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 I love you as certain dark things are to be loved, in secret, between the shadow and the soul.

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Allyria Tarbeck

Allyria Tarbeck
OUEST
■ Localisation : Castral Roc
MessageSujet: I love you as certain dark things are to be loved, in secret, between the shadow and the soul.   Jeu 21 Fév 2019 - 17:49

I love you as certain dark things are to be loved,  in secret, between the shadow and the soul.




Deux journées avant le mariage



Il est des relations que l’on ne s’explique pas, des liens indéfectibles que seule la nature était capable de créer. Le lien unissant une mère et sa fille en était un exemple criant. J’avais passé mon enfance à observer ma mère, et Lady Serra Tarbeck ne décevait jamais l’œil qui la scrutait. Cette femme, née Lefford, avait tout de la dame idéale. Depuis ma tendre enfance je m’étais questionnée sur la maîtrise d’elle-même qu’avait toujours eu ma mère, épouse modèle, femme d’exception et mère aimante, se pouvait-il qu’une femme soit en ce monde plus idéale que ne l’était ma mère ? Je me souviens lui avoir demandé de nombreuses fois de me parler de son passé, que j’idéalisais sans cesse. La maison Lefford était connue pour sa richesse mais également l’orgueil de ceux qui en portaient le nom. Pourtant il n’y avait guère de traces de cet orgueil légendaire chez Serra, sans doute mon oncle Ulrich avait-il jugé bon de se l’approprier tout entier, n’en laissant guère à ses sœurs ainées. Pourtant, mon grand-père Lefford avait eu de bonnes raisons de s’enorgueillir du destin de ses filles. Serra était devenue Tarbeck et, mieux encore, son ainée, Althéa, avait épousé Godric Lannister. D’Althéa était née Johanna Lannister. De Johanna Lannister était né Garett Lannister, seigneur des Terres de l’Ouest.

Ma mère avait pour coutume de dire que je ressemblais davantage à ma tante qu’à ma propre mère. Elle avouait volontiers son caractère doux et docile alors qu’elle dressait un portrait tout autre de sa sœur, plus impulsive, plus fière aussi. Althéa était née pour la gloire, disait souvent ma mère, elle attirait la lumière comme les hommes et il n’était pas une maison de l’Ouest qui n’avait pas convoité sa main. Il avait été difficile, dès lors, pour la jeune Serra Lefford, de sept ans plus jeune, de rivaliser avec la fougue de son ainée.

« Le destin est parfois joueur… Althéa n’avait donné qu’une fille à la famille Lannister, alors que j’ai porté quatre fils en mon sein et deux merveilleuses filles… »

Le visage de ma mère était serein, il n’y avait là guère de vantardise, elle s’exprimait sans lever les yeux de sa broderie tandis que le soleil s’amusait à se refléter dans sa chevelure dorée. La discrète sœur cadette de la dame de Port-Lannis avait épousé le riche seigneur de Château-Tarbeck et elle s’était montrée à la hauteur des attentes qui pesaient sur les femmes de ce royaume… elle avait en effet enfanté une fratrie nombreuse. Il était pourtant bien difficile à imaginer que cette femme puisse être la mère de six enfants. Sa taille était svelte, et sa stature élancée, son sourire doux venait illuminer un visage harmonieux. Alors que je continuais de l’observer, je m’amusais à me comparer à elle, nous avions les mêmes cheveux blonds, qu’elle ne laissait que très rarement tomber sur ses épaules ; nous avions les mêmes yeux, d’une couleur caractéristique des enfants de la maison Lefford. Il y avait chez elle une certaine prestance qui me manquait terriblement à mon goût, elle avait une maîtrise de ses gestes et de ses paroles qui la rendaient presque trop délicate pour être réelle.

« Allyria, cesse donc de me dévisager ainsi ma fille. »

Toute à l’observation de la femme j’en avais oublié l’instinct de la mère, je n’avais pas vu son regard quitter la broderie que ses doigts retenaient pour se fixer sur moi. Son ton était doux et son sourire doux m’invitait à lui rendre la pareille. Je me levais sans un mot et m’approchait d’elle pour m’asseoir à ses côtés. J’avais voulu parler, lui demander de chasser les nombreuses inquiétudes qui me tenaient éveillée la nuit et me torturaient mais je ne trouvais plus les mots à présent qu’elle se trouvait si proche. Elle avait été mon havre de paix durant de longues années, puis la vie nous avait séparée, mes choix nous avaient éloignées, et je craignais toujours de la voir me refuser le droit à ce lien qui s’était distendu sans se rompre. Elle restait un instant à me regarder tandis que je fuyais son regard, et sans plus attendre elle déposait la broderie sur la petite table attenante à son fauteuil, concentrant son attention toute entière sur moi.

« Parle-moi. »
« De quoi voudriez-vous que je vous parle, Mère ? »

Ma voix tremblante, mon regard baissé et fixé sur mes mains qui se tortillaient sur mes genoux… Il ne fallait guère plus d’indices pour trahir mon état.

« Épouser un homme, une autre famille que la sienne, est toujours source d’inquiétude, Allyria. Les Reyne sont une bonne famille, et Ser Howland me semble être un garçon tout à fait charmant… N’as-tu pas dit toi-même qu’il te semblait prévenant et intéressant ? »

Elle avait déposé une de ses mains sur les miennes, tant pour me communiquer sa chaleur que pour m’empêcher de les tordre sous l’effet de la nervosité.

« Étiez-vous inquiète à la veille de votre mariage avec Père ? »

Elle riait doucement.

« J’ai voulu m’enfuir ! »

Je relevais finalement les yeux, surprise et décontenancée.

« Jason avait bientôt trente années, je n’en avais que dix-huit. Et puis… ta tante, Althéa, avait épousé Godric Lannister… Je m’étais imaginée être promise au seigneur de Castamere… La seconde famille de la région, un homme à peine plus âgé que moi. La jeunesse peut rendre une jeune fille idiote et jalouse. Jalouse et amoureuse. Sans doute seul le mariage avec Byron Reyne me semblait valable, seulement pour ce prestige était-je prête à renoncer à l’amour. »

Je n’avais jamais encore questionné ma mère sur ses rêves de jeune fille, j’avais en réalité toujours eu beaucoup de difficultés à la voir autrement que la femme d’expérience qu’elle était à présent. Cependant, et elle me l’avouait sans détours, elle avait été une jeune femme idéaliste et rêveuse, emportée et angoissée, elle avait eu des espoirs et des rêves… Elle avait aimé un autre que mon père. Elle avait aimé. C’était une chose qui m’avait toujours semblé improbable. Il y avait eu une grande tendresse et un respect mutuel au cœur du mariage de mes parents, mais jamais mes frères et moi n’y avions vu la marque reconnaissable entre tous d’un amour sincère et dévorant. Ils avaient été mariés pour unir deux maisons et ils avaient tous deux été à la hauteur des attentes des leurs. Ils avaient rapidement formé une équipe redoutable, protégeant, envers et contre tous, la réputation, la gloire et la richesse de la maison Tarbeck. Ainsi, j’avais toujours vu ma mère comme une Dame, la maîtresse d’une maison bien tenue, et jamais comme une femme amoureuse.

« L’amour ? »
« Penses-tu avoir l’apanage des sentiments amoureux, ma fille ? Oh je n’ai guère ta soif de sentiments, mais j’ai connu l’exaltation amoureuse et la déchirante douleur de la perte de cet amour. Il en fut ainsi car mon devoir n’était pas d’aimer l’homme de mon choix, mais bien d’épouser celui que ma famille avait choisi pour moi. J’ai voulu m’enfuir, j’ai craint ce mariage, j’ai tremblé comme tu trembles aujourd’hui, mais regardes le bonheur que ce mariage avec Jason Tarbeck m’a apporté. »

Je me levais, pensive, m’éloignant de ma mère pour me rapprocher de la fenêtre de ce qui avait été mes appartements lorsque je vivais encore à Château-Tarbeck. Le retour chez moi avait été étrange, le château semblait vide alors qu’à présent seul Doran et notre mère y résidait. Il y avait tant de non-dits, tant de souvenirs douloureux au cœur de notre foyer que je doutais d’être capable d’y rester plus des quelques jours nécessaires aux festivités. Castamere et Château Tarbeck étaient si proches qu’il avait été décidé que les festivités de ce mariage, unissant deux des familles les plus puissantes de l’Ouest, auraient lieu au cœur des deux palais. Château Tarbeck se trouvant à égale distance entre Castral Roc et Castamere, un bal y serait donné dans les jardins immenses le premier soir, en présence du seigneur de Castral Roc et de tous ses vassaux, puis le lendemain tous partiraient vers Castamere, acclamés par le peuple de l’Ouest sur leur chemin. En fin d’après-midi, à la lueur des chandelles, la cérémonie aurait lieu dans le septuaire de la famille Reyne, et le banquet des noces se tiendrait dans le Grand Hall de Castamere. C’était une fête somptueuse, l’occasion rêvée pour ces deux familles de célébrer leur gloire et ancrer un peu plus leur influence sur les terres de l’Ouest. J’avais quitté Castral Roc quelques jours avant le départ de la Cour pour Château-Tarbeck, et il me semblait plus que jamais que le Roc était devenu ma maison.

« Aurais-tu préféré un mariage avec Ryman Crakehall ? »

Je m’étais retournée d’un bond, incapable de dissimuler ma surprise alors que ma mère prononçait le nom de l’ancien écuyer de mon père, pour la première fois depuis mon retour de Pentos. Elle était restée assise, se tournant simplement vers la fenêtre pour me faire face, les deux mains déposées délicatement sur ses genoux.

« Je… »
« Il est revenu, tu sais. »
« Qui est revenu, Mère ? »
« Ryman Crakehall. »

Elle prononçait le nom du jeune homme avec colère, comme si ce simple nom suffisait à faire ressurgir les souvenirs amers de notre séparation forcée. Je restais silencieuse, visiblement perdue.

« Il était revenu avant que tu ne partes, Hadrian l’avait reçu et lui avait intimé de rentrer chez lui. Il avait alors laissé un mot à ton père, affirmant qu’il souhaitait demander ta main. Mais ton père était bien trop en colère pour voir en cette proposition une solution enviable… »

J’allais parler quand ma mère levait sa main, me poussant au silence.

« Puis il est revenu après la guerre… »
« Après mon retour ? »
« Il a demandé ta main à Doran. C’est ainsi que nous avons découvert l’accord passé entre les Reyne et ton frère Hadrian. Je ne t’ai rien dit car il m’a semblé que ton cœur ne se portait de toute manière plus vers Lord Crakehall… A raison. »

Je restais silencieuse un long moment, mon regard plongé dans celui de ma mère, puis je me retournais, incapable de faire face plus longtemps aux sous-entendus qu’elle avait exprimé pour la première fois depuis nos retrouvailles. Elle savait tout. Nous n’avions guère pu cacher la vérité à ma mère, Lady Serra Tarbeck avait été une alliée importante dans la conservation du secret que je partageais avec Garett Lannister. Elle n’avait rien dit, elle n’avait pas tempêté et ne m’avait pas fait de leçon, elle avait accepté la nouvelle et pris le parti de protéger Doran de ce secret potentiellement destructeur. Jamais encore elle n’avait parlé de ma relation avec Garett, elle n’avait ni mentionné notre amour, ni les enfants qui en étaient nés. Je l’entendais se lever, et les frottements de sa robe contre le sol m’indiquaient qu’elle s’approchait de moi doucement. Elle déposait ses mains sur mes bras avant de déposer son menton dans le creux de mon cou.

« Je ne doute guère que tu l’aimes, mais t’aime-t-il autant que tu l’aimes, Allyria ? T’aime-t-il assez pour que tu acceptes de tant risquer pour lui ? »
« Il risque tout autant… »
« Tu n’es pas assez naïve pour le croire… »

D’une poigne ferme mais protectrice elle me forçait à lui faire face, entourant mon visage de ses mains.

« Un seigneur peut avoir des bâtards par centaines. Un seigneur si puissant peut avoir autant de maîtresses qu’il le souhaite. Les hommes ne sont guère soumis aux mêmes règles que nous le sommes, Allyria. Si cela venait à se savoir, lui ne risquerait que la vague désapprobation des plus frileux. Tu serais déshonorée. Ton nom serait à jamais sali. »

Je ne disais rien, il n’y avait rien à dire. Ma mère avait raison, et je n’avais pas ignoré ce fait lorsqu’il avait été question de garder ou non l’enfant que je portais. Le monde était ainsi fait, bien que nous soyons tous deux responsables de la situation dans laquelle nous étions, je serais toujours considérée comme davantage fautive que Garett. Quelle serait dès lors ma faute ? Avoir outrepassé les droits que m’accordaient la loi et la morale de ce pays. Il était attendu des jeunes femmes comme moi qu’elles attendent patiemment l’organisation d’un glorieux mariage, et par la suite d’investir son être tout entier dans la réussite de ce mariage. Les mains de ma mère caressaient tendrement mes bras dénudés, et je pouvais sentir son inquiétude pour moi.

« Ce mariage est une chance, Allyria. Ser Howland semble déjà très attaché à toi, on le dit chevalier accompli et homme respectable. De lui tu peux espérer amour et respect et surtout c’est avec lui que ton avenir me semble le plus doux… Ne ruine pas cette chance pour… »
« Pour ? »

Je ne me retournais pas, je m’étais contentée de murmurer, la gorge nouée de finalement évoquer ce sujet avec ma mère. Il y avait eu tant de choses que je n’avais pu lui dire, et il y avait tant de secrets que je gardais pour moi seule. Ce poids était devenu fardeau et je profitais de la légèreté de pouvoir évoquer ce sujet avec quelqu’un. Pourtant je n’avais pas la bêtise d’imaginer que ma mère puisse cautionner. Elle ne m’avait pas frappée, elle ne m’avait pas punis, mais dès lors qu’elle avait appris les raisons qui nous avait amenés à repousser le mariage avec Ser Howland Reyne, son regard s’était voilé d’une inquiétude dévorante.

« Garett Lannister est marié. Garett Lannister est seigneur des terres de l’Ouest et cela implique des devoirs qui lui interdisent de t’aimer au grand jour. Pour l’instant cela te convient, tu as la fougue de la jeunesse et l’espoir que vous puissiez un jour être plus que… ce que vous êtes aujourd’hui. Qu’en sera-t-il lorsque cinq, dix, quinze années se seront écoulées ? Seras-tu toujours celle qu’il appellera dans son lit ? Les maîtresses passent, et elles disparaissent dès lors que l’on ne leur trouve plus d’intérêt. Les épouses, elles, restent. »

Elle s’était éloignée, sans doute satisfaite d’avoir enfin pu dire ce qu’elle avait sur le cœur. S’imaginait-elle que je n’avais pas déjà ressassé toutes les pensées qu’elle venait de me partager ? Croyait-elle que je n’avais jamais tremblé à l’idée d’avoir tout risqué pour finalement me voir rejetée par Garett lorsqu’il serait fatigué de moi ? Je restais face à la fenêtre, lui tournant le dos, croisant mes bras contre ma poitrine pour m’apporter le soutien que j’aurais voulu qu’elle m’apporte.

« Je sais ce qu’est Garett Lannister, mère. Je sais également ce qu’il est pour moi. Ce que je suis pour lui. Vous pouvez être sceptique, il m’arrive de l’être. J’ai moi-même des devoirs, et je m’efforce de les respecter en prenant Ser Howland Reyne pour époux. Je serai une bonne épouse pour lui, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour honorer le nom de notre maison et celle de ma belle-famille. »

Je me retournais finalement, faisant face à ma mère qui s’était rassise.

« Cela vous pouvez l’exiger de moi. Seulement, mère, ne me demandez pas de renier mon amour pour Garett. Cela je ne peux vous l’offrir. »

Ma mère allait répliquer lorsque la porte s’ouvrait, laissant passer un page qui s’inclinait avant de prendre la parole.

« Lady Serra, Lady Allyria, le convoi de Lord et Lady Lannister a été aperçu à proximité, sa seigneurie Lord Lannister semble avoir pris de l’avance accompagné par ses chevaliers. Il sera là incessamment sous peu. »

« Merci, Gavin. »

Sans un mot, ma mère prit le temps de reposer son ouvrage, et se levant elle lissait les plis de sa robe. Brisant la distance qui s’était immiscée entre nous, elle s’avançait d’un pas assuré vers moi avant de me prendre dans ses bras sans un mot de plus sur la querelle qui se profilait.

« Bien, il est temps de nous préparer pour accueillir notre suzerain. »


***

Ma mère avait choisi elle-même les tenues de chacun des membres de l’accueil destiné au suzerain. Si le personnel avait été accompagné afin de se présenter de la meilleure des manières, Doran et moi-même avions eu droit au même traitement. Doran était magnifique dans sa tenue sobre mais faite de matériaux d’une noblesse incontestable. Quant à moi, la robe aux couleurs de la Maison Tarbecl avait évidemment été de rigueur. Je n’avais pu imposer les robes aux coupes exotiques que j’aimais porter. Cependant il me fallait avouer que le choix de ma mère ne me déplaisait pas. La robe présentait une coupe inspirée de celles portées par les femmes du Bief, adaptée au temps de plus en plus chaud des terres de l’Ouest, d’un bleu profond brodé de gris. Serra Tarbeck n’avait autorisé pour seul bijou qu’un collier ornant mon décolleté d’un énorme saphir, un des joyeux de la famille.

Alors que le cheval de Garett entrait en trombes dans la cour du château, je laissais échapper un sourire. Je n’avais jamais envisagé pouvoir être avec lui entre les murs de Château-Tarbeck, et je me réjouissais de monter cet endroit que j’aimais avec nostalgie à l’homme que j’aimais avec passion. Il sautait lestement de son destrier alors que le nuage de poussière amené par les cheveux lancés au galop retombait peu à peu. Je n’avais guère le temps de le regarder qu’il était déjà temps pour nous de plonger dans une révérence respectueuse, remerciant silencieusement le seigneur de l’Ouest de l’honneur qu’il nous faisait. Mon frère Doran seulement se relevait rapidement, s’avançant vers Garett pour le saluer ainsi que les hommes qui l’accompagnaient.

« Monseigneur c’est un grand honneur de vous recevoir en notre humble demeure, Château-Tarbeck est vôtre ! »

Il s’écartait et tendait le bras pour inviter Garett à progresser dans notre direction.

« Vous connaissez ma mère, Lady Serra Tarbeck. »
« Monseigneur, quel plaisir de vous revoir. »

Ma mère se relevait, l’accueillant avec le respect dû à son suzerain mais la chaleur d’une tante envers son petit-neveu.

« Et il n’est guère nécessaire pour moi de vous présenter ma sœur… Lady Allyria. »

Je me relevais enfin, plongeant mon regard dans celui de Garett, un sourire aux lèvres. Cela faisait près d’une semaine que nous ne nous étions pas vus, et mon cœur manquait un battement alors que son sourire répondait au mien.

« Monseigneur. »

J’inclinais la tête avant de reporter mon regard dans le sien, laissant ma main dans la sienne un peu plus longtemps que le simple salut ne le nécessitait. Bientôt le convoi de Lady Alerie entrait dans la cour, et le calme n’était plus. Alors que la dame de l’Ouest sortait de son wagon, accompagnée de sa sœur, nous replongions dans une révérence respectueuse.

« Lady Lannister »

Mon frère s’inclinait à nouveau.

« Que de fierté pour notre famille de vous recevoir en ces lieux, en espérant que le voyage ne fut pas trop éprouvant. Si vous voulez bien nous suivre, vos appartements ont été préparés. »

Deux appartements avaient été préparés pour l’occasion, bien évidemment ils étaient les plus luxueux. Les chambres du couple suzerain avaient été décorées aux couleurs de la maison Lannister, et la chambre de Lady Alerie présentait tout le confort que pouvait requérir une femme enceinte. La chambre attenante à celle de la Dame de l’Ouest avait été réservée à sa jeune sœur, qui l’assistait plus que jamais durant sa grossesse.

Si j’avais espéré pouvoir voler un instant en tête à tête avec Garett, c’était évidemment hors de question. Il fallait à présent laisser aux nouveaux arrivés le temps de se changer et de se préparer pour la collation que nous avions préparé dans le jardin. Le temps était chaud mais la terrasse ombragée permettrait de se sustenter en toute tranquillité. A cette collation simple et légère succederait une promenade dans les jardins, ma mère et moi-même avions pour mission d’accompagner et distraire Lady Alerie, alors que Garett serait accompagné de mon frère. Viendrait rapidement le diner par la suite, un banquet en l’honneur du suzerain de l’Ouest qu’il avait souhaité mener en petit comité pour mon plus grand soulagement.


***

C’était idiot. C’était dangereux et idiot. Les chances pour qu’un serviteur m’aperçoive emprunter l’un de leurs couloirs étaient élevées, et il n’y avait rien de plus rapide que le ragot d’une femme de chambre. Debout dans ma chambre, à peine rentrée du banquet qui battait encore son plein dans le grand hall en contrebas, je faisais les cents pas. Garett était remonté depuis une petite heure, et j’avais eu l’envie irrépressible de le suivre immédiatement. Prise, cependant, dans les discussions et les danses il m’avait fallu plus de temps pour prétendre une grande fatigue et retrouver mes appartements. A présent que je m’y trouvais, seule, je ne pensais plus qu’à la meilleure manière d’en sortir. Il me faudrait quitter ma chambre par le couloir de service, monter un escalier et ce serait la première porte à droite puisque les appartements réservés au suzerain se trouvait au-dessus du mien, dans l’aile Sud. C’était simple, un chemin rapide, mais à cette heure il n’était pas exclu que le personnel soit en effervescence, empruntant ces dédales de couloirs peu éclairés pour ravitailler en vin et en victuailles.

Après une longue hésitation je finissais par pousser la porte, et c’était d’un pas empressé que je quittais mes appartements pour parcourir le couloir sombre. J’entendais l’agitation qui animait ce réseau de couloirs parallèles, et les pas n’étaient jamais loin sans que je ne croise qui que ce soit. Arrivée devant la porte de l’appartement de Garett, je l’ouvrais lentement et sursautait lorsqu’elle s’ouvrait à la volée. Une main attrapait mon poignet avec empressement pour me tirer à l’intérieur des appartements et refermer la porte derrière moi. A présent dos à la porte, je faisais face à la seule personne que j’avais envie de voir en cette soirée. Me plaquant sans ménagement contre la porte il fit le premier pas et écrasa ses lèvres contre les miennes dans un élan qui trahissait son avidité. Mon empressement fit rapidement écho au sien, et j’attrapais sa nuque pour être plus proche encore de lui.

Nous étions seuls, enveloppés dans la pénombre de ses appartements à peine éclairés, réunis pour cette dernière nuit avant mon mariage, un mariage qui, visiblement, ne pourrait venir à bout de ce qui nous unissait.

« Tu es là... »

lumos maxima
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