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 Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds.

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Rhaenys Targaryen

Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds.   Sam 26 Jan 2019 - 12:33




Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds.


Les terrasses des appartements du Roi donnaient sur la ville, offrant un panorama unique sur l’activité incessante de la capitale de Westeros. Assise sur la plus grande d’entre elle, je buvais distraitement l’infusion tiède préparée par une cuisinière attentionnée. Le jour tombait progressivement sur Westeros et je regardais les couleurs du ciel changer à mesure que les minutes s’égrenaient. J’avais besoin de cette solitude, de ces moments où je pouvais enfin être moi-même, rire sans retenue ou pleurer lorsque j’en ressentais le besoin. Ces instants d’intimité personnelle n’étaient que très rares, alors j’avais appris à en apprécier la saveur éphémère. Cette terrasse en particulier avait une aura particulière, elle était la préférée de mon défunt père, celle sur laquelle il se retirait lorsqu’il souhaitait passer un moment privilégié avec ses enfants. Si je fermais les yeux, je pouvais encore l’entendre rire aux éclats ou encourager nos pitreries d’enfants joyeux. Il n’y avait que sur cette terrasse qu’Aegon, devenu un adolescent conscient de son destin, acceptait de délaisser le poids de ses responsabilités et de sa gravité d’héritier pour se chamailler avec ses sœurs. Mon père aimait ces moments naturels où nous avions l’impression d’être une famille normale.

Pourtant nous n’avions rien d’une famille normale. Mon frère, Aegon, savait depuis sa plus tendre enfance qu’il serait le futur roi du royaume, et Rhaena, sa sœur cadette, serait reine. Tous deux avaient eu l’éducation adéquate, les préparant à affronter les lourdes responsabilités qui seraient les leurs. Cela les avait rendus plus sérieux, plus conscients des enjeux et des dangers de la situation de notre famille. Jaehaerys était un enfant, et quant à moi j’étais une adolescente insouciante et cajolée, préservée de toute injonction de sérieux ou de responsabilités. Mon rôle lui-même était d’être insouciante et remuante, c’était à moi d’insuffler de la légèreté à la cour. Fille cadette, je me devais d’être joyeuse, d’aimer les bals et les jeux dans les jardins, d’être le lien entre la jeunesse de Westeros et la Cour du roi. Les jeunes hommes du royaume rejoignaient notre cour dans l’espoir de m’y croiser, dans l’espoir fou de devenir gendre du Roi et d’entrer dans cette famille royale dont les origines et les dragons fascinaient à travers tout le royaume.

D’un geste mécanique je faisais tourner le liquide ambré dans la coupe qui le contenait. L’infusion était légère et douce, malgré la chaleur du breuvage elle était rafraichissante alors que la chaleur de l’air était encore écrasante, souvenir d’un après-midi ensoleillé et dépourvue de toute brise. Du haut de cette terrasse, il me semblait apercevoir le royaume tout entier. Le Nord, lointain et immense, cette terre qui avait été mon foyer et était à présent au cœur d’un potentiel conflit déchirant. Le Conflans, où la situation tendait à se stabiliser mais qui portait encore les stigmates d’une lutte de pouvoir semblable à celle qui avait déchiré le royaume. Le Val et les Eyriés, ses hauteurs et la fierté de ses habitants. Le Bief et sa beauté enchanteresse que les récits du seigneur Tyrell avait encore embellis dans mon esprit. L’Orage bercé par les tempêtes. Il y avait les Iles de Fer, royaume de fer et de sel, habité par des êtres en qui toute confiance était proscrite. Et finalement, se tenait Dorne. La principauté de Dorne qui s’était déclaré notre ennemi, les terres où ma grand-mère avait trouvé la mort. Si les antagonismes de la Conquête auraient pu être laissés derrière nous, les Martell semblaient plus que jamais décidés à piquer le flan du dragon pour le pousser à la faute. Le peuple fier de Dorne ne soumettrait jamais à la souveraineté du dragon, voilà le message qu’il souhaitait faire passer. Ne comprenaient-ils pas que nous ne souhaitions guère nous préoccuper des affaires dorniennes ? L’Usurpateur avait eu la bêtise de le faire et il n’avait fait que nous léguer les conséquences de ses actions insensées.

Le royaume était en proie à bien assez de conflits internes pour rechercher un conflit supplémentaire avec les dorniens. Mon esprit était bien trop accaparé par ces problèmes-ci pour laisser la moindre énergie à toute élaboration de plans pour soumettre Dorne. L’Orage était devenu l’ennemi du Nord et du Val, entrainant le Conflans dans son sillage, l’Ouest ne disait mot mais son alliance avec l’Orage ne faisait aucun doute. Le Bief restait neutre, lié tant avec la famille Lannister qu’avec les Arryn. La tension était à son comble et je craignais qu’une simple étincelle ne suffise à faire exploser un royaume déjà largement divisé par des années de guerre. Il nous revenait de réparer les erreurs des rois précédents et d’assumer leurs décisions. Nous étions les héritiers de la conquête d’Aegon Ier, de l’indécision d’Aenys Ier et de la cruauté de Maegor Ier. Quel héritage laisserait dès lors Jaehaerys Ier ? Serait-il déjà le dernier roi Targaryen de l’histoire ? Ou deviendrait-il un grand roi que l’histoire retiendrait comme l’unificateur du royaume. Là étaient les deux seules issues auxquelles nous avions le droit. Réussir ou sombrer.

« Regarde tout ce que nous avons accompli, tout ce que tu as accompli en moins d’un an. Ta place a toujours été ici, ton destin était de devenir Reine parce que personne d’autre ne pourrait mieux incarner ce qu’une souveraine doit être pour son peuple que toi. Tu as payé un prix terrible, un prix que tu n’aurais probablement jamais accepté de payer si tu l’avais connu avant de te rendre à la bataille, mais tu as fait en sorte que ce ne soit pas en vain, et c’est là tout ce que les autres retiendront. »

Les paroles de Robb, des paroles lointaines et anciennes, revenaient régulièrement en mon esprit, sans doute symptômes du manque que je ressentais depuis notre éloignement explosif. Cela faisait de longues semaines que nous ne nous étions pas parlé, que nous n’avions pas même échangé un regard, et cela contrastait bien largement avec l’année que nous avions passée à nous voir tous les jours. Cette dispute avait été une erreur. Nous avions tous deux prononcé des paroles terribles et regrettables. Le tempérament du seigneur de l’Orage n’était un secret pour personne, et le mien était célèbre depuis de longues années. La vérité était plus complexe encore, nous étions complémentaires car nous pensions différemment, mais nous avions laissé les non-dits et le protocole rigide se glisser au cœur de nos échanges, rompant toute possibilité de compréhension mutuelle. Robart Baratheon était un homme, un guerrier, le seigneur d’une région où la guerre coule dans les veines des hommes. J’étais une femme, une princesse élevée à la cour de Port-réal, où la parole et la diplomatie peut déplacer des montagnes. Il l’avait dit lui-même lorsque nous nous étions parlé pour la dernière fois, il était un guerrier, lorsque j’étais diplomate. Etait-ce là irréconciliable ? Bien au contraire. Cette différence, associée à nos caractères explosifs, était-elle source de conflit ? C’était certain. Lui comme moi avions fait l’erreur de vouloir imposer nos vues à l’autre sans penser qu’une autre solution existait, sans penser que peut-être nous devions travailler ensemble à mêler nos idées plutôt qu’à les opposer.

Je déposais la coupe sur la petite table, me levant doucement je prenais le temps de me rapprocher du rebord de la terrasse, arrangeant d’un geste mécanique les plis de ma robe légère. J’avais repoussé ce moment bien trop longtemps, mais je savais qu’il devrait arriver. Il était temps de tenter de mettre fin à un silence qui n’avait que trop durer. Le seigneur de l’Orage avait souhaité rendre au roi son insigne de Main et ses responsabilités de Régent, et bientôt les Baratheon seraient de retour dans l’Orage. J’avais, un temps, envisagé de camper sur mes positions, la colère sourde qui m’avait aveuglée me rendant idiote et butée. Pourtant, il fallait que l’un de nous deux fasse le premier pas, et je savais que cela ne pouvait être que moi. Pas seulement au nom de l’alliance entre nos deux régions, du lien entre nos deux Maisons, mais au nom de cette amitié hors du commun qui avait fait de Robb un frère à mes yeux.

Je faisais volte-face et avançait d’un pas décidé vers la porte d’entrée des appartements royaux que je passais rapidement. Le dédale de couloirs qui séparait les appartements de Jaehaerys de ceux de Robb n’était guère long et je savais pertinemment où se trouverait mon cousin à cette heure du jour. Je sentais l’angoisse monter, ravivée par les réminiscences de notre dernier échange. Il y aurait de la colère, il y aurait du ressentiment, car nous nous étions tous deux blessés profondément. Il me faudrait pourtant être plus intelligente que mon ressentiment, car il n’égalait toujours pas l’affection et le respect que je portais à Robart Baratheon. C’était une réflexion à laquelle j’étais arrivée après de nombreux éclats de voix face auxquels Jaehaerys était resté de marbre. Il connaissait mon caractère mais connaissait aussi mon attachement à Robb. C’était à lui que je devais l’apprentissage d’une maîtrise de soi nécessaire. J’avais appris très tôt l’indignation et son pouvoir, j’avais fait mienne l’obligation de parler haut et fort même lorsque cela pouvait être dangereux. Cela avait été ma seule arme. Cependant, cette période de ma vie était finie, et les menaces qui planaient sur moi, sur nous, étaient bien différentes de celles qui nous avaient étreint sous le règne de Maegor. Ces menaces-là n’étaient pas de celles que l’on repousse en faisant démonstration de sa force de caractère et de son insoumission, elles demandaient plus de subtilités, plus de réflexion et moins de spontanéité.

Les portes qui s’ouvraient laissaient apparaître le seigneur de l’Orage seulement, il semblait concentré sur un parchemin et il ne levait pas les yeux pour regarder qui venait d’entrer dans ses appartements, n’imaginant sans doute pas qu’il puisse s’agir de moi car peut-être avait-il aussi envisagé qu’il quitterait Port-réal sans que nous ne nous soyons vus.  

« Cette capacité que tu as à rester concentré envers et contre tous a toujours été un mystère pour moi. »

Cette fois il levait les yeux vers moi, et je cru déceler dans son regard la surprise de me voir en ces lieux.

« Laissez-nous je vous prie, messieurs. »

Les gardes s’inclinaient et dans un fracas métallique tant les deux gardes blancs que les gardes Baratheon s’effaçaient pour se tenir devant la porte de ces appartements, devenus strictement interdits à quiconque.

Nos regards ne se lâchaient pas, mais pas un mot n’était prononcé. Par quoi commencer ? Serait-il le premier à parler et laisserait-il encore parler la colère qui se trouvait encore en lui ? Serais-je la première et serais-je capable de passer outre les sentiments mêlés que la vue de mon cousin provoquait en moi ? Il était assis devant un large bureau encombré, et je prenais le parti de m’approcher pour m’asseoir sur le large fauteuil qui lui faisait face. Je m’asseyais légèrement de biais, croisant les jambes comme pour me donner une certaine consistance dans cette situation que je redoutais.

« Tu te souviens de la première fois où je suis venue à Accalmie ? »

Ma voix était douce, un murmure, et le silence qui retombait après cette nouvelle prise de parole fut assez long pour permettre au seigneur Baratheon de s’en souvenir, mais pas assez pour lui permettre de répondre.

« J’étais fascinée par l’aura de cette forteresse. Malgré les avertissements de ma septa, j’avais volé au-dessus, tentant de capter du regard ce qui rendait ce lieu si… magique. »

Mon regard, depuis le début fixé sur Robb, s’échappait vers le ciel, qu’une grande fenêtre laissait apparaître. Il était rouge, signe que la journée du lendemain serait plus fraîche.

« Puis, dans mon enthousiasme j’avais voulu voler plus loin, plus haut, plus longtemps. A mon retour, ma tante Daenys était furieuse. Ces voyages à Accalmie étaient importants pour elle. Ma tendance à n’en faire qu’à ma tête avait entachée le séjour d’une crainte non-nécessaire, il me semble qu’elle avait utilisé ces mots. Je me souviens sans peine du rire de ton père. J’avais cru qu’il serait fâché, lui aussi, mais il avait ri. Il avait dit et je m’en souviens car j’avais tiré une grande fierté de voir le seigneur de l’Orage prendre mon parti face à ma tante : ‘L’entêtement est une des choses que nous autres, Baratheon, avons l’honneur de partager avec nos royaux cousins… Rien ne saurait entacher la réunion de nos familles, princesse Rhaenys.’ »

Malgré moi je souriais, revoyant avec nostalgie le sourire chaleureux de Theodan Baratheon, un sourire que je n’avais vu que très peu de fois car il ne m’avait plus été autorisé de suivre ma tante lors de ses voyages suivants à Accalmie.

« Il avait raison sur un point, nous partageons de nombreux défauts, et l’entêtement n’est sans doute pas des moindres. »

S’il avait voulu rétorquer quelque chose, Robb s’était retenu. Peut-être avait-il compris qu’il me fallait aller au bout de ce discours que je n’avais pas préparé mais qui semblait sortir naturellement de mon esprit.

« L’entêtement, l’impulsivité et la fierté. »

Ma voix était toujours posée et calme, dénuée de colère ou de ressentiment, pourtant je continuais à éviter le regard de mon cousin car je craignais que cette main tendue ne soit pas saisie.

« J’ai fait de ces trois défauts des boucliers, des armes, pour survivre face à mes ennemis. Encore aujourd’hui je crains de m’y être tant retranchée qu’il est parfois difficile de faire preuve de discernement. »

Je prenais le temps de respirer longuement, cherchant les mots justes.

« J’ai usé de ce bouclier contre toi, pour me protéger de mots que je redoutais et qui me blessaient. »

Je replongeais mon regard dans celui de Robart Baratheon qui m’écoutait toujours attentivement.

« Mais tu n’es pas mon ennemi. Et je ne suis pas ton ennemie. Tu étais simplement, toi-même, retranché derrière tes propres boucliers. »

Je sentais l’émotion monter en mon cœur, et je tentais de la repousser pour un temps encore, pour me permettre de finir de dire ce que j’avais à dire, ce que je devais dire.

« J’ai longtemps ignoré ce que représentait la peur. J’ai eu la chance de profiter de l’insouciance et de l’innocence d’une jeunesse protégée de la peur. Pourtant, lorsque la peur est entrée dans ma vie, elle ne l’a plus jamais quitté. J’ai eu peur de Maegor, peur de ses menaces, peur de ses gestes et attentions à mon égard. Puis j’ai eu peur du Nord, de la rudesse supposée de son peuple, et plus encore de la rudesse vérifiée de son seigneur. J’ai eu peur de cet homme de quinze ans mon ainé et de ce peuple auquel je ne pourrais jamais ressembler. J’ai eu peur de suivre les soldats de la Banque de Fer vers Port-réal, et j’ai eu peur, comme jamais, lorsqu’il m’a fallu monter sur Vif Argent pour la première fois après quatre années de séparation. J’ai eu si peur. De tout. »

Pour la première fois, j’avouais ce que je n’avais avoué à personne, et je me fichais de savoir si cela apaiserait la colère de Robb envers moi, j’estimais simplement que nous nous devions la vérité.

« Tu es devenu mon allié, puis mon ami, et finalement au long de cette année de Régence tu es devenu un frère. Pour la première fois depuis plus de sept années j’avais cessé d’avoir peur. Ta force, ta détermination, tout chez toi me rassurait. J’avais cette impression indescriptible que jamais tu ne laisserais personne me faire du mal. Que toujours tu protègerais ceux qui étaient de ton sang. Pas parce que tu disposais d’une armée ou d’une région puissante, mais parce que toi-même tu étais fort. J’admirais cette force de caractère. Je l’admire toujours. »

Je me tournais légèrement pour lui faire complètement face.

« Alors lorsque nos paroles se sont emportées, lorsque les attaques sont devenues personnelles… dictées par la colère, la fatigue et la frustration… Pour la première fois j’ai eu peur à nouveau. Et les armes que j’avais utilisées, toute ma vie, contre la peur ont été dirigées contre toi. »

Je prenais une longue respiration, fermant les yeux un instant pour trouver du courage et finir ce discours que je m’étais promis de mener jusqu’à la fin.

« Je ne veux pas que nous nous séparions en froid. Ta place est sur tes terres, cela je le comprends et le respecte, mais si tu dois partir d’ici, si je dois me retrouver à nouveau seule… Je ne peux pas te laisser partir en ayant de la rancune contre moi en ton cœur, tout comme je ne souhaite pas en conserver à ton égard. Nous avons des ennemis de toutes parts, mais nous ne pouvons être ennemis l’un de l’autre.

Je suis désolée.»  


Le silence retombait, je le laissais planer longuement, le regard plongé dans celui de mon cousin, laissant le temps à ma dernière phrase de s’étendre au cœur du silence et de faire son chemin.  

« Je suis désolée d’avoir laissé les non-dits, l’incompréhension et la rancune nous éloigner. Et je suis désolée que nous en soyons arrivés à ne plus même être capable de nous écouter l’un et l’autre. »

Cette fois j’avais tout dit. Robb avait toutes les cartes entre les mains. Il pouvait choisir de mettre fin à cette querelle et de laisser derrière lui sa rancune comme j’avais tenté de le faire. Il pouvait aussi choisir de ne pas saisir la main que je lui tendais. Je redoutais de le voir me repousser, car je m’étais plus que jamais ouverte à lui.


© Belzébuth

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If I look back I am lost
I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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Robb Baratheon

Robb Baratheon
ORAGE
■ Localisation : Accalmie
MessageSujet: Re: Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds.   Ven 1 Fév 2019 - 3:50




Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds

Assis derrière son large bureau, Robb parcourait les innombrables rapports et demandes venues des quatre coins du Royaume, un fardeau qui n’allait pas en s ‘allégeant quand bien même son mandat de régence arrivait à son terme. Qu’il s’agisse de doléances de courtisans ou de demandes de seigneurs lointains, aucun conflit ni aucune rivalité ne semblait pouvoir les faire diminuer. Le Bief n’avait que faire d’une guerre qui se profilait contre le Nord, le Conflans pressait pour reprendre son autonomie -probablement le dernier ordre qu’il signerait avant son départ-, et l’Orage, comme à la veille de chaque combat, s’agitait un peu plus, impatient à l’idée d’une fois de plus verser le sang de leurs ennemis. Il n’y avait que l’Ouest et le Val pour se taire, l’un respectant la mascarade mise au point, et l’autre se refusant à demander quelque chose à l’homme qui avait arraché les ailes de l’une des leurs à coups de fouet. Enfin, la vanité des Arryn présentait un avantage dans son silence depuis qu’ils avaient accepté les conditions de libération de la traîtresse. Mais ils ne se tairaient pas longtemps après son départ, c’était certain, et alors il n’y aurait plus que ce que le Cerf avait appris au Roi pour les empêcher de reprendre leurs misérables intrigues. Mais peu lui importait désormais, les rêves d’union sacrée du Royaume, Robb les laissait à ceux qui voulaient encore y croire, lui ferait ce qu’il avait été élevé pour accomplir, faire des Terres de l’Orage la région la plus glorieuse de toutes, et de ses guerriers les garants d’une paix dictée non pas par une fraternité impossible à atteindre, mais par la crainte de voir les armées qui avaient défait un Roi fondre sur leurs terres. Très bientôt, tous apprendraient à craindre à nouveau la fureur de ceux qui servaient le Cerf couronné s’il décidait de lever l’épée contre eux.

Et le premier pas dans cette direction serait fait avec le parchemin qu’il tenait entre ses mains. Rédigé par son mestre à sa demande, il demandait à chaque seigneur de ses terres d’identifier les plus prometteurs et les plus compétents de leurs soldats, sans regard pour leur lignage ou leur titre, et de les lui envoyer. Ceux-là formeraient les premiers d’un nouvel ordre et d’une nouvelle aube pour l’Orage. Theodan avait réformé la manière dont les troupes orageoises étaient régies, lui irait plus loin, et créerait la force la plus implacable du Royaume, entièrement dévouée à la cause des Baratheon, premiers parmi les défenseurs de l’Orage, et bientôt les plus craints parmi des guerriers déjà redoutables par nature. Ensuite… Ensuite, il faudrait travailler au reste. Mais rien ne l’arrêterait, pas avant qu’il ait terminé ce que son père avait commencé. Toujours dans sa lecture, Robb ne prêta aucune attention à la porte qui s’ouvrait, laissant probablement passer l’un ou l’autre mestre, secrétaire ou dignitaire qui, s’il avait l’intention de le déranger, serait bien vite interrompu par les gardes en faction dans la pièce. Il ne daigna lever les yeux qu’une fois que l’arrivante s’exprima pour la première fois, comprenant que non, elle ne se ferait pas congédier par les gardes si facilement.

Quand Rhaenys demanda aux gardes de sortir, ceux marqués du Cerf hésitèrent un court instant, et il fallut un regard du Régent pour qu’ils s’éxécutent, une habitude prise depuis la fracture entre Baratheon et Targaryen, depuis que la question de savoir si servir le suzerain de l’Orage signifiait également obéissance au couple royal n’avait plus de réponse réellement claire. Robb n’avait rien fait pour encourager ce comportement, néanmoins il ne le comprenait que trop bien, et savait également ce qu’il signifiait. Il fallait de la force pour imposer le respect à un orageois, et tous ceux de ses hommes qui avaient vu les derniers événements doutaient désormais de cette force dans le couple royal. Cette attitude seule en disait long sur l’état actuel des choses, et sur les possibles conséquences qu’auraient encore pendant longtemps le procès de la Arryn sur les terres du Cerf… Des conséquences qu’il lui faudrait régler, puisqu’envers et contre tout, Robb ne cherchait pas à fomenter de guerre civile, quoiqu’en disent certaines rumeurs.

Le suzerain de l’Orage ne s’était pas attendu à voir la Reine avant l’heure de son départ vers l’Orage, et une partie de lui aurait sans doute préféré qu’il en soit ainsi, craignant autant qu’une autre, plus sombre,l’appelait, un nouvel affrontement, un nouveau règlement de compte. Et quand bien même il aurait voulu apaiser leur relation, il n’aurait su que dire, les souvenirs de l’intervention de sa cousine au procès étaient encore trop profonds, et le simple fait d’imaginer ce qu’ils pouvaient causer suffisait à lui rappeler dans quelle position l’amitié de Rhaenys avec Catelyn l’avait mise. Il conserva le silence, autant pour la laisser parler la première que pour éviter d’avoir à le faire lui-même. Rapidement, il comprit qu’elle n’était pas là pour essayer de lui faire dire qu’elle avait eu raison, ou pour tenter d’obtenir autre chose de lui, ce qui fut déjà une source d’apaisement en soi. Le Cerf eut un sourire amer pour ce rappel à l’époque où les dragons volaient encore au dessus d’Accalmie en étant les bienvenus, à l’époque où Theodan n’avait pas péri sous les crocs de l’un d’entre eux. Aujourd’hui, pareille scène, peu pouvaient importer les circonstances, serait vue par beaucoup comme une insulte envers leur précédent seigneur, et Robb lui-même n’aurait pas apprécié de voir l’un de ces monstres au dessus de ses murs, ou même sur ses terres. Même à Port-Réal, il avait fait tout ce qui était possible pour voir ces créatures le moins possible, alors qu’en cette autre époque il les avait admirées depuis le sol. Mais ce souvenir, au moins avait la douceur un peu aigre d’un passé meilleur, libre du poids de ses enfants morts-nés et de la mort de son père, d’un monde où il ne lui fallait pas chercher ses ennemis parmi ceux qui lui étaient les plus proches.

Du reste de ce que la dragonne lui confia, Robb la connaissait suffisamment pour savoir qu’il lui en coûtait d’exposer ainsi ses faiblesses, et l’offre de paix que représentaient ses excuses, aussi limitées soient elles. Il ne s’y trompait pas, Rhaenys ne les offrait que pour les mots qu’elle avait prononcés, et non pour ce qu’elle l’avait poussé à faire, même si à dire vrai il l’aurait sans doute moins estimée si elle l’avait fait. Avoir la force de ses opinions était la marque d’un dirigeant, et s’excuser d’actes que l’on continuait à croire juste n’était rien d’autre qu’un signe de faiblesse ou d’hypocrisie, et la Reine n’était ni l’un ni l’autre. Probablement ne voyait-elle pas réellement où elle l’avait blessé, ni même le peu d’importance qu’avait eu leur dispute à ses yeux dans leur relation actuelle. Ses yeux fixés sur elle, il garda le silence un moment, avant de lui répondre.

« Tu connais mes terres, et ma famille. Ce ne devrait pas être une surprise pour toi maintenant, si je te disais que ma famille ou moi n’accordons que peu d’importance à des mots prononcés entre deux personnes en colère, sachant très bien que les mots dépassent souvent ce qu’ils veulent exprimer. Tu as dit des choses, j’en ai dit d’autres, et s’il n’y avait eu que cela, cette conversation n’aurait pas lieu d’être. Il n’y a que les actes qui comptent réellement entre deux alliés, et il n’y a que par les actes qu’ils peuvent se blesser, ou détruire ce qui a été construit. »


Se redressant un peu plus sur son siège, Robb referma sa main sur l’anneau familial posé sur la table, l’observant une seconde, avant de reprendre :

« Pendant plus d’un an, tu as régi le Royaume, les décisions étaient les tiennes, et j’étais là pour te conseiller. Nous n’avons pas toujours été d’accord, parfois tu écoutais mes conseils, parfois tu jugeais qu’il valait mieux les ignorer, et quand bien même j’aurais pu désapprouver, je t’ai soutenue, parce que c’était là ma place, et parce que tu avais gagné ma confiance. Parce que, comme tu l’as dit, tu étais une amie, et une personne de qui je pouvais être certain de la compétence à régner, et ce malgré les voix qui ont pu tenter de me persuader du contraire pour récupérer la Régence pour eux. Pas une fois, quelles que soient les circonstances, je n’ai douté de la légitimité de ta place, ou du pouvoir que l’on t’avait confié.

Mais quand le Roi m’a confié la charge que tu avais occupée, quand il s’est avéré que tu ne pouvais pas être d’accord avec les décisions que je prenais, quand à mon tour j’ai décidé d’ignorer tes conseils, tu as préféré me mettre dans une position ou je n’avais que le choix de t’écouter, ou de te faire un mal qu’aucun homme ne veut infliger à ceux qui lui sont chers. Je ne doute pas de tes intentions, pas plus que du fait que tu ne cherchais qu’à me pousser à faire ce que tu croyais juste, même si je prie les Sept qu’en allégeant la peine de Catelyn Arryn, je n’ai pas posé la première pierre à la guerre civile que toi comme moi cherchons à éviter à notre manière. Seul l’avenir le dira, j’imagine, quoiqu’il en soit la faute sera mienne. »


D’un soupir, Robb balaya le reste de ses réflexions sur le sujet. Il était inutile de rappeler à Rhaenys qu’il y avait encore des courtisans qui évoquaient à demi mot la possibilité de nommer un Baratheon Roi plutôt qu’un Targaryen, là où d’autres crachaient sur le nom des Cerfs en le traitant de va-t-en guerre fanatique, sans parler du peuple au-delà des portes du Donjon Rouge, ou des seigneurs plus éloignés qui plaçaient désormais leurs pions et allégeances en fonction de ce nouvel échiquier. Elle n’était pas là pour ça, et il jugeait inutile de lui faire une leçon sur le sujet, elle en savait probablement autant que lui.

« Sais-tu pourquoi j’ai décidé de partir ? Au-delà de la guerre qui approche, et de ceux des miens qui ont besoin qu’on leur rappelle leur place ? Depuis ton mariage, depuis que l’on a tué mes enfants à naître et manqué d’assassiner mon épouse, j’ai tout fait pour maintenir la paix dans le Royaume que Jaehaerys m’a confié, j’ai réglé des crises que ni toi ni moi n’aurions pu imaginer avant cela. N’en déplaise à cet ingrat de suzerain du Val, je lui ai permis de garder la tête sur ses épaules en le forçant à prêter un vrai serment d’allégeance, et pourtant il y en avait toujours pour croire que je n’étais pas à la hauteur du poste que j’occupais, à dire que les pertes que j’ai subie pour la gloire de ton nom et celui du Roi avaient altéré mon jugement définitivement et fait de moi rien de plus qu’un monstre assoiffé de vengeance. J’ai dû prendre le risque de laisser Rohanna affronter la perte la plus terrible qu’une femme peut vivre seule, de la laisser mourir seule parce que mon devoir exigeait que je reste au côté de ton mari jusqu’à ce que tous lui aient prêté allégeance en sachant qu’elle agonisait dans cette même tour. Et pour cela, j’ai du affronter son regard à elle par la suite, j’ai dû écouter ceux qui partagent mon sang qui m’ont cru, et me croient peut-être encore, froid et corrompu par ces murs.

Toutes ces voix, je les ai entendues, mais pas écoutées, parce que je savais que je faisais ce que je devais, ces peines, je les ai surmontées parce que je le devais. Parce que je savais qu’entre ces murs, il y aurait toujours au moins une âme pour me soutenir, parce qu’il y en avait d’autres qui à défaut de partager mon nom partageaient mon sang qui avaient besoin de ma protection. Parce qu’au delà de toutes ces incertitudes et ces doutes qui pouvaient m’assaillir, j’avais une amie, presque une sœur, dont le soutien et la confiance m’était acquise, une personne dans la foule dont je pouvais être certain qu’elle me croyait à la hauteur de la charge que je me devais de porter malgré tout cela. A la seconde où j’ai compris que cette certitude n’était plus que cendres, j’ai su qu’il était temps de quitter cet endroit, que ce que je pouvais y apporter ne valait plus ce que je devais sacrifier pour le faire. »

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Rhaenys Targaryen

Rhaenys Targaryen
COURONNE
■ Localisation : Au Donjon Rouge, Port-Réal
MessageSujet: Re: Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds.   Mar 12 Fév 2019 - 20:28




Grief can derange even the strongest and most disciplined of minds.


« Pendant plus d’un an, tu as régi le Royaume, les décisions étaient les tiennes, et j’étais là pour te conseiller. Nous n’avons pas toujours été d’accord, parfois tu écoutais mes conseils, parfois tu jugeais qu’il valait mieux les ignorer, et quand bien même j’aurais pu désapprouver, je t’ai soutenue, parce que c’était là ma place, et parce que tu avais gagné ma confiance. Parce que, comme tu l’as dit, tu étais une amie, et une personne de qui je pouvais être certain de la compétence à régner, et ce malgré les voix qui ont pu tenter de me persuader du contraire pour récupérer la Régence pour eux. Pas une fois, quelles que soient les circonstances, je n’ai douté de la légitimité de ta place, ou du pouvoir que l’on t’avait confié.

Mais quand le Roi m’a confié la charge que tu avais occupée, quand il s’est avéré que tu ne pouvais pas être d’accord avec les décisions que je prenais, quand à mon tour j’ai décidé d’ignorer tes conseils, tu as préféré me mettre dans une position ou je n’avais que le choix de t’écouter, ou de te faire un mal qu’aucun homme ne veut infliger à ceux qui lui sont chers. Je ne doute pas de tes intentions, pas plus que du fait que tu ne cherchais qu’à me pousser à faire ce que tu croyais juste, même si je prie les Sept qu’en allégeant la peine de Catelyn Arryn, je n’ai pas posé la première pierre à la guerre civile que toi comme moi cherchons à éviter à notre manière. Seul l’avenir le dira, j’imagine, quoiqu’il en soit la faute sera mienne. »


« Robb… »

Je me redressais dans mon fauteuil, plongeant mon regard dans celui de mon cousin.

« Si guerre civile il y a, ce ne sera ni de ta faute, ni de la mienne… Westeros n’a guère besoin du jugement de Catelyn Arryn pour menacer de se déchirer. Mon grand-père a unifié les Six Couronnes par le feu et le sang, mon père n’a jamais été le roi fort que l’héritier du Conquérant aurait dû être, quant à Maegor… Ces trois hommes nous ont légué un royaume unifié sous la contrainte et nous héritons des velléités des héritiers de ceux qui ont été contraints. »

Je prenais le temps de reprendre une position plus confortable, soupirant à l’idée de ce qui nous attendait. Robb quittait Port-Réal, et il aurait été idiot de tenter de l’y retenir, notre collaboration touchait à sa fin et il nous faudrait trouver un homme d’expérience et loyal capable de le remplacer. La tâche qui attendait Jaehaerys était effrayante, car le constat était plus que juste : les Six Couronnes avaient été réunis sous le joug d’un homme par la force du feu dragon. Notre défi n’était plus de soumettre par la force… notre défi était bien plus difficile… Il était de transformer cette unité par la diplomatie et l’union des familles, tout en maintenant prégnante la menace que nous pouvions faire planer sur la tête de ceux qui se risquaient à braver l’autorité Targaryen.

« J’ai fait ce qu’il me semblait juste, en effet. Tu m’as dit un jour que tu étais un seigneur guerrier, alors que j’étais une diplomate. Le pouvoir royal a besoin de ces deux visages. Je crois sincèrement qu’il nous faut faire preuve de sévérité pour affirmer notre légitime pouvoir… Mais que la mansuétude doit également être l’apanage d’un roi. Je n’ai cependant guère fait preuve de diplomatie en te plaçant dans cette situation, devant le fait accompli. J’aurais dû t’en parler. »


« Sais-tu pourquoi j’ai décidé de partir ? Au-delà de la guerre qui approche, et de ceux des miens qui ont besoin qu’on leur rappelle leur place ? Depuis ton mariage, depuis que l’on a tué mes enfants à naître et manqué d’assassiner mon épouse, j’ai tout fait pour maintenir la paix dans le Royaume que Jaehaerys m’a confié, j’ai réglé des crises que ni toi ni moi n’aurions pu imaginer avant cela. N’en déplaise à cet ingrat de suzerain du Val, je lui ai permis de garder la tête sur ses épaules en le forçant à prêter un vrai serment d’allégeance, et pourtant il y en avait toujours pour croire que je n’étais pas à la hauteur du poste que j’occupais, à dire que les pertes que j’ai subie pour la gloire de ton nom et celui du Roi avaient altéré mon jugement définitivement et fait de moi rien de plus qu’un monstre assoiffé de vengeance. J’ai dû prendre le risque de laisser Rohanna affronter la perte la plus terrible qu’une femme peut vivre seule, de la laisser mourir seule parce que mon devoir exigeait que je reste au côté de ton mari jusqu’à ce que tous lui aient prêté allégeance en sachant qu’elle agonisait dans cette même tour. Et pour cela, j’ai du affronter son regard à elle par la suite, j’ai dû écouter ceux qui partagent mon sang qui m’ont cru, et me croient peut-être encore, froid et corrompu par ces murs.

Toutes ces voix, je les ai entendues, mais pas écoutées, parce que je savais que je faisais ce que je devais, ces peines, je les ai surmontées parce que je le devais. Parce que je savais qu’entre ces murs, il y aurait toujours au moins une âme pour me soutenir, parce qu’il y en avait d’autres qui à défaut de partager mon nom partageaient mon sang qui avaient besoin de ma protection. Parce qu’au-delà de toutes ces incertitudes et ces doutes qui pouvaient m’assaillir, j’avais une amie, presque une sœur, dont le soutien et la confiance m’était acquise, une personne dans la foule dont je pouvais être certain qu’elle me croyait à la hauteur de la charge que je me devais de porter malgré tout cela. A la seconde où j’ai compris que cette certitude n’était plus que cendres, j’ai su qu’il était temps de quitter cet endroit, que ce que je pouvais y apporter ne valait plus ce que je devais sacrifier pour le faire. »


Je ne regardais plus Robart Baratheon.

Je ne le regardais plus car je me refusais à laisser entrevoir la faiblesse que manifestaient les larmes qui faisaient briller mes yeux. Il y avait eu tant de souffrances, tant de sacrifices, et pourquoi au juste ? Chacun d’entre nous avait accepté de sacrifier sa jeunesse, sa famille, l’être aimé parfois même, sur l’autel d’un pouvoir royal que tous se disputaient sans en saisir le poids terrible.

Ainsi je restais silencieuse, le regard perdu sur le côté vers un objet non identifié que, de toute manière, je ne voyais pas. Les mains croisées, déposées sur mes cuisses, je tentais de me ressaisir, de reprendre le dessus pour ne pas laisser les émotions parler. J’avais été aveuglée par la colère, par l’impression terrible d’être évincée et mise de côté après tous les sacrifices auxquels j’avais consenti, et je n’avais pas anticipé totalement ce que le départ de Robb représentait au fond. Il allait partir, et cela me transperçait le cœur bien que j’aurais aimé avoir la froideur suffisante pour y résister.

« Tu étais à la hauteur. Tu l’as toujours été. »

J’étais reine, et j’avais perdu le droit d’être une petite fille apeurée et triste. Fuyant toujours son regard je tentais de retenir les larmes accompagnant ce qui semblait être un au revoir.

« Et pourtant j’ai douté de toi. Oui. »

Au diable la fierté, je redirigeais mon regard vers celui de mon cousin, les yeux brillants mais ne laissant aucune larme échapper à leur contrôle.

« Je suis incapable d’offrir à qui que ce soit une confiance aveugle, Robb. La dernière fois que je l’ai fait cela a fait de moi la prisonnière et le souffre-douleur d’un roi malsain, cela a mené à la mort… non, au massacre d’Aegon. Crois-moi, il n’y a pas une seule nuit qui passe sans que sa silhouette dévorée et putréfiée ne m’apparaît. »

Jeune et innocente, j’avais cru que Valyron de Mantarys se battrait pour celui qui était le roi légitime. J’avais cru que cet homme, qui me connaissait depuis toujours, qui avait enseigné à tous les enfants du roi Aenys l’histoire fondatrice de leur continent d’origine, aurait à cœur de me protéger. Au lieu de cela il m’avait jetée dans la gueule du dragon, et c’était une chose que je ne pouvais oublier. Cela avait été une trahison fondatrice. Mantarys n’avait pas été le seul à accepter ma confiance pour la fouler aux pieds. Ma propre tante, celle qui avait été une mère pour moi n’avait guère eu de scrupules à rester silencieuse face aux agissements de Maegor.

« Depuis ces jours, chaque non-dit est un secret destructeur, chaque intrigue est une potentielle trahison couvée, chaque décision peut mener à me nuire… Non pas que ce soit le cas en réalité, mais la peur et l’expérience font imaginer bien des choses…

Durant plus d’une année nous avons gouverné de concert. N’est-il pas vrai que je t’ai choisi car toi seul me semblait être à la hauteur de cette tâche ? Nous travaillions à deux, main dans la main si je puis dire… »


Je risquais un sourire.

« … Puis il a été temps pour moi d’accepter que mon rôle serait tout autre. Et je crois qu’au fond je m’attendais à ce que rien ne change. Nous avions tous deux travaillé ensemble auparavant, pourquoi les choses changeraient-elles à présent simplement parce que je n’étais plus Régente ? Mais elles ont changé… »

Je soupirais, soudainement accablée de fatigue alors que je remuais sans plaisir les sentiments de cette période où il m’avait fallu devenir reine et perdre le rôle qui avait été le mien durant une longue année et que j’avais gagné au prix du sang et du feu.

« J’ai autant douté de toi que j’ai douté de moi-même, Robb. Douté de mes choix, de ma place, de mes actes. Et plus tu me tenais à l’écart, plus je doutais. N’aurais-je pas, finalement, du rester à Winterfell ? N’aurais-je pas dû faire le choix évident de la soumission d’une épouse à son époux ? J’aurais donné un héritier au seigneur du Nord, unissant à jamais les maisons Targaryen et Stark. Le Nord n’aurait guère déclaré sa volonté d’indépendance. Peut-être même… »

Cette fois il me fallut prendre une longue respiration pour pouvoir aller plus loin. Je fermais les yeux un instant, ravalant les larmes qui depuis de longues minutes déjà me nouaient l’estomac et la gorge.

« … Peut-être même que tes enfants seraient en vie. Peut-être que le mien aussi. Et il me faudra vivre avec cette idée. »

Fuyant son regard à nouveau, j’essuyais mes joues immaculées comme pour vérifier que je parvenais toujours à faire bonne figure, pour m’assurer que mes yeux n’avaient pas failli.

« Alors si je n’étais plus en mesure d’agir un tant soit peu pour participer au retour à la prospérité du royaume, à la sécurité du peuple et des miens, si je n’étais rien de plus qu’une figure féminine de plus, destinée à orner joliment la salle du trône… Alors tout ce chaos, cette désolation, toutes ces pertes… tout cela n’avait servi à rien finalement. »

Je me levais finalement, avançant lentement pour réduire l’espace qui nous séparait. Je contournais la large table sur laquelle étaient disséminés des parchemins de toute sorte, rempli de l’écriture de mon cousin. L’ayant contourné, je prenais appui légèrement contre la table, comme pour m’y asseoir, cramponnant ses rebords de mes deux mains comme pour m’éviter de tomber. Je faisais face au mur auquel Robb tournait le dos, installé dans son fauteuil, et pendant de longues secondes je me contentais de fixer le mur.

« Je n’ai pas envie de laisser ma fierté me museler, bien que cela soit tentant… »

Je regardais finalement Robart Baratheon.

« Tu ne regretteras pas Port-Réal, je le sais, et tu dois partir, je le sais aussi…

Mais moi je vais te regretter. Je vais regretter la complicité qui était la nôtre. Et je n’ai pas envie de te laisser partir sans te l’avoir dit. Malgré tout ce qui s’est passé, malgré tout ce qui a été dit, ou fait, je t’aime Robart Baratheon. Nous sommes du même sang, un sang que tu n’as guère hésité à verser pour Jaehaerys, et rien, jamais, ne me le fera oublier.

Nombreux sont ceux qui jubilent à l’idée de voir nos deux familles se déchirer. Ils connaissent la puissance de notre alliance. Elle est puissante car elle est basée sur le lien du sang, et qu’elle unit deux des Maisons les plus puissantes du royaume. Sûrement t’ai-je donné des raisons d’en douter, mais la maison royale sera toujours aux côtés de la maison Baratheon. »
 


© Belzébuth

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I am the blood of the dragon. I must be strong. I must have fire in my eyes when I face them, not tears. © by anaëlle.
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