peux être si sûr de toi : tu as une réponse pour toutes les décisions à venir de ce monde. Mais dans l’équation de ton monde, tu as oublié une chose essentielle Robart. »



Ses yeux se fermèrent et le contact de leurs peaux s’éloigna comme si il n’avait été qu’une illusion. 


« Les tiens. Particulièrement, Edric. Tu es en colère contre lui et je le sais. Moi aussi, je suis en colère ; moi aussi, j’ai l’impression que personne ne me comprends ni ne me considère. Mais Robb, il te respecte tant… Ces dernières années tu as passé plus de temps avec Aglahad que lui, peut-être ne le vois tu pas… mais j’étais là. Vous avez tant en commun — y compris votre sale caractère ! Et je ne peux pas croire que tu laisses sa colère et son impétuosité venir nourrir ta susceptibilité. Ne laisse pas le visage de Jasper se superposer au sien. Edric est loyal, fidèle et nous suivrait tous deux jusqu’aux confins du monde si on le lui demandait… Il s’est sacrifié pour toi, pour moi, d’une manière qu’aucun de nous n’aurait pu faire. Si nous avions été séparé l’un de l’autre, après la guerre, la première chose que nous aurions fait aurait été de nous réunir. Peut-être n’aurions-nous pas même attendu. Oui, moi, je n’aurais pas laissé une guerre nous séparer ! J’aurais obligé le monde à me réunir à toi. Aujourd’hui, les conflits sont terminés depuis presque une année et il est toujours là. Il savait que tu avais besoin de lui. Toute sa vie, il s’est fait passer après les autres. Il le cache sous ses farces et son humour à toutes épreuves… et tu ne le vois pas non parce que tu as perdu confiance en lui, mais en toi. En toi. »



Au fur et à mesure les mots venaient à elle sans qu’elle ne puissent les arrêter. Un flux démentiel qui l’avait fait reculer. Ils étaient comme sur deux plaques mouvantes différentes. Seuls, ses yeux étaient dans les siens.



« Alors, oui, tu anticipes l’avenir de tout un peuple, de tout un royaume, mais tu es incapable de faire les choix nécessaires pour les tiens. Tu t’es détaché de tes frères il y a longtemps, tes raisons sont les tiennes et personne ne pourrait y porter jugement, des choses plus importantes le nécessitait. Des choses qu’ils ne comprendront peut-être jamais, mais tu te dois de l’accepter. Ils n’avaient pas à devenir toi. Moi aussi, il m’énerve et il me démange de lui flanquer une bonne leçon mais… c’est ta responsabilité d’aîné de l’écouter et de le supporter. Il n’a plus que toi. Théodan, Kyra, Jasper, Oriane ne sont plus là. Ils ne seront plus jamais là pour lui. Ashara et Cathan… qui sait ce qu’il leur est arrivé? Il n’a que toi. Et, toi aussi. Un jour, je… qui sait si je serai toujours … Robb, par les Dieux, tu n’as pas même remarqué son désarroi aujourd’hui ! Il a échappé à la mort et tu accueilles cette … cette… avant lui. N’as-tu pas vu qu’il aurait pu s’effondrer, d’épuisement et d’anxiété? »



D’autres questions, plus dures, plus mordantes, auraient pu continuer à venir mais elle les tut. À la place, elle fit quelques pas, de longs en larges, arpentant la pièce comme pour chasser un silence trop lourd. Les émotions affluaient à elle et elle craignait de ne bientôt perdre sa calme façade.



« Et si j’ai touché ton arrogante fierté… ce ne serait certainement pas la première fois. Tu as toujours su que j’étais meilleure pour rattraper tes flèches perdues. »



Rohanna le toisait avec une certainement sauvagerie. Elle aurait voulu se jeter contre lui et, d’une poigne ferme, le sortir de ses retranchements. Si elle l’avait pu, elle lui aurait arraché cette vanité dont il s’était auréolé. Ha, l’heureux fou !, n’avait-elle pas un jour tué un roi à sa place? Alors, son protocole de Grand Seigneur, d’aumônier de cour royale, il pouvait le garder pour lui. S’il s’en satisfaisait grand bien lui fasse ! Il oubliait seulement qu’il avait toujours exigé qu’elle soit vraie. Montre-leur qui tu es vraiment, et ils t’aimeront pour ça. 


« Ne joue pas à l’idiot Robart Baratheon, tu n’es pas en mesure d’exiger des explications sur mon comportement. »

AVENGEDINCHAINS
 

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Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Seul un monstre peut en détruire un autre   Ven 4 Jan 2019 - 4:49




Seul un monstre peut en détruire un autre




« Je savais que tu ne le laisserai pas passer, mais tu ne m’as pas laissé le choix. »



A peine la phrase prononcée, Robb pouvait déjà sentir son sang bouillir et son coeur accélérer pour compenser la tension instinctive de ses muscles. C’est qu’en plus, elle osait affirmer qu’elle avait agi comme elle l’avait fait en toute connaissance de cause ! Elle, son épouse, celle qui était sensée toujours se ranger à ses décisions et les soutenir, avait décidé d’elle-même d’aller à l’encontre de ce qu’elle savait qu’il ferait, pas sous l’emprise d’une compassion trop grande pour Edric ou simplement par inattention non, elle l’avait fait le choix d’agir de la sorte. Non que Robb en ait réellement douté, la Biche était loin d’être une idiote, mais qu’elle l’annonce ainsi, presque fière de ce qu’elle avait fait, était une provocation qu’il n’appréciait que peu en ces temps où les soutiens qu’il avait cru inébranlables se trouvaient être les plus fragiles. Il était fatigué de ces attitudes, celles de Rhaenys, celles, visiblement passées, d’Edric, et maintenant, celle de Rohanna. Tous ces gens qui semblaient persuadés que leurs pensées étaient meilleures, ce qui en soi n’était pas un mal, mais qui trouvaient également judicieux de tenter de lui imposer leurs vues, alors qu’ils ne voyaient jamais qu’une partie tronquée de ce qui se jouait quand le Régent se devait de toujours peser les conséquences de chaque action. Rohanna pouvait-elle seulement imaginer ce que pourrait donner son attitude de tout à l’heure ?

Rien peut-être, ou peut-être ne serait-ce que le début d’une suite de catastrophes, Freyja pourrait bien croire à une faiblesse chez ceux qui la gardaient captives, vouloir en profiter et échouer -ou réussir, difficile de dire ce qui serait le plus difficile à gérer-, et il y avait toujours les rumeurs, evidemment. Les serviteurs parlaient, encore et toujours, et il était impossible d’empêcher ce genre de choses de se propager. Avant, Robb ne s’en serait guère soucié outre mesure, mais à présent qu’il existait ces tensions avec la famille royale, chaque détail pouvait être décisif, d’autant plus à quelques jours de leur départ. Freyja ne pouvait pas être laissée en arrière, et il ne fallait donner aucune ouverture pour que les Dragons puissent demander légitimement à garder la jeune fille auprès d’eux. La guerre aurait lieu, et elle jouait un soutien de poids dans des tractations qui ne plairaient aucunement à la Reine, trop attachée à son ancienne famille. Jaehaerys avait été mis au courant de l’alliance passée avec la Maison Bolton, mais celui plus officieux du sort réservé aux autres Stark, Robb l’avait gardé pour lui. Le Roi n’avait pas à s’embarrasser de ces considérations là, et Rhaenys aurait tôt fait de le convaincre de laisser les Stark régner malgré tout, une erreur que Robb ne voulait pas voir commise, alors mieux valait que ces informations lui restent cachées. Même si la possibilité était infime, il restait une chance que ce qui avait eu lieu durant l’accueil de la jeune louve ait un impact sur ce plan, et le Cerf ne pouvait voir que cela. Le reste était secondaire puisqu’on parlait du futur du Royaume, un futur qu’il avait préparé et que les erreurs des siens mettaient en danger à chaque fois.


« Quant à ton autre interrogation, je ne répondrai que si tu es prêt à m’écouter. »



« Parle, alors. »

Le regard dur, les mains serrées pour ne pas montrer le moindre geste d’impatience devant cette épouse qui en plus de le défier, prenait le temps de ranger ses affaires avant de lui offrir une justification. Robb l’aimait pour son côté sauvage, entre autre chose, mais il y avait toujours eu des moments où elle poussait les choses un peu trop loin, juste au mauvais moment. La capitale n’avait fait que mettre ces moments sur le devant d’une scène déjà trop chargée par les frustrations quotidiennes et les tactiques qu’il fallait déployer à chaque instant. A Accalmie, il avait cette patience apprise pour supporter ces écarts, pour s’amuser des disputes et des remises en question, mais pas ici, pas sur ces terres où l’on guettait chacun de ses signes de faiblesse comme un clairon annonciateur de sa chute ou pour un moment opportun pour frapper. Toute l’énergie qu’il possédait, il devait la mettre dans la gestion d’un Royaume plus désuni que jamais, et sa patience se perdait un peu plus qu’il devait transiger avec les nobles et courtisans à l’affût d’un os à ronger. Une partie de lui se révoltait à l’idée même qu’elle ne puisse pas comprendre cette situation, ou qu’elle ne veuille pas le faire, l’autre était reconnaissante de savoir que cette épreuve, elle n’aurait jamais à la subir vraiment.

Finalement, Rohanna se décida enfin à parler, et dès sa première phrase, Robb sut qu’il n’aimerait pas la suite. Il avait beaucoup appris durant son séjour à la capitale, et l’une des premières choses avait été de discerner quand un compliment n’était là que pour adoucir autre chose, et celui-là était une évidence même. Longtemps Robb avait rêvé de surpasser son père et d’atteindre toutes les attentes que celui-ci avait pour lui, mais il savait que Theodan n’aurait pas accepté de voir ainsi sa famille déchirée sous le règne de son fils, et ne fut-ce que pour ça, il avait échoué. Le reste pouvait bien être aussi grandiose qu’inimaginable, il pourrait bien devenir Roi et faire de l’Orage la terre qui commandait toutes les autres, refaçonner le Royaume pour lui donner l’image qu’il désirait, mettre les Martell, les Stark ou les Greyjoy à genou qu’il saurait quand même qu’aux yeux de son père, il avait échoué. C’était un poids qu’aucun autre de ses frères ne pourrait comprendre, que même Rohanna ne comprendrait jamais réellement.

Impassible, il l’écouta arriver à ce qu’elle lui reprochait vraiment, ce que tous parmi les siens semblaient lui reprocher sans jamais comprendre. A leur manière ils avaient raison, sans doute, mais ils avaient tous tellement tort également. Le Cerf revoyait encore son frère lui imputer la faute de la guerre, tout prêt à lui reprocher n’avoir rien à faire du sort de sa fille et de son épouse, il pouvait encore entendre Oriane lui reprocher d’avoir prêté allégeance au Roi et d’être resté à ses cotés quand on venait d’empoisonner sa propre épouse. Les scènes se superposaient pour le hanter telle une sombre comédie, un témoignage de son incapacité à garder les siens unis derrière lui comme son père avait pu le faire. Des images d’autant plus destructrices qu’il était persuadé, malgré tout, d’avoir fait le meilleur des choix possibles, quand bien même ils avaient été douloureux.

Toutes ces pensées ne faisaient que le ramener à la réalité, celle-là même où il devait maintenant affronter sa propre femme, qui l’accusait de ces mêmes crimes que d’autres lui avaient déjà lancé avant elle, un nouveau couteau planté au travers de sa gorge, bien plus douloureux celui-là car les reproches venaient de celle qu’il aimait plus que tout le reste, la seule pour laquelle il aurait défié même le Royaume tout entier s’il l’avait fallu. Jusqu’à sa dernière phrase, Robb aurait pu abandonner là, il aurait pu décider qu’il n’avait plus l’énergie ou l’envie de tenter de convaincre qui que ce soit de l’absurdité de l’accuser d’oublier les siens, mais il avait fallu qu’elle le provoque, à dessein peut-être, après tout elle savait sur quelle corde jouer pour le faire réagir.

« Ne joue pas à l’idiot Robart Baratheon, tu n’es pas en mesure d’exiger des explications sur mon comportement. »

« Vraiment ? »


Comme un prédateur en face d’un autre, Robb se redressa un peu plus, les yeux braqués dans ceux de la femme en face d’elle, les frustrations qu’elle avait réveillées en lui toute prêtes à éclater. Il n’était plus question de la réprimander pour s’être écartée du chemin qu’il avait tracé, mais de lui faire comprendre qu’elle avait tort. Que non, il n’était pas ce monstre de froideur et de calcul que tous les siens semblaient décidés à voir, ce despote qui avait oublié les siens à l’aune du pouvoir.

« Ne suis-je pas ton époux ? Ton suzerain ? Ne suis-je pas alors dans mon droit de demander des explications quand celle-là même qui est sensée me soutenir décide d’agir à sa guise parce qu’elle considère qu’il y a mieux à faire ? Non, au lieu de ça, mon devoir est certainement d’écouter les mêmes griefs encore et encore, parce que quel mauvais frère je fais, vraiment... »


D’abord calme, le ton du Cerf monta de plus en plus, jusqu’à éclater comme l’éclair frappant le sol :

« Mais n’ai-je pas fait tout ce que je pouvais pour qu’il récupère sa femme et sa fille ?! J’ai pratiquement offert un pardon royal à un traitre pour qu’il puisse les revoir, mais malgré ça ce n’est pas suffisant ! Et si cette entrevue que tu as si bien aidé à interrompre était là, c’était parce que celle qui se trouvait là devait aussi servir à s’assurer qu’il ne leur arrive rien ! Mais ce n’est jamais assez, après tout j’aurais pu ramper devant Jorah Stark et l’implorer de se montrer clément, j’aurais pu forcer le Roi à accepter l’indépendance en échange d’Ashara, peut-être que là alors j’aurais été un bon frère ?!

Tout ce que j’ai fait depuis que je suis ici, je ne l’ai pas fait pour moi, je l’ai fait pour mes terres, pour assurer l’avenir d’une Maison qui maintenant se retourne contre moi, et pourtant c’est moi qui faute, c’est moi qui les abandonne ! Tu parles de ses sacrifices, quand tu sais aussi bien que moi tout ce que j’ai du sacrifier, et tout ce qu’on nous a pris… Je dois diriger un Royaume entier, et préparer une guerre tout en tuant un coup d’état dans l’oeuf sur mes propres terres, et en plus de cela je dois gérer les défiances de ma propre famille, qui remet en cause mes décisions dès qu’elles ne sont plus totalement en accord avec ce qu’ils pensent, et maintenant tu décides de le faire aussi ! »


D’un pas rageur, Robb fit demi tour jusqu’à se planter devant l’armure posée sur un mannequin, lui renvoyant son propre reflet. Il soupira longuement, avant de reprendre, sur un ton plus calme mais toujours empreint d’une certaine animosité sombre, qui pourtant n’était pas forcément dirigée vers son épouse.

« Tu dis que cet endroit m’a changé, que j’ai pris goût au pouvoir… Mais c’est faux. Ce sont les gens qui ont changé ma vision du monde, ceux-là même qui ne cherchent qu’à pousser leur agenda, ceux qui feignent la fidélité pour mieux arriver à leurs fins, ceux qui profitent d’un moment d’inattention, ou d’une garde trop basse pour s’attaquer à moi non pas directement, mais en frappant ceux que j’aime. C’est ça, la vraie nature du pouvoir, celle dont mon père ne parlait pas. Alors oui, il est grisant, et il me permet de faire ce que personne d’autre n’aurait pu faire, mais je n’oublierai jamais qu’il m’a aussi tout coûté, qu’il a failli te tuer, et qu’il a permis à ma mère de me forcer à briser ma famille à jamais, parce que comme tu l’as dit, ni Edric ni Jasper ne sont moi. Aucun d’eux n’est prêt à ce pouvoir, ni à faire ce qu’il faut pour qu’il ne blesse jamais ce à quoi ils tiennent et ce qu’ils ont juré de protéger. Par les Dieux, je croyais que je l’étais, et pourtant... »

Le Régent ferma les yeux un instant, interrompant sa phrase car il ne voulait ni ne pouvait la terminer, il y avait des choses qu’il ne voulait pas formuler, ni rappeler directement. Il finit par se tourner à nouveau vers Rohanna, la fixant désormais dans les yeux.

« Il ne s’est jamais mis au premier plan, mais il avait l’opportunité de vivre pour lui-même néanmoins. Comme tu l’as dit, je ne serai pas toujours là, et mon rôle est de m’assurer qu’il n’ait jamais à faire les choix que j’ai dû faire, et que le moment venu, il n’ait pas à craindre ce pouvoir que je détiens aujourd’hui. C’est cela, mon devoir envers lui, en tant que mon héritier. Lui, il doit apprendre à être fort, ou au moins à le paraître. Pour ça, il n’aurait jamais dû être mis en présence de Freyja Stark dans cet état là, et il aurait dû se reposer comme il lui avait été dit de faire. Quant à toi… J’aurais aimé que tu ne comptes pas parmi tous ceux qui me voient de cette manière. »

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Seul un monstre peut en détruire un autre

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